DISCLAIMER : Tous les personnages et l'univers de Harry Potter appartiennent à JK Rowling. Les personnages et l'univers de Downton Abbey appartiennent à Julian Fellowes et Carnival Film.

Rating : M+

Genre : romance / slash / Yaoi


Bonne lecture !


Chapitre 35

12 mai 1913 – Manoir Malfoy

En rentrant de sa promenade à cheval, Draco constata avec étonnement la présence dans la cour de la voiture du Docteur Slughorn.

- Que se passe-t-il ? demanda-t-il à Carson en arrivant dans le hall du manoir. Pourquoi le Docteur Slughorn est-il ici ?

- Il s'agit de votre épouse, Votre Grâce. Elle s'est trouvée mal peu après votre départ. Monsieur le Comte a immédiatement fait appeler le Docteur Slughorn.

- Oh Seigneur…

Sans attendre, Draco grimpa les escaliers quatre à quatre pour rejoindre ses appartements. En entrant dans le salon, il y trouva son père et sa mère.

- Comment va-t-elle ? Que s'est-il passé ? les pressa-t-il.

- Elle a été prise de vomissements, expliqua Narcissa et puis de forts vertiges. J'ai cru un moment qu'elle allait s'évanouir.

- Est-ce que…

Draco s'interrompit car la porte de la chambre de sa femme venait de s'ouvrir. Un homme corpulent et court sur jambes apparut. Il portait une impressionnante moustache qui tombait de part et d'autre de sa bouche, le faisant étrangement ressembler à un morse.

- Comment va ma femme ? s'empressa de demander Draco.

- Elle se repose, déclara le médecin. Je lui ai donné du bicarbonate pour soulager les vomissements. Pour le reste, continua-t-il en se penchant légèrement en arrière et en tapotant son ventre, rien qui ne sera résolu d'ici sept mois.

- Sept… mois, ânonna Draco. Vous… vous voulez dire que…

- Les félicitations sont de rigueur, mon cher Duc, dit Slughorn en souriant largement. Votre épouse attend un enfant.

- Oh mon Dieu, s'écria Narcissa avec émerveillement. Lucius ! Tu as entendu cela ?

- Je… oui… c'est… c'est une merveilleuse nouvelle !

Draco lui, était littéralement tétanisé. Il fixait le médecin comme s'il ne parvenait pas à intégrer ce qu'il venait de dire.

- Ma… ma femme… est enceinte ? marmonna-t-il.

- Comme je vous le dis !

Slughorn se mit à rire.

-Allons, allons, mon ami ! dit-il en assénant une tape sur l'épaule de Draco. Ne faites pas cette tête, voyons. Allez plutôt féliciter votre femme !

Draco se contenta de hocher la tête puis d'avancer comme un somnambule vers la chambre de sa femme. Tandis qu'il ouvrait la porte, il entendait vaguement sa mère questionner Slughorn avec empressement.

Il se tint immobile, sur le pas de la porte, regardant sa femme allongée dans le lit.

Ariana lui sourit.

-Allons, approche, dit-elle. Je ne suis pas contagieuse.

Draco s'approcha et s'assit sur le bord du lit.

- Comment vas-tu ? demanda-t-il en lui prenant la main.

- Un peu mieux.

- Tu… tu te sentais mal depuis longtemps ?

- Les nausées ont commencé il y a une semaine. Comme c'était pareil pour Charlotte… j'ai vite compris de quoi il s'agissait.

- Pourquoi ne m'as-tu rien dit ?

- Je ne voulais pas te donner de faux espoirs, alors j'ai préféré attendre. Mais ce matin, je me suis sentie vraiment très mal…

- Tu as pris des risques inutiles. Tout ce temps que tu as passé au village pour préparer la foire de printemps… tu aurais pu…

- Tout va bien, Draco, le coupa-t-elle est caressant sa joue. Tout va très bien. Tu n'as pas à t'inquiéter.

Draco posa délicatement la main sur son ventre.

- Alors… j'y suis arrivé ? murmura-t-il. Je l'ai vraiment fait ?

- Oui. Tu l'as fait.

- Je n'arrive pas à y croire…

- Eh bien, si tu te trouvais à ma place, à genoux devant la cuvette des toilettes, je peux t'assurer que tu y croirais ! plaisanta Ariana.

Draco rit à son tour puis regarda sa femme avec une infinie tendresse. Il se pencha et appuya son front contre le sien.

-Merci, souffla-t-il avant de l'embrasser.

Ariana lui rendit son baiser avec une égale douceur.

- Tu devrais prévenir Harry, dit-elle après s'être écartée.

- Et toi, tu devrais écrire à Blaise.

- Je comptais bien le faire, sourit Ariana.

Draco écarta de son front une longue mèche de cheveux blonds.

- Nous devrions reporter notre séjour à Hogwarts, dit-il. Ce n'est pas une bonne idée que tu fasses un si long voyage dans ton état.

- Je vais bien, Draco. Et je ne compte pas rester enfermée durant toute ma grossesse ! De plus, nous ne pouvons pas retarder ce voyage plus longtemps ! Tu es Duc depuis cinq mois et tu n'as pas encore été officiellement présenté dans ton duché.

- Je ne risquerai pas ta santé pour une visite protocolaire !

- Tu sais comme moi que cette visite a toute son importance…

- Mais…

- Nous partirons début juin comme cela était prévu.

