La fausse évasion de Diane Krasten fut organisée à l'aube, alors que le soir même la pleine lune brillerait. Ce qui présentait un risque majeur : si la jeune fille leur glissait entre les doigts sans pour autant rejoindre la cachette de la meute, il y aurait un loup-garou en liberté dans le monde Moldu.

Cependant, ça restait un avantage. Si ils découvraient la tanière juste avant la pleine lune, les Aurors pourraient frapper quand les loups-garous n'étaient pas entourés de Mangemorts, et incapables d'utiliser ne serait-ce qu'un Portoloin. Oui, leur force et leur férocité serait également décuplées, mais ça restait le meilleur plan. Les Aurors avaient prévus d'épaisses cuirasses enchantées qui les protégeraient des morsures, et ils étaient certains de réussir à "nettoyer la tanière", quoi qu'ils puissent y trouver.

Tout reposait donc sur le pistage de la louve-garou. Les Aurors étaient prêts – enfin, autant qu'on puisse être prêt lorsqu'on s'attend à l'imprévu – et tendus comme des arcs. Même Dawlish ne faisait plus la moindre remarque. Il était chargé d'escorter la louve-garou, avec Fiertalon, et de lui laisser une occasion de s'enfuir plausible. Maugrey quand à lui ouvrait la marche, tenant le Boursouf "au cas où". Les autres Aurors étaient dispersés sur les différents chemins que pouvait emprunter leur cible, y compris la plupart des apprentis de deuxième et troisième année. Les trois quart du bureau avait été réquisitionné pour l'opération, et ils étaient place depuis bien longtemps pour reconnaitre le terrain dans ses moindres détails et veiller à détourner les Moldus. Hors de question qu'elle en prenne un en otage.

Sirius et James, anciens joueurs émérites de Quidditch, avaient d'office été chargé de la surveillance aérienne. Ils étaient plutôt bien désillusionnés, balais compris, et avaient généré une illusion de brume qui les confondait encore mieux avec le ciel gris et lourd. L'évasion devait avoir lieu sur une route de campagne isolée. Pour l'instant ils avaient un excellent visuel de la situation.

Enfin ils virent arriver la voiture ensorcelée qui servait au transport de prisonniers. La camionnette blanche, appartenant officiellement à un laitier, cahotait et bringuebalait sur la route de terre, les roues ne touchant pas toujours le sol – ceux qui l'avaient enchantée comptaient visiblement plus sur les sortilèges de repousse-moldu que sur son apparence pour la dissimuler. James prit le miroir de communication que lui avait confié Maugrey et dit à voix basse :

"Transport en vue.

— Bien reçu."

Les deux apprentis volèrent en cercle au-dessus de la camionnette. Comme prévu, elle s'arrêta dans un ultime cahot. Dawlish en sorti en jurant, mimant l'Auror furieux face à une panne de ce diabolique engin moldu. James et Sirius s'amusèrent de le voir gesticuler, le connaissant assez bien pour savoir à quel point il pouvait être crédible dans ce rôle d'éternel râleur plus ou moins hargneux. Il fut rapidement rejoint par Fiertalon, lui aussi mimant une belle colère. Tandis qu'ils se disputaient, penchés au-dessus du moteur qui laissait échapper de plus en plus de fumée – bleue, puis verte, et pour finir violette – Diane restait seule à l'arrière. Attachée par des liens magiques, mais normalement…

Gagné. Les deux apprentis virent les portières arrières de la camionnette se fendre et s'écarter sous la pression d'un terrible coup, porté à deux poings par la prisonnière. Celle-ci se faufila par l'ouverture et, les mains toujours liées, elle se mit à courir. Bon point pour les Aurors, qui avaient crains qu'elle ne cherche d'abord à attaquer ses gardiens. Ceux-ci n'avaient plus qu'à voir l'évadée bien trop tard et lui courir après en lançant des sorts : jamais ils ne rattraperaient une louve-garou à la course, c'était évident, et leur prisonnière leur fila entre les doigts avec facilité.

Première phase parfaitement accomplie, ne restait plus qu'à la suivre. Les balais n'avaient aucun mal à tenir le rythme et les sorciers la voyaient bien, même si elle se glissait dans l'ombre des arbres à chaque fois qu'elle en avait l'occasion. Au sol, les autres Aurors, guidés par les instructions des deux apprentis, avançaient leur filet en même temps que Diane avançait, continuant à garder tous les chemins d'évasion possible, mais trop loin pour qu'elle les voit. Ils s'étaient ensorcelés pour qu'elle ne puisse pas les flairer. Pour l'instant, elle ne semblait pas se méfier, et avançait globalement en ligne droite.

