-Pourtant avec eux c'est plus facile. Alex ne parvenait pas à contenir sa rancoeur. J'aurais vraiment aimé que tu te confies à moi. Il se leva de sa chaise. Il était blessé, c'était évident.

-Alex... l'implora-t-elle. Il ne se retourna pas.

-Je sais. Tu m'avais demandé d'abandonner et de te laisser tranquille... Je...

-Non! C'est pas ce que je voulais ! Là encore il resta de dos.

-Tu ne m'as pas dit que tu étais mariée car tu avais peur que je m'en prenne à lui... Il soupira. Tu voulais sans doute me protéger ou peu importe mais c'est fini. Tu n'as plus d'excuses. Il fit un pas mais Jo l'arrêta. C'était peut-être la seule occasion qu'elle aurait d'arranger les choses avec lui. C'était maintenant ou jamais.

-Quand j'ai changé d'identité... Quand je suis devenue Joséphine Wilson... Elle ferma les yeux pour ne pas croiser son regard. J'ai réécrit ma vie... Quand mes amis d'Harvard me demandaient de parler de moi, je disais toujours que mes parents étaient morts dans un accident de voiture quand j'étais petite. Je racontais ensuite que j'avais vécu chez ma grand-mère dans une petite maison dans une ville que je ne nommais et ne situais jamais jusqu'à sa mort. Elle souffla péniblement. J'avais vendu cette maison à contre cœur avant d'arriver à Princeton puis à Harvard. C'est cette Jo Wilson que j'ai été pendant deux ans et tu sais quoi ? Elle rouvrit les yeux et le regarda intensément. Je l'aimais... Parce que j'étais toujours une putain d'orpheline mais au moins des gens avaient voulu de moi... La douleur perçait dans sa voix et elle se laissa pleure. Et pas seulement Lionel... Des gens m'avaient aimée sans me faire de mal. C'était tout ce que je voulais. En fermant les yeux je pouvais voir mes parents heureux et fiers de moi. Elle sourit tristement. Je pouvais m'imaginer cette vielle femme m'applaudissant après un spectacle de fin d'année... J'aimais cette vie la... J'arrivais à oublier mes années de silence, les coups que j'ai donnés, mes séjours à l'hôpital, la prison, la rue, la drogue, ce que Lionel m'a fait,... Tout. Jo secoua la tête. J'avais l'impression de vivre enfin mais j'avais toujours peur. Et si quelqu'un découvrait tout ? Que se passerait-il ? J'étais morte de peur à l'idée que la vie d'avant ne me rattrape. J'étais devenue une personne que j'aimais. Puis je suis arrivée à Seattle et c'était parfait... Alex déglutit avant de parler doucement.

-Et il y a eu ce bébé que sa mère abandonnait... Elle hocha la tête.

-Il faut dire que ce n'était pas un bon jour non plus... L'anniversaire de Nina. Abandonnée par ses parents car elle était malade. Je sais pas ce qu'il m'a prit. Elle posa sa main droite sur son visage.

-Tu étais en colère contre elles et c'était compréhensible... Jo hocha la tête avant de continuer.

-Tu m'as calmée et je me suis sentie tellement bien... Comme si devant toi je n'avais pas à être parfaite... Quand tu dis que je ne me suis pas confiée à toi, c'est faux. T'étais le premier avec qui j'arrivais à m'ouvrir... J'avais été abandonnée et j'avais vécu dans ma voiture. Tu ne peux pas t'imaginer à quel point tu m'as fait du bien ce jour là. T'étais mon supérieur, j'avais pété un plomb, je t'avouais être une enfant de la rue et tu me souriais... Ni dédaigneux, ni condescendent. Elle rit lentement. Tu étais juste parfait. C'est peut-être à ce moment-là que je suis tombée amoureuse de toi. Je n'y ai pas franchement fait attention au début. C'était pas réellement important... Elle prit soudainement compte qu'Alex pourrait mal prendre sa dernière phrase. Enfin... dit-elle vivement. Je n'étais qu'une interne parmi les autres et jamais même si j'en mourais d'envie je n'aurais coucher avec toi parce que tu couchais avec toutes les internes et... Jo s'arrêta et rit doucement. Je m'enfonce, hein ?