- D'accord, soupira Draco. Mais je veux que le Docteur Slughorn nous donne son avis auparavant !

- Si ça peut te rassurer…

- C'est à prendre ou à laisser !

- Bon, très bien ! soupira Ariana, faussement agacée. Maintenant, file prévenir Harry ! J'ai besoin de repos.

Draco lui sourit largement et après l'avoir embrassée une dernière fois, il quitta son chevet.

En sortant de la chambre, il trouva son père debout devant une des fenêtres du salon.

- Le Docteur Slughorn est parti ? demanda-t-il.

- Ta mère l'a raccompagné, répondit Lucius en regardant dehors.

Draco se contenta de hocher la tête. Il s'apprêta à partir quand il sentit une main sur son bras. Il se retourna et l'instant d'après, il se retrouva pris dans une étreinte vigoureuse. Il resta sans bouger. Il ne se souvenait pas de la dernière fois où son père l'avait pris dans ses bras. Même durant sa petite enfance, Lucius n'avait jamais été un père très tactile ou très affectueux.

- Je suis si fier de toi, murmura Lucius. Comment ai-je pu douter un moment de toi et du fait que tu prendrais tes responsabilités par rapport à notre famille…

- Papa, rien n'est encore fait… Ariana attend peut-être une petite fille…

- Les Malfoy engendrent des garçons, déclara Lucius en s'écartant de son fils. Depuis toujours. Tu ne feras pas exception.

- Je suis une exception à plus d'un titre, ne put s'empêcher Draco de répondre.

Lucius s'éclaircit bruyamment la voix.

- Je… je vais rejoindre ta mère, dit-il d'un ton bourru et embarrassé.

- Je descends avec toi. Je vais me rendre à Godric's Hollow.

- Pour quoi faire ? questionna Lucius plus sèchement qu'il ne le voulait.

- Avertir Harry de la bonne nouvelle, pardi !

Sans laisser le temps à son père de répondre, Draco sortit de ses appartements et se précipita au rez-de-chaussée où il trouva Carson.

- Votre Grâce, dit le majordome avec un grand sourire. Permettez-moi de vous féliciter. C'est une grande joie d'apprendre que la Duchesse attend un enfant.

- Merci, Carson.

- Si la Duchesse a besoin de quoi que ce soit, faite-le moi savoir. Nous serons tous aux petits soins pour elle.

- Plus que vous ne l'êtes déjà ? rigola Draco. Vous allez rendre ma femme capricieuse !

- Oh, mais…

Le son strident du téléphone interrompit leur conversation.

-Si vous voulez bien m'excuser, Votre Grâce.

Carson alla décrocher le téléphone.

- Draco, l'interpella Lucius qui arrivait à son tour. Sur le chemin de Godric's Hollow, peux-tu t'arrêter à la maison douairière et prévenir Minerva que nous l'attendons à dîner ce soir ?

- Puis-je inviter Harry également ?

Lucius se raidit et fit un petit sourire crispé.

- Si tu y tiens.

- Monsieur le Comte, l'interrompit Carson. Le Baron Rosier vous demande au téléphone.

- Oh.

Lucius prit le combiné.

-Rosier ?

Alors que son père écoutait son interlocuteur, Draco le vit froncer les sourcils.

-En es-tu certain ? … Hm… Oui, je comprends… D'accord. Merci pour ton aide… A bientôt, Rosier.

Lucius raccrocha en soupirant.

- Un problème, Papa ? demanda Draco.

- Plutôt une mauvaise nouvelle, répondit-il sommairement.

Il reprit le téléphone et demanda une ligne.

-Manoir Black à Godric's Hollow.

O°O°O°O°O°O°O

Résidence Black, Grosvenor Square, Londres

Hermione actionna la cloche de la porte d'entrée. Elle ne dut pas attendre très longtemps avant que celle-ci ne s'ouvre sur un domestique.

- Oui ?

- Hermione Granger, annonça-t-elle. Je souhaiterais voir Mademoiselle Weasley.

L'homme s'écarta pour laisser Hermione entrer.

- Veuillez patienter, dit-il. Je vais…

- Hermione ? résonna une voix dans le hall.

- Bonjour Ron, répondit posément Hermione.

Un moment de gêne flotta entre eux. Ils ne s'étaient plus revus depuis le jour de leur rupture, ici même, neuf mois auparavant.

- Heu… bonjour, dit Ron. Je… hum… ça fait longtemps.

- Le 9 août dernier.

- Tu… tu as l'air en pleine forme.

- Toi aussi. Ginny m'a dit que tu travaillais au Ministère de l'Agriculture, c'est cela ?

- Oui, en effet.

- Et… ça te plait ?

- Oui, vraiment, sourit Ron. Je croyais que j'allais être enfermé dans un bureau, mais c'est tout le contraire.

- Tant mieux, sourit Hermione en retour. Je suis contente pour toi.

- Et toi ? Toujours décidée à faire des études de médecine ?

- Non. J'ai finalement décidé de devenir infirmière militaire.

- Infirmière militaire ? Tu… tu comptes…

- Intégrer l'armée, oui.

- Oh.

Ron ne put s'empêcher d'être surpris. Il savait ce qu'impliquait pour une jeune femme de revêtir la cape rouge des infirmières impériales.

