Gays of thrones
Chapitre 37
Danse avec le loup
Brandon Stark, énième du nom, touchait le fond. C'est vrai qu'on pouvait difficilement descendre plus bas que sous les racines d'un barral. Il réalisait chaque jour, qu'il ne pouvait plus voir se lever ni se coucher, qu'on l'avait bien entubé.
Tout d'abord, il s'était séparé de Rickon, son frère plus encombrant qu'autre chose. Il avait missionné Osha pour l'emmener chez les Omble, leurs vassaux. Osha avait tiré la tronche, parce que Bran gardait Jojen et Meera avec lui, mais en même temps, elle ne voulait pas retourner au Nord du Mur, et Meera ne voulait pas abandonner son frère, même pour elle. Autant dire que ça ne pouvait pas durer entre elles, mais bon, c'est toujours difficile à admettre, ces choses-là. Bran, lui, s'était frotté les mains : il allait pouvoir poursuivre ses assiduités auprès de Jojen, sans voir les filles se provoquer et rouler ensemble, ce qui avait le don de l'agacer.
Seulement voilà : Jojen était tombé malade, ce qui le rendait peu réceptif aux avances de Bran : pas maintenant, Bran, j'ai la nausée. Non, ne me prends pas dans tes bras, je risquerais de te refiler la diarrhée, et tu dois survivre jusqu'au Pôle Nord - à l'époque ils ne savaient pas très bien où ils devaient aller, et comme les barrals leur répétaient : « Nord, Nord », bah, ils continuaient vers le Nord. Bon, ils sont tombés sur un arbre, une fois, qui leur a dit : « Demi-tour, plein Sud », mais c'était en plein blizzard, ils en avaient déduit que ça captait mal à ce moment-là. De toute façon c'était un sapin.
Enfin, ils étaient arrivés. Devant un barral, évidemment. D'ailleurs, on n'a jamais trop su ce qui les avait le plus émus dans cette affaire : un énième barral, ou l'éclaircie qui s'annonçait juste derrière.
Leur joie avait été de courte durée : pour gagner l'arbre, ils avaient dû patiner sur un lac gelé. Ça avait réveillé les Marcheurs Blancs qui dormaient à l'étage en-dessous. Les spectres s'étaient jetés sur eux. Bran avait lâché Hodor au secours de Jojen, du coup un squelette en avait profité pour lui monter dessus : « Petit ! Petit ! », avait-il fait en claquant sa mâchoire sous le nez de Bran. Celui-ci voyageant dans la tête de Hodor, il se vit, de loin, en train de se faire caresser par le squelette. « Ah mais quelle horreur ! ». Heureusement, Eté, qui n'avait rien mangé depuis plusieurs jours, se jeta sur l'intrus en jappant : « Ouais, des os ! Youpi ! Youpi ! », et hop, il ne fit qu'une bouchée du Marcheur Blanc.
Las, le combat fut fatal à Jojen – ainsi qu'un faux raccord. Il avait trouvé le moyen de choir sur le ventre, et, allez savoir comment, s'était retrouvé au plan suivant plaqué sur le dos par un squelette. Déjà, se faire retourner et coincer par un sac d'os qui a perdu tous ses muscles, faut le faire. Mais le pompon resta que le squelette poignardât à plusieurs reprises un Jojen sans défense, même pas foutu de lever au moins un bras pour essayer d'arrêter les coups. Ah là là, j'vous jure, plus chiffe molle, tu meurs. D'ailleurs, Jojen en était mort. Ou presque : vu que ça s'était passé sous les yeux de sa sœur (raison insuffisante pour que Jojen essayât de se défendre, soit dit en passant), elle intervint pour hacher le zombie, puis, désespérée, elle égorgea Jojen elle-même : « Tiens, petit con, après tout ce que j'ai fait pour toi, tu mériterais que je te laisse te faire bouffer, mais non, je suis trop bonne poire pour ça, alors je vais te faire la grâce de t'achever moi-même ! ».
« Merci, Meera, lui répondit Jojen en pissant le sang, vu que tu as interrompu mon suicide assisté, tu me dois bien ça ! ».
Le tout sur fond musical censé faire pleurer dans les chaumières. Ainsi Jojen mourut comme il avait vécu : en boulet, dans les basques de sa sœur.
