Bonjour à tous ! Après avoir découvert Janet et Sherlock, on poursuit aujourd'hui avec Janet... et John ;)
Lou : Merci beaucoup de tes compliments, cela me fait très plaisir que tu aimes ! Un immense merci !
Si vous vous en ennuyez, n'hésitez pas à faire un tour sur mon autre publication "La Mémoire du corps" ;)
Comme d'habitude, gloire/disclaimers/remerciements à mes bêtas/dieux/lecteurs et revieweurs.
Bonne lecture !
Crabe Partie 4
Chapitre 4
Pendant qu'il patientait, John avait effectivement retrouvé parmi la pile des journaux la page qui avait attiré son regard en premier lieu, avec des gens nus sur la couverture. Il s'agissait en réalité d'une brochure qui proclamait « à quoi s'attendre lors d'une chimiothérapie ? ». Et montrait effectivement des gens nus. À une semaine. À quatre semaines. À neuf semaines. À douze semaines... Et ainsi de suite.
John avait essayé. Vraiment. Mais les images avaient été insoutenables. Sur chacune des pages sur papier glacé, un homme et une femme lambda posaient entièrement nus, et sans le moindre complexe. La brochure précisait qu'il ne s'agissait pas d'acteurs, de maquillage et de mise en scène, mais bien de vrais patients qui avaient acceptés de se prêter au jeu pour mieux faire comprendre aux autres les ravages de la maladie sur les corps.
En soi, il n'y avait rien de très choquant, a fortiori quand on avait été médecin militaire et qu'on avait soigné des jambes et des bras en charpie, des ventres lacérés ou des enfants défigurés à vie par l'explosion d'une bombe. Mais sur chaque image, John superposait celle de Sherlock, et cela rendait le tout insupportable. Chaque cerne, chaque kilo en moins, chaque poignée de cheveu disparue, la masse musculaire clairement en baisse, la peau pendante sur un corps malmené, les cicatrices, tout cela était difficile à envisager sur la perfection de Sherlock.
Conscient que Sherlock ne devait pas tomber sur ça au risque de faire une crise et de devenir encore plus insupportable qu'il ne l'était déjà (ce qui n'était pas peu dire), John enterra la brochure profondément sous tous les autres magazines.
Mais bizarrement, lorsque son ami sortit -enfin- du bureau de Janet Douglas, il avait l'air trop pressé pour s'intéresser à la table basse, et s'esquiva rapidement. John n'eut même pas le temps de lui demander s'il serait encore là quand John aurait fini de parler avec la sexologue (et il se demandait bien ce dont ils allaient pouvoir parler et pourquoi elle avait insisté pour le voir) ou s'il en retournait immédiatement à son meurtre en voiture close qu'il avait déjà disparu.
Il n'eut même pas le temps de ressentir de la déception d'être moins important qu'un meurtre pour Sherlock Holmes qu'il était déjà assis dans un fauteuil en face des jambes interminables (et découvertes) de Janet Douglas.
- Bonjour docteur Watson. Puis-je vous appeler John ? sourit-elle en préambule.
John signifia d'un geste de la main que cela lui était indifférent. Tout ce qu'il voulait savoir, c'était ce qu'il fichait ici. Et de toute évidence, la jeune femme n'avait pas l'intention de l'aider puisqu'elle resta silencieuse à lui sourire.
- Bon, soupira-t-il. Qu'est-ce que je fiche ici ?
Parfois, vivre avec Sherlock déteignait un peu trop sur lui pour qu'il en oublie de reformuler ses pensées grossières en des formules plus policées.
- Vous voulez dire « parce que je ne suis pas le conjoint de Sherlock, pourquoi suis-je convoqué à un rendez-vous avec une sexologue ? » ?
- Quelque chose comme ça, oui.
- Parce que vous limitez étonnamment mon métier au sexe. Mon travail va au-delà de ça. Mais il serait intéressant d'analyser pourquoi, alors qu'il paraît clair que vous ne vous revendiquez pas gay –et au vu de la manière dont vous me reluquez depuis tout à l'heure, vous ne l'êtes clairement pas–, vous associez systématiquement votre colocataire Sherlock Holmes au sexe.
Bien, songea John. Si cette femme avait eu avec Sherlock un dixième de la perspicacité qu'elle venait d'avoir avec lui, pas étonnant que son ami soit parti furieux sans demander son reste.