- C'est… c'est impressionnant. Et très courageux. Je veux dire… ce n'est pas un engagement facile… Enfin, c'est… bref. C'est bien de te revoir, conclut-il.

- C'est bien de te revoir aussi, sourit Hermione, un peu amusée par son embarras.

- Et sinon ? Qu'est-ce qui t'amène ?

- Je voulais voir Ginny.

- Ah. Oui. Je vais aller la chercher.

Comme il s'engageait dans l'escalier, il se ravisa.

- Hermione, sais-tu si Ginny va bien ? demanda-t-il tout de go.

- Pourquoi me demandes-tu cela ?

Il soupira en se passant la main dans les cheveux avec nervosité.

-Je m'inquiète pour elle. Elle… elle est toujours si fatiguée et si pâle. Ça ne lui ressemble pas. Elle ne mange pratiquement plus rien et je soupçonne même que le peu qu'elle mange la rende malade. Je ne sais plus quoi penser.

Hermione détourna le regard. Elle ne pouvait décemment pas révéler à Ron ce qu'elle savait au sujet de sa sœur.

- Elle s'inquiète sans doute au sujet de la disparition de son ami, Monsieur Corner.

- Tu sais cela ? s'étonna Ron.

- Hum… oui. Ginny m'en a parlé.

- Quand cela ?

- Heu… je…

- C'est bon, Hermione. Tu peux lui dire. Il devra le savoir, de toute façon.

Hermione et Ron levèrent les yeux pour voir Ginny qui descendait l'escalier. Bien que la matinée fût fort avancée, elle portait toujours sa robe de chambre. Ses longs cheveux roux étaient négligemment tressés sur le côté. Son teint était anormalement pâle et ses yeux cernés.

- Ginny, de quoi parles-tu ? demanda Ron.

- Je pense que nous ferions mieux de discuter de cela ailleurs que dans le hall, suggéra Hermione.

Ron hocha la tête et précéda les deux jeunes femmes dans le salon.

-Eh bien ? De quoi s'agit-il ? s'impatienta Ron.

Ginny inspira un grand coup et dit :

- Je suis allée voir Hermione à St Thomas. Pour une consultation.

- Une consultation ?

- Je suis enceinte, Ron.

Ron cligna plusieurs fois des yeux.

- Tu es… non, c'est impossible. Tu…

- Je te rappelle que j'ai couché avec Michael.

- Une seule fois, souffla-t-il.

- Une seule fois est suffisante, intervint Hermione.

Ron porta la main à sa bouche en secouant la tête.

- Je me sens mal depuis plusieurs jours, continua Ginny. Nausées, vomissements, fatigue… Au début, j'ai mis cela sur le compte de l'angoisse au sujet de Michael, mais j'ai bien vite compris qu'il s'agissait d'autre chose. Je me suis rendue à St Thomas pour voir Hermione et pour lui demander de subir un examen. Je devais en avoir le cœur net.

- Ginny est bien enceinte, confirma Hermione.

- Oh Seigneur, soupira Ron.

Indifférente aux lamentations de Ron, Hermione se tourna vers Ginny.

- Ginny, dit-elle avec gravité. Tu dois prendre une décision.

- Une décision ? Quelle décision ? demanda Ron.

- Hermione a accepté de m'aider si jamais je souhaitais… mettre fin à mon état.

- Mettre fin à… tu veux dire…

- J'ai une adresse à Kensington, coupa Hermione. C'est un endroit discret et fiable, où j'ai la garantie que les choses seront faites… correctement. Mais le temps presse, Ginny. Plus tu attends, plus ce sera dangereux.

Ginny croisa les bras sur sa poitrine.

- Je ne sais pas, murmura-t-elle.

- Fais-le !

Hermione et Ginny se tournèrent vers Ron.

- Bon Dieu, Ginny, fais-le ! Ta réputation est déjà sérieusement entamée par le fait que tu as rompu tes fiançailles avec Greengrass… si en plus, tu donnes naissance à un enfant hors mariage, c'est la ruine assurée !

- C'est l'enfant de Michael ! s'emporta Ginny. Quand il reviendra, il m'épousera et tout rentrera dans l'ordre !

- Si il revient, corrigea Ron. Et quand bien même… vous pourrez avoir un autre enfant par la suite ! N'est-ce pas, Hermione ? demanda-t-il. Elle pourra toujours avoir des enfants, n'est-ce pas ?

- Si l'intervention est faite dans de bonnes conditions, oui, confirma-t-elle.

Ginny soupira en se massant les tempes. Elle était fatiguée et avait l'impression que sa tête allait exploser.

- Je ne sais pas, répéta-t-elle. Je veux d'abord avoir des nouvelles de Michael.

- Tu n'as pas le temps d'attendre, insista Hermione. Si jamais tu dois…

Elle fut interrompue par la sonnerie du téléphone. L'instant d'après, le valet pénétrait dans le salon.

-Un appel pour vous, Mademoiselle Weasley. Il s'agit de Lord Black.

Ginny se précipita dans le hall pour prendre le téléphone, son frère et Hermione à sa suite.

-Allô, Harry ?

Elle serrait le cornet du téléphone tellement fort que ses jointures blanchissaient. Au fur et à mesure qu'elle l'écoutait, elle sentait sa tête bourdonner. Des points blancs dansèrent devant ses yeux avant que tout devienne noir autour d'elle.

