Et voici la suite ! On se rapproche doucement de la fin... Et je commence à prévoir un petit recueil pour la suite. Je pense que je posterai un dimanche sur deux, en alternance avec Fairy Drabbles. Si vous avez des idées, allez-y. Et non, ils ne vont pas copuler. Pas encore. Navrée de vous décevoir !

Chapitre lu, corrigé et approuvé par Hudgi, merci à elle !

Warning : sujet sexuel abordé. Oui, on sent que le mariage approche !

Petite réponse aux reviews :

Lyra : merci ! Hâte de te recroiser alors !

Floréa : c'est pas grave, ça arrive ^^ Bah tu n'es pas obligée de te limiter pour la longueur de ta review donc si tu veux me raconter n'importe quoi, vas-y !

Firefly : ouais, il est un peu tordu, tu verras ! Et bien elle va avoir une petite conversation avec son fils... Yep, je vis en Normandie même si je n'en suis pas originaire. En fait, je triche. Quand je poste une fic, j'ai minimum trois ou quatre chapitres de déjà écrits. Ce qui me laisse un peu d'avance par rapport aux lecteurs. Et c'est comme ça que je marche. Merci à toi pour cette review !

Bonne lecture !


Malheureusement, elle ne dormit pas longtemps. Elle se réveilla en sursaut lorsque quelque chose frappa la porte de toutes ses forces. Le souffle court, elle mit quelques instants à se souvenir de l'endroit où elle se trouvait. Ah oui, elle dormait avec Rogue. Avant le mariage. C'était bien la peine qu'elle prouve sa virginité si elle passait ensuite une nuit dans le même lit que son fiancé. Dans son sommeil, elle s'était rapprochée de lui jusqu'à finir presque allongée sur son torse. Ses doigts glissaient doucement le long de son épaule jusqu'à son poignet, la faisant frissonner.

Un cri inhumain déchira l'air. Elle se redressa dans le lit tandis qu'elle entendait la porte vibrer un peu plus. Rogue bougea un instant dans le lit. Il ne dormait pas. S'il avait dormi, il ne lui aurait pas touché le bras de la sorte. Au mieux, il était réveillé, au pire, il somnolait. Mais il ne dormait pas. Pas encore.

-Rogue ? appela-t-elle, la voix tremblante.

-Un dragon ne pourrait pas entrer ici. Dort.

Dormir ? Voilà qui était drôle ! Avec quelque chose qui tentait de détruire la porte ? Qu'un dragon puisse forcer la porte n'excluait pas que les bruits la terrifiaient.

-Qu'est-ce que c'est ?

-De vieilles créatures dont on a oublié le nom.

Les coups contre la porte cessèrent. Pendant un instant, Yukino se dit que la bête derrière avait abandonné l'idée de faire d'eux leur diner. Puis elle entendit une série de grattements contre la porte. Elle s'assit dans le lit, incapable de voir la porte malgré la bûche qui terminait de se consommer dans la cheminée. C'était un petit grattement, tout doux et presque timide comme… comme quelqu'un qui gratterait. Elle se tourna vers Rogue.

Un bébé se mit à pleurer derrière la porte. Un tout petit enfant. Un enfant qui avait peur.

Les bras de Rogue entourèrent sa taille, l'empêchant de se lever pour aller ouvrir. Elle tenta de se dégager. C'était un enfant ! Il allait se faire dévorer ! Il était terrifié, elle n'allait quand même pas le laisser dehors ! Comment pouvait-on être insensible à ce point ? Elle songea à lui donner un coup de coude lorsqu'il la força à se recoucher.

-Ce n'est pas un enfant. C'est un leurre.

-Tu n'en sais rien !

-Si un enfant avait été là, je l'aurais su. Et je serais allé le chercher bien avant qu'il ne se mette à pleurer. Ne l'écoute pas.

