Salut mes lapins… Voici le dernier chapitre. Bonne lecture. ( Et joyeux noël !)
Chapitre final : L'Enfer.
-Non mais vraiment tu fais chier… Pourquoi t'avais mis mon nom sur ce papier ?
La Mort haussa une épaule. Derrière ses orbites vides, on aurait pu deviner un brin de regret.
-Déjà, je ne pensais pas qu'ils auraient les couilles de le faire. Et puis… Tu sais, c'est long l'éternité, se justifia-t-elle. Je me suis dit que ça mettrai un peu de piment…
-Alors c'est depuis ici que tu nous stalke.
Tony Stark, les mains dans les poches, invité de marque de La Mort en personne, observait en contrebas le monde des mortels.
Tous deux dérivaient sur un morceau de rocher noir et flottant, au milieu du royaume des Morts. La maîtresse des lieux donnaient rarement l'autorisation à l'un de ses hôtes de quitter la Maison du Dernier Sommeil pour venir, à ses côtés, observer les vivants. Mais Tony Stark méritait probablement l'exception.
-Quel connard quand même, maugréa Tony en observant la vie de Peter.
Sous ses yeux et à une vitesse extravagante, Tony observa le jeune homme dépérir, rencontrer Coulson, se faire poignarder par Wade et emmené par le SHIELD.
-Je lui expliquerai bien ma façon de penser…
La Mort mis de l'ordre dans les plis de sa jupe et fit demi-tour, délaissant le spectacle de la vie humaine.
-Ne t'en fais pas, mon ami. Je pense que tu en auras rapidement l'occasion…
Le monde est aveugle et sourd.
Silence étouffant, noir oppressant. Seul le contact des barreaux de la chaise dans son dos lui rappelle qu'il est en vie.
Les journées sont longues, ici, dans l'une des cellules sécurisées du Quartier Général du SHIELD.
Il ne règne aucune lumière dans sa prison, et les murs sont si épais que pas le moindre son ne filtre depuis l'extérieur. A un point que Peter en a oublié que l'extérieur existe.
Au début, il a tenté de garder le compte des jours qui passaient. Trop dur, bien sûr, quand vos seuls repères sont les rares périodes de sommeil dans lesquelles votre corps accepte de sombrer.
Au début, on venait le voir. Coulson, d'autres agents, Nick Fury en personne. On venait lui parler, lui poser des questions.
« Dis leur que c'était moi ».
Alors, il l'avait fait. Par volonté de vengeance, car il n'avait pas très bien digéré le coup de poignard qui lui brûlait encore régulièrement l'estomac. Mais cette vengeance mesquine ne l'avait pas soulagé, pas plus que de mentir aux autorités.
Il s'était vidé de son sang, là-bas à Bangkok. Apparemment, il était resté plusieurs jours dans le coma.
Enfoiré.
L'enquête se poursuivait, le SHIELD courrait après Wade, en vain. Peter savait qu'ils ne le trouveraient jamais. Pour une bonne raison : le mercenaire était complètement fou. Et donc, complètement imprévisible. Armé de sa ceinture de téléportation, il pourrait parfaitement leur échapper l'éternité durant.
Peter perdit la notion du temps et du bonheur. Les heures s'écoulaient de plus en plus lentement, et il n'aurait su dire s'il était là depuis un mois ou un an.
Il apprit à faire le vide dans son esprit. Mais il ne trouva pas la paix pour autant. Les images revenaient, à un moment ou à un autre. Toutes les images.
Et puis, un matin, la lumière.
Coulson accompagné de deux gardes.
-C'est fini, Peter.
-Fini ?
Sa voix était rauque de ne pas avoir été utilisée si longtemps. Coulson eut l'air vaguement désolé.
-Ils ont tranché. Ce sera l'injection létale.
Cette information ne fit ni chaud ni froid au principal concerné.
-Vous avez fait mon procès sans moi ?
Aucune réponse, juste un œil furtif et gêné. Visiblement, lorsqu'on parlait du SHIELD, l'accusé pouvait parfaitement être dispensé de son propre procès. Intéressante, cette notion de justice.
On l'aida à se relever, on lui passa les mains dans le dos, on l'entraîna dans un couloir aux murs chromés et la lumière blanche des néons lui brûla les rétines.
Il observa son reflet sur la surface métallique des murs. Une barbe impressionnante, des vêtements sales qui flottaient autour de lui, trop grands pour cette maigreur qui lui avait échappé, des yeux rougis, des joues creuses.
On l'autorisa à prendre un bain et à se raser. On lui proposa la visite d'un prêtre, il refusa poliment.
