Tory mais qu'est-ce que c'est que cette folie ?
Mère m'a écrit que Drago et toi risquiez de vous retrouver impliquer dans une enquête par la Commission d'Enregistrement des Crimes de guerre, est-ce vrai ? Oh par Merlin, dis-moi que ce ne sont que des rumeurs ! Je suis très inquiète pour toi, j'ai aussitôt dit à Mère mon intention de rentrer en Angleterre, mais elle m'a déconseillée de le faire. Cela pourrait te porter plus de torts qu'autre chose selon elle. Oh je t'en prie, Tory, réponds-moi, envoie-moi un hibou ! Si tu as besoin de quoi que ce soit je me débrouillerai pour te l'apporter.
Et les Malefoy comment le prennent-t-il ? Mère n'est pas très bavarde concernant cette affaire. Est-ce vrai que tu vis maintenant chez eux ? Par la barbe de Merlin mais pourquoi ? Pourquoi Lucius Malefoy tient-il absolument à te garder en permanence auprès de lui ? A moins qu'il n'est fini par succomber à ton charme inénarrable ?
Théophilius et moi nous inquiétons beaucoup. Je guette frénétiquement les nouvelles, en espérant ne pas voir ton nom ou celui de Drago dans le journal. Théo fait de son mieux pour me rassurer et Blaise m'a écrit une longue lettre en me dissuadant «d'attaquer le ministère de front avec des Dragons Australiens, ce qui est certes du plus bel effet en matière d'entrée en scène, mais demeure hélas, fort peu convaincant vis-à-vis d'une commission d'enquête ! » Je le changerais en Snargalouf à l'occasion celui-là ! Oh Tory je t'en supplie dis-moi que tu vas bien ! Je rentre bientôt, de toute façon, hors de question de te laisser affronter ça toute seule. Je n'arrive pas à croire que Lucy puisse être capable d'une chose pareille. Je suis sûre qu'elle y est mêlée, elle et cette vermine de Pansy !
Tu me manques affreusement, petite sœur. Je pense à toi tous les jours et je t'ai ramené plein de choses de notre voyage, mais je ne te dirai rien, sinon ça gâcherait la surprise ! Théophilius a aussi pensé à Tomin et je pense que son balai Nimbus 5000 va lui faire tourner la tête. Je crois que j'ai beaucoup de chance de l'avoir comme mari, Tory. Il est si patient avec moi, si « compréhensif ». En dépit de mon caractère impossible, il n'a pas pris la fuite…du moins pas encore !
Je pense à toi, je serai bientôt à tes côtés, tiens bon Tory
Daphnée.
L'excentricité de ma sœur était le plus merveilleux des baumes pour mon inquiétude grandissante. Daphnée et son ton éternellement enjoué, sa superficialité de princesse et ses déclarations maladroites…j'eu un sourire de tendresse en pensant à ma sœur aînée. Elle avait bien des défauts, mais je ne connaissais personne qui avait un aussi grand cœur que le sien. Elle serait bientôt là, me répétai-je en contemplant la chambre que m'avaient octroyée les Malefoy. Elle serait de retour sous quinzaine. Mais avant qu'elle ne revienne, je serais déjà passé par l'interrogatoire devant la Commission. En fait d'ici deux heures, je devais me présenter au Ministère de la magie, munie de ma convocation officielle.
Ce que les Malefoy redoutaient fini par se produire, trois jours après mon installation temporaire au manoir. Un hibou du ministère était arrivé un matin, alors que je prenais le thé avec Narcissa. Elle s'était mordue les lèvres en me tendant l'enveloppe où une obligation à comparaître m'était destinée. Durant la semaine qui précédait cette audience dans le département des Aurors, Drago et son père redoublèrent d'efforts pour me faire comprendre les arcanes de leurs influence commerciale. Les Malefoy, géraient une impressionnante machine commerciale regroupant tout un tas d'activités aussi diverses que variées. Importation de produits, recherche en magie, éditions de livres, médicomagie…tous les corps de métiers étaient représentés. Je découvrais le rôle primordiale de Drago dans ces affaires et ne put m'empêcher d'être impressionnée par sa capacité de gestionnaire. Il s'arrangeait pour ne pas faire augmenter les charges de ses employés ou de ses filiales, mais avait totalement remis sur pied le système d'entrée d'argent. Du vrai mercantilisme ! Pas d'augmentation mais un système mieux gérer et plus équitable. C'était à la fois brillant et juste. Deux mots que je n'aurai jamais, auparavant, ne serait-ce que songer à employer pour désigner les activités de Drago.