-Ouais... Il tenta un sourire. C'est vrai qu'il avait pu être un véritable con. Il couchait avec n'importe qui par simple plaisir sans se préoccuper de ses partenaires. Il se fichait complètement de ce qu'elles pouvaient penser. Pour Jo, il avait changé. Elle, elle était importante. Je l'aimais tellement. Un coup d'oeil vers elle et il sut que c'était toujours le cas.

-C'était pas une bonne idée... Alex ne put retenir un sursaut de peine.

-Tu aurais préféré ne pas m'aimer ? Qu'on ne soit jamais sorti ensemble ? Ça lui faisait tellement mal. Je croyais que...

-Parce que tu crois qu'après Lionel je pensais aimer quelqu'un à nouveau ? le coupa Jo les yeux à nouveau pleins de larmes. Aussi fort ? Jusqu'au mariage ?

-Tu pensais que notre couple ne durerait pas...

-Je foire tout ce qui m'arrive de mieux... Comment j'étais censée savoir que ce serait différent ?

-Tu savais qu'on ne finirait pas notre vie ensemble... Comment...? Lui non plus ne retenait plus ses larmes. Meredith avait été claire avec lui, la survie de Jo était un miracle et rien n'était gagné. Elle allait peut-être relativement bien maintenant mais ce ne serait peut-être pas le cas demain ou après-demain.

-Tu étais mon premier véritable ami, boire des bières, rire,...avec toi... C'était parfait. Jamais je n'aurais cru pouvoir être aussi proche de quelqu'un... Surtout un homme. J'avais peur. Tu sais, à chaque fois que je commence à être heureuse, bien dans ma vie il se passe un truc merdique. Il fronça les sourcils en pensant à quelque chose.

-Et Jason ? Pourquoi emménager avec lui si tu ne voulais...

-Je n'avais plus de quoi payer le loyer de mon appartement... dit Jo abruptement. Je ne voulais pas me retrouver encore à la rue.

-Pourquoi tu ne me l'as jamais dit ?

-Je ne voulais pas... Je me servais de Jason... Il était là uniquement pour me donner un toit. Elle baissa les yeux. Je ne voulais pas que tu penses que je n'étais qu'une profiteuse ou que... Je ne suis pas comme ça !

-Je sais Jo, dit-il doucement en la voyant s'énerver.

-Je ne suis pas comme ça ! répéta-t-elle. Vraiment pas... Il s'approcha lentement d'elle et lui prit à nouveau la main.

-Ça va aller... Je te promets que ça va aller... Jo secoua la tête.

-Je suis horrible... À nouveau la scène de la douche bouillante lui revient en mémoire. Je suis sale, inculte, répugnante... Elle ne parvient pas à continuer tant la souffrance était atroce. Elle en tremblait. Une bâtarde...

-Calme toi, lui dit doucement Alex en lui serrant la main. Quand elle cessa de s'agiter, il continua. C'est ce que Coleman disait ? À son étonnement Jo secoua la tête sans pour autant approfondir. Qui ? Elle secoua une nouvelle fois la tête.

-Andrew dit que c'est mieux de se rappeler... Qu'oublier ne fait rien disparaître mais... Son cœur s'emballait et Alex s'en rendit compte mais ne bougea pas. Il en était incapable. C'est ce que j'ai toujours fait...

-Je t'en prie calme-toi... dit doucement Alex. Je suis là, tu n'as rien à craindre. D'accord ? Elle sembla un peu s'apaiser.

-Il a été condamné à mort et elle... Elle ne sortira jamais de prison mais... J'ai pas envie de me souvenir. Elle renifla. Je ne veux pas me rappeler ce qu'ils nous ont fait...

-Qui, Jo...? Elle mit du temps avant de répondre.

