Titre :La Légende des Sept Portes

Auteur : Orlane Sayan

Disclaimer : Rien est à moi (ou presque): JKR a juste une générosité à l'aulne de son imagination!

Disclaimer : Je ne possède ni les univers de Charmed ni celui de Buffy contre les Vampires (je les ai revendus il y a quelques années et... Quoi? Comment ça vous ne me croyez pas?)

Résumé:

An 2022.

Cela fait désormais vingt ans que la Grande Guerre est terminée et tous les héros, reconnus ou simples anonymes, ont retrouvé une vie paisible dans un Royaume-Uni désormais guérit.

Mais dans l'ombre de cet avenir plein de promesses s'élève un murmure de plus en plus inquiétant. Une vieille légende se réveille sous les yeux de la nouvelle génération...


RAR :

Tryphon 21:

Hey ! Merci beaucoup pour ta review !

Je distille les révélation à petite dose. Quelques petites choses ici, cependant. Après, tout dépend quelles révélations tu attends !

Pour la Porte Noire, ne dit-on pas que le calme précède les tempêtes ?;)

Encore merci pour ta fidélité ! Bonne lecture !

MAHA5659 :

Hey Demoiselle ! Tu vas bien ?

Merci beaucoup pour ta review ! Ca fait toujours autant plaisir de voir que tu continues à lire cette fic !

Oui, la pilule est un peu dure à avaler, et sans vouloir les déprimer, ils ne sont pas a bout de leurs peines ces petits.

J'espère que ce chapitre te plaira ! Bonne lectue !


Note:

Aloâ !

Comment va la vie de votre existence ?

De mon côté, ça roule ! J'ai terminé le chapitre 62 hier (oui, en un mois, c'est pas très impressionnant. Cela dit, il a été récalcitrant – sinon c'est pas drôle – et il fait tout de même 14 pages... Ce qui n'est pas si mal, non?)

Autrement, nouveau chapitre. Bon, c'est pas mon préféré : un petit peu de transition à laquelle je ne pouvais pas couper. Je vous promets toutefois que le suivant est nettement mieux!

J'espère que ça vous plaira quand même...
Bonne lecture !


Qui-est-Qui ?

(dès fois que vous ne soyez pas réveillés : G : Gryffondor, Serp : Serpentard, Serd:Serdaigle, P : Poufsouffle)

Harry/Ginny Potter: les jumeaux James et Lily (septième année G/G), Albus Severus (cinquième année Serd)

Ron/Hermione Weasley: Rose (septième année Serd), Hugo (quatrième année G)

Draco/Mélindra Black-Malefoy : William (26 ans G), les jumeaux Alyne et Aaron (septième année G/Serp), les jumelles Sarah et Syrielle (cinquième année Serd), Elzo (troisième année G), Emily (première année P).

Neville/Hannah Londubat : Alice (19 ans P), July (cinquième année Serd), Kiara (première année Serp)

Rolf/Luna Scamander : les jumeaux Lorcan et Lysander (troisième année G), Aïday (première année P)

Severus/Kate Rogue : Emma (24 ans Serp), Regulus (septième année G)

Remus/Nymphadora Lupin : Teddy (25 ans G), Violette (20 ans Serd)

Bill/Fleur Weasley : Victoire (19 ans), Dominique (sixième année), Louis (troisième année)

Charly/Down Weasley : Simon (première année P), Gualterio (8 ans)

Percy/Audrey Weasley : Molly (septième année Serd), Lucy (deuxième année G)

George/Angelina : Fred (sixième année G), Roxanne (troisième année G)

Lachlom/Buffy Swift : Joyce (deuxième année G), Alyssa (10 ans)

Léo/Piper Halliwell : Wyatt (28 ans), Chris (27 ans), Mélinda (24 ans)

Henri/Paige Halliwell : Henri Junior (25 ans), les jumelles Pearl et Pauline (22 ans)

Coop/Phoebe : Prudence (21 ans), Penelope (19 ans), Patricia (12 ans)


Previously on LSP :

La Porte Noire a quitté l'ombre dans laquelle l'histoire l'avait plongée. Après des siècles de préparatifs, les démons ont procédé à un immense sacrifice pour briser le sortilège qui maintient le passage fermé.

