Bonjour à tous ! Voici un nouveau chapitre, avec un plus grand délais... et je m'en excuse platement. La rentrée, la découverte terrible du concept de philo (non, je rigole !) et surtout, en ce moment, la soudaine sensation, trop vraie, qu'il va falloir bosser comme une malade. Cela avec quelques interrogations existentielles sur le futur, et vous y êtes ! Mais, comme vous n'en avez rien à faire de ma vie, et que ce qui nous importe c'est la vie des personnages... je vais arrêter de déblaterer ma vie !

Alors, le traditionnel grand grand et énorme rémerciement pour les reviews ! Je vous remercie tous de me lire, ceux qui m'ont ajoutés en alerte ou en favori beaucoup aussi ! Ensuite... Rin : Que te dire, que te dire ? Hum... rien ! D'ailleurs, qu'est-ce que tu fais là ! t'es pas censée travailler, hein ? ;) dobbymcl : merci beaucoup pour la review ! j'ai été toute ravie et émue et tout à ton compliment sur ma manière de rendre les sentiments de cet emberlificoté de Severus ! Quant à Filius et Septima, il y aura bien une suite à leur 'histoire' ! Je me rend compte que j'adore ajouter des histoires plus courtes et parallèles dans ma fic ! merci encore :D entalea : merci pour le commentaire ! La réaction de Minerva ? bien sûr !

Voilà, maintenant... et bien, comme le titre le dit bien, Minerva... et ? et bah vous verrez ! :D J'espère que cela vous plaira (et moi ze veux votre avis :D) et... je vous souhaite une (très) agréable lecture ! Bergère.

Chapitre 37 : Minerva, et du regard au non-dit.

Pendant une demi-minute, après qu'il ait quitté la pièce dans un mouvement violent, elle resta immobile avec le regard vaguement fixé sur la porte qui se fermait lentement en grinçant. Puis, lentement, elle cligna des paupières et de ses yeux coulèrent quelques résidus de larmes qu'elle balaya de la main sans même se rendre compte qu'elle avait cessé de pleurer sans fin et sans conséquence. Et soudain, alors que le tableau qui cachait l'entrée finissait de clore la pièce, elle sembla se réveiller et secoua brusquement la tête, prise par un étonnement subit : les yeux agrandis par le choc, elle se saisit d'une tasse au hasard et la porta à ses lèvres par pur réflexe, ne se rendant pas compte qu'elle ne faisait que boire de l'eau chaude. Elle frotta ses lèvres l'une contre l'autre, se mordillant légèrement l'intérieur de la lèvre inférieure de manière assez nerveuse : elle ne parvenait pas à en revenir… Elle venait de se faire embrasser par Severus…

Y penser aussi crument la fit ressentir une forme de honte diffuse indéfinissable, avec cette impression que ses joues rougissaient légèrement. Elle n'était pas une adolescente. Elle était juste… pour le moment, elle n'arrivait pas à quitter le stade de l'étonnement. Tout cela était arrivé comme dans un monde parallèle et ouaté… était-ce vraiment arrivé, d'ailleurs ? Elle n'arrivait pas à s'en convaincre, quoique sachant bien qu'elle n'avait pas pu inventer une chose pareille. Jetant un coup d'œil rapide à la porte fermée, elle secoua la tête et revint à ses pensées en s'appuyant contre le dossier du fauteuil, cherchant à faire partir cette impression de chaleur sur ses pommettes. Comment était-il possible qu'il l'ait embrassée ?

Elle se souvenait d'avoir pleuré encore et encore, mais la honte de s'être donnée ainsi en spectacle passait pour le moment en second plan face à la sensation d'ahurissement dont elle ne parvenait pas à se défaire pour avoir les idées plus claires. Dans un effort surhumain, elle se força à réunir ses souvenirs : la tasse de thé, les pleurs, la blague sur Ionesco, et puis soudain elle ne se souvenait plus de rien avant la sensation de ses lèvres sur les siennes. Si… à vrai dire, il y avait comme une pression sur son épaule, une secousse. Mais ce n'était rien face à l'impression de ce baiser : dans son souvenir il était long, d'une longueur incroyable et pourtant totalement immobile. Et il y avait… quelque chose.