- Pour votre gouverne, j'ai déjà une psychothérapeute, merci, répondit-il d'un ton glacial. Je suis ici pour parler de Sherlock, sur votre convocation, et certainement pas de moi.
Elle battit en retraite et John réalisa qu'elle n'avait pas eu la moindre intention de discuter de cela avec lui, simplement de le taquiner sur la question, et il avait plongé dans le piège comme un bleu.
- Je disais ça comme ça. Mais oui, vous avez raison, recentrons-nous sur le sujet. Que savez-vous des relations sexuelles de Sherlock ? En tant qu'amis, j'entends bien. Les hommes ensemble ont tendance à parler de leurs exploits et sont relativement décomplexés sur la question... Sherlock est clairement hors du commun, mais avez-vous déjà évoqué le sujet avec lui ?
Des brèves images fusèrent dans l'esprit de John, comme un film en accéléré. Je l'ai fait jouir et hurler mon nom en le pénétrant profondément, épinglé sur son matelas, vous appelez ça évoquer le sujet ?
- Non. À part...
- Oui ?
- Je n'aimerais pas vous dire quelque chose que Sherlock n'aimerait pas vous sachiez. S'il ne vous l'a pas dit, je ne vois pas pourquoi je le ferais...
Janet sourit doucement, et John se sentit rassuré. Elle n'avait pas l'air méchante.
- Je ne compte utiliser aucune des informations que vous pourrez me donner contre lui. C'est juste pour l'aider. Pour mieux comprendre des situations ou des sous-entendus qu'il pourrait lâcher ?
John inspira profondément.
- Vous le connaissez n'est-ce pas ? De réputation, au moins.
- Oui, reconnut la sexologue en hochant la tête. J'avais entendu parler de lui avant de l'avoir comme patient, bien sûr. Et quand Elliot a constitué l'équipe et nous a réuni, il nous a fortement conseillé de se renseigner sur le personnage. Comme tous les autres, j'ai lu votre blog.
John piqua un fard. Mais au moins, il en aurait moins à raconter.
- Vous vous souvenez de l'affaire Adler ?
- Non... ça ne me dit rien...
- Services secrets ? Sherlock et une femme dominatrice ?
- Ah oui ! Ce n'était pas un de vos articles les plus intéressants.
- Difficile de faire mieux quand tout ce qu'on pourrait raconter tombe sous le coup soit du secret d'État, soit de la vie privée de votre meilleur ami. Et je ne me sentais pas de déballer tout ça sans lui demander son avis, sans pour autant être capable de lui demander ce qu'il en pensait, s'excusa John.
- Je comprends.
- Bref, Irène Adler, rencontrée dans le cadre d'une enquête... Il a eu avec elle une... connexion que je ne lui avais jamais vue. Et elle lui a proposé de nombreuses fois de...
- Coucher avec lui ?
- Oui. Mais non. Elle n'appelait pas ça comme ça. Elle disait « aller dîner ». Je n'ai jamais su si Sherlock décryptait correctement le message derrière.
John n'en revenait pas de ce qu'il était en train de déballer à une parfaite inconnue. Irène Adler avait fait partie de leur vie des années plus tôt, et elle était morte depuis autant de temps. Elle ne devrait pas avoir de l'importance, et pourtant John était incapable de s'arrêter de parler de La Femme, à laquelle il vouait une jalousie ardente et dévorante. Et sans fondement, cela allait de soi.
- Adler... C'est elle qui l'appelait comme ça. Le Puceau. Je... je ne l'ai jamais beaucoup aimée.
Doux euphémisme, résonna une voix dans son esprit qui ressemblait un peu trop à celle de Sherlock.
- Mais je devais reconnaître qu'elle était belle, et qu'elle savait ce qu'elle faisait. Or son métier était directement lié au sexe. J'ai toujours soupçonné que Sherlock était... enfin... Mais la manière dont elle, elle l'affirmait, cela le rendait réel.
- Donc, selon vous, Sherlock est vierge.
Les joues de John s'enflammèrent de nouveau et il refusa de confirmer. Même si cette affirmation avait été vraie, elle ne l'était assurément plus aujourd'hui, John s'en était assuré.
- Je ne sais pas. Je ne lui connais aucune relation. Mais il est capable de déduire les positions d'un couple qui vient de s'envoyer en l'air rien qu'à la manière dont ils se tiennent après... Alors je ne sais pas.