-Une de mes familles d'accueil... C'est à cause d'eux que tout à commencé, je suppose. C'était il y a plus de vingt ans mais ça me fait toujours peur... Alex hocha la tête et lui sourit.

-Tu ne te souviens de rien ? Si ses parents d'accueil avaient pris la peine capital et perpétuité, il pouvait vaguement s'imaginer avec horreur ce qu'ils leur avaient fait.

-Non... Enfin... Elle hésita mais finit par lui raconter pour la douche bouillante et pour sa visite chez le médecin. Je sais que j'ai beaucoup parlé au procès puis je me suis tue. Elle soupira. J'ai tout oublié à ce moment-là...

-Choc post-traumatique, dit Alex en lui faisant comprendre qu'il la soutenait.

-Sans doute... J'ai essayé qu'une seule fois d'en savoir plus, de savoir les détails. Elle rit joyeusement. J'aurais pu lire des articles sur internet mais j'ai préféré essayer de voler le dossier... Plus de dix mille pages. Je les ai sur mon téléphone. Alex comprit qu'elle parlait du dossier protégé. Il eut un flash. Les photos! Les quatre fillettes sur le canapé...?

-Tu sais ce qu'elles sont devenues ? Les autres filles ? Il ne savait même pas pourquoi il posait ces questions. Il voyait bien que Jo souffrait.

-Abby est morte dans un accident de voiture en 2000, Maria est en prison... Jo souffla lourdement. Elle a laissé mourir son bébé de faim... Cameron est heureuse. Un super mari... Deux enfants... Elle est instit à Lincoln. Elle grimaça. Ouais, elle paraissait vraiment heureuse quand j'ai été la voir.

-Pendant...

-Oui, pendant que j'étais partie. À Pâques. Jo ne se rappelait pas exactement comment elle savait que Cam vivait à Lincoln mais trois mois auparavant, elle s'était dirigée spontanément vers la petite école où elle enseignait. Elle m'a mise à la porte...

-Jo... Alex s'en voulait. Pourquoi je lui ai demandé ça ?

-Non, ce n'est rien... Ses frères et ses neveux venaient et elle m'a très clairement fait comprendre que je gênais... Ses frères...Il faut croire qu'elle, elle a été adoptée au final... C'est elle qui m'a dit pour Maria et Abby.

-Jo... répéta Alex.

-Au moins je suis lancée maintenant... Elle prit une grande inspiration sans tenir compte de la sonde nasilliaire. Après le procès, pendant plus de deux ans j'ai erré de familles d'accueil en familles d'accueil. Je ne parlais pas et j'étais hyper violente. Elle sentit la main d'Alex serrer la sienne et ça l'aida à continuer. Hyper renfermée. À un peu plus de neuf ans, les services sociaux ont fini par m'envoyer dans un hôpital pour enfants sans famille. C'était pas réellement un hôpital psychiatrique... Elle s'arrêta et réfléchit. Il fallait que je sois un peu plus vieille pour ça. En attendant, je me retrouvait là avec des enfants seuls et malades. Remarque je l'étais... Ses yeux s'assombrirent. J'ai rencontré Nina là-bas. Elle regarda Alex puis baissa les yeux. Elle a fait de moi une enfant meilleure. Je suis sortie de l'hôpital et je n'ai plus fait de mal à personne pendant deux ans. Puis ces garçons m'ont harcelée pendant plus d'un an.

-Ceux qui t'ont enfermée dans le placard du concierge ? Jo opina tristement.

-J'étais une victime née... Ensuite Adam m'a amenée dans les douches et j'ai pété un cable. J'ai jamais su ce qu'il comptait me faire mais... Sa voix se cassa. Il ne pouvait pas...

-Non, il ne pouvait pas, dit Alex convaincu.

