Bonjour ou Bonsoir à toutes et tous !

Me revoilà après peu de temps par rapport à mes mauvaises habitudes. Ce chapitre étant tout à fait particulier et déjà bien long, et afin de vous offrir une suite rapidement, j'ai décidé de le départager, comme je l'ai déjà fait plusieurs fois auparavant, en deux parties.

\\\ CHAPITRE MULTIPOV /

Ce chapitre était un chapitre auquel j'ai pensé des années en arrière. Probablement une bonne année après avoir commencé cette histoire, pour des raisons précises, et notamment celle de montrer que l'histoire de Rachel et Will dépend aussi d'autres personnages qui croisent leur route et que ceux-ci ont aussi un impact direct sur leur vie, même si il n'en n'ont pas toujours conscience.

Aussi, puisque Sam avait déjà eu son chapitre centré sur lui, il était prévu depuis longtemps que ce chapitre multipov serait celui des révélations sur le passé de sa famille. Il est devenu si centrale dans mon histoire que cette histoire devait être totalement éclairci puisque qu'elle aura encore une dernière conséquence que vous découvrirez en deuxième partie... Cette histoire n'est pas tout à fait derrière lui ;) Mais vous comprendrez ça en seconde partie.

Et je vais maintenant m'arrêter là avant d'en révéler trop... :)

Réponses aux reviews anonyme :

Saragrisom : Comme toujours, tombé sur tes commentaires me ravi et me pousse à ne surtout pas lâcher la vague d'inspiration de ces derniers temps. De m'y accrocher pour t'offrir une fin digne de cette histoire commencé il y a si longtemps. Merci pour tous tes mots. Et pour la suite, c'est juste un peu plus bas ;)

Guest : Laisse-moi deviner, c'est Marion, hein ? ;) Quel plaisir ! ça me touche que tu sois toujours là ! Plus encore lorsque je vois les reviews que tu déposes encore après autant de temps. C'est moi qui doit te remercier pour ne pas avoir abandonné. Cette histoire est si près de sa conclusion que se serait une honte pour moi de ne pas la finir. Pas après autant d'années et y avoir mis autant d'ardeur et de cœur. Pas après des centaines, voir un millier d'heure passé dessus. J'ai l'impression d'avoir réussi mon pari étant donné tes compliments qui m'ont très plaisir. Eh oui, comme tu peux le voir les choses bougent pas mal dans le dernier chapitre et c'est normal puisque qu'on s'approche de la fin ! Elle est toute proche et en bonne voie étonnement :) Je suis ravi si tu as aimé le cliffhanger de fin et pour plus de réponse à ces évènements, tu n'as plus qu'à lire la suite ! Merci beaucoup en tout cas et je te souhaite aussi le meilleur à toi aussi !

Merci à Romania Rogue, La-sarladaise et Pandichoux899 pour m'avoir mis en alerte et/ou en favoris. J'apprécie !

Très bonne lecture à tous !


\\\ CHAPITRE MULTIPOV /


Ils n'étaient plus qu'à une trentaine de kilomètres de Hurst. Elle aurait voulu lui dire d'aller plus vite mais cela ne les aurait avancées à rien. Si Lucas avait voulu agir, il l'avait déjà fait. En plus, accélérer l'allure aurait pu causer un accident. Surtout que Will roulait déjà à un peu plus de cent dix kilomètres heures sur la nationale normalement limitée à cent.

Pas de musique dans l'habitacle. Aucun mot échangé depuis leur départ. Pas même de pression rassurante sur la jambe de l'autre. Will avait les mains fermement agrippé au volant, concentrer sur la route et leur destination. Elle l'avait parfois surpris à remuer les lèvres, sans prononcer un son, comme si ses pensées étaient trop nombreuses et entreprenantes pour réussir à les contenir. Elle comprenait ça. Elle ne remuait certes pas les lèvres mais tapotait plus souvent qu'elle n'aurait voulu le pied sur le sol ou le doigt sur la vitre. L'angoisse était à con comble. Les mauvaises pensées apparaissaient l'une après l'autre. Elle n'avait aucun contrôle sur elle. Telle la pluie qui tombe, elle ignorait lorsque les pensées s'arrêteraient…, avant de recommencer. Elle avait la sensation de participer à une course contre la montre en ignorant toutefois si le compte à rebours était déjà achevé. Elle se sentait déjà condamnée avant même d'avoir entendu le verdict d'un jury de ses pairs. Elle avait l'impression que leur sentence avait déjà été décidée par un juge qui ignorait tout de leur crime. Et elle était sûre que le bourreau aiguisait déjà son arme avant d'exécuter la sentence sur des criminels dont il ignorait tout.

Lucas avait les pleins pouvoirs sur eux. S'il le souhaitait, il pouvait tout détruire pour la simple et bonne raison d'avoir été humilié et que sa fierté ait été blessée. Elle se rappelait ce qu'elle avait ressenti lorsque Will était venu la chercher. L'humiliation au milieu de ces gens qu'elle ne connaissait pas. Elle avait été si ravie de laisser derrière elle leurs regards scrutateurs qu'elle n'avait jamais encore songé aux conséquences pour l'étudiant de Hurst qui avait dû affronter les regards de tous dès leur départ : les œillades de gens qu'il côtoyait et qui seraient probablement ravi de faire courir des rumeurs à son sujet.

De ce qu'elle avait vu de Lucas…, elle pouvait dire qu'il était autoritaire, charmeur et plutôt intelligent. Elle avait senti que sa popularité était quelque chose d'important à ses yeux. Tout comme le respect qu'il réclamait plus qu'il ne donnait si ce n'était ceux à qui il voulait l'offrir. Il ressemblait, dans son comportement avec la gente féminine, à beaucoup de jeune de son âge. Le jeune homme passait d'une conquête à une autre, préférant le plaisir à la romance. Il devait déjà avoir un joli tableau de chasse derrière lui étant donné les réactions et les regards de certaines jeune filles lors de cette soirée où elle aurait mieux fait de ne pas aller. Mais elle avait vite saisi, alors qu'il discutait en jouant billard, où résidait réellement son intérêt et son amour : la musique. C'était un véritable passionné lorsqu'il parlait de ses compositions, de sa musique et des genres qu'il affectionnait particulièrement. Il semblait avoir peu de véritable ami et cela paraissait plus être un choix qu'une fatalité. Il avait montré une sincère affection lorsqu'il les avait mentionnés à coups d'anecdotes qui remontaient à leur jeune adolescence. Lorsqu'il avait affirmé qu'ils ne se voyait plus que durant les vacances puisqu'ils avaient choisi des universités différentes. Elle se remémorait que la révélation avait soulevé un vent d'émotion sur le visage de Lucas. Qui que soient ses amis, elle pouvait dire qu'ils lui manquaient beaucoup.

Tous ces détails de cette soirée et de leurs moments passé ensembles n'avaient pas eu d'importance sur le coup. Ça n'avait été que discussions - assez ouvertes et honnêtes finalement - avant de pouvoir passer aux choses sérieuses. Toutefois, ce moment-là prenait toute sa valeur à présent. Elle devait regrouper tout ce qu'elle avait sur lui pour le convaincre de ne rien dire, s'il n'avait pas encore agi. Car peut-être que dans toutes ses informations qu'elles avaient récoltées, au cours d'une seule soirée, se trouvait le point faible ou de pression qui l'empêcherait de passer à l'acte. Qui l'empêcherait de briser leur vie.

« Mon Dieu, faîtes qu'il n'ait encore rien fait ! »

Elle trembla tant que pour la première fois depuis qu'ils avaient pris la route, elle sentit la main de Will masser son épaule avec réconfort. Elle prit conscience des tressaillements qui faisait légèrement vibrer la sienne et compris que cette action était autant pour la rassurer que se raccrocher à elle afin de calmer son anxiété grandissante.

Elle regarda une énième fois l'heure : 06 :24 pm. C'était une désagréable sensation que de voir les minutes s'écouler l'une après l'autre et d'affronter la peur que l'une d'entre elles ne deviennent celle où la vérité serait dévoilée à travers réseaux sociaux ou par simple bouche à oreille. La minute qui lancerait un véritable cataclysme dans leur vie. Parce que même sans preuve, les dommages seraient immenses et probablement impossible à réparer. Une fois le doute installé, chacun de leur fait et geste seraient étudiés avec minutie. Les murmures paveraient le reste de leur route et les questions embarrassante leur tomberaient dessus tel une redoutable avalanche. Ensevelie et étouffé par d'innombrable interrogation toutes plus gênantes les unes des autres.

Quel choix leur resterait-il si la vérité éclatait au grand jour ? Cette question-là devait définitivement rester sans réponse !