Elle se mise à pleurer, se roulant en boule. Non elle ne pouvait pas. L'être humain était fait pour s'occuper des enfants. Après tout, pour la survie de l'espèce, l'Homme avait appris à trouver le vomi de bébé mignon, comme le fait de le voir baver abondamment ou à simplement le féliciter de remplir sa couche. Les femmes surtout étaient incapables de résister aux pleurs d'un bébé. Elle ne pouvait pas ne pas l'entendre, alors même qu'elle n'avait pas d'enfant.

Rogue attrapa ses mains et les plaqua sur ses oreilles, les maintenant en place avec les siennes. Elle appuya sa tête contre son torse, essayant de se réconforter avec sa chaleur. Elle avait beau se boucher les oreilles, elle entendait toujours les pleurs de cet enfant dans son esprit. C'était à en devenir folle !

Et puis, Rogue se mit à fredonner. Sa poitrine vibra sous sa joue et chassa ce cri strident. Elle se calma un peu et se détendit. Il continua de maintenir ses mains contre ses oreilles, fredonnant toujours. Elle ne savait pas ce qu'il fredonnait mais elle se sentait déjà mieux. Elle cessa de pleurer, comme une enfant rassurée dans des bras connus. Elle se mit même à somnoler, refusant de s'endormir parce que demain à son réveil, cet instant serait terminé. Il ne l'aiderait plus à chasser sa peur, ne fredonnerait plus pour elle et ne la tiendrait plus dans ses bras.

Au bout d'un moment, il cessa de fredonner et lâcha ses mains. Elle cessa de plaquer les siennes sur ses oreilles. Il n'y avait plus rien, plus aucun son, plus aucun cri. Elle leva la tête vers Rogue, cherchant son regard. Ses doigts reprirent leur caresse sur son bras et elle frissonna.

-Il est parti, dit-il. Tu peux dormir.

Non, avait-elle décidé. Elle ne voulait plus dormir. Pas ce soir. Elle voulait rester éveillée et lucide ce soir, au chaud et en sécurité dans ses bras. Elle aurait voulu être insomniaque, se passer de sommeil pour regarder les étoiles et attendre cette heure où elles chuchotaient entre elles parce que tous dormaient. Elle aurait voulu sortir pour fouler l'herbe de ses pieds nus et danser avec le vent de la nuit sous le regard bienveillant de la lune. Elle serait devenue une fille de la nuit, de la lune, des étoiles… Une étoile déchue qui attend la nuit avec impatience afin de revoir ses sœurs afin de ne pas être totalement coupée d'elles…

-Ne va-t-il pas revenir ?

-Je ne sais pas.

Il déposa un baiser sur sa tête. Elle quitta sa position de fœtus, déplia ses jambes pour les entremêler aux siennes. Il l'embrassa sur le front, entre les deux yeux, sur le nez. Pendant un instant, son souffle effleura ses lèvres. Elle le regarda mais lui contemplait sa bouche. Et finalement, il l'embrassa. Sans savoir pourquoi, elle soupira. Pas d'ennui parce qu'il l'embrassait encore, il ne l'embrassait jamais assez à son gout et elle chérissait le moindre de leurs baisers comme un trésor. Non, cette fois, elle soupira de bien-être. Dès que leurs lèvres se séparèrent, elle les chercha, quémandant un autre baiser. On était si bien dans ses bras… Elle ne pouvait pas supporter l'idée même qu'il la lâche et elle se blottit un peu plus contre lui, glissant ses bras autour de son cou. Il n'y avait plus rien entre eux, plus de gêne, de retenue, de distance minimale imposée par les autres. Il n'y avait plus qu'eux dans cette cachette, leurs corps enlacés, leurs baisers…

Elle avait chaud. Et chaque baiser, chaque caresse de ses doigts, de sa peau, de ses cheveux, de son souffle lui donnait plus chaud encore.

A un moment, il mordilla son cou. Lorsque ses dents effleurèrent un nerf dans son cou elle eut l'impression que tout son corps s'électrisait. Elle gémit, pencha la tête sur le côté pour lui faciliter l'accès à son cou. Il s'arrêta subitement, contre elle, le souffle court. Elle leva la tête, un peu surprise. Quelque chose n'allait pas ?

