Coucou tout le monde ! En cette nouvelle année, je vous donne mes meilleurs vœux mais je tiens également à remercier ceux et celles qui me suivent ! Je tiens également une place privilégié à celles qui me commentent depuis un moment déjà et qui ne m'ont jamais lâchée, suivant chapitre par chapitre mes travaux. Vous êtes géniales les filles, et je suis heureuse d'avoir pu par la suite vous connaître mieux et plus sincèrement pour certaines. Passez une excellente année et que tous vos souhaits soient réalisés.
Sinon dans un registre un peu moins gaie, je crains que ma publication dans deux semaines ne soit retardée de deux semaines, ce qui ferait que la suite n'arriverait que dans un mois. Non pas que je vous oublie, loin de là, mais il faut que je termine mon TPE pour le bac, je suis remplie de contrôles pour ces deux semaines et dans trois semaines à peine j'ai épreuve blanche pour mon bac de français. Je suis navrée mais je promets que vous ne serez pas oubliés, simplement je ne peux pas caser l'écriture dans toutes ces révisions et boulots. Toutefois je serai là dans quatre semaines, c'est une promesse. Bien à vous.
L'Oubliée : Alors ma licorne, comment vas-tu ? Ici ça va, le chameau se débrouille ! Sinon je suis ravie que mon chapitre t'aie plu à ce point, vraiment. Ça me fait véritablement plaisir et me rassure si je doute. Car tant que je peux donner du plaisir aux autres, c'est le principal. C'est ça qui me motive. Et oui, moi aussi la partie « Je vais mourir. Alors je serai là pour chanter sur ta tombe le moment venu. » m'a rappelé des souvenirs. Il faut croire que nous avons toujours été dérangées ! Quoique moi c'est tout le temps... Toi, par contre, je sais pas ! Bisous et passe une bonne année. À plus ma licorne !
Yourfirstfan : Coucou ma chère et génialissime et adorable meilleure amie ! En ce jour de l'An, je tiens à te remercier sincèrement pour ton amitié qui m'aide à passer à travers tous les obstacles, aux bottages de fesses que tu me donnes, au fait que sans toi je n'aurai certainement jamais commencé à publier sur ce site. Tu es la toute première lectrice de cette histoire, toi qui a découvert mes premiers chapitres avant qu'ils ne soient publiés. Tu m'as toujours encouragée, toujours mis en avant mon écriture et ne t'es jamais plainte du temps que ça me prenait alors que nous aurions pu parler ensemble. Tu es la meilleure, et je suis sincèrement heureuse de savoir que tu seras toujours derrière moi, à me botter les fesses quand j'en ai besoin. Mille merci. J'ai plus que de la chance de t'avoir à mes côtés. Sinon je suis ravie que tu sois accro à mon humour, d'autant plus qu'il s'agit de ma marque de fabrique ! (ou celle de ma mère mais elle me l'a refilé...) Et oui, Astaldo est le cousin d'Elenna et compagnie, mais j'avais donné pas mal d'infos en ce sens. Toutefois le fait que tu ne t'en aperçoives que maintenant me fait aussi plaisir. Tu t'aies gardé la surprise. Ma mère et mes sœurs t'embrasse, faut-il compléter que moi aussi ? Plein de bisous au spéculoos, je sais que tu en raffoles. À lundi ma best friend.
Milyi : Coucou ma belle Miss ! Ce fut un véritable plaisir que de recevoir ta review ! Alors tout d'abord, je suis ravie si le bonhomme en rouge m'a donné de l'inspiration, car figure-toi que c'est ce que j'avais commandé ! Je suis contente pour la douceur qui caractérise mes chapitres. Je crois que c'est aussi quelque chose qui me caractérise dans la vraie vie. Toujours peur de faire du mal aux autres alors j'y vais avec douceur. Si cela transparaît dans mes écrits, tu m'en vois ravie. De plus, tu dis que les relations entre mes personnages sonnent justes, et je t'avoue que ça me rassure. C'est une de mes hantises en vérité. Peur de l'irréalité des sentiments entre les personnages. L'amitié d'Elenna et Isil est en effet sincère, et je t'avoue m'appuyer sur les mêmes sentiments que je partage avec ma meilleure amie. J'ai de la chance d'avoir cela, et je tenais à ce qu'Elenna en profite aussi, après tout elle l'a bien mérité. Et je suis d'accord avec toi, le repas fait penser à un repas de famille à Noël. Je ne l'avais pas vu de ce point de vue là, mais une fois que tu m'en as parlé, je l'ai remarqué ! Qui sait, cela m'a peut-être influencé ? J'ai aussi beaucoup aimé écrire sur la partie avec Haldir et Níniel. Je voulais qu'on le voit un peu différemment. Il n'est pas mauvais, juste borné et possède une carapace bien épaisse. J'ai adoré ta comparaison avec la coque en chocolat et le caramel moue car c'est exactement ça. Tu ne pouvais pas mieux tomber. Et je suis content que la réaction d'Orophin te plaise. J'avais peur de ce que l'on pourrait en penser. Et sinon je suis ravie de savoir que mon écriture s'affirme ainsi que mon style. L'écriture est une passion qui m'anime, et ce depuis mes six ans. Je t'avais parlé je crois de l'aide que ça m'a apporté. Bisous tout doux et tout plein à la guimauve et autres sucreries. À bientôt ma Miss. Lady Julie.
Melior Silverdjane : Coucou ! Alors oui, Elenna a du caractère. Un caractère affirmé qui peut être celui d'un cochon dans certaines situations. Ainsi par exemple quand Isil et elle sont réveillées... Mais je crois pouvoir affirmer que si nous étions dans leur situation on n'en mènerait pas large non plus. Quoique on agresserait peut-être pas le serviteur à coups de chaussures... Enfin, ça c'est son amie qui l'a fait. Je suis heureuse si le fait de voir Orophin et elle se rapprocher te plaît. Je l'aime bien, Orophin ! Et sinon, je comprends parfaitement ton inquiétude au sujet de la mortalité ou immortalité de l'enfant. Je n'avais pas oublié ce point de détail, j'attendais seulement le bon moment pour que l'énigme soit résolue. Tu verras, tu auras ta réponse dans ce chapitre. Bis et passe une bonne année. Juliefanfic.
CHAPITRE 35 : SONGE D'UNE NUIT...
Tout en s'affalant lamentablement sur son lit, Elenna releva la tête. Les yeux bruns de son amie la fixaient, la détaillaient, cherchant quelques réponses.
« -Alors, comment ça s'est passé ?
-On a discuté de beaucoup de choses...
-Et c'est tout ?
-Oui, c'est tout !
-Il ne t'a pas embrassée ?
-Mais on se connaît à peine, Isil ! Il me fait la cour, et nous verrons bien par la suite...
Prenant un air boudeur, la guerrière s'installa sur un fauteuil, regardant l'elleth blonde. Il n'y avait vraiment rien eu ? Et dire qu'elle imaginait qu'ils se seraient déjà peut-être fiancés... Bon, c'est vrai, elle allait vite en besogne. Haldir et Níniel ne s'étaient fiancés qu'au bout de six ans. En espérant que pour eux ça aille plus vite !
-Et pourtant tu semblais être la femme la plus heureuse du royaume, ce soir.
-Peut-être parce que mon âme a enfin été apaisé et que j'ai appris des choses qui gonflent mon cœur de joie !
-Et qu'est-ce ? demanda son amie très curieuse.
-Oh, je ne sais pas, ton cher et tendre s'avère être mon cousin, Orophin dit qu'il aimera mon enfant comme le sien et que la présence d'Elerinna ne le gênera pas... Ce genre de choses, quoi.
