Merci à Pepoune (Ravie de t'avoir fais plaisir, même si j'ai de la peine pour Gemma quand même. Je pense que les deux ont des torts, Nel n'a même pas essayé de s'expliquer clairement avant de craquer ... Oh oui, je t'avoue que j'aime beaucoup Isaac et Dom, alors y'aura encore des interactions entre eux, je te rassure ! J'espère que tes vacances se sont bien passées, quant à moi je pars demain dans le sud pour une semaine -en espérant trouver un peu de chaleur- avant de reprendre le boulot ... Merci pour ta review !), Claroushka, maneeya, Barbiemustdie, SmilingSparrow (Je vais essayer de m'habituer à ce nouveau pseudo, promis !), UranusMarie, dobbymcl, Vluk (Merci pour ta -votre ?- review ... Bon, en fait le vous fais un peu pompeux, alors j'embraye sur le tutoiement si ça ne te dérange pas :D. Je suis tout à fait d'accord avec toi. Les deux ont des torts, même Nel. Elle aurait pu tenter de s'expliquer avant de craquer ... C'est dommage mais oui, quelque chose est brisé là. James/Nella tu n'y crois pas dans quel sens ? Genre, c'est complètement impossible ou c'est moi qui pars dans un truc non réaliste ? Mais sinon, ils ne sont pas amis, je te rassure. Ils se tolèrent, pour l'instant. Encore merci pour ta review !), Isabelle Pearl et Jolierosedu68 (J'espère que tu as bien profité de tes vacances ! Alala, si tout se passait comme tu le dis/veux, ce serait le monde des bisounours ! Je prends en compte tout ça -mais ne traverse pas ton écran pour me frapper si tout n'arrive pas, je suis gentille, je te jure !- et ça me fait plaisir parce que tu as l'air d'apprécier chacun de mes persos malgré leurs défauts et c'est ce qui compte ! Merci encore et bonne rentrée :) )
Sinon, on m'a fait remarqué plusieurs fois depuis le début les quelques fautes qui peuplaient mes chapitres, alors j'ai le plaisir de vous annoncez que j'ai pris une Bêta ! Applaudissez bien fort Barbiemustdie et souhaitez lui bon courage, elle en aura bien besoin pour supporter mes looongs chapitres, mes fautes et ma personne -dans l'ordre que vous voulez-. Je la remercie d'ailleurs d'avoir corrigé le chapitre qui suit en quelques heures !
Pas de chapitre le week-end prochain, je serais en vacances dans le sud ! On se retrouve le 13/14, d'ici là bonne reprise -pour ceux qui rentrent en cours- et bonnes vacances -pour les chanceux comme moi-. Bonne lecture !
« Notre tête est ronde pour permettre à la pensée de changer de direction. »
de Francis Picabia
- … Et là, Dexter Holtz s'est pris la claque la plus magistrale de sa vie. Sans rire, j'ai cru que sa mâchoire allait se décrocher ! Rose était furieuse, elle s'est jetée sur lui pour l'étrangler et je pense qu'elle aurait réussi si Assem n'était pas arrivée, encore plus rouge que ta cousine.
Dominique s'esclaffa, songeant que sa furie de cousine était décidément intenable. On ne parlait que de Holtz, Gryffondor de cinquième année, dans la même classe que sa cousine, qui avait eu l'audace de l'embrasser par surprise à la sortie d'un cours d'Étude des Runes. Cette dernière avait vu rouge et répliqué immédiatement par les poings. Il faut dire que le garçon était un récidiviste et, d'ailleurs, Molly y avait aussi eu droit quelques années plus tôt. Il se souviendrait sûrement longtemps du coup de poing que lui avait mis Rose.
- C'est un sérial kisseur, ricana Camille qui s'extasiait depuis tout à l'heure sur l'audace du Gryffondor.
Le bon mot de la jeune fille fit bien rire son amie, rire qui se perdit dans les couloirs du cinquième étage avant de se tarir brusquement au détour d'un couloir. Oh, non pas parce que c'était un éclat de rire un peu gêné, presque faux, comme toujours depuis quelques temps avec Camille mais parce que, en face d'elle, sur le chemin de leur cours de Sortilèges, Abel Johnson venait d'apparaitre dans son champ de vision.