- Intéressant, commenta Janet.
Elle ne dit pas un mot de plus. John se sentit progressivement mal à l'aise par le silence. Il n'était pas sûr que c'était ce dont ils étaient censés parler à la base.
- Quoi qu'il en soit, je voulais juste vous dire que Sherlock a clairement un problème avec son apparence, reprit Janet.
- Un problème ?
- Oui. Une relation malsaine. Il s'en sert, non pas naturellement par plaisir mais comme un bouclier. Et la maladie risque de bouleverser en profondeur son physique, donc son armure, donc son lui intérieur. Il est important qu'il soit entouré de ses proches... Quitte à lui faire croire qu'il sera toujours beau, pour qu'il continue de croire en son armure.
John en resta complètement bouche bée. Ce n'était pas tous les jours qu'il rencontrait quelqu'un d'aussi fin sur le délicat sujet Sherlock Holmes. Et dans le même temps, il avait envie d'hurler que Sherlock serait toujours la plus belle personne au monde qui existait pour lui, parce qu'il avait une âme magnifique bien au-delà du connard arrogant qu'il présentait en surface. Il préféra néanmoins taire tout cela, conscient que cela les relancerait sur un terrain glissant.
- C'est un de mes patients les plus intéressants, vous savez ? sourit mutinement la sexologue face à son regard ébahi.
John ne dit toujours rien.
- Restons-en là pour cette fois. Je vous remercie vraiment de votre temps, John, je suis sûre que cela me sera très utile à l'avenir. Bonne fin de journée !
Quand John sortit de la pièce, complètement hébété par sa conversation surréaliste avec la sexologue, il eut la surprise supplémentaire de trouver Sherlock dans la salle d'attente. Sherlock Holmes qui patientait gentiment. Sherlock Holmes qui patientait gentiment en feuilletant un magazine. La scène avait de quoi surprendre. Puis John réalisa que le magazine n'était que de façade (Sherlock avait attrapé le premier de la pile, et John fut soulagé qu'il n'ait pas fouillé plus loin), et tenu ouvert sur ses genoux sans qu'il n'en lise le premier mot. Ses yeux étaient légèrement vitreux et John était certain que pour n'importe qui d'autre, cela faisait illusion. Mais le médecin savait parfaitement interpréter son ami et voir quand il disparaissait dans son palais mental.
La vision lui réchauffa néanmoins le cœur et le corps. Il ne pouvait pas en vouloir le moins du monde à son ami d'être en train de réfléchir à l'enquête actuelle, mais malgré cela, Sherlock avait attendu que John sorte de son entrevue avec Janet Douglas. Ce n'était pas le style habituel de son ami, et la preuve d'amitié était touchante.
- Sherlock, murmura John en touchant doucement du bout de doigts son épaule.
Il savait que sortir Sherlock de son palais mental, c'était comme réveiller un somnambule. Cela pouvait se révéler très dangereux. Une fois, surpris, Sherlock avait administré un violent coup de poing dans la mâchoire de John, qui avait découvert que son ami avait réellement une excellente droite, avait eu un hématome pendant six jours, et avait senti sa peau le tirer quand il souriait pendant autant de temps.
- John, prononça simplement Sherlock quand il sortit de sa transe.
Ils ne s'échangèrent pas d'autre mot en quittant la clinique. De toute évidence, Sherlock était soit perturbé par l'enquête, soit était aussi perplexe (et/ou furieux) que John quant à son entretien avec le docteur Douglas, et aucun des deux ne souhaitait en parler.
Ils rentrèrent à Baker Street en silence, tranquillement. Dès qu'ils franchirent le seuil, Sherlock se débarrassa de ses vêtements tout en marchant en somnambule jusqu'à sa chambre. Il revint ensuite dans le salon, vêtu de son pyjama, et s'installa dans le canapé pour y réfléchir en paix. Il ne semblait même pas faire attention à John sur son chemin qui ramassait la chemise, la défroissait et la mettait sur un cintre, accroché au pied du lit de Sherlock.
Le médecin ne savait que trop bien que lorsque Sherlock était vraiment perdu dans sa mémoire, il ne se rendait compte de rien autour de lui. Ce n'était pas la première fois qu'il réfléchissait en bougeant, en faisant autre chose. Se mettre en pyjama faisait partie de ses choses, et ce n'était pas un strip-tease sexy de la part du détective que de semer ses vêtements sur le chemin de sa chambre. John avait l'habitude de plier les vêtements de Sherlock, de toute manière. Il était le seul à faire des lessives, dans cet appartement.
