Résumé du chapitre précédent:
Avant qu'ils s'apprêtent à entrer dans la grotte, Sam cherche le dernier morceau de lembas dans son sac, mais ne le trouve pas. Paniqué, il en informe Frodon et Sarah. Gollum époussète alors la cape de Sam pour faire tomber les miettes qu'il avait mises-là lui-même pendant le sommeil du jardinier. Frodon, confus, croyant aveuglément en Gollum, perd sa confiance en Sam et le renvoie chez lui. Voyant cela, Sarah, lourde de chagrin, lui demande pourquoi il agit ainsi. Frodon l'accuse alors d'avoir toujours fait semblant de l'aimer alors qu'il n'en était rien. Sarah, blessée au plus profond d'elle-même, ne peut rien faire lorsque son bien-aimé s'engouffre seul avec Gollum dans le tunnel obscur. Suite au départ de Frodon, Sam et Sarah se séparent: Sam descend l'escalier secret, plein de douleur, et Sarah reste où elle est pour interroger son don sur ce qu'elle doit faire. Ce dernier lui donne trois solutions possibles. Après une longue analyse avec une feuille d'eithel, Sarah décide de suivre son cœur et de partir sur les traces du Porteur de l'anneau qui est en grand danger. Arrivera-t-elle à temps pour le sauver?
Frodon marchait derrière Gollum en traînant les pieds, en partie parce qu'il était épuisé, en partie parce qu'il se sentait étrangement détaché du milieu dans lequel il évoluait. Contrairement à cette fois près de l'Anduin, où il ne pouvait faire un pas en avant sans que tout son corps lui crie d'arrêter et de retourner aurpès de Sarah, cette fois-ci il était dénué de tout sentiment. Il sentait ce filin qui reliait son cœur à celui de Sarah s'étirer et devenir douloureux, mais c'était supportable. Rasant le mur rocheux et noir, avec ses pensées tout aussi noires, il arriva devant l'entrée d'une grotte. Gollum l'attendait sur un rocher, ses yeux brillant étrangement comme ceux d'un chat.
- Là dedans… - fit-il en tendant le bras.
Frodon s'arrêta, s'appuyant contre le mur, et eut un fulgurant pressentiment. Il n'aimait pas du tout l'allure de cette grotte, et de l'obscurité qu'il y avait au-delà. Il sentait presque la menace qui planait dans l'air, comme des millions d'yeux qui l'épieraient sans qu'il les voie. Ses poils se hérissèrent sur ses avant-bras couverts de chair de poule, et il recula d'un demi-pas, la respiration devenue saccadée.
- Quel est cet endroit ?
- Le maître doit entrer dans le tunnel.
- Maintenant que j'y suis, je ne crois pas en avoir très envie – lui répondit-il d'une voix qui semblait rouillée et usée et à ses propres oreilles.
Un instant, la panique s'empara de la vicieuse créature: ils étaient si près maintenant! Tout ne pouvait pas échouer de cette manière!
- Mais… mais… - balbutia-t-il en scrutant anxieusement le visage de Frodon.
Cependant, il ne vit que fatigue, effroi et doutes. Les yeux de Frodon brillaient aussi, accentuant leur éclat bleu, mais ils ne manisfestaient ni suspicion ni méfiance. Gollum reprit confiance en lui.
- C'est la seule route! Entrez…. Ou repartez!
Il avait pris particulièrement plaisir à lancer ce dilemme, et il savoura intérieurement ses propres mots. Les traits de Frodon s'affermirent, et frôlant inconsciemment l'anneau, il commença à pénétrer dans la grotte, une main toujours appuyée contre le mur.
- Ça, je ne le peux pas – murmura-t-il en passant près de Gollum.
Ce dernier sourit, le suivit des yeux avec une malveillance vicieuse et bondit allègrement à sa suite. Frodon titubait en marchant, la grotte ressemblant de plus en plus à l'œil d'un four noir. Il n'y avait pas le moindre souffle d'air, et pourtant, à peine avait-il fait quelques pas qu'une vague d'une pestilence écoeurante le frappa. Le hobbit eut plusieurs haut-le-corps avant de retrouver sa respiration. Il porta une main à son nez et d'une voix étouffée, demanda:
- Quelle est cette puanteur?
- La crasse des Orques – siffla Gollum derrière lui – ils entrent ici quelquefois. Venez, maître!
Frodon éprouva un léger doute, son instinct lui soufflant que la créature mentait, mais il avança néanmoins, une main toujours plaquée devant son nez et respirant par la bouche. Bientôt, en un saut agile, Gollum le dépassa et glissa sans bruit devant lui. L'osbcurité était devenu aussi impénétrable et étouffant que dans une gueule de monstre. Gollum disparut bientôt de sa vue.
