Bloup !

Ici Momo, à l'heure cette fois encore. Et la bonne nouvelle, c'est que la semaine prochaine aussi je serai à l'heure, parce que j'ai déjà fini d'écrire le chapitre 36 =D

Cette fois-ci, sinon, hm... C'est surtout centré sur Roxas, et sa mère, et Kévin. Et Roxas. Et un certain événement qui a eu lieu il y a, allez, une vingtaine de chapitres... Je me demande si vous vous en souvenez. =o

Bref. Bonne lecture et à la semaine prochaine ! ~


Chapitre 35 : Il paraît que les essais permettent de trouver la réponse

Ce n'est qu'au moment où il entra dans son bon vieil immeuble que Roxas, jusqu'ici déterminé, réalisa soudain qu'en fait, à tout moment il était susceptible de flancher.

Et merde, quoi.
La perspective de revoir sa mère ne l'enchantait pas du tout.

Il savait même pas ce qu'elle lui voulait exactement, au juste ; en fait, tout ce dont il était sûr, c'était qu'elle l'avait appelé, qu'il avait pas répondu, qu'elle avait donc appelé Cloud, et que peut-être voire sûrement elle voulait le voir. Le pourquoi de ce geste, toutefois, lui restait tout bonnement inconnu – et ça le faisait quand même un peu chier, fallait dire. Mais pourquoi, bordel, pourquoi il avait décidé de venir, déjà ?

Ah, oui.
Le téléphone de Cloud. Son conseil – si j'étais toi, qu'il avait dit. Et Vanitas, aussi. Qui l'encourageait – quel débile, des fois. Voilà où il se retrouvait, maintenant, avec la bande d'abrutis qui l'entourait ; dans le hall, d'abord, près de l'ascenseur, mais pas le courage d'attendre et de piétiner et d'attendre même s'il montait, pas envie de passer une seule seconde à ne pas bouger, alors ce fut la cage d'escalier, marche après marche deux à deux, avant de soudain, atterrir sur le palier – son palier, plus exactement. Mais oui, on l'savait bien ; celui où y'avait son fichu appartement. Et Kévin, et maman à l'intérieur, en prime.

Un truc le serrait au niveau du cœur mais il arrivait pas exactement à savoir ce que c'était, et ça l'embêtait un peu ; ça lui faisait comme avec Axel, en fait, cette sensation de gêne, peut-être, un peu désagréable, l'impression qu'il faisait à contrecœur quelque chose qu'il aurait dû s'empresser de faire, plus tôt sûrement, un gramme de remords et une pincée de regrets.

Il s'arrêta, finalement – eh merde, il n'aurait pas dû. Il le savait, pourtant, qu'il fallait pas qu'il s'arrête ; parce que dès le moment où il stoppait, appuyait sur pause, et prenait un instant de repos, automatiquement il pensait, réfléchissait, beaucoup trop, à ce qu'il était en train de faire et ce qu'il allait faire.

Mais la réflexion avec lui ne menait jamais à rien de bon, et il avait eu l'occasion de le remarquer plusieurs fois déjà, malheureusement. Il y pouvait rien, c'était comme ça – la spontanéité lui allait mieux, et réfléchir lui réussissait pas, c'était tout. Suffisait de voir avec Axel – la pensée elle seule lui fit mal au cœur, un peu, d'ailleurs. Il avait pensé, repensé, retourné ressassé dans sa tête les mots qu'il avait voulu lui dire, et finalement il n'était arrivé qu'à lui faire mal, le blesser, et il se retrouvait dans une putain d'impasse – la plus totale.
Toujours pas d'idée, en effet, de ce qu'il pourrait faire pour qu'Axel cesse, enfin, de penser à cette connerie d'opération ; et bordel, dans un coin de son esprit, il avait toujours pas pris la décision, lui non plus.

Devait-il s'occuper d'Axel ou ne pas le faire ?
C'était la même chose avec sa mère, en fin de compte.

Sa tête de merde pensait, pensait encore, et lui disait de ne rien foutre, de s'en taper, complètement, de s'en battre les couilles et de laisser couler – mais à chaque fois qu'il essayait, à chaque fois qu'il voulait abandonner, un truc en lui se réveillait soudain et s'attaquait à son cœur, à l'intérieur. Bordel, c'était douloureux, à force.
Alors merde, à la fin – la douleur, la fierté, ou bien ?