Sherlock resta immobile pendant deux jours complets. Il faisait tout en pilote automatique, perdu dans sa tête à plus de quatre-vingt-dix pour cent du temps. John ne s'en inquiéta pas le moins du monde. Après tout, Sherlock l'avait prévenu dès le jour de leur rencontre : il pouvait passer des jours entiers sans parler. Tant qu'il venait à table quand John le lui demandait, et qu'il mangeait son assiette (en pilote automatique, certes, mais il mangeait et c'était tout ce qui comptait pour John), qu'il allait se coucher et prenait six heures de sommeil, le silence ne dérangeait pas John. Au contraire, il trouvait cela excessivement reposant.
Il put sortir faire les courses sans que Sherlock ne l'agresse en rentrant en lui rappelant qu'il exigeait du thé depuis une demi-heure sans réponse (pile durant le moment où John était absent, donc). Il put appeler Greg longuement pour prendre des nouvelles de la bombe, l'assurer que Sherlock travaillait activement à la question du meurtre en voiture close, et s'enquérir de la vie en général de son ami. Depuis son divorce, Greg paraissait parfois un peu seul, surtout en période de pics d'activité au bureau. Cela faisait paraître les nuits courtes plus solitaires encore, puisqu'il n'y avait personne à rassurer qu'on rentrerait en vie le soir même.
Il profita même de la réflexion de Sherlock pour voir Mike, qui enseignait à l'université. Ce fut pour lui l'occasion d'assister au cours de son ami, et le seconda même à quelques reprises. Mike lui assura qu'il serait excellent dans ce rôle, et qu'il devrait réfléchir à la possibilité de venir prendre un poste à la fac de médecine. John était suffisamment patient et compétent pour ce boulot. John lui promit de réfléchir, mais il ne l'envisageait même pas une seule seconde en son for intérieur. Pas avec Sherlock dans cet état.
Et puis finalement, le samedi soir, Sherlock ouvrit brutalement les yeux, sauta sur ses pieds, et retourna tous les papiers en vrac sur la table basse en les faisant voler par brassées, avant de mettre la main sur ce qu'il cherchait, brandissant fièrement quelques clichés.
John, à moitié assoupi sur son fauteuil, son roman glissant peu à peu de ses genoux, se réveilla à cause du vacarme, et regarda d'un air attendri son colocataire qui s'agitait.
- J'ai trouvé ! s'exclama soudain Sherlock.
Sa voix à peine utilisée pendant deux jours était un peu rauque, mais agréable à entendre, et en se raclant la gorge une ou deux fois, elle retrouva son timbre normal.
- On doit aller à Scotland Yard !
- Ça va être difficile, ça, répondit laconiquement John sans bouger un orteil.
Sherlock s'arrêta dans son mouvement frénétique pour attraper son manteau et se retourna vers son ami, sourcil levé, perplexe.
- Et pourquoi ça ?
- Oh, je suis sûr que tu peux le deviner tout seul rien qu'en regardant dehors.
Sherlock, les sourcils encore plus froncés, se retourna vers la fenêtre, le ciel noir d'encre et la lumière des réverbères.
- Il fait nuit, et ?
- Il ne fait pas seulement nuit. Il est presque une heure du matin. Scotland Yard est fermé, et Greg dort du sommeil du juste au fond de son lit. Il m'a envoyé un texto tout à l'heure pour me dire qu'il était crevé, qu'il prenait congé tôt du bureau, et qu'on irait boire une bière un autre soir. Je doute que quiconque n'ait envie d'entendre tes théories avant demain matin. Je dirais même avant demain midi, car Greg prend son service à midi pile.
Le regard horrifié de Sherlock lui fit écho.
- Demain, c'est dimanche, signala John pour expliquer un peu mieux la situation.
- Mais quel jour sommes-nous ?
- Eh bien en toute logique samedi, répondit ironiquement John. Enfin, vu qu'il est plus de minuit, je suppose qu'on peut considérer que nous sommes dimanche. Je te connais, tu es capable d'être tatillon sur la question.
Sherlock lui renvoya un regard outré qui prouvait à lui seul qu'il avait effectivement songé à reprendre John sur la précision de son langage, mais que maintenant que son ami l'avait percé à jour, il préférait faire mine de rien.
