Bientôt les vacances ! Attention , c'est pas très glop comme chapitre !
SABLE D'ISHBAL
- Si n'existe pas-
( à écouter en même temps)
" Hm ... vous êtes sûrs que ça tient , hein ?" grimaça Coralize .
Les fondations de l'hôpital étaient finies , à part le toit , en plein construction : en plein exercice de ses fonctions , la jeune femme tentait de se convaincre de monter sur l'échafaudage . Les hauteurs et elle , ça faisait vraiment deux , voire trois . Non seulement elle avait peur de vide , mais elle perdait même l'équilibre au sol tandis qu'elle regardait le haut de la chose , bien au-dessus d'elle . Elle sentit sa tête tourner dangereusement quand elle reconnut , tout en haut ,le visage souriant de James qui l'invita :
" - Mais oui , pas de danger ! Si nous tenons , vous pouvez bien tenir dessus aussi !
- Surtout que vous devez pas peser lourd ! ajouta Ulrich , derrière lui .
- Justement , je ne voudrais pas que mon poids fasse tout flancher ... On sait jamais euh ... voulut-elle se dérober .
- N'ayez aucune crainte , voyons , Lieutenant-Colonel ! Même Léonce est avec nous !
- Mais c'est parce que vous l'avez porté sur votre dos , James ! Il ne voulait pas ! le contredit Coralize . Il est encore là ?
- Oui , mais c'est parce que j'ai peur de descendre ... avoua Léonce d'une voix timide.
- Une seule personne qui a le vertige , ça vous suffit non ? Eeeuh ... ça fait le quota ! Je veux pas vous déranger !
- Vous pouvez pas nous déranger , vous êtes notre patronne , voyons ! s'exaspéra Ulrich .
- Non . Non , je suis ... Hum , bredouilla-t-elle . Une lâche qui part au vent !" conclut-elle , ressortant en un magnifique volte-face .
Alors qu'elle quittait le bâtiment en longues foulées , elle regarda derrière elle si personne ne la suivait . Quand soudain , elle se cogna violemment contre quelqu'un et quelque chose . Se remettant doucement du choc , elle se frotta le front . Coralize s'en sortirait avec une bonne bosse . Cherchant qui elle avait heurté , elle fut interloquée : une femme d'environ son âge lui faisait face , elle aussi apparemment étourdie de la collision . A leurs pieds se trouvait un seau en bois bosselé , vide de toute eau , à présent répandue sur le sol. Alors qu'elles se remettaient debout , les jeunes femmes se dévisagèrent en quelques coups d'oeils timides . L'Amestris s'éclaircit la gorge et s'excusa :
" Je suis désolée , je ne faisais pas attention où j'allais et ..."
Devant elle , l'Ishbale aux cheveux fins et gras la fixait sans sembler comprendre ce qu'elle disait . Remarquant son incrédulité , Coralize répéta plus doucement :
" Pardon . J'étais distraite , je m'en excuse ."
Les yeux rouges en face des siens semblaient creux , comme si tout éclat de vie les avait quittés . Près de l'un d'entre eux , une croûte rougâtre ornait sa tempe . Intriguée par cette blessure apparemment récente , la militaire approcha sa main , délicatement . La réaction fut des plus surprenantes : son "interlocutrice" lui mordit la main violemment , causant deux petits trous sur son index et majeur . Coralize laissa échapper un cri qui tenait plus de la surprise que de la douleur et recula instinctivement . Etonnée par le cri de la personne en face d'elle , l'Ishbale recouvrit son visage de ses bras , eux aussi marqués de coups .
" Amma ! Amma ! Tu es là , Amma !"
Se retournant vers la voix masculine qui se répercutait dans la rue , Coralize vit un Ishbal sec , aux cheveux mi-longs . Ses mèches argentées retombaient sur son regard rouge tourmenté . Avisant la posture des deux femmes , il s'accroupit devant l'Ishbale :
" Amma , qu'est-ce que tu as fait ?"
Sa voix était douce mais inquiète , ferme . L'Amestris , se tenant la main droite , regarda la situation , appréhendant la réaction de la dénommée Amma . Allait-elle mordre cet homme comme elle l'avait fait avec elle ? Non , la femme ouvrit la bouche avant d'arrêter son geste , et de regarder , apeurée , vers Coralize . L'homme en face d'elle prit son menton dans sa main et murmura :
" Amma ... C'est moi , Karem ."