Le garçon était entouré par quelques personnes de sa classe, parlait fort et riait encore plus fort. L'une de ses mains tenait ses manuels et l'autre se baladait au gré des épaules d'une brunette trop maquillée à ses côtés, qui tentait maladroitement de s'échapper et elle reconnut Savannah Harper, la petite amie alien de son frère. C'est vrai quoi ? Qu'est-ce qui pouvait intéresser une jolie fille, un peu superficielle, toujours souriante chez son frère Louis, un brin asocial et renfermé, qui s'était lié aux études dès ses onze ans ? Dominique n'avait jamais adressé plus de cinq mots à Harper mais elle en avait très vite déduit qu'ils n'avaient rien à faire ensemble.
Peu importe. Ce n'était pas elle qui l'intéressait.
Les deux Poufsouffle avaient un peu d'avance sur leur cours, elle n'avait qu'à en profiter pour mettre les choses au clair avec Johnson.
Elle prévint Camille qu'elle la rejoindrait en cours et vint se planter devant la petite bande de Serdaigle de sixième année dont elle connaissait plus ou moins les prénoms.
- Hé, salut Dom ! s'exclama Harper, visiblement satisfaite de trouver une excuse pour se soustraire à l'étreinte de Johnson. Qu'est-ce que tu fais là ?
- J'ai un truc à dire à Johnson, marmonna-t-elle en ignorant le diminutif stupide octroyé à son prénom. En privé.
Ses camarades se méprirent sur ses paroles et quelques garçons se mirent à ricaner d'une manière qui ne laissait aucun doute quant à leur façon de penser. La Poufsouffle leva les yeux au ciel et dévisagea Johnson qui avait l'air plus calme et souriant que jamais.
Les autres finirent par s'éloigner même si Savannah Harper ne put s'empêcher de lui serrer l'avant-bras familièrement avec un grand sourire avant de les rejoindre en sautillant. Finalement, son opinion sur la petite-amie de son frère venait de changer : cette fille était folle. C'est pour ça que Dominique ne lui hurla pas dessus : on ne s'en prend pas à une personne qui n'est visiblement pas très saine. Et puis, elle avait d'autres trolls à fouetter.
- Gem n'arrête pas de me parler de toi, attaqua Johnson alors qu'ils s'éloignaient de quelques pas pour venir s'arrêter près d'une immense tapisserie longue de plusieurs mètres. Elle dit que tu es complètement immature et salement atteinte mais on dirait qu'elle t'aime bien maintenant.
- J'en ai rien à foutre de ce que pense cette idiote de moi, rétorqua la jeune fille.
Johnson répondit par un grand sourire. Merlin, qu'il était énervant. Ce type ne pouvait pas être parfois de mauvaise humeur et faire la gueule comme tout le monde ?
- Je ne sais pas ce que tu lui veux et ce que tu cherches à faire avec elle mais, crois-moi, si je trouve, Albus et Malefoy te paraitront tout droit sortis d'un monde merveilleux.
S'il parut comprendre l'allusion aux deux Serpentard qui l'avaient dans leur ligne de mire depuis qu'il était sorti avec Rose Weasley et, encore aujourd'hui, lui faisaient quelques crasses, son sourire ne s'effrita pas.
- Cool ! Écoute Weasley, j'aime beaucoup Gemma, alors je ne sais pas ce que tu cherches en faisant ça, mais tu te fatigues pour rien. Il n'y a vraiment aucun problème de mon côté.
- Tu as un passif plutôt lourd, ironisa la Poufsouffle.
- Le passé, c'est du passé, répondit-il.
Et, si rien dans son ton ne le laissait transparaitre, Dominique eut la vague impression qu'il se moquait d'elle. Elle allait répliquer, mais il fut plus rapide qu'elle et, tout en posant familièrement sa main sur son épaule, lança :
- Vraiment, Weasley. Ne t'inquiète pas. Je suis très bien avec Gemma.
Il lui fit un clin d'œil et recula de quelques pas, signe que la conversation était finie. Avec la vague impression de s'être faite avoir et que la situation n'était plus du tout à son avantage, la jeune Weasley le regarda s'éloigner en direction de ses amis.
- Au fait, je croyais que vous n'étiez pas amies avec Gem ? lança-t-il en se retournant brièvement.
Pour totalement disparaitre quelques secondes plus tard.