O°O°O°O°O°O°O

Manoir Black, Godric's Hollow

La voiture s'arrêta dans l'allée. Draco en descendit sitôt que Spratt eut ouvert la portière.

- Bonjour, Votre Grâce.

- Bonjour Spratt.

Lorsqu'il entra dans la maison, il vit Harry arriver à grands pas, sa canne et son chapeau à la main.

- Tu pars ? demanda Draco.

- Oui. Je dois me rendre à Londres.

- Maintenant ?

- Oui, maintenant.

- C'est au sujet de Ginny Weasley ?

- Tu es au courant ?

- Oui. J'étais là quand mon père t'a téléphoné. Je pensais que tu allais l'appeler également.

- C'est ce que j'ai fait et je n'aurais pas dû. Apparemment, elle a fait un malaise. Il faut que j'aille à Grosvenor Square, voir comment elle va.

Il allait partir quand Draco le retint par le bras.

- Harry, ce n'est pas ta responsabilité ! Tu ne peux pas accourir vers elle à chaque fois qu'il lui arrive un malheur !

- Un malheur ? Son fiancé est mort, Draco !

- Son fiancé est bien vivant et essaye de surmonter l'humiliation d'avoir été abandonné comme un malpropre. Ce Corner n'était rien d'autre que son amant !

Harry repoussa durement Draco.

- Je suis ton amant, siffla-t-il très bas, pour n'être entendu que de lui, et j'avais la faiblesse de croire que si quelqu'un venait t'annoncer ma mort, cela t'affecterait un tant soit peu. Je constate que ce ne sera pas le cas.

- Ça n'a rien à voir et tu le sais ! s'emporta Draco.

Par tous les saints, pensa-t-il, si quelqu'un devait lui annoncer la mort de Harry, il ne s'en relèverait pas. Comment cet idiot de Potter pouvait-il penser autrement ?

-C'est injuste de me dire une chose pareille, reprit Draco douloureusement.

La peine se lisait dans ses yeux et Harry regretta son emportement.

- Je sais, murmura-t-il. Je suis désolé. Mais tu dois comprendre qu'il faut que j'aille là-bas.

- Oui, soupira Draco. Je comprends.

- Merci. Je te promets d'être de retour très vite.

Harry coiffa son chapeau et passa la porte.

- Au fait, tu venais me voir pour quelque chose ?

- Rien qui ne puisse attendre ton retour, sourit Draco. Allez, file, Monsieur le Sauveur du monde !

Harry râla pour la forme avant de s'engouffrer dans la voiture.

Draco le regarda s'en aller, un peu dépité. Il avait tellement hâte de lui annoncer la nouvelle de la grossesse d'Ariana. Hâte de lui dire qu'avec un peu de chance, et en priant très fort, il serait dorénavant à lui et rien qu'à lui.

Mais Ginny Weasley lui avait volé ce moment.

O°O°O°O°O°O°O

Résidence Black, Grosvenor Square, Londres

Harry arriva à Londres peu avant cinq heures. Quand il entra dans sa maison, il fut accueilli par Ron.

- Harry ! dit celui-ci en venant vers lui. Je suis content que tu sois là !

- Comment va-t-elle ? demanda Harry.

- Elle est dans sa chambre, elle se repose.

- Qu'a dit le médecin ?

- Je n'ai pas appelé de médecin. Hermione était là et elle s'est occupée de Ginny.

- Hermione ? s'étonna Harry.

- Oui. Elle est en haut avec Ginny. Viens.

Harry suivit Ron à l'étage et entra dans la chambre qu'occupait Ginny. Elle était allongée, le teint livide. Hermione était assise à son chevet et lui tenait la main en lui parlant à voix basse. Quand elle vit Harry entrer, elle se leva et se porta à sa rencontre pour le serrer dans ses bras.

- Harry, souffla-t-elle. C'est bon de te revoir.

- Toi aussi, Hermione. Je ne m'attendais pas à te voir ici.

Hermione ne répondit pas. Elle s'écarta simplement pour que Harry puisse approcher du lit. Il s'avança à pas mesurés et s'assit sur le rebord du lit.

- Ginny, dit-il doucement.

- Harry… merci d'être là, dit-elle d'une voix faible.

- Comment te sens-tu ?

- Je… je ne sais pas… c'est… je ne peux pas y croire…

- Je suis désolé, Ginny. Jamais je n'aurais dû t'annoncer cela par téléphone.

Ginny agita mollement la main.

- Tu n'as rien à te reprocher.

- Je…

- Dis-moi. Dis-moi ce qu'il s'est passé.

- Ginny, intervint Ron, ce n'est pas une bonne idée de…

- J'ai besoin de savoir, coupa-t-elle durement.

Elle reporta son regard sur Harry et l'incita silencieusement à parler.

- Les choses ne sont pas très claires, commença-t-il. On sait que Michael s'est rendu à l'ambassade de Grande-Bretagne à Milan.

- A l'ambassade ? répéta Ginny. Mais… pourquoi ?

- Nous n'en savons encore rien. On pense que ce n'était pas prévu et que c'est la raison pour laquelle il n'a pas pu prendre le train pour Vienne. A la place, il semble qu'il a pris un train pour Innsbruck, puis une voiture pour rejoindre Vienne.

- C'est de la folie, dit Hermione. Vienne est à plus de cinq cent kilomètres d'Innsbruck !