La moitié des boutiques du chemin de Traverse, était abritée dans des murs qui leur appartenaient et de ce fait, ils touchaient des loyers qui leur assuraient des revenus exorbitants. Et c'était sans doute ce qui suscitait la convoitise. Ça et le fait de pouvoir mettre à bas cette famille avant de traîner son nom dans la boue. Blaise me mit en garde contre la plupart des subterfuges utilisés par les membres de la Commission durant les interrogatoires. Derrière chaque question, chaque attitude, se cachait une multitude de piège qu'il me fallait éviter :
- Vois-ça comme un jeu d'énigme qu'il te faut résoudre, m'avait-il conseillé, toi qui adore tant les secrets et les mystères. Il faut que tu décryptes leur comportement et que tu adaptes ta façon d'agir en fonction de leurs réactions.
- Mais comment veux-tu que je fasse une chose pareille ? M'affolai-je en le regardant paniquée.
- En faisant ce que tu fais de mieux Little Greengrass, réfléchir, anticiper et comprendre tout mieux que tout le monde.
- Je crois que tu surestimes mes capacités, soufflai-je dépitée, qui plus est on n'est plus à Poudlard mais dans le monde réel, et je n'ai jamais subi d'interrogatoire dans le département des Aurors jusqu'à présent.
- Tu vas très bien t'en sortir Astoria, souffla-t-il, j'ai parfaitement confiance en toi…et Drago aussi.
Ça je n'en n'aurais pas juré, vu l'attitude distante de Malefoy avec moi depuis que son père avait décrété que je devais rester au manoir. « Raison de sécurité » avait-il dit. Si je soupçonnais Lucius d'être un tantinet paranoïaque, le cyclothymie particulière de son fils, me fatiguait. Drago passait son temps à épier tous mes faits et gestes et la moindre interrogation de ma part entraînait irrémédiablement soit une fuite teintée de déni, soit une critique acérée, teintée de fuite. Mais il pouvait tout aussi bien se montrer prévenant et attentionné l'instant d'après. Matilda m'avait un jour dit qu'il était givré, elle ne savait même pas à quel point elle avait raison en disant cela, pensai-je avec amertume en rassemblant mes affaires dans la chambre.
J'avais rendez-vous en milieu de matinée au ministère pour mon audience privée. Drago avait tenu à m'accompagner et m'attendais en bas des escaliers. Je prenais une profonde inspiration avant de le rejoindre. Blaise était encore parti faire des recherches et collecter des éléments contre la Commission qui menaçait, d'après ce qu'il avait appris, toutes les familles de Sang-Purs qu'elles que furent leurs positions durant la guerre. Cette nouvelle me troubla. Que Lucy et son père tiennent à décrédibiliser une partie de la société était en soi répréhensible, mais d'après ce que Blaise racontait, il y avait autre chose derrière les manœuvres de la Commission. Quelque chose de beaucoup plus inquiétant. « Une vengeance » me souffla ma conscience, alors que je me dirigeais vers les escaliers. J'aperçus Drago de puis l'étage et restais pensive face à son attitude. Je n'avais pas oublié la confession que j'avais entendue le soir des noces, mais les récents évènements m'obligeaient à ne pas m'y intéresser. S'il y avait eu un minimum de sincérité dans cette déclaration surprenante, je devinais pourtant que cette mise de côté de notre relation- jusqu'à présent très conflictuelle- était aussi une attitude qu'il avait adoptée. Depuis que j'étais au manoir, Drago ne m'adressait la parole que pour me parler de tel ou tel dossier, tel ou tel associé. Jamais il ne tentait de parler d'autre chose, s'enfuyant dans ses appartements, à l'autre bout des miens, dès que la soirée en compagnie de ses parents s'achevait.
Je m'arrêtais en haut des marches et le détaillait alors qu'il ajustait la veste de son costume. S'il y avait bien une chose qu'il fallait lui reconnaître, c'était bien la beauté. Drago était probablement le plus bel homme que j'eusse jamais rencontré. Il possédait une élégance et un charisme hors du commun. Pour la première fois depuis que nous étions fiancé, les changements physiques aussi bien qu'au niveau de son caractère, me sautèrent aux yeux. Depuis que je vivais au manoir, je voyais clairement la différence. Qu'avait dit Blaise déjà ? Qu'il était très étonnant que quelqu'un qui lui est fait autant de reproches que moi, soit encore en vie. Il fallait croire à l'évidence qu'il avait appris à devenir patient. Mais où donc était passé l'abominable brute arrogante et prétentieuse qui arpentait les couloirs du collège en méprisant tout le monde et en martyrisant des plus faibles que lui ?