Elle n'avançait pas vite, d'ailleurs. Après un départ à toute allure, elle était peu à peu passé à la vitesse de course d'un humain, puis à une vitesse de marche. Voulait-elle brouiller les pistes ? Se cacher dans un coin et laisser ses poursuivants la doubler ? Si ce cas de figure arrivait, ils avaient prévu une battue bruyante venue uniquement d'un coté, pour qu'elle se sente obligée de se remettre en route. Mais Maugrey n'aimait pas ce rythme. Se cacher, c'était une chose, fuir, s'en était une autre, mais trainer ainsi, ça n'avait pas de sens. Diane était jeune, et en pleine forme, elle avait même bu et mangé pendant son emprisonnement. Elle n'aurait pas dû être si lente. Plus inquiétant encore, elle ralentissait de plus en plus.

De leurs balais, James et Sirius partageaient cette inquiétude. La jeune fille ne se contentait plus de marcher lentement, elle titubait. Elle ne semblait même plus capable de se cacher dès qu'elle voyait un arbre, elle restait à découvert, au milieu d'un champ. Enfin, ils la virent se plier en deux, et comprirent…

— Elle est malade ! Ou empoisonnée ! Il faut la récupérer tout de suite, ou on va la perdre !

Poussant un juron, Maugrey lança l'ordre à tous les Aurors de récupérer immédiatement la louve, mais c'était trop tard. Diane avait avancé jusqu'à l'extrême limite de ses forces. A présent, elle agonisait, les yeux exorbités, les mains sur le ventre, des taches noirâtres parsemant sa peau. En dépit de la tentative de leur Guérisseur, elle mourut rapidement.

Fiertalon demanda à Maugrey :

— Vous croyez qu'elle s'est empoisonnée elle-même ? Ou que ce sont eux qui lui donné quelque chose, en lui disant de le prendre pour les rejoindre ?

— Qui sait… En tous cas, je connais ce poison. Il agit en quatre à cinq heures. Elle l'a avalé quand elle était encore sous notre surveillance.»

Le regard sombre concentré sur le cadavre, il n'avait pas besoin d'en dire plus. Le plus vraisemblable restait qu'elle ait été empoisonnée par un traître, au sein même du Bureau des Aurors.

.

Cette nuit-là, Sirius arriva tôt chez Rémus. Si tôt qu'il était même encore tard le soir. Il savait qu'il ne pourrait rien faire durant la nuit, que le loup-garou passerait dans son horrible cage. Mais il avait envie d'être là. Ou avec James, en train de repasser les évènements et de tirer ça au clair, mais James avait eu l'occasion de passer la soirée avec Lily, et il n'allait bien sûr pas la laisser passer. Il y aurait d'autres membres de l'Ordre, ils parleraient sans doute de la manière de débusquer le traitre. Mais Sirius n'avait pas envie d'en parler. James lui donnerait le nouveau plan et ça suffirait bien.

Il se souvenait très bien de la réaction des Aurors, lorsqu'ils avaient tous compris qu'il y avait un traitre. La manière dont tous les regards s'étaient tournés vers lui. La façon dont James avait commencé à placer devant lui, en position de défense, pendant que Sirius lui-même faisait celui qui ne remarquait rien. Comme un mauvais recommencement de son arrivée dans la tour Gryffondor, il y avait si longtemps. Parce qu'il était un Black, né dans une famille de Sang-Pur complètement cinglés et obsédés de leur lignée, un nid à Serpendard et à Mangemorts, comme chacun le savait. Et il pourrait bien passer sa vie à lutter contre les forces du mal, ils le verraient toujours comme un Black avant tout. A moins qu'il ne dégomme le Seigneur des Sinistres lui-même, ce qui restait un de ses objectifs, mais assez délicat à réaliser.

En attendant, il avait envie de voir son petit ami, et même si ce n'était pas possible tout de suite, d'attendre chez lui. Il avait complètement adopté la maisonnette comme un refuge, un endroit douillet où il pouvait être lui-même, sans sous-entendus, sans soupçons. Tant qu'à ressasser, au moins il y serait bien.

Au lieu de transplaner directement chez Rémus, il arriva à coté, histoire de signaler au sorcier de l'Ordre en place qu'il était là. Il siffla un code rapide, et sursauta quand un minuscule sorcier sorti directement d'un tronc d'arbre – arbre qui n'était pas là la dernière fois qu'il était venu, maintenant qu'il y repensait, mais ça ne l'avait pas choqué au premier abord. Plutôt bien fait, donc.