Regardant à son tour Coralize , il lâcha :
" C'est ma soeur ."
Se retournant vers l'Ishbale , il répéta une nouvelle fois son prénom , en articulant distinctement les deux syllabes , les yeux dans les yeux . Sa sœur serra les mains de son frère dans les siennes avant d'articuler des boborygmes , des mots empêtrés , sans aucune ressemblance avec des mots de la langue ishbale ou amestris . Une bouillie de lettres jetées à la va-vite dans sa bouche .
Hochant la tête d'un air compréhensif , Karem reprit le seau tombé à terre et la main de sa soeur . Avant de repartir , il se planta devant Coralize et demanda :
" Vous ne l'avez pas vue . Ne dites rien à personne . Je vous en prie ."
Abasourdie et préoccupée , la militaire ne broncha pas et regarda les deux ishbals repartir . Alors qu'ils étaient dans la rue d'où l'homme avait débarqué moins de trois minutes auparavant , Coralize entendit des éclats de voix violents . Les mots et les insultes fusaient , éclataient contre les murs avec une force inouïe . La militaire reconnut le ton de l'Ishbal qui venait de la quitter , poussant des cris rauques . Affolée , elle accourut jusqu'à la source de ce bruit assourdissant , cherchant son arme de service . Même si cela était loin d'être nécessaire sur un chantier , elle restait militaire avant tout . Et avoir un pistolet contre sa hanche était une bonne assurance contre les mains baladeuses . Déboulant comme une fusée , son âme éclata en milles morceaux . En face d'elle , un vieil homme à la barbe salie tenait une canne souple entre ses doigts , regardant le sol d'un air implacable . Devant lui , Karim se tenait la bouche de la main droite , laissant échapper des gouttes de sang sur le sol . Et par terre , Amma , à plat ventre , en pleurs et la bouche ensanglantée , elle aussi .
Le vieillard , tout occupée à taper Amma du bout du pied comme un animal mort , ne fit pas attention à elle . Karim , par contre , l'aperçut , et d'un regard apeuré , la fit partir . Ses yeux hurlaient : " Ne vous en mêlez pas !"
Coralize se sentit la personne la plus lâche de l'univers quand elle revint au chantier , dix minutes plus tard . Sans même réfléchir , elle monta jusqu'au dernier étage de l'échafaudage, perdue dans ses pensées . Surpris , James sourit et s'exclama :
" Et bien , vous avez été courageuse !"
Levant vers lui des yeux plein de honte et de larmes , Coralize dit d'une voix cassée :
" Pas du tout ."
La nuit était tombée depuis déjà une bonne heure sur Ishbal quand Marie eut fini son rapport , dans la tente qu'elle partageait avec Coralize . Celle-ci n'avait pas dit un mot de toute l'après-midi et la soirée , ce qui commençait à la tourmenter . Arrachant sa feuille de la machine à écrire , elle se retourna vers sa collègue . Coralize était allongée sur son lit de camp , apparemment en train de lire , le bras derrière la tête . Allumant une cigarette à l'odeur épicée - Seven Aces , sa marque préférée- , Marie la fixa , l'air dubitatif . Malgré leurs caractères au premier abord totalement différents , toutes deux avaient des valeurs et des buts communs . Simplement des manières différentes de les atteindre . Toujours d'accord sur le fond , jamais sur la forme . Toujours était-il que le lien qui les unissait était sincère. Même si rien ne pouvait égaler la relation qu'elle avait eue et qu'elle avait toujours avec Alice , Coralize était comme une sœur à ses yeux . Et la voir aussi pensive ce soir était dérangeant car particulièrement rare . Tirant sur sa cigarette , elle recracha un rond de fumée parfait , avant de la recoincer entre ses dents . Relâchant une nouvelle fois la fumée de sa Seven Aces de façon exaspérée , Marie l'apostropha :
" Coralize ! Tu vas continuer ton cirque encore longtemps ?"
L'air totalement tirée de sa bulle , son amie s'étonna :
" Hein ?"