Nos têtes d'ampoules auraient été perdues, si une gamine bizarre ne les avait pas appelées : « Venez vous abriter sous l'arbre ! ». Et vas-y que je balance des grenades bio sur les morts-vivants, et aussi sur Jojen pour qu'il ne se fasse pas bouffer par ceux qui restent. Ambiance festive garantie ! Jojen transformé en feu d'artifice, ils n'eurent plus qu'à se réfugier sous l'arbre, où, effectivement, il y avait de la place. Les spectres, ces gros malins, vinrent se faire exploser à l'entrée : le premier, passe encore, il y a l'effet de surprise, mais qu'est-ce que le deuxième et le troisième sont venus faire après lui ? (l'absence de cerveau, certainement…)
La gamine était en fait une Enfant de la Forêt, ce peuple primitif d'elfes pygmées issus d'un croisement entre des humains et des arbres. D'ailleurs elle se nommait Feuille (ça aussi, c'est bizarre. A la rigueur, si elle s'était nommée Coca, ou Cannabis, je ne dis pas, mais Feuille…). D'ailleurs elle leur précisa qu'elle n'était plus vraiment une pousse.
Une fois les présentations faites, Bran et ses valets découvrirent ce pour quoi ils avaient enduré toutes ces peines. Et je ne vous raconte pas la déception ! Un vieux druide se tenait sous l'arbre, enchaîné aux racines : « Tu es enfin venu à moi, Brandon Stark, dit-il de sa voix chevrotante. C'est pas trop tôt, tu sais : encore un demi-siècle et j'y passais ! »
« Vous êtes la Corneille à trois yeux ? », demanda Bran, incrédule, parce que l'homme n'avait que deux yeux (et puis ce n'était pas une corneille).
« En quelque sorte, dit l'homme. D'ailleurs tu peux m'appeler Cornelius, c'est un prénom de vieux sage chez les Mammouths. »
« Hodor ! », lança Hodor en souriant.
« Mon frère, cria Meera, mon frère ! Il… Il est… »
« Ben oui, ma grande, dit le vieux, c'est le jeu : vous étiez trois candidats en lice pour arriver jusqu'à moi, un seul devait y parvenir, et les autres se faire éliminer au fil des épisodes, c'est le principe de la téléréalité. »
« Comment ça ? », demanda Bran.
« Je reste assis toute la journée à regarder le monde suivre son cours. Je vous ai tous observés, depuis votre naissance. Vous n'aimiez pas travailler à l'école, alors, comme dans Pinocchio, j'ai élaboré un stratagème pour vous attirer jusqu'ici, mes petits baudets benêts : je vous ai envoyé des visions, à toi, à Jojen Reed, et même à ton frère. Tu t'es séparé de Rickon, qui finira par mourir, Jojen vient de se faire tuer, tu es le gagnant de cette saison, Brandon. »
« Super, dit Bran, et qu'est-ce que je vais gagner ? Je vais marcher à nouveau ? »
« Je suis Big Brother, pas chirurgien. Tu vas passer le reste de ta vie à regarder la suite de la série à ma place. »
Bran resta sans voix. C'était une blague ?
« Sans nous, ajouta le vieillard, Game of thrones va perdre son audimat. Et s'il le perd, nous perdons tout. »
La mâchoire de Bran était tombée, mais aucun son ne sortait de sa bouche. Feuille l'enchaîna aux racines.
« Bien, dit le vieillard d'un air suspect, le jeu va pouvoir commencer… »
En fait de jeu, Cornelius voyageait. Bran comprit vite qu'en s'agrippant aux racines de l'arbre, il pouvait plonger dans un monde merveilleux, où l'on pouvait choisir quelle histoire, quel personnage suivre.
« C'est génial, s'était exclamé Bran la première fois, avec quelle magie faites-vous cela ? »
« Avec une télécommande. », répondit Cornelius, blasé.
Pour leur premier voyage, ils arrivèrent dans des gorges rocheuses et herbeuses.
« Bah… il n'y a rien par ici ! », s'exclama Bran.
« C'est parce que tu ne regardes pas du bon côté. », répondit la Corneille.
Bran se retourna : derrière lui se dressait un château dans le ciel. C'était une construction magnifique, comme il n'en avait jamais vu. Le château était plus petit que Winterfell, mais il prenait appui sur des monts escarpés tout autour.
« Nous sommes dans le Val d'Arryn », expliqua Cornelius. « Et voici les Eyriés. »
A ce moment-là, une troupe de cavaliers surgit à l'horizon. En quelques instants, elle passa à côté d'eux.
