Leur dernier rêve
Fanfiction écrite par Andromeda Mavros
www .hananokaze .org
Rating / Classement [+18]
Publié pour la première fois le 29 mai 2012
Chapitre 35
L'ironie du sort
Crédits : L'univers de The Vision Of Escaflowne est la propriété de Shoji Kawamori et du studio Sunrise, je ne fais que l'emprunter pour cette histoire.
Exception faite pour quelques personnages et lieux que j'ai créés pour l'occasion.
OoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoO
Après les changements à la tête de deux de ses quatre composantes, l'armée de Fanelia avait certaines difficultés à se relever.
Les pertes de l'armée de Crâne avaient été conséquentes et depuis quelques jours, le recrutement battait son plein.
Fidèle aux façons de procéder de son père, Ezgas avait chargé Lokos, son second, de gérer cela.
Aussi, le manège d'Haymlar, qui testait personnellement les quelques recrues dont il avait besoin pour renforcer ses effectifs lui semblait pathétique.
En effet, le second devenu général était lui aussi resté fidèle aux habitudes de son prédécesseur. Yiris tenait à défier chaque recrue en combat singulier pour jauger son talent.
Bien que rôdé, Haymlar avait encore quelques doutes sur la fiabilité de son jugement. Il serait bien allé consulter son ancienne supérieure pour lui demander ce qu'il pouvait faire pour être sûr de ses choix, mais il savait que celle-ci lui donnerait un coup de bâton lui rappelant que c'était lui le chef désormais, et que donc à lui de décider…
Si Ezgas s'énervait, Hylden s'amusait avec cette effervescence. Et entre les obligations de général et de médecin militaire, il aimait se distraire un peu en observant les petits jeunes, en quête de gloire, trembler de peur devant le géant.
Cela lui changeait les idées.
En effet, le départ de Yiris avait eu un effet auquel il ne s'attendait aucunement.
Alors qu'il croyait depuis longtemps que son mariage avait touché le fond, Kyria se montrait étrangement aimable depuis le départ de celle qu'elle avait toujours considérée comme sa rivale.
Souvent, il se disait qu'un homme normal aurait dû s'en réjouir et profiter de cette occasion inespérée de ressouder son couple, mais lui restait de marbre.
Il pensait d'ailleurs que sa femme n'allait pas tarder à lui reprocher son indifférence de façon grandiloquente. Cela dit, au contraire, elle affichait juste une certaine tristesse.
Aussi, elle qui restait souvent enfermée toute la journée, fuyant les regards, était devenue étrangement sociable.
Depuis peu, elle s'était liée avec la femme d'Ezgas.
Les deux épouses de militaires passaient une bonne partie de leurs journées ensemble.
Plus le temps passait, plus le jeune général ne pouvait s'empêcher de ressentir une impression étrange face à ce comportement inattendu.
OoO
Le « chantier » qu'il avait commencé occupait beaucoup Meinmet. Vu les circonstances, il aurait voulu aider le pays à fonctionner, cependant aussi Prince était-il, la gestion et lui étaient deux choses clairement distinctes.
Plusieurs fois, il avait essayé d'aider, triant des papiers, recherchant des informations, tentant de répondre à des doléances… Mais la conclusion restait la même, il finissait toujours débordé appelant à l'aide.
Avec le temps, il se disait, avec un certain humour, que la croix qu'on lui avait faite sur la joue à la naissance pour le différencier de son aîné, signifiait qu'il était le « jumeau incompétent ».
Ceci dit, le bricolage n'était pas non plus son domaine. La fabrication de la bicyclette avait été une tâche ardue, et finalement, à Fanelia même, vu la déclivité et le sol pavé, cela n'avait pas d'avenir…
Se lancer dans l'exportation, c'était bien trop ambitieux.
Alors, tant qu'à faire, le vieux Prince s'était lancé dans une entreprise plus basique : faire de la menuiserie. Son projet était modeste, mais il l'entourait d'un grand secret juste pour s'amuser.