Au moment où il s'apprêtait à choisir, sa main agit, comme d'elle-même et déverrouilla la porte de l'appartement.
Tiens, il n'avait pas réalisé qu'il s'était déplacé. Qu'il avait pris la clé. Qu'il s'était avancé, penché.

Et maintenant, tout à coup, il entrait – comme ça.

En moins de temps qu'il n'en aurait fallu pour le raconter, il se retrouva debout, abasourdi, dans l'entrée ; et la porte, derrière lui, se referma doucement comme il fourrait son trousseau dans sa poche, par instinct. Merde. Son cœur battait dans sa poitrine le rythme erratique de ses pensées qu'il n'arrivait plus à canaliser, maintenant. Son souffle, lui aussi, s'était considérablement accéléré, d'ailleurs – et ses yeux, inquiets, parcouraient en long comme en large le couloir de l'appartement à la recherche de-

De quoi, exactement ?
De sa mère, de Kévin. D'un truc connu, d'une once de vie. Il savait pas vraiment, n'était pas sûr ; en réalité, il était là, dans l'immédiat, et c'était à peu près tout. Il n'arrivait plus à se souvenir pourquoi il était venu, ce qu'il avait compté dire ou faire, et sa bouche refusait de s'ouvrir assez pour lui permettre d'appeler, de crier, de simplement parler – c'était la merde, en résumé. Il baissa les yeux. Il était de retour chez lui, finalement. Soupira. Quelle drôle d'impression que de revenir, après tant de temps. Passa une main dans ses cheveux. Et sa mère, qu'allait-elle en dire, de tout ça ? Releva la tête et inspira. Il fallait qu'il y aille, et tout de suite – et tant pis, tant pis, au fond, on s'en foutait, de ce qu'elle pouvait bien balancer, cette folle.

Ses pas, plus assurés qu'auparavant, le guidèrent bientôt en travers du hall ; quelques affaires traînaient ici ou là, les meubles et objets étaient toujours les mêmes, et rien n'avait changé depuis qu'il était parti, sinon le nombre de paire de chaussures dans l'entrée – et encore.

Kévin avait rajouté la sienne, sans aucun doute. Le blond ne sut jamais pourquoi, mais il ne put s'empêcher de sourire à cette pensée – peut-être parce qu'habituellement, les compagnons de sa mère laissaient traîner leurs godasses dans le salon, ou ne les enlevaient carrément pas ? Toujours est-il qu'il s'en retrouva plus détendu, tout à coup – et franchement, tant mieux.

La perspective de voir sa mère ne le gênait plus trop, finalement.
Quelques pas encore et il se prit même à l'appeler, doucement.

« Hé, y'a quelqu'un ? Lança-t-il à voix ni haute, ni basse, aussi fort simplement que s'il s'adressait au plancher, à ses pieds. La mère ? Kévin ? »

Seul le silence de l'appartement l'accueillit, tout d'abord.
Et puis, dix ou vingt secondes plus tard, un bruit de pas se fit entendre, tout bas. Il s'appuya contre le mur, confiant, et croisa les bras – ça ne manqua pas.
Moins d'une minute plus tard, Kévin déboula dans le hall et, surpris, ne put s'empêcher de le dévisager, des pieds à la tête.

« Ro..., hésita-t-il, R-Roxas ?
– Lui-même en personne, répondit l'adolescent du tac-au-tac. Dis voir, ma vieille est là ? »

Il n'avait pas envie de parler à cet abruti en puissance, à vrai dire ; toutefois, il était assez fier du sang-froid qu'il avait réussi à garder, jusque là. Parce que pour l'instant, il fallait le reconnaître, il l'avait pas frappé, pas chassé, même pas insulté, alors que sa tête d'enfoiré était pas loin de lui foutre la gerbe – et ça, au sens où l'entendait le blond, c'était comme qui dirait un bel exploit.

Mais les réjouissances ne faisaient que commencer et maintenant qu'il allait un peu bien, bien que sa tête tourne et ses pensées ne se focalisent plus, il avait à peu près conscience qu'il continuerait comme ça – normalement. Calme, reposé, presque, pas trop stressé, avec une idée relativement précise de ce qu'il avait à dire ou faire, et la charmante, agréable conviction que même sa mère ne pourrait pas l'emmerder, aujourd'hui.
Alors, il l'interrogerait, elle lui expliquerait pourquoi elle avait tant envie de le voir, vite fait, et ce serait dans la boîte. Après ça, il suivrait le conseil de Vanitas et il aviserait, simplement – il s'arrangerait en conséquence.