La pauvreté de son vocabulaire pour décrire cette sensation la fit comme chanceler dans ses bases et elle fronça les sourcils, brusquement frappée par une idée soudaine… quelle idée, franchement ? Comment ce faisait-il que…

Pourtant, cette idée à peine entamée fut coupée par une autre qui s'imposa facilement en balayant ces réflexions : la sensation qu'il y avait quelque chose de bizarre, de gênant, et pourtant de logique. Enfin… que cela pouvait-il vouloir dire ? Ca ne pouvait pas signifier ce que cela paraissait, n'est-ce pas ? Elle cligna des yeux avant de formuler la pensée en entier : ça ne pouvait pas être une déclaration d'amour, quoique les ressemblances soient… troublantes. Elle eut un petit rire nerveux, très loin d'un son qu'on s'attendrait à échapper d'entre les lèvres de Minerva McGonagall ; et sans beaucoup réfléchir au pourquoi de cette recherche, sans vraiment réfléchir à quoi que ce soit, elle entreprit de réfléchir à la liste des raisons qui faisaient qu'il était logique que ça ne pouvait pas être une démonstration d'amour.

C'était Severus, non de Merlin ! Il ne pouvait ressentir de l'amour… et puis, elle eut une vague idée de Lily ; mais dans l'état étrange où elle se trouvait elle ne parvint pas à faire clairement le lien. Elle compta simplement ce prénom au nombre des explications qui interdisaient l'explication logique de son geste. Pourtant, après avoir fait cette courte liste, et persuadée de s'être parfaitement convaincue, elle se mit à chercher dans un autre domaine. Quelque chose qui n'avait rien à faire avec le reste, qui n'avait rien à faire avec… rien. Mais elle ne le voyait pas, bien sûr, en train de penser à une chose ou une autre dans un flot ininterrompu. Ca ne pouvait pas marcher entre eux. Cette pensée, quoiqu'elle n'en voie pas la tournure et le sens pour le moins étrange, lui tira un autre rire ridicule et assez adolescent dont elle ne démêla pas vraiment la signification.

Ils se ressemblaient trop. Bien trop… Des gens qui se ressemblaient tant ne pouvaient arriver à créer une histoire d'amour : ce n'était pas possible. Et, alors même que lui pointait leurs différences avec aigreur, elle se mit à faire état de leurs points communs. Ils se voyaient tous les jours, sans cesse, à se croiser matin, midi et soir ; à parler dans la Salle des professeurs ; à ne pas être d'accord au sujet de leurs élèves ; à se supporter tout le jour. Non, non, c'était beaucoup trop. Mais ça, c'était une futilité, ce n'était rien. Là où était le noyau du problème, ce que l'on pouvait vraiment nommer une ressemblance, était dans des replis bien plus profonds de l'âme, dans une dimension bien plus personnelle de l'individu. Qui d'autre se cachait derrière un masque ? Car oui… quoiqu'il fasse pour le cacher, elle pouvait sentir la présence de cette carapace, cette manière de se cacher. Il ressentait un besoin de ne pas se montrer lui au grand-jour ; et elle n'avait pu le comprendre que lorsqu'elle avait aperçu des fissures voire, rarement, vu au-delà du masque –occurrence unique ou presque. D'elle-même, elle n'aurait pu dire autre chose : oui, elle se cachait derrière une mine sévère, oui, elle avait un cœur et des sentiments que personne, ô grand jamais, ne devait voir. Elle avait instinctivement fait comme cela depuis des années ; et elle ne pouvait croire qu'il l'ait calculé plus qu'elle. Son passé, peut être, avait-il aidé… peut être.

Et puis, il y avait cette irascibilité, commune, cette ironie cinglante, commune, cette manière d'imposer le respect, commune. Elle esquissa un demi-sourire presqu'aigre en pensant : un comportement de vieux couple chamailleur, en commun. On ne basait pas une relation là-dessus ! Et, plus encore, on ne commençait pas une relation comme cela : c'était signer la fin avant le début, signer les papiers du divorce avant même de s'être fiancé... La conséquence de l'ennui était là, déjà, avant même qu'il n'y ait eu d'ennui dans le couple ; et, d'ailleurs, le mot couple ne parviendrait jamais à se mettre en application dans de telles circonstances.