- Je sais, soupira Harry. Toujours est-il que sa voiture a été retrouvée dans un ravin, à deux heures de route d'Innsbruck.

-Est-on sûr que c'est bien lui ? demanda Ginny.

Harry soupira derechef.

- La police autrichienne a retrouvé des documents à son nom, ainsi que sa carte de presse. Je suis désolé, Ginny… mais il n'y a pas de doute possible.

- Quand… quand son corps va-t-il être rapatrié ?

- Pas tout de suite, je le crains. Les formalités administratives vont encore prendre du temps.

Ginny ferma les yeux, retenant du mieux qu'elle pouvait les larmes qui menaçaient de couler. Elle posa les mains sur son ventre.

-Je suis enceinte, dit-elle.

Harry crut avoir mal entendu.

- Quoi ?

- Je suis enceinte.

- Oh mon Dieu, se lamenta-t-il en se laissant tomber sur une chaise à proximité.

Il ne savait pas quoi penser. Ni quoi dire, par ailleurs.

- Il faut que je décide si je le garde ou non, dit Ginny, rompant le silence pesant qui s'était installé dans la pièce.

- Qu'est-ce que tu dis ? murmura Harry.

- Peut-être que le mieux est que je m'en débarrasse…

- Je le crois aussi, intervint Ron.

- Non ! s'écria Harry. C'est… c'est…

- C'est la meilleure solution, répondit-il. La seule solution pour préserver Ginny un tant soit peu !

- Comment peux-tu dire une chose pareille ? s'emporta Harry. Après tout ce qui s'est passé, toi, entre tous, tu devrais mesurer les conséquences de ce qu'implique un avortement !

- De quoi parles-tu, Harry ? demanda Hermione.

Il ne répondit pas à sa question, se contentant de fixer Ron d'un regard furieux.

-Ça n'a rien à voir, et tu le sais ! Hermione connaît un endroit où ce sera fait proprement.

Harry se tourna alors vers son amie.

- Tu es d'accord avec ça ? éructa-t-il.

- Je n'ai pas à être d'accord ou pas, répondit Hermione avec hauteur. La décision appartient à Ginny et personne n'a le droit de la juger. Tout ce que j'ai fait, c'est d'éviter qu'elle se retrouve entre les mains d'un charlatan !

- Comment peux-tu accepter qu'elle prenne un risque pareil ! Elle pourrait ne plus jamais avoir d'enfant !

- Seulement si c'est mal fait ou fait tardivement. C'est pourquoi…

- Cette intervention est trop dangereuse ! Quelles que soient les circonstances !

- Harry, je suis infirmière. Je…

- Et moi j'ai étudié la médecine ! Cela me rend certainement plus qualifié que toi pour en parler !

- Je ne te permets pas de…

- ARRETEZ ! cria Ginny.

Elle pleurait pour de bon cette fois.

- Arrêtez de faire comme si je n'étais pas là ! s'indigna-t-elle. Hermione a raison, Harry… c'est ma décision ! Pas la tienne !

- Mais Ginny…

- QU'EST-CE QUE TU VEUX QUE JE FASSE ? hurla-t-elle presque. COMMENT ESPERES-TU QUE JE M'EN SORTE ?

Harry resta prostré. Ginny sanglotait avec force. Elle essuyait rageusement les larmes sur ses joues, sans parvenir à s'arrêter de pleurer.

-Je vais t'épouser.

Ginny releva brusquement la tête. Ron avait les yeux écarquillés et Hermione secouait la tête avec lassitude.

- Quoi ? murmura Ginny.

- Je vais t'épouser, répéta Harry. Et je reconnaîtrai ton enfant comme le mien.

- Harry… ma réputation est ternie, je…

- Peu importe. On dira que tu as abandonné Greengrass pour moi. Que j'étais ton amant secret et que cet enfant est le mien. Il y aura peut-être des ragots pendant quelques semaines, mais tout finira par se tasser après que nous nous serons mariés.

- Pansy Parkinson sait qu'il s'agit de Michael Corner…

- Laisse-moi me charger de Pansy.

Ginny soupira.

-Ron. Hermione. Est-ce que vous pouvez nous laisser ? Je dois parler à Harry en privé.

Ron hocha la tête et sortit de la chambre, Hermione derrière lui.

- Harry… je te remercie pour ta proposition plus que généreuse mais… je ne peux pas accepter.

- Pourquoi ?

- Parce que je ne veux pas que tu te retrouves coincé avec moi pour le restant de ta vie alors que je ne suis définitivement pas celle que tu souhaites épouser !

- Mais…

- Il n'y a pas de « mais », Harry. Que se passera-t-il le jour où tu rencontreras la femme de ta vie ? Le jour où tu tomberas amoureux de la seule personne capable de te rendre heureux ? Cette personne, ce n'est pas moi, Harry… tu le sais. Je ne veux pas t'empêcher d'épouser la femme que tu aimes et de qui tu voudras des enfants…

Harry soupira lourdement et se rassit sur la chaise, la tête baissée.

-Je suis déjà amoureux, dit-il. De la seule personne capable de me rendre heureux. Et surtout de la seule personne que je ne pourrai jamais épouser.

Ginny fronça les sourcils.

-Je ne comprends pas, dit-elle. Elle… elle est déjà mariée ?