-Je ne sais pas si c'est correct.

C'était la seconde fois qu'ils dérapaient. Cette fois, elle ne rougit pas. Faire cela lui avait paru tellement naturel avec Rogue… Ce n'était même pas de la manipulation, les choses venaient d'elle-même… Et peut-être que les délicieux muscles de son torse n'étaient pas étrangers à toute cette histoire. N'avait-il pas honte d'être aussi beau et d'exhiber sa peau si chaude et si douce sous son nez ? Elle ne pouvait pas résister !

-J'ai l'impression que nous ne faisons pas grand-chose de correct.

Elle suivit du bout des doigts le tracé de ses lèvres. Il ne répondit pas. Parce que c'était vrai, ils ne faisaient pas grand-chose de correct. Ils passaient plus de cinq minutes seuls, s'embrassaient, s'appelaient pas leur prénom, se tutoyaient… Et voilà qu'ils dormaient ensembles, dans le même lit et manquaient de… de quoi d'abord ? Elle ne savait toujours pas, n'apprenant que par petits éléments. Les gens semblaient trouver très drôle de la garder ignorante.

-C'est vrai. Est-ce que cela te dérange ?

Non, aurait-elle voulu répondre. Elle aimait d'être proche de lui, de pouvoir lui parler simplement, qu'il lui soit accessible… Elle aimait qu'il l'embrasse, qu'il la tienne dans ses bras. Elle aimait se trouver là, dans ses bras. Elle aimait sa franchise même s'il ne lui parlait pas assez. Tout cela et bien plus encore, elle aurait voulu lui dire. Si elle avait pu, elle aurait ouvert son cœur et son âme pour qu'il sache tout d'elle, qu'il puisse la connaitre sur le bout des doigts. Et elle… Elle, elle se contenterait des miettes qu'il daignerait lui lancer et ferait attention de n'en perdre aucune pour toutes les chérir.

-Je prendrais tout ce que tu me donneras.

Elle avait la vague impression d'être une de ces vierges qu'on sacrifiait autrefois aux dieux. Une princesse qui renonçait à la vie pour le bien de son peuple. Parce qu'elle s'offrait à lui, toute entière. S'il voulait prendre sa virginité ce soir, elle ne dirait rien, même si après, il rompait leurs fiançailles. Tant pis s'il la condamnait à finir vieille fille. Elle pourrait au moins songer avec nostalgie à cet homme qu'elle avait aimé et qu'elle continuerait d'aimer malgré la trahison, peut-être.

-C'est un beau cadeau que tu me fais là. Mais un cadeau dangereux.

-Je m'en fiche.

C'était peut-être son unique occasion de perdre sa virginité. Et si elle devait l'offrir à quelqu'un, autant que ce soit Rogue. Parce que lui avait fait des efforts pour elle. Que ce soit vrai ou pas, il ne s'était pas contenté de parler avec ses parents pour épouser une inconnue et lui demander son hymen dès leur première rencontre, à leur nuit de noces. Si Rogue l'avait véritablement voulu, il aurait tenté de la mettre dans son lit bien plus tôt. Et il aurait réussi, assurément.

-Tu n'as pas peur que je me serve de toi ?

-Tu n'es pas comme ça.

Il bougea et elle sentit quelque chose appuyer contre sa cuisse. Elle baissa d'instinct la tête. Y'avait-il une bête dans le lit ? Puis elle comprit que vu leur position, ce ne pouvait être que… Elle rougit et ferma les yeux, incapable de continuer à faire sa courageuse. Elle était une trouillarde malgré tout.

-Oh… Dis-moi que ce n'est pas ce que je pense.

Ce genre de détails n'était pas précisé dans les planches d'anatomie. Cela dit, elle savait juste vaguement à quoi cela ressemblait. En dessin. Elle n'avait jamais vu… ça en vrai. Et elle ignorait tout de… ceci.

-Tout dépend ce à quoi tu penses.