-Minute ! s'écria une pauvre Elfe dépassée. Tu m'en dis trop en même temps ! Comment ça Astaldo est ton cousin ? Sinon je le savais pour ton poète ! Il est un agneau ! Attention la louve à ne pas le manger... Quoique tu pourrais jouer avec aussi, cherchant à augmenter ton pouvoir de dominance, mais gare à ne pas faire trop de bruits !
Lui lançant un cousin en plumes, la concernée soupira tout en défaisant ses ballerines avec des petits mouvements secs des pieds.
-Cirth, son père, est mon oncle, ce qui fait de lui un membre de ma famille... Et quant à toi, arrête avec ces allusions perverses !
-Quelles allusions ? redemanda-t-elle innocemment.
-À ton avis ? Je ne sais comment tu fais, toi saleté d'elleth, pour avoir parfois un tel esprit !
-Je n'ai pas un esprit pervers, déclara Isil avec dignité. Je ne fais qu'énoncer de simples faits.
-C'est ça, ria Elenna, et moi je suis la Reine d'Angleterre !
-La Reine d'où ? la questionna-t-elle, n'ayant pas compris la référence.
-Laisse tomber, marmonna finalement le jeune femme enceinte sur son lit. Trop compliqué pour toi.
-Tu n'as pas envie de l'expliquer tu veux dire, répliqua son amie avant de sourire. Enfin... il est peut-être temps que je te laisse, je dois rentrer chez moi. Repose-toi bien ! »
Laissant un vague « Merci et fais de beaux rêves ! » franchir ses lèvres, la blonde se releva, embrassa la guerrière sur la joue avant de la laisser s'éloigner, pour finir par s'habiller d'une robe de nuit, partant ensuite se coucher pour une nuit de repos méritée.
_._._._._
La nuit était belle, la lune pleine et les étoiles brillaient de mille éclats, éclairant avec douceur la colline sur laquelle elle se trouvait. Le ressac des vagues lui paraissait lointain, comme une image effacée. Quelques mouettes chantaient, mais leur nombre n'étaient pas important. En vérité, seule la beauté du lieu s'imprégnait en elle à cet instant. Son cœur était en fête, mais elle ne savait pas pourquoi. Soudainement, une main se posa sur son épaule avant de la serrer avec un peu de force, mais surtout avec un étrange amour. Elle sursauta, surprise par ce contact. N'était-elle pas dans ses rêves ? Cela aurait dû être impossible. Se retournant, elle croisa le regard d'un homme dont elle ne pensait jamais revoir le visage. Son cœur sembla s'arrêter tandis que des perles salées s'échappaient de ses yeux. Grand et fière, doux et aimant, là se tenait un ellon particulier, un Elfe qui comptait pour elle bien plus que tous les joyaux du monde. Elle ne put parler, ne put faire le moindre geste, ne put avoir la moindre pensée cohérente durant un instant. Sa gorge la faisait souffrir tant sa gorge était nouée. Elle se savait dans ses songes, mais alors pourquoi rêvait-elle de lui ? De cette homme qui avait toujours été là pour elle mais qui était mort si soudainement, de ce père qui l'avait toujours protégée envers et contre tout mais qui n'avait pu faire face au destin ? Était-ce au moins réel ?
« -Ada ? murmura-t-elle doucement, comme une prière pour que sa vision ne s'efface pas.
-Je suis désolé, fut la seule réponse qu'elle obtint avant que ses bras ne l'encerclent dans une forte étreinte.
Sous le choc, elle se laissa faire, mais elle finit par s'abandonner complètement alors que de gros sanglots la secouaient. Combien de fois n'avait-elle pas rêvé de ce moment ? Bien trop, mais ça n'avait été que ça, des rêves. Or, aujourd'hui, l'air qui caressait son visage, le tissus des vêtements de son parent, la peau nue de ce dernier, tout était réel. D'une délicieuse et incroyable réalité.
-Comment ? demanda-t-elle entre deux pleurs.
-Un cadeau d'Irmo, lui répondit-il doucement en lui baisant le front.
Ils restèrent un long moment ainsi, pris dans une chaude et puissante étreinte, déversant l'un dans l'autre tout l'amour qu'ils ressentaient. Mais il arriva un moment où Elenna commença à se sentir mieux et où elle s'écarta doucement de lui. Le regardant avec tendresse et une certaine douleur tout de même, elle lui demanda :
-Combien de temps ?
-Nous avons toute la nuit et même le début de matinée, le Vala me l'a assuré.
-Pourquoi ?
-Je crois que tu oublies rapidement qui sont tes grands-parents, iel nin, déclara-t-il amusé.
-C'est vrai, acquiesça-t-elle, Yavanna et Aulë sont certainement derrière tout ça...
-À vrai dire c'est seulement ce cher et tendre grand-père qui en a eu l'idée. Kementári est en ce moment avec Elerinna. Et si cela peut te rassurer, je t'apprendrai qu'elle a été délivrée depuis peu et qu'en ce moment-même elle se repose et a déclaré qu'elle se ferait une grasse matinée !
-Je ne sais pas pourquoi, mais je trouve que ça lui ressemble ! … Merci ! dit-elle sincèrement tandis qu'un léger rire la secouait.
Elle lui sourit finalement et commença à se balader dans le bois qui était apparu, tout en gardant un contact visuel avec son père. Il avait disparu depuis cinq ans, cinq années durant lesquelles elle avait souffert de sa mort, qu'elle s'était demandée ce qui lui était arrivé, et ce n'était pas maintenant qu'elle allait le perdre. Il s'écoula quelques instants de flottement où plus un son ne fut produit, avant qu'Amandil ne reprenne la parole.
-Je suis fière de toi, tu sais ? Tu as traversé tant d'épreuves mais tu t'en es toujours sortie. Et tu as bien élevé ta sœur. Nous ne pouvions rêvé mieux pour elle, merci.
-Je... je n'ai fait que ce que mon cœur me dictait, ada, murmura-t-elle. Et je dois t'avouer la vérité. Après tout ce temps, ce que je vois en Elerinna s'apparente plus à voir son propre enfant. Je sais que cela ne sera jamais le cas, mais je l'ai aidée à apprendre à lire, je l'ai consolée lors de ses cauchemars, j'ai chanté et lui ai raconté des histoires pour s'endormir, j'ai dû agir comme un parent le ferait, et... et mes sentiments ont changé.
Elle eut peur, après avoir prononcé ces mots, de la réaction de l'ellon. Il était leur père, comment pourrait-il réagir face à cette découverte ? Elle le savait, elle n'était pas la mère de sa frangine, mais pourtant dans son cœur elle l'était presque. Elle ne voyait que difficilement comment cela aurait pu être autretrement. Elle avait agi, avait aimé, il était normal que ce qu'elle ressentait ait progressé à son tour.
-Tu sais, iel nin, dit doucement son père, je m'en doutais. Et je peux ressentir ta crainte, Elenna, mais elle n'a nul lieu d'être car sache que j'en suis heureux. Nous ne sommes plus là, ta mère et moi, pour veiller sur vous. Et si ta petite sœur est pour toi comme ta fille, j'en suis rassuré d'une certaine façon, car je sais que tu veilleras sur elle comme tu l'as toujours fait, avec tout ton cœur et ton amour. La seule chose dont je me navre est de savoir que tous les obstacles qui ont obstrué ton chemin sont arrivés bien trop tôt, à un âge où tu serais peut-être encore considérée comme une elfing. Mais tu as grandi, depuis la dernière fois que je t'ai vue. Tu es à présent une elleth fière, aussi généreuse que par le passé mais devenue une grande guerrière. Si j'avais su un jour quelle jeune femme tu deviendrais..., continua-t-il avec un air moins sérieux, j'aurai écarté tous tes prétendants à coups d'épée affûtée !