En Angleterre, la famille de Olympie – Gardien de la mémoire des Sept Portes – se sont lancés à corps perdu dans une lutte qu'ils savent inégale.

Après des recherches, les meilleurs espoirs reposent sur une ancienne théorie magique – l'Harmonique des Lignées – qui permettrait de rouvrir un passage vers Olympie afin de sommer les Dieux de leur venir en aide.

Afin de réaliser cet exploit, il faut toutefois ramener Lily Evans et Sarah Black dans l'époque actuelle afin de compléter le sortilège.

La nuit du 31 Décembre, un sortilège est lancé à cette fin, alors qu'en Grèce, la Porte Noire officie le plus grand sacrifice jamais vu depuis des siècles.


Chapitre 37

La neige recouvrait tout le parc de Poudlard mais comme chaque année, le manteau blanc avait énormément de mal à se glisser au coeur de la Forêt Interdite, si bien que par moment, seul le vent mordant rappelait que l'hiver était bel et bien là.

Mélindra laissait Sarah la guider dans la Forêt Interdite sans même faire attention à ce qu'il l'entourait. Elle daignait seulement sursauter quand Syrielle abandonnait les airs pour se poser près d'eux sans prévenir.

Un faible gémissement brisa pourtant sa transe avec une facilité déconcertante : Lillendrine s'affaiblissait à mesure que le temps passait et Mélindra se sentait dévorée par la peur de voir la jeune femme succomber à ses blessures sans qu'elle ne puisse rien faire.

- Elle tient le coup, dit William en surprenant son air inquiet.

Mélindra détourna le visage alors que le regard de son fils se faisait plus inquisiteur. Elle avait l'impression de vivre un rêve étrange, d'assister à une suite d'images empruntées à une vie qui n'était pas la sienne. Tout se compliquait si vite : le sortilège avait fonctionné, certes, mais son père faisait lui aussi partie des voyageurs et jamais, ô grand jamais, elle n'avait imaginé qu'elle le reverrait un jour. La perspective de rencontrer sa mère, même âgée d'une vingtaine d'année, ne l'avait pas effrayée une seule seconde quand Emily lui avait expliqué son plan. Au contraire, c'était une occasion unique.

Mais son père...

Elle repoussa les souvenirs de sa mort avec obstination et préféra se concentrer sur Lillendrine. Sa petite fille avait besoin d'aide et elle lui devait au moins ça.

Devant eux, Sarah s'arrêta au milieu d'une petite clairière où la lumière des étoiles peinait à percer l'obscurité. D'un geste, elle désigna les silhouettes indistinctes qui se tenaient dans l'ombre des arbres imposants. Syrielle choisit cet instant pour se poser sur la terre ferme.

- Allanah Sharma, souffla William après avoir posé avec douceur la civière.

L'une des silhouettes s'avança et Mélindra reconnu le fils de Magorian, l'ancien chef du clan des Centaures. Aussi imposant que son père l'avait été, il avait toutefois un visage plus doux et ses yeux clairs reflétaient la bienveillance qu'il avait toujours eu pour William.

- Allanah, fils des Etoiles. Nous avons entendu votre appel depuis le village. Que se passe-t-il ?

- Une de mes amies est grièvement blessée. Nous aurions besoin de votre aide.
- Notre médecine n'est pas aussi puissante que votre magie.

- C'est un cas un peu plus compliqué...

Sharma s'approcha de la civière et pour la première fois, Mélindra pu lire la surprise sur son visage. Il plia ses deux pattes antérieures et posa une main tremblante sur le front de Lillendrine, à l'exact endroit où l'on devinait le Joyaux d'Olympie sous sa peau diaphane.