Harry fit non de la tête. Ce n'était peut-être pas une bonne idée de dévoiler son secret à Ginny, mais c'était la seule manière pour qu'elle comprenne qu'il prenait cet engagement en toute connaissance de cause. Il inspira longuement.

-C'est un homme, avoua-t-il.

Ginny le regarda fixement.

- Je ne comprends pas, répéta-t-elle.

- La personne dont je suis amoureux… c'est un homme.

- C'est… oh mon Dieu, souffla-t-elle.

Harry ne savait comment prendre sa réaction.

- Ron est au courant ? demanda-t-elle d'une voix blanche.

- Non, dit Harry. Et j'aimerais autant qu'il ne l'apprenne pas. Ni lui, ni personne. Je te l'ai dit à toi parce que… parce que je ne voulais pas que tu t'imagines que… que je me sacrifiais… ou quelque chose comme ça.

Ginny resta silencieuse un moment qui parut à Harry durer une éternité. Il regretta soudainement son impulsivité.

- Ecoute, dit-il pour briser ce silence insupportable, je comprends que cela te choque. Je…

- Alors… si je comprends bien, coupa Ginny comme si elle ne l'avait pas entendu, tu me proposes un mariage où nous aurions une relation purement… platonique ?

- Oui… je suis désolé. Je ne peux pas t'offrir mieux que cela. C'est… je ne peux pas, soupira-t-il.

- Qu'est-ce qui te fais dire que je pourrais vouloir une chose comme ça ? demanda Ginny avec dédain.

Harry se crispa.

-Je ne sais pas, répondit-il d'un ton factuel. Peut-être le fait que tu es enceinte, qu'à part Ron, ta famille t'a tourné le dos et qu'aucun homme respectable ne voudra plus de toi ?

Ginny écarquilla les yeux, sous le choc. Harry n'avait pas voulu être aussi méchant, mais sa réaction dédaigneuse l'avait mis en colère.

- Je suis désolé, dit Harry. Je ne voulais pas…

- Non, tu as raison, coupa Ginny d'une toute petite voix. Etant donné le tort que je pourrais faire à ta réputation, ton offre est plus que généreuse.

- Cela veut dire que tu acceptes ?

Ginny soupira.

- Qui est-ce ? demanda-t-elle.

- Qui ?

- L'homme dont tu es amoureux.

- Oh… je… tu… tu ne le connais pas.

Ce n'était qu'un demi-mensonge. Ginny ne connaissait pas réellement Draco. Ou juste un peu.

- Tu… tu as toujours été comme ça ?

- Oui, je crois, même si je n'en savais rien avant de le rencontrer…

- C'est pour cela que tu n'as jamais voulu de moi ?

- Oui. Les femmes ne m'attirent pas. Aucune.

- Je suppose que c'est une maigre consolation, dit-elle avec un petit sourire triste.

- Ginny… je sais que ce n'est pas la vie dont tu avais rêvé mais… c'est toujours mieux que d'être une mère célibataire. Tu seras ma femme, Comtesse de Gryffindor, et si Dieu le veut, ton enfant sera mon héritier si c'est un garçon.

Ginny haussa les épaules et eut un petit rire désabusé.

- Que n'aurais-je pas donné pour être ta femme il y a un an de cela…

- Si je t'avais épousée il y a un an, j'aurais été malhonnête et toi aussi. Ce ne sera pas le cas aujourd'hui.

- Je ne sais pas si c'est une bonne solution…

- Tu penses peut-être que l'autre solution est meilleure ?

- Pourquoi pas ?

- Il s'agit de l'enfant de Michael Corner, un homme que tu as sincèrement aimé ! C'est tout ce qu'il te reste de lui !

Ginny détourna les yeux.

- Ce n'est pas juste, Harry, murmura-t-elle.

- C'est vrai, concéda-t-il. C'est injuste. Injuste que tu ne puisses pas assumer cet enfant toute seule sans être mise au ban de la société. Injuste que je ne puisse pas vivre avec l'homme que j'aime sans être condamné aux travaux forcés… mais c'est ainsi, Ginny. Nous n'avons pas le choix !

Harry se pencha en avant, les coudes posés sur les genoux.

-C'est à toi de décider, Ginny.

O°O°O°O°O°O°O

Ron et Hermione patientaient dans le couloir.

- A ton avis, Harry est vraiment sérieux ? demanda Ron.

- Bien sûr qu'il l'est. Même si je ne crois pas que ce soit une bonne idée.

- Pourquoi ?

- Harry n'est pas le genre de personne à trouver le bonheur dans un mariage contracté par dépit ou par obligation. Et puis…

- Et puis quoi ? insista Ron.

- Rien, répondit Hermione en haussant les épaules.

Ron n'insista pas. Il arpenta le couloir en se demandant si sa vie et celle de sa famille cesserait un jour d'être une succession de mauvaises décisions.

-Au fait, demanda Hermione, pourquoi ne travailles-tu plus pour Harry ? Et pourquoi ta famille est-elle rentrée dans le Devon ?

Ron s'appuya contre le mur en soupirant.

- C'est une longue histoire dont je n'ai pas vraiment envie de parler. Disons simplement que ma famille et moi avons trahi sa confiance. Je ne peux pas lui reprocher la décision qu'il a prise.

- Et pourtant, il est ici… prêt à épouser ta sœur pour sauver son honneur…

- Ginny n'était pour rien dans cette histoire. Harry le sait.