Ils arrivèrent dans la ville de Findlay après quelques autres minutes et rejoignirent le campus aux abords de la ville. Le stress pris une proportion hors norme dès qu'ils s'engagèrent sur la grande avenue des maisons étudiantes. Un stress dérangeant, pesant, semblable à une forme de claustrophobie, qui s'opposait à celui qu'elle ressentait lorsqu'elle montait sur scène devant un large public ou au stress euphorisant qui avait précédé son premier baiser avec Will, leur première fois ou encore le jour où il lui avait offert la clé de son appartement. Le stress était revenu avec la même intensité, si ce n'était plus encore la deuxième fois qu'il l'a lui avait rendu au lendemain où il s'était remis ensemble. Elle se rappelait encore de ses mots quand il l'avait prise par surprise lors du petit déjeuner et avait fait glisser à côté de son assiette l'objet de métal.

« Promets de ne plus me la rendre… », il avait dit.

Elle avait touché l'objet du bout des doigts jusqu'à l'empoigner fermement. Elle avait hésité à prendre pareil serment. Non parce qu'elle s'imaginait un jour ou l'autre rompre une fois encore avec lui. La première fois avait été suffisamment destructive comme ça. Ce qu'elle avait surtout craint, c'était de se retrouver dans une situation semblable à celle d'aujourd'hui – même si rien n'était encore joué. Si elle devait la lui rendre une seconde fois, elle savait que ce serait parce qu'il lui aurait soit demandé ou parce que le monde autour d'eux l'aurait obligé. Toutefois, elle avait tout de même affirmé tandis qu'il s'asseyait en face d'elle :

« Je te le promets »

Jamais parole ne l'avait ému et affolé de la sorte. Mais une chose était sûre : elle comptait tenir cette promesse.

- Je ne veux pas avoir à rendre ta clé une seconde fois…

- Quoi ?

Elle prit conscience d'avoir pensée à voix haute. Elle regarda le visage de Will. Elle ignorait s'il tendait plus vers la peur que la perplexité tandis qu'il naviguait d'elle à la route devant eux.

- Désolé… Je…, je pensais juste au jour où tu m'as redonné la clé de ton appartement. De la promesse que je t'ai faite.

- Je pensais surtout à un choix délibérer de ta part. Surement pas à une obligation face à une situation qui pourrait nous dépasser.

Elle le remercia d'une oeillade pour ses mots qui calmèrent un peu ses nerfs. Ils arrivèrent finalement près de la fin de l'avenue comme Will se garait et déclarait :

- On y est. Sa voiture y est en plus. Il dit en pointant du menton le véhicule que Rachel avait vu plus tôt et qu'elle lui avait décrit avant leur départ pour Hurst.

Elle enleva sa ceinture de sécurité et posa la main sur la portière mais fut interrompu par la main de Will qui passa par-dessus elle et l'empêcha d'ouvrir la portière.

- Tu restes dans la voiture.

- Tu plaisantes, j'espère ?

- J'en ai l'air ? Tu m'attends.

Elle aurait aimé lui renvoyer en pleine figure ce qu'elle pensait de ce plan. Elle n'aimait pas quand il prenait les risques sans lui dire quels étaient les projets qu'il avait en tête. Il l'avait souvent fait. Et bien avant même qu'ils ne soient ensemble. Il acceptait rarement un coup de main car son instinct de protection de son entourage était sa plus grande qualité mais aussi toute sa fragilité. C'était l'une des choses qu'elle aimait le plus en lui. Mais lors de ces moments, elle aurait réellement préféré qu'il soit capable d'admettre qu'il avait besoin d'aide et que pour protéger ceux qu'il aimait, ces derniers devait l'aider dans certaines de ses actions.

Pourtant, elle ne dit rien aujourd'hui. Son comportement était dangereux et impulsif et aller contre ses desseins auraient été une perte de temps dans ce cas précis. Rien qu'elle n'aurait pu dire ne l'aurait fait remettre en question le plan qu'il avait en tête. Jamais il ne l'aurait embarqué avec elle car elle voyait dans son attitude toute la menace qui pesait contre celui qui allait ou avait ruiné leur vie. *


Il quitta alors le véhicule la démarche furibonde, l'allure menaçante, la mâchoire crispée. Will s'avança jusqu'à l'entrée de la fraternité où il ne pensait jamais à avoir remettre les pieds. Il n'y avait jamais repensé depuis qu'il avait reconduit Rachel ici pour récupérer son véhicule le lendemain de cette soirée tout à fait atypique. Une soirée qui pourrait s'avérer être les racines de lourdes répercussions. Lorsqu'il avait vu l'angoisse sur le visage de Rachel, son désespoir et la révélation d'un tel état en plus de l'imprévisibilité de son acte pour rattraper Lucas…, toutes ces émotions s'étaient imposées en lui avec la même puissance que celle de son amante. Depuis qu'elle avait dit le terme « Hurst », il avait l'impression de vivre dans une forme de panique, agrémentée d'une sensation dominante de vague vertiges. La peur prenait le pas sur sa réserve de tempérance. Il ne savait plus comment être serein, avait presque oublié sa saveur dès l'instant où ils avaient fait demi-tour pour retourner auprès du reste de la chorale.

Dès qu'ils les avaient rejoints, Will avait tout simplement dit à tout le monde de remonter à bord, laissant tout de même sous-entendre que le temps resté à discuter avec Rachel avait été utilisé par Will afin de lui faire la morale sur un tel comportement. Rachel, quant à elle, n'avait pas eu à mentir, seulement à affirmer qu'elle ne voulait pas parler des raisons qui l'avait poussé à agir de la sorte. Peu importe les nombres de questions et de mauvaises blagues qu'elle eut à subir durant le trajet, elle n'inventa aucune histoire. Ce voyage de retour avait été un véritable calvaire, teintant d'un très mauvais goût leur victoire d'aujourd'hui. Mais si Rachel avait pu dévoiler une forme d'austérité lors du voyage de retour, Will avait dût garder un certain flegme puisque les problèmes de Rachel ne devaient pas indiquer qu'ils étaient aussi les siens.

Il délaissa ces souvenirs tout en s'avançant sur le chemin pavé du large bâtiment de trois étages qui semblait plutôt animé alors qu'il entendait le son d'une chaîne stéréo faire écho jusqu'à lui, gagnant en puissance à mesure qu'il s'approchait de la porte. Il grimpa finalement les trois marches du tout petit perron de l'entrée et appuya sur la sonnette, tendu, ressassant depuis trop longtemps ce qu'il devrait faire lorsqu'il verrait Lucas. Le problème majeur ici était les possibilités bien trop nombreuses qui découleraient de ce que Lucas ferait de l'information qu'il détenait sur eux. Will ignorait encore ce dont le jeune homme était capable. Il s'embarquait à l'aveugle dans une situation périlleuse. Une situation qui n'avait peut-être même pas d'existence…

Est-ce qu'au moins le jeune étudiant savait vraiment ce qu'il se passait ? Peut-être était-ce une simple coïncidence ? Peut-être n'avait-il même pas vu Will ? Et même s'il l'avait fait, il était possible qu'il ne se souvienne pas assez de son visage pour trouver le résultat de cette équation ?

Venir jusqu'ici… c'était peut-être ça l'erreur ?!

Mais Rachel avait été catégorique… Il devait faire confiance à son jugement comme il l'avait si souvent fait auparavant. Une fois encore, il devait croire en elle-même si l'éloigner de ce moment était une bonne chose selon lui. Il ne voulait pas qu'elle soit près de lui au cas où les choses finiraient par dégénérer ou s'il était obligé d'émettre des menaces qui auraient probablement entaché l'avis qu'elle avait sur lui. Pour conserver sa relation avec elle, il était prêt à beaucoup de chose. Et ça l'inquiétait quelque peu…

La porte s'entrouvrit finalement sur un jeune homme au teint de peau sombre qui tenait un verre en main et finissait de rire à une situation que Will ne pouvait deviner

- Je peux faire quelque chose pour vous ?

Il semblait déjà légèrement éméché comme il s'adressait à lui avec un rire dans la voix.

- C'est qui ? Quelqu'un demanda de l'immense salon de la fraternité sans qu'il ne puisse voir à qui appartenait la voix.

- J'sais pas… Il dit en le regardant alors de la tête au pied. Vous êtes qui ?

- Je viens voir Lucas. Will se garda bien de révéler son identité et tenta de garder une image calme et sereine face à l'autre. C'est assez important.

- Lucas ? Il fit une pause, réfléchissant une seconde. Ah ! Vous voulez dire Zion. Désolé, pas vu depuis hier.

Will le regarda avec suspicion. Il ignorait s'il mentait étant donné la souplesse avec laquelle il avait répondu. Cela pouvait d'ailleurs s'expliquer par l'alcool qu'il avait de toute évidence déjà ingurgité. Toutefois, il notait tout de même qu'il avait enchaîné sa dernière phrase un peu trop vite. Surtout qu'une certaine chose qui se trouvait derrière lui indiquait que Lucas était forcément repassé par ici…, ou alors s'y trouvait probablement encore. Le professeur se décala et repris avec venin cette fois-ci, tempérant tout de même ses ardeurs qui ne demandaient qu'à se libérer :

- Ce n'est pas sa voiture qui serait garée juste là ? Will pointa le véhicule bleu du doigt. Je l'ai vu avec un peu plus tôt dans la journée.