Malheureusement, il ne pouvait que constater que si elles étaient particulièrement habiles pour les jeux-vidéos, ses mains n'étaient pas douées pour les travaux manuels, même simples…
Au son de ses fredonnements des plus grands tubes disco de la Lune des Illusions, Meinmet élaborait croquis et plans.
Après une énième crise de nerfs sur son travail, il décida d'arrêter de s'acharner pour la journée et d'aller s'aérer dans les jardins.
S'enfonçant dans la forêt, le vieil homme se dirigea, comme souvent, vers les tombes royales.
C'est là qu'il trouva Hitomi, assise sur une pierre et appuyée contre un arbre face à l'Escaflowne endormi.
Rêveuse, elle jouait avec une feuille qu'elle faisait tournicoter.
Ses cheveux blonds flottaient dans la légère brise, elle était couverte d'un châle épais.
Rien qu'à l'approcher, on sentait sa profonde mélancolie.
— Mademoiselle Hitomi, que faites-vous là ? Merle n'est pas avec vous ?
Le fait d'entendre une voix fit sursauter la jeune femme. Elle ne s'attendait pas à être dérangée en cet endroit reculé.
— Prince Meinmet, je ne m'attendais pas à vous voir ici en pleine journée. D'ordinaire, vous êtes toujours en train de travailler dans votre atelier !
— Disons que parfois, il faut savoir faire des pauses ! S'amusa le vieil homme. Et arrêtez de m'appeler Prince… Vous avez vu mon vieux manteau râpé, ma chemise et mon pantalon raccommodés ? Je ressemble à un mendiant, alors Meinmet me suffit !
— Dans ce cas, vous arrêtez avec votre Mademoiselle ! Rétorqua-t-elle, souriante.
La voir plus joyeuse fit plaisir au vieil homme. Ceci dit, observant plus attentivement sa tenue, il se dit que le bandana coloré pour tenir nouer les cheveux et les habits usés par les expériences de fabrications ratées lui donnaient finalement plus l'allure d'un fou bon à enfermer.
Dire qu'à plusieurs reprises, n'y réfléchissant pas, il s'était ainsi présenté au Conseil, il comprenait mieux pourquoi certaines estimaient qu'il n'avait aucune crédibilité.
— Et sinon, comment allez-vous, cela fait un moment que vous n'avions pas discuté…
— Il faut dire que je sors peu et que je suis assez fatiguée. Et puis, je sais que Folken et vous êtes très occupés. Je n'ai pas à me plaindre, Merle me tient compagnie, elle est adorable.
Et je crois que l'enfant que je porte m'aide à vivre au quotidien. Pour l'avenir, je ne me projette pas…
J'ai des sentiments contradictoires. J'ai besoin de garder espoir en le retour de Van, même si le temps qui passe incite à la résignation.
— Nous sommes plusieurs à être dans ce cas… Folken et moi avons des doutes nous aussi…
— Cela ne m'étonne pas. Yiris va également dans ce sens… Mais jusqu'à quel point pouvons-nous espérer, cela, je l'ignore… Et de voir tout le monde chercher à vivre sans Van, cela donne l'impression que c'est fini de toute façon.
— Vous savez, expliqua le Prince en s'asseyant près de la future maman, à votre échelle personnelle, c'est logique d'attendre et d'espérer, pour un pays, c'est plus complexe.
Fanelia ne peut se permettre de suspendre le cours de son existence, une nation, telle une machine, doit fonctionner, et pour cela, elle a besoin d'un chef.
Le Conseil est une solution précaire qui a pour défaut de rendre la prise de décision lente, j'y passe assez de temps pour avoir saisi le problème, et ce même si je n'y connais rien politique.
— Vous avez raison… On m'a dit qu'il n'y a pas longtemps, il y avait eu un cas de succession délicate et que le pays ne voulait pas revivre cela…
A l'entendre, Meinmet ressentit un certain malaise. Sa jeunesse et les mauvais souvenirs qui l'accompagnaient revenaient à son esprit.