« Kévin ? Résonna soudain une voix aiguë, un peu partout dans l'appartement serein. Kév', attends, il y a quelqu'un ? »

Kévin semblait un peu inquiet.
Roxas le jugea à la manière nerveuse dont il triturait le col de son pull en laine, notamment.

« Ma chérie, lança-t-il en réponse, c'est... Ton fils est venu.
– Quoi ? »

A dire vrai, la réponse unique était à la limite de l'hystérie.
L'adolescent, sur le coup, ne sut pas trop s'il devait en rire, en pleurer, ou simplement s'attendre au pire ; mais bon, au moins sa mère était là, à la maison, et au moins il pourrait lui parler, bientôt, et en finir avec cette histoire, avec ces conneries, vite fait.

« Hé, hurla-t-il alors, sans pour autant appeler sa chère vieille folle de mère autrement que par divers surnoms ou interjections, j'suis là, ramène-toi ! Genre, j'vais pas rester longtemps. »

Son appel fut suivi d'un gloussement bizarre, à peine audible mais à coup sûr, terriblement caractéristique de l'abomination qui lui servait de génitrice ; et bordel, voilà qu'elle remettait ça, quoi. Les petits bruits, les rires gênés, les regards immatures et les remarques à la con viendraient juste après sans doute, et putain, quand elle agissait comme ça, c'était dingue ce qu'elle pouvait ressembler aux connes qui peuplaient sa classe. En fait, sa mère, des fois, c'était rien d'autre qu'une adolescente mal dans sa peau, maintenant qu'il y pensait – mais évidemment, il lui dirait jamais ça comme ça. Elle le prendrait mal et elle gueulerait et ce serait une prise de tête juste pas possible pour un truc totalement con, inintéressant et inutile ; mieux valait, en somme, qu'il la laisse seule à sa crétinerie.

Kévin, de son côté, était resté silencieux, dans le salon où ils avaient atterri depuis peu. Roxas, appuyé contre le mur, près d'un meuble en bois pas mal inondé de bordel indescriptible et varié ; son beau-père, un truc comme ça, depuis peu installé dans le canapé, mais il avait l'air de plus trop savoir où se mettre et ça lui allait pas vraiment, cette gueule de désemparé ; et puis, finalement, un bruit de pas, sourd et répété, se fit entendre comme les hauts talons devaient claquer contre le plancher, déjà marqué rayé frappé bousillé des passages, de retours et des allers de cette pauvre conne.

« Roxas ! Lança-t-elle en déboulant dans la pièce, et jamais on ne sut si le ton de sa voix, à ce moment-là, avait été surpris, tendre ou réticent, dégoûté, peut-même un poil agacé. J'y crois pas, t'es venu ! »

Maman ne resta dans l'embrasure de la porte qu'une demi-seconde, une seconde tout au plus, mais sa présence, soudaine, et le regard que Roxas porta sur elle, tout aussi soudain, semblèrent créer d'un seul coup comme un espace nouveau, à la temporalité distordue, bousillée dysfonctionnant, complètement déconnée, où les secondes duraient des heures et les heures des jours, les jours des mois et les mois des années – mais les années ne comptaient-elles pas comme des secondes, en fin de compte ?
Avant même de s'en être posé la question, Roxas sut qu'il n'en connaîtrait jamais la réponse.

Une seconde réelle, en tout cas, pas même tordue ni modifiée arrangée, lui avait suffi à évaluer sa mère, d'un seul regard ; des pieds, à la tête, du premier coup. Ouvre les yeux, comme on dit, tu vois et tu enregistres, réaliseras plus tard – ferme-les, maintenant soudain, et secoue la tête comme tu veux, mais l'image est gravée dans ta mémoire et plus tu t'efforces de l'oublier, plus elle revient en force et s'insinue sous tes paupières, juste devant toi.

L'image, oui - c'était ça, en fin de compte. Merde.