Son profil aristocratique était séduisant, ses traits étaient toujours aussi fins, aussi harmonieux et dégageait un charme qui ne laissait aucune femme insensible. Ses cheveux blonds, presque blancs étaient beaucoup plus à présent, il les nouait négligemment, et des mèches folles s'échappaient du ruban noir pour retomber avec grâce de part et d'autre de son visage. Il était si grand que même sur la pointe des pieds, j'étais certaine de ne pas parvenir à nicher ma tête dans son épaule. Mince, bien que possédant une silhouette athlétique, il n'y avait plus rien de l'adolescent turbulent en lui, pensai-je en étudiant avec davantage d'acuité son profil. Il avait vingt ans pourtant. Mais il avait eu et vécu des choses, qui avaient assombri son regard. Drago ne regardait plus le monde avec suffisance. Non…la plupart du temps, ses yeux gris, couleur de tempête, l'arpentait avec indifférence, ses yeux perçants ne suintaient plus d'arrogance. Seulement un froid glacial, polaire, qui vous gelait sur place. Il n'arborait plus ce sourire narquois, mais plutôt une ombre de rictus, qui flottait sur ses lèvres quand quelque chose l'amusait. Mais son regard se perdait le plus souvent dans la contemplation des murs ou du plancher, il se fixait sur ses propres pensées. Après avoir été haïssable, Drago était devenu, depuis la fin de la guerre, un jeune homme froid, taciturne qui dégageait une profonde mélancolie. Et une partie de moi, que je tentais de cacher avec plus ou moins de talent, n'était pas insensible à ce changement de personnalité.
Il se figea devant le miroir et fronça les sourcils. Sentant probablement qu'il était observé, Drago se retourna et son regard me détailla avec une telle intensité que je finis par détourner les yeux. Je descendis les escaliers, concentrée sur mes pieds chaussés des chaussures à talons noires offertes par Narcissa et me plaça face à lui.
J'avais coiffé mes cheveux noirs, long et ondulés, de deux peignes de nacres, placés de part et d'autre de ma tête. Un maquillage léger mettait en valeur mes yeux verts émeraude, tandis qu'une longue robe d'un vert d'eau très clair cintrait ma taille fine et en soulignait les courbes encore discrètes. Je lui souris nerveusement, mais mon fiancé ne sembla y prêter aucune attention. Son regard s'attacha sur le pendentif qu'il m'avait offert en cadeau de fiançailles, il l'observa un long moment avant de déclarer d'une voix tenue :
- Tu es parfaite.
- Merci, soufflai-je en rougissant mal-à-l'aise par l'intensité de son regard.
Jamais encore, il ne m'avait regardé et parlé de la sorte. Je m'arrêtais à ses côtés et détaillant ma tenue dans le miroir. En dépit de mes efforts, je ne pourrai sans doute jamais rivaliser avec la beauté et la grâce de ma sœur, pensai-je avec amertume alors que mon fiancé me contemplait sans rien dire, avec une expression indéchiffrable. Nous étions vraiment mal assortis, pensai-je avec amertume en regardant Drago qui était si séduisant. Je refoulais pourtant cette pensée, refusant de m'éparpiller alors que l'heure était grave. Il m'offrit son bras et je m'appuyais sur lui le cœur battant. Mon angoisse devait certainement être perceptible car, Drago s'arrêta soudain et se pencha vers moi, son regard intense plongé dans le mien :
- Tu n'as rien à craindre, déclara-t-il d'une voix sourde, ils ne peuvent rien contre toi, tu n'es qu'un témoin. Ils ne te feront pas de mal, ajouta-t-il en se rapprochant alors que je répondais à ces affirmations par un reniflement dépité, ils ne peuvent pas, je ne les...
- Tu ne les laisseras pas faire ? Le coupai-je en lui adressant un regard brillant d'inquiétude alors qu'il se figeait sur place, peux-tu me le promettre Drago ? Es-tu certain que je ne serai pas utilisée d'une manière ou d'une autre pour te faire du mal ? Pour te blesser ?
A cela, Drago n'avait pas de réponse. Mais il fit une chose à laquelle je ne m'attendais pas. Lentement sa main passa sur mon visage. Electrisée par ce contact, mes yeux verts hypnotisés par son regard d'acier, je retins mon souffle et restais parfaitement immobile alors que celle-ci semblait s'attarder sur ma joue.
- Tout ira bien, souffla-t-il en se penchant vers moi, je te le promets. Tout ira bien, je serai là avec toi.
