Chapitre 37 : Les cartes de Voeux

Voilà trois jours que les cours ont pris fin. Je suis rentrée à la maison, enfin, et j'ai pu profiter du calme habituel si l'on oublie les devoirs de vacances et mes parents qui me demandent sans arrêt mille et un services.

Etrangement, cette fois, j'ai extrêmement hâte de retourner à l'école !

Maintenant que j'ai des amis, je me sens bien là-bas, peut-être pas « mieux » qu'ici mais... Vraiment bien. J'ai même déjà écrit des lettres à certains ! Et j'ai eu des réponses !

Ca peut paraître ridicule mais, c'est tellement bon de recevoir du courrier, de continuer de discuter avec ses amis. J'ai donc écrit à Kathy, Peter et James, entre autres. Lily nous a prévenus qu'il vallait mieux éviter les hiboux dans sa famille car sa soeur déteste tout ce qui touche à la magie. J'ignorais que les hiboux étaient quelque chose de « notre monde » uniquement. Je lui ai demandé comment ils faisaient pour garder contact et elle m'a parlé d'une poste « moldue » gérée uniquement par des humains -ça doit être encombré- et d'un truc qui permet de se parler de vive voix mais sans se voir. J'ai pas tout saisi mais je lui ai demandé de me montrer ça un jour si l'occasion se présente.

Quoique je doute que mes parents acceptent de me laisser aller chez des moldus. Surtout qu'en ce moment, mon grand-père est de plus en plus critique envers eux. Je me demande si ce n'est pas lui qui influe le jugement d'Antonin. Je devrais faire attention et peut-être chercher à les éloigner mais... Ca m'obligerait soit à freiner les études de ce dernier, soit à m'éloigner de lui... Ou les deux !

Bref, c'est sûr que grand-père ne voudra jamais que j'aille chez les moldus. Dommage, ça aurait pu être amusant. Il y a des tas de choses tellement bizarres chez eux !

Peut-être qu'en demandant uniquement à mon père et en préparant de bons arguments... Ou alors je me rends chez une autre amie qui est moitié moldue et elle aussi pourra me montrer ces choses-là. Oui, dans ce cas là grand-père acceptera.

Ma mère elle... Je pense que ce sera comme d'habitude : elle s'inquiétera et voudra me garder près d'elle. C'est saoulant. C'est probablement parce que je suis une fille : je ne crois pas que les parents de James agissent de la sorte malgré tout ce qu'il peut dire à leur sujet. En tout cas, je suis certaine que c'est exactement comùe je le crois pour ceux de Sirius.

-Mademoiselle, murmure une voix aiguë derrière moi.

Je soupire en regardant par la fenêtre et rebaisse la tête sur mon roman de Soulein Trigg tout en répondant à l'elfe de maison, Louky, probablement venu me dire que ma mère en a marre que je reste cloîtrée dans ma chambre à longueur de journée bien que ça ne concerne que moi. C'est une elfe femelle : ma mère préfère ça et mon père n'y a pas vu d'inconvénient. En fait, il dit que c'est même mieux de voir une femelle près d'une sorcière plutôt qu'un mâle donc il demande toujours à Louky de rester près de ma mère lors des réceptions et lorsqu'elle n'a pas trop de travail.

Mon grand-père s'en fiche complètement : pour lui, un elfe est un elfe.

-Quoi ?

-Madame m'a demandée de vous prévenir que le repas serait prêt dans dix minutes.

-Je sais, je sais, je ronchonne.

Je déteste qu'on me dérange dans ma lecture ou mes rêveries pour ce genre de broutilles.

-Et vous avez du courrier.

-Vraiment !?

Je bondis et me précipite vers les enveloppes que Louky a posées sur une étagère avant de faire une courbette puis de quitter ma chambre.

Je regarde avidement les tailles et les couleurs différentes de mes enveloppes. Je retourne près de mon bureau pour prendre un ouvre-lettre que m'a offert mon père après un de ses nombreux voyages d'affaire. Il ressemble à une petite épée en argent incrustée de grenat. C'est étrange mais j'ai finis par l'aimer... Bien que je le laisse à la maison. Je n'ose dire à mes parents que c'est parce qu'on me vole souvent mes affaires et que, ce bijou, je suis certaine de ne jamais le retrouver.

Et puis ça ferait trop « fille de riche » et je n'ai pas envie qu'on me range à nouveau dans une catégorie trop « fermée ».

La première enveloppe vient de Clemence qui me souhaite de Joyeuses fêtes avec une très jolie carte de voeux. Je la pose immédiatement sur mon bureau et l'observe avec joie pendant quelques secondes. La deuxième vient de Peter, lui aussi m'envoie une carte qui rejoint la première.