Puis, aussi vite que son trouble s'était dévoilé, il se ressaisit et se tourna vers les siens. Une série d'ordres plus tard, il leur fit signe de les suivre.

- Je vais vous mener jusqu'au Nexus le plus puissant de la Forêt. Il n'est pas très éloigné d'ici. La Guérisseuse va nous y rejoindre.

Les Centaures ouvrirent la marche sans plus tarder et ils les menèrent de plus en plus loin dans les profondeurs de la Forêt Interdite. Bientôt, ils durent former une longue file indienne pour se frayer un chemin à travers les troncs larges, au milieu des buissons rabougris pleins d'épines, alors que le terrain était irrégulier. Seule Sarah était parfaitement à l'aise : pieds nus sur la terre gelée, elle se jouait des caprices de la végétation et mettait tout en oeuvre pour faciliter leur progression alors que Syrielle restait près de Lillendrine, chauffant l'air qui l'entourait pour la protéger d'un mal de plus.

Bientôt, les effets du Nexus se firent plus marqués. Les bruits de la forêt changèrent, preuve qu'aucune créature magique ne s'approchait jamais. Seul le vent qui se faufilait dans les hautes branches allégeait la sensation oppressante d'être seul au milieu de nul part. Le sol se modifia lui aussi, aucune végétation ne semblait capable de pousser sur la terre noire et humide. Les arbres, toujours aussi massifs et hauts, se firent plus espacés les uns des autres, et leur cime formait un toit de feuillages et de branches impénétrable. L'obscurité fût bientôt si totale que les Centaures s'arrêtèrent pour allumer des torches.

Mélindra sentit son Calice de Vie trembler dans sa poitrine alors que chaque pas lui coûtait un effort plus considérable que le précédent. Elle s'obligea pourtant à continuer jusqu'à l'extrême limite de sa résistance... Elle ne voulait pas abandonner Lillendrine.

L'abandonner à nouveau...

Son habituelle culpabilité enflamma ses pensées, assombrissant son visage. Plus de vingt ans auparavant, quand elle avait quitté le Royaume des Dieux, elle n'avait pas pu emmener Lillendrine avec elle. Ou plutôt, elle n'avait pas pu se battre pour arracher la fillette à ses anciens tortionnaires. Le résultat de sa lâcheté était désormais sous ses yeux : Lillendrine avait grandi avec des êtres sans coeur ni âme, et venait de risquer sa vie durant l'Epreuve des Sept Jours et Sept Nuits. Mélindra avait beau ne plus avoir de corps à proprement parler, elle se souvenait encore des mois qui avaient suivit son retour sur Terre : sa chair meurtrie, ses os brisés, sa magie fragilisée jusqu'à la rupture...

Et les cauchemars qui puisaient leur force dans ses souvenirs, manquant de broyer son âme. Si elle n'avait pas eu William pour la raccrocher à la vie, elle serait peut-être devenue folle.

Une racine faillit la faire tomber et Mélindra se rattrapa au dernier moment, une main crispée sur sa poitrine alors que son Calice de Vie vibrait tellement qu'elle aurait voulu se l'arracher pour arrêter la douleur.

- Maman, ça va ? Demanda William.

- Bien sûr, ne t'inquiète pas...

- Tu es sûre ?

Elle se composa un visage rassurant avant de se tourner vers lui.

- Je vais bien, William.

Seulement, depuis sa mort, elle n'était plus qu'une âme ancrée dans le monde des vivants par un cristal empli de son propre sang.

Elle n'était que magie.

Et le Nexus remplissait son rôle de draineur sans faire la moindre différence.

Ce fût avec horreur que William s'aperçut que sa mère était plus translucide qu'un fantôme !

Sans un mot, il passa la civière à Syrielle et vint attraper le bras de sa mère, l'empêchant de faire un pas de plus.