Sa voix était grave et n'admettait pas de réplique. Il ne cillait pas, il n'y avait aucune place au doute dans ses propos. Et cette assurance me donna la certitude qu'aussi longtemps que cela durerait, cet interrogatoire ne signifierait rien. Il serait là. Je n'avais rien à craindre. Je resserrai mon emprise sur son bras, alors qu'il transplanait. Nous atterrîmes devant l'entrée du Ministère sur le chemin de Traverse. Des regards curieux nous dévisagèrent tandis que je laissais Drago me guider avec autorité dans le bâtiment. Un journaliste de la gazette tenta de nous aborder, mais un des garde du lieu lui barra la route ce dont je lui étais grée. Drago et moi échangeâmes un regard soulagé, alors que le malotru était jeté dehors. Mieux valait éviter d'attirer trop l'attention sur nous, avant de savoir réellement de quoi il en retournait. Prenant place dans l'ascenseur, je sentis ma tension monter progressivement, alors que nous nous approchions du Département des Aurors. Quand la machine eut un soubresaut avant d'ouvrir ses portes sur un long couloir sombre, je resserrai ma prise sur l'avant-bras de Drago, soudain paralysée par l'angoisse. Il se tourna vers moi et avec d'infinies précautions, posa une main sur la mienne. Echangeant un regard, je compris le message silencieux qu'il m'adressait. Il ne fallait pas paniquer, je n'avais rien à me reprocher. Sortant de la cabine, il m'escorta jusqu'au bureau numéro sept, où devait avoir lieu mon interrogatoire, avant lui-même de se rendre dans un autre bureau.
Je le regardais s'éloigner et pris une profonde inspiration. « Tout ira bien Tory, tout ira bien » me répétai-je pour me donner du courage. Je toquais et entendis une voix masculine plutôt agréable, m'inviter à entrer. Lentement je tournais la poignée de la porte et me préparais au pire.
- Miss Astoria Greengrass je suppose ? Demanda un homme d'une quarantaine d'années en m'accueillant avec un sourire de circonstance, je suis Elphias Hedington, Auror. Responsable des interrogatoires dans le cadre de la Commission, se présenta-t-il de manière informelle.
- Enchantée, marmottai-je en m'installant dans le fauteuil qu'il me présentait face à son bureau.
- Bien, je suppose que vous savez pourquoi vous êtes là Miss ? Dit-il en fouillant dans ses dossiers.
- En réalité, avançai-je avec toute la douceur dont j'étais capable, je n'en suis pas vraiment sûre monsieur.
- Ah oui vraiment ? Dit-il surpris en se figeant un instant, vous ne savez pas qu'une enquête est ouverte sur les agissements frauduleux de votre fiancé ?
Ce fut à mon tour d'hausser les sourcils perplexes. Ainsi Drago était d'ores et déjà coupable ? Quelque chose en moi trouva cela profondément révoltant. De quel droit cet homme se permettait-il de déclarer des membres de notre caste coupables de quoique que ce soit, quand leur seul tort, était précisément d'être de Sang-Pur ? Je retrouvais soudainement, la même incompréhension qui m'avait habitée lorsque j'étais à Poudlard, face aux incohérences de la doctrine des Mangemorts. Sauf que cette fois-ci, nous étions les cibles.
- Je ne vois pas quel est mon rôle dans l'inculpation que vous portez sur des activités « présumées » frauduleuses, rectifiai-je en le regardant droit dans les yeux.
L'homme se figea sur place pendant quelques instants. Visiblement il ne s'attendait pas à ça. Il pensait peut-être trouver en face de lui une pauvre petite Sang-Pure docile, à qui il pourrait faire dire n'importe quoi. Je jubilais intérieurement de le voir se décomposer face à cette soudaine répartie. Non…il y avait quelque chose de profondément malhonnête dans cette commission, voire même de potentiellement dangereuse. Il ne fallait surtout pas que je le laisse avoir le dessus sur moi, sinon les conséquences pourraient être terribles.
- Je vois, dit l'Auror en se calant davantage dans son fauteuil pour me darder d'un regard froid, que savez-vous des activités de votre fiancé Miss Greengrass ?
- Ce qu'il me faut savoir, répliquai-je du tac au tac.
- Vous pouvez préciser ?
- Dans la mesure où Drago succédera un jour à son père, je me dois de connaître chacun de ses associés, chacune de leurs transactions, car comme vous le savez, en tant qu'épouse, je serai amenée à jouer un rôle de premier plan à ses côtés. Durant des dîners, des soirées mondaines, je représenterai la famille Malefoy, aussi bien que le fait actuellement Mrs Narcissa Malefoy.
- Oui bien sûr, marmonna l'homme en se grattant le menton, mais n'avez-vous jamais remarqué des transactions particulières ou bien un associé inconnu de vous jusqu'à présent dans l'entourage de Drago ?
- Qu'aurais-je dû remarquer de particulier ? Demandai-je innocemment, mon fiancé ne fait rien d'illégal, aucun de ses associés ne m'est inconnu, la plupart sont d'anciens élèves du collège, les autres sont en affaires avec la famille Malefoy depuis plusieurs générations déjà.