Riant de l'air de celui qui comptait énormément pour elle, elle soupira finalement en posant la main sur son ventre. Peut-être aurait-il mieux fallu qu'il les écarte en effet. Quoique cela, lui-même n'aurait pu l'empêcher. Les souffrances qui avaient été siennes n'étaient pas de leurs faits, seuls ces monstres étaient à blâmer. Semblant comprendre ce qu'elle ressentait, elle sentit qu'il la retenait avant qu'elle ne se retrouve à nouveau dans ses bras. Il caressa doucement ses cheveux avant de lui serrer la main avec douceur.
-J'aurai tout donner, ma fille, pour t'empêcher de telles douleurs. Je ne sais comment tu as pu être aussi forte après cela, comment tu as su surmonter l'agonie de ton cœur, mais tu l'as fait. Et tu me rends fier, Elenna, je suis le plus orgueilleux des pères de tous les mondes, même si je souffre aussi. Je leur ferai payer au centuple si je les avais devant moi... Et quelque part, je m'en veux également. Si j'avais fat plus attention cette nuit-là, jamais nous ne serions tombés et j'aurai été..
-Ne dis pas un mot de plus, ada, le coupa la jeune femme avec une certaine douceur. Tu n'as pas à t'en vouloir pour cela. Moi, je peux m'en vouloir de ne pas avoir su me défendre, de ne pas avoir été assez forte pour les contrer. Oui, je souffre continuellement même si récemment mon âme s'est trouvé apaisée, oui survivre n'a pas été facile, mais on m'a laissée un trésor magnifique. Ce que j'ai vécu est peut-être une grande horreur, mais je porte en mon sein un enfant à présent, ada, la chaire de ma chaire, le sang de mon sang. Et si l'acte par lequel il a été conçu je le haïs, je n'en oublie pas moins le présent qui grandit en moi. Alors ne soit pas désolé, tu n'as pas à l'être. Car sans tout ce que j'ai traversé, je ne serai peut-être pas celle que je suis aujourd'hui, et mon bébé ne serait pas.
-Je sais, chuchota-t-il, mais savoir tout cela me fait mal. Je ne peux m'empêcher de me sentir coupable, petite Elfe. Je t'aime mais je n'ai pas été là pour toi. Comprends-moi...
Sachant que nul paroles ne pourraient le soulager de sa peine, elle agit par les gestes et le serra plus fort encore. Il comptait tant pour elle que le voir souffrir était une grande torture pour son âme. Il ne méritait pas les tourments qu'il s'affligeait.
-Je reste sur ma lancée, déclara-t-elle avant de reprendre, mais si véritablement tu te sens coupable alors sache que je te pardonne, et que cela fait longtemps que je t'ai pardonné.
Elle sentit quelques perles humides couler sur son cou, et en levant le visage elle remarqua qu'elles provenaient de son parent. Levant lentement la main, elle essuya les joues d'Amandil avant de lui sourire avec tendresse. Un étirement léger de ses lèvres lui répondit et elle sentit son cœur bondir. Peut-être commencerait-il à se pardonner ? Elle l'espérait de tout son cœur. Attendant quelques instants, elle entreprit d'engager un sujet plus léger.
-En tout cas, cher grand-père, j'espère que ce ne sera pas un garçon ! Comble de malchance si ça devait arriver ! As-tu vu mes neveux ? Si je devais supporter la même chose, je deviendrai folle dans l'heure !
Elle fut récompensée par un rire clair et léger. Souriant avec sincérité, elle attendit la réponse de ce dernier.
-Si cela peut te rassurer, iel nin, tu attends une fille. Nul charmant fils pour te casser les pieds. Quoique les filles sont aussi douées pour le faire...
Lui tapant sans cérémonie le bras avec son poing, elle poussa un cri d'indignation avant que le principal ne la percute enfin. Il connaissait le sexe de son bébé. Mais comment diable cela était-il possible ?
-Comment peux-tu en être aussi certain ?
-N'as-tu pas confiance en ton vieux père ? demanda-t-il taquin.
Abandonnant le sujet, sachant pertinemment qu'il ne dirait rien de plus pour préserver le mystère, elle soupira tout en regardant autour d'elle. Le décors avait encore changé, le bois se transformant en une clairière où broutaient quelques magnifiques équidés au pelage argenté brillant plus que n'importe quel astre sous la douce lueur de la Lune. Une pensée nouvelle lui effleura l'esprit. Une réflexion qui l'inquiétait. Sa fille, qui serait une Semi-Elfe, serait-elle mortelle ou immortelle ? Elle eut peur, car si elle n'était pas dotée de longue vie, Elenna savait que jamais elle ne pourrait supporter de la voir vieillir et s'éteindre. Un sentiment que partage tout parent : son enfant ne devait jamais quitté ce monde le premier.
-Ne t'inquiète pas, la renseigna Amandil en comprenant les pensées de la jeune femme, de part son ascendance elle sera dotée d'une vie d'Elfe. Je ne pense pas qu'Aulë et Yavanna aurait accepté autre chose pour leurs descendants. De plus, les Valar forment une sorte de grande et puissante famille. Ils veillent les uns sur les autres. Ce qui fait de ta grand-mère, de ta mère, de ta sœur et de ses enfants mais de toi-même aussi, des membres de cette parenté. Peut-être pas au sens propre dans le sens où Aredhel fut confiée à tes grands-parents par Eru Iluvatar, mais puisque dans leur cœur tu comptes, tous les autres veilleront sur vous.
Dire qu'elle fut stupéfaite de ses paroles serait mentir, elle en était en vérité tellement choquée qu'elle en oublia quelques instants de respirer. Oh, par tous les Saints de tous les Saints, était-elle vraiment dans cette situation ? Mais c'était invraisemblable ! Orpheline devant subvenir aux besoins de sa jeune passant à celui de sœur de souveraine appartenant à une famille semblable à des dieux ! C'était trop gros, beaucoup trop gros. Elle voulait bien avoir conscience de certaines choses échouant à son passé, mais cette dernière nouvelle dépassait son imagination et elle ne se sentait pas vraiment prête pour ça. Son cerveau fit alors la seule chose qui était à sa portée : elle ne pouvait pas oublier, mais elle pouvait occulter. Secouant la tête, elle posa une question qui lui brûlait les lèvres :
-Pourrais-je vous revoir ? Et si oui quand ?
-Oh, iel nin, bien évidemment que nous nous reverrons. À notre mort nous avons passé un certain temps dans les cavernes de Mandos mais nous avons renaît sur Valinor. Quant à savoir quand sera notre prochaine rencontre, je ne puis que te répondre que le temps des Elfes sur Arda se termine. Tous voyagent en direction des Terres Immortelles. Alors, ma grande et fabuleuse fille, sache que nous nous reverrons bientôt, tu as ma promesse.
Souriant légèrement, elle l'embrassa avant de s'écarter. Dire combien pouvoir lui parler, lui faire comprendre ses peurs et ses joies lui faisaient du bien serait en deçà de la vérité. Le voir était un cadeau inestimable. Elle l'avait perdu il y a quelques années, mais cela lui semblait si lointain et si proche en même temps. Comme si les souffrances qu'elle avait vécues dataient mais que sa douleur était celle du premier jour. Secouant la tête tout en cherchant à songer à quelque chose de plus gaie, elle se rappela l'après-midi qu'elle avait passé en compagnie d'Orophin. Ce dernier en peu de temps avait su grandir dans son cœur d'une folle façon. Mais peut-être était-ce ça, les histoires d'âmes sœurs que lui contait sa mère le soir, de ces amours qui naissaient sans que personne ne comprenne pourquoi mais qui ne pouvait se rompre ? Ses songes devenant plus joyeux, elles avança l'esprit léger vers l'un des chevaux. Ce dernier ne s'écarta pas, bien au contraire, il s'approcha. Elle retint son souffle au moment où sa paume caressa le chanfrein de l'animal, mais elle se retrouva surprise en s'apercevant qu'elle le touchait bel et bien et que ce dernier n'était pas de fumées. Après tout, il s'agissait d'un rêve et cela aurait été plus que probable.