Maintenant, Dominique en était sûre. Johnson n'était pas un piètre manipulateur et avait une certaine aisance orale qui lui permettait de jouer aussi sûrement que sereinement avec les filles. C'était plus une impression qu'une certitude car elle n'avait rien à lui reprocher. Au contraire, il avait mit tellement de sincérité à la rassurer qu'elle aurait pu y croire.
Seulement, et contrairement à Gemma Lysenko, elle n'était pas amoureuse du Serdaigle et avait les idées totalement claires. Aussi sûrement qu'elle s'appelait Weasley, ce type avait tenté de lui retourner le cerveau.
oOoOoOoOoOo
- Tu devrais le dire aux autres, murmura Harriet Moorehead après quelques instants d'hésitation.
Heather Moorehead haussa un sourcil interrogateur vers sa sœur jumelle alors que cette dernière franchissait le passage de la salle commune des Serpentard en direction des cachots, faisant semblant de ne pas comprendre de quoi elle parlait.
Dans un bel accord spontané, elles accordèrent la cadence de leur pas et se dirigèrent vers la droite, dans le couloir qui menait aux escaliers centraux afin de rejoindre leur cours de Sortilèges, situé quelques étages plus haut.
- Carlson, reprit la plus calme des jumelles après un bref silence.
- Je ne t'ai jamais demandé comment tu avais deviné d'ailleurs ?
De la même façon qu'elle ne lui avait jamais fait de reproches pour avoir osé monter un traquenard avec Carlson et l'attirer dans cette vieille salle de cours inutilisée depuis des années. Oh, bien sûr sa sœur lui en avait voulu, elle en était certaine, mais elle s'était, au final, rendue compte que cela n'avait fait que servir ses intérêts. Depuis, sans le lui avoir dit, Harriet était certaine qu'elle fréquentait de nouveau la jolie Gryffondor.
- Je suis ta sœur, s'offusqua Harriet.
- C'est vrai, répondit Heather avec un sourire étrangement doux.
Elles s'engouffrèrent dans un couloir sombre, mal éclairé. Habituellement, elles passaient par le large couloir qui desservait le cours de Potions mais là elles étaient pressées et, qui plus est, en retard. Scott avait beau être le Directeur des blaireaux, il n'appréciait pas qu'on le prenne comme tel et était toujours prompt à mettre des retenues.
- Tu ne le diras pas aux autres, n'est-ce pas ?
- Non. Tu sais pourquoi ?
- Non.
- J'ai envie de le garder pour moi.
- Et moi ?
- Toi ou moi, c'est pareil.
Malgré elle, Harriet se mit à sourire. Elle savait pertinemment que leur relation avait quelque chose de presque incestueux tellement elle était forte, indestructible et leur destin à toutes les deux lié. Si Heather lui était parfois désagréable lorsqu'elle se mettait à la traiter comme sa fille et non sa sœur, cela lui importait peu. Elle était prête à obéir à tout ce que pouvait lui demander la Serpentard. Toute leur vie, elles ne formeraient qu'une seule personne. Sauf, évidemment, dans les histoires de cœur. Là, elles avaient droit à leur libre arbitre, dans la mesure du raisonnable.
- Elle est vraiment bien Carlson ?
- Non, c'est une menteuse et une lâche. Elle m'a déjà trahie une fois.
Ce qui équivalait à dire qu'elle en valait le coup car jamais Heather n'aurait donné une seconde chance à quelqu'un qui ne le méritait pas. Heureuse, Harriet songea, alors qu'elles parvenaient presque au bout du long couloir sombre, qu'elle aurait aimé avoir quelqu'un elle aussi.
Avant de pousser un glapissement.
- Par les couilles de Merlin, murmura bizarrement Heather. Qu'est-ce que ça veut dire ?
Cette dernière aussi l'avait vu et s'était stoppée net, regardant le mur sur sa droite, tagué sur un ou deux mètres. Un étrange sentiment de malaise s'empara d'Heather et elle glissa sa main fine et blanche dans celle de sa jumelle, sans pouvoir s'empêcher de contempler la cloison, imprégnant à jamais son esprit des deux mots peints.
Le petit bonhomme gesticulant, le cou serré par une grosse corde juste à côté était vraiment morbide. Ce dessin doté de magie paraissait plus vrai que nature et la jeune fille déglutit.
- Non, couina-t-elle alors qu'Heather avançait sa main vers le mur. Ne touche à rien !
- Mais …
- On ne sait pas ce que c'est ! Il faut prévenir un professeur.