- Je vois, souffla-t-il, si vous deviez qualifier la nature de vos relations avec le jeune monsieur Malefoy, qu'en diriez-vous ? Dit-il soudainement alors que je le regardais perplexe.
- Elles…elles sont cordiales, répondis-je surprise par ce soudain changement de direction. Quel rapport cela pouvait-il avoir avec les inculpations mises en avant par la commission ? Allait-il en plus accuser Drago de négligence vis-à-vis de moi ? C'était complètement absurde !
- Cordiales vous dîtes ? Reprit l'Auror sur un ton circonspect, Miss Greengrass avez-vous réservé un accueil « cordial » à votre fiancé quand il est revenu d'un voyage d'affaires en Europe de l'Est où il est de notoriété publique qu'il a rompu son serment de fidélité qui le lie à vous ?
J'étais tellement suffoquée par ce que je venais d'entendre que je le foudroyais du regard. Non seulement il n'avait pas le droit de me dire ça, et ensuite par la barbe de Merlin ça ne le regardait pas ! J'inspirais longuement en tentant de me calmer. Raisonner…ne pas céder à l'impulsivité…autant de conseils qui m'aidèrent à m'apaiser. Pourquoi cet Auror se donnait-il autant de mal pour que je bafoue le nom des Malefoy ? Mieux valait garder le silence que de donner l'occasion à cet homme de déformer mes propos. Face à mon mutisme, ce-dernier s'impatienta mais plissa les yeux, comme pour chercher un nouvel angle d'attaque avant de lancer d'une voix très douce :
- vous vous êtes fiancé très jeune, ne l'êtes-vous pas justement un peu trop pour vous marier à seulement dix-huit ans ?
- C'est une tradition chez les Sangs-Purs de contracter des alliances très jeune, répondis-je en me demandant où il voulait en venir.
- La loyauté est aussi une de vos grandes traditions, intervînt une voix doucereuse qui me donna des frissons et me figea sur ma chaise, je me demande jusqu'où va la vôtre Miss Greengrass ? Après tout n'avez-vous pas joué un rôle tout aussi trouble que les Malefoy durant la Bataille de Poudlard ?
Avec un pas mesuré qui n'augurait rien de bon, Lucy vînt se placer aux côtés de l'Auror, qui se ratatina instantanément sur sa chaise. Le terrifiait-elle à ce point ? Je dévisageais cet homme avec un dégoût manifeste, tandis que Lucy, le visage tordu dans une expression de cruauté me dévisageait avec hauteur, savourant la torture qu'elle me faisait subir, avec ce sous-entendu blessant.
- Ma loyauté va avant tout aux gens que j'aime, Miss Coburn, répondis-je sur un ton qui charriait des glaçons, et en termes de loyauté comme pour le reste, il ne me semble pas avoir besoin de recevoir des conseils de qui que ce soit. Je ne me rappelle pas vous avoir vu sur le champs de Bataille, quand les Mangemorts ont finalement réussi à pénétrer dans l'enceinte du château. Pas plus que je ne vous ai vu prêter main forte aux élèves. Où étiez-vous donc Miss Coburn, quand tous les élèves de Poudlard se sont battus ? Ah oui ! Minaudai-je en prenant un plaisir manifeste à voir sa mine déconfite, c'est vrai, vous étiez déjà bien loin en train de prendre la fuite avec votre père ! D'ailleurs si je me souviens bien, c'est à Narcissa Malefoy, que vous devez d'être sortie du château indemne, terminai-je sur un ton sibyllin, alors qu'elle ouvrait des yeux ronds de fureur.
- Dehors ! Aboya-t-elle à l'Auror qui sursauta avant de déguerpir, très bien Tory, dit-elle alors que l'homme venait de quitter la salle, je vais te dire comment les choses vont se passer. Tu es ici à la Commission d'Enregistrement des Crimes de Guerre, dont MON père est le Directeur. Je suis une autorité dans cette Commission et je…
- Tu as donc enfin accéder à la reconnaissance que tu convoitais avec tant d'empressement ? Grinçai-je sans lui laisser le temps de finir.
Curieusement revoir Lucy ne provoqua aucun sentiment particulier. Elle s'appuyait sur le bureau et tentait de me dominer de toute sa hauteur, pensant sûrement m'impressionner de cette manière. Je dévisageais ce visage que j'avais tant aimé et constata avec une pointe de regrets que rien de la jeune fille que j'avais eu pour amie, n'avait subsisté. Ses cheveux roux impeccablement coiffés, ses yeux noisette étincelants d'une fureur qu'elle avait toutes les peines du monde à contenir, sa peau diaphane parsemée de tâches de rousseur adorables qui rougissait, alors que ses lèvres lippues se tordaient en un pli narquois. Non, rien dans la jeune fille sophistiquée, corsetée dans un tailleur gris sévère, ne me rappelait l'amie d'autrefois. La Lucy Coburn que j'avais connue à Poudlard était morte durant cette horrible nuit, elle était partie avec Matilda et Susie.