- Le Nexus est en train de t'aspirer, dit-il devant son regard lourd de reproches.

- Ça n'a pas d'importance.

William soupira en avisant le regard anxieux que sa mère lança à Lillendrine et retint son juron en réalisant avec un temps de retard tout ce que la présence de la jeune femme signifiait : sa mère ne lui avait jamais dit mais il savait que Lillendrine lui manquait terriblement, qu'elle ne se pardonnait pas de l'avoir laissée derrière elle et que la seule raison pour laquelle elle avait acceptée le marché de Dumbledore après sa mort, c'était pour racheter ce qu'elle considérait comme une trahison.

- Ecoute Maman, je vais rester avec Lillendrine jusqu'à ce qu'elle aille mieux. Les Centaures vont s'occuper d'elle et elle va survivre à ses blessures, comme tu as survécu aux tiennes. Je te le promets.

- Je ne la laisserais pas affronter ça toute seule.

- Elle ne sera pas seule ! Si tu t'approches encore du Nexus, tu risques d'y laisser ton âme. Et ça, je ne te le permettrais pas.

Mélindra se redressa de toute sa hauteur, vaine tentative pour dominer son fils quand celui-ci faisait une bonne tête de plus qu'elle, et lui offrit son meilleur regard sévère.

William eut une moue désolée et combla la distance qu'elle essayait de lui imposer en la prenant dans ses bras.

La fatigue accumulée depuis Halloween décupla ses inquiétudes et ses doutes, les transformant en une tempête intérieure d'une force incroyable. Mélindra tenta de rester debout, repoussant les larmes par la seule force de sa volonté, cloisonnant le maelström de ses pensées dans un coin de sa tête pour ne pas imploser.

- Rentre Maman... Je te promets que je vais veiller sur elle.

William sentit avec soulagement sa mère retrouver la raison. Elle se dégagea de son étreinte avec un hochement de tête lasse et il fit semblant de ne pas remarquer la larme qui coulait le long de sa joue. Elle s'éclipsa sans un mot de plus.

Draco faisait les cents pas dans son salon, jetant un regard anxieux à la large horloge qui trônait au-dessus de la cheminée : cela faisait plus de trois heures que Mélindra était partie dans la forêt Interdite et il n'avait toujours pas la moindre nouvelle.

Sa main vola dans ses cheveux pour la énième fois et il tenta de se rassurer du mieux qu'il pouvait : Mélindra était avec Wyatt, William, Sarah et Syrielle. Il savait qu'il pouvait compter sur ses trois enfants pour garder un oeil attentif sur leur mère et la ramener à la raison, si toutefois il lui venait des idées impensables.

Seulement, Mélindra n'avait jamais cessé d'être imprévisible et ce qu'il s'était produit cette nuit avait toutes les chances de briser les barrières qu'elle avait dressées contre son passé.

Un passé qui venait de se réincarner en même temps que Sirius Black et Lillendrine Lupin.

La peur lui fît fermer les yeux alors que ses propres souvenirs se mêlaient à son inquiétude pour sa femme. Il n'avait jamais oublié le regard vide de Mélindra lorsque son père était mort, ni sa voix vibrante de culpabilité quand elle avait évoqué l'histoire de Lillendrine. De toutes les cicatrices qui lui restaient de la guerre, ces deux-là étaient bien les seules à n'avoir jamais guéri.

Et à cet instant précis, il redoutait plus que tout sa réaction...

Une faible mélodie s'éleva derrière lui et il se retourna vivement, soupirant de soulagement avant de sentir son coeur se serrer devant sa détresse. Tout d'un coup, elle lui parut plus frêle, plus fragile...

Doucement, il s'avança vers elle et la prit dans ses bras, ignorant superbement les bras qu'elle avait croisé sur sa poitrine.

- Ça va aller, Mél', souffla-t-il. Ça va aller.