Elle battit précipitamment des paupières et son visage se déforma dans une expression de surprise tout sauf feinte : couple ? Elle revit en accéléré sa réflexion : couple ! Elle venait de… Non ! Non ? Elle soupira bruyamment. Oui… Comment avait-elle tout simplement pu faire ça ? Penser ça ? Quelle…

Hum. De toutes manières, quoiqu'il en soit et qu'il advienne, et que la terre soit plate ou ronde, que l'âme soit immortelle ou non… ça ne voulait rien dire. En ignorant délibérément un pincement au cœur de devoir quitter ces pensées, elle se le répéta : ce baiser ne voulait rien dire. Et, d'ailleurs, elle n'avait jamais cru qu'il avait une quelconque signification ! Bien sûr, ça avait un côté flatteur de penser qu'elle pouvait, enfin, intéresser quelqu'un mais…

Doux Merlin ! Il y avait une telle différence d'âge, c'était incroyable d'y penser comme cela. Il avait… elle en ouvrit presque la bouche d'étonnement : dans les 23 ans. Comment pouvait-il paraître si vieux ? Comment cela pouvait-il ne pas la frapper toujours qu'elle travaillait avec un gamin ? 23 ans… qui d'autre, à cet âge, paraissait si fatigué et vide, si proche de la fin, si… pareil à elle ? Quelque part, il était un enfant ; et elle trop vieille pour cela… Mais surtout, il était si jeune. Et pourtant il avait cet air si profond, abyssal, de savoir du monde et de connaissance de sa misère : il avait trop vécu en trop peu de temps. Et, étrangement, il avait aussi trop peu vécu ; il n'avait pas eu le temps de vivre et d'aimer vraiment, il n'avait pas eu le temps non plus d'être heureux, ni même d'exister complètement. Tout était incomplet. Elle soupira : elle aussi, n'est-ce pas ? A peine plus… Et voilà qu'aujourd'hui…

A nouveau, elle secoua brusquement la tête : ça ne voulait rien dire. Etait-ce donc si compliqué à comprendre qu'elle ne parvienne pas à l'intégrer ? Non, bien sûr que non ! Ca ne voulait rien dire, malgré ce pincement insupportable et cœur, et cette vague envie que ce soit le contraire ; malgré le fait qu'un baiser voulait toujours dire quelque chose, y comprit l'indifférence, mais pas rien ; malgré cette impression qui revenait, par moment, sur ses lèvres. Ce baiser avait existé, et il devait bien vouloir dire quelque chose… mais y réfléchir objectivement l'amenait dans des domaines complexes et impossibles, et de peur de s'y perdre elle préférait contredire tous ses principes et son habituelle curiosité des choses : il fallait que cela ne veuille rien dire sans quoi, quelque part, elle ne répondrait plus du cours de ses pensées. Elle ne répondrait plus de rien.

Bien sûr que ça ne voulait rien dire ! Naturellement… c'était une erreur. Une vulgaire erreur, un coup de tête irréfléchi. Elle pleurnichait comme une enfant, il s'était trouvé là, il n'en avait plus pu, et il l'avait embrassée pour la faire taire. Parce qu'il en avait plus que marre. Elle hocha la tête comme pour marquer la véracité de cette hypothèse, mais sans cesser de froncer les sourcils. Ou peut être que lui aussi était tellement fatigué qu'il avait fait ça comme il lui aurait serré la main : l'esprit trop sans dessus-dessous pour réfléchir, dans un état second.

Elle fit une pause, constatant que la tasse qu'elle tenait encore, vide désormais, n'avait contenu que de l'eau. La reposant, elle se leva et se dirigea vers la vitre la plus proche. Dessus, un glacis léger laissait voir que la température extérieure était à proprement parler gelée ; et son souffle venait embuer la face interne de la fenêtre. Elle prit quelques inspirations, avant qu'une autre idée, violente, vienne presque la faire trembler : maintenant qu'elle avait retrouvé un état presque normal, elle se rendait compte de ce qu'il avait fait. Comment diantre avait-il osé l'embrasser ? Elle ! Minerva McGonagall ! Comment cela, hein ? Quelle audace : aller l'embrasser !