Rachel l'avait vu en vérité…, mais il ne pouvait décemment pas la mentionner dans cette conversation.

- C'est possible… C'est une des deux locations que la fraternité paie en commun tous les mois. Il lui arrive de la prendre comme tout le monde ici.

Cela semblait vrai et il ne remit pas en cause cette affirmation mais poursuivit d'un ton plein de sous-entendu et légèrement offensif :

- Donc ça veut dire qu'il est revenu ici cette après-midi ? Qu'il est peut-être rentré sans que vous le sachiez ?

- C'est quoi ça ? Un interrogatoire ? Je vous dis qu'il n'est pas là.

- Peut-être que quelqu'un d'autre ici serait où il se trouve alors.

Le jeune homme face à lui s'irrita un peu plus de son attitude et demanda avec lassitude et fermeté sans quitter des yeux Will, comme s'il cherchait à prendre le dessus sur lui :

- Et Tom, dis, t'as vu Zion cette aprèm ?

- Non. Pas vu depuis hier.

Le dénommé Tom, plus grand de près d'une tête que Will et de son camarade, apparut alors devant l'entrée sur la fin de sa tirade. Les deux le guettèrent d'une façon qui déplu beaucoup à Will.

Ils mentaient et le comprit grâce à la soudaine sévérité de chacune de leurs expressions faciales. Ils savaient exactement où se terrait Lucas. Et Will sentait qu'il était certainement dans une des pièces de cette grande maison, attendant que Will ne quitte les lieux avec la jeune femme qui l'accompagnait. Il n'aima pas la façon dont ils étaient positionnés devant la porte comme pour l'empêcher tout accès à la demeure. Will fronça les sourcils, échangeant une forme de combat d'œillades avec ces deux jeunes gens pendant quelques secondes avant de demander, devinant la réponse bien avant d'avoir posé la question :

- Ça vous ennuierait que je jette un coup d'œil par moi-même ?

- Je crois pas, Monsieur « qui-que-vous-soyez ». Celui qui avait ouvert la porte et le prénommé Tom bloquèrent plus encore l'ouverture si c'était possible. Vous feriez mieux de repartir.

En lui refusant ainsi l'entrée, Will eu sa réponse. C'était tout ce dont il avait besoin pour savoir que Lucas était là…, et qu'il se cachait d'eux. Son désarroi, sa colère et l'angoisse en lui grimpèrent davantage. Il était en ébullition, ses poings se contractèrent indépendamment de sa bonne volonté. Aussi, quoi qu'est dévoilés ses traits, cela poussa les deux étudiants devant lui à froncer les sourcils, à se raidir plus encore alors que le garçon qui s 'appelait Tom lança d'une voix sans appel :

- Partez avant qu'on appelle la police du campus !

Tout ça ne sentait vraiment pas bon. Le fait qu'il les évite n'était vraiment pas bon signe et Will sentait que lorsqu'il pourrait prendre contact avec lui, se serait seulement lorsque Lucas l'aurait décidé.

Bon sang ! Qu'est-ce qu'il préparait ?!

A contre cœur, Will dut faire demi-tour ne pouvant décemment pas se permettre d'avoir à faire à la police de leur campus. Cela aurait entraîné trop de questions et de dangers pour sa relation avec Rachel. Après tout, la majorité sexuelle en Ohio n'était qu'à dix-huit ans. Cette loi-là, il l'avait bien apprise !

Lorsqu'il rejoignit Rachel dans la voiture, il y eut droit à un véritable interrogatoire. Et aucune des réponses qui lui donna sur ce qui s'était passé ne put la rassurer.

- Qu'est-ce qu'on fait maintenant ? On reste ici jusqu'à ce qu'il sorte ? Demanda Rachel sur le qui-vive.

- Quelque chose me dit qu'il ne bougera pas tant qu'on restera terré ici.

Will regarda la porte d'entrée de la maison étudiante, la mâchoire tendue. Il se força à dire :

- Qui sait, peut-être qu'on se fait du souci pour rien… Peut-être qu'il ne fera rien de ce qu'il sait…

- Tu n'y crois pas…

Elle avait raison. Il sentait déjà que quelque chose se préparait. Mais il préféra éluder cette affirmation et déclara dans un souffle contrit :

- Rentrons à la maison.

- Est-ce que je peux passer le week-end avec toi ? Elle demanda d'un ton aussi agité que plein d'espoir. J'inventerai une excuse béton à mes parents.

S'il disait oui, il admettait qu'il y avait un danger. Que ce week-end ou les prochains jours seraient les derniers qu'ils pourraient peut-être partager. Dire non aurait montré qu'il était serein quant au déroulement des -probables- prochain évènement. Qu'au bout du compte, ils se sortiraient de cette situation sans trop de difficulté et sans que leur secret ne soit révélé. Il lui avait promis après tout… Malgré tout, même en temps normal, il savait ce qu'aurait été sa réponse. Il s'était toujours promis de profiter de chaque instant avec elle qu'il pouvait obtenir. Il n'y avait donc qu'une chose à dire :

- Bien sûr.

Après tout, il lui avait fait une promesse : celle de régler cette situation et d'éloigner les problèmes même s'il ignorait quoi faire ou comment le faire…

Finalement, aurait-il dû s'engager sur une telle promesse ? Même si ce n'était pas la chose la plus maline qu'il ait faîte, il n'avait eu d'autre choix. Aussi bien pour rassurer Rachel que lui-même.

Il redémarra, pris sa main avant de desserrer le frein à main et embrassa le dos de celle-ci avec – trop – d'intensité. Il repartait chez eux et devraient patienter jusqu'à ce que quelque chose arrive ou que Lucas ne vienne de lui-même à leur rencontre. Il avait été à la compétition, il connaissait le nom de leur école et savait donc où les trouver si…

Si quoi ?!


Le jeune homme jeta un dernier coup d'œil par le rideau de sa chambre, guettant ses deux visiteurs faire finalement demi-tours. Il savait qu'ils viendraient lui rendre visite mais n'avait pas imaginé qu'ils arriveraient si vite sur place. Ce couple pour le moins inhabituel avait dû rentré chez eux, à Lima, et prendre la route peu après leur retour pour arriver si tôt jusqu'à Hurst.

Mais même lui ignorait encore quoi faire de cette information… Devait-il en faire quelque chose ? Son instinct lui disait férocement qu'il pouvait retirer quelques avantages de toute cette affaire. Surtout qu'il avait encore en travers de la gorge l'humiliation qu'il avait subi. C'était une chose d'être perçu comme un Don Juan par le reste du campus. Une autre d'être celui qui se tapait une mineure dont le pseudo « oncle » débarquait pour faire un esclandre au beau milieu d'une soirée de la fraternité. Cela l'avait poursuivi quelques semaines mais il avait réussi à feindre l'indifférence aux boutades ou en avait ris comme quelque chose dont il était plus ou moins fier, affirmant qu'avec son train de vie, ce genre d'expérience devait forcément arriver un jour ou l'autre. De nouveaux coups d'éclats étaient arrivés dans la vie d'autres étudiants aussi populaire que lui et cette histoire s'était tassé pour laisser place à d'autres. Surtout que tout le monde connaissait sa réputation si bien que la plupart des filles savaient à quoi s'en tenir avec lui. Certaines étaient même pire que lui parfois, jouant plus avec lui qu'il ne jouait avec elle.

C'était la fac après tout… Lieu d'expérience et de frivolités !

Finalement, comme il s'y était attendu, quelqu'un vint toquer à sa porte et lui permit rapidement d'entrer comme il était retourné sur son ordinateur faire des arrangements sur une de ses compositions. Tom et Colin pénétrèrent chacun leur tour dans sa chambre et il demanda avant que l'un des deux ne puissent parler :

- Comment ça s'est passé ?

- Le mec avait l'air assez remonté… Clama sérieusement le plus petit des deux.

« J'en doute pas » Pensa avec amusement Zion.

- Il ne nous a pas cru. Il savait que t'étais ici. Renchérit Tom platement, s'opposant ainsi à la gravité du regard de Colin qui paraissait légèrement inquiet pour lui.

- Ça, ce n'est pas gênant.

- Tu peux nous dire ce que c'est que cette histoire ? Demanda alors Colin assez intrigué par cette affaire.