Fronçant ses deux sourcils si fortement qu'ils ne semblaient n'en faire qu'un , Marie lâcha :
"- Tu n'as même pas remarqué que tu tiens ton livre à l'envers ?
- Ha ? Ha bah non ."
Secouant la tête , le Commandant Grant rejoint Coralize sur son lit , le dos bien droit . Secouant brièvement les cendres de sa cigarette sur le sol, elle la fixa de son regard inquisiteur . Sa collègue lui rendit un regard " Oooh tu m'auras pas comme ça !" . Un duel purement visuel s'engagea pendant la durée record de .. 14 secondes . Exaspérée , Coralize lâcha un râle de frustration et balança son livre au loin . S'asseyant en tailleur , elle fit un geste pour quémander une bouffée de cigarette . Bien qu'étonnée , Marie la lui tendit . Prenant une grande bouffée , la blonde la recracha tel un dragon Xinois avant de tousser . Les larmes aux yeux , elle confessa :
" Ca donne peut-être l'air cool , mais chez moi , ça donne l'air con ."
Riant brièvement , son amie reprit sa Seven Aces presque entièrement consumée . La tirant une dernière fois , elle darda une nouvelle fois un regard noir sur Coralize . Jetant le mégot à même le sol avant de l'écraser avec le talon de sa botte en cuir , elle entendit sa collègue commencer :
" Au fait ..."
Coralize était assise les cuisses contre la poitrine , les bras sur ses genoux et la tête posée sur ceux-ci . Fronçant son nez constellé de petites taches de rousseur , elle dit :
" Je suis une ratée finie ."
Piquée dans sa curiosité , mais vexée d'entendre "un tel tissu de conneries" selon ses propres dires , Marie soupira avant de demander simplement :
" - D'où te vient cette conclusion ?
- Je ne sais défendre personne . Je n'ai aucun courage .
- Bien sûr que si ! Tu as fait des études militaires difficiles , passé un examen compliqué lui aussi et tu es venue ici , sur un chantier tout aussi instable diplomatiquement quhumainement . Et même , poursuivit Marie , fixant son automail , tu as grandi sans parents et en devant t'occuper de tes frères et soeurs de l'orphelinat . C'est très courageux .
- Bouah ! pesta Coralize , se grattant les cheveux . L'orphelinat , c'est pas le bagne non plus . Après ... Tu sais pourquoi je suis devenue militaire , au fait ?
- Non , confessa sa collègue , soudain honteuse de son ignorance .
- Je ne supporte pas de voir les gens souffrir sans rien faire , et comme ce sont les militaires qui ont le pouvoir , je me suis dit " Vas-y , aide les gens avec ton uniforme !" . Comme si j'avais la carrure pour sauver la veuve , l'orphelin et le petit chien perdu . Mais non . Je suis pleine de bonne intentions mais je me dégonfle à la moindre difficulté . Dès qu'on me menace , dès qu'il y a de la violence , j'ai peur et je me paralyse . A ce moment , je suis même pas foutue d'aider un insecte retourné à se remettre sur ses pattes . A côté de toi ou Alice qui êtes de vrais chars d'assaut , à toute écraser et à ne jamais avoir peur , je me sens vraiment ... nulle ." finit-elle en pleurant .
Ne mouftant pas , Marie lui tendit un mouchoir sorti de sa poche . Coralize se moucha mais continua de pleurer . Lui ébouriffant doucement les cheveux , son amie murmura :
" Les gens ont tous une force particulière , et des faiblesses qui n'appartiennent qu'à eux . D'où leurs viennent ses points forts et faibles ? De leurs expériences . Toi qui as beaucoup souffert de la perte de tes parents sans vraiment le dire aux autres, tu veux aider chacun . C'est un but très noble mais impossible pour une seule personne . Mais ta gentillesse et ton sourire aident tous ceux que tu croises à aller un peu mieux . Alors , arrête de pleurer et file-moi un peu la pêche , merde !" conclut-elle en lui donnant un petit coup de coude dans le tibia .
Coralize rit avant d'arrêter de larmoyer . La voix un peu rauque d'avoir pleuré , elle tapota le coude de Marie avant de dire :
" - Merci .
- Pas de quoi . C'était sincère .
- Tu parles bien quand tu veux !
- Ouais , c'ça ..."