La fuite n'avait servi à rien, le passé restait ancré.
— Je vais vous raconter la vérité. Celle que certainement même Folken ne connaît pas, car je pense que mon frère Goau n'aura jamais voulu lui raconter le secret qui entoure notre « père », qui a été au cœur de cette histoire de succession houleuse.
Maintenant les faits remontent à bien longtemps. En fait, ils ont à peu près mon âge. Ceux qui ont vécu cette époque et ses conséquences ne sont plus très nombreux, et la légende a tout déformé. La plupart des habitants de Fanelia croient maintenant qu'un Roi fou aux mœurs tordues a assassiné son frère pour lui prendre son Trône et régner de façon autoritaire… Cependant, ce n'est pas la vérité… La vérité, j'ai voulu la fuir en quittant Fanelia, et finalement Gaea, mais elle a voyagé avec moi…
Hitomi écoutait, songeuse. Elle percevait que le Prince évoquait quelque chose de personnel et douloureux, elle resta donc attentive et silencieuse.
— En fait, mon grand-père avait eu beaucoup d'enfanst. Une maladie rare en décima de nombreux, quatre y survécurent. Par ordre de naissance, un garçon, un autre, une fille et un dernier fils, celui-ci était atteint de troubles de la personnalité sans doute liés au fait qu'il avait été atteint par le fléau de façon critique, mais y avait survécu.
Plus tard, le Roi maria sa fille avec l'héritier de Cesario envoyant son deuxième fils comme émissaire, mais tout deux périr lors d'un coup d'état organisé lors des noces… Au sein de ce qui restait de la famille royale, le Roi, son fils aîné et de nombreux autres dignitaires furent empoisonnés au cours du banquet funéraire d'hommage aux disparus.
La couronne revint donc au benjamin, trop jeune pour accomplir sa chasse au dragon. Sous la tutelle de sa mère, femme paranoïaque et d'un ami de l'héritier défunt, le pays tenta de refonctionner, mais une partie des survivants au banquet de leur descendant soupçonnait le conseil de la veuve d'être l'empoisonneur et Fanelia se scinda en deux factions opposées. Deux ans plus tard, après avoir fédéré les tribus de Fanelia qui s'était opposé à la capitale, un certain Sahwlun prit le Trône par la force.
— Je croyais que le Trône n'avait jamais quitté la lignée principale ? Questionna Hitomi étonnée.
— Il ne l'a jamais quitté. La fille du Roi envoyée s'appelait Sahwluna… Par miracle, elle avait survécu à l'attentat. Pour se rendre crédible, elle s'est faite passer pour un homme. Elle était très grande, cela a joué en sa faveur. Quand elle est apparut, elle avait deux fils, et même une épouse … D'ailleurs, Goau et moi l'appelions « Père »…
— Comment ça ?
— A ce que je sais, elle est réapparue enceinte auprès d'une tribu, elle était déjà accompagnée de Ilona, cette femme qu'elle considéra plus tard comme son épouse. Elle a accouché de mon frère et moi, puis comprenant que le fait de ne pas être un homme freinait sa prise de pouvoir, s'est travestie…
C'était une personne agressive, violente, qui ne tolérait pas que l'on évoque sa véritable identité. Si Goau n'était pas du genre à chercher le conflit, moi, j'ai voulu notamment savoir qui était mon père. Excédé par ses refus, j'ai fini par partir et fuir cet enfer…
En l'écoutant, Hitomi avait eu quelques brèves vision. Les mots de Meinmet étaient devenus des images dans son esprit, donnant davantage de force aux propos.
— Je suis désolée pour vous…
— Quand je suis revenu ici, j'ai parlé à certains anciens pour savoir si quelque chose avait filtré. Une de mes grandes frustrations aura été de ne jamais avoir pu établir avec certitude l'identité de mon père, même si je pense sincèrement que c'était ce type, Oliver, du moins, c'était comme cela qu'il se faisait appeler…
Il y avait un air de famille et sa seule présence énervait Ilona, qui se comportait comme si elle était jalouse…
— Ce n'est pas simple de ne pas connaître ses origines…
— Oui, mais on apprend à vivre avec le doute, on se fait à l'inacceptable… Attention, je ne vous dis pas de perdre espoir, mais vous verrez, on arrive à vivre avec tout… Et puis, votre enfant aura un père, car vous lui en parlerez !