Assit au sommet de la tour Noire, Harry Potter observait le ciel sombre des longues nuits d'hiver gagner les teintes violettes annonciatrices de l'arrivée du soleil.

Puisqu'à l'évidence, la terre allait connaître un nouveau levé de soleil.

A la faveur des étoiles somnolentes, alors que la lune disparaissait et que quelques nuages se donnaient l'impression d'être en feu, Harry eut l'étrange idée de trouver que rien n'avait changé.

La Forêt Interdite veillait sur le Lac Noir paisible, les montagnes se laissaient deviner au loin, le château conservait précieusement sa cape de mystère, tandis que les bruits de la nuit s'apaisaient lentement.

De violet, le ciel passa au rouge.

Un rouge profond, strié de veines noires, comme si la nuit tentait de résister au jour dans ses dernières minutes.

Ou comme si les ténèbres avaient réussit à s'infiltrer au coeur de la lumière.

Harry ferma les yeux pour se soustraire au message que le ciel lui envoyait : la Terre venait de connaître l'une des nuits les plus sanglantes de son histoire et que les démons de la Porte Noire n'aient pas encore déferlé en une vague dévastatrice n'avait rien à voir avec un quelconque miracle.

La Porte Noire était rouverte, il en était intimement persuadé, et le chaos viendrait bien assez tôt.
Son coeur se serra alors que des interrogations folles reprenaient leur danse dans son esprit : qu'allait-il se passer ? Les démons n'étaient pas sortis en masse comme on les attendait. Cela signifiait que des paramètres leur échappaient... Mais alors, quel était le but de la Porte Noire ? Quels étaient ses plans ? Que se passait-il en ce moment en Grèce ? Pourquoi...

Une présence légère se glissa à ses côtés, une main se posa sur son épaule et une joue chaude se nicha sans son cou.

Harry inspira à plein poumon l'odeur de Ginny, savoura ces flagrances de rose et de miel... réalisa qu'un jour peut-être, il ne pourrait plus les goûter.

Sa femme dû sentir sa peur grandissante car elle se glissa dans ses bras et posa ses lèvres près de son oreille droite.

- Je t'aime.

Une délicate chaleur monta de son ventre et il sentit cet étrange monstre qui vivait dans son coeur vrombir de bonheur.

- Moi aussi, souffla-t-il en resserrant son étreinte, formant un univers clos hors de toute menace.

Ils restèrent un long moment immobiles, à savourer la présence de l'autre, à puiser dans cet instant volé au chaos de la force et du courage.

Car ils étaient lucides : le plus dur était à venir.

- Que va-t-il se passer maintenant ? Demanda Ginny.

Sa voix, légèrement tremblante, était empreinte de peur. Harry sentit son coeur se serrer alors qu'il se savait incapable de la rassurer complètement.

Qu'allait-il se passer maintenant ?

C'était une question à laquelle il n'avait aucune réponse. Le futur se perdait dans un complexe labyrinthe d'hypothèses et même si la menace était omniprésente, personne ne pouvait imaginer ce qui les attendait.

Ce qui les attendait vraiment.

- Je ne sais pas, dit-il finalement.

Ginny eut un long soupir mais n'insista pas. Harry sentit même qu'elle se redressait, comme pour défier ses incertitudes et ses peurs.

Il baissa les yeux vers elle et fût surpris de la voir esquisser un sourire en coin.

- Quand comptes-tu me présenter à tes parents ?

Il sourit à son tour alors que les paroles de sa femme l'emportaient vers l'avant, l'obligeait à voir le positif. Toujours.

- Bientôt, je l'espère, Madame Potter.

Il l'embrassa.

Scott était plongé dans une transe proche de la folie alors que la douleur qui vrillait son âme menaçait de l'engloutir totalement. Il revoyait le corps torturé de sa sœur, les sillons écarlates de son sang qui nourrissait le cercle magique maudit. Il la voyait mourir sous ses yeux et la culpabilité le rongeait.