- Je suppose que ça ne signifie pas grand-chose pour la princesse au Sang-Pur que tu es ? Répliqua-t-elle, mais tu vas devoir reprendre contact avec la réalité Astoria. Ton fiancé Mangemort est impliqué dans une sale histoire, et cette fois, l'argent des Malefoy ne suffira pas à vous sortir du pétrin, ni l'un, ni l'autre.
- Serait-ce une menace ? Demandai-je en feignant l'indifférence bien que le ton employé ne me plaisait guère.
- Une mise en garde, rectifia-t-elle avec une moue boudeuse, au cas où tu refuserais de…collaborer.
- Et qu'attends-tu de moi Lucy ? Que je mente sur les activités de Drago pour que tu puisses assouvir ton besoin de vengeance sur une énième famille de Sang-Pur ? Que je t'aide à nous enfermer à Azkaban pendant que tu t'approprieras nos biens et nos héritages familiaux ?
Ma répartie lui fit l'effet d'une gifle. Elle se redressa et me toisa avec une telle animosité que j'en eus le souffle coupée. Comment avait-on pu en arriver là toutes les deux ? Lucy fit le tour du bureau et vint se placer devant moi. Un long silence s'installa, durant lequel, nous nous regardâmes en chien de faïence. Il était hors de question que je la laisse me dominer de cette manière. Si c'était la guerre qu'elle voulait, elle allait l'avoir.
- Tes accusations calomnieuses pourraient te faire comparaître devant le Magenmagot tout entier, souffla-t-elle d'une voix rauque.
- Pour cela il faudrait encore que tu puisses prouver qu'elles ne le sont pas, ripostai-je d'une voix claire.
- Tu serais prête à prendre ce risque ? M'interrogea-t-elle en s'appuyant lourdement sur les bras de mon fauteuil en me dardant d'un regard empli de fiel.
- Je n'ai rien à cacher, ni Drago non plus, affirmai-je pleine d'assurance en me rappelant de la quantité impressionnante de dossiers, de données, de noms et de transactions que j'avais assimilé depuis une semaine, la seule qui doit craindre un scandale ici, c'est toi ma chère, dis-je en me relevant soudainement pour la toiser.
Elle recula et parut déstabilisée par mon attitude. Un point pour moi, pensai-je alors que Lucy restait sans voix face à ma soudaine assurance. Il fallait marquer l'avantage, m'avait conseillée Blaise « si tu es en position de force sur ton interlocuteur, n'hésite pas à enfoncer le clou, Little Greengrass, il saura à quoi s'en tenir et y réfléchira à deux fois avant de s'en prendre à toi ». Bénissant intérieurement mon meilleur ami, je me dirigeais vers la porte avant de lancer :
- Je suis sûre que la Gazette serait ravie d'apprendre dans quelles circonstances la Commission a réussi à prolonger son existence au sein du Ministère, et à étendre son champs d'influence. Je suis sûre que Rita Skeeter trouverait ça fascinant.
- Tu ne le feras pas ! Rétorqua-t-elle en affichant une assurance dans laquelle pourtant je sentis une fêlure.
- Si tu t'attaques à ma famille, rétorquai-je avec dureté en la foudroyant du regard, il n'y a rien que je n'oserai pas.
- Ta famille ? Souleva-t-elle avec dépit, depuis quand les Malefoy sont-ils devenus ta famille ? Cracha-t-elle.
- Depuis que je suis fiancée, répondis-je d'une voix glacée.
Elle se figea soudain et me détailla de son regard perçant. Visiblement elle ne s'était pas attendue à ce que je m'oppose à elle. Je lui rendis la politesse et une tension palpable emplie la pièce pendant un long moment. Soudain, je perçus une vague de tristesse passé fugitivement sur ces traits avant qu'elle ne se reprenne. Elle reprit alors la parole, mais sur un ton beaucoup plus doux, beaucoup trop mélancolique pour être sincère :
- Nous étions les meilleures amies du monde à Poudlard, commença-t-elle avec un rictus tragique, Tory…tu ne vois que ton entêtement va m'obliger à te considérer comme entravant la justice ?