-Irmo est véritablement fantastique, murmura-t-elle. Jamais je n'aurait pu imaginer avoir un songe pareil !
Elle ria doucement, prise d'une certaine allégresse. Elle dormait peut-être, mais elle vivait un des meilleurs moments de sa vie depuis longtemps. Comme si après avoir tant cherché à la torturer, on décidait qu'elle avait enfin mérité le bonheur. Laissant ses doigts fins parcourir l'encolure de l'étalon, elle sentit qu'on la soulevait avant qu'elle ne soit déposée sur le dos de l'animal. L'instant d'après son père se tenait derrière elle.
-Comme autrefois, chuchota-t-il.
-Comme autrefois, acquiesça-t-elle avant que leur monture ne débute sa marche.
Il s'écoula quelques minutes avant qu'elle ne le questionne.
-Tu sais, ada, je suis heureuse de te voir ce soir. Mais je ne comprends pas pourquoi ce présent nous est offert maintenant. Pourquoi pas hier ou demain ? Pourquoi aujourd'hui ?
-Tu changes, dit-il doucement après avoir poussé une longue expiration, tu entres dans une vie nouvelle pour toi et tes proches. Tu découvres nombre de choses, tu vas être mère et tu viens de rencontrer l'homme qui t'était destiné. Tu es à la croisée de nombreux chemins et pour une fois je tenais à être là pour toi. Je n'ai pu le faire durant un long moment mais aujourd'hui, c'est différent. Pourquoi maintenant ? Parce que mon cœur ne pouvait attendre plus longtemps, iel nin.
Une larme roulant sur sa joue, mais non pas une parle de tristesse mais plutôt de forte émotion, elle s'abandonna sur le puissant torse de l'ellon derrière elle. Elle se sentait apaisée, en même temps comment aurait-il pu en être autrement ? On lui annonçait de bonnes nouvelles et il lui était permis de revoir quelqu'un qu'elle aimait puissamment. Alors oui, pourquoi en aurait-il été autrement ?
-Ainsi tu savais pour Orophin ? demanda-t-elle lentement.
-Évidemment, lui répondit-il. Quel père ferai-je si je ne savais rien de mes filles ? Tout de même, tu lui passeras un message de ma part : je suis peut-être heureux de l'avoir comme futur beau-fils, il n'en reste pas moins que s'il te fait souffrir on retrouvera des morceaux de lui éparpillés sur Arda.
-Ada ! s'écria-t-elle abasourdie.
-Ah, ma chère et tendre jeune fille, j'espère de tout cœur que tu lui répéteras cela dans mes termes et n'essayeras pas d'enjoliver la chose.
-Mais... je ne peux pas lui dire ça ! C'est atroce !
-Et pourquoi donc ? fit-il en levant un sourcil. Mieux vaut le prévenir du sort qui l'attend, non ?
-Je lui dirai, déclara-t-elle, mais je t'interdis en ce cas de mettre tes menaces à exécution !
-Et pourquoi donc ? répéta-t-il à nouveau mais pour son affirmation précédente cette fois.
-Parce que je l'aime et que lui faire cela me ferait du mal !
-Tu as bien hérité de ta mère, soupira-t-il. Toujours le mot de la fin...
-Encore heureux, sourit-elle, sinon je n'ose imaginer ce qu'aurait donné la famille si tu l'avais commandée !
Elle ne reçut en guise de réponse qu'une tape réprobatrice sur la tête avant que les deux ne se mettent à rire. Oui, ils auraient été bien mal menés si toutes les décisions lui étaient revenues ! Ils continuèrent leur promenade en silence alors que pour une fois le paysage ne changeait pas.
-Une nouveauté me perturbe, fit-elle au bout d'une petite demie-heure en se rappelant finalement ses rêves. Je peux parler de temps en temps dans mon sommeil aux personnes, tout du moins je peux entrer dans leurs songes. Mais comment c'est possible ?
-Ce n'est pas vraiment un don, lui répondit-il. En vérité, c'est une prédisposition qui coule dans ton sang. Mais cela n'arrivera pas souvent. En général, ce sera une volonté des Valar. Tu ne peux le contrôler, eux seuls le peuvent...
Surprise, elle hocha la tête et se tut, se laissant emportée par la suite de la balade. L'aube finit cependant par arriver rapidement. Elenna s'en étonna, mais elle conclut que cela devait être un reflet du monde réel. Laissant un soupir franchir ses lèvres, elle comprit qu'il ne lui restait plus beaucoup de temps avec son père. Une demie-heure, peut-être moins. Bientôt elle se réveillerait et elle ne pourrait le revoir que lors de son arrivée sur Valinor... Semblant comprendre ses pensées, ce qui en vérité n'était guère étonnant, Amandil prit la parole.
-Il est bientôt l'heure, mais j'ai tout d'abord quelques mots de ta mère à te porter. Elle ne pouvait venir, car seul l'un d'entre-nous le pouvait. Elle a choisi de me laisser cette rencontre. Enfin, elle m'a demandé de te dire qu'elle vous embrassait toutes les trois et qu'elle vous souhaitait une belle vie en Lothlorien. De même, elle a rajouté que peu importait la distance, elle serait toujours avec vous dans votre cœur.
Une larme roula le long de sa joue en entendant les mots que leur adressait leur mère. Elle les aimait et leur faisait savoir, et cela n'avait pas de prix. Elle se cala plus profondément encore contre l'ellon.
-J'ai toutefois quelque chose à rajouter, continua-t-il. Tout son message est également de ma part. Fais le passer à tes sœurs, iel nin, qu'elles sachent que nous ne les avons pas oubliées.
Hochant la tête, elle sentit le cheval s'arrêter tandis que son père l'aidait à descendre. L'instant d'après l'animal avait disparu et le paysage aussi. Ils se trouvaient à présent dans sa chambre à Caras Caladhon, et ce fut avec choc qu'elle remarqua qu'elle se voyait dormir. L'instant d'abasourdissement passé, une pensée incongrue vint prendre place. Avait-elle vraiment les cheveux comme ça lorsqu'elle dormait ? Il semblait pour son plus grand malheur que oui ! L'Elfe à ses côtés qui avait compris ses réflexions se mit à rire, amusé par son enfant.
-Crois-moi, Elenna, il y a des problèmes plus importants que ta coupe de cheveux ! Quoique je dois avouer que dans ce cas-ci...
-Ne t'avise pas de dire un mot de plus, le menaça-t-elle en levant son petit doigt.
-Cela ne me viendrait nullement à l'idée, répondit-il faussement offusqué avant qu'il ne se reçoive un coup de coude. Bon, d'accord ! s'exclama-t-il en levant les mains en l'air. Je me rends ! Que Votre Majesté ne se mette pas en colère, mais plutôt qu'elle considère...
S'il se tut sous le regard polaire de sa fille, il ne put empêcher d'arrêter les tressaillements de ses épaules qui bougeait sous son fou rire contenu.
-Allez, va, murmura-t-il doucement au bout d'un moment. Une belle journée t'attend.