- Par ici, maître! – retentit la voix de Gollum qui lui sembla terriblement lointaine et dont l'écho se répercuta dans toute la grotte.
Frodon s'arrêta, la respiration sifflante, et tendit l'oreille. Plus un bruit. Comme un aveugle, il tendit une main en avant et marcha vers sa gauche, s'attendant à trouver bientôt quelque chose de solide comme un mur, mais il fit vingt pas sans rien rencontrer. Impossible! Le tunnel à l'entrée faisait maiximum dix pas de droite à gauche. Effrayé, il agita furieusement ses deux mains devant lui comme s'il cherchait à attraper quelque chose, et c'est alors qu'il le sentit.
Sa main se reprit dans une substance visqueuse et collante qui retint la retint en suspension dans les airs. Poussant un cri, il s'arracha à cette chose et agita follement sa main pour se débarrasser des derniers fils qui semblaient s'accrocher à ses doigts.
- C'est gluant, qu'est-ce que c'est?
Sa voix était aussi chevrotante que celle d'un vieillard. Il ne s'attendit pas à une réponse, et pourtant, la voix de son guide lui parvint, rebondissant contre les cavités:
- Vous allez voir… oui, vous allez voir.
La malice qui perçait dans cette voix ne cherchait plus à être dissimulée. Frodon fit un autre pas en tremblant et regarda partout autour de lui, essayant désespérément de percer la noirceur.
- Sméagol? – appela-t-il.
Mais personne ne lui répondit.
- Sméagol!
Sentant une bouffée de panique, il chercha à retourner sur ses pas mais tout était noir. Comment savoir s'il ne tournait pas en rond? En faisant trois pas vers sa droite, il rencontra de nouveau la substance visqueuse, dont il se débarrassa en poussant un hoquet de dégoût.
- Sméagol!
Ce fut un vrai cri de désespoir qui jaillit de sa bouche. Sa propre voix se répercuta lugubrement dans la grotte et il se recroquevilla sur lui-même, attendant anxieusement que l'écho macabre se taise. Finalement, le silence revint, et Frodon se fit la promesse de ne plus jamais proférer un seul son dans cet endroit. Maintenant, tout ne lui parassait que trop clair. Ce Gollum l'avait trompé et l'avait amené seul dans ce piège. Alors, tout ce qu'il lui avait chuchoté dans l'oreille était faux. Une bouffée de chagrin se joignit à son désespoir lorsqu'il se remémora ce qu'il avait dit à Sam et à Sarah. Mais surtout à Sarah.
Ça ne peine tellement que pour toi ça n'a été rien d'autre qu'un jeu…Ses propres paroles lui revenaient, aussi claires que le tintement d'une cuiller sur un verre. Et il se haît de les avoir prononcées. Sa situation actuelle n'était rien comparée à cette haine pour lui-même qu'il éprouvait. Commment avait-il pu être aussi stupide pour croire les mensonges de Gollum? Sarah n'était pas digne de son amour, s'il l'abandonnait au premier mensonge murmuré à son oreille par un esprit perfide. Maintenant, il devait payer le prix de sa propre bêtise.
- Sarah… - soupira-t-il à mi-voix, tandis que sans le savoir, une lueur de détermination passait par ses yeux.
Il se remit en marche. Ses yeux ne s'étaient pas complèment habitués à cette obscurité malveillante, et il douta qu'ils le fussent jamais ; mais il voyait assez à présent pour savoir qu'il était au centre de plusieurs tunnels tortueux qui partaient dans toutes les directions. Un autre élément retint son attention et lui coupa le souffle. C'était un oiseau mort. Frodon arrivait à voir l'un de ses yeux qui émettait une lueur terne. L'animal était enroulé des pattes au bec dans une susbtances visqueuse et blanchâtre qui formait un cocon. L'oiseau était tête en bas, et le cocon pendait au plafond.
Un peu plus loin, se trouvait un autre cocon, mais celui-là renfermait un squelette, peut-être d'un humain, peut-être d'un Orque. Son crâne était fracassé et tordu, et ses mâchoires étaient déplacées comme si on les avait tordues elles aussi. Comme le cadavre de l'oiseau, celui-là aussi était tête en bas. Le cri qui s'apprêtait à jaillir des poumons du hobbit se bloqua dans sa gorge lorsqu'il sentit un souffle fétide dans l'air. Paralysé sur place, seuls ses yeux bougeaient follement dans tous les sens pour essayer de voir ce qui se passait. Il avisa plusieurs autres cocons plus loin, enfouis dans les ténèbres, et il fut soulagé de ne pas arriver à distinguer les horreurs qu'ils renfermaient. Lorsqu'il eut retrouvé le contrôle de son corps, il pivota lentement sur lui-même. Une autre vague de puanteur le submergea, encore plus forte que la précédente, et il faillit vraiment vomir. Cependant, il n'avait pas tort de réaliser que la puanteur augmentait, comme si la créature ou la chose qui la dégageait venait dans sa direction…
Retenant sa respiration, Frodon tendit les deux mains devant lui et commença à courir à l'aveuglette. Il avait une idée assez précise du monstre qui vivait dans cette grotte. Une araignée, peut-être immense vu la taille des toiles d'araignée qui tapissaient partout les murs. Son cœur devenait de plus en plus affolé, et un moment vint où il ne put retenir sa respiration plus longtemps. Il inhala de l'air et sentit ses jambes lui faire défaut lorsque l'odeur pestilentielle s'engouffra dans ses narines.