- Tu as raison, admit Heather.
Et les deux jeunes filles se mirent à courir, retrouvant avec bonheur le hall d'entré bondé au bout de quelques secondes. Personne ne faisait attention à eux et, elles, toutes occupées qu'elles étaient à trouver un membre du corps professoral, ne perdirent pas leur temps en considération.
Fort heureusement, au même moment, les portes de Poudlard menant au parc s'ouvrèrent, découvrant le professeur Assem dissimulée sous un amas de vêtements gris et noirs. Une fois n'était pas coutume, la femme sans âge semblait empreinte à un tas d'émotions et ses joues étaient rouges comme si elle avait couru.
Heather se précipita vers elle.
- Moorehead, filez en cours, lança-t-elle sèchement sans la regarder alors qu'Harriet rejoignait seulement sa sœur. Je n'aimerais pas …
- Il y a eu un … incident, murmura Heather sans perdre son calme.
Contrairement à Harriet qui, elle, était encore plus blanche que d'habitude et voyait le petit pendu dans son esprit comme s'il s'était trouvé devant elle.
Assem sembla soudainement plus intéressée par les paroles de son élève tout autant que par l'état de panique évident de sa sœur jumelle. Son regard vif se posa sur Heather qui releva le menton, pédante.
- Quelqu'un a maculé un couloir près de la Salle commune de peinture. Il y a des inscriptions dessus, en latin je crois. Et un pendu. Absolutum dominium ça veut bien dire pouvoir absolu ?
oOoOoOoOoOo
- Liberté, se félicita Wil Jordan en levant les bras en l'air. Ce cours était épuisant.
Nella Flint lui adressa un regard de reproche mais ne fit aucun commentaire, rangeant silencieusement ses cours. Après le cours de Sortilèges du matin, ils avaient enchaîné avec DCFM. Les ASPICS approchant à toute vitesse, les professeurs ne les ménageaient plus, enchainant pratique, théorie, devoirs et interrogations de manière épuisante. Si elle avait été fière de son O à son dernier devoir en Défense, elle n'avait pu s'empêcher de faire la leçon à Wil sur son A, dont il avait l'air, à son plus grand damne, satisfait, et il avait passé la fin du cours à bouder.
Enfin, faire semblant.
Maintenant, elle passait tout son temps avec le trio de Gryffondor qui l'avait accepté sans aucune répugnance visible, même Potter. Et elle s'amusait plutôt bien même si elle était parfois déconcertée par leurs sujets de discussion (pas souvent sérieux) et leurs centres d'intérêts (souvent frivoles). Mais, elle devait avouer que cela lui faisait du bien de ne plus parler que de cours et, dès le réveil, se dépêchait de se préparer pour rejoindre la table des rouges et or et déjeuner avec eux. En cours, il y en avait toujours au moins un dans la même classe qu'elle et elle n'hésitait plus à laisser tomber son sac à ses côtés. Elle déjeunait et dînait avec eux, ne sortait pas dans le parc sans Carlson ou Jordan, et rentrait le plus tard possible dans son dortoir.
Bref, Nella ignorait totalement Gemma et celle-ci le lui rendait bien.
- Dewi et moi on va au terrain. A tout à l'heure, lâcha James.
La jeune fille aurait menti si elle avait affirmé qu'elle supportait bien la situation. Certains soirs, ses pensées l'empêchaient même de dormir et elle songeait au gâchis occasionné. Mais elle n'oubliait pas qu'elle en voulait à Gemma et ne comptait pas faire le premier pas ; elle n'était pas si faible que ça.
- Tu veux aller à la bibliothèque ? s'enquit Wil Jordan, la sortant brusquement de sa léthargie.
Il l'attendait patiemment, triturant la fermeture éclair de son sac et elle se rendit compte qu'ils étaient seuls dans la salle de classe, les derniers élèves étant en train de passer la porte. Reportant son attention sur lui, la jeune fille remarqua qu'il ne paraissait pas se moquer d'elle, pour une fois.
- Non, c'est bon, répondit-elle en réprimant un sourire.
- Ouf !
Cette fois-ci, ses lèvres s'étirèrent et ils quittèrent finalement la salle de cours, après avoir salué leur professeur. Devant la porte, Nella hésita un instant mais finit par suivre Wil qui s'éloignait vers la gauche en direction de la grande salle.