La jeune femme se mit à sourire même si des pleurs silencieux la secouèrent. Elle avait conscience de la chance qui lui avait été offerte, mais elle ne pouvait s'empêcher d'être triste à l'idée de devoir dire au revoir à l'homme qui l'avait élevée. Se retournant tout en l'embrassant légèrement, elle recula.
-Oui, une nouvelle journée m'attend, dit-elle seulement.
-Prends soin de toi, de vous, rectifia-t-il en désignant son ventre arrondi. Et n'oublie pas de rire, de sourire, de profiter de chaque moment de la vie. Vis chaque jours comme le dernier, aime comme jamais tu l'as fait, et surtout n'oublie pas que nous serons toujours là pour veiller sur toi. »
Elle ferma les yeux lorsqu'il lui baisa le front, avant de les rouvrir quelques instants plus tard. Elle eut à peine le temps de murmurer « Au revoir, Ada. Je penserai à vous chaque jours. » qu'elle ouvrait à nouveau les yeux sur le monde.
_._._._._
Lorsque ses yeux revinrent au présent, que leur voile s'en fut allé et qu'elle se retrouva à nouveau plongée dans la réalité, elle laissa une unique perle salée couler avant de prendre la résolution qu'aujourd'hui serait une merveilleuse journée. Jetant ses couvertures, elle s'assit sur son lit avant de se diriger vers sa salle d'eau en attrapant quelques vêtements au passage. Elle se lava sommairement avant d'enfiler une belle robe claire et de coiffer ses cheveux en une longue tresse sur le côté. Elle n'était pas spécialiste de se genre de coiffure, mais en s'admirant dans la glace elle conclut que pour une fois elle avait réussi à ne pas ressembler à un épouvantail. Posant ensuite délicatement son diadème sur la tête, elle rentra à nouveau dans sa chambre avant d'enfiler les ballerines de la veille, et d'attacher sa ceinture contenant l'épée de Liliane dans un délicat fourreau. Attrapant un châle au cas où le temps serait frais, elle s'élança presque à travers sa porte, goûtant avec bonheur l'air nouveau du palais où de nombreux domestiques s'affairaient.
À peine avait-elle franchi quelques pas qu'elle tomba nez à nez avec deux gardes.
« -Bonne journée, n'est-ce pas ? demanda-t-elle enjouée.
-En effet, déclara avec un sourire un Elfe aux cheveux bruns et aux yeux bleus.
-Je suis heureuse de constater que je ne suis pas la seule à penser cela, dit-elle, bien que dans mon cas ce fut grâce à mon père !
Au regard d'incompréhension total que lui lança l'homme, elle crut obligée de se justifier.
-Un cadeau d'Irmo, commenta-t-elle avant de reprendre. Mais quel est donc votre nom ? Je ne vous ai jamais vu ici ! Vous êtes nouveau ? Premier tour de Garde devant ma fabuleuse et exceptionnelle et ennuyeuse porte ?
-Je m'appelle Elruin, fit-il en riant sous le flot de questions ce qui lui valu un regard désapprobateur de son supérieur et un sourire de la princesse. Et il s'agit de ma première année en tant que Garde, c'est pour cela que vous ne m'avez encore jamais vu. Et oui, je suis posté pour la première fois devant votre porte qui, bien que n'ayant rien d'attrayant, renferme en elle un très grand trésor que je suis heureux de pouvoir protéger !
-Soldat ! s'écria l'autre Garde l'air vraiment mécontent.
-Oh, arrêtez donc de prendre la mouche, Anar, soupira-t-elle agacée.Pour une fois que l'un d'entre vous ne me donne pas envie de taper ma tête contre un mur, je ne vais pas me plaindre. Si tous pouvait être comme lui je serai bien heureuse, figurez-vous !
Évidemment, l'Elfe aux cheveux de feu n'apprécia pas vraiment son intervention et se mura dans un silence complet. L'autre ellon, lui, lui fit un sourire timide auquel elle répondit avec plaisir.
-Et quant à vous, cher nouveau membre de ma porte, je vous conseille de ne pas changer d'attitude à mon égard. Envers les autres, je ne dis pas, mais moi ce sera avec plaisir que je continuerai de parler ainsi avec vous. Anar le sait très bien, et je crois que chacun en ce royaume est au courant.Je m'offusque assez rapidement de toutes ces fioritures qui me sont décernées pour la simple raison que j'ai des ascendants illustres ou encore que ma sœur est souveraine. Vous valez autant que moi, Elruin, sinon plus. Ne l'oubliez pas.
Lorsqu'elle regarda attentivement le jeune homme, elle s'aperçut qu'une grande admiration avait élu domicile sur son visage. Cela la gêna en quelque sorte, avant qu'elle ne l'occulte volontairement.
-Je suppose que puisque Isil n'est pas là pour me « protéger » on va devoir me coller quelqu'un sur les talons ? demanda-t-elle de façon réthorique. Elruin, cela vous dérangez-t-il de m'accompagner ? On pourra même discuter de choses qui feront rougir Anar jusqu'à la pointe des cheveux !
Apparemment, l'évocation de tels sujets était taboue chez la race elfique car les deux rougir, bien que ce ne fut pas trop important pour le nouveau guerrier. Elle ria en entendant la réponse qui lui fut donnée.
-Je le ferai avec plaisir, Dame Elenna ! Mais je crains que la couleur tomate n'ait déjà envahi nos pauvres joues !
-Je le crains aussi ! Mais allons, dépêchons, c'est que j'ai l'appétit d'un troll ce matin ! »
Souriant elle se dépêcha vers la salle à manger, avançant rapidement mais avec une certaine grâce. Toutefois, sa bonne humeur était telle que les personnes qui la virent eurent l'impression qu'elle dansait un ballet mêlant avec beauté tous les arts d'Arda. Elle dut cependant finir par rassurer son accompagnateur sur le fait que non elle ne dirait rien de compromettant mais que c'était seulement pour embêter son supérieur, et ils finirent par en rire tous les deux. Dieu, que les Elfes pouvaient être prudes parfois !
Lorsque Elruin ouvrit les battants de la salle pour elle, elle le remercia, soulagée de ne pas avoir à le faire. Elle ne comprenait pas comment malgré leur niveau d'intelligence élevée, les elfes n'avaient toujours pas fait quelque chose pour son poids. Une autre pensée aussi lui parvint : « Mais comment diable les mellyrn sur lesquels elle se trouvait pouvaient supporter le palais en entier ? ». Enfin, les architectes avaient certainement dû réfléchir longuement à cette question des plus cornélienne. Soupirant lentement, elle laissa son sourire envahir à nouveau son visage, avant de s'asseoir à la table et d'entamer son petit-déjeuner.
Elle avait déjà bu son thé, avait pris quelques tartines à la confiture, quand un ellon aux longs cheveux châtains et aux yeux bruns fit son apparition. Laissant la joie qui l'inondait traverser son visage, elle inclina la tête vers lui avant de lui demander doucement :
« -Comment allez-vous ce matin, Orophin ?
-Très bien, dit-il sincèrement. Mes rêves furent plus beaux les uns que les autres et je les chéris de tout mon cœur.
Elle sentit ses traîtresses de joues rougir lorsqu'elle comprit qu'il avait rêvé d'elle. Enfin, cela la remplissait d'une certaine allégresse aussi. Il l'aimait, elle l'aimait, chacun le savait et avait conscience que leur futur se jouait, mais pour le meilleur pour une fois.
-Ma nuit fut bonne aussi, lui dit-elle. Mais je crois le devoir à Irmo...
-Comment cela ? la questionna-t-il en en comprenant pas le sens sibyllin de ses mots.