C'était… inadmissible. Elle plissa les sourcils, les rides sur son front apparaissant plus marquées, et elle s'humecta lentement les lèvres, avec ce souvenir irrémédiablement lié à celles-ci. Personne n'allait l'embrasser sans lui demander son avis, sans… Ha ! C'était un manque total de respect, une… Elle ne trouvait pas de mot propre à décrire ce que c'était, mais il ne faisait pas l'ombre d'un doute qu'il aurait dû aller promener ses lèvres ailleurs. Ils n'étaient pas mariés, à ce qu'elle savait ? Elle eut un petit rire moqueur. Ni amants d'ailleurs. Ils n'étaient rien du tout, rien de plus que ce qu'elle avait accepté comme amis : qu'est-ce qui lui avait pris de l'embrasser ! Elle était presque tentée de lui faire payer cet outrage…

Ne plus lui parler, le dédaigner, le… Elle soupira et s'éloigna brusquement de la fenêtre : elle tournait à vide. Les choses allaient déjà être assez complexes comme cela, avec leur manque de signification, leur non-signification, pour qu'elle se mette à jouer sa gamine. Elle n'avait plus 12 ans, elle était capable d'aborder avec raison un problème comme celui-ci, n'est-ce pas ? Elle balaya le souvenir de la longueur, de l'immobilité du baiser, et en revint à sa réflexion… Agir comme si rien ne s'était passé : voilà ce qu'il fallait faire. Elle ne lui ferait pas payer son audace, et il ne viendrait pas rappeler qu'elle pleurait juste avant… Tout serait pour le mieux, vraiment.

Oublier ! Elle eut un sourire : il suffisait de faire comme si de rien n'était. Voilà, les choses pourraient être si simples. Une fois le plus dur, la première rencontre 'post-baiser' (ce que ça sonnait ridicule !) passée, tout irait pour le mieux puisqu'il ne s'était rien passé. Pas l'ombre d'un début d'incident. A vrai dire, cette partie de la journée n'aurait même pas existée ! Voilà qui était raisonnable, qui faisait oublier le pincement au cœur et les interrogations inutiles. C'était parfait. Elle soupira, soulagée quoique pas tout-à-fait satisfaite, et elle se tourna vers son bureau : elle devait bien avoir un paquet de copies à corriger. Des dissertations de 3ème année… ou était-ce de 4ème ? Peut être les deux… Enfin, elle verrait bien ! Et, résolument, elle poussa la porte qui la séparait de l'endroit, et trouva des parchemins de 5ème année en ordre sur son bureau. 5ème année, voilà… !

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Il était 7 heures et demi, il fallait qu'il aille manger. Vraiment. Il aurait donné beaucoup pour ne pas y aller… mais c'aurait été une lâcheté qu'il ne voulait pas s'autoriser. Puisqu'il n'avait qu'haine à son égard, comme avec quelques autres, ça ne le gênerait pas. Pas plus que d'aller manger avec ces imbéciles de collègues ne l'était habituellement : un peu de haine ne changeait rien. Il hocha résolument la tête et se retourna brusquement vers la porte : ça ne changeait rien du tout, et il la détestait trop pour qu'elle puisse revendiquer ne serait-ce que de l'avoir empêché d'aller manger avec les autres, de peur de la confrontation ! Ha, non ! il n'avait très certainement pas peur de se confronter avec elle… Il émit un petit souffle dédaigneux : de toute manière, elle ne pèserait pas longtemps le poids face à lui, dans une joute orale. Elle n'avait qu'à se tenir prête à supporter ses foudres ; foudres méritées et qui seraient très douloureuses, il se le promettait.

Haussant les épaules dans un mouvement voulant montrer son indifférence, il ouvrit la porte sortit dans le couloir sombre, prenant la direction de la Grande Salle.

7 heures et 35 minutes… 36 maintenant. Il fallait qu'elle aille manger, quoiqu'elle n'en ait pas grandement envie. Son estomac, lui, ne laissait pas de l'informer qu'elle souffrait de faim, et qu'une bonne assiettée ne serait pas de refus… mais personnellement elle aurait aimé s'abstenir. La décision était prise, bien sûr… elle savait ce qu'elle allait faire. Ce qu'elle devait faire. Mais elle n'avait pas envie d'échanger ce premier regard, où il faudrait montrer qu'ils pensaient la même chose : ça ne voulait rien dire. Cela se passerait, tout irait bien… mais il fallait échanger ce regard-là. Ce premier regard… elle secoua la tête : tout irait bien si elle faisait preuve de son stoïcisme légendaire et si elle chassait le souvenir de ce baiser, au moins pour le temps de ce regard. Elle ne savait pourquoi, mais elle sentait que le regard serait important, que ce serait là que tout se jouerait. Oh… comme elle avait raison.