- Ne t'avise même pas d'aller sur ce terrain-là, ripostai-je écoeurée par sa tentative ignoble de m'attendrir, ne viens pas m'expliquer aujourd'hui à quel point tu regrettes que nous ne soyons plus aussi proches qu'autrefois. C'est toi qui m'as abandonné après la mort de Mattie et de Susie, c'est toi qui a feint que tout cela était la faute des autres, tu m'as rendue responsable de ce qu'il s'était passé cette nuit-là ! Lançai-je d'une voix forte devant sa mine impassible, si tu as un minimum de décence arrête tout de suite ce numéro ridicule. Ça ne prendra.
- Bien, concéda-t-elle en arborant un rictus sarcastique, je vois que tu ne veux rien entendre et que tu as visiblement choisi ton camps.
- Il n'y a pas de camps, déclarai-je en la regardant perplexe, la guerre est terminée.
- Tu crois ? Reprit-elle, dans ce cas je peux t'assurer que tu trompes et que je m'emploierai, avec l'aide de la Commission à traquer tous ceux qui n'ont pas payé le prix de leur trahison envers la communauté sorcière. Comme ton cher Malefoy et ses amis Mangemorts, comme toi et ton ignoble famille de Sang Pur.
- Je te déconseille de vouloir essayer Lucy, je te tiens pour pleinement responsable de la mort de Susie, Matilda ainsi que de celle de mon père. Ne t'avise même pas de t'en prendre à moi, car je te promets que tu le regretteras.
- Tes menaces contre moi iront alimenter ton dossier d'accusation, cracha-t-elle avec rancœur. Tu es…tu es méprisable ! Tu oses me rendre responsable de tous tes malheurs ? Tu es…
- Tu es la seule responsable de leur mort, lançai-je d'une voix forte et sentencieuse qui la fit taire, si tu avais convaincu Susan de se mettre à l'abri au lieu de la suivre bêtement, nous n'aurions jamais été contrainte d'aller vous retrouver. Matilda serait encore en vie aujourd'hui et mon père aussi. Tu es responsable, la seule et unique responsable.
- Je te ferai payer ça, dit-elle d'une voix faible, alors que je claquais la porte derrière moi.
Je soupirais avant de m'éloigner pour tenter de retrouver Drago. Cette entrevue avait eu au moins le mérite de faire mourir, la faible illusion qu'il me restait encore de retrouver l'amitié de Lucy. Si tant elle que cette illusion est subsistée quelque part dans mon cœur. Non…c'était impossible désormais, nos chemins avaient pris des tours trop différents, pour se croiser à nouveau. Lucy était devenue tout ce qu'elle avait haï à Poudlard. Et durant un bref instant, je me dis que moi aussi.
- Astoria ! Appela la voix de Drago au bout du couloir.
Je m'arrêtai et me retournais alors qu'il arrivait à ma hauteur. Il avait l'air profondément inquiet et semblait pressé de quitter les lieux. Sans un mot, il m'attrapa le bras et m'entraîna dans l'ascenseur avec une brusquerie qui tranchait cruellement avec l'attitude rassurante qu'il avait eu à notre arrivée. Par Merlin que se passait-il encore ? Je le regardais sans comprendre, alors que l'ascenseur se vidait d'un étage à l'autre. M'apprêtant à le questionner sur sa propre entrevue avec un Auror, il devança mon geste en plaquant un index sur ma bouche.
- Pas ici, chuchota-t-il d'une si voix si faible que je crus l'avoir rêvé.
Bien vite nous nous retrouvâmes dans la zone de transplanage, où il m'attira à lui et me tint fermement dans ses bras avant que nous ne disparaissions. Une fois au manoir Malefoy, il m'entraîna à nouveau à sa suite dans le salon. Narcissa et Lucius étant sortis pour la journée, nous étions seuls dans l'immense demeure. A peine étions-nous entré qu'il se mit à faire les cent pas. N'y tenant plus je finis par m'exaspérer :
- Pour l'amour de Merlin Drago dis-moi ce qu'il se passe !
- Je ne peux pas, répliqua-t-il en se figeant pour me regarder avec inquiétude, comment s'est passé ton audience ?
- J'ai rencontré un Auror qui m'a posé des questions grossières que je n'ai eu aucun mal à éluder, expliquai-je alors qu'il avait repris sa marche frénétique en se tordant nerveusement les mains.
- Bien…bien, marmonna-t-il.
- Puis Lucy Coburn a pris en main l'interrogatoire, ajoutai-je les yeux fixés sur lui.
Il se figea sur place et me regarda sans oser dire quoique ce soit. Je l'observais surprise. Pour la première fois depuis que je le connaissais, Drago avait l'air de s'inquiéter ? Et pas pour lui-même, mais pour moi. Dans la prudence que dégageaient ses yeux gris, je perçus un tact à choisir les mots et les attitudes pour ne pas me heurter. Jamais je n'aurai cru cela venant de lui. C'était une énième facette de sa personnalité que je découvrais. Et sous cet examen attentif, je sentis mon cœur commencer à cahoter dans ma poitrine…
- J'espère que cela n'a pas été trop éprouvant, souffla-t-il avec douceur avant de se retourner pour contempler le feu de la cheminée, je sais à quel point tu tenais à elle.