Cinq lettre et toute sa pensée enregistrée en une seconde, elle aussi – résumée, également, peut-être, d'un seul mot, si l'on y croyait assez. Sa mère, en revanche, s'il avait été enregistrée au premier clin d'œil, à la première seconde, la seule où elle resta calme, plus ou moins, ne serait jamais, jamais, bordel, jamais possible à résumer si facilement ; et c'était bien là tout le problème de sa situation, en fait.

Les boucles blondes qui tombaient le long de ses tempes étaient fausses, probablement, mais lui donnaient l'air d'une princesse d'Autriche où d'il-ne-savait-trop quel pays bizarre où les femmes dites jolies se déguisaient sous trois tonnes de laque, de couleur artificielle et arboraient toujours un putain de sourire trop faux, des putains de cheveux dits beaux – elles glissaient, donc, cognaient contre ses joues quand elle marchait, et finissaient leur course leur vie contre ses épaules presque nues, juste dans son cou.
Sa putain de peau laiteuse à la con lui rappelait la sienne et Roxas ne put retenir une grimace de dégoût lorsqu'il réalisa à quel point c'était une peau de bébé, en vérité, une vraie peau de meuf.

Ses jambes interminables ne faisaient qu'état supplémentaire de cette foutue, foutue peau dont il avait bien dû hériter, d'ailleurs ; mais bordel, bordel, que faisait une femme pareille à laisser en journée – note, mieux valait ça qu'y laisser en pleine nuit, mais bon – ses jambes, merde, ses jambes à la vue et au su des mecs présents dans la maison, et sûrement à l'extérieur ? Parce qu'elle était pas parée pour rester traînasser chez elle, non ; mais pourtant, putain, elle l'avait déjà, son Kévin, c'était pas comme si elle avait besoin de le draguer encore plus, et d'être bien sûre que-

Depuis le début, un truc dérangeait Roxas, dans ce qu'il avait enregistré de cette apparence captée à la seconde distordue qu'il venait de vivre ; et il arrivait pas, en fait, il parvenait pas à foutre le doigt dessus, alors il ressassait, ressassait, se répétait l'image imprimée dans sa tête, et ses yeux parcouraient découvraient recouvraient chaque endroit, chaque partie de cette personne qu'on lui avait toujours appris être sa mère, mais-
Mais son regard refusait de se poser à un endroit particulier et probablement que c'était ça, le problème – dès l'instant où il en prit conscience, tout devint infiniment plus clair.

Et à la fois, infiniment plus sombre, parce que merde ; aïe. Ça faisait mal, maintenant, ça faisait mal dans son cœur et dans sa tête et dans partout, contre partout, à tous les endroits auxquels il pensait songeait sans cesse - mais pourquoi, merde, pourquoi, enfin, pourquoi ?

En vérité, ça tenait en quelques mots-clés – à peine. Quelques idées, bouts de phrase non déformés, à reconnaître, à distinguer ; et en faire la liste aurait été un jeu d'enfant, bordel, si seulement il avait bien voulu s'y employer. Ça commençait en haut, pour ainsi dire, les petites manches contre les épaules fines, la couleur rouge en descendant, le suivi précis des formes et du corps et de la taille, des hanches, la fin déjà trop rapide au-dessus des genoux, et puis par-ci par-là, quelques froufrous, un peu épars, difficiles presque à percevoir, et-

C'était une robe, que sa mère portait.

Un vêtement d'apparence pas forcément très remarquable, ni originale, encore moins attirante ; c'était même plutôt moche, comme truc, en vérité, plutôt dégradant, aussi, beaucoup trop court et trop serré – au lieu qu'elle soit drapée finement dans un tissu agréable à porter, on avait plutôt l'impression que ses membres ressortaient de partout, bouts de chair en trop par rapport à l'espèce de bocal dans lequel elle avait voulu s'enfermer.
Mais – mais.
Il y avait un mais dans l'histoire et il n'était pas des moindres ; la robe. La robe – on ne devait pas dire « la », en fait, mais « cette » : cette robe. Dans le sens, cette robe-ci précisément. Pré-ci-sé-ment.

Maudite soit sa mémoire visuelle à la con, et maudit encore plus soit ce putain, putain de souvenir qui soudain, remontait dans sa tête comme si on avait fait un grand trou dans son crâne, dans son cerveau, comme si on y avait foutu la main, brassé à fond, et comme si finalement on l'avait trouvé, attrapé, rapporté – sans. Anesthésie.