Quelques instants plus tard , alors qu'elles étaient toutes les deux allongés dans le noir , Coralize osa :
" Si nos forces et faiblesses viennent de nos expériences , comment es-tu devenue comme ça , Marienouchette ?"
Se retournant pour faire dos à sa collègue , Marie articula :
" De un , arrête ces surnoms débiles et de deux , tu sauras un jour . Peut-être . Si t'es sage ."
" Tu le sens vraiment pas ?" demanda le Commandant Grant au Lieutenant-Colonel Nelson , le lendemain .
Elles étaient au pied de l'échafaudage de l'hôpital , Ishbals et soldats autour d'elles . Le visage verdâtre de Coralize lui tint lieu de réponse . Se retournant vers Pauline , une nouvelle recrue féminine , Marie décida :
"- Pauline , vous et les personnes derrière vous , ainsi que moi-même bien sûr , allons nous occuper de finir le toit de l'hôpital aujourd'hui . Le groupe de ma collègue contient un peu trop de peureux .
- Oui , mon Commandant ! s'écrièrent-ils en chœur .
- Bien . Coralize , pour ma part , ce mois-ci , on était occupés à finir la route qui mène jusqu'au Ishbalsha Imi . Tu vois où c'est ?
- No prob's , Bob's ! répondit Coralize au tac-au-tac . Allez Messieurs , aujourd'hui , on va plus se concentrer sur le bas que le haut . Bon changement pour ma part !
- Comme vous dites , laissa échapper Léonce , pas mécontent , lui non plus .
- On a laissé le matériel là-bas !" les avertit Marie alors qu'ils s'éloignaient .
Alors qu'ils allaient jusqu'au Sud , Coralize avait le ventre retourné . A chaque intersection , en passant devant chaque maison , elle s'attendait à croiser Karem et/ou Amma . Enfin , plutôt , elle l'espérait . Sa plus grande peur était de voir le vieil homme à la canne . Rien que de penser à son regard glacé , elle frissonnait . A cela se mêlait l'incompréhension : pourquoi celui-ci battait Amma ? Comment se faisait-il que celle-ci n'était pas arrivée à articuler correctement ? La jeune femme avait mis ça sur le compte du stress , compréhensible quand on voyait leur collision et la manière dont elle était apparemment traitée si elle rencontrait quelqu'un d'autre que son frère . Non , maintenant qu'elle y pensait , cela ne collait pas . Dans sa réflexion , elle ne s'aperçut pas qu'ils étaient arrivés à destination et elle se prit les pieds dans une pile de dalles blanches , se cognant le visage au sol . Elle se releva aussitôt , rassurant chacun .
Ne voyant aucune trace d'outils , utiles en cas de briques enfoncées dans le sol , elle commanda à James , Léonce et Ulrich :
" Faites un tour dans le coin , voir s'ils ne les ont pas déposés dans un vieux bâtiment avant que la pluie ne tombe ."
Acquiesçant vigoureusement d'un signe de tête , tous trois partirent dans une petite rue perpendiculaire à la leur , au petit bonheur la chance . Ou plutôt la malchance , selon James . Chaque pas qu'il faisait à Ishbal depuis qu'il était arrivé , bientôt un an auparavant , lui rappelait des souvenirs monstrueux . Des pleurs d'enfants soudain orphelins , devant les corps de leur famille . Des supplications de femmes humiliées publiquement par les plus sadiques . Les derniers râles des mourrants . Et les hurlements de ceux qu'on torturait .
" Là , peut-être ?" proposa Ulrich alors qu'ils débouchaient devant un bâtiment légèrement à l'écart.
Voulant se sortir de ses souvenirs atroces, James Hudson regarda devant lui . Ses yeux verts s'ouvrirent aussi grand que des assiettes et il bredouilla :
" Non . Non , pas ici ! Jamais ! Il ne faut pas entrer ..."
L'angoisse l'asphyxiait et il finit par tomber comme une masse .
" Vous saviez que , si on la regardait du ciel , la Ishbalsha Imi serait un forme d'énorme soleil multicolore ? demanda Namam , un Ishbal avec eux depuis déjà plusieurs mois .
- Vraiment ? s'enquit Coralize , trouvant l'image plutôt jolie .