Il était amusé mais ne se moquait pas d'elle. Pas encore en tout cas. S'il n'avait pas été sur elle, elle se serait décalée pour ne plus le sentir. Mais là… Elle rougit un peu plus. Ce à quoi elle pensait… Devait-elle vraiment le formuler ? Etait-ce un test ?

-Je… A ton… Ta…

Elle ferma les yeux. C'était vraiment gênant. Elle adressa un regard suppliant à Rogue. Non seulement elle se sentait gênée mais en plus, elle avait peur qu'il ne se moque d'elle.

-Je crois que nous allons attendre avant de copuler joyeusement. Il s'assit dans le lit. J'oubliais que vous n'avez pas la même façon d'aborder ce genre de chose que nous.

Elle détestait lorsqu'il lui rappelait qu'il n'était pas originaire de ce pays. En fait, elle était surtout frustrée. Elle aurait voulu savoir ! Elle n'aimait pas ne pas avoir de réponse.

-Donc c'est… plus naturel pour vous d'en parler.

-Si tu veux un exemple… Lorsque j'étais petit, je dormais toujours très près de mes parents. Ceux qui m'ont élevé avant que Skyadrum ne m'adopte. Je n'ai jamais été gêné qu'ils fassent ce genre de choses près de moi. Au contraire, j'avais la manie de me lever lorsqu'ils avaient terminé pour dormir avec eux.

-Et ils te laissaient faire ?

-Bien sûr. Comme elle écarquillait les yeux, il précisa : j'ignore si tous les parents agissaient de même que les miens. Je suis né empathe. J'avais besoin d'amour, en permanence pour supporter la douleur des autres. Deux personnes qui s'aiment et se respectent qui le font, c'est comme de l'amour pur. Je pense que c'est pour cela qu'ils me laissaient venir les embêter.

-Et ils ne disaient rien ?

-Si. Mon père râlait parce que j'avais les pieds froids et que je les mettais toujours sur son ventre ou à des endroits innommables.

L'idée de Rogue enfant qui se faisait houspiller la fit sourire. Il se pencha vers elle et elle ferma les yeux. Elle sentit un rire lui échapper lorsqu'il l'embrassa sur le bout du nez.

-Enfin, tout cela pour te dire que je ne vais pas rire de toi parce que tu étais gênée à cause de mon érection.

Sa… sa quoi ? Quel mot venait-il d'employer ? Etait-ce un mot de Fiore ou venant de sa langue maternelle ? La surprise devait se voir sur son visage car il leva non pas un mais deux sourcils. Il passa une main dans ses cheveux sombres. Elle s'étonna qu'il puisse la ressortir de tous ces noeuds.

-D'accord, ils ont été encore plus avares en détails que je ne m'y attendais. Une érection c'est lorsque… Il chercha un bref instant le mot qui la choquerait le moins. La virilité de l'homme durcit.

Vraiment ? Ce… détail n'était pas mentionné dans les livres d'anatomie. La nature avait vraiment d'étranges idées. L'idée l'intriguait tellement qu'elle en oublia d'être gênée. Elle préféra oublier qu'elle avait ce genre de conversation avec son fiancé alors que sa sœur tenait à être la seule personne à en parler avec elle.

-Pourquoi donc ?

-Je suppose que c'est plus pratique.

Etrangement, Rogue en parlait comme si tout cela était parfaitement naturel tandis que Sorano se servait du sujet pour rire de la gêne de sa sœur. Comme Yukino avait l'impression que pour son fiancé, il n'y avait pas de tabou, elle ne se sentait pas vraiment honteuse. Et en fait, c'était naturel pour lui, vraiment, se rendit-elle compte. Il avait toujours connu ses parents en train de le faire, sans être gênés qu'il soin témoin de leurs ébats. Il avait certainement su tout cela très tôt et peut-être que ses parents lui en avaient parlé. Mais un doute persistait.

-Plus pratique pour quoi ?