-Je voulais vraiment tenir la promesse que j'avais faite à Nina mais le frapper était la seule chose que je pouvais faire, ma seule option... Je n'avais que celle-là ! s'énerva-t-elle. Alex savait que c'était sur elle même. Je n'avais pas le choix, comme je n'avais pas le choix de faire brûler la maison, comme... Une nouvelle fois Alex détendit Jo. Son cœur s'emballe de trop, ce n'est pas bon du tout. J'ai hurlé, continua la jeune femme. Encore et encore... Je me suis faite renvoyée et j'ai erré à nouveau pendant deux ans avant d'atterrir dans le Michigan... Alex hocha la tête.

-Là où tu as rencontré Nolan...

-Je l'aimais tellement... Elle se mit à pleurer sans pouvoir s'arrêter. Autant, depuis dix minutes elle versait quelques larmes silencieuses, autant là elle pleurait à chaudes larmes. Toutes les personnes que j'aime finissent mal... Alex caressa délicatement les cheveux de Jo.

-Tout va s'arranger.

-Alors pourquoi personne ne me dit exactement ce que j'ai ? On ne lui avait même pas laissé lire le dossier. Torres n'est pas venue hier. Je récupérerai pas la mobilité de mon bras gauche, hein ? Je... J'ai pas envie de... Elle s'agitait tellement qu'elle excita le monitoring.

-Tu ne vas pas mourir, Jo ! Tu vas bien. C'était loin d'être le cas mais il se voulait optimiste.

-Alex...

-C'est pas le regain, c'est pas le regain. Elle le regarda désespérée. Tu vas bien... continua-t-il. Tu vas aller bien.

-Ma jambe me fait souffrir, mon bras aussi, partout. Elle inspira difficilement. Depuis le début de la conversation elle faisait un effort pour paraître bien mais ça l'avait fatiguée. Elle n'arrivait plus à faire semblant. Je me sens pourrir de l'intérieur... Mes organes vont lâcher les uns après les autres. Je ne crois pas que je m'en sortirai, finit-elle pitoyablement.

-Tes organes vont bien, tu sais très bien qu'on vit parfaitement avec un seul poumon. Pitié, Jo...

-Et mon cœur, mon foie, mon... mon... Le monitoring s'excita encore plus.

-C'est bon, je suis là... Je serai toujours là. Jo toussa brusquement et Alex sut qu'elle souffrait terriblement.

-Je te demande pardon, Alex.

-Non, non tout va bien. Chuuut, ça va je suis là. Calme toi, Jo... Ferme les yeux. C'est ce qu'elle fit. Je t'aime Joséphine Wilson. Il attendit que son cœur batte plus ou moins normalement avant de partir. Il lanterna dans les couloirs avant de prendre une décision. Il fallait qu'il sache ce qu'il n'allait pas. Callie ?!

-Oh ! Alex... Elle ne sembla pas réellement heureuse de le voir. Tu m'excuses, je dois y aller. Il avait déjà essayé de lui parler la veille mais Arizona était arrivée avant qu'il n'ait dit quoique ce soit.

-Dis-moi comment va Joséphine ! Elle détourna les yeux.

-Tu as été la voir, non. Tu sais bien comment...

-Pourquoi t'as pas TOI été la voir ? Elle est persuadée que t'as fait quelque chose de travers... Si c'est le cas, tu dois lui dire ! Callie soupira avant de lui attraper la main et de le tirer.

-Viens avec moi... Je bippe Hunt et Grey. Ils se retrouvèrent tous les quatre dans une salle de stockage.

-Meredith, dis lui, fit doucement Callie. Moi, je ne peux pas.

-De...? commença Meredith sans comprendre.

-Jo ? Dis-moi ce qu'elle a exactement, s'exclama Alex vivement. Meredith hocha la tête, elle comprenait de quoi parlait Callie. Elle est persuadée qu'elle va mourir... Si c'est le cas...

-Alex... dit doucement Meredith.

-Elle va mourir ?

-On ne sait pas. Elle n'aurait même pas dû survivre à l'opération.

-Mais elle vit. Elle va bien pour l'instant.

-Oui, pour l'instant... soupira Owen.