Il s'était assuré que les trois membres de la maison présents à son retour taisent sa présence si quelqu'un venait dans la soirée pour le voir. Aucun d'eux n'avait demandé d'explications jusqu'à présent… Et il savait déjà quoi leur répondre :

- Juste une vieille connaissance qui m'en veux un peu. J'suis juste tombé sur lui quand je suis allé à la compétition de Lisa tout à l'heure…

Le hasard faisait parfois bien les choses. Il s'était entiché d'une dernière année de l'école de Carmel de la chorale « Aural Intensity » - depuis l'étudiante de Lima il s'assurait qu'elles aient dix-huit ans - et la voyait depuis quelques semaines déjà, ayant décidé d'un accord commun entre eux d'être libre d'aller voir ailleurs si tentez qu'il le désirait. Elle lui plaisait bien et le sexe était plutôt incroyable avec elle alors depuis quelques semaines, le seul écart qu'il avait eu avait été une fellation plutôt incroyable le week-end dernier. Et puisque celle-ci lui avait été offerte par un homme…, il n'était pas sûr que cela comptait réellement. Ce qui se passait dans la fraternité, restait dans la fraternité après tout…

- T'aurais pas sauté sa nénette pas hasard ? Tom demanda d'un rire dans la voix.

- Ce n'est pas passé loin… Zion révéla d'un sourire en coin, sachant que c'était on ne peut plus exacte à vrai dire.

- J'te jure… Tu n'changeras pas !

Tom pouffa tout à fait sarcastique avant que Colin ne reprenne mi sérieux, mi amusé :

- Tu veux qu'on fasse quoi s'il revient ?

- La même chose. Changer rien. Je ferai passer le mot aux autres.

Les deux commencèrent à faire demi-tour quand Zion songea qu'il aurait bien aimé soumettre quelque chose à l'un des deux.

- Colin ? Le garçon à la peau sombre l'observa intrigué. J'voulais voir un truc avec toi, tu peux rester vite fait ?

Colin concéda puis dit à Tom de l'attendre en bas, qu'il poursuivrait leur partie de bière pong en cours. Ce à quoi l'autre répondit :

- Vas-y ! Je vais essayer de sortir Bruce de ces révisions par la même occaz'…, qu'il vienne jouer avec nous. T'es le bienvenu aussi Zion.

- Dès que j'aurai fini ça… Il dit en pointant du menton son écran d'ordinateur.

- T'es dessus depuis trois jours presque… Fais une pause, rejoins-nous !

- On verra…

Finalement, Tom, qui parlait parfois un peu trop au goût de Zion, s'esquiva de sa chambre, referma derrière lui, laissant Zion en seul compagnie de Colin.

Il était de loin celui avec qui il s'entendait le mieux ici et en qui il avait le plus confiance. Si bien qu'il était l'un des deux seuls garçons avec qui il s'était permis quelques expérimentations plutôt intéressantes depuis deux ans. Il était celui avec qui il avait « trompé » Lisa…, même si le terme ne s'appliquait pas vraiment puisque qu'elle et lui était dans une relation plutôt libre. Lisa semblait réellement se satisfaire de cet arrangement. Ou si elle ne l'était pas, elle le cachait bien. En vérité, il était celui qui demandait plus à la voir qu'elle ne le faisait… et il aimait bien ça. Cela le changeait. Car peu importe à quel point la plupart des filles avec qui il avait eu quelques aventures disaient qu'elles pouvaient se prémunir de toutes attaches émotionnelles, c'était assez souvent impossible pour elle. Et il ne leur en voulait pas. La nature ou peut-être des générations de mœurs et coutumes avaient conduit à ce que les femmes aient plus de mal à départager plaisir et amour. Les hommes en général étaient finalement plus aptes à éviter de s'embarrasser de toutes ses complications sentimentales qu'entrainaient le sexe, choisissant quand laisser le plaisir prévaloir au-dessus de l'attachement. C'était une question de choix. Lui-même sentaient que l'attachement prenait parfois le dessus sur le simple plaisir de coucher avec Lisa. Mais c'était seulement lorsqu'il se le permettait, sentant une vague d'affection l'étreindre et l'envie de partager avec elle ou rare avant elle un vrai moment d'intimité. Plus qu'une simple coucherie pour libérer sa frustration. Et pour quelques extras pour lesquelles Lisa n'était pas encore prête, il pouvait toujours aller voir ailleurs. Il ne comptait pas la brusquer et pouvait toujours compter sur Colin pour ce genre de préliminaire. Ce n'était néanmoins pas pour ça qu'il lui avait demandé de rester aujourd'hui, Zion rit intérieurement.

- T'as besoin de quoi ? Demanda alors Colin qui vient s'asseoir sur le lit.

Il fit pivoter sa chaise sur la droite pour lui faire face, posant ses coudes sur ses genoux et déclamant avec un certain mystère :

- J'ai besoin de ton avis… Colin hocha simplement la tête, intrigué par ses mots. Si t'avais une information sur quelqu'un, le genre de trucs qui pourrait probablement t'amener à obtenir quelques choses de lui, t'agirais comment ?

- ça à quelque chose à voir avec le type qui vient de partir ? Il demanda sans répondre à sa question.

Le soir de la soirée, Colin et Tom avaient être du occupé à autre chose et aucun ne semblait avoir reconnu celui qui avait fait un vrai scandale. Surtout qu'il n'était pas sûr que qui ce soit ne puisse le reconnaître - si ce n'était Martin qui lui avait dit que le gars s'était présenté comme l'oncle de Rachel à la soirée - étant donné que tous avaient du être plutôt éméché lorsqu'il avait débarqué pour repartir avec la jeune Rachel aussi vite qu'il était arrivé. Lui-même l'avait aperçu au « Hall of Fame » le soir-même où il était venu écorcher sa dignité et, même-là, il n'avait jamais fait le rapprochement jusqu'à aujourd'hui.

- Ouais, c'est lui. Zion affirma simplement, en s'assurant de ne pas trop en révéler. Je ne peux pas te donner de détails mais disons que j'ai quelque chose sur lui… Le genre d'info qui pourrait foutre sa vie en l'air. Je pensais le faire chanter vu que j'ai besoin de cash pour mes plans et c'est le genre d'opportunité qui pourrait m'aider.

- Est-ce que le type est dangereux ?

- Vu ce que j'ai sur lui, je ne pense pas qu'il osera faire de vague avec moi. Et puis, il n'a pas foutu le bordel pour vérifier par lui-même si j'étais bien là. J'imagine que ça nous dit qu'il est capable de garder son calme.

- Ça veut pas dire qu'il ne peut pas devenir dangereux. Tu n'sais jamais comment peuvent réagir les gens lorsque tu t'amènes vers eux et les menace de foutre leur vie en l'air. Colin le prévint très justement, en tenant son regard dans le sien.

Zion savait tout ça mais c'était important d'entendre quelqu'un d'autre lui dire à haute voix. Il ne le connaissait pas après tout. Il pouvait tout aussi bien se révéler prêt à beaucoup de chose pour s'assurer qu'il ne dise pas un mot. Le gars couchait avec une mineure qui était en outre son étudiante et c'était là la preuve qu'il se foutait pas mal des lois et des risques.

Toutefois, ce n'était pas ce que Zion souhaitait pour lui. C'était un connard par moment mais surement pas un monstre. S'il lui mettait la pression, il le ferait intelligemment, de façon à éviter de lui donner des idées que tout homme acculé par un ennemi finissait inévitablement par songer. Il prendrait peut-être quelques coups, le gars aussi… Mais Zion s'assurerait que l'homme n'aille pas plus loin. Qu'il ne soit pas piégé au point de s'en prendre méchamment à lui. Zion avait une vie qu'il voulait vivre. Mais pour ça il devait prendre des risques.

- Je pense que je vais tenter ma chance. Je ferai juste attention.

L'autre secoua la tête de gauche à droite, plus amusé qu'exaspéré par l'attitude de Zion alors qu'il déclarait d'un rire dans la voix :

- T'as trop d'ambition, vieux !

Les deux s'esclaffèrent brièvement, partageant une œillade complice avant que Colin ne reprenne avec une certaine gravité :

- Écoute, mec, si tu veux jouer ce jeu…, fais-le mais joues-le à fond. Assure-toi qu'il te prenne au sérieux, ok ?

- Qu'il sache que je pourrai passer à l'acte ?

- Ouais…, même si ce n'est pas ce que tu as envie de faire, lui doit y croire.

- Ouais, je vois…

Zion songea pendant quelques secondes à ce bon conseil, regardant un point invisible sur sa moquette, interrompu rapidement par le ton presque taquin de Colin :

- Juste par curiosité…, tu comptes dévoiler ce que tu sais s'il n'obéit pas ou même s'il venait à t'obéir ?

Zion resta sérieux, pensif et répliqua simplement à son ami :

- Je n'en sais rien encore…, ça va dépendre de la tournure des évènements j'imagine.

- Sois prudent quand même !

Il dit en se levant d'un bon du lit avant de lui tapoter chaleureusement l'épaule en concluant sur une petite mise en garde tout de même :

- Évite de t'en prendre à quelqu'un qui n'aurait rien à perdre.

Juste après son départ, Zion s'appuya alors sur sa chaise, la faisant basculer d'avant en arrière, pris dans ses réflexions, pensant à son champ d'action ainsi qu'au conseil fort utile de Colin..., et notamment à ses derniers mots.

Ce petit couple avait beaucoup de chose à perdre… Et pas qu'un peu ! C'était donc de bonnes cibles.