Le sol était lui aussi tapissé de toiles d'araignée et d'ossements. Évitant de regarder en bas, il marcha dessus et continua sa course effrénée. Des points noirs apparurent au coin de ses yeux et il secoua la tête, refusant de perdre connaissance. Soudain, son pied se prit en plein dans une toile si collante qu'il y resta collé. Le hobbit s'étendit de tout son long sur le sol et les ossements. Poussant un gémissement, il se débarrassa de la toile à coups de pieds et poursuivit son chemin en rampant.
La créature se rapprochait rapidement, et Frodon le sentait. L'air était aussi immobile que dans un cocon fermé, et ajouté à la puanteur, rendait la respiration de Frodon de plus en plus laborieuse. Son cœur battait et son cerveau enoyait des signaux d'alarme pour le manque d'oxygène, mais il n'y pouvait rien. Il s'affala de nouveau sur la poitrine et tomba nez à nez avec un crâne. Il se détourna promptement et se mit sur le dos. Un bras ne pleine putréfaction et envelopée de fils tomba sur lui ; il le repoussa avec un long gémissement désespéré.
Il se traîna encore en arrière et son dos rencontra un point solide. Préférant ignorer ce que c'était, il s'y adossa et se recroquevilla sur lui-même. L'effroi qu'il ressentait se mêlait à la panique, le faisant trembler comme une feuille. Il sentait des toiles d'araignée partout sur lui qui le chatouillaient, mais il n'osa pas les enlever. Ses membres lui paraissaient raides et contractés. Il paraissait bien que sa dernière heure était venue. Il ne sut pas s'il allait mourir de peur ou bien dévoré par une répugnante bestiole, et il ne voulut pas le savoir.
Tout en étouffant ses gémissement, il ferma les yeux, le corps secoué de frissons glacés. S'il allait mourir dévoré, il ne voulait pas voir le monstre frotter ses mandibules tout en le fixant de ses myriades de petits yeux noirs. La puanteur était insupportable à présent, mais Frodon n'eut pas la force de vomir. Il pressa fort ses paupières et attendit la fin.
Dans sa tête, une image apparut, aussi nette que s'il l'avait sous les yeux. C'était Sarah, elle se retournait, faisant voler en arrière ses cheveux gracieux, et lui souriait. Il n'allait plus jamais la revoir.
- Frodon – fit-elle.
- Sarah… je suis tellement, tellement désolé.
- Frodon – répéta-t-elle plus fort.
Il ouvrit les yeux et se redressa un peu, le cœur battant la chamade. Ce ne pouvait être ce qu'il pensait ; il avait tout imaginé. Pourtant, il aurait juré avoir entendu pour de vrai la voix de Sarah, faible et lointaine, mais c'était elle. Cela lui donna un espoir fou, mais l'appel ne se répéta pas. Par contre, la créature, elle, n'était plus très loin. Il le sentait à l'air qui vibrait de son mal.
Et tout à coup, une voix retentit à ses oreilles, semblant provenir de sa tête.
- Et vous, Frodon Sacquet, je vous donne la lumière d'Earendil, notre étoile bien-aimée. Puisse cette lumière vous éclairer dans les endroits sombres, là où toutes les autres lumières seront éteintes.
Il palpa la poche de son pantalon et sentit le gonflement de la petite bouteille sous le tissu. D'une main tremblante, il caressa sa surface polie et froide, et sortit la fiole de sa poche. Devant ses yeux, le liquide bleuâtre qu'elle contenait se mit à briller faiblement. C'était juste une petite étincelle, mais c'était mieux que rien. Et pourtant, Frodon en avait la conviction qu'elle pouvait en faire plus. Plongeant son regard dans le liquide, il sentit une force surnaturelle monter le long de sa colonne vertébrale. Levant bien haut la fiole, il prononça:
- Aiya Earendil Elenion Ancalima!