-Tu as raison Alex... commença Callie. Elle savait qu'elle devait l'affronter. J'ai merdé. Elle devait reconnaître son erreur. J'étais en train d'opérer son bras. Les nerfs du plexus brachial étaient touchés et je voulais absolument sauver son bras... Elle est douée en ortho et j'avais vraiment pas envie pas envie de perdre un membre si talentueux... Si je n'empêchais pas tous ses nerfs de se sectionnés entièrement, jusqu'à l'épinèvre, si je ne traitais pas sa clavicule elle... Elle secoua la tête. J'ai pensé qu'à sauver sa carrière...

-Qu'est-ce qui a de mal ? demanda Alex.

-L'aorte était touchée... Elle inspira. J'aurais dû appeler Pierce mais... J'étais dans l'urgence et je voulais pas abandonner.

-Tu as préféré sauvé la mobilité de son bras gauche plutôt que son cœur ? Alex ne semblait pas être en colère.

-Je ne pensais pas que c'était aussi grave...

-T'es pas chirurgienne cardiaque !

-Je sais Alex... J'ai merdé.

-Le Dr Jones a bien travaillé, fit Owen. Il n'est pas aussi bon que Maggie mais quand même, il a fait du bon boulot.

-Mais son cœur est pourri... soupira Alex.

-Alex... commença Meredith.

-Elle pourrit de l'intérieur ? C'est ce qu'elle croit.

-C'est la vérité... Callie baissait encore les yeux. Son poumon, son cœur, son foie, l'un de ses reins, sa rate menacent de lâcher. Ses organes tiennent pour l'instant mais...

-Pas éternellement. Les trois chirurgiens hochèrent la tête.

-Elle devra se refaire opérer à un moment ou à un autre et on peut pas être sûr qu'elle pourra tenir. Alex, résigné, regarda son amie.

-Elle va mourir.

-Pas forcément. Comme je l'ai dit, elle ne devrait même pas être encore en vie. Elle se bat et elle est forte. Il faut espérer. Il hocha la tête.

-Callie ? Vas lui parler... Tu as bien fait. Je connais Jo... Je pense bien la connaître, tu as bien fait... Si elle perd l'usage de son bras, c'est ce qu'elle redoute sa vie n'aura plus de sens... Elle est faite pour la chirurgie. C'est ce qu'il y a de mieux pour elle. Callie releva les yeux et secoua la tête.

-J'ai pourri son cœur !

-Vas lui dire ! Vas lui dire que tu as préservé son bras. Je t'en prie, elle pense que tu as fait une erreur.

-J'ai fait une erreur !

-Non. Alex partit en claquant la porte. Il retourna vers la chambre de Jo et y trouva Arizona.

-Tu n'as vraiment aucune idée d'où il est ? disait Jo. Vraiment aucune ?

-Nan... Aucune idée... répondit Arizona. Aucune des deux n'avait remarqué Alex alors il resta dans l'encadrement de la porte. Jo rit lentement.

-Réfléchis !

-Tu sais où est Andrew ?

-Évidemment !

-Où ? Jo rit à nouveau avant de tousser.

-Quand je t'ai réveillée au milieu de la nuit en criant car je cauchemardais la mort de Nolan, où as-tu voulu m'emmener ? Arizona eut une illumination.

-Tu crois qu'il est allé se recueillir sur la tombe de sa sœur ? Jo hocha la tête.

-En Floride. Andrew est en Floride. Elle remarqua Alex et haussa les sourcils. Arizona se retourna.

-Alex... commença-t-elle mais Jo l'interrompit.

-Ça va. Alex et moi on est redevenu amis. Ce dernier hocha la tête en souriant.

-Callie viendra te rendre visite plus tard. Il croisa le regard rempli d'appréhension d'Arizona. Elle t'expliquera tout.

-D'accord... Elle inspira. Je vais mieux que tout à l'heure, je peux continuer mon histoire... Elle ferma les yeux. Donc je suis arrivée dans le Michigan en octobre 2000...