Il prit sa décision lorsqu'il fit face à son ordinateur, alla sur Twitter et Facebook, partant à la recherche d'une soirée bien spécifique dans le week-end. Une soirée où il serait sûr de trouver plusieurs élèves du lycée McKinley. Colin avait raison : il devait s'assurer qu'ils le prendraient au sérieux avant de prendre contact avec eux.

Il y avait des choses qu'il voulait et ce couple inhabituel pouvait l'aider à y accéder plus vite. Beaucoup plus vite…


Arrivés à l'appartement, la seule phrase qu'ils avaient échangé avait été lorsqu'elle Rachel lui avait tout simplement dit, d'un ton presque apathique :

- Je vais prendre un bain.

Il avait longuement hésité à la rejoindre, la tenir dans ses bras enfoui dans l'eau chaude, la sentir contre lui, profitant simplement de sa présence et de l'eau recouvrant leurs corps fébriles. Mais il avait eu peur de craquer. Et craquer maintenant ne mènerait à rien ! Rien n'était fait… Il leur manquait tant d'informations… Et c'était certainement ça le pire. Ne pas savoir. Ignorer ce qui était peut-être en train d'arriver en ce moment même.

Rachel était restée pendue à son téléphone durant l'intégralité du trajet de retour, regardant toutes les cinq minutes les réseaux sociaux pour s'assurer qu'aucune information n'ait été dévoilée. Will, lui, s'était trituré les méninges sans savoir quoi affronter, laissant certain fantasme qu'il n'aurait pas dû avoir se loger dans son esprit durant le voyage jusqu'à Lima. Des intentions tout à fait malintentionnées vis-à-vis des choses qu'il aurait aimé faire à Lucas et à ses deux gorilles qui l'avaient rembarré. Dans plus d'une pensée le jeune Lucas finissait face contre terre, le visage démoli et suffisamment effrayé par Will pour ne pas prendre le risque de les dénoncer à qui que ce soit.

Au moins, il ne l'imaginait ni dans le coma ou même mort… C'était déjà ça !

Tout de même, si une chose était ressortie de son entretien avec les deux locataires de la maison étudiantes qu'il avait rencontré c'était l'évidence que Lucas connaissait la vérité. Certes, il ne semblait pas l'avoir dit à ses deux camarades qui avaient menti en disant qu'il n'était pas là, mais c'était tout de même très inquiétant.

Il sentait la peur apprivoiser son calme. La colère briser son contrôle. Il devait se reprendre… Ou essayer de se focaliser sur autre chose. Des pensées plus positives même si dans ces circonstances ce n'était pas une mince affaire.

Mais il le fallait !

Il quitta alors le salon qui diffusait à présent un épisode d'une série quelconque qu'il n'appréciait guère. Le bruit de fond était plus un moyen de s'éloigner d'un tas de réflexions nuisibles. Mais le son n'était plus suffisant et il préféra se concentrer sur une idée qui lui trottait dans la tête depuis deux semaines environs.

Il atteint sa chambre, entendant le bruit de l'eau du bain sous les mouvements de Rachel. Heureusement, aucun gémissement ou pleur ne vint effleurer son oreille. Il se dirigea alors jusqu'à la table de nuit du côté où il dormit, ouvrit le tiroir et déplaça les premiers papiers. Il attrapa ceux qui l'intéressait et revit en dessous de ces dernières les informations des logements, dans d'autres villes, qu'il avait récupéré lorsqu'il avait songé à devoir quitter la ville en février. Il sentit sa peur reprendre le dessus pendant quelques secondes. Il crut pendant quelques secondes à un présage de mauvaise augure comme il tombait de nouveau dessus aujourd'hui. Il prit les papiers dans sa main, serra si fort qu'il les abima sans états d'âme. Il ne voulait plus de ces informations dans sa vie. Sans regret et sans détour, il les déchiqueta en quatre et s'en alla les jeter dans la petite poubelle juxtaposée à sa commode. Il revint vers la table de chevet satisfait de s'être débarrasser de ce poids et repris les quelques documents qui l'intéressaient au départ.

Il s'installa sur le lit, le dos appuyé contre la tête de lit, les décortiqua une fois de plus, s'arrêtant plus longuement sur deux des cinq brochures. Après peut-être cinq minutes, il perçu distinctement le bruit significatif de Rachel quittant finalement le bain. Elle sortirait dans très peu de temps, l'apercevrait et demanderait ce qu'il était en train de regarder. Il n'était pas encore sûr que ce fusse une bonne idée de lui montrer. Pourtant, le faire était une façon de défier les coups du sort qui semblaient rêver de s'abattre sur eux. Une belle manière de dire à la vie « Je t'emmerde ! Je prends le risque, tu ne me fais pas peur ».

Il inspira, sentant la tension reprendre le dessus mais tenta de la gérer du mieux possible. Elle sortit enfin de la salle de bain dans ses sous-vêtements bleu marine en dentelle, d'une belle qualité, aux motifs qui le titillaient toujours et le suppliaient presque de venir s'amuser avec ce qui se cachait derrière le tissu. Il ne pouvait s'empêcher de noter que la lingerie de sa garde-robe devenait de plus en plus affriolante et sensuelle à mesure qu'évoluait leur relation. Elle avait par ailleurs commencé à laisser quelques vêtements chez lui, en plus de quelques accessoires d'hygiène qu'il avait décidé d'acheter pour elle après lui avoir demander de lui faire une liste des choses qu'elle aimerait avoir sur place au lieu de constamment devoir les ramener dans son sac à chaque fois qu'elle venait ici. Encore une fois, leur retrouvaille avait changé quelques éléments des périodes où ils pouvaient se retrouver. Comme si cette séparation - bien que douloureuse - leur avait fait passer plusieurs étapes dans la liaison qu'ils partageaient. Ils se rapprochaient de plus en plus de ce qu'il avait vécu avec Terry, à la différence qu'il était heureux maintenant. Être avec Rachel lui faisait prendre conscience que les détails de son ménage avec Terry n'avaient pas été fondés sur un bonheur conquis mais plus sur une forme de zone de confort dans laquelle il s'était enlisé trop longtemps. Quant à Rachel, chaque détail qui les rapprochait d'un ménage presque ordinaire imprimait en lui une marque d'un contentement absolu qui ne disparaissait jamais. Il se développait sans interruptions...

Et il se sentait maintenant prêt à passer à une autre étape – si tentée que Rachel soit partante – malgré ce qui était peut-être déjà en train d'arriver. Au diable ses angoisses, il devait s'y risquer…, il était si bien avec elle.

- La dernière fois que tu avais une brochure en main, c'était pour le bal masqué… Elle dit tout en se rendant vers la commode pour récupérer un simple débardeur sans s'attarder sur le choix d'un pantalon. Ce n'était pas vraiment nécessaire ici, il pensa avec appréciation.

- C'est pour quoi cette fois ? Elle relança en ayant mis le tissu sur son buste.

Il nota immédiatement le manque de vitalité ou de sincère curiosité dans son timbre. Les évènements d'aujourd'hui, en dépit de leur victoire, rongeait encore chacune de ses pensées. Elle regarda par ailleurs une énième fois son téléphone poser sur la commode, lui présentant un profil trop inquiet à son goût. Il vit une brève forme de soulagement qui ne persista pas puisqu'elle savait qu'elle irait regarder son téléphone dans quelques minutes et affronterait la même anticipation jusqu'à ce que Lucas ait révélé ses plans.

C'était hors de leur contrôle et il savait qu'elle ne pouvait l'accepter. Néanmoins, il devait tout faire pour lui changer les idées.

- Si je ne te le dis pas, tu comptes jouer avec moi comme la dernière fois ? Il énonça avec taquinerie, essayant d'améliorer l'humeur de son amante. Je suis mieux préparé maintenant, tu sais ?

Elle jeta un coup d'œil vers lui, reposant l'engin entre ses mains et il fut satisfait de voir un rictus aguichant, amusé et surtout sincère apparaître aux coins de ses lèvres.

- On sait toi et moi que tu ne seras jamais vraiment « mieux préparé ».

- Touché ! Il sourit agréablement. Tiens, jette un coup d'œil.

Elle haussa un sourcil sous la curiosité qui prit le pas sur ses angoisses et vint prendre les feuilles qu'il lui tendait. Elle s'en empara tout en grimpant sur le lit alors qu'il repliait ses jambes pour la laisser s'asseoir en tailleur devant lui.

- C'est une idée qui m'est venu il y a quelques temps. Il dit pour nourrir le silence comme il la voyait prendre conscience de son projet et ignorait encore qu'elle serait sa réaction

- Tu prépares tes vacances ? Elle demanda assez intriguée par les brochures de différentes destinations, sans avoir encore compris ce qu'il sous-entendait.

- Je prépare nos vacances…, enfin si ça t'intéresse bien sûr.

Le bouche de Rachel s'ouvrit légèrement sous la surprise de ses mots. Ses yeux pétillèrent d'une joie authentique qui fut malheureusement contrastée rapidement par l'anxiété de leur situation.