Vaillamment, elle déposa sa plume, reboucha avec précaution l'encrier, et vérifia au moins deux fois que les copies corrigées et en attente étaient bien séparées et rangées, avant de se lever. Le son du raclement du fauteuil contre le sol lui parut durer éternellement, et se lever lui sembla difficile. Non pas qu'elle souffre du dos, comme beaucoup de femmes de son âge : le poids qu'elle portait était tout intellectuel, mais au moins aussi lourd. A nouveau, elle secoua résolument la tête ; puis se dirigea vers la porte de la salle, et en passant le pas elle se retourna, jetant un regard circulaire pour vérifier qu'elle n'avait rien oublié, avant de laisser la porte se refermer. A grands pas, elle avança à travers les couloirs, évitant de trop réfléchir et tournant à vide sur deux ou trois idées, repassant en boucle, sans qu'elle sache trop pourquoi, la porte grinçant après qu'il est quitté la pièce. Prenant une grande inspiration, elle tourna au coude que faisait le corridor et souffla lentement, cherchant à oublier l'appréhension. Elle s'arrêta un instant, puis repartit brusquement en se composant un masque insensible : elle ne pouvait pas se permettre de montrer de trouble. Cela empêcherait le déroulement de ce premier regard.

Elle poussa d'un coup sec la porte de la pièce adjacente à la Grande Salle, et y pénétra rapidement, ne se rendant compte de la présence de quelqu'un d'autre, à peine un mètre devant-elle, qu'en levant les yeux.

Lorsqu'il se retourna, pour identifier d'un regard l'origine du bruit derrière lui, il tomba sur elle. La silhouette, marchant encore, ne l'avait pas vu. Pas encore. Il pensa qu'il devait la haïr, mais sur l'instant n'y parvint pas. Pire encore pour son esprit en proie aux interrogations, il repensa à ses larmes, avec un pincement au cœur. Il se souvint du baiser avec une forme de tendresse, de plaisir. Il resta immobile et étonné à la détailler du regard, à se souvenir, à se dire qu'il ne devait pas se souvenir. Tout se mélangeait : l'impossibilité de l'attachement et une envie qu'il pourrait presque croire irrépressible de tenter la chance. Un inattendu goût de risque, quelque part au fond de sa pensée, éveilla l'espace d'un instant l'idée de retenter l'expérience ; chose qui fut balayée aussi vite qu'elle était venue.

Cependant, au bout d'à peine une seconde, peut être deux, il reprit ses esprits. Durcissant son regard, et cherchant à se faire croire que cette réaction était une fois encore provoquée par l'ennemie en face, il se redressa et venait de reprendre son attitude précédente lorsqu'elle leva les yeux et croisa son regard.

Ah ! Fameux regard…

En serrant insensiblement les mâchoires, elle prit sur elle-même pour ne pas détourner les yeux : comme si de rien n'était, n'est-ce pas ? Pourtant, croisant ce regard dur comme de l'acier, elle se sentit faillir et s'empêcha de justesse de fermer les yeux sous la méchanceté qu'il y avait dans ses yeux.

De la méchanceté. Pure, totale ; et forcée, mais cela ni lui ni elle ne le voyait vraiment. Tout ce qu'elle voyait, en face, c'était des yeux, noirs, et un regard plus noir encore. Une forme de dédain total et puissant, qui ne lui laissait pas une chance ; et un dédain, une haine si inattendue qu'elle ne savait pas quoi faire. Il la regardait comme si elle n'existait pas… Non ! il faisait pire : il la regardait comme si son existence, sa présence, son être étaient malvenus. Il cherchait à l'écraser, à l'annihiler ; elle avait l'impression qu'il était en train de la foudroyer, la couper, la lyncher. Comment un simple regard pouvait-il faire tout cela ? Elle dut en réprimer un frisson : elle avait la sensation d'être face à un mangemort. Voilà ce que c'était, cette impression… La haine, le mal. Le besoin irrépressible de faire mal sans laisser de chance. Torturer. Tuer. Cette fois, elle ne put réprimer de frisson ; et il lui traversa tout le corps comme une onde glacée, rugueuse, douloureuse. Elle déglutit lentement, se sentant faible, d'une incroyable faiblesse…