Il eut un vague geste de la main. Et elle comprit. Elle écarquilla les yeux en sentant ses joues la chauffer de nouveau. Oh ! Pour ce genre de choses… Oui, effectivement… Ce devait être plus… pratique ? Enfin, la nature faisait rarement les choses par hasard.

-Oh… fut l'unique chose qu'elle réussit à dire.

Quelque chose heurta subitement la porte avec violence. Yukino ouvrit de grands yeux, surprise. Qu'est-ce c'était ? Une autre créature ? C'était… terrifiant. Les murs en avaient presque tremblés…

-Aguria ! Si tu le touches je te jure que tu vas souffrir ! Et ça ne sera pas parce que ton thé est froid !

Ayaka. Et elle semblait hors d'elle. Yukino contempla le plafond. Allait-il tenir le coup ? Elle ne tenait pas à terminer écrasée. Et elle lui faisait peur. Elle s'acharnait avec tellement de force… Elle se tourna vers Rogue, inquiète. Il avait déjà enfilé son pantalon. Et malgré elle, Yukino sentit son regard contempler sa chute de reins. Rougissante, elle releva le regard et nota quelque chose de noir dans son cou, sous ses cheveux.

-Si tu cessais de frapper contre cette porte, je t'aurais déjà ouvert depuis un moment.

Il y eut un silence pendant lequel Rogue souleva la poutre qui barrait la porte. Ayaka entra comme une furie, manqua de frapper le brun avec la porte. Elle fusilla du regard Yukino, balaya du regard la pièce, huma l'air et paru satisfaite de voir qu'ils étaient encore plus ou moins habillés.

Elle poussa le vice jusqu'à admirer les muscles de Rogue, à moitié nu. Et son regard indiquait clairement qu'elle appréciait la vue. Rogue croisa les bras. Elle se contenta de sourire un peu plus. Puis son sourire disparu lorsqu'elle nota enfin les points sur le flanc de Rogue. Elle se précipita, glissa un peu sur les genoux et attrapa la taille du seigneur dragon pour le tenir en place et contempla le fil qui parcourait sa peau, son front presque appuyé contre sa peau.

-Mon dieu ! Rogy ! Qu'est-ce qui t'es arrivé ? Dis-moi qui t'as fait ça et j'irais le tuer ! Elle leva la tête vers lui. Je le ferai. Tu le sais.

-Il n'y a pas besoin. Ce n'est qu'une petite blessure. Nous y allons ?

Yukino comprit le message. Elle quitta le lit pour récupérer sa robe et son corset qu'elle avait laissé sur une chaise. Elle entreprit de régler son corset et d'enfiler sa robe aussi vite que possible. Elle sentit le poids du regard d'Ayaka dans son dos et tenta d'ignorer la brûlure qu'elle voulait y faire. Si elle avait pu, sans doute lui aurait-elle déjà arraché le cœur de la poitrine pour le lui montrer, la main couverte de sang, et le cœur fumant et battant encore…

Chassant ces idées morbides de son esprit, elle espérait que Rogue ne pouvait pas lire les pensées, elle enfila ses chaussures. Ayaka fixait Rogue qui avait réussi à la faire lâcher pour enfiler sa chemise. Le sang séché avait viré au brun mais au moins, il n'exhibait plus ses muscles. Mais en un sens, Yukino comprenait ce qu'Ayaka avait dit lors du bal. Elle comprenait pourquoi elle avait comparé ses yeux rouges au sang. Mais après avoir lavé ses mains dans l'eau froide pour avoir soigné la blessure de Rogue, elle s'était rendu compte que le sang porteur de vie ne pouvait pas rendre justice à ses yeux. Le seul rouge digne de ses yeux, c'était le soleil. Celui qui venait avec le crépuscule. Celui qui annonçait le jour ou la nuit. Cet instant en suspens, lorsque le monde entier retenait son souffle devant ce moment si crucial mais quotidien. Oui, ce moment correspondait si bien à Rogue, lorsque la lumière prenait le pas sur les ténèbres. Et il lui avait fallu rencontrer Sting et Rogue pour comprendre cette opposition complémentaire. Les étoiles ne pouvaient briller que la nuit car dans la lumière du jour les aurait empêchées de luire sereinement. Tout comme le soleil n'aurait pas pu être autant aimé sans l'angoisse du noir…