- Pourquoi maintenant ? Elle dit avec un tremblement dans la voix, indiquant l'élan émotionnel causé par les évènements d'aujourd'hui.

- Et pourquoi pas ?

Il sut que cela ne suffirait pas comme il voyait la tristesse étreindre ses traits. Son désespoir était intolérable pour lui. Il avait même failli faire fi des témoins de leur échanges sur le parking du Cincinatti Hall tout à l'heure juste après qu'il l'ait rattrapé. Alors, tout en s'avançant un peu plus d'elle, il prit les brochures de ses mains, les posa au milieu du lit et tint ses mains dans les siennes. Elle déposa ses yeux trop affligés dans les siens alors qu'il disait plein d'espoir :

- Faire des plans n'est peut-être pas la chose à faire. Mais c'est peut-être là que ça a le plus de sens. Comme une façon de dire aux problèmes qu'ils peuvent bien venir foutre le bazar dans nos vies, ça ne nous empêchera pas de continuer à faire des plans pour notre futur.

Il vit une larme roulée au coin de son œil. Et face au sourire ému qu'elle lui renvoya, il sut que celle-ci était une larme d'un vrai bonheur.

- Tu es si confiant, hein ? Elle dit la voix tremblante, dans laquelle se cachait tout de même un rire qui mit fin à sa tension.

- Disons que je crois à notre bonne étoile. Il affirma sur un clin d'œil. On s'est déjà sorti d'une autre situation de ce genre avec Sam. On se sortira aussi de celle-ci, peu importe ce que l'autre prépare.

Elle se pencha près de son visage en même temps que lui, laissant leur front reposer contre celui de l'autre.

- J'espère que tu as raison. Elle souffla presque apaisé à présent.

- Moi aussi.

Il délesta sa main droite et utilisa sa gauche pour s'attacher à la courbe de son cou tout en se reculant légèrement pour embrasser ses lèvres, l'arrête de son nez puis son front plus intensément encore, raffermissant la prise de ses doigts sur la chair de sa gorge. Il s'écarta légèrement demanda alors, le sourire aux lèvres :

- Une destination t'intéresse plus qu'une autre ?

Il savait presque par avance qu'elle allait pointer l'une des deux destinations sur lesquelles il s'était attardé le plus longtemps, les ayant choisis autant pour elle que pour lui. Et lorsqu'elle lui donnerait sa réponse, elle aurait une fois de plus rendu l'un de ses choix plus faciles. Elle avait ce don là.


Quand Sam rentra le dimanche matin, un peu après onze heures trente, il eut l'impression de très bientôt entamer une nouvelle histoire de sa vie. Ce n'était pas seulement un chapitre qui se terminait mais plutôt comme si une œuvre entière arrivait à sa conclusion, laissant déjà place aux premières idées qui façonnerait la suite de la saga de son existence.

- Prêt à reprendre le cours normal de ta vie ? Demanda Jack, le père de Sam, alors qu'ils pénétraient dans la ville de Lima.

- Non.

Son père le regarda avec perplexité avant de guetter de nouveau la route. Toutefois, pour faire taire ses peurs quant à sa réponse, Sam rajouta simplement :

- Mais je compte bien en commencer une autre.

Ses mots finirent de rassurer son père, Jack, qui afficha une vraie fierté pour son second fils.

- Merci de m'avoir tout montré.

- T'étais prêt à entendre la vérité. Tu me l'as prouvé.

Leur vie et spécialement celle de son père était digne d'un grand film dramatique. Mais n'était-ce pas le cas pour de nombreuses familles finalement ? Toutes avaient leurs problèmes, leur passé qui conduisait à des conséquences sur leur avenir et peu importe que celui-ci ait été plus atypique qu'un autre.

L'histoire de son père aurait pu être simple et sans drame si ce n'était pour ce qu'il avait laissé derrière lui, à l'époque du lycée, sans jamais l'avoir su.

L'homme n'avait jamais su que la fille du bel été après le lycée était tombé enceinte avant qu'il ne parte pour l'université. Lui-même n'était alors revenu vivre dans le Kentucky qu'après avoir obtenu son diplôme selon les souhaits de son père – le grand père de Sam donc - même si ce dernier avait en dépit de tout dû regarder son fils s'engager dans la police malgré la lutte acharnée qui avait perduré des années afin qu'il s'ôte cette idée de la tête. Mais c'était le rêve du père de Sam et grand-père Franck n'avait rien pu faire pour contrecarrer ses plans au bout du compte. Et c'était de son métier que dépendait la rencontre avec sa mère, Kristin… et celle avec son premier fils.

Son père avait apprécié son bonheur, son métier, sa femme et leurs deux fils jusqu'à ce qu'un passé dont il ignorait l'existence ne le rattrape. Un troisième fils : Allan Heel, vingt-trois ans qui purgeait actuellement une peine de cinq ans pour une seconde condamnation pour coups et blessures, avec une liberté sur parole dans trois ans. Sam savait maintenant qu'il lui restait encore treize mois à tirer tant qu'il continuerait à bien se comporter dans la prison d'état de Gimbert, à Lexington, Kentucky.

Allan était le dénominateur commun à tous ce qui avait engendré les évènements du soir qui avait disparu de la mémoire de Sam et qui s'était seulement reconstruit sous formes de flashs dans son esprit. Le dénominateur qui avait poussé son père à agir de façon si improbable, réservé et tendu, voire violente dans ses réactions et mots les semaines avant cette instant fatidiques dans la vie du blond.

Allan - son demi-frère ! - qui avait tant perdu… tant subi…

Et avant de pouvoir le rencontrer hier matin, son père l'avait préparé petit à petit en lui disant la vérité sur les raisons pour lesquelles ils étaient retournés à Lexington. Ils avaient passé leur jeudi entier à parler de ce qui s'était passé à cette époque-là et avaient utilisé le vendredi pour aller dans son ancien commissariat afin de déterrer les vieilles affaires qui entouraient Allan et notamment son jeune demi-frère Adam. Sam avait passé l'après-midi dans un des bureaux des locaux à feuilleter toutes les informations concernant ces deux frères...

Toute leur histoire, il la connaissait à présent…

A l'époque, la section criminelle dans laquelle son père était lieutenant tentait de mettre un terme à un marché d'arme sévissant dans les ghettos de Lexington, dans une des agglomérations du Sud. Un marché qui s'exportait dans la moitié de l'Etat et qui était en plus de ça sujet à une concurrence redoutable face à une autre zone de la ville. Et cette concurrence tuait le principe basique de l'offre et de la demande puisque la demande passait par deux offres qui s'équivalaient autant en termes de prix que de qualité, en plus du matériel qu'ils avaient à proposer. Surtout que la demande était toujours assez importante dans les Etat comme le Kentucky tant il était facile de se procurer un permis. Comme en Ohio et dans grand nombres d'états, le Kentucky était en ce qui concernait la détention d'arme à feu, un Etat « Shall Issue » : seules quelques conditions étaient nécessaire pour en obtenir le permis de port d'armes.

Le marché illégal fleurissait autant pour ceux qui avait celui-ci que pour ceux qui n'en avait pas. Et Allan et son frère Adam avaient été acteurs de ce marché…

Son père les rencontra lorsque lui et son équipe lancèrent une descente chez eux après avoir reçu un tuyau qui leur avait dit qu'ils découvriraient des armes qui s'y étaient finalement trouvées. Cette nuit-là, ils les avaient embarqués en attendant que leur mère ne les rejoigne au commissariat prouvant ainsi, selon les dires de Allan, que ses armes étaient les siennes et qu'elle avait un permis pour elles. Le père de Sam avait dit à ce dernier que c'était comme ça qu'ils opéraient : les hommes à la tête du marché préféraient intelligemment disséminer des armes en certaine quantité chez des gens qui avait un permis pour celles-ci. C'était malin même si Sam avait été choqué qu'une mère accepte ainsi de couvrir ses fils au point de rentrer carrément dans leur combine. Ce à quoi son père lui avait répondu que leur vie était bien différente de la leur et que la vision de Jack vis-à-vis de ça n'était pas tant de juger mais que d'appliquer la loi pour la sécurité des autres.

Sam avait aimé cette réponse… Ce n'était pas parce qu'on faisait des mauvaises choses qu'on était forcément quelqu'un de mauvais. Il y avait des circonstances atténuantes parfois…

Après un interrogatoire qui n'avait rien donné et dès l'arrivé de leur mère pour les récupérer et « prouver » les dire de l'aîné, Jack avait donc retrouvé une vieille connaissance du lycée dont il s'était entiché peu avant son départ pour l'université : Stella Heel. Il n'avait compris qu'à son arrivé qui elle était et n'avait jamais fait le rapprochement même lorsque ses fils lui avaient donné son nom puisqu'il ignorait à l'époque qu'elle était son nom de famille. Il n'avait après tout passé qu'un été ensemble juste avant de devoir partir à l'université, et échanger leurs noms, à l'époque, n'avait pas semblé la chose la plus importante à faire, lui avait dit son père. Il l'avait aimé le temps d'un été et s'était séparé d'un commun accord afin de laisser à l'autre la possibilité de vivre sa vie. Mais ces dernières avaient été si différentes. Et Stella n'avait jamais voulu se mettre en travers de sa route. Elle l'avait trop aimé pour lui imposer le choix qu'elle avait fait en gardant Allan.