- Si ! Mon père , qui était artisan de mosaïques , a composé le premier cercle de la place ! Il y en a treize , et chacun d'entre eux a été fait par un artisan de chaque quartier ! Kamka Herriff a fait le second , tout en verre fumé et coloré ! l'approuva Michar, un de ses amis .
- Lieutenant ! entendirent-ils derrière eux .
- Lieutenant-Colo- ... James ! Qu'est-ce qui s'est passé !" s'exclama leur supérieure, notant l'imposant homme inconscient , soutenant par ses deux collègues bien frêles en comparaison .
Tout aussi déboussolés qu'elle , tous se ruèrent vers eux , allongeant James dos au sol , cherchant de l'eau à lui faire boire . Deux fines larmes coulèrent sur ses joues quand il dit : " Pas le laboratoire 6 ..." à voix très basse . Chacun se dévisagea , piqués dans leur curiosité . Entretemps , Coralize , mise au courant par Léonce et Ulrich , se dirigea vers le-dit Laboratoire .
L'endroit était lui aussi en briques blanches , avec des taches brunes rondes à la moitié du mur adjacent . Coralize songea que c'était une drôle de manière de peindre avant de se rendre compte avec horreur:
" Ce n'est pas de la peinture ... C'est du SANG !"
Voyant devant elle l'entrée de l'endroit barrée par des blanches en bois vermoulues, elle fut face à un dilemme : écouter sa conscience et fuir , ou affronter sa peur et connaître une des pages les plus sombres de l'histoire militaire d'Amestris ?
James Hudson cauchemardait , à peine conscient . Il voyait devant lui les visages de ses collègues Amestris et devinait celui d'amis Ishbals . Il avait toujours été sociable . Ce qui n'avait pas joué en sa faveur lors de l'insurrection . Lui voulait aider les gens sous son uniforme , c'est pourquoi il avait postulé pour être de la brigade sociale de l'Etat . Les tentatives de suicide , les femmes et enfants battus , tout cela avait été un quotidien éprouvant mais glorieux quand tout finissait bien . Mais à Ishbal , ça n'avait pas bien fini . Pas du tout .
"- Monsieur James Hudson , 5ème Régiment !
- Oui , Monsieur ! fit-il , au garde-à-vous .
- Vous serez affecté à la défense de la Zone DD-45 , un peu au Nord d'ici . Vous garderez l'intérieur . Suivez le parcours sur cette carte . Bonne journée à vous , dit son interlocuteur sans plus de cérémonie.
- Bien Monsieur !"
Regardant le papier , il grimaça . C'était plus un plan brouillon qu'une véritable carte . Il faillit se perdre en tournant dans les zones Ishbales déjà conquises dans le sang . Son nez reconnaissait l'odeur des cadavres pourrissants pour avoir déjà fait plus d'une fois des rencontres macabres à West City . Des mecs qui frappaient leur femme et les laissaient pourrir dans la cave "en punition" . De vrais malades .
Voyant un drapeau Amestris flotter , il s'approcha d'un garde pour demande où était la zone DD-45 .
"- Mais c'est ici , collègue ! Tu dois faire la garde de nuit ? De jour ?
- Je dois garder l'intérieur , à ce qu'on m'a dit ... hasarda James , surpris .
- Ha , le labo' ! Juste derrière cette ruelle , tout droit , tu peux pas le louper ... lui apprit le jeune homme , grillant une cigarette âcre . C'est juste là !"
Alors qu'il s'éloignait , James l'entendit dire :
" Bienvenue en Enfer , mon pote ."
C'était un véritable enfer . Une odeur de pourriture emplissait chaque centimètre cube de l'endroit , lui prenant le nez , la gorge , les poumons et les tripes . Les couloirs étaient noirs de crasse , avec des cadavres de vieux rats . La main devant la bouche , Coralize avalait sa salive sans discontinuer pour s'empêcher de vomir. Des portes blindées apparaissaient de temps à autre : elle tenta de les ouvrir , de la forcer d'un coup d'épaule : sans succès . Elle monta à l'étage : une énorme salle vide , à l'exception de ... lits avec des sangles . Et quelques seringues sur le sol . Derrière , une autre salle elle totalement vide , avec un dessin d'origine alchimique sur le sol et des taches de sang un peu partout . Prenant sur elle pour ne pas hurler face à une ambiance aussi malsaine , elle alla au dernier étage , accessible par une trappe : une prison , devina-t-elle . Il y avait un couloir étroit , et une énorme cellule fermée par une porte à barreaux . dans celles-ci ,le plafond était très bas , et il n'y avait aucune fenêtre , juste une ampoule à présent brisée . Heureusement qu'elle avait son briquet pour l'éclairer suffisamment ... Du moins , c'est ce qu'elle pensait jusqu'à ce qu'elle se cogne contre un tabouret . Le briquet lui échappa des mains et elle se retrouva dans le noir le plus complet.