On l'emmena dans une pièce sobre, une chambre d'hôpital avec des infirmières en blouse bleu et des hommes à l'air sérieux de l'autre côté des vitres.
On le fit s'asseoir sur une table de métal, puis s'allonger. Peter frissonna. Cette situation lui rappelait vaguement les mains d'Ajax, occupées à lui arracher les doigts. Au moins, cette fois, ce serait rapide.
On palpa la peau de son bras, pour installer la perfusion. Il ferma les yeux.
Il les rouvrit. Vissés sur le plafond au-dessus de lui.
En face, une horloge affichait 17:59. Une perle de transpiration roula sur son front. Ses yeux remontèrent vers le plafond, il déglutit avec difficulté.
Soudain, il n'y eut plus de plafond, mais un trou béant, une ombre immense plongea vers lui et un concert de fracas et de cris retentit autour de lui au même moment. Une pluie de débris l'arrosa, un mélange de gravats et de plâtre l'empêcha de voir, de comprendre. Un grondement immense, rauque, accompagné d'un rire qu'il reconnut. Lorsque la poussière se dissipa, que les hurlements s'arrêtèrent car les infirmières avaient fui, Peter tourna la tête.
Wade chevauchait un dragon blanc comme neige, et cela ne le surprit pas spécialement. Le mercenaire drapé de rouge et noir sauta à bas de sa céleste monture, elle-même la gueule en sang d'avoir déchiqueté ceux qui n'avaient pas fui assez vite. A l'aide de ses katanas, Wade trancha les liens qui maintenaient Peter allongé. Il l'aida à s'asseoir. Les deux hommes se regardèrent en silence quelques instants. Mais Wade n'avait pas changé, après tout. Il ne put se retenir plus longtemps :
-T'es à poil sous ta blouse d'hôpital ?
Pour la première fois depuis des mois, Peter sourit.
-Tu sais, c'est la vraie forme de Métastase je pense, hurla Wade. Il ne veut plus se transformer en autre chose ces derniers temps.
-C'est stylé, un dragon.
Métastase ronronna.
Ils volaient tout trois, surplombant les gratte-ciels de New York, criant pour couvrir le bruit du vent qui leur fouettait le visage. Métastase les éloignait à grande vitesse des lieux du dernier crime. Déjà, des sirènes retentissaient sous eux, dans les rues, des hélicoptères leur donnaient la chasse.
Mais c'est bien connu : un dragon peut largement semer le meilleur des hélicoptères. Après de longues minutes de vol, Métastase ralentit, planant tranquillement. Wade en profita pour dire ce qu'il avait à dire. Dans son dos, il pouvait sentir le torse de Peter contre le sien. Il était heureux de ne pas voir son regard cependant.
-J'ai cru que je pourrais t'aider. Quand je t'ai récupéré. T'étais au fond du trou et je me suis dit « ok, on va le faire remonter ». J'ai pas réussi, hein ?
Peter, accroché à Wade, les jambes glissant sur les écailles blanches, prit son temps pour répondre. Il choisit ses mots avec soin.
-C'était trop tard.
-Je m'en doutais.
-Du moment où Gwen a touché le sol. Où sa nuque s'est brisée. C'était trop tard. Il n'y avait plus rien à faire, ni toi, ni personne.
Wade hocha la tête. Il imprima une légère flexion sur les côtes de Métastase et celui-ci vira à droite, se rapprochant de Central Park et son étendue verte loin sous eux. Il faisait froid à cette hauteur. Mais un froid qui rappelait à Peter combien il était vivant.
-On s'est bien marré quand même, ajouta Peter. Je ne regrette pas.
Il y avait beaucoup de nostalgie dans sa voix. Au fond, ils savaient tout deux où Métastase les emmenait, et pourquoi. Peut-être juste trop pudiques pour l'admettre.
-J'aurais pu les laisser te tuer, confia Wade. Mais ça manquait de panache. Notre petite aventure mérite un peu plus d'éclat.
Bientôt, leur monture descendit, piquant vers un quartier qu'ils connaissaient bien.
Celui de leur appartement avec vue sur Central Park. De bons souvenirs, de mauvais aussi.
L'atterrissage sur le toit fut erratique, mais bientôt, Wade et Peter se tenaient face au vide, et Métastase se roulait en boule un peu plus loin, léchant ses écailles moirées. Dans les rues en contrebas, les voitures de police et du FBI roulaient à toute allure vers eux. Dans les cieux, les hélicoptères se rapprochaient, furieux, à quelques minutes à peine.
Peter inspira profondément. Leur appartement avait été mis sous scellé, vidé de ses meubles, inspecté par toutes les organisations gouvernementales possibles et imaginables. Privé de son âme.