Il fut surpris un instant qu'il ait parlé l'elfique, mais la fiole qui commençait à devenir éclatante coupa court à son ahurissement. La lumière semblait provenir du liquide, et le verre de la fiole était agréablement chaud dans sa paume. Il la leva et la promena un instant devant lui, grimaçant en voyant les ossements et les toiles d'araignée. À la lumière, il fut soudain conscient que les ténèbres ne reculaient nullement devant elle. Le sentiment qui lui comprimait le ventre augmenta encore d'un cran, tandis qu'un cliquetis se faisait soudain entendre derrière lui.
Lentement, très lentement, Frodon tourna la tête pour regarder par dessus son épaule. Ses yeux croisèrent deux petits yeux noirs, non, pas deux, mais quatre, huit, dix! Poussant un hurlement, il sauta sur ses pieds et eut devant lui l'araignée la plus grosse et la plus répugnante qu'il eut jamais vue. Ses huit pattes repliées sous elle étaient aussi grosses que son avant-bras, sa tête était remplie d'yeux noirs malveillants, et elle traînait un énorme ventre rond et noir derrière elle. Elle leva deux de ses pattes et sa bedaine toucha un instant le sol ; une espèce de sifflement aigû jaillit de l'insecte, aspirant toute la chaleur du sang du hobbit.
D'un mouvement instinctif, Frodon dirigea la fiole de Galadriel contre cette créature des ténèbres, et ce dernier recula légèrement, ses yeux plissés mais fixés sur lui. Alors il fit demi-tour et s'enfuit. Il ne fit pas deux pas que son pied se prenait dans une substance gluante et qu'il tombait sur ses genoux. La bête bondit aussitôt sur lui, ses quatre pattes de devant s'enclavant sur le sol autour du hobbit comme une cage.
Frodon leva vers elle la lumière de sa fiole, et la bête recula de nouveau. Le hobbit dégaina Dard et coupa l'une de ses pattes. L'araignée poussa un sifflement et battit en retraite; Frodon en profita pour se relever et recommencer à courir.
Cela lui semblait un horrible cauchemar, mais après chaque pause, au lieu de se réveiller, il plongeait dans un coin encore plus obscur de sa tête. Il entendait le bruit que faisait le monstre derrière lui en posant chaque patte contre un rocher. C'était un bruit entêtant et obsédant comme lorsqu'on frappe sur une porte avec la main enveloppée de tissu pour assourdir le bruit. Lorsque les tac tac tac étaient trop proches, Frodon se retournait et dirigeait la fiole droit devant ses myriades d'yeux. La créature ralentissait, et Frodon se dépêchait de se remettre à courir.
Étrangement, le plus cauchemardesque de la situation n'était pas d'être pousuivi par une araignée géante, mais par son odeur. Des effluves de viande avariée s'insinuaient par ses narines et engourdissaient ses muscles. Au bord de l'évanouissement, il trébucha plusieurs fois en se cognant contre les murs. Néanmoins, il continuait à courir en tâtonnant l'obscurité de ses deux mains. Alors que l'araignée gagnait progressivement du terrain, il avisa une zone dans le sol à quelques pas devant lui où l'obscurité était plus intense. Sans se poser davantage de questions, il plongea tête à la première là-dedans et sentit son corps glisser le long d'un tube. Puis il protégea sa tête avec ses bras et aterrit de l'autre côté en faisant une culbute sur lui-même. La fiole de Galadriel lui échappa des mains et roula plus loin, s'éteignant. Frodon tâtonna désespérément le sol à sa recherche, mais en choc au dessus de lui le fit lever les yeux.
Il vit un morceau de la tête de la bête cogner furieusement contre le trou, trandis qu'une de ses mandibules s'agitait vers lui sans l'atteindre. Finalement, avec un froufroutement de ses pattes, elle disparut. Frodon ne pensa pas un instant qu'elle eut abandonné la poursuite ; c'était sa tannière, donc elle connaissait forcément un autre chemin pour parvenir jusqu'à lui. Il maîtrisa le tremblement de ses mains, se releva et s'enfuit.
Sam faisait le trajet des escaliers en sens inverse, le visage maculé de traces de larmes. Son esprit vide dérivait et les dernières paroles de Frodon refusaient de cesser de le tourmenter.Retourne chez toi… chez toi…
Bien malgré lui, Sam fut de nouveau sur le point de fondre en larmes. Ne voyant pas où il mettait les pieds, il glissa sur la marche suivante et ne put se retenir à la marche d'après. Avec épouvante, le reste de son corps glissa lui aussi et il battit des mains sans réussir à saisir une prise. Poussant un petit cri, il commença à dévaler les escaliers en roulant.