Il faudra que j'en envoie à tout le monde moi aussi. Devrais-je en envoyer une à Remus ? Je ne sais toujours pas s'il me déteste mais fait des efforts pour le cacher ou s'il m'apprécie. Son excuse pour la dispute était vraiment nulle, cependant, il est incontestablement gentil avec moi. Il ne m'évite que rarement -sauf ce jour, début décembre où il a eu un début de grippe et qu'il a préféré rester au lit mais ça, c'est vrai puisque c'est James qui me l'a dit.

Bon, je vais essayer de faire confiance aux gens, et avec un peu de chance, cette lettre le rendra un peu plus amical avec moi.

J'ouvre une nouvelle enveloppe qui contient une longue lettre de James et une carte de voeux. J'écarquille les yeux : d'habitude il ne m'écrit pas autant.

« Salut Rebbeca !

Ca va ? J'ai bien reçu ta dernière lettre et je pense pouvoir me débrouiller pour les cadeaux de ta famille avec tes conseils -bien que réduits ! Tu ne m'aides pas beaucoup !

De mon côté, c'est moins tranquille : ma mère refuse toujours que je fasse du quidditch avec des cognards sous la neige mais je pense que je vais finir par la faire craquer. Mais ce qui rend les choses moins tranquilles, c'est Sirius ! Il est arrivé hier soir !

Normalement, il aurait dû venir après Noël, on s'était mis d'accord à ce sujet pour ne pas embêter Greil mais maintenant, c'est fichu. Je suis certain qu'il va tout faire pour me mettre la honte devant lui donc tu pourras m'aider à tenir ton père éloigné de cet énergumène ?

Bon, si Sirius est là c'est à cause d'un grave problème familial et je préfèrerais que cela reste privé. Non pas que je ne te fasse pas confiance mais avec tous ces problèmes de hiboux et... Bref. Je t'expliquerai ça dès qu'on pourra se voir. Tout ce que je peux te dire c'est qu'il va rester chez moi jusqu'à la fin des vacances scolaires... Voir plus.

En tout cas, c'est sympa de l'avoir à la maison : on a fait jouer des gnomes sur des balais ! Ils ne tenaient pas longtemps mais c'était marrant !

... »

La lettre continue de narrer les exploits qu'ils réalisent ensemble et je ressens une pointe de jalousie : il pourrait me demander d'autres nouvelles ou me dire que je leur manque.

En fait, j'aurais surtout voulu être avec eux mais je pense que j'aurais été bien trop embarrassée pour agir. Je reste timide.

La lettre se termine par la signature de James qui me dit qu'il a hâte de tous nous voir à Noël et un postscriptum de Sirius qui dément tout ce qui a été dit précédemment.

Je rigole doucement et range la lettre avec les autres dans un tiroir de ma table de chevet. Je regarde rapidement la carte de voeux signé par les deux compères avec un sourire avant d'ouvrir les trois dernières enveloppes.

L'une d'elle provient d'Antonin qui s'excuse de ne pas m'avoir écrit plus tôt et qui m'embrasse fort. Je glousse quelques secondes en tenant la carte dans mes mains avant de me sentir ridicule. J'hésite à la mettre avec les autres cartes ou avec les lettres.

Je choisis de la poser elle aussi sur le bureau puis regarde une enveloppe parfaitement blanche avec mon adresse et un drôle de rectangle coloré au côté découpé étrangement.

Je l'observe une seconde et remarque que ça représente un petit sapin avec des gens autour et un chiffre en tout petit. Je me demande ce que c'est. Peut-être un petit autocollant. Dommage qu'il ait été tamponné.

Elle vient de Mary qui s'inquiète si je vais bien recevoir sa lettre car elle a été envoyée par la poste moldue -elle n'a pas de hibou à sa disposition. Elle ne savait pas non plus combien de « timbres » mettre, en précisant qu'il s'agit du petit rectangle coloré aux contours crénelés.

C'est bizarre mais je trouve ça super amusant de recevoir du courrier moldu pour les fêtes ! Il faudra que je la remercie.

Finalement, j'ouvre la dernière enveloppe qui contient elle aussi une carte de voeux : je suis gâtée aujourd'hui ! J'affiche un grand sourire amusé. Ce doit être la première fois que des amis de l'école m'envoient ce genre de choses ! J'en avais, des « amis », durant mes deux premières années mais on ne s'envoyait rien, pareil pour Pénélope après.

Je regarde l'illustration qui représente des rennes dans un paysage enneigés puis la retourne pour lire. L'écriture me semble familière.