-Irmo nous a offert à mon père et moi-même un long moment ensemble, de mon endormissement à mon réveil pour tout vous dire, et ceci dans le but que nous puissions nous parler, nous revoir au moins une fois. Nous avons discuté de nombreuses choses, et je suis soulagée d'avoir enfin pu avoir son opinion sur des sujets dont sa possible réaction m'effrayait.
-Vous m'en voyez heureux, déclara-t-il avec tendresse tout en prenant place à ses côtés. Mais si je puis me permettre, voudriez-vous m'en parler un peu plus ? J'avoue que cela m'intrigue.
-Nous avons parlé d'Elerinna, débuta-t-elle, de la vie que je menais, de ma fille car je sais à présent que j'aurais une fille, continua-t-elle en posant avec amour sa main sur son ventre rebondi avant de rougir à l'évocation d'un autre thème, et... et de vous aussi.
-De moi ? s'étonna-t-il avant de plaisanter pour la détendre. Dois-je prendre peur et m'enfuir à toutes jambes ?
-Oui ! ria-t-elle. Enfin..., vous pourriez. En vérité, il m'a laissée un message à votre attention, mais je ne sais si je dois vous le donner entièrement.
-Allez-y donc, donnez-le moi, fit-il en souriant et mais en se tendant tout de même. Je suis un grand ellon, je crois pouvoir supporter cela.
-Et bien... Il est heureux de savoir que vous me courtisez, plus clairement il est heureux de vous avoir comme futur beau-fils, mais il... il tient à vous avertir de sa colère si jamais vous deviez me rendre malheureuse...
En prononçant ses paroles, une belle teinte cramoisie l'envahit tandis qu'elle prenait sa tête dans les mains, ne croyant pas qu'elle devait lui avouer cela. Bon, elle avait quand même passé le châtiment à la trappe...
-Autre chose ? redemanda-t-il.
-Et bien..., fit-elle en hésitant, il..., enfin j'ai réussi à le faire changer d'avis tout de même, mais il m'a informée que sa colère consisterait au... au fait que l'on retrouverait des morceaux de vous éparpillés sur Arda...
Si elle s'attendait à ce qu'il s'offusque, elle fut surprise de constater que seule une certaine douceur était née dans ses yeux, sur ses lèvres, avant qu'il ne prenne et ne serre avec délicatesse une de ses mains, cherchant à la rassurer.
-Je n'en attendais pas moins de lui. Il est votre père, il est normal qu'il souhaite votre bonheur et soit prêt à châtier ceux qui vous font du mal. Quel père serait-il s'il ne faisait pas cela ? Et sincèrement, cela aurait pu être pire. Je suis certain que si j'avais dû avoir une sœur, mon paternel aurait plus que certainement détruit le premier qui aurait osé poser les yeux sur elle...
Riant légèrement, soulagée de voir que l'Elfe ne prenait pas la chose mal, elle serra sa main à son tour. Oui, la réaction de son adar était compréhensible, elle-même se savait prête à tout pour Elerinna et son bébé. C'était un pouvoir d'une force colossale qui était capable de tout balayer sur son chemin. Le premier qui ferait du mal à ceux qu'elle aimait aurait à subir sa fureur, sa folie destructrice. Secouant la tête tout en cherchant à penser à autre chose, elle trouva soudainement un sujet de conversation nouveau et auquel elle n'avait jamais pensé.
-Je me demande bien comment je pourrais l'appeler, chuchota-t-elle en se mettant à caresser son ventre qui contenait son futur enfant. Je n'ai absolument aucune idée du nom que je pourrais lui donner...
-Pourquoi pas Glassiel ? La fille de la joie ? C'est un joli nom, non ?
Sursautant et manquant de peu de renverser sa tasse qui contenait encore un fond de thé, elle ne put contenir son hilarité en voyant Isil et Glorfindel tirer par l'oreille des jumeaux qui semblaient fort mécontent.
-Bonjour, dit-elle en chantonnant presque. C'est en effet un beau nom, mon amie, et je crois que je vais le mettre sur ma liste.
-Il y a aussi Authwen, la jeune fille de la guerre, proposa Elrohir. Parce que pour arriver ici vous avez du en voir des belles et des pas mûres, ma tante !
Ce dernier s'attrapa une claque derrière la tête par le Capitaine d'Imladris, avant de comprendre que premièrement sa réflexion n'était peut-être pas des plus intelligentes, rappeler les mauvais souvenirs n'étaient en général pas une très bonne idée, et le nom n'était peut-être pas adapté à une enfant innocente.
-Ta proposition était sympathique, mais je crains de ne la retenir, déclara-t-elle lentement avant de reprendre. Et que chacun ici dans cette pièce arrête de me vouvoyer. Je ne suis pas une vieille femme croulant sous le poids de l'âge à ce que je sache ! Et oui, continua-t-elle avec une certaine tendresse dans la voix, cela est aussi valable pour vous Orophin. Cela me ferait assurément plaisir.
-Alors seulement si tu te fais de même, Elenna, répondit-il.
En guise d'acquiescement, elle hocha la tête avant de se tourner vers les arrivants qui s'installaient enfin.
-Et comment avez-vous su que j'attendais une fille, les amis ?
-Je regrette d'avoir à vous... te l'avouer, débuta Elladan en baissant les yeux, mais je crois que nous étions encore aux écoutilles.
-Heureux que vous n'ayez rien entendu de confidentiel ! s'exclama la jeune femme légèrement exaspérée. Enfin, ne vous avisez simplement plus de le faire. Ça fait deux fois en quelques jours à peine les garçons ! Il serait temps de mettre fin à cette fâcheuse habitude ! Sinon, d'autres idées ?
-Melethiel, retentit une voix au timbre chaud et profond. La fille de l'amour, car n'est-ce pas ce qu'elle est ?
Émue par ce qu'elle venait d'entendre, elle remercia le Seigneur Elrond du regard, remarquant par-là l'expression sévère qu'il arborait envers ses fils, mais la douceur de ses traits en sa direction. Elle se tourna ensuite vers Arwen et inclina la tête.
-Ravie de vous voir ce matin. J'espère que vous avez entendu ce que j'ai dit aux personnes ici présentes. Chacun peut me tutoyer, et j'insiste d'autant plus envers vous car vous êtes de ma famille. Et oui, finit-elle en tournant sa tête vers le souverain d'Imladris, cela vaut aussi pour vous. N'êtes-vous pas l'époux de Celebrian ? Vous faîtes donc partie de la famille également.
-Hannon le, chuchota-t-il avec émotion en mettant sa main sur le cœur. Mais j'insiste pour que l'inverse soit vrai également.
-Ce serait avec grande joie, mais j'avoue que je vois en vous un grand sage. Vous tutoyer me paraîtrait étrange, répondit-elle.
-En ce cas, fit-il, faites-le dès que vous vous en sentirez prête. J'attendrai cela avec impatience et je ferai de même.
Elenna inclina la tête avant que sa petite nièce ne donne enfin sa réponse :
-Je rejoins la première proposition de mon père. »
Ne sachant trop quoi répondre sur le moment, elle acquiesça d'un simple hochement du menton, avant de terminer son petit-déjeuner.
« -Quel est donc le problème ? demanda-t-elle à voix basse en laissant son doigt effleurer une pétale rouge d'une rose.
Elles se trouvaient dans un jardin qui se situait non loin de l'air de jeux. Mais s'il ne pouvait rivaliser avec la beauté de celui de Níniel, il n'en restait pas moins d'une grande splendeur.
-Pourquoi penses-tu que quelques ennuis rongent mon esprit ? la questionna Arwen Undómiel en fronçant les sourcils.