Son sac à dos se détacha de ses épaules sous l'effet d'un choc assez violent, et quelques casseroles en sortirent, rebondissant contre les coins rocheux de l'escalier. Après une chute qui lui parut une éternité, son corps toucha le sol. La douleur à sa poitrine fut si violente qu'il perdit connaissance.
Quand il rouvrit de nouveau les yeux, il se redressa et s'ébroua, chassant les dernières traces de brouillard qui dansaient encore devant ses yeux. Regardant autour de lui, il aperçut avec un frisson de terreur la tour de Minas Morgul, verte et silencieuse ; la cité morte était redevenue morte, et plus aucune armée ne passerait plus jamais par là. Sam regarda en haut vers l'escalier sinueux et inspira profondément.
- Voilà que je suis à mon point de départ, et la descente a été plus vite que prévu avec la dégringolade – marmonna-t-il à lui-même.
Avec un dernier regard de regret vers l'escalier, il se demanda où était Frodon et s'il allait bien, mais il chassa cette pensée, au risque de retomber dans la déprime. Alors qu'il ramassait une casserole fort abîmée, son regard tomba sur quelque chose de vaguement familier. S'approchant avec prudence, il distingua le bout déchiqueté d'une feuille verte. Sentant son cœur battre à tout rompre, il s'agenouilla et effleura la feuille d'une main tremblante. En le touchant, la feuille se déplaça et laissa voir un morceau de pain elfique en dessous.
Sam prit la feuille et le pain, les fixant tous les deux d'un œil vide, avant qu'une rage noire ne l'envahisse tout entier. Ses traits se tordirent en une expression de haine, et sa main serra son contenu jusqu'à le réduire en bouilli. Dans sa tête, une seule image apparut: celle de Gollum retourné vers lui et lui adressant ce sourire malicieux. Gardant cette image à l'esprit, il se précipita vers les escaliers et commença à monter à toute vitesse, se rendant à peine compte de ce qu'il faisait.
Sarah arriva devant l'entrée du tunnel, et comme Frodon, s'arrêta net en sentant l'air stagnant régnant à l'intérieur. L'effet de l'eithel commençait à se dissiper, et tous les stratagèmes qu'elle avait élaboré pendant son trajet jusque là commencèrent à devenir aussi inconsistants que de la brume. Il lui sembla que cela lui prenait une éternité pour faire deux pas en avant, tant elle usait de précautions.
Elle se demanda comment Frodon avait pu entrer dans un endroit pareil, et elle soupçonna Gollum de l'y avoir obligé. C'est à ce moment-là que la première bouffée d'air avarié parvint à ses narines. Comme Frodon, elle se boucha le nez tout en ressentant l'envie de vomir. Fixant les ténèbres devant elle, elle sentit ses membres trembler. Elle ne pouvait pas entrer dans cet endroit obscur et insalubre, elle ne le pouvait pas! Tous ses membres et tout son bon sens protestèrent lorsqu'elle fit un pas de plus en avant, mais elle savait Frodon était dans cet endroit, et cela la rendait malade.
Déjà, elle ne voyait plus rien de ce qui l'entourait, et respirer par la bouche rendait sa gorge sèche et douloureuse. Un endroit de ténèbres… pourquoi ce devait être un endroit de ténèbres, la chose au monde qu'elle redoutait le plus? Mais Frodon… il était peut-être en danger. Elle inspira profondément par la bouche, s'enveloppa de cet amour immense qu'elle éprouvait pour lui, et s'enfonça d'un pas décidé dans les ténèbres et l'obscurité.
Elle n'avait pas fait cinq pas que l'obscurité l'entourait de partout. Respirer devenait difficile, même par la bouche. Instinctivement, elle dégaina silencieusement Dûnnaur et la tint devant elle en position de défense. Quelque chose flottait dans l'air et dégageait des effluves écoeurantes de Mal. La lame de son épée ne brilla pas, préférant la prudence. Prudemment elle tâtonna devant elle jusqu'à ce qu'elle sente le choc de la lame contre une surface dure. Lorsqu'elle voulut retirer la lame, celle-ci refusa de revenir et sembla retenue par quelque chose. Poussant un hoquet étouffé, elle tira violemment son épée en arrière et faillit tomber à la renverse. Clouée sur place par la peur, elle s'attendit à voir une main squelettique sortir de l'obscurité, mais rien ne se passa. Dûnnaur émit une légère lueur, et pendant un instant illumina une substance visqueuse, qui à la lumière rouge semblait teintée de sang. Sarah s'apprêtait à hurler lorsqu'elle reconnut une toile d'araignée.