— Merci…
La confession du Prince avait touché la jeune femme. Elle comprenait mieux ce qui avait été son besoin de voyager et elle admirait la joie de vivre qu'il affichait en dépit des difficultés qu'il avait connu.
Il avait raison, elle arriverait à avancer quoiqu'il arrive, même si les interrogations resteraient toujours présentes…
OoO
Un matin, l'épouse d'Hylden était attablée avec son amie Amalia qui l'avait invitée chez elle. Les deux femmes de généraux s'entendaient à merveille.
Soudain, Kyria fut prise d'un malaise et tomba de sa chaise. Son hôte se précipita à son chevet et constata qu'elle était en train de se vider de son sang, le bas de sa robe était rougeoyant…
Paniquée, elle hurla pour demander de l'aide.
L'agitation qui s'empara du bâtiment ne mit que quelques minutes à se rependre dans tout le palais. Ainsi, la nouvelle du malaise de Kyria ne tarda pas à arriver aux oreilles de son mari, étonné car elle n'était pas du genre à être malade.
Même s'il ne faisait que la supporter, il alla tout de même prendre des nouvelles de sa femme.
Arrivé sur place, à son immense surprise, ce fut Gloria, la vétérante de l'équipe des sages-femmes qui le reçut.
— Qu'est-ce qui se passe ? Pourquoi c'est vous qui… Balbutia le général, complètement désorienté.
— Votre épouse a fait une hémorragie basse. Elle est en train de perdre l'enfant qu'elle porte. Expliqua Gloria.
Entendant cette révélation le visage du général se décomposa.
— Kyria est enceinte… Alors, ce n'est pas de moi, c'est certain… Soupira-t-il.
La vétérante leva les yeux, ce n'était pas la première fois qu'elle se retrouvait dans ce genre de situation.
Les enfants adultérins n'étaient pas rares, mais ce qui l'embarrassait, c'est que là, il n'y avait apparemment aucun doute possible et l'état de la patiente était délicat…
— Je dois vous dire que ce n'est pas une fausse-couche tardive des plus simples. Le placenta semble s'être décollé, et c'est la cause de l'hémorragie. Je dois retourner la voir car les choses se passent assez mal, elle n'a toujours pas expulsé l'enfant…
— Oui, je vois… Faites de votre mieux…
— Vous pouvez compter sur moi !
Sur ce, Gloria retourna au chevet de Kyria. Laissant Hylden, figé, le regard dans le vague…
OoO
D'ordinaire friand des petits cancans du palais, Meinmet n'appréciait pas l'ambiance mesquine qui régnaient dans la cour, et partit rendre visite à Folken.
Au moins, auprès de son neveu, il n'entendrait plus les bavardages de couloirs particulièrement déplacés étant données les circonstances.
— Bonjour Folken ! Tu as entendu ce qui se passe en bas ?
— Oui, on en parle tellement dans tous les coins que j'ai fini par saisir la situation…
— En effet, tu l'as dit… Pauvre Hylden, il est dans une situation délicate avec cette affaire…
— Il ne mérite pas ça, c'est un bon soldat.
— Oui, un bon soldat dont la vie privée est devenu le centre d'intérêt de la ville. Pathétique… Pesta Meinmet, blasé.
Abandonnant ses feuilles et redressant la tête, Folken s'appuya contre le dossier de sa chaise.
— Hylden est un militaire reconnu. Il est à l'abri ici. Par contre, je crois qu'il va devoir affronter sa tribu, ce sera cela le plus dur…
L'important est qu'il ne décide pas de démissionner. Il est de notre côté, et perdre sa voix au Conseil risquerait d'envenimer la situation face à Ezgas…
— Tu as raison… Croisons les doigts…
Songeur, le Prince se leva et s'avança vers une fenêtre d'où il pouvait observer l'agitation extérieure.