-Tu sembles perdue dans des songes lointains, murmura-t-elle, et lorsque tu regardes ton père je peux voir ta douleur. Quelque chose t'attriste, et je veux savoir quoi pour pouvoir t'aider. N'est-ce pas le rôle d'une famille, de s'aider les uns les autres ?
Observant l'elleth aux cheveux sombres, elle remarqua qu'une certaine mélancolie avait envahi son doux visage. Supportant mal de la voir ainsi, elle se rapprocha avant de lui saisir la main et de lui baiser le front.
-Dis-moi donc ce qui te chagrine tant, chuchota-telle. Te voir ainsi me peine.
Essuyant du bout de son doigt fin une larme qui lui fit beaucoup de mal, elle plongea son regard bleuté dans celui argenté de sa nièce. Il lui fallait savoir, car sinon comment pourrait-elle la soulager ? Elle attendit alors impatiemment la réponse.
-Tu sais, ma tante, que j'ai offert mon cœur à Aragorn. Jamais je ne le regretterai. Car même si cela se finira dans la douleur le jour de sa mort, je pourrai au moins l'aimer et profiter de lui le temps d'une vie. Beaucoup désapprouvent ce que j'ai fait...
-Laisse-les au placard, ceux-là, soupira Elenna en s'agaçant face au comportement de certains quand bien même il était compréhensible. Le plus important, c'est ce que toi tu ressens. Si tu l'aimes, si passer le reste de ton existence sans lui, sans avoir saisi ta chance t'est intolérable, alors fonce, prend en main ton destin, même si cela semble déjà avoir été fait.
-Je sais, souffla-t-elle. Mais là ne réside pas le véritable problème. En vérité, mon père avait totalement désapprouvé cette possible union. Je peux le comprendre, perdre sa seule fille lui fera mal, mais je ne puis faire autrement. Mon âme et celle d'Estel n'en forme qu'une et je l'aimerai jusqu'à la fin des temps. Et si aujourd'hui mon père a compris qu'il ne pourrait nous séparer, je sais que dans son cœur il n'est pas heureux de cela et qu'il regrette de n'avoir pu m'envoyer en Terres Immortelles. Et cela me chagrine, car j'aimerai que le fait de savoir qu'il aura un jour prochain des petits enfants le mette en joie, que...
-Arwen, la coupa l'elleth blonde, si j'assassine ton père, c'est grave ?
Cela parut tellement incongrue à sa nièce qu'elle ne put s'empêcher de rire légèrement. En même temps, la sœur de Galadriel était tellement sérieuse en cet instant que l'amusement ne pouvait que poindre.
-J'aime mon père, répondit-elle, alors oui, je pense que cela serait grave, tout du moins un tant soit peu.
-Zut ! Et dire que je voulais faire du rôti elfique !
-Ce ne serait peut-être pas une bonne idée...
Elle sourit à la réflexion de l'Étoile du Soir avant de déclarer plus sérieusement :
-Je lui parlerai, je te le promets. Ça finira bien par s'arranger. J'en suis certaine. »
Lui embrassant le front, elle entendit ses remerciements avant qu'elles reprennent une occupation normale. Jusqu'à onze heures environ, la fille du Seigneur Elrond s'attela à lui dire qu'elles étaient chaque plante et où précisément en Terre du Milieu on pouvait les trouver. Elle était une mine de renseignements et l'esprit d'Elenna en fut réjoui.
Ce fut donc à onze heures qu'une grande elleth aux longs cheveux blonds et aux yeux verts les rejoignit d'excellente humeur.
« -Nous organisons un repas avec Haldir et Orophin à midi. Souhaitez-vous nous rejoindre ?
Échangeant un regard avec sa nièce, elle remarqua l'envie et la curiosité présentes dans ses prunelles. Regardant autour d'elle, elle aperçut son ombre à quelques mètres. Enfin son ombre... C'était Elruin. Isil ayant décidé de passer la journée avec Glorfindel, elle l'avait choisi lui pour l'accompagner, car après tout, parmi les autres gardes il était le moins ennuyeux.
-Elruin ? demanda-t-elle doucement. Pouvez-vous prévenir les autres que nous ne serons pas là à midi ? Nous partons chez Níniel.
Ce dernier fit un petit arc et acquiesça. Une question lui trotta toutefois dans la tête :
-Bien évidemment, mais qui vous accompagnera ?
-Et bien sur quelques mètres ma nièce et mon amie et plus tard Orophin et Haldir... N'est-ce donc pas suffisant ?
-Si, dit-t-il avec un sourire. Je ne suis pas stupide et je vous sais bien entourée. C'était simplement pour Anar qui va plus que certainement me le demander...
-Soit, ria-t-elle. Vous pourrez même lui rappeler que je suis armée ! Bien que j'ignore moi-même pourquoi ! Passez une bonne après-midi !
-Vous de même, fit en s'inclinant avant de s'en aller. »
Souriant toutes trois, les elleth prirent le chemin de la maison de la fiancée du Capitaine de la Garde.
Lorsqu'elles atteignirent leur destination, la première chose que demanda Elenna fut si elle pouvait emmener Arwen au jardin. Elle en gardait un merveilleux souvenir et connaissant la passion des fleurs de sa nièce, elle savait que cela lui ferait plaisir. Bien évidemment, Níniel accepta de bonne grâce et lui dit que le repas serait servi dehors. Embrassant légèrement sur la joue la jeune femme, elle passa une bonne demie-heure à écouter religieusement les exclamations admiratifs de l'Étoile du Soir. Toutefois, au bout d'un moment, alors qu'elle s'amusait de l'émerveillement de l'Elfe, elle sentit un main se poser doucement sur son épaule. Sursautant, elle se retourna et croisa les prunelles brunes de l'homme qui avait pris rapidement une place dans son cœur.
« -Re-bonjour, Orophin, souffla-t-elle. C'est un bel endroit n'est-ce pas ?
-Oui, chuchota-t-il. J'ai toujours aimé venir ici, bien que je ne le fais plus aussi souvent qu'auparavant.
-Pourquoi donc ?
-Pour laisser à mon frère et sa belle un peu d'intimité. Ils l'ont bien mérité. »
Il parlait si bas qu'il avait dû se rapprocher d'elle. Lorsqu'elle sentit son souffle chaud passer sur sa nuque, un frisson la secoua toute entière. Sa peau était chaude aussi, et sa douceur l'emportait loin. Elle commença alors à ressentir qu'elle pensait impossible après son passé. Une douce chaleur s'installa dans le bas de ses reins. Une chaleur agréable mais qui quémandait plus. Lorsque, inconscient du trouble qu'il lui inspirait, Orophin caressa avec tendresse son épaule avant de redescendre à son coude, sa respiration se hacha. Se rendant compte de se qui se passait, Arwen se mit à sourire et déclara qu'elle rentrait car elle avait quelques questions à poser à Níniel. Elenna ne s'en rendit que peu compte, et les rires qui retentirent dans la maison peu après lui semblèrent assez lointains. Seuls les yeux brûlant de désir de son beau chevalier, de sa bouche entre-ouverte qui quémandait un baiser, avaient tous son attention. Lentement, elle se rapprocha de lui tandis qu'il faisait de même.
Lorsque leurs lèvres se rencontrèrent, qu'ils commencèrent à s'embrasser doucement, profitant de cet instant, la jeune femme se rendit compte que son poète avait un doux goût de miel. Elle ne devient que plus gourmande de lui. Leurs langues jouaient ensemble, cherchant l'autre et le repoussant à la fois. Lorsqu'il lui attrapa le visage à deux mains, le caressant et l'amenant à lui, elle soupira et leur baiser commença à devenir plus rapide, plus passionnel. Dieu que ce moment était parfait ! Il l'aurait d'ailleurs était encore longtemps si un abruti elfique ne s'était pas soudainement racler la gorge pour signaler sa présence. Gémissant et s'écartant à regret d'Orophin, elle fusilla du regard un pauvre Haldir amusé. Ce dernier semblait se réjouir de la situation, mais en croisant les yeux des deux protagonistes il se sentit un peu mal à l'aise. Il lui semblait que son espérance de vie venait de se raccourcir dangereusement par un phénomène tout à fait étrange.