Elle obligea fermement Dûnnaur à redevenir terne, puis fit demi tour. Elle avait maintenant une idée très claire du propriétaire de l'endroit. Sondant les ténèbres avec sa lame, elle chercha désespérément à y voir quelque chose. Elle avait une envie folle de sortir, si au moins elle savait où était la sortie. Elle redouta un instant que Frodon ne soit déjà mort ; devant ses yeux apparut l'image d'une araignée géante se jetant sur Frodon et ouvrant une gueule pleine de dents pointues pour se saisir de sa jambe. Sarah la repoussa fermement, essayant de garder encore un peu d'espoir. Elle se rappela une conversation qu'elle avait tenue avec lui en Ithilien, où elle lui avait dit qu'en chacun résidait une parcelle d'espoir, n'attendant que le moment d'être réveillée. Ses propres paroles, alors si optismistes, lui semblaient à présent dépourvues de sens. Néanmoins, elle ferma les yeux et se sonda elle-même à la recherche de cette parcelle d'espoir. Elle ne la trouva pas, mais sentit quelque chose d'autre ; en puisant au plus profond de son cœur, elle trouva ce fil invisible le liant à son bien-aimé.
Frodon est-il mort?Non, fut la réponse, catégorique, non. Alors, armée d'un nouveau courage et d'une nouvelle détermination, elle appela:
- Frodon?
Son appel fut engouffré par les ténèbres grandissantes qui semblaient dévorer tous les sentiments qui planaient, et elle n'obtint nulle réponse.
- Frodon! – cria-t-elle plus fort.
Sa voix fut reprise en écho par les cavités de la grotte, diminuant en intensité jusqu'à ne plus devenir qu'un murmure fantomatique. Elle se raidit au son de sa propre voix et trouva qu'il vaudrait peut-être mieux se tenir silencieuse dorénavant.
Un bruit régulier parvint à ses oreilles, la faisant sursauter. C'était le bruit de succion d'une ventouse sur un rocher, mais il y en avait plusieurs. Et puis, de temps en temps, le bruit de quelque chose qui traînait un peu par terre. Saisie d'une terreur qui débordait de tout ce qu'elle pouvait supporter, elle se mit à courir à l'aveuglette. Des objets durs explosaient sous ses pieds en produisant des craquements secs, mais elle ne s'arrêta pas pour voir ce que c'était. Alors que les bruits de succion se rapprochaient, une odeur pestilentielle encore plus répugnante que celle des marécages monta à ses narines. Elle défaillit et roula sur le sol jusqu'à un coin obscur. Ses vêtements et ses cheveux étaient remplies de toiles, mais elle ne s'en préoccupa pas. En rampant, elle se glissa dans une substance gluante et laissa des pans entiers de toile la recouvrir. Ensuite, elle demeura dans une parfaite immobilité. Les bruits de succion s'étaient évanouis sans qu'elle s'en rende compte.
Cependant, l'odeur persistait, et le monstre devait être immobile lui aussi. Soudain, des tac-tac parvinrent à ses oreilles et elle se fit encore plus petite. Quelques secondes plus tard, une masse noire et sombre passait au dessus d'elle. Une des pattes de la bête s'appuya à cinq centimètres au dessus de la tête la hobbite en produisant un léger tac, puis la masse noirâtre et écoeurante de sa bedaine se traîna sur le rocher en arrachant quelques fils de toile. Sarah, convulsée d'effroi dans son cocon, retint son souffle pour ne pas défaillir. L'araignée ne pouvait pas avoir manqué une proie qui se tenait aussi près d'elle, si ce n'est parce que tous ses sens étaient à ce moment dirigées vers quelque chose ou quelqu'un d'autre. Enfin, le monstre disparut dans un pan des ténèbres, et aussitôt, la cave sembla s'éclaircir quelque peu. Sarah aperçut alors la quantité de toile qui la recouvrait et le cadavre d'un Orque qui s'entassait devant elle. Réprimant un hurlement, elle se démêla vivement de son cocon et se remit debout. Elle sentit des fils la chatouiller partout sur le corps, et elle se gratta furieusement, avec répugnance.
Elle tomba sur ses genoux et trembla violemment en étouffant ses gémissements. Ce n'était pas le souvenir du cocon de toile, ni du cadavre d'Orque qui la mettait dans cet état, mais la perspective que la grosse bête rampante ne tissait pas que des toiles, mais aussi l'obscurité. Lorsqu'elle s'était approchée, jamais la grotte n'avait été si noire, jamais l'air n'avait été si immobile et si morte, et jamais la frayeur n'avait été si poignante. Elle tissait les ténèbres du désespoir et de la perte, elle tissait la nuit éternelle qui était la base de son antre. C'est ce souvenir et cette sensation qui allait hanter ses cauchemars bien après que tout se soit achevé.