-Si tu n'en as pas envie, tu n'es pas obligée de tout me raconter. Il s'approcha et lui prit la main. Je ne t'impose rien. Jo hocha faiblement la tête.

-Je vais vous laisser... dit Arizona en se dirigeant vers la porte.

-Non ! l'interrompit encore Jo. Toi aussi il faut que tu saches cette histoire... Que je te raconte pourquoi ils m'ont jeté des pierres. Arizona avait pourtant déjà comprit ce qu'il s'était passé. Toute l'histoire, précisa Jo. Soit, je suis arrivée dans ce foyer de Flint le 13 octobre 2000... J'étais un peu blasée mais j'ai quand même tout de suite remarqué ce garçon maigrichon qui lisait l'Éneïde. Ce qui m'a marqué c'était son sourire triste. Elle soupira. Bien sûr la plupart d'entre nous l'était, triste mais lui c'était différent. Je l'ai approché et je n'ai pas pu résister alors je lui ai dit un truc débile comme "salut, je m'appelle Julia et toi ? Je suis nouvelle ici". Il ne m'a pas répondu, n'a même pas levé les yeux et je me suis tellement reconnue en lui... C'était la première fois de toute ma vie que j'avais cette sensation. Jo souriait. Je me suis assise à côté de lui et j'ai moi aussi sorti mon livre. On est restés plusieurs heures et il s'est finalement tourné vers moi pour me dire qu'il s'appelait Nolan et qu'il avait quatorze ans ce jour-là. J'ai compris à sa tête que personne ne lui avait souhaité alors sans réfléchir j'ai couru à la cuisine prendre un muffin industriel et une vieille bougie d'anniversaire trouvée dans un tiroir. Je suis revenue et j'ai posé la bougie que le muffin en souriant. "Je n'ai pas vraiment le droit de toucher à un briquet donc tu n'as qu'à imaginer la flamme sur la bougie. " il m'a souri, a soufflé dans le vide et a partagé le muffin en deux avant de manger de bon cœur. Je ne le savais pas mais c'était la première fois depuis longtemps que la nourriture lui faisait plaisir... On a parlé pendant des heures et des heures. Moi aussi j'avais eu quatorze ans quatre jours auparavant et moi non plus personne ne me l'avait souhaité alors il a été cherché un autre muffin et j'ai soufflé dans le vide... Je ne m'étais jamais sentie aussi bien. Les semaines ont passé, je passais tout mon temps avec lui alors j'étais en première ligne quand il se faisait insulté et maltraité à l'école... Si ça n'avait tenu qu'à moi, j'aurais certainement frappé tous ces petits merdeux mais depuis ce qu'il s'était passé avec Adam, je me tenais à carreau. Je pensais que si j'aimais Nolan assez fort, on surmonterait tout... Jo sourit tristement. Ils étaient de plus en plus violents avec lui et je me sentais de plus en plus impuissante, j'étais en train de perdre Nolan. Un jour, après une dispute j'en suis venue à me demander si nous n'avions pas, comme tout le monde nous le répétait depuis notre naissance, un problème... Pourquoi Nono et moi n'arrivions tout simplement pas à être heureux et à s'intégrer ? Jo soupira. Je les ai imité et je suis rapidement entrée dans leur groupe. Je savais très bien qu'ils m'acceptaient uniquement pour que je fasse leurs devoirs mais j'ai fini par me convaincre que j'aimais ça, que j'étais heureuse... Un lundi, le 18 juin Nolan m'a demandé si je voulais aller au cinéma avec lui après l'école mais j'avais déjà un truc de prévu avec mes "amis" alors je lui ai répondu que ce serait pour une prochaine fois... Jo osa croiser le regard d'Arizona qui l'encouragea d'un sourire à continuer. Il a insisté pour que je sèche les cours ce jour là car de toute façon on avait déjà passé tous nos examens mais il n'en était pas question. J'ai cru à tord, qu'il voulait vraiment que j'aille au cinéma avec lui alors je me suis énervée contre lui... Elle laissa échapper une larme. Je lui ai dit qu'il devait faire comme moi et s'intégrer au lieu de rester tout seul comme un proscrit. Je suis partie fâchée à l'école... À la sonnerie j'ai rejoint mes "amis" dans une courette derrière l'école et j'ai agi comme si j'étais contente d'être là, avec eux, à parler de trucs débiles sans importance. Il a sonné seize heures et Nolan est apparu, armé d'une Kalashnikov... Il les a tués les uns après les autres avant de me viser... Je comprenais pas ce qu'il se passait et j'étais incapable de faire quoique ce soit. Finalement, il a relevé son arme, m'a dit qu'il m'aimait et s'est mis une balle dans la tête... Elle n'arriva pas à poursuivre plus loin.