Et, finalement, ces retrouvailles avaient été plus froides que chaleureuses étant donné la nature de celles-ci. Des mots difficiles avaient été échangés et son père avait dû faire son métier et mettre de côté l'affection passé. Elle n'avait rien dit et Jack aurait pu rester dans le déni si ce n'était pour l'instant où il avait dû relâcher ses deux fils et qu'il avait senti quelque chose dans le regard qu'elle lui avait renvoyé avant de quitter le commissariat. Il n'avait pas saisi sur le coup mais il s'était remémoré toute la nuit le mélange de peur, d'appréhension et de gratitude qu'elle avait partagé avec lui juste avant de regarder son fils Allan. Il n'avait pu s'ôter ce regard et ce mouvement de la tête jusqu'au lendemain. Ce ne fut que lorsqu'il eut relu les informations sur les deux frères arrêter la veille qu'il avait finalement compris. La date d'anniversaire de Allan et la ressemblance frappante entre certains détails de leur visage, notamment les mêmes yeux que Sam… Soudain il pouvait voir la ressemblance entre eux.

Après ça… après être passé chez Stella pour la pousser à admettre la vérité, il s'était investi dans leur vie pour les aider à se sortir des problèmes dans lesquelles il savait qu'ils s'étaient fourrés. Il n'avait rien dit à son patron, ses collègues et encore moins à son propre fils, Allan, se faisant plus passé pour le flic qui voyait du potentiel dans la vie de ces deux frères que comme le géniteur qu'il était d'un de ces deux adolescents. La seule personne à qui il en avait parlé était Kristin, sa femme. Et Sam avait alors compris toutes les disputes, toutes la tension et le stress que ramenait son père à chaque fois qu'il passait la porte d'entrée. La frustration née de n'avoir aucun contrôle et de ne pouvoir venir en aide à un fils dont il y ignorait autrefois l'existence et qui repoussait toutes ses tentatives pour lui venir en aide. La nuit où son père était rentré éméché et que Sam s'était interposé entre lui et sa mère, lui intimant de s'éloigner de leur mère, avait été le soir où il avait dit la vérité à Allan. Et même lorsque celle-ci avait éclaté, Allan l'avait repoussé plus férocement encore…

C'était juste après ça que les choses avaient commencé à prendre un tournant funeste… Les règlements de compte entre ces bandes organisés concurrentes devenaient monnaie courante : tabassage, cambriolage des demeures des uns et des autres, voles de leur matériel nécessaire au deals… jusqu'à entrainer la mort d'un jeune lors d'une simple vente sur un territoire pour lequel ils se battaient. Un garçon de l'âge d'Allan avait été tué, un jeune de leur groupe de truand scellant ainsi le destin d'Adam et d'Allan...

Onze jours plus tard, en début de soirée du soir fatidique où Sam avait perdu la mémoire et que son père avait quitté sa vie, Adam, le frère d'Allan, avait été tué. Le petit frère du fils biologique de son père avait péri dans une fusillade lors d'un règlement de compte en guise de vengeance pour le premier disparu. Trois personnes étaient mortes ce jour-là. Et Sam ne pouvait s'empêcher de penser que d'une façon étrange, ce jour offrait une connexion entre lui et son demi-frère. Lorsque Allan avait accepté de le voir et de lui parler en tête à tête samedi matin, seul dans une pièce, ils avaient inévitablement parler de ce jour dans leur vie. De ses conséquences pour leur existence.

Ils s'étaient regardés dans leur yeux si semblable, prenant conscience des différences physiques et des traits communs qu'ils avaient. Allan avait hérité de la fossette au menton de son père et de la carrure imposante de so… de leur père. Sur un plan moral, il n'avait pas grand-chose en commun, si ce n'était un amour inconditionnel pour les Clash et un certain penchant pour la violence née pour des raisons distinctes mais qui avait toutefois sa place en eux.

Allan lui avait dit de s'en débarrasser ou il finirait un jour ou l'autre par aller trop loin… Tout comme lui. Si ça n'avait été pour leur père commun qui l'avait fait suivre juste après la mort de son frère, sachant qu'il tenterait quelque chose de désespéré tant il l'aimait, Allan aurait probablement été accusé de meurtre si on ne l'avait pas arrêté avant qu'il ne commette l'irréparable. Par pur esprit de vengeance, il s'en était pris au fils de l'homme – en prison pour homicide volontaire - qui avait tué son frère lors de la fusillade. Le jeune homme avait été pratiquement battu à mort, restant dans le coma durant trois jours mais parce qu'il s'était réveillé, Allan, grâce aux filons de Jack et un accord avec un des substituts du procureur, avait pu plaidé coupable de coup et blessure.

Cette affaire avait pris des proportions tellement importantes dans la vie de son père, Jack, que celui-ci avait préféré s'éloigner de sa famille, de soutenir l'autre qu'il avait, s'éloignant ainsi de Sam et de Kristin et Danny sachant que sa présence était devenue très mauvaise pour eux et surtout pour son second fils. Son père ne les avait pas tant abandonnés qu'il les avait protégés de lui tout en s'assurant d'être présent pour Allan et sa mère dont il s'était senti infiniment responsable. Il avait gardé contact avec eux... Kristin et Danny en tout cas. Avait continué à les aider dans leur quotidien, mettant d'une certaine façon cette vie-là en « stand-by » néanmoins…

« Je n'ai jamais pensé vous abandonner définitivement. Mais je devais m'occuper d'eux aussi. Il fallait que je fasse ce que j'avais à faire, tu comprends ? C'était ma responsabilité aussi. »

C'est ce que son père lui avait dit le soir du jour de leur retour à Lexington, presque comme une conclusion à tout ce récit. Cette histoire qui avait été nourris par toutes les informations des dossiers qu'il avait lu le lendemain. Ça avait été comme se plonger dans la lecture d'un roman dramatique d'une famille qui était finalement lié à lui. Ça avait été si dur à encaisser si bien que lorsqu'il avait refermé les dossiers, il était resté enfermé dans la pièce où son père l'avait installé, récapitulant inlassablement tout ce qu'il avait lu et entendu jusqu'ici. Il y était resté plus de deux heures avant de pouvoir sortir et de se préparer à la dernière étape de leur voyage. Rencontrer Allan…

Et, il ignorait trop pourquoi, mais il espérait que ce dernier accepterait de le revoir lorsqu'il serait sorti de l'enfer dans lequel il se trouvait physiquement et encore psychiquement. Sam voulait l'aider à reprendre sa vie en main. Il souhaitait être un frère pour lui. Il ne serait jamais Adam mais pouvait lui apporter autre chose peut-être ?

- Tu as l'air pensif…

- Il s'est passé beaucoup de choses… Normal que j'y pense. À Allan, surtout.

- Il n'a pas eu une vie facile… Je crois qu'il a manqué de chance et de réelles opportunités jusqu'à présent.

- Ouais…, mais maintenant, c'est à lui de voir ce qu'il va en faire quand il sortira. Tu crois qu'on…, qu'on pourra l'aider ?

La réplique de Sam surpris son père qui le guetta rapidement avec fierté et déclara confiant :

- Bien sûr ! Même si cette tête de mule va à tout les coups refuser, on fera en sorte qu'il n'ait pas trop le choix.

Encore quelque chose que lui et son demi-frère avait en commun. La pensée insinua un sourire agréable sur les lèvres de Sam tandis que la voiture s'engageait enfin dans sa rue.

- Est-ce que je te vois le samedi prochain avec Danny ?

L'espoir s'entendait sur chaque syllabe alors qu'il se garait devant la maison. Et Sam n'avait plus qu'une chose à répondre :

- Samedi ? Bien sûr.

Son père ne se retint pas de sourire avec bonheur. Sam ne lui pardonnait pas encore tous les secrets qu'il avait fait ou la façon dont il avait laissé les choses s'envenimer jusqu'au point de blesser si durement son foyer. Mais il voulait lui pardonner..., et il devait le voir pour cela. Il voulait retrouver son père. Il mentirait en disant que son cœur ne l'avait pas ardemment souhaité. Sam était seulement resté dans le déni tant que les réponses ne lui avaient pas été donné.

Il quitta le véhicule sur la promesse de le revoir le week-end prochain. Sam passa le portail et rejoint en quelques enjambés le perron, entendant la voiture de son père repartir. Dès qu'il passa la porte de la maison et qu'elle claqua derrière lui, sa mère apparut de l'ouverture du salon et se jeta sur lui. Elle vint le serrer dans ses bras et immédiatement Sam se tendit, subissant le souvenir de sa main qui avait percuté son ventre. Il voulut s'éloigner d'elle par instinct mais sentant son but, sa mère clama aussi férocement qu'ému :

- N'essaie même pas de t'échapper !