" J'ai soif ..." , " J'ai faim ..." , " Je veux sortir ! Sortir ! Vous m'entendez !" , " Espèce de connard , regarde-moi quand j'te parle !" , " Maman ... Papa ... Où sont ma maman et mon papa , Monsieur ?" , " Tu prends ton pied à nous regarder souffrir , hein ?" , " Je ne veux pas mourir !"
Comme insensible au spectacle d'Ishbals enfermés comme du bétail devant lui , James alluma un cigare malodorant , espérant que la fumée lui empêcherait de voir ce spectacle insurmontable . Devant lui , collée aux barreaux , une petite fille toussa et le fixa de ses yeux humides . Les mêmes yeux que son fils . Il l'ignora , le coeur déchiré . En dessous de lui , il entendit les hurlements de douleur d'Ishbals utilisés pour les expériences de Mustang et Marcoh . S'il fermait les yeux , il sentait les flammes lui brûler les pieds . Il voyait le regard horrifié de ses gens qu'on tuait sans raison , dans des souffrances atroces . Et lui , lui qui aimait tant tout le monde, restait assis sur son petit tabouret , à faire la sourde oreille à la pire ignominie de l'Univers , à cette mascarade horrible à laquelle il participait . Epuisé de ce fardeau horrible , James pleura , la main sur les yeux . Il entendit la petit voix de la fillette s'élever dans le silence soudain de la prison :
" Monsieur , tu pleures ?"
Releva la tête vers elle , le militaire ne put s'empêcher de penser que c'était une jolie gosse . Souriant du mieux qu'il pouvait , il mentit :
" C'est la fumée qui me pique les yeux ."
Coralize faisait une crise d'angoisse . Ses muscles refusaient de bouger et la faisaient souffrir . Sa gorge se coinçait douloureusement tandis que sa respiration s'accélérair sans fin . Une voix métallique résonnait dans sa tête : " Tu vas mourir , mourir , mourir de ta curiosité ! Tu sais que c'est un vilain défaut , et pourtant ... Cela t'apprendra à aller contre ta nature de peureuse ! Tu aurais mieux fait de te cacher , encore une fois !". Pleurant de peur et de douleur , la jeune femme se sentit soudain aussi seule que ses Ishbals avaient dû l'être , à entendre et attendre la mort , impuissants .
" Hey , toi !"
Sortant de son habituelle léthargie , James releva la tête vers la voix qui l'avait appelé : un garçon de pas plus de seize ans lui souriait , derrière les barreaux . Son bras maigre était posé entre deux d'entre eux et il fixait James d'un air goguenard . Il s'approcha de lui et demanda :
" - Oui ?
- T'as pas une cigarette ?
- T'es pas un peu jeune pour ça ? le contredit James , courroucé .
- Je suis ptet plus jeune que toi , mais comme je suis ici , je sais que je vais crever avant toi , alors j'aimerais bien goûter ça avant de clamser ."
Sa bouche se tordit en un rictus de mauvais garçon tandis que James lui offrait une Shark menthol . Sa fausse assurance fut percée au grand jour quand sa main trembla pour saisir l'objet . Le militaire lui alluma le bout , et l'Ishbal en prit une grande bouffée . Fixant les yeux verts de James , il lui dit :
" - Je m'appelle Shaka . J'ai dix-huit ans .
- Tu fais plus jeune que ça , énonça simplement l'Amestris .
- C'est pas comme si la guerre m'avait laissé grand'chose à bouffer qui me permettre de m'étoffer un peu , hein ?
- Effectivement .
- Toi , tu t'appelles comment ? demanda Shaka .
- James . J'ai trente-huit ans .