-Jo... fit doucement Alex en lui caressant la main. Tu sais bien que tu n'y es pour rien... Tu ne pouvais pas savoir...

-Après j'ai fui... J'ai couru aussi vite et aussi loin que je pouvais... Il fallait juste que la souffrance cesse, que ma mémoire s'efface, que je disparaisse... J'ai fait des tas de mauvaises choses en route mais je m'en fichais. Je suis arrivée à New-York et j'ai erré des mois dans cette ville post-attentat... Puis je l'ai rencontré...

-Coleman ? devina Arizona.

-Il a été si bon avec moi... Jo sentit la main d'Alex se crisper. Il a réussi à me convaincre de rentrer dans le Michigan... Elle soupira.

-Que s'est-il passé ? demanda Arizona craintive. Elle avait déjà essayé une fois de savoir mais Jo s'était fermée. Elle craignait le pire.

-Les autorités m'ont arrêtée et envoyée dans une prison "préventive" pour que je ne m'enfuis pas en attendant le procès. Alex fronça les sourcils alors elle précisa. Apparement, j'aurais aidé Nolan... Il n'existe pas réellement de prison pour filles mineures donc on m'a mise dans une prison pour femmes... Si les tueurs d'enfants sont mal accueillis dans les prisons pour mecs, je peux vous dire que les adolescentes d'à peine quinze ans accusée de ça le sont tout autant...

-Mais tu n'avais rien fait ! s'exclama Alex en colère.

-Ça tout le monde s'en fichait... J'avais fait brûler ma maison, j'avais séjourné dans un hôpital psychiatrique, j'avais envoyé un gosse à l'hôpital,... Qui leur disait que je n'avais pas manipulé Nolan ? Arizona secoua la tête en soupirant. C'est tellement horrible. Je n'avais pas de famille, pas d'amis, personne alors j'ai juste attendu le procès en survivant un jour après l'autre...

-C'est lui qui t'a défendue... comprit Arizona. C'est Coleman qui t'a sorti de là... Jo hocha la tête.

-Sans lui je moisirais en prison...

-Tu n'as pas à... commença Alex mais Jo ne le laissa pas continuer.

-Ça fait du bien de tout dire... Peut-être qu'au final Andrew a raison ? Tout dire et se souvenir de tout est meilleur ? Elle souffla. Alex voulut à nouveau parler mais quelqu'un toqua à la porte restée ouverte. C'était Callie, suivie de Meredith

-Bonjour Jo... dit doucement Callie.

-Bonjour Callie, bonjour Dr Grey. Meredith encouragea Callie à avancer. Il fallait être aveugle pour ne pas remarquer que celle-ci s'en voulait.

-Comment te sens-tu, Jo?

-Je me sens... Ça va... J'ai un peu mal partout mais Amelia m'oblige à me shooter à la morphine donc... Elle croisa le regard désapprobateur de Meredith donc elle soupira. Comment je vais? En vrai.

-Tu vas mal... Très mal. Jo fit un léger signe de tête.

-Est-ce que...? Jo ne termina pas sa question.

-On va vous laisser toutes les deux, fit doucement Arizona en entraînant Alex et Meredith dehors. Une fois ceux-ci parti Jo recommença.