Il n'avait pas su la sauver.

Prostré sur lui-même, il ressemblait à une bête blessée, et seuls les sanglots qui le secouaient parfois montraient qu'il était toujours vivant.

Il aurait voulu disparaître, s'oublier... Pourtant, quelque chose le retenait à la vie. Un rêve de revanche, une ancienne promesse qu'il ne pouvait trahir.

Là-bas, dans cette réalité qu'il souhaitait fuir, une série de cris perçants déchirèrent le silence oppressant de l'immense grotte.

Scott tressaillit, tenta de se replonger dans sa détresse.

Le visage déterminé de sa sœur lui fit l'effet d'un ultime électrochoc.

Il ouvrit les yeux.

Scott mit de longues minutes à se replonger dans l'instant présent. Une sensation dérangeante le gênait au plus profond de son âme sans qu'il n'arrive à mettre une idée précise dessus.

Il lui manquait un repère pour qu'il reprenne complétement pied.

Un nouvelle série de cris perçants montèrent jusqu'à lui, semblables à ceux d'un rapace particulièrement imposant.

Ils éclatèrent dans le silence avec d'autant plus de force que la grotte les répercuta en échos interminables.

C'est avec le silence que Scott comprit ce qui clochait.

Les démons et les tambours s'étaient tus. Il n'y avait plus un bruit autour de lui. Les entrailles de la Terre étaient si calmes qu'il pouvait entendre les battements de son coeur.

Il sentit une vague de peur primaire lui enflammer le ventre mais il trouva le courage de ramper jusqu'au bord du tunnel.

Ce qu'il vit fit naître une sueur froide sur tout son corps.

...

Ils étaient neuf.

Immobiles au pied de la Porte Noire qui irradiait d'une lumière contre nature : plus sombre qu'un ciel sans soleil et pourtant affreusement crue. Une lumière sale qui jetait sur le monde un voile inquiétant, comme perverti.

Ils étaient neuf.

Pas tout à fait immobiles : Scott voyait les yeux aux pupilles verticales bouger rapidement, comme s'ils sautaient d'un détail à un autre. Parfois, leurs ailes battaient furieusement l'air d'un geste fulgurent, comme pour les garder en équilibre. Et puis ils retrouvaient leur allure de statue pour une nouvelle paire de minutes.
Ils étaient neuf.

Neuf montres hideux, impensable croisement improbable entre une chauve-souri et un ptérodactyle : deux sortes de cornes effilées terminaient une gueule faîte pour tuer, alors que tout leur corps semblait avoir été étudié pour donner la mort. De son observatoire, Scott ne voyait que les ailes repliées mais il ne douta pas une seule seconde que les pans de cuir sombre translucide, cachaient des griffes acérées entre autres choses.

Ils étaient neuf.

Neuf monstres imposants de plus de trois mètres chacun, qui étaient à l'origine des cris aigus qui l'avaient sorti de sa torpeur.

Ils étaient neuf.

Leur présence sur Terre était en elle-même si improbable que Scott faillit les manquer.

Ils étaient neuf.

Neuf silhouettes parfaitement humaines qui se tenaient sur le côté gauche des montres. Ils portaient une armure sombre qui les rendaient presque indiscernables parmi les ombres de la caverne.

Mais ils étaient neufs.

Rien ne les faisait paraître ni plus grands, ni plus puissants à première vue. Non. Ils dégageaient juste une aura de violence contrôlée. Quelque chose de malsain dans leur regard, une morgue inhumaine sur chaque trait de leur visage, une soif de sang lisible jusque dans la façon dont ils se tenaient.

Ils étaient neuf.

Et comparés à eux, les monstres semblaient être de pathétiques oiseaux exotiques.