Mais, pourtant, comme dans un sursaut, elle se sentit plus forte, de taille à combattre. Bien sûr qu'elle était de taille : il ne croyait pas qu'avec sa méchanceté, sa haine, il pouvait gagner. Oh, non… Elle fronça les sourcils et durcit son propre regard : elle pouvait le dédaigner, le réduire à la non-existence, si elle le voulait. Là, tout de suite, elle oubliait qu'elle le considérait comme un ami. Elle oubliait que cette même personne, juste en face, si haineuse, était si peu de temps plus tôt la plus proche d'elle, sans doute. Tout ce qu'il restait, c'était de la répulsion, une forme de haine aussi ; et un besoin de vengeance. Ce salopard l'avait embrassée. Le penser ainsi la faisait frémir d'horreur quand, quelques heures avant, elle tentait d'oublier la longueur, la douceur de ce baiser.

Alors, assez étonnement, elle fut la première à ouvrir la bouche, à parler. Son nom, avec autant de dédain que possible ; son nom, avec un léger tremblement colérique ; son nom.

« - Rogue, cracha-t-elle. »

Il se retint de sursauter : trop concentré à regarder au plus profond de ses yeux, à haïr de son regard, il ne s'était pas attendu à l'entendre parler. Lorsqu'elle lui avait rendu la haine de son regard, il avait eu peur de chanceler. Sa voix, maintenant, lui donnait un sentiment de vulnérabilité. Il fallait qu'il fasse quelque chose. Qu'il agisse. Il fallait montrer sa haine, d'autant plus qu'il n'était pas certain de la ressentir ; et le courroux, le mépris, dans ses yeux à elle, ne laissait pas de la déstabiliser. Faire quelque chose, dire quelque chose, s'affirmer dans son dédain. Il commença à ressentir le besoin de cligner des paupières, mais s'en empêcha.

« - Minerva…, souffla-t-il avec dureté. »

Il fit une pause, et dut battre rapidement des paupières avant de la fusiller à nouveau du regard : le prénom. C'était une erreur ; voire même une grave erreur. Il venait d'avouer leur proximité passée, de se mettre en danger, de balayer un peu de sa haine. En face, il la voyait tendue et dédaigneuse ; et il eut cette sensation détestée qu'elle prenait le dessus. Qu'elle gagnait. Oui, oui, elle avait le dessus, elle le haïssait, vraiment…

Alors c'était lui, celui qui avait osé l'embrassée ! Soudain, cette réflexion, qualifiée de puérile précédemment, revint à la charge et elle s'en empara avec une sensation presque triomphale : il allait payer pour avoir osé lui faire subir un tel outrage. L'embrasser. Oh, il ne devait plus compter qu'elle lui adresse la parole ; ou jamais plus que strictement nécessaire. Il n'existerait tout simplement plus que comme un rien, une poussière… Elle réprima un rictus d'autosatisfaction : il verrait ce que c'était d'être vraiment haït par Minerva McGonagall. Plus d'histoire de café froid, et de remarques acides… il n'aurait même plus le droit à une remarque. Il serait une nuisance. Mais avant cela, il fallait sans débarrasser.

« - Pourriez-vous me laisser passer ? lui dit-elle d'un ton froid, insensible. Elle en aurait presque jubilé. Elle avait la sensation de l'écraser.

- Non. »

Sur cet unique mot, il se retourna. Il triomphait. Oh, bien sûr, il aurait pu faire mieux, faire une allusion à sa faiblesse, ses larmes… Mais cela, malheureusement, il n'y parvenait pas. Oubliant ce désagrément, il eut un petit rictus moqueur en passant la porte de la Grande Salle et avant de se recomposer un visage illisible : il avait gagné. Bien sûr qu'il avait gagné… Il l'avait même écrasée.