- C'est aussi la raison du départ de Percy de la paroisse de Godric's Hollow ?

Ron hocha seulement la tête.

Hermione se demanda ce que les Weasley avaient bien pu faire de si grave pour que Harry les renvoie sur leurs terres et retire sa paroisse à l'un d'entre eux. Elle n'eut pas l'occasion de questionner Ron davantage car la porte de la chambre s'ouvrit sur Harry.

-Venez, dit-il simplement.

Ils rentrèrent dans la pièce.

- Ginny et moi allons nous marier, annonça Harry tout de go.

- Vraiment ? s'exclama Ron.

- Oui. Je vais écrire à Sir Arthur pour lui faire part de ma décision et lui demander sa bénédiction. Nous prendrons ensuite les dispositions pour organiser le mariage rapidement.

Ron s'avança vers Harry et lui donna une vigoureuse accolade.

-Merci, souffla-t-il. Merci du fond du cœur.

Harry tapota maladroitement le dos de Ron.

Derrière eux, Hermione observait la scène avec circonspection.

O°O°O°O°O°O°O

13 mai 1913 – Godric's Hollow

Harry avait passé la nuit à Grosvenor Square et avait repris la route de Godric's Hollow de bon matin.

Arrivé au Manoir, il avait immédiatement téléphoné à Draco pour lui demander de venir le voir sitôt qu'il en avait la possibilité, déclinant sa proposition de le rencontrer à la cabane.

En début d'après-midi, Spratt lui annonça donc l'arrivée de son visiteur.

-Bonjour, Harry, dit Draco en entrant dans le salon.

A la posture raide et distante de Harry, il comprit que quelque chose n'allait pas. Déjà au téléphone, il l'avait senti mal à l'aise, particulièrement quand il avait bredouillé une explication incompréhensible sur le fait qu'il ne souhaitait pas se rendre à la cabane. Cela ne lui ressemblait pas.

Il attendit que Spratt ait refermé la porte pour s'avancer et prendre Harry sans ses bras. Il était aussi raide qu'une planche.

- Tu m'as manqué, dit-il.

- Je suis parti seulement hier soir, se moqua Harry.

- Peu importe, répondit Draco en l'embrassant.

Le baiser avait quelque chose d'urgent. Harry sut à ce moment que Draco avait compris qu'il se passait quelque chose. Ils se connaissaient trop bien et il fallait dire que Harry avait dû mal à dissimuler son malaise.

-Alors ? demanda Draco en s'écartant. Pourquoi voulais-tu me voir ?

Il souriait mais son sourire n'atteignait pas ses yeux. Harry tenta de ne pas y faire attention. Il lui tourna légèrement le dos, faisant mine d'être absorbé par quelque chose à l'extérieur.

- Ginny Weasley est enceinte, annonça-t-il d'un ton factuel.

- Ah. Je suppose que les chances que Matthew Greengrass soit le père de cet enfant sont inexistantes, ironisa Draco.

Harry soupira avec agacement.

-Evidemment. C'est Michael Corner le père de l'enfant.

Draco hocha lentement la tête. Un long silence s'installa entre eux.

-Tu vas l'épouser, dit finalement Draco.

Ce n'était pas une question. Seulement un constat.

-Oui, admit Harry.

Draco fit quelques pas dans la pièce, les mains croisées derrière le dos.

- Eh bien… j'imagine que je ne peux te faire aucun reproche, vu que j'ai fait exactement la même chose.

- Draco…

- De plus, je t'ai toujours dit qu'il te fallait trouver une épouse pour engendrer un héritier. Après tout, tu as les mêmes responsabilités que moi… Evidemment, je ne peux qu'espérer qu'elle attende un garçon… ça t'évitera de devoir donner de ta personne comme j'ai dû le faire. A moins, bien sûr, que tu veuilles donner de ta personne.

Son ton se voulait léger mais il ne parvenait pas à cacher son amertume.

- Tu sais bien que je m'y refuse, répondit Harry. J'en suis incapable.

- C'est ce que tu diras à ta femme quand elle voudra partager ta couche ? Ou bien vas-tu lui inventer un mensonge ? demanda-t-il, mordant.

- Elle sait déjà.

Draco fronça les sourcils.

- Je te demande pardon ?

- Je lui ai dit qu'elle ne pouvait rien attendre de moi. A cause… de ce que je suis.

Draco pâlit. Il ferma les yeux un instant.

- Elle… elle sait… pour nous ? demanda-t-il d'une voix blanche.

- Je lui ai dit que j'étais amoureux d'un homme. Mais je ne lui ai pas dit qui.

- La belle affaire ! se moqua Draco. A ton avis ? Combien de temps cette fouineuse mettra pour découvrir la vérité ?

- Il n'y a pas de raison qu'elle l'apprenne.

- Oh vraiment ? Parce que tu crois qu'elle va se contenter de cela ? Ta future femme est une petite arriviste sans scrupule ! Dois-je te rappeler tout ce qu'elle a fait pour te séduire ?

- C'est… ça n'a rien à voir ! s'emporta Harry. C'était sa famille, pas elle !

- Ce que tu peux être naïf, cracha Draco. Jamais elle ne se contentera d'une union platonique !

- Elle n'a pas le choix !