Le démon qui avait tué le nourrisson et mené la cérémonie de l'ouverture de la Porte Noire se releva finalement, et Scott réalisa à cet instant précis que chaque monstre dans l'immense grotte était courbé en signe de déférence face aux nouveaux arrivants. Le maître de cérémonie se plaça au centre de l'esplanade rocheuse et leur fît signe de se redresser. S'ils obéirent, Scott pouvait quand même sentir le malaise qui courait dans les rangs.

Ils ont peur, comprit-il. Et cette pensée le glaça. Si des êtres aussi cruels avaient peur de neuf des leurs, que devaient craindre les humains ?

La voix du sorcier en contrebas était lente et mesurée, mais de plus en plus puissante. Il attendit que l'attention des monstres lui soit tout à fait acquise avant de scander une série de grognements que Scott ne saisit pas. Il désigna les neuf silhouettes derrière lui et la foule explosa en un concert de cris. Mais ils sonnèrent faux, comme si les monstres se forçaient à accueillir avec les honneurs les instruments de leur propre fin.

Le sorcier attendit que son auditoire s'apaise avant de reprendre, la voix voilée de mystère. Il récita des mots qui sonnèrent comme un texte appris par coeur. Un texte sacré.

Il fit un geste en direction de sa gauche et un complexe symbole apparu dans les airs.

Scott plissa les yeux pour le déchiffrer, convaincu de l'avoir déjà vu quelque part.

Lorsque le symbole se stabilisa et prit pleinement sa forme, les démons furent parcouru par une vague d'excitation semblable à celle qui avait précédé l'ouverture de la Porte Noire.

Le sorcier réussit l'exploit de couvrir de sa voix la clameur incroyable qu'il avait suscité et chacun de ses mots sembla enflammer d'autant plus la foule. Il vociféra, s'agita, désignant les neuf silhouettes immobiles derrière lui puis le symbole, puis la foule et encore le symbole.

Le chant des tambours reprit, les démons hurlaient maintenant, le sorcier entretenait le flux tendu, l'intensifiait et le canalisait à son avantage.

Et quand tout gagna son paroxysme, que l'air elle-même était chargée de cette acclamation animale, le sorcier brisa le symbole d'un geste vif et puissant, bien que parfaitement mesuré.

Scott vit les fragments toucher le sol avant qu'ils ne disparaissent dans le néant. Les démons criaient tellement maintenant que la roche en tremblait. Le coeur haletant et la respiration au bord de la rupture, le jeune homme rampa le long du boyau où il se trouvait, puis s'obligea à se remettre debout.

Ses jambes flageolèrent sous lui et il manqua de retomber à genoux alors que sa tête lui tournait dangereusement. Mais il fit un pas, suivit d'un autre.

Il fallait qu'il quitte ces tunnels, il fallait qu'il trouve les autres, qu'il raconte ce qu'il avait vu.

Plus que tout, il devait les prévenir.

Oui. Les prévenir. Avant qu'ils ne soient trop tard.

En bas, dans la fausse, les démons ne chantaient pas qu'un hymne de guerre. Ils entonnaient une hymne de destruction, une promesse de mort, un voeux avoué que leur Roi avait formulé pour eux.

La fin des Olympie.

Alors que la clameur continuait d'enfler, les neuf démons, tous membres de la Milice Körper, relevèrent la tête vers le boyau d'où les avait espionnés Scott.

A aucun moment, la présence d'un humain ne leur avait échappée.

Sans se consulter, ils enfourchèrent leur monture ailée et se laissèrent emporter. Le même plaisir morbide s'était allumé dans leur regard...
La traque promettait d'être facile mais elle leur se finirait par la mort d'un humain... Non, d'un Acathlant. Et ils vivaient pour tuer.


Alors ? Qu'en avez-vous pensé ?

Laissez-moi un petit mot pour me donner vos impressions, je réponds toujours !

On se dit à dans un mois ?

Orlane, Scribouilleuse.

Mis en ligne le 08/12/2013.