- Déjeuner ? s'enquit-elle.
- Ouais, je pourrais bouffer un troll. Je tiens ça de ma mère.
La Serdaigle avait déjà remarqué qu'il avalait plus qu'il ne mâchait et réprima une grimace de dégoût.
- Moi, mon père, la première chose qu'il m'a apprise quand j'étais jeune, c'est à utiliser des couverts. Couteau à poisson, à viande, à dessert …
- Cinglé …
- Rigole pas, c'est très utile de bien savoir se tenir à table.
- Et en quoi ?
- Moi, au moins, je ne bave pas et je ne tâche pas mes vêtements.
Le Gryffondor éclata de rire et elle se sentit rougir comme à chaque fois qu'elle se rendait compte qu'elle arrivait à plaisanter avec quelqu'un d'autre que Gemma, un garçon qui plus est. Elle avait observé ses réactions ces derniers temps, depuis ce qui c'était passé au lac après l'anniversaire raté de Gemma et avait bien dû convenir qu'il devait bien l'apprécier pour passer autant de temps avec elle.
Il n'avait en tout cas jamais fait de remarque prouvant le contraire, se bataillait gentiment avec Potter lorsque ce dernier faisait mine de s'assoir près d'elle - chose qu'il revendiquait de plus en plus souvent, paraissant aimer ces pseudos-disputes avec son meilleur ami -, était gentil avec elle et acceptait même de la suivre à la bibliothèque alors qu'elle savait qu'il n'avait cure des études.
Pendant quelques minutes, ils descendirent silencieusement tous les escaliers menant au hall qui desservait la Grande Salle et, pourtant, le silence n'avait rien de gênant. Elle en profitait pour observer les élèves autour d'elle, se déplaçant en bande, riant, discutant à voix basse, se chahutant dans les couloirs. Poudlard était un nid à amitié. Peut-être avait-elle eu tort de s'enfermer dans cette solitude, croyant à l'époque que Gemma suffisait à son bonheur ? Peut-être avait-elle fait les mauvais choix et ne s'était pas assez amusée ? Elle regrettait un peu à présent.
- Ils sont comment tes parents ?
- Paradoxaux, murmura-t-elle. Mon père est assez strict, il n'aime pas quand quelque chose sort de l'ordinaire et s'il pouvait m'enchainer jusqu'à ce que je me marie, il le ferait.
- Il ne peut pas ? Il devrait, le monde est rempli de garçons mal intentionnés, ricana le jeune homme.
- Il ne peut pas à cause de ma mère, sourit-elle. Ma mère, elle est … moldue. Elle est exubérante et passionnée. Elle s'appelle Maxine mais elle veut qu'on l'appelle Max, comme un garçon. Elle voudrait que je sois comme elle mais …
Mais Nella ressemblait beaucoup plus à son père qu'à sa mère et était toujours très gênée quand sa mère se donnait en spectacle en public. Elle, si calme, qui mesurait toujours ses paroles tout comme son père d'un côté et Maxine de l'autre, encore un peu femme enfant, capricieuse et décidée.
- A ce que tu m'en dis, je vois mal comment ton père pourrait avoir épousé ta mère, murmura Wil alors qu'ils arrivaient enfin dans le hall.
- Parce que ma mère est rayonnante tout simplement. Et toi tes parents, ils sont comment ?
- Ma mère dirait que mon père est épuisant. Il n'arrête pas de parler. Mais, au fond, elle est un peu comme lui, alors elle peut jamais dire grand-chose. J'ai une sœur Rosa, elle a quitté Poudlard l'année dernière et elle aussi est bavarde et rigolote. Tu vois, on se ressemble dans la famille.
Un grand sourire s'afficha sur le visage de Wil Jordan. Pas parce qu'ils allaient enfin pour déjeuner. Pas non plus parce que parler de sa famille le rendait nostalgique des moments passés à quatre. Pas non plus parce que Nella lui avait adressé un de ces sourires qui le faisait fondre quand il lui avait tenu la porte.
Mais parce qu'elle venait enfin de lui raconter quelque chose de personnel sur elle.
oOoOoOoOoOo
Quelques heures plus tard, l'ambiance était tout autre.
- On ne m'a pas laissé passer, murmura sombrement James Potter en se laissant tomber sur le muret humide d'une des cours extérieures de Poudlard.