-Est-ce que tu as mal fait quelque chose ou pas réussi à sauver mes nerfs...? Parce que je sais que de toute façon tu as fait ton maximum donc...

-Ce n'est pas ça, l'interrompit Callie. Je suis la meilleure ortho, j'ai sauvé tous tes nerfs, bien soigné ta jambe, ta clavicule et ton poignet... Ouais... Elle ne semblait pas vraiment heureuse pour autant.

-Je récupérerai la mobilité de mon bras gauche?

-Oui... dit lentement Callie.

-Mais je ne survivrai pas... comprit Jo.

-Je te demande pardon, Jo ! C'est de ma faute.

-Tu sais bien que c'est faux...

-L'aorte était touchée mais je devais absolument empêcher l'épinèvre de se rompre. C'était précaire et...et... Callie secoua la tête.

-L'épinèvre des nerfs du plexus brachial ?

-Ta clavicule a littéralement explosé... Callie osa se rapprocher d'un pas. Les débris d'os ont pas mal endommagé les nerfs...

-Ok, fit simplement Jo.

-J'aurais dû contacter la cardio... Je te demande pardon... dit-elle en se mettant à pleurer.

-Hé! Ne pleure pas, lui dit très doucement Jo. Tu n'as rien à te reprocher...

-J'ai sacrifié ton cœur...

-Le seul coupable, c'est lui! Tu m'entends, Callie ? Lui ! C'était du moins ce que Jo essayait de se convaincre.

-Lionel... Ton mari...

-J'ai pas vraiment toujours fait de bons choix, rit Jo amèrement.

-Il t'a séduite... Comment aurais-tu pu résister ? fit Callie encore plus amèrement. Jo finit par se souvenir qu'Arizona lui avait confié qu'Andrew et Callie étaient allés à New-York ensemble. Ils avaient sans doute rencontré Lionel là-bas.

-Tu lui as parlé ?

-Andrew lui a crié dessus et j'ai fini par l'envoyer aux toilettes pour qu'il se calme...

-Ça craint. Callie hocha la tête.

-Ça craint vraiment.

-Au moins je sais que vous êtes tous là. Je ne suis pas seule.

-On ne le laissera jamais te traîner dans la boue. Jo médita la réplique de son amie avant de finalement comprendre. Elle ne dit pourtant rien.

-Je vais quand même essayé de survivre si ça ne te dérange pas, dit-elle après un blanc de plusieurs secondes.

-Bien sûr ! Callie se frappa le front. Depuis le début de la conversation, elle agissait comme si Jo état déjà morte.

-Est-ce que je peux lire mon dossier ? Callie lui tendit le dossier page après page pour que Jo puisse d'une main lire. Cela dura plusieurs minutes. Minutes durant lesquelles aucunes des deux ne parla. Callie essayait vainement de lire en Jo mais celle-ci était complètement hermétique. Merci, dit-elle sans émotion en rendant la dernière feuille à Callie. Jo comprenait mieux pourquoi son amie semblait si désespérée. Je suis en insuffisance cardiaque et je respire grâce à une machine... Sans compter que mon nombre de lymphocytes B et de globules rouge est vraiment merdique... Elle allait très probablement mourir. Même si ses poumons tenaient, elle pouvait faire un arrêt cardiaque à tout moment. Et si par chance son cœur et ses poumons tenaient, elle pouvait très bien mourir d'une bête infection. Jo ne pouvait s'empêcher de se dire que si ces dernières semaines elle s'était nourrie correctement, elle aurait pu s'en sortir. Mais là...?

-Est-ce que je peux faire quelque chose pour toi ? fit Callie en essayant en vain de sourire.

-Empêche Andrew de s'autodétruire... Jo rit tristement. Et ne le fais pas toi-même. Crois-moi j'ai essayé et c'était pas génial...

-Je te le promets. Jo sourit puis ferma les yeux. Je vais te laisser, ok ?

-Ok. Callie partit non sans verser une dernière larme.