La douleur, au fond, c'était un truc qu'il avait jamais supporté. La piqûre étant gamin, par exemple ; les vaccins à la con, à l'école aussi ; et puis, quand tu te casses la gueule, dans la cours de récré, les genoux en sang jusqu'à ce que tu rentres, ou même, le coude éraflé, mais pas seulement, les maux de crâne en plein cours de maths, le mal de cœur bordel quand un truc va pas comme tu veux, la tête qui tourne parce que soudain t'arrives plus à faire face – et dans la tête, dans la tête, les pensées qui se heurtent et pas de réponse pour te rassurer, le fouillis omniprésent comme dans cette chambre à la con que tu devrais vraiment ranger, maintenant, aïe, aïe bordel, j'ai mal là, et toi ?

Il n'en restait pas moins que la robe que portait maman, justement, c'était bien la robe qu'il aurait jamais, jamais voulu revoir. De sa vie. Entière.

Bordel de merde ; une seconde, donc, la seconde, à la regarder, et déjà il baissait la tête, n'osant plus la relever, ne voulant plus regarder ni même voir, avoir conscience de ce qui se passait, là, devant ses yeux, mais-
Moins d'une minute plus tard, sa mère l'enlaçait, et le blond se prit à se demander ce qu'avait bien pu lui faire – leur faire – cette connerie de temps distordu parce que là, décidément, ç'en était trop, quand même.

« Roxas, répéta-t-elle doucement, je pensais que tu reviendrais pas... Sérieux... Quand j'ai vu que tu répondais pas, j'ai cru que... »

Sa voix devenue murmure se fondit en les bribes de ce qu'elle avait voulu la dire et la conversation en resta là, mais contre toute attente, son fils ne la repoussa pas. Il tremblait encore un peu, en fait, de ce putain de moment bizarre qu'il venait de vivre, et il espérait de tout son cœur, vachement, que putain, ça se remarquait pas – mais vu comment sa mère le serrait fort, probablement qu'elle allait réalisait, si elle l'avait pas déjà fait.
Au bout d'un instant, donc, encore un de ces foutus instants qui dura beaucoup trop longtemps pour n'être qu'un petit truc insignifiant, il s'arracha en hâte à l'étreinte de sa vieille folle de mère et releva sur elle deux yeux bleus plein d'une espèce d'ardeur, un sentiment louche, à peine croyable et à coup sûr, pas trop possible à décrire.

« J'vais être franc, finit-il par dire, pas forcément très sûr de lui, cependant. Tu veux quoi ? »

La fermeté qu'il avait réussi à caser dans sa voix lui rendit une partie de son assurance, et il continua.

« Cloud m'a appelé, 'paraît que t'es allé l'emmerder parce que je répondais pas ? »

Comme il parlait, son ton se faisait de plus en plus dur, quasiment froid, peut-être même un peu trop, mécontent ou agressif, il savait pas vraiment comme décrire ça d'ailleurs, eh bah, il sentait – il voyait, presque – sa mère subir mouvement de recul sur mouvement de recul, tressaillir un peu peut-être, étonnée ? Effrayée ? Terrifiée ? Autre chose ? Bordel, il savait pas, mais c'était pas agréable, non, de savoir qu'il lui faisait du mal ; et ce, quand bien même c'était lui qui, de son plein gré, alignait des mots pareils, ces mots qui la faisaient souffrir et n'étaient pas ceux qu'elle avait pensé entendre.

Merde, à la fin.
Il avait des choses à lui dire, à sa mère, là – et puis, en même temps, elle aussi, fallait qu'elle lui explique certains trucs. Comme, par exemple, le fait qu'elle vienne de l'enlacer, là. De lui faire un putain de câlin.

« Ah, bah en fait, tu vois, je... J'ai appelé ton frère, parce que... C'est que, je... »

Elle parlait, et ses phrases avaient tellement pas de sens qu'on aurait dit qu'elle les construisait au hasard ; et peut-être bien que c'était ce qu'elle foutait, là, en fin de compte. Roxas, lui, n'arrivait pas, ne pouvait juste pas s'habituer à la vue de cette saloperie de robe rouge, là, bien flashy sous ses yeux ; alors, ses pupilles vacillaient, se promenaient, se baladaient, erraient ça-et-là, sans se poser sur sa mère qui s'agitait devant lui, et Kévin, comme un con, était resté silencieux, dans son coin.
La situation, tendue, leur était désagréable à tous les trois, sans aucun doute.