- Peut-être en ce moment mais quand vous serez mariés, elle exigera de consommer le mariage, surtout si l'enfant est une fille !

- N'est-ce pas ce qu'Ariana a fait ?

- Ariana n'a jamais rien fait pour m'éloigner de toi ! Au contraire !

- Ginny ne fera rien pour m'éloigner de toi non plus ! Elle…

- Ah oui ? coupa Draco. Pourquoi es-tu tellement tendu quand je m'approche de toi ? Pourquoi ces bredouillements pour me dire que tu ne voulais pas qu'on se voie à la cabane ?

- Je…

Harry se tut. Il prit une inspiration pour tenter de retrouver son calme. Cette conversation prenait une tournure dangereuse.

- J'ai longuement discuté avec Ginny hier soir, dit-il. Elle sait que je fréquente quelqu'un assidûment, même si je n'ai pas dit qui. Et… elle voudrait qu'on… on donne à ce mariage une certaine crédibilité, murmura Harry.

- C'est-à-dire ?

- Faire en sorte qu'on nous voie ensemble le plus souvent possible. Faire en sorte qu'on pense qu'il y a de vrais sentiments entre nous…

- Bien entendu, se moqua Draco.

- C'est nécessaire, continua Harry, pour que les gens croient qu'elle a abandonné Matthew Greengrass par amour pour moi et non pour Michael Corner.

- C'est ridicule. Les Greengrass savent très bien qu'il ne s'agit pas de toi mais de Corner ! Ils ne se gêneront pas pour le dire à tout le monde, si ce n'est déjà fait. Mais soit. Tout cela ne m'explique pas ton comportement depuis que je suis arrivé !

Harry soupira comme un condamné à mort.

- Elle ne veut plus qu'on se voit, c'est ça ? dit Draco.

- Ce n'est pas ce que tu crois… Ginny pense seulement qu'on ne doit pas prendre de risque et que…

- Nous ne prenons aucun risque ! Nous n'en avons jamais pris !

- C'est juste pour quelques semaines, le temps que le mariage ait lieu.

- Bien sûr ! s'exclama Draco en levant les bras au ciel. Et quand le mariage aura été célébré, il s'agira d'autre chose et encore d'autre chose… jusqu'à ce qu'elle t'ait complètement éloigné de moi !

- Tu te trompes, plaida Harry. Jamais je ne la laisserai m'éloigner de toi.

Draco secoua la tête, dépité.

- Tu sais quoi, Harry ? soupira-t-il. Fais ce que tu as à faire. Ce n'est pas moi qui te détournerai de tes responsabilités.

- Qu'est-ce que tu veux dire ?

- Exactement ce que je dis. Epouse-la. Donne un héritier à ton domaine. C'est ce que j'ai fait et tu dois le faire aussi. C'est notre devoir.

- Tu… de quoi parles-tu ?

- Ariana attend un enfant. C'est ce que j'étais venu t'annoncer hier. Je voulais te dire aussi qu'avec un peu de chance, j'allais être à toi et rien qu'à toi pour le reste de notre vie…

Il haussa les épaules.

- Mais apparemment, ce ne sera pas ton cas.

- C'est injuste de me dire une chose pareille ! s'emporta Harry. Je ne t'ai fait aucun reproche quand tu t'es marié ou quand tu es parti en voyage de noces pendant trois mois ! Je t'ai attendu, Draco ! Je t'ai toujours attendu ! Et maintenant que je te demande de faire pareil, tu…

- Tu n'as jamais dû m'attendre, Harry, coupa Draco tristement. Car je ne suis jamais parti. Le jour de mon mariage, je t'ai fait un serment… celui de t'aimer et de t'être fidèle tout au long de ma vie. Quant à mon voyage de noces, je suis revenu après un mois. Pourquoi ? Pour toi. Du jour où j'ai accepté mes sentiments pour toi, je n'ai laissé personne t'éloigner de moi. Même pas mon père.

- Ginny ne t'éloignera pas de moi.

- Permets-moi d'en douter. Vous n'êtes même pas encore mariés, ni même officiellement fiancés, qu'elle te demande déjà de prendre tes distances avec moi.

- Tu n'as pas confiance en moi.

- Honnêtement ?

Draco croisa les bras sur son torse, défiant Harry du regard.

- Pas en ce qui concerne Ginevra Weasley.

- Comment oses-tu…

- Tu t'en es toujours voulu de ne pas l'avoir épousée. Tu as compensé ta culpabilité en lui donnant une dot, en prenant à ta charge ce qui n'était rien d'autre que la responsabilité de ses parents et de ses frères. Sans parler du fait que tu crevais de jalousie à l'idée qu'elle ait couché avec Corner. Comment puis-je te faire confiance en ce qui la concerne, Harry ? Comment ?

- Exactement comme moi je te fait confiance à propos de Thomas Barrow.

Le visage de Draco se ferma.

-Je crois qu'on va en rester là, Harry. Je te souhaite beaucoup de bonheur.

Il se détourna pour rejoindre la porte.

- Quoi ? rugit Harry. C'est tout ce que tu trouves à faire ? Tu… tu me quittes parce que je vais épouser Ginny ?

- Non, répondit calmement Draco. Je te laisse réfléchir aux sacrifices que tu es prêt à accepter pour elle.

Sur ces mots, il quitta le salon, laissant Harry désemparé et en colère.

A suivre...