Deux jeunes gens fringants poussaient des cris de joie en agitant leurs épieux. On aurait dit des Dothrakis. Un autre tirait par la bride un cheval, chargé du cadavre d'un sanglier. Un homme âgé, solidement ancré sur sa monture, les cheveux blancs et les mains fermes tenant les rennes, fit un geste. La troupe fit halte aussitôt.
Le vieil homme mit pied à terre : « Nous allons découper la bête ici. », déclara-t-il.
« On ne la porte pas au château, messire ? », demanda le serviteur.
« Non, répondit le vieil homme. Je veux que les garçons apprennent à découper leur proie à la dure, comme à la guerre ! »
« Vous ne serez pas déçu, Lord Arryn ! », s'exclama l'un des jeunes hommes, un gars trapu avec un début de barbe brune, qui mit aussitôt pied à terre.
« Nous ne sommes plus des garçons ! », dit le second en riant, en sautant à son tour de sa monture.
Il avait une belle stature, la mâchoire carrée et les cheveux châtains en bataille. Bran sentit son cœur se serrer en le voyant.
« C'est mon père ! », dit-il à Cornelius. « Quand il était écuyer chez Lord Arryn ! »
« Oui, dit la Corneille. Et l'autre est le jeune Robert Baratheon ! »
« Lui, par contre, je ne l'avais pas reconnu, avoua Bran. Il est tellement mince et frais ! »
C'est aussi ce que pensait ton père, songea la Corneille, qui s'abstint toutefois de spoiler le pauvre Bran.
Alors que le soir tombait, Lord Arryn s'enroula dans une couverture en laine et s'endormit à même le sol.
De l'autre côté du feu, les deux adolescents, heureux d'avoir mangé leur prise du jour, retaillaient leurs épieux, assis l'un contre l'autre.
« T'as vu comme je l'ai empalé ? », dit Robert à Ned.
« Ouais, j'ai vu. T'es vachement doué, quand même… »
« Ah ! Tu vois que je sais perforer comme il faut ! »
Les yeux de Robert pétillaient. Ned rougit, en baissant les siens.
Bran se demanda ce que signifiait cette attitude. Elle lui rappelait vaguement celle de Jon, lorsqu'il faisait semblant de ne pas les regarder jouer, enfants.
Robert passa le bras autour du corps de son ami.
« T'as pas froid ? », lui demanda-t-il.
« Arrête avec ça ! », dit Ned.
« Avec quoi ? »
« Tu sais très bien ! »
De son menton carré, Ned désigna Jon Arryn : « Il ne l'accepterait pas… »
« Rhôôôh ! C'est la vieille école, tout ça ! Allez, Ned, me fais pas croire que tu vas peler toute ta vie un épieu en bois ! »
« Ma sœur te pèleras ce que tu voudras ! », protesta Ned, en haussant les épaules.
Robert regarda son ami, en baissant son bras. Il soupira.
« Ned, je te promets de chérir et de respecter ta sœur quand on sera marié. Mais ça ne sera pas avant des années, et moi, j'ai envie d'en profiter ! »
« … »
« Sérieusement, mon loulou, t'as pas les crocs ? »
Bran était désemparé.
« Ils… ils sont censés être amis ! », dit-il.
« Vraiment ? », demanda la Corneille.
« Bien sûr ! Je connais leur histoire par cœur… », répondit Bran, d'une voix qui perdait ses certitudes.
Ned, embarrassé, regarda Lord Arryn : le vieux commençait à ronfler. Le serviteur, qui était censé monter la garde, s'était assoupi (en même temps, il avait été seul à charger et décharger la bête, faut le comprendre, le pauvre !).
« Bon, dit Ned, je veux bien faire ça vite fait, mais tu ne fais aucun bruit ! »
Bran rougit à son tour.
« On devrait peut-être… », commença-t-il.
Mais Cornelius posa une main ferme sur son épaule : « Non, dit-il. Tu dois apprendre. »
« Ben je crois que j'ai appris, là… »
« Tu dois tout apprendre ! »
Et c'est ainsi que Bran découvrit la première fois de son père. Amis de l'inceste, bonjour !
Ned affûta l'épieu de Robert, le laissa charger sous sa tunique, eut quelques larmes que son ami, ému, essuya le plus tendrement possible, tout en le défonçant par ailleurs, puis, alors que Robert s'essoufflait, il lui mordit les joues et la barbe naissante, avant de se jeter sur lui et de l'assiéger, étendu sur l'herbe, à côté de la carcasse du sanglier.