« -Le repas va être servi de l'autre côté du jardin. Je venais vous chercher... Bien que je crois avoir interrompu quelque chose de très intéressant... Je me demande, Elenna, il embrasse bien au...
Et il ne se sauva pas assez vite pour fuir la colère de deux Elfes irritables. Tandis que l'elleth lui balançait tous les noms d'oiseaux qu'elle connaissait, son frère l'avait frappé un grand coup derrière la tête. Non mais ça n'allait pas de poser ce genre de questions ? Riant avec bonne humeur il les exhorta à se dépêcher, et c'est hilare qu'il finit par arriver à la table avec ses deux accompagnateurs.
-Nous voilà, meleth nin, commenta-t-il en embrassant Níniel. Bien que les ramener ne fut pas aisé, loin de là, même. Ils se bécotaient tendrement et j'ai été obligé de les séparer...
-Mais vous êtes tous arrivés, souffla-t-elle en lui rendant son baiser avant de se tourner vers les jeunes amoureux. Mais asseyez-vous donc, vous n'allez pas vous enraciner dans le sol, tout de même !
-Ce n'est pas dans notre intention, sourit Elenna. Car à vrai dire, j'ai une faim de loup.
Aussitôt avait-elle prononcé ces quelques mots qu'elle vit sa nouvelle amie lui servir une énorme quantité de haricots, de champignons et de poisson. Il y avait là de quoi nourrir un régiment entier, et si elle mangeait plus à présent, jamais elle ne pourrait avaler tout ça !
-Tu n'aurais jamais dû dire cela, s'amusa Orophin en lorgnant sur son impressionnante portion. Déjà qu'en temps normal nous sortons plus que rassasiés...
-Il faut qu'elle se nourrisse pour deux, contrecarra l'elleth aux yeux verts. Je ne fais que l'aider à manger convenablement !
-Et je vous en remercie, ma chère ! Mais il faut avouer qu'il y a ici de quoi nourrir une bande de nains affamés. Je certaine que Gimli y trouverait son bonheur !
-Un Nain à cette table ? s'étouffa presque Haldir. Mais plutôt aller embrasser un Orc !
-Haldir, le coupa-t-elle durement. Gimli est mon ami, alors ne parlez pas de lui en ces termes, surtout devant moi. Vous ne savez rien des Nains ! Vos deux races sont trop bornés pour comprendre que chacun recèle de grandes qualités et de grandes richesses culturelles ! Je croyais que vous aviez fait la paix avec lui, d'ailleurs !
-La paix, oui ! s'exclama-t-il. Mais peut-être pas au point de partager un repas avec lui ! Il me reste tout de même certains principes !
Elenna le fusilla du regard. Elle avait beau l'aimer, il n'en restait pas moins que de le voir insulter à mi-mots son ami ne la réjouissait guère. Mais pourquoi était-il tellement borné ? En tout cas, il alors devoir lui demander pardon. On n'insultait pas les gens comme ça, par Eru tout puissant !
-Excuse-toi, dit avec un faux calme l'ellon à ses côtés. Tu n'as pas à parler ainsi de Gimli.
-Fais-le, avança Níniel avant qu'il n'ait pu s'offusquer des paroles de son frère.
Il marmonna quelques mots dans sa barbe inexistante mais si ces derniers étaient mangés, la jeune femme put tout de même comprendre « désolé ».
-Je suis d'accord avec toi, ma tante, commença Arwen. Le peuple nain possède une culture riche qui est très intéressante.
Et alors qu'elle souriait avec franchise, elle sentit une main glisser dans la sienne. Serrant les doigts fins de son guerrier-poète-guérisseur, elle lui jeta une œillade tendre. Ce dernier fit de même avant de demander doucement à l'Étoile du soir :
-Je ne connais pas beaucoup de choses à la race nanesque, mais je suis curieux. Aussi auriez-vous des propos pour illustrer vos dires ?
-Et bien par exemple, saviez-vous qu'ils possèdent une langue secrète connue d'eux seuls ? Enfin je veux dire... nous avons nous aussi une langue particulière, mais nous l'enseignons avec plaisir aux autres, tandis qu'eux, c'est plutôt un code, une façon de parler employée seulement dans des cas exceptionnels. C'est le Kuzdhul. Nuls autres que les Nains ne la connaissent, du moins en théorie. Mon père l'a apprise il y a longtemps. Ce fut un marchand avec lequel il s'était lié d'amitié qui lui a fourni les clés pour la comprendre. Une preuve de grande confiance...
-C'est formidable, déclara Níniel. C'est vraiment un peuple intéressant. En tout cas, mes amies, si vous le croisez, ce que vous ferez très certainement lorsque vous irez au couronnement d'Estel, vous n'oublierez pas de lui dire que ma maison lui est ouverte s'il veut discuter intelligemment.
-Évidemment, sourit Elenna. Ce sera avec plaisir. »
Et le repas put enfin continuer.
Le reste de la journée se passa rapidement, et ils ne retournèrent au palais qu'à la nuit tombée, dans une certaine allégresse. Ils avaient chacun bien ri en racontant quelques anecdotes leur étant arrivées ou étant arrivées à des personnes qu'ils connaissaient. Ainsi Elenna raconta comment elle s'était vraiment et sans fausse excuse fait manger son devoir par le chien de son voisin, Rusko. Orophin narra sa première journée d'entraînement et comment il avait réussi à finir par tomber de lui-même dans un tas de fumier. Haldir, lui, conta ses péripéties d'enfants, dont la principale fut de se planquer sous la table lors d'un conseil secret. Níniel raconta les terribles bêtises de son frère tandis qu'Arwen faisait la même chose mais avec les jumeaux. Aucun d'entre eux ne s'ennuya, et se fut un peu désappointés qu'ils remarquèrent que le temps s'était écoulé en quantité.
Une certaine routine s'installa les trois jours suivants. Elenna passa en effet sa matinée avec ses neveux et sa nièce, à midi elle déjeunait avec tous les autres dans la grande salle à manger, passait l'après-midi avec Orophin et le reste de sa soirée avec Isil et Glorfindel, les deux qui ne tarirent pas de paroles douteuses et de taquineries à son égard, avant de partir se coucher épuisée. Elle s'était renseignée, aussi, sur l'endroit où logerait sa petite sœur. Elle avait alors appris qu'elle changerait d'endroit pour un talan à elle seule qui comporterait pas moins de cinq chambres, deux salles d'eau, une cuisine, et une salle à manger. Un véritable complexe de luxe, en somme. Mais cela ne la dérangeait pas. Elle en avait parlé avec Orophin et ils avaient tout deux convenus que pour élever deux enfants cela était mieux d'avoir de l'espace. De plus, ce dernier ne se trouvait pas au centre de la ville, mais un peu à l'écart, même s'il était très bien protégé par le fait qu'il se trouvait non loin du camp d'entraînement des soldats et qu'ils possédait des moyens de fuite efficaces.
Ce fut donc au bout du troisième jour qu'ils revinrent, ceux dont elle attendait impatiemment le retour. Galadriel, Celeborn et surtout Elerinna rentraient en Lothlorien alors que la nuit approchait, après une absence de plus d'une semaine et demie.