Chacun lui lança un regard plus ou moins éloquent qui signifiait la même chose : ce n'est pas parce que tu es un Potter que tu auras droit à un traitement de faveur cette fois-ci. Mais aucun ne se permit de le préciser parce que, au final, ils avaient tous espéré que James puisse confirmer ce qui se murmurait dans le château.
Ce qui n'avait été que vagues rumeurs pendant de longues heures cette après-midi n'avait pas été démenti par leurs professeurs, ce qui revenait à confirmer les faits. Néanmoins, et pour une fois, James avait voulu vérifier l'enclos des licornes lui-même avant d'en tirer des conclusions hâtives.
- S'ils sont tous là-bas, murmura Nella Flint en triturant ses doigts, c'est que …
- Ils ne sont pas tous là-bas. L'autre moitié est dans ce couloir des cachots, rectifia Dewi.
James lui lança un regard sombre sans pour autant la contredire. Comme un enfant, il laissa tomber sa tête sur les jambes de la jeune Gryffondor remontant les siennes pour former un triangle parfait avec le muret. Peu importe la fraicheur des pierres, peu importe l'humidité qu'il sentait à travers ses vêtements.
Blesser une licorne pour prendre son sang était un acte très grave.
Cela revenait à la tuer car on prenait ce qui la faisait vivre. James respectait les animaux. Peut-être même plus que certains humains. Et ce qui venait de se passer le révoltait, lui donnait envie de hurler et d'arracher la tête à celui qui avait fait ça.
- Vous croyez que c'est vraiment le sang de cette licorne et non de la peinture sur le mur des cachots ? s'enquit Wil en se tournant vers Nella.
Comme si elle seule pouvait avoir la réponse.
- Quoi d'autre ? répondit James à sa place. C'est logique. Le sang de licorne a une couleur tellement spéciale qu'il serait dur de l'imiter.
Le jeune Gryffondor gigota un peu sur les jambes de Dewi qui poussa un gémissement de douleur sans qu'il ne s'en préoccupe. Allongé comme il l'était, il pouvait voir leur visage à chacun, même si celui de Wil était à moitié caché par les cheveux blonds de Flint.
Dewi, légèrement pâle, semblant se demander ce qu'il convenait de faire. Wil, anxieux, qui ne pouvait s'empêcher de couver Flint du regard, comme si le malade qui avait fait ça allait sauter de derrière le muret pour étrangler sa bien-aimée. Cette dernière, sourcils froncés, réfléchissait.
- A quoi ça servirait ? lâcha-t-elle au bout de quelques secondes.
- De quoi ? s'enquit Dewi.
- Prendre le risque de blesser une licorne, sachant la peine encourue … Seulement pour colorier un mur ? Qu'est-ce qu'il y avait marqué dessus déjà ?
- Les versions diffèrent mais on en revient au même point à chaque fois : ça parle de pouvoir et de domination. Et il y a un pendu mouvant.
- Et bien moi je trouve que c'est prendre beaucoup de risques pour rien, affirma Flint après quelques instants de silence.
Tous méditèrent un moment. James n'était pas d'accord. Ceci était l'œuvre d'un malade, un taré. Il ne faisait aucun doute que c'était la même personne que celle qui avait agressé les élèves à Poudlard et il n'avait jamais agi avec logique, prenant les os des uns, endormant les autres. Il ne suivait aucun plan défini - ou alors devait-il être vachement tordu - et frappait au hasard.
Les premières agressions avaient été plutôt rapprochées, au début. Puis, plus rien. Juste avant Noël, il y avait eu Estebald, son batteur. Et là, deux mois et demi plus tard, aucune victime, mais le couloir des cachots tagué, une licorne blessée et l'école sans dessus dessous.
Véritablement. On ne parlait plus que de ça. C'est pour ça qu'il avait voulu vérifier en se rendant près de la forêt interdite, sachant pertinemment ce qu'il allait trouver. Si Lastek, son professeur de SACM était trop dérouté pour prêter attention à lui, gesticulant dans tous les sens et postillonnant sa colère sur une Minerva McGonagall à l'air plus vieille que jamais, Assem ne l'avait pas manqué et l'avait fait déguerpir en quelques secondes, le menaçant de le mettre en retenue jusqu'à la fin de l'année s'il ne lui obéissait pas.
- Ce type est taré, murmura Flint, arrivant certainement à la même conclusion que lui.
- C'est mauvais.