« Je vous souhaite un très Joyeux Noël et une excellente année !

Que celle-ci efface les soucis de ces derniers mois et qu'elle vous apporte bien du bonheur... Et vos B.U.S.E. !

Avec toute ma sympathie.

xxx

Willfred. »

Je regarde un moment le prénom et les petites croix représentant des « bises » sans comprendre puis cherche à me rappeler qui peut bien être ce...

Merlin !

Faites que je ne sois pas la seule qui ait reçu une carte d'Opieka !

J'éclate de rire, toute seule dans ma chambre puis me ressaisis immédiatement. Wouah ! Une carte d'un professeur, c'est la grande classe ! Je me demande si je vais réussir à attendre la rentrée pour le dire à tout le monde. Bon, je suis sûre que ce ne sera pas si fantastique et que ça n'aura pas le succès escompté, surtout si d'autres en ont reçu mais j'ai besoin de le dire.

Et il me souhaite de réussir mes examens, c'est amusant.

Je n'arrive pas à voir si cette carte est « personnelle » ou s'il a pu envoyer la même à tous ses élèves. Bah, je demanderai à Clemence, elle le connaît probablement mieux que moi.

L'elfe apparaît à nouveau dans ma chambre pour me signaler que le repas est servi. J'acquiesce, mécontente de me voir séparée de mes jolies cartes. Je pose celle d'Opieka avec les autres en me demandant si j'en recevrai d'autres puis descends les escaliers rapidement.

Une fois à table, Louky me sert en filet mignon puis remplit le verre de mon grand-père en vin.

Je regarde autour de moi rapidement en commençant à couper ma viande.

-Où est Daddy ?

Je ne sais pas exactement pourquoi mais quand nous ne sommes que tous les trois, nous parlons français, peut-être pour conserver la culture du côté maternel ? En tout cas, ça amuse mon père lorsqu'il nous surprend en train de parler dans cette langue.

-Un de ses collègues a eu un problème et il s'est précipité pour l'aider, me répond ma mère. Tiens-toi droite s'il te plaît.

Je retiens un soupir mais uniquement parce que celui-ci m'aurait valu d'autres remarques de ce genre. Je me demande si mon père y est allé pour avoir une prime ou juste pour le prestige d'avoir aidé un collègue. Dans tous les cas, je trouve ça respectable de sa part, même si on ne peut pas manger avec lui.

-Rebbeca, tu as reçu du courrier moldu on dirait, fait remarquer mon grand père en reposant son verre après avoir bu une gorgée de vin.

J'ai l'impression que ma mère a eu un moment d'absence mais lorsque je la regarde, elle continue de manger délicatement les pommes de terre qui sont dans son assiette.

-Oui, cela provient d'une am... Camarade de classe qui n'avait pas de hibou à sa disposition, je réponds en tentant de conserver un ton calme.

Je n'ai pas honte de Mary... C'est juste que je n'ai pas envie de me faire sermonner par mon grand-père.

-J'imagine que ses parents ne sont pas des sorciers pour qu'elle utilise ce moyen de communication, continue mon grand-père, ses couverts à la main sans les utiliser pour autant.

-Je pense, oui.

Je suis lâche mais bon, ça ne sert à rien de chercher le combat ici alors que Mary n'entend rien et que, moi-même, je m'en fiche.

-Tu devrais éviter ce genre de personnes, tu le sais.

-Nous sommes dans la même classe et la même maison, je la salue et parfois on s'aide pour les devoirs, ça ne va pas plus loin.

-A quoi peuvent bien servir ces « maisons » si on mélange les sorciers ainsi ! soupire grand-père.

-C'est une tradition comme une autre je pense, et ça permet l'émulation : les élèves sont plus motivés à avoir de bons résultats ainsi, répond ma mère, sans nous regarder.

C'est vrai qu'elle aussi a été à Poudlard à un moment -d'ailleurs, Opieka n'a rien trouvé au sujet de ma mère, donc elle n'a pas dû avoir son père comme professeur.

Je me demande si Antonin a dit quelque chose au sujet de mes amis à ma famille. Mais oui ! Faisons diversion !

-J'ai aussi reçu une carte d'Antonin Dolohov, mais il ne m'a rien dit au sujet de ses études. Tout va bien à ce sujet ?

-Oui, il n'y a aucun problème.

-De quoi parlez-vous ? demande ma mère, étonnée.

-Ton mari et moi aidons un élève à réaliser sa thèse de dernière année.

-A quel sujet ?

-Cela ne te concerne pas, déclare mon grand-père sur un ton bien plus ferme.