- Non, avouai-je alors qu'il se retournait vers moi surpris, curieusement, la seule chose qui me soit venue à l'esprit pendant qu'elle me menaçait de me faire comparaître devant le Magenmagot, c'était de me demander comment nous avions pu un jour être amies, expliquai-je avec amertume. Elle a tellement changé, ce n'est plus du tout la personne que je connaissais.
- Elle n'a fait que te montrer son véritable visage, voilà tout, conclut-il sobrement.
- Peut-être…peut-être que pendant nos années d'études je me voilais la face, en feignant de ne pas voir ce qu'il se passait réellement en elle.
Drago me regarda avec un sourire discret. Il comprenait, sans trop en faire, sans tomber dans la commisération ou la pitié. Il comprenait ce qu'il se passait. Enhardie par son attitude plus ouverte, je me décidais à lui parler de ce qui m'inquiétait :
- Drago, commençai-je hésitante, alors qu'il prenait place en face de moi, cette histoire avec Lucy cache quelque chose. J'ignore ce qu'elle a en tête exactement, expliquai-je alors qu'il m'écoutait attentivement, mais quoi que ça puisse être, je pense que nous sommes en danger.
- Tu en es sûre ? M'interrogea-t-il d'une voix neutre, les yeux réduits à deux fentes suintant de circonspection.
- Fais appel à ton intuition, à ton sens de la déduction ! M'emportai-je, quelque chose n'est pas normal dans cette affaire.
Il ne dit rien et se contenta de me fixer d'un air étrange. D'une certaine manière, une partie de moi ne pouvait qu'être d'accord avec son attitude. Il était particulièrement difficile de convaincre quelqu'un en se basant uniquement sur un « mauvais pressentiment ». Pourtant tout m'indiquait que nous étions en danger. Je me levais et m'approchait de lui. Drago n'eut aucun mouvement de recul mais me regarda avec inquiétude, alors que je tentais de lui expliquer ce que je ressentais, le visage à quelque centimètre du sien.
- Je crois que Lucy et cette Commission, tente d'instaurer un nouvel ordre en se reprenant l'idéologie des Mangemort, pour les retourner contre toutes les familles de Sang Pur. Drago, je sais que ça à l'air dément, mais je suis convaincue que quelque chose de terrible se prépare et que cette fois-ci la cible, c'est nous, soufflai-je d'une voix morte en plongeant mon regard dans le sien.
Drago soupira et avec beaucoup de douceur posa sa main sur mon épaule. Troublée par ce geste, je retins mon souffle, alors que son autre main caressa délicatement mon visage. Il m'adressa un sourire mélancolique avant de reprendre la parole, d'une voix si faible qu'il me fallut faire un effort pour l'entendre :
- Parfois…j'oublie à quel point tu es intelligente, j'oublie même que c'est la raison pour laquelle je t'ai choisie, toi et pas une autre.
Je ne dis rien et retins mon souffle alors qu'il se mordait les lèvres après cet aveu. Mon absence de réaction refroidit ses ardeurs et je le vis lentement se recomposer un visage de marbre, auquel il m'avait habitué. Faire confiance, se confier…autant de choses qui lui étaient totalement inconnues, pensai-je alors que cette parenthèse se refermait et qu'il essayait de se détourner et de prendre la fuite en se fermant comme une huître. Le cœur cognant douloureusement dans ma poitrine, appréhendant sa réaction, je levais alors la main vers son visage et l'obligeait à me regarder. Si mon geste le surprit, le regard entendu que je lui adressais, lui arracha un faible sourire.
- Drago, murmurai-je qu'allons-nous faire ? Demandai-je en lui caressant la joue.
- On ne va pas surtout pas s'affoler maintenant, dit-il en se rapprochant à nouveau, je te promets que cette histoire va s'arranger d'elle-même.
- J'ai…j'ai peur Drago, avouai-je alors que son optimisme me laissais songeuse.
- Ne t'en fais pas, j'ai trouvé quelqu'un qui va nous aider, un allié, il va venir nous retrouver ici ce soir et nous allons convenir ensemble du meilleur moyen d'agir et d'assurer notre sécurité.
- Qui est-ce ? Chuchotai-je alors qu'il se rapprochait encore et me souriait avec confiance.
- Harry Potter, souffla-t-il avant de sceller ses lèvres sur les miennes dans un baiser long et tendre.