Wade sortit de son costume une petite fiole que Peter reconnut. Le sang de Daken.
-T'as pas à faire ça, commenta l'araignée, prudent, les yeux rivés sur les hélicoptères qui se ruaient vers eux.
Wade sourit.
-J'ai vécu l'équivalent de milles vies. J'ai tout fait. J'ai des dettes à payer, j'en dois une à la Mort. Ils me lâcheront jamais tant que je serais en vie. Je ne vais pas fuir ces guignols plus longtemps. Et puis, je vais pas lâcher mon partenaire maintenant.
Peter n'ajouta rien. Wade était suffisamment grand pour décider par lui-même. Il avait eu le temps de réflexion, ces derniers mois.
Wade attrapa une aiguille stérile – ironie du sort-, et préleva un peu du liquide dans la fiole après avoir chassé l'air. Peter détourna pudiquement le regard, se souvenait de ce passé à la fois proche et lointain où c'était lui qui s'injectait des substances dans les veines.
Wade massa son bras pour faire circuler le produit. Ils observèrent une longue minute l'arrivée imminente des hélicoptères, de la police et même de l'armée. Wade s'entailla à peine la peau du bras à l'aide de la lame d'un poignard.
Peter le reconnut. Il l'avait eu dans l'estomac des mois plus tôt.
Le sang perla. La plaie ne se referma pas. Wade se mordilla les lèvres.
-Hé… On les aura bien fait chier quand même, hein ?
-Jusqu'au bout. Personne ne nous capture. Personne ne nous neutralise. Ça m'aurait cassé le cul de crever sur leur lit d'hôpital avec du curare qui paralyse mes poumons. On est mieux ici, confirma Peter, observant les cent mètres de vide qui s'étalaient au bout de ses pieds, à l'extrémité du toit.
Wade se tourna vers lui, lui attrapa l'épaule.
-Ça fait un peu comme Sherlock, fin de la saison 2. Ou Hannibal, fin de la saison trois.
Peter sourit.
-Mais nous, on n'est pas renouvelés pour la saison d'après, tu sais ?
-Je sais. Juste avant…
Wade hésita, sautillant sur un pied.
-Tu me laisse t'embrasser ? Je veux dire, toi et moi, on a tout fait. Le pire et le meilleur. Mais on s'est jamais, jamais roulé une pelle.
Surpris par cette remarque, Peter hésita. En face d'eux, le premier hélicoptère arrivait, un homme avec un porte-voix leur sommait de rester immobile et de se rendre.
-Alors, on se roule une pelle ? Le pressa Deadpool, souriant de toutes ses dents.
-Tu sais quoi, Wade ?
Peter laissa flotter un instant le suspens. Ses bras se refermèrent autour des épaules du mercenaire, pour une dernière étreinte.
- Je préfère encore mourir.
Parfois, pour avancer dans la vie, il suffit d'un pas en avant. Peter fit un pas en avant, depuis le bord de ce toit d'immeuble. Un grand pas en avant. Le vide les engloutit.
Ils rejoignaient l'enfer qu'ils avaient mérité. Ou alors, ils le quittaient.
Question de point de vue.
Voilà mes lapins, c'est fini… Je suis toute émue de poster ce dernier chapitre, j'ai tellement hâte de voir ce que vous en avez pensé. Je sais que cette fin ne plaira pas à tout le monde mais en toute honnêteté, c'est celle-là que j'ai prévu depuis le début. Ça me paraît la seule issue logique et convenable. Ne m'en voulez pas trop.
C'aura été une aventure merveilleuse. Je me suis beaucoup investie dans cette fic, et vous aussi ! Tous vos retours, vos MPs, c'est ce qui m'a permis d'aller jusqu'au bout. Merci à vous, tous, lecteurs réguliers ou de passage, discrets ou bruyants :p Et un gros poutou à ceux qui me suivent depuis le début de mon aventure sur ffnet. Je ne cite pas vos noms, mais vous savez très bien que je parle de vous.
Allez, trêves de mièvreries, cette fic s'arrête mais pas mes activités littéraires ! Je vais finir les Lois très prochainement, et ensuite je me consacrerai principalement à ma fiction originale La cité des Insoumis, sur le site ficitonpress. (Déjà 5 chapitres de publiés !) Ca me ferait plaisir de vous retrouver là-bas. Ou sur facebook ( Laukaz The Lab), n'oubliez pas, on reste en contact =D
Au plaisir de vous lire, mes chers Cobayes.
Rendez-vous à la prochaine expérience,
Laukaz-Blouse-Blanche.