« Bon, décida finalement de trancher Roxas, et tant pis si fallait qu'il paraisse mature, cette fois, qu'il se fasse chier à prendre les décisions lui-même, et qu'au fond il se pourrisse la vie – parce qu'une fois que ça serait dit, eh bah, ce serait fini, toutes ces conneries. J'ai pas l'temps de t'écouter, alors explique, il se passe quoi ? »

Il n'avait même pas fini sa phrase que déjà, les mains fines et douces de sa mère chopaient les siennes, comme ça, sans prévenir – et bientôt, un regard presque aussi bleu que le sien le détourna de toute possibilité de mater encore, de voir, d'apercevoir seulement cette abominable robe rouge.
C'était surprenant, en fait, de voir les similitudes au lieu des différences ; la couleur du regard, semblable, apparaissait maintenant, comme une évidence – de leur lien familial, peut-être. Du fait qu'elle était, indéniablement, sa mère à lui ; ou bien... Il savait pas. Mais quelque chose lui disait que ce détail n'était pas issu d'un hasard à la con, et quelque part, ça lui faisait du bien.

« Roxas, commença-t-elle alors, l'air plus grave que jamais, je suis tellement désolée, si tu savais... Mais... Ecoute... J'ai beaucoup discuté avec Kévin, et... Il m'a fait comprendre que j'avais fait plein de conneries avec toi, tu vois ? Alors s'il te plaît- s'il te plaît ! »

Il était resté scotché à ses yeux mais elle avait dû observer ses sourcils, soudain, se froncer, et elle avait presque crié, comme pour le rappeler à l'ordre ; comme pour lui remémorer que, bordel, c'était important, quand même. Sur le coup, ça le surprit – il était pas habitué à ce qu'elle s'énerve contre lui, pour une truc pareil, en vérité.

« S'il te plaît, reprit-elle à mi-voix, Roxas, mon chéri... Reviens à la maison. »

Quoi ?
Quoi ?
Quoi ?
Bordel de merde.
Il cligna des yeux, les paupières qui papillotent une fois, puis deux – putain, il s'était attendu à tout, sauf à ça.

Elle aurait pu l'insulter, lui gueuler dessus, lui dire que c'était plus possible, qu'elle voulait plus jamais le voir, ou bien s'excuser, à la limite, même s'il y croyait qu'à moitié, lui reprocher, aussi, de ne jamais répondre de toujours l'éviter, et lui causer de Cloud, de la manière dont il avait tourné, de son départ, de sa fugue, éventuellement l'obliger à rester – mais, le lui demander... Comme ça.
Gentiment. Avec les mains et le regard ; presque faiblement. Comme ça – non, non.
Jamais. C'était juste pas envisageable.

« Bordel, commença-t-il, j'ai rien à foutre encore ic- »

Kévin, revenant soudain à la vie, le coupa d'une main placée, stratégique, sur son épaule fine.

« Essaie, au moins, il suggéra alors, et il soupira. S'te plaît, Roxas. Au moins, j'sais pas, une nuit ou deux... J'te jure qu'on fera des efforts, autant elle que moi. »

A cet instant-là, le blond ne comprit pas pourquoi, mais le copain de son abrutie de mère, d'un seul coup, lui parut infiniment sincère.
Alors peut-être que c'était la robe, ouais. Ses froufrous et ses petites manches, la honte et la crainte et le sentiment bizarre, l'incompréhension qu'elle inspirait.
Mais peut-être aussi que c'était les yeux, plutôt. Les mêmes yeux bleus et les mêmes cheveux blonds, la même finesse dans les mains et dans le corps malgré le genre.
Ou peut-être, encore, que c'était simplement la situation – lui-même, n'ayant plus que cette emmerde à régler avant d'enfin devoir gérer le cas d'Axel, Vanitas qui ne s'y opposerait sans doute pas, Vanitas chez qui il pourrait toujours s'enfuir d'ailleurs, et Cloud qui avait avoué qu'à sa place, lui serait retourné, et...

Sûrement, resté.
En fin de compte, peut-être qu'un essai, c'était pas une si mauvaise idée.


Valàà. :3

En espérant que ça vous a plu ! Je vous le promets, la prochaine fois, ça bougera bien plus que ça. Merci d'avoir lu, en tout cas ^^