- Je me suis endormi en bouquinant, je crois, commenta John en bâillant longuement. Allons au lit, on ira voir Lestrade demain, promis. Tu viens ?
Sherlock soupira dramatiquement, mais accepta d'ôter la moitié de manche de manteau qu'il avait enfilé (tout en conservant dans son poing la photo qu'il avait brandi tout à l'heure, laquelle était présentement complètement froissé), et suivit John jusqu'à la porte de sa chambre.
- Allez zou, au lit, ordonna John en poussant son ami vers son lit, qui s'y laissa tomber de mauvaise grâce.
- B'nuit John, marmonna Sherlock en enfouissant la tête dans son oreiller.
- Bonne nuit Sheeeeerlock, répondit John dans un bâillement, étirant démesurément la première syllabe du prénom de son ami.
Il rejoignit sa chambre et son lit douillet sans réaliser une seule seconde qu'il venait de mettre son ami au lit.
Bien sûr, le lendemain, Sherlock se réveilla tôt, et alla secouer son colocataire pour aller à Scotland Yard dans les plus brefs délais. John, qui dormait à moitié, eut toutes les peines du monde à argumenter que Greg avait confié très officieusement cette affaire à Sherlock, et qu'il ne servait donc à rien de se rendre à la préfecture de police avant l'arrivée de celui-ci, qui ne commençait qu'à midi. John avait parfaitement la possibilité de finir sa grasse matinée, et il aurait vraiment aimé que Sherlock le laisse faire. Le médecin avait beau être très content de voir son ami aussi en forme à deux jours de retourner faire sa séance de chimio, il aurait aimé que cette bonne humeur et cette joie de vivre ne s'exprime pas au pied de son lit, dans sa chambre, un dimanche à sept heures du matin.
Lorsqu'enfin son argumentaire porta ses fruits et que Sherlock se rangea à son opinion, John était finalement parfaitement réveillé à force d'avoir bataillé avec son colocataire, et sa grasse mat' était foutue. En désespoir de cause, il finit du coup par se lever et rejoindre son ami dans la cuisine, qui avait entamé une nouvelle expérience.
Le regard de chien battu de Sherlock aurait fait fondre n'importe qui, mais pas John, qui resta intransigeant.
- Non, Sherlock, nous n'irons pas voir Lestrade plus tôt, n'insiste pas.
Le détective se renfrogna et se replongea en silence dans ce qu'il faisait. John s'affaira à préparer le petit déjeuner, et poussa une assiette vers Sherlock une fois que cela fut prêt. Toujours sans un mot, Sherlock accepta de la manger du bout des lèvres.
Le mutisme de Sherlock dura toute la matinée, dans l'indifférence totale de son colocataire.
Mais une fois enfin arrivés à Scotland Yard, dans le bureau de Lestrade, il devint un véritable moulin à paroles, photos et vues satellites de la zone à l'appui. John cessa d'écouter au bout d'un moment. L'affaire n'avait pas été assez intéressante pour qu'il la relate sur son blog, et s'il lui en prenait vraiment l'envie de le faire un jour de pluie, il n'aurait qu'à demander à Sherlock, qui ne se ferait probablement pas prier pour tout réexpliquer.
John comprit vaguement que la mort était survenue par strangulation, par le biais d'un fil de pêche ou assimilé, qui s'était tendu au moment d'un freinage d'urgence, provoqué par une voiture qui l'avait volontairement doublé, et fait une queue de poisson, l'obligeant donc à procéder à freinage d'urgence, qui l'avait tué peu à peu. Il y avait également une histoire de fenêtre ouverte qui avait contribué à tendre le câble et l'entravant mortellement au niveau de la jugulaire.
Bien sûr, rien qu'avec la trace des pneus sur la route, ceux de la voiture du mort et les autres, Sherlock avait déduit le type de voiture, et par recoupement avec l'entourage de la victime, il avait trouvé le meurtrier. Ce type de meurtre clairement préparé n'était jamais le fait d'un inconnu psychologiquement déstabilisé qui avait un instant perdu le contrôle. La route de campagne avait été parfaitement choisie, de même que la portion, et même l'heure de passage de la voiture. C'était nécessairement quelqu'un qui connaissait les habitudes de la victime. Donc un proche.