Un instant plus tard, les idées encore à moitié en chamboulement, elle entra à grands pas à sa suite et lui passa derrière à toute vitesse avant d'aller s'assoir, sèche, désagréable rien qu'à son expression. Elle observa sa main, sous la table, tentant d'en réprimer le léger tremblement : elle n'aurait pas cru pouvoir haïr tant ! Oh non… Soufflant longuement et aussi discrètement que possible elle tenta de retrouver son calme et de se convaincre qu'elle se fichait de sa haine à lui. Elle le détestait, elle lui ferait payer. Tout. Ne plus lui parler, ne plus le voir. Se venger. Un peu brusquement, elle attrapa un plat, et se servit largement, savourant, sans trop chercher à savoir pourquoi, la sensation d'empiler trois parts de tarte dans son assiette.

« - Minerva, vous allez bien ? fit une voix à sa gauche. Elle se retourna brusquement, croisant le regard concerné de Dumbledore qui la déconcerta un instant.

- Euh…

- Je veux dire, ajouta-t-il en baissant la voix, vis-à-vis de Judith.

- Oh… Et bien, répondit-elle avec autant de contenance que possible malgré son manque de calme. Je vais bien… »

Elle croisa alors le regard dur de Severus, qui semblait, au plus profond de son âme, se moquer de sa faiblesse. Brusquement, elle se détourna sous l'œil étonné du directeur qui ne parvenait pas à démêler la raison de ce mouvement. Elle inspira lentement, retrouvant son calme, s'obligeant à ne pas penser à la jeune femme décédée pour le moment, sous le regard inquisiteur et mauvais de cet homme. Ennemi.

« - Severus ? tenta le directeur à sa gauche.

- Oui ?

- Il se passe…, il hésita, quelque chose ? »

Pour toute réponse, il obtint un haussement d'épaules qui se voulait tout sauf concerné… Il se passait quelque chose, en effet, se dit-il. Rapidement, il jeta à nouveau un œil du côté de sa collègue et constata qu'elle parlait à Filius, se débrouillant pour ne pas même risquer un regard de son côté. Severus, quant à lui, fixait résolument, d'un regard noir, la foule des élèves. Décidément, il s'était passé quelque chose… quoi ? Il se sentait concerné, gêné, mal-à-l'aise. Soudain, une crainte l'assaillit ; cette impression prégnante que deux ans et demi de paix voire d'amitié venaient de s'écrouler. Il secoua la tête… ce n'était pas possible, il se faisait des idées. Dès le lendemain, tout irait normalement, voire bien : pourquoi en serait-il autrement ? Il l'espérait. Plus même, il craignait le contraire. Enfin, il n'y pouvait rien…

« - Filius ?

- Oui ? demanda l'intéressé en prenant une tranche de cake.

- Tout va bien ? »

Il marqua une pause et regarda sa collègue. Minerva, ne touchant plus à son assiette, paraissait inquiète : avait-il l'air si défait que cela ? Il espérait que non. Ce qu'il ne savait pas, c'est qu'elle, cherchant par tous les moyens à ne pas penser à ses propres histoires, aurait sans doute détecté le moindre plissement du front. Il hésita un instant : le dire ? Inconsciemment, il regarda à sa droite, jetant un œil à Septima.

« - Tout va bien, pourquoi ? dit-il en tentant de prendre un air naturel.

- Vous aviez l'air soucieux…

- Je vais bien. »

Sa voix c'était faite plus affirmée : non, il n'en parlerait pas à quelqu'un d'autre. Une personne était assez… Non pas qu'il manque de confiance en Minerva : avec Albus, elle était celle qu'il connaissait depuis le plus longtemps ! Mais… il ne se sentait pas prêt à en parler à quelqu'un d'autre. Bien sûr, le cas échéant, se dit-il tristement, il parlerait au directeur. Mais il n'éprouvait aucune envie de communiquer l'information plus que nécessaire. Elle sembla hésiter un instant puis, convaincue, lui sourit un peu crispée…

« - Tant mieux. »

Elle n'allait pas particulièrement bien, il fallait l'avouer. D'ailleurs, Filius non plus. Et Albus fort peu davantage. Quant à Severus… il aurait aimé ne pas savoir penser.

Verdict ? vous en pensez quoi ?