Cependant, une ombre planait. Sting. S'il venait à mourir, Rogue ne pourrait plus être, n'est-ce pas ? Car si le jour avait besoin de la nuit, que serait Rogue sans son double ? La fin des temps était annoncée comme cela non ? Plus de nuit, plus de jour car en en détruisant un, l'autre allait disparaitre.

-Tu es prête ? demanda Rogue lorsqu'elle se leva après avoir mis ses chaussures.

-C'est bon.

Rogue fut le premier à quitter la grotte. Ayaka profita du fait qu'il leur tourne le dos pour faire glisser son pouce le long de son cou en un message très explicite. Oh oui, elle avait compris. Rogue était à elle et Yukino n'avait pas le droit d'y toucher. Elle ne cessait de le répéter depuis le départ, la dénigrant puis l'ignorant. C'était à en devenir folle !

Ignorant la démone, elle se hâta de rejoindre son fiancé. La nuit était froide et sombre. On n'y voyait pas à deux pas. Elle sentit la main de Rogue prendre la sienne, la serrer doucement et la guider dans le noir. Cela facilita grandement sa progression. Presque aveugle, elle apprit très vite à repérer les vibrations très légères qui parcouraient sa main lorsqu'il levait les pieds pour esquiver une grosse racine ou qu'il contournait un léger obstacle. Elle apprécia aussi la façon dont, lorsqu'elle glissait ou trébuchait, il la tirait dans sa direction pour que sa chute s'arrête immédiatement dans son dos qu'il lui offrait comme appui.

Et malgré le regard brûlant de jalousie d'Ayaka dans son dos, elle souriait. Elle avait oublié l'air glacial de la nuit, les bruits inquiétants qui l'entouraient et la démone. Rien d'autre ne comptait que la main de Rogue dans le noir. Parce qu'elle ne pouvait y voir dans le noir. Et il le fallait, elle le guiderait lorsque la lumière deviendrait trop forte pour ses yeux perçants. Oui, s'il acceptait de lui accorder une toute petite place près de lui, elle ferait en sorte d'apprendre à déplacer les montagnes. Elle se le jurait.

Et tandis qu'ils avançaient en silence dans le noir, tentant de faire le moins de bruit possible pour ne pas se faire repérer, son cœur chantait tout bas une douce mélopée. Parce que c'était tout ce dont il avait besoin pour se gonfler de bonheur. Qu'on lui accorde un peu de chaleur, elle n'en demandait pas plus. Elle aurait voulu être son ombre, l'ombre d'une ombre, celle qu'on ne pouvait pas remarquer mais qui était là et s'occupait des petits riens de l'existence. Celle qui lui s'assurait qu'on avait glissé une chauffette dans les draps avant qu'il vienne se coucher pour ne pas se sentir emprisonné dans ce lit froid mais qu'il y trouve cette petite place chaude… Celle qui veillait à ce que ses tartines soient beurrées pour qu'il n'ait pas à chercher à tâtons, les yeux encore embrumés par le sommeil, ce dont il avait besoin. Celle qui restait debout près de la porte pendant des heures afin qu'il puisse se débarrasser de son manteau lourd de poussière avec ses soucis dès qu'il aurait passé le seuil. Ce rôle dont personne ne voulait, elle l'aurait pris avec plaisir. Parce que c'était tout ce qu'elle désirait. Avoir le droit de veiller sur lui. Comme les étoiles veillaient sur le sommeil des gens, bons ou mauvais. Car rien ne pouvait troubler leur veille éternelle.


J'avoue, j'ai eu des mini-crises de lyrisme sur la fin du chapitre. Désolée ! Ne soyez pas frustrées, vous aurez leurs ébats racontés... Dans quelques chapitres !

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