L'homme avait une drôle d'allure, miteux et méfiant, avec un accent des bas-fonds à couper au couteau. Il se présenta d'un :

"Mondingus Fletcher, à votre service, patron. Vous venez pour un rapport ou pour me relever ?

— Sirius Black, enchanté. Je venais vous signaler que je vais rendre visite à Lupin.

— Heu… vous savez que c'est pas franchement sa bonne période, là ?

Sirius éclata de rire. Jamais il n'aurait pensé pouvoir croiser ce genre de sorciers au sein de l'Ordre du Phénix, mais après tout, qu'ils donnent tous leur avis ou pas, c'était Dumbledore qui avait le dernier mot sur les recrutements. Et ce personnage ne détonnait pas tant que ça de la part de leur vieux fou de directeur. Il répondit :

— Je sais, ne vous en faites pas, je ne compte pas ouvrir sa cage. Juste préparer la maison. Je m'occuperai de lui au matin.

— Comme vous voulez. Du coup, est-ce que c'est la peine que je reste ? Parce que bon, Dumbledore me l'a demandé, et bien sûr je le ferai s'il le faut, mais on va pas se mentir, aucun loup-garou ne va se pointer cette nuit, comment vous voudriez qu'ils fassent ? Ils ne sont même pas en état de savoir leurs noms. Je l'ai dit à l'Auror, mais il m'a sorti une histoire de vigile constant, et j'ai pas trop osé lui répondre parce qu'il est quand même impressionnant, mais…

Sirius haussa les épaules. C'est sûr que cette nuit, le risque était faible, c'était sans doute pour ça que Maugrey n'avait pas demandé aux meilleurs sorciers de l'Ordre d'être présents. Mais il n'était pas nul. Et si l'apprenti était prêt à prendre facilement des risques pour lui, il y rechignait pour Rémus. Surtout maintenant qu'il savait que même parmi les Aurors, il y avait des traitres. Oui, il le savait que c'était possible, et même probable, depuis longtemps, et il savait que c'était la raison principale de la création de l'Ordre. Mais tout de même, en avoir la preuve cruelle sous les yeux l'avait ébranlé, et il ne se sentait pas d'humeur à se montrer aussi insouciant qu'à l'ordinaire. C'est pourquoi il répondit à Fletcher que oui, il allait falloir qu'il continue à monter la garde. Devant l'air dépité du petit homme, il lui offrit une bouteille de whisky Pur-Feu qu'il avait en réserve, ce qui le ragaillardi immédiatement. Puis il entra dans la maison.

Bon. Il avait plusieurs heures à tuer, et pas grand-chose à préparer au final. Il ferait mieux de carrément s'installer à l'étage et de dormir. Sauf qu'il savait qu'il n'y arriverait pas. Il était nerveux comme une puce. Beaucoup trop de choses se faisaient en douce, hors de son contrôle. Il n'était pas Maugrey, lui. Il aimait affronter ses adversaires en face, c'est comme ça qu'il était fort. Les mensonges et les secrets, c'était la spécialité des Mangemorts – et, il devait bien l'avouer, de sa propre famille. C'était pour ça que ça lui répugnait violemment. Ils n'avaient pas eu le choix pour l'opération Greyback, mais jamais il n'aurait pensé se retrouver dans ce genre de situation. Pour lui, dès que Rémus aurait été en face de leur cible, lui Sirius serait venu se jeter dans la bataille, le sauver héroïquement, et ça aurait été la fin de l'histoire. C'était clair, c'était simple, c'était un très bon plan. Et même maintenant, il était certain qu'à trois, avec James et Rémus, ils étaient parfaitement capables de vaincre le plus redouté des loups-garous. Si seulement il voulait bien pointer le bout de son museau…

C'est alors que le cours de ses pensées fut interrompu par le fracas de la porte qu'on enfonçait, suivit du bruit de charge de gens entrant au pas de course.


Alors, d'après le wiki Harry Potter, Fletcher n'est pas encore dans l'Ordre du Phénix. Je fais une petite entorse.

En fait, j'avais prévu de faire carrément une grosse entorse au premier Ordre du Phénix, et de mettre Arthur Weasley. Surtout qu'il est de la famille éloignée de Sirius, à laquelle sa mère lui a dit de ne plus adresser la parole, donc il le trouverait sans doute sympathique. Mais il se retrouve avec déjà six enfants, et la chronologie toute déréglée… Donc tant pis. J'ai déjà un peu bidouillé les dates pour que Harry et Neville naissent bien au même moment, alors que j'ai retardé la relation entre James et Lily…