Les flashs furent remplacés par la tendresse des souvenirs où sa mère s'était toujours montré présente pour lui offrir une étreinte lorsqu'il en avait eu besoin. Il s'attacha à elle et nicha son visage sur l'épaule de sa mère, humant son parfum des patisseries qu'elle avait dû préparé.

- Je suis tellement désolé… Je suis désolé… Il soupira, ayant encore beaucoup de mal à accepter ce qu'il lui avait fait.

- Je sais, mon chéri. C'est fini tout ça maintenant – elle se retira, attrapa ses épaules tout en tenant son regard dans le sien – on est d'accord ? Plus besoin de se culpabiliser.

- J'essaierai. Il dit en ravalant ses derniers sanglots, secouant la tête pour mieux délaisser le passé.

- C'est déjà ça.

Elle conclut sur un clin d'œil et vint embrasser sa joue avant de se retirer en demandant.

- Tu veux manger quelque chose ?

- Non, c'est bon. Je vais aller voir le gamin. Il est là ?

- Dans le salon, sur la console. Impossible de l'en détacher aujourd'hui, il a presque terminé le jeu il m'a dit. Elle finit dans un rire.

Il partit alors voir son petit frère qui jouait à la console dans le salon. Il n'aurait même pas bougé pour le saluer. Toutefois il sut qu'il l'avait repérer puisqu'il demanda :

- C'était bien ton week-end avec papa ?

- Révélateur.

Son petit frère daigna enfin jeter un coup d'œil dans sa direction alors qu'il s'affalait sur le canapé à ses côtés. Par miracle, Danny mis pause sur son jeu et lui demanda d'une petite voix :

- Vous vous êtes beaucoup disputé ?

- Non… T'inquiète. Ça va mieux maintenant entre lui et moi.

Il posa sa main sur sa tête, frotta gentiment ses cheveux, avant de lui dire :

- J'irai même le voir avec toi samedi prochain.

Son frère sourit sincèrement et répliqua avec espoir :

- Promis ?

- Promis.

Danny, satisfait, repartit dans sa partie sous le regard affectueux de son ainé… Enfin de l'un de ses aînés. Il le guetta intensément sans qu'il en ait conscience, songeant au fait qu'il était encore ignorant de tous les secrets de leur famille. Sam avait supplié ses parents de lui dire et il ignorait qu'elle serait encore leur décision. Toutefois, le blond était persuadé que Danny était encore suffisamment jeune et assez vieux pour que l'information ne le brusque pas trop. On croyait toujours qu'il fallait être assez vieux pour connaître la vérité sur certaines choses et Sam n'était pas d'accord. En vieillissant, on devenait plus rancunier, moins prompt au pardon…, à l'adolescence surtout ! Les choses étaient déjà si compliqués à cette période-là que la révélation de lourds secrets pouvait faire beaucoup de mal. Il en avait subi les frais et pour toujours cela resterait gravé en lui.

Il quitta le salon et son frère pour se rendre jusqu'à sa chambre, souhaitant resté seul un peu plus longtemps. Quand il s'enferma dans sa chambre, il sortit son téléphone de sa poche par instinct et chercha rapidement dans ses contacts le nom de Rachel.

Il voulait l'appeler mais ignorait quoi lui dire. Voudrait-elle-même entendre ce qu'il s'était passé ? Il avait été tellement heureux lorsqu'il avait reçu son message pour lui dire qu'ils allaient au Nationales. Il se sentait peiné et encore coupable de ne pas avoir pu participer à ce grand moment avec eux. Mais savait qu'il avait pris la bonne décision pour sa propre vie et celle de ses proches. Il se sentait bien plus libre. Plus ou moins en paix avec lui-même. Et cette émotion-là valait tout l'or du monde selon lui.

Finalement, il décida qu'il pouvait autant parler avec elle demain lorsqu'il retournait en cours. Il ne se sentait pas encore le courage d'avoir cette discussion si tentée qu'elle voulait l'entendre lui conter. Il savait qu'elle l'écouterait s'il voulait lui parler… Et il le souhaitait mais pas aujourd'hui.

Il rangea son téléphone, alluma alors son ordinateur et fit un tour sur quelques sites avant d'aller sur sa page Facebook, divaguant sur son fil d'actualité plus accaparé encore par ce qui était arrivé ces derniers jours que par les informations qui défilaient. Toutefois, il arrêta de divaguer lorsque le titre d'un article de la page Facebook du blog de Jacob Ben Israel, la plus grosse commère de tout ce fichu lycée, attira l'attention de Sam.

- Qu'est-ce que…

Il cliqua sur le lien qui le redirigea directement sur son site et sur la dernière vidéo en date publié.

Lorsqu'il vu le titre « Le conte interdit du Lycée Mckinley », son intérêt fut piqué. Et dès lors qu'il démarra la vidéo, il vit Jacob apparaitre à l'écran pour présenter sa nouvelle émission sur la dernière rumeur en date, avec un défilement sur l'image d'un titre plus long que le titre principal sensé attiré les visionnages :

"Relation prof/élève au Lycée Mckinley : Un conte interdit"

"L'investigation commence !"

Ses yeux s'écarquillèrent avant même que la vidéo est réellement touché au sujet. La stupéfaction et l'horreur grandirent au fur et à mesure des idioties que déblatéraient l'élève. Dans la vidéo, il s'adressait aux élèves de Mckinley comme d'ordinaire, leur rapportant la toute dernière rumeur en circulation. Une rumeur qui n'aurait jamais dû voir le jour étant donné la véracité de celle-ci !

Et étant donné l'obsession du garçon avec Rachel, sans même le savoir, celui-ci pointa du doigt le véritable couple en faisant un montage grossier et sensé être humoristique où les visages de Mr Schue et Rachel avaient été montés sur un couple de cartoon qui s'enlaçait éperdument. Fort heureusement, une dizaine de couple théorique y passèrent aussi... Santana eu même droit à deux hypothèses sur son compte : une avec le coach Slvester – tout comme Britanny par ailleurs - et une avec un prof d'histoire avec qui on l'aurait vu se disputer violemment dans sa langue maternelle. Mlle Pillsburry et même Figgins eurent droit eux aussi à une folle théorie à leur compte. Le garçon affirma alors en guise de conclusion que tout était possible et que les professeurs seraient surveillés de près par son œil et sa caméra dès lundi.

Dès que la vidéo s'interrompit, il fallut quelques secondes à Sam pour se remettre du choc. Et immédiatement, il se dit que s'il avait réagi ainsi à cette vidéo, il ne pouvait qu'imaginer la réaction de Rachel.

Immédiatement, Sam ressortit son téléphone et appela Rachel mais tomba sur la messagerie les deux fois où il essaya. Il écrivit alors un rapide texto :

« Jsuis revenu. G vu pour le blog de Jacob. Tu sè ce kil se passe ? C de vs kil parle ? Appel moi stp ! J'minquiete… »

Et espéra obtenir une réponse ou un coup de fil rapidement.

Qu'est-ce qu'il s'était passé durant son absence ? Ça ne pouvait pas être une coïncidence, si ?! Il fallait espérer que ce soit pour Rachel, Mr Schuester et le reste du Glee Club…

« Bon sang ! Qui avait commencé cette maudite rumeur ?! »

La seule chose positive de cette histoire était qu'elle lui permettrait probablement d'éviter de trop ressasser ses propres révélations. Mais aussi vite pensée, et sachant ce que cela ferait à Rachel, il aurait préféré réfléchir à ses propres problèmes plutôt que d'avoir à la soutenir parce que c'était elle maintenant qui se retrouvait dans une situation périlleuse.

« Rappelle-moi, Rachel ! » Il pensa férocement, ressentant un besoin viscéral d'être là pour elle… De la rassurer sur le fait qu'étant donné le nombre de théories qu'il y avait, plus celles qui se rajouteraient dès la reprise des cours..., elle n'avait rien à craindre… n'est-ce pas ?


Je vous laisse ici sur la première partie de chapitre.

Pour l'histoire entourant la famille de Sam, je m'étais inspiré d'un vieux fait divers que j'avais lu ainsi que de la série New York 911. J'ignore pourquoi mais je voulais de l'atypique dans sa vie aussi :)

Sinon, je peux déjà vous dire qu'un des cinq POV est déjà écrit, et le second avance bien jusqu'ici je trouve. Et je peux déjà vous dire qu'on retrouvera le POV de Rachel, Lucas ainsi que celui d'Allie... Je ne dis rien sur les autres ! ;)

Finalement, vu que ce chapitre a été découpé en deux, il reste encore trois chapitre de lecture et donc le temps à plus de rebondissement et de m'assurer que la fin soit écrite telle que je l'ai pensé il y a si longtemps.

Si vous avez n'importe quel commentaire sur l'histoire, n'hésitez pas !

A très bientôt j'espère pour la suite !