Ce fut court, mais intense. Bran ne savait pas ce qui le mettait le plus mal à l'aise, entre voir ce qu'il voyait, et sentir la main de Cornelius lui caresser l'épaule pendant qu'ils regardaient la scène.
« Il l'a pointé par derrière ! », répétait-il, choqué à vie.
Indifférents à leur présence, qu'ils ne percevaient pas, nos deux jeunes gens s'étendirent l'un contre l'autre, à même le sol, les yeux brillant de plus d'étoiles que le ciel au-dessus d'eux.
« Ah, quand même, soupira Ned, c'est vrai que c'est beau, les ciels d'été ! »
« Pourquoi George Martin m'a-t-il inventéeeeeee ? »
Accroupie sur le seuil de la grotte, Meera Reed s'arrachait les cheveux de désespoir.
« Parce que Brandon Stark a besoin de toi. », lui répondit Feuille.
Meera, pleurant de rage, regardait Feuille : elle était toujours là pour la surveiller et réagir dès qu'elle craquait. Une vraie geôlière.
« Pourquoi ? », insista Meera, « il ne sert à rien ! Mon frère ne servait à rien, Bran ne sert à rien, Hodor ne sert à rien (et sûrement pas à tenir une conversation)… et moi je sers tous ces tocards qui ne servent à rien : ma vie ne sert à rien ! »
« Si nous perdons Brandon Stark… », commença Feuille.
« Oh ça va ! On le connaît, votre argument de l'audimat ! Avec le succès de la série, vous n'avez pas besoin de nous ! »
Feuille soupira : « Moi aussi, j'ai besoin de toi, Meera Reed. »
« Ah, quand même, tu connais mon nom, parce que le vieux, lui, il ne me calcule même pas… »
« Je le répète, la nuit, dans mon sommeil, quand je ne fais pas de photosynthèse… »
« Hein ? »
Meera regarda Feuille : elle avait une tête trop bizarre. Surtout quand elle la fixait. Bon, en même temps, c'était un pantin qui faisait des sacrifices humains, le personnage parfait pour un film d'horreur.
« Je répète ton nom, Meera Reed, parce que tu agites mes rêves, parce que tu agites ma sève. »
« Comment ça ? »
« Eh bien, quand tu me regardes, ça me fait verdir ! »
…
« Je te fous la gerbe, c'est ça ? »
« Malheureusement, je n'ai de gerbe qu'au printemps. »
…
J'ai l'impression qu'on ne parle pas de la même chose, se dit Meera.
« Je te donne le rhume des foins, ou quoi ? »
Feuille ouvrit grand ses yeux : « Mais non, pas du tout ! Au contraire ! Je bourgeonne ! »
« Prends du Biactol. », soupira Meera.
« … Je suis amoureuse de toi, Meera Reed. », avoua Feuille.
C'est trop compliqué de draguer une humaine, songeait-elle. Mieux valait être explicite.
Meera ne put cacher sa surprise : « Mais… comment… ce n'est pas possible, nous ne sommes pas de la même espèce ! C'est de la zoophilie ! »
« Nous sommes de races ennemies, dit Feuille, mais c'est plus fort que moi : je veux lâcher mon pollen sur toi ! »
Oh ben merde, alors, songea Meera, voilà que je me fais draguer par un buisson ! Décidément, j'aurais tout vu !
« Je suis allergique ! », s'écria-t-elle.
Cela stupéfia Feuille. Mais elle reprit ses esprits et insista : « Tu es sûre ? »
« Certaine ! », trancha Meera en s'écartant d'elle.
« Tu ne veux même pas caresser mon chaton ? »
« Non ! »
« Mais… pourquoi ? »
Meera n'en pouvait plus : elle cria.
« Parce que tu es une branche, Pinocchiotte ! Sérieusement, redescends sur terre ! Si j'avais eu la moindre envie de toi, je me serais taillée un godemiché dans ton bois ! »
« Oh oui, vas-y, fais-le ! »
« Mais t'es malade ! Tu veux te faire amputer par une fille qui ne veut pas de toi ? »
« Ça me ferait du bien de me faire élaguer… »
Feuille s'approcha de Meera : « Et puis, entre nous, tu en aurais bien besoin… »
« Vade retro, Cetelem ! » hurla Meera en bondissant.