Lorsqu'elle se fut remise, elle se leva en titubant, et s'aperçut que sa main agrippait toujours la manche de Dûnnaur. En redoutant d'avance ce qu'elle allait toucher, elle se rapprocha d'un mur et le tâtonna avec sa main. Aussitôt, elle resta collée dans une toile énorme, mais d'un geste sec, Sarah l'enleva et tâtonna un peu plus loin. C'est ainsi qu'elle continua sa route en suivant l'un des murs.
Frodon courait en jetant de fréquents coups d'œil par dessus son épaule. Alors qu'il sentait ses forces décliner, le tunnel sembla s'éclaircir peu à peu et un courant d'air lui parvint. Faisant un dernier effort, il obligea ses jambes à trotter. Un ébranlement, suivi d'une vibration, lui parvint de derrière, et il se retourna tout en continuant de courir. Il ne vit rien de suspect ; tout à coup, son corps entier plongea dans la substance gluante qui tapissait la totalité de l'antre. La panique de Frodon monta d'un cran lorsqu'il se vit pris au piège dans une énorme toile d'araignée. Ses pieds ne touchaient plus le sol, ses mains étaient collées à la toile des deux côtés de lui. Il agita Dard, mais la lame aussi était prise dans les fils.
Frodon se débattit, mais ne réussit qu'à se balancer lentement sur la toile. Le bruit caractéristique des pattes d'Arachnée se fit sentir sur les rochers derrière son dos. Frodon voyait la sortie juste devant lui, mais il ne pouvait l'atteindre. Il poussa un gémissement de désespoir. Alors, devant ses yeux ahuris et furieux, la tête de Gollum apparut par dessus un rocher ; il arborait son sourire moqueur et ses yeux ne le regardaient pas, lui, mais quelque chose derrière lui. Frodon n'eut pas besoin de se retourner pour savoir ce que c'était.
Gollum émit un ricanement et le reste de son corps apparut sur le roc. Frodon le regarda avec une haine si intense que Gollum se raidit un instant, puis il se détendit de nouveau et sourit.
- Et là petit moucheron – chantonna-t-il – pourquoi es-tu si grognon? Sur la toile emprisonné, bientôt… tu seras mangé!
La haine de Frodon jaillit de lui en un hurlement rageux. Ses yeux jetèrent des étincelles tandis qu'il fixait Gollum et qu'il se débattait avec l'énergie du désespoir. Il réussit à libérer Dard et commença à tailler la toile devant lui en grands mouvements sauvages. Arachnée se rapprocha doucement derrière lui, sa silhouette grotesque se découpant sur le fond de la cave. Frodon redoubla d'efforts et mania Dard comme jamais il ne l'avait manié. La lame elfique coupait les fils et Frodon se fraya progressivement un chemin jusqu'à la sortie. Voyant que le hobbit allait se libérer, Gollum prit peur et disparut.
Frodon libéra une de ses jambes et trancha d'un coup de lame les fils qui retenaient l'autre. Une des pattes d'Arachnée se posa juste à côté de lui, et Frodon la tailla d'un coup d'épée rageur. Arachnée enleva sa patte, mais l'épée resta collée à une zone plus visqueuse que les autres. À contrecoeur, Frodon dût la laisser là. Ensuite, il se jeta férocement en avant et roula au bas d'une pente ; les derniers fils qui retenaient sa taille s'étirèrent jusqu'au dehors, mais Frodon les arracha avec dégoût. À peine eut-il fini, et respirant encore sa première bouffée d'air frais, que Gollum sauta sur lui avec un râle et lui saisit les oreilles pour cogner sa tête contre le mur. Il était furieux.
- Il s'en est pas sorti, pas vrai? – cracha-t-il – Non, pas cette fois. Pas cette fois!
L'anneau sortit de la chemise de Frodon et Gollum s'élança vers lui de toutes ses forces. Le hobbit lui saisit les bras et les tordit, mais Gollum tint bon et le projeta contre un rocher. Sous le choc, ils se séparèrent et Gollum retomba en arrière. Frodon saisit sa chance. Prenant son élan contre le rocher, il se jeta sur Gollum avec un cri de haine ; il parvint à appuyer un genou sur sa poitrine, puis lui saisit la gorge à deux mains.
Lentement, il commença à l'étrangler. Le visage de Gollum tournait au cramoisi lorsqu'il s'écria d'une voix cassée et suppliante:
- Ce n'était pas nous! Ce n'était pas nous!
Frodon serra les dents et appuya de nouveau sur sa gorge. «Crève!» – pensa-t-il avec une haine dont il ne se savait pas capable. Gollum se tortilla un instant, la bave aux lèvres, et croassa de nouveau:
- Sméagol… ne ferait pas de mal… à Maître! C'est le Précieux… qui nous a poussé… à le faire!