— Je ne saurais dire pourquoi mais… Fit-il, perdu dans ses pensées. Je sens que de toute façon, la situation va prendre une tournure délicate.
Interloqué, Meinmet regarda son neveu dont les dernières paroles ne le rassuraient pas.
Après la disparition de Van, que pouvait-il encore arriver de pire ?
— Et tu verrais encore quelle catastrophe ? Le retour de ces salopards de voleurs d'energist planqués dans la brume ?
— Eux… Je suis sûr et certain que nous les reverrons. Ceci dit, honnêtement, mon sentiment profond est trop flou pour savoir si ce seront eux l'ennemi ou un autre problème qui va survenir…
Le vieux Prince soupira, il espérait sincèrement que son neveu se trompait, sans trop y croire non plus.
De son côté, il le gardait pour lui, mais Folken avait l'impression à cet instant que l'adversaire était tout proche, et qu'il l'avait finalement toujours été…
OoO
Après plusieurs heures, Gloria quitta la chambre de Kyria. Avant d'en sortir, elle avait pris soin de retirer son tablier de travail complètement trempé de sang.
D'un pas peu assuré, elle se dirigea vers Hylden, visiblement toujours perdu. Il attendait assis dans le couloir d'où les curieux avaient été mis à l'écart.
Nerveux, tremblant, le général essayait saisir la logique de Kyria. L'avoir trompé était compréhensible, mais combien de temps espérait-elle encore dissimuler sa grossesse ?
Cela n'avait aucun sens, elle n'était pas stupide, elle savait que son secret se saurait tôt ou tard.
Et pourquoi avait-elle joué la bonne épouse ces derniers temps ?
A cet instant, une partie de lui la haïssait, et l'autre ne pouvait pas lui reprocher son attitude.
Ce paradoxe était à deux doigts de le faire sombrer dans la folie.
La sage-femme prit une longue inspiration avant de s'adresser au jeune homme.
— Général, je peux vous parler ?
— Oui, oui… Je vous écoute...
— L'enfant est né. Décédé, apparemment depuis plusieurs heures. C'était un garçon, il a la taille d'un fœtus de cinq mois, il ne présentait aucun problème particulier. La mort semble donc le fait du décollement du placenta.
— Bien… Et ma femme ?
— Elle a perdu énormément de sang… Et malheureusement, après la naissance, une autre complication est venue s'ajouter…
— Laquelle ?
— Elle a expulsé un placenta incomplet, complètement déchiqueté, et nous avons eu beau récupérer les morceaux, l'hémorragie a persisté… Nous avons essayé divers traitements, sans succès… Elle va mourir… Je suis désolée…
Hylden hébété ne sut pas quoi répondre… Consciente que le temps était compté, Gloria prit sur elle de lui expliquer une requête délicate.
— Votre femme souhaite vous parler avant de mourir…
Le général se redressa, il était abasourdi. Voyant qu'il ne réalisait pas, la dame insista :
— Elle n'en a plus longtemps, c'est sa dernière volonté, vous devez y aller !
Lentement, chancelant, Hylden se leva pour se rendre au chevet de son épouse. Quand il ouvrit la porte de la chambre, il vit Kyria, livide, le visage vers la fenêtre.
Calmement, il s'avança vers elle, jetant un bref coup d'œil à la bassine métallique couverte d'une serviette blanche où avait été déposé l'enfant dont on distinguait la silhouette moulée par le tissu.
Percevant sa présence, la jeune femme se tourna vers lui, un étrange sourire flottant sur ses lèvres.
— Ainsi donc, tu es venu… Je n'aurais pas cru…
— Je ne pouvais pas te refuser cela…
— Tu es étrange, tu m'as refusé le bonheur vivante, cependant, tu viens satisfaire ma dernière requête… Surtout après ce que tu as appris sur moi !