Et comme d'habitude, le crime profitait à quelqu'un par le biais d'un habile montage financier, un notaire véreux, et un héritage faramineux. Et bien sûr, Sherlock avait tout compris.
John ne savait pas combien de temps son ami parla pour expliquer tout ça, mais au terme du monologue, Greg avait l'air aussi sonné que lui. La seule différence, c'est que John avait cessé d'écouter depuis longtemps, alors que Lestrade n'avait pas eu d'autre choix que d'essayer de suivre, voire prendre des notes.
Le temps que Greg reformule le tout pour être sûr d'avoir tout bien compris (autant pour l'arrestation, ce n'était pas bien grave qu'il ne comprenne pas tout, autant pour le dossier, les éléments à charge et le procès, c'était un peu plus embêtant), que Sherlock s'agace de leur lenteur d'esprit, et recommence son histoire, toujours en parlant trop rapidement pour Lestrade, John avait eu le temps d'aller se chercher un café, puis un thé, et avait entamé un des paquets de petits gâteaux qui traînaient dans le bureau de Lestrade. Il venait de croiser Anna, une jeune recrue affectée dans l'équipe de Greg avec qui il s'entendait bien, et à qui il demandait des nouvelles de son petit neveu, quand enfin, Sherlock et Greg achevèrent leur conversation. On aurait davantage dit qu'ils étaient à deux doigts de s'écharper, et Lestrade mettait Sherlock à la porte par politesse (et pour se retenir de l'assassiner sur place) plus que par compréhension de l'affaire. Au même moment, le téléphone de John sonna, du bruit des alertes de son calendrier. Surpris, parce qu'il ne lui semblait pas qu'il avait un rendez-vous, il saisit l'appareil au fond de sa poche pour consulter l'écran. Et ouvrit des grands yeux surpris.
- Pardon Anna, je dois y aller, s'excusa-t-il auprès de son interlocutrice, qui lui fit signe que ce n'était rien.
Toujours perplexe, car il ne se souvenait pas d'avoir paramétré cette alerte (mais Sherlock aussi bien que Mycroft avaient probablement les moyens de le faire à sa place, le premier en craquant le code de sécurité de son téléphone, le deuxième à distance, et probablement de manière tout à fait illégale), il entra dans le bureau de Lestrade, où ce dernier s'époumonait à ordonner à Sherlock de sortir. Le détective, lui, essayait vainement de demander au DI s'il avait bien compris l'importance cruciale que revêtait la forme en zigzag de la trace de pneus sur la chaussée dans cette affaire.
- Sherlock, les interrompit-il paisiblement. Nous devons partir. Maintenant. Nous avons rendez-vous.
Les deux hommes se turent, perplexes. De toute évidence, Sherlock ne voyait pas davantage que Greg ce que John voulait bien vouloir dire.
- Tiens, ordonna John en poussant son téléphone dans les mains de son ami. Je ne me souviens pas de ce rendez-vous. C'est toi qui l'a paramétré ?
En moins d'une seconde, Sherlock avait saisi le téléphone, assimilé le message, et était parvenu à fouiller dans ses entrailles pour savoir d'où provenait l'alerte qui avait fait réagir John. Il ne lui fallut qu'une poignée de secondes supplémentaires pour conclure que l'évènement n'avait pas été créé dans le calendrier à partir du téléphone, mais d'une entité extérieure, dont l'IP ne correspondait ni à son ordinateur, ni à celui de John.
- Non. Mycroft. Nous n'avons pas de lettre de la clinique pour nous en informer. Allons-y, débita Sherlock.
Et sans rien dire de plus, il rajusta manteau et écharpe et sortit dignement. Haussant les épaules de résignation, John salua chaleureusement Greg, lui rappelant qu'il pouvait passer n'importe quand chez eux pour prendre une bière (et vérifier à l'improviste que non, ils n'étaient pas ensemble, même au vu de la scène surréaliste qui venait de se produire sous ses yeux), avant de suivre Sherlock. Lorsqu'il rattrapa son ami, il était déjà au bas des marches du MET en train d'interpeller un taxi.
- C'est bizarre, non ? Ce rendez-vous un dimanche ? s'interrogea John.
Sherlock haussa les épaules. Les week-ends et les jours fériés n'avaient que très peu de prises sur sa vie. Rencontrer son psychothérapeute dans le cadre de sa chimiothérapie aujourd'hui ou demain, il n'en avait cure.
Prochain chapitre le Me 23 Novembre !
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