- Très mauvais, appuya Wil.
oOoOoOoOoOo
- C'est affligeant.
Gemma Lysenko lorgna en direction de la table des professeurs, bien vide en ce moment. Il n'y avait que Vancouver, professeur de Divination, et Miss Joly, leur professeur d'Aritmancie qui ne portait pas bien du tout son nom. Les autres avaient disparu mais tous savaient où ils étaient : soit près de la forêt interdite, soit dans les cachots.
Les versions différaient mais elle croyait avoir réussi à tirer le faux du vrai. Cela n'avait pas été bien difficile : il paraissait évident que personne n'avait mangé une licorne ou que le pendu peint sur le mur ne s'était pas décollé pour se jeter sur Moorehead et l'étrangler.
Son regard se reposa sur Abel Johnson, qui dînait comme un bienheureux et elle ne put s'empêcher de soupirer, chagrinée. Il ne semblait pas ressentir le malaise qui s'était empeigné du château et venait de se resservir en purée pour la deuxième fois, soufflant sur son assiette fumante avec précaution. Elle hésita à lui dire que cela ne servait à rien et finit par reconsidérer les choses : peut-être que sa désinvolture était la meilleure attitude à avoir. Si le malade était parmi eux, il ne pouvait que jouir de cette attention de la part des élèves de Poudlard et s'en gausser, voire recommencer pour quelques instants de célébrité.
Néanmoins, ce n'était pas le taré en liberté qui la mettait dans un tel état. Mais l'équipe professoral. La directrice était aux abonnés absents ce soir-là et malgré toute son admiration pour la vieille dame, Gemma commençait à se dire que cette dernière avait peut-être fait son temps.
- Ils devraient faire une annonce, murmura-t-elle. Au moins pour calmer tout le monde. Là, ils passent pour une bande d'incapables et on dirait presque qu'ils s'en fichent.
- Allons, la rassura Abel tout en avalant une fourchette de purée. Ce n'est pas du tout le cas.
- Je sais mais … Ils n'adoptent pas la même stratégie ! Et comment peux-tu manger sachant ce qui s'est passé ?
Elle-même n'avait pas touché une miette à la purée et aux côtelettes au menu ce soir-là, se sentant incapable de garder quoi que ce soit dans son estomac. La vision d'Abel engloutissant cette pâte jaunâtre lui donnait la nausée.
Son petit-ami soupira, visiblement agacé, avant de reposer sa fourchette et de se tourner vers elle.
- J'ai faim. Et me priver de dîner n'aidera pas à retrouver celui qui a fait ça.
- Je sais bien mais …
- Gemma, les professeurs ne se préoccupent que de cette affaire. Ils veulent retrouver ce type. Et ils y arriveront. Tu te prends la tête pour rien, tout ceci ne sera bientôt plus qu'un mauvais souvenir. Au fait …
Il hésita imperceptiblement et sa mine se fit désolée, puis il ajouta :
- J'ai promis à Harper de l'aider en Botanique après le dîner, je suis désolé mais on ne se verra pas avant demain.
- Pas grave, murmura la jeune fille.
Distraite, les mots de son petit-ami l'avaient à peine touchée. N'était-ce pas déjà ce qu'il avait dit la dernière fois ? Et pourtant, ce taré était toujours en liberté.
Gemma accepta tendrement son baiser après qu'il ait fini de manger et le regarda s'éclipser sans le voir, l'esprit toujours concentré sur les derniers rebondissements de l'enquête. En vérité, ce tag dans les cachots la chiffonnait. Elle s'était toujours interdite d'accuser sans preuve mais il fallait avouer que cela faisait beaucoup.
Les victimes étaient nées-moldues ou de sang-mêlé. Le tag avait été fait dans les cachots, près de la salle commune des Serpentard et découvert par ces derniers, comme par hasard. Et puis, cette histoire de pouvoir absolu lui rappelait avec horreur tout ce qu'elle avait pu lire sur la deuxième guerre des sorciers, lors du règne de Voldemort.
Son regard coula ensuite vers la table des Serpentard. Trop d'indices les désignaient pour pouvoir les ignorer à présent.
oOoOoOoOoOo
Lysenko n'était pas la seule à se tourner vers la maison des verts et argents et certains étaient peu discrets. Déjà, des petits de deuxième année avait rapporté avoir été victime d'agression verbale dans les couloirs cet après-midi.