- Okay , dis-moi James ... T'as envie de crever toi ?
- Autant que toi .
- A ce point ? fit Shaka , retirant sur la Shark mentholée .
- Ouais .
- Dans ce cas-là , explique-moi pourquoi tu fumes ces merdes qui empestent et collent aux poumons , sérieux ? Autant me foutre la tête dans une bouse de chèvre !" répondit le jeune homme , ricanant tout en rendant la cigarette à James .
Ce dernier ne pipa mot et fixa Shaka . Ce dernier , voyant les yeux désespérés de l'Amestris , lui cracha : " J'en veux pas de ta pitié ! J'suis curieux , pas plus ..."
Cependant , le lendemain , Shaka lui reparla , écouté de ses compagnons de cellule . Puis le surlendemain , le jour d'après et le jour suivant . Ceci pendant deux semaines . Jusqu'à ce que James soit convoqué dans la salle de réunion du bas :
" Monsieur James Hudson , allez me chercher ce jeune Ishbal ..."
Étant donné qu'il n'y avait que huit prisonniers dont deux femmes , trois vieilliards et deux hommes de trente ans ainsi que Shaka , le militaire vit tout de suite de qui il parlait . Refrénant un frisson dans le dos , il feignit l'ignorance :
"- Lequel ?
- Celui avec lequel vous discutez toute la journée , Monsieur Hudson , fit d'une voix traînante un homme entrant dans la pièce .
- Ha , vous voilà ! Monsieur Hudson , voici l'Alchimiste Écarlate , Solf J. Kimblee ."
Il se retourna pour faire face à un homme un peu plus jeune que lui , aux yeux clairs ressortissant distinctement dans cette pièce mal éclairée . Le fixant d'un regard des plus curieux , il continua :
" - Ne me dites pas que vous avez pitié de lui ? Que vous voulez le sauver ?"
James déglutit difficilement : cet homme avait visé juste . Remarquant son mal-être, son supérieur intervint :
" - Ceci ne m'intéresse pas , Monsieur Hudson . Allez me le chercher .
- Mais ...
- Vous avez un fils , je crois ? Je ne doute pas qu'il aimerait voir son père rentrer plus tôt de la ligne de front , mais ... vous savez , à votre âge , se retrouver sans emploi est assez problématique ... Vous n'aimeriez pas vous retrouver à balayer les rues , non ?"
Dans la tête de James s'entrechoquait l'image du sourire de son fils et du sourire de Shaka .
" Allez-y , Monsieur Hudson ."
" Où est le Lieutenant-Colonel ?" s'écria brusquement James , tiré de sa léthargie .
Ses collègues , jusque là tout occupés à prendre soin , furent déboussolés . Sauf deux : Ulrich et Léonce . Comprenant tout de suite le sens de leur mine défaite , l'homme se redressa et courut jusqu'au laboratoire 6 . Passé la porte d'entrée , il ferma les yeux , se repérant parfaitement dans l'obscurité de ses paupières . Escalier , deuxième étage , fond du couloir et ... trappe ! La lumière du jour entra avec lui , tandis qu'il prenait une Coralize suffocante sur son épaule pour la ramener au-dehors , dans la zone DD-45 .
Celle-ci se calma rapidement une fois à l'air libre . James la fixa et elle déclara :
"- Cela a dû être horrible pour vous .
- Pour tout le monde . Je ne suis qu'un écorché parmi tant d'autres ."
Le reste de la journée se passa en silence . James avait brièvement pris les travailleurs Ishbal à part pour expliquer "l'utilité" de l'endroit . Devant ses larmes , chacun avait compris ce à quel point il était meurtri et aucun n'avait eu le courage de lui adresser aucune forme de reproche . Sauf Namam qui demanda :
" Ce Shaka , il avait un signe particulier ? A part être insolent ?"
James réfléchit avant de répondre :
" Oui , il avait une tache de naissance en forme de croissant de lune dans la nuque."
L'Ishbal en face de lui avança vers James et le prit dans ses bras , très fort . Surpris , le militaire n'esquissa pas un geste quand il sentit Namam pleurer et lui dire :
" Je te remercie d'avoir aidé mon cousin à partir heureux ."