Frodon regarda Gollum, le front plissé. Devait-il le croire? Son instinct lui disait que non, et pourtant, il savait de quoi l'anneau était capable. Et puis Gollum a été sous son emprise pendant tant d'années…
- Vous… devez nous croire! Nous avions… promis!
La voix de Gollum n'était plus qu'un râle lorsque lentement, presque à contrecoeur, Frodon le lâcha et recula en arrière. Gollum aspira une goulée d'air, les yeux fermés. Il avait l'air vieux, fatigué et pitoyable. Lorsqu'il rouvrit les yeux, ceux-ci étaient empreints de tristesse. Frodon se mit debout.
- Je dois le détruire – souffla-t-il – je dois le détruire pour notre salut.
Sans regarder cette pitoyable masse grise qu'était Gollum, il voulut poursuivre son chemin, mais dès qu'il lui tourna le dos, les traits de Gollum se tendirent de haine tandis qu'il comprenait pourquoi son maître cherchait à pénétrer en Mordor. Prenant son élan, il s'élança:
- Non!
Il tomba sur Frodon et le jeta à terre, juste au bord d'un gouffre. Mais son propre élan le fit basculer par dessus le corps du hobbit, et il glissa dans les ténèbres qui s'étendaient en dessous. Longtemps, son cri résonna contre les rochers tandis qu'il disparaissait dans le vide.
Voilà, je coupe ici! Après tout, c'est à peu près ici qu'on coupe le film sur les vidéo cassettes. Et puis, vraiment désolée pour ce retard, c'est parce que je recevais une correspondante italienne chez moi! Le prochain chap arrivera plus vite, promis.
RARs:
Believe4ever: ah! Mélanie c believe4ever et believe4ever c'est mélanie, lol! Ben, heureuse de le savoir. Pas grave que tu aies re-posté une review, parce que ça m'en fait une de plus, lol. Désolée que ce chap n'a pas été posté «bientôt». Mais bon, le voici enfin. Dans le chap précédent, je sais pour Frodon! Je l'aime bien, mais dans le film c'était vraiment vraiment triste de le voir quitter Sam et d'aller seul dans cette espèce de grotte obscure! Eh bien, les retrouvailles entre nos deux petits héros, c'est pas encore dans ce chap-ci. Peut-être dans le prochain… peut-être pas… Bah quoi, c'est bien de faire languir un peu les lecteurs. Après tout, après une longue période, les retrouvailles sont toujours beaucoup plus délicieuses. Bref, je te laisse! Merci pour ta gentille review! Et à bientôt.
Haruka Hinata: walla walla à vos ordres miss! Voici la suite, bien qu'avec un certain retard. Merci pour ta review, ça fait plaisir d'avoir de plus en plus de lecteurs, lol. Et puis, j'espère que cette suite t'a plue. À bientôt, alors!
AngelofLinkinPark : waouh, merci pour la review! Oui, moi aussi j'ai beaucoup de plaisir à écrire sur Sarah, sur ses actions, sa relation avec Fro, etc. Et… merci pour les encouragements pour l'école. J'en ai vraiment besoin… mes profs sont de vrais bourreaux. La raison partielle de mon retard c'est vraiment les tests que les profs donnent à chaque semaine. Y en a marre à la fin! Bref, je vais pas continuer à me plaindre, quand même, .
PS: c vrai, c cool comme groupe, Linkin Park…
Alex: salut salut! Ouais, bon, Fro les a chassés, c'est vrai, mais c'est que sinon, l'intrigue pourrait pas marcher. De toutes façons, comme ça vous aurez bientôt une petite scène de retrouvaille toute attendrissante, lol. Mais c'est pas vraiment la faute à Fro, c'Est la faute au michant anneau! Et puis pour Gollum, je vois parfaitement de quoi tu veux parler. Moi aussi je l'aime bien, surtout dans les Deux Tours: je trouve que c'est intéressant et très marrant de voir sa double personnalité. Et puis on se demande qui va l'emporter à la fin, le bon ou le méchant? Mais dans le Retour du Roi, et surtout vers la toute fin, je le trouve exécrable à mourir! Comment ose-t-il faire tout ça à mon Fro? super frustrée Bon, ok, je me calme…. (Et puis, pas grave le commentaire sur Gollum. Toutes les commentaires sont les bienvenues.) Alors, j'espère que t'as eu du plaisir à lire cette suite. Le prochain chap arrivera bcp plus vite, promis! Sur ce, namarie…
Moonlight of dreams: Oui, Sarah a vraiment un don, comme tu pourras te rendre compte très très vite. Et bien sûr que Fro et Sarah vont bien ensemble! Ils sont nés pour être ensemble, même si dans le chap 9 ils s'en rendent pas encore compte. Merci pour les encouragements, et comme pour les autres fois, je t'encourage à continuer à lire vite.