On les regardait bizarrement. On murmurait en leur présence. On les montrait du doigt pour les plus courageux ou les plus inconscients.
Ils n'étaient pas que paranoïaques.
- A leur place, peut-être que je nous accuserais aussi, révéla Thomas Ayling alors que, à ses côtés, Heather Moorehead faisait un geste obscène à un groupe de Poufsouffle de sixième année qui avaient eu le malheur de baisser la voix en passant près d'eux.
Cette dernière se retourna brusquement, fusillant du regard le grand blond et provoquant l'arrêt brutal des quatre amis de septième année qui retournaient dans leur salle commune après un bref passage à la Grande Salle.
- Comment tu peux dire ça ?
- Et bien, ironisa-t-il. Tout est contre nous n'est-ce pas ?
Un duel silencieux débuta entre les deux amis, coupé au bout de quelques secondes par Isaac Nott qui soupira, affligé. Heather aurait tout à fait été capable de se jeter sur lui pour l'étrangler, même s'ils se connaissaient depuis très longtemps, trainaient ensemble et appartenaient à la même maison. Il ne fallait pas l'énerver en stigmatisant les Serpentard ou on risquait de le regretter.
- Avancez, on bloque le passage, murmura-t-il en jetant un coup d'œil derrière lui.
- Rien à foutre. Il …
- Heather, c'est justement ça : tout est contre nous. Soyons réalistes, aucun Serpentard digne de ce nom n'aurait semé autant d'indices. Tout porte à croire que c'est un coup-monté ou, du moins, un leurre. Alors maintenant avance, parce que je te jure que je vais lancer un maléfice à ce gamin de Serdaigle qui me regarde de travers.
Le Capitaine de l'équipe de Quidditch planta ses yeux noirs dans ceux, un peu plus clairs,de la tempétueuse jeune fille qui se dévissa le cou pour voir de qui il parlait. Avant qu'elle ne puisse régler elle-même son compte au garçon impoli, Harriet l'attrapa par le bras, la forçant à faire demi-tour et ils avancèrent enfin.
Ils restèrent silencieux quelques minutes, chacun étant secrètement bien content de ne pas avoir à passer par le couloir souillé de sang de licorne pour retourner dans ses quartiers.
Néanmoins, Heather étant ce qu'elle était, et sa langue plus rapide que son cerveau, elle ne put s'empêcher de revenir sur le sujet qui l'intéressait, un peu après avoir dépassé la salle commune des Poufsouffle.
- N'empêche que cette situation …
- … va empirer, compléta Nott sans la laisser finir. Oh, ne sois pas idiote. Les regards noirs, ce n'est que le début. Tout le monde arrivera bientôt à la même conclusion et personne n'ira chercher plus loin.
- En résumé, nous sommes les coupables idéaux, déclara sombrement Ayling qui paraissait d'accord avec son ami.
Harriet secoua tristement la tête mais on sentait bien qu'elle pouvait s'accommoder de la situation contrairement à sa sœur jumelle. Heather détestait les préjugés et l'injustice par-dessus tout et, même si elle avait une façon plutôt violente de les combattre, mettait toujours à cœur de défendre l'honneur de sa maison.
Parce que, d'une certaine façon, c'était son groupe, son clan, sa meute. Elle avait toujours fait parti des minorités (lesbienne, sans père à la maison et à Serpentard) et avait appris à se battre très jeune. Et puis, Nott supposait qu'elle n'était jamais aussi heureuse que lorsque l'adrénaline en elle la poussait à aboyer ou à se battre contre quelqu'un. La violence ne la rebutait pas et elle la trouvait parfois utile pour régler les conflits.
Pas Isaac. Il partait du principe qu'un con restait con toute sa vie et n'avait aucune envie de se fatiguer à le faire changer d'avis, que ce soit par les mots ou par les poings.
- Et que ce qu'on va faire ? s'enquit Heather, sourcils froncés. Rien ?
- Bien sûr que non, la détrompa Ayling. Mais, et je suis sûr que Nott est d'accord avec moi, nous n'attaquerons pas les premiers. Et, lorsque nous le ferons, ce sera de manière intelligente et réfléchie.
- Tout à fait, lui accorda ce dernier, comprenant qu'il n'arriverait pas à contenir Heather si les choses dérapaient. Nous avons un certain sens de l'honneur après tout.