James remonta jusqu'au dernier étage , les clés de la cellule en main . Entendant le tintement particulier du trousseau , tous les Ishbals se recroquevillèrent contre le mur du fond , en une masse compacte , comme une seule entité . Ouvrant la porte , le militaire articula d'une voix cassée :
" ... Shaka ."
Après quelques secondes , l'appellé se redressa . Alors qu'il quittait la cellule , tout le monde lui parla en ishbal , des prières sans doute . Se dressant droit devant James , il lui dit :
" - Allons-y .
- Je dois t'attacher , confessa le militaire , montrant une paire de menottes .
- Je vois . Vas-y donc !"
Ce fut fait , et ils descendirent , l'un derrière l'autre . Alors qu'il étaient au second étage , l'adolescent demanda :
" - Ils t'ont fait du chantage sur ton fils , hein ?
- Ouais . N'empêche que je suis une grosse merde lâche , explosa James , furieux .
- Non , lâcha Shaka , arrêtant ses pas .
- ?
- Tu es un être humain , avec ses forces et ses faiblesses . Ne t'en veux pas . J'ai perdu mes parents , et je suis un sale gosse . Je n'aurai pas eu d'avenir sans Ishbal, aucun avenir en dehors de ces murs . J'aurais juste crevé moins vite "
Ils r'avancèrent , à tout petits pas , pour prolonger leur discussion . Juste quelques dernières secondes . Avant que James n'ouvre la porte , Shaka déclara :
" J'aurai bien aimé voir le soleil une dernière fois avant de mourir ."Ishbal" signifie " Soleil" dans notre langue , tu sais ?
- Non , je savais pas . Je me coucherai moins con , mais coupable , maugréa James .
- Ha , ça ! Peut-être qu'un jour , tu te sentiras mieux . Que tu reviendras ici , chez moi et que tu te diras " J'ai été con de garder ce sale gosse dans une pièce sans fenêtre alors que c'est si beau ici !" , s'exclama Shaka , avec son éternel sourire en coin.
- J'espère aussi . J'ouvre , l'avertit-il.
- Ok ."
Sur ces mots , James enclencha la poignée , dévoilant à Shaka l'endroit où il allait mourir , et le parterre de ses tortionnaires . L'adolescent resta , le menton droit et fier . Il murmura à l'intention de James :
" - Merci pour tout , mon ami . J'attendrai là-haut que tu t'intoxiques avec tes clopes mentholées qui schlinguent .
- Je te reverrai avec joie . Adieu , Shaka ."
Shaka mourrut deux heures plus tard , juste avant le coucher du soleil . Du lit où on l'avait attaché pour mourir, la dernière chose qu'il vit fut les rayons dorés de l'astre du jour . Et James pleura une nouvelle fois , au dernier étage , et pas seulement à cause de l'odeur de fumée au menthol de ses cigarettes .
Coin - mentholé- de l'auteur :
L'auteur s'excuse de vous avoir foutu la déprime avec ce chapitre très noir ! Mais sinon , ma fic faisait un peu niaise ...
Ce chapitre est pas fini , il devait aussi faire la part de Marie , mais sinon , vous auriez eu un chapitre de 20 pages et ça doit être chiant un chap' aussi long , donc , je pense ... Que le chapitre sur Miles sera aussi la suite de celui-là et le retour à l'action puisque l'action est question est directement liée à ce qu'on vient de voir dans ce chapitre 37 . ( Oui , ça fait bande-annonce XD)
J'espère que vous aimez bien Coralize et James , hein . Ils reviendrooont ! Au fait , HS , mais si vous voulez poser des questions par rapport aux persos , ils vont répondront ( car oui , mes persos existent dans ma tête , je suis schizo XD). D'ailleurs , Marie , comme t'as rien foutu dans ce chapitre , fais une bande-annonce du prochain chap et indique la musique !
Marie : CHUI PAS TA BONNE ! è.é Bon , sinon , dans le prochain chap , y'aura une incendie , encore des trucs pas glop , du love et du coiffeur ! Que des trucs sympas , youpi ! Et l'auteure a encore écouté du AqME et cette feignasse tentera de sortir un chapitre pour son anniv , car elle aime bien sortir des chaps à des dates festives . Et allez voir sur son profil , y'a des explications et des liens ! Sur ce , ciao les amis !