— Je pense que tu avais tes raisons…
— Justement, tu es là pour les écouter. Et la seule joie que j'en retire, c'est qu'au vu des circonstances, tu ne peux t'y soustraire.
Le général ne releva pas le propos et s'apprêtait à subir une litanie désagréable.
Kyria, elle, s'amusait de la situation. Sa peur de la mort semblait totalement disparaître derrière sa rancoeur.
Le souffle court, elle continua son ultime confession.
— Bien, alors écoute-moi attentivement… Je n'ai aucun regret pour ce que j'ai fait, et même par rapport à ce qui m'arrive maintenant, c'est ainsi, c'est tout… L'adultère et toutes les autres choses que j'ai faites n'y sont pour rien…
Bien sûr, j'aurais préféré aller au terme de ma grossesse, parce que j'aurais tant aimé avoir un enfant, ce que tu m'as obstinément refusé… En plus, je jouais avec toi pour que tu relâches ton attention, je savais qu'au moment où ce petit devait naître normalement, tu serais mort…
— Mort ? Tu comptais m'assassiner ? Interrogea Hylden, perplexe.
— Non… C'est le père de mon enfant qui devait te tuer, et il agira quoiqu'il arrive… D'une façon à laquelle tu ne t'attends pas… Il ne te frappera pas directement… Tu verras…
Kyria voulu rire, mais elle ne fit que tousser. L'observant, son mari se demandait avec qui il vivait finalement, il n'aurait jamais imaginé son épouse en arriver là.
— Je suppose que tu ne me diras pas qui est cet homme ?
— Bien sûr que non, mais tu le sauras bien assez tôt… Enfin, c'est assez drôle d'imaginer qu'alors que tu pourrais te jeter dans les bras de ta traînée en sortant d'ici, le minimum d'éducation que tu as t'obligera à m'offrir une sépulture dans mon village d'origine… Je vais donc retarder vos retrouvailles, c'est… amusant…
Cette fois, c'était la fin. La jeune femme était agitée de soubresauts convulsifs. Dans un dernier effort de défi, elle fixa son mari.
— J'es…père… que tu… ne seras… jamais… heureux…
Et elle s'effondra.
Hylden vit ses yeux devenir vitreux. L'odeur de sang dans la pièce commença à le prendre à la gorge, il avait l'habitude d'assister à des agonies, mais là…
Ecoeuré, il quitta brusquement les lieux pour partir respirer seul dans la forêt.
Ce fut Gloria qui ferma les paupières de la morte de sa main, étonné par l'expression dans laquelle elle s'était figée.
— Si ce n'est pas malheureux de mourir avec une telle haine dans le regard…
OoO
S'asseyant dans son lit, Hitomi observait la Lune des Illusions par la fenêtre, pensant au sort de Kyria et de son enfant.
Quand elle avait entendue parler de cette histoire, cela lui avait glacé le sang.
Dans son état, même si elle ne connaissait pas vraiment la personne, elle était incapable de rester de marbre face à un tel récit.
Perdue dans ses pensées, la jeune femme fut soudain la proie d'une nouvelle vision.
Un mur… une imposante muraille de pierres taillées. Dessus, étaient inscrits cinq caractères.
Y regardant de plus près, Hitomi découvrit avec horreur que c'était en fait des corps humains cloués au mur qui formaient le texte.
L'image s'élargit, l'atroce scène prenait place dans une ville ravagée. Le sol était jonché de corps ensanglantés.
Quand la jeune femme sortit de ce cauchemar, elle eut du mal à reprendre son souffle.
Les lieux qu'elle avait vus lui étaient inconnus…
Et ce mot… Si seulement, elle avait pu le lire… Il était certain que c'était un indice crucial pour comprendre le sens de cette vision.
Ce que Hitomi ignorait, c'est que cette prédiction funeste ne l'avait pas concernée elle-seule.
Au même moment, Yiris s'était éveillée en sueur après avoir vu la même chose.
Seule différence avec la future maman, l'ancienne générale savait ce qui était écrit, et cela lui glaça le sang…