Nous ne disons plus un mot et l'ambiance me paraît terriblement pesante. Je n'ose même pas demander le sel bien que mes pommes de terre en auraient bien besoin. Pourquoi Louky ne les a pas salées avant ? Pfff...

Mais j'ignorais que ma mère n'était au courant de rien. Elle semble contrariée et d'assez mauvaise humeur. Je comprends : moi-même je n'aimerais pas qu'on me traite de cette façon. Bah, ce doit être vraiment privé.

Tout ce que j'espère c'est que la colère de ma mère ne me retombera pas dessus et qu'elle ne piquera pas une nouvelle crise au sujet de mon « enfermement ».

Lorsque je sors de table, mon grand-père m'adresse à nouveau la parole -ce qui me fait sursauter à cause de toute la tension qui a précédé- et me demande si je voudrais m'occuper des chevaux cet après-midi avec lui. J'accepte puis retourne dans ma chambre pour continuer mon roman pendant quelques heures avant de le rejoindre dans l'écurie. Je regarde à nouveau les cartes et plus précisément celle d'Antonin, perplexe.

Une heure et demie plus tard, alors que j'étais bien installée dans mon lit et que le héros allait devoir se battre contre un loup-garou afin de sauver sa peau et pouvoir avertir ses amis qu'un terrible complot se tramait dans leur dos depuis plusieurs mois, j'entends quelqu'un frapper à ma porte et après avoir répondu par un son inintelligible, je vois ma mère rentrer.

Je reste sous ma couverture, le livre dans les mains, ne sachant si cela va durer. Si elle n'a pas envoyé l'elfe c'est probablement parce que c'est privé mais avec elle, tout est privé. Même ce qui ne l'est pas.

Elle jette un coup d'oeil à mes cartes avant de m'adresser la parole.

-Tu as reçu beaucoup de courrier aujourd'hui.

-Oui, surtout des cartes de voeux.

Eh oui, après plusieurs années sans rien... Me voilà avec plein de lettres d'un seul coup. Ca doit l'étonner elle aussi, mais je n'ai pas envie de lui raconter ce qui se passe à l'école.

Elle regarde un moment la carte de Mary en souriant puis tourne la tête vers moi en s'asseyant sur la chaise de mon bureau.

-Ne t'en fais pas pour ce que ton grand-père a dit au sujet des enfants de moldus, je suis ravie de voir que tu as des amis de tous les milieux. C'est vraiment une bonne chose.

J'acquiesce sans savoir où elle veut en venir. Je savais que ma mère n'était pas aussi conservatrice que mon grand-père mais j'ignorais qu'elle appréciait le fait que je fréquent des nés-moldus.

Elle tripote légèrement un pendentif composé d'un saphir qu'elle porte autour du cou et qui s'accorde parfaitement à la broche qu'elle porte dans les cheveux. Parfois je me demande pourquoi elle prend tant d'attention à s'habiller même les jours où l'on ne voit personne...

Pour mon père ? Pour lui montrer qu'il a raison de faire aussi attention à sa personne peut-être : il fait des efforts alors elle aussi ?

-Ce Dolohov... Il est gentil ?

Je me sens rougir mais fronce les sourcils comme pour compenser l'effet, pour faire croire que je ne « l'apprécie » pas.

-Oui. Il m'aide assez souvent.

-Et tu sais quel est son sujet de thèse ?

Ah, alors c'est ça qu'elle voulait savoir. Je lance un regard vers la fenêtre comme si mon grand-père allait en surgir ce qui est tout à fait idiot. J'hésite un moment à répondre mais bon, quel que soit mon choix, je me ferais probablement gronder, alors autant retarder en disant ce que je sais à ma mère.

-Ben... Il étudie des potions pour soigner des maladies graves.

-Des potions ? répète ma mère en fronçant à son tour les sourcils.

-Oui, les philtres d'esprits.

Elle semble réfléchir un moment et je commence à m'impatienter : j'aimerais bien qu'elle quitte ma chambre pour que je me remette à mes occupations tranquillement.

-C'est un ami de James ? demande-t-elle.

Je n'ai pas très envie de répondre à cette question.

-Pas vraiment : il est dans une autre année, une autre maison... Je suis la seule à lui parler fréquemment dans notre classe.

-Ah. Sois prudente, alors.

Elle se relève et quitte ma chambre. Bon, je comprends qu'elle a peur pour sa fille car elle fréquente un garçon plus vieux mais je le trouve moins « pervers » que ceux de ma classe, franchement.

Ca m'étonne qu'elle m'ait parlé de James. Bon, je leur ai parlé de lui un peu plus souvent dans mes lettres mais tout de même. C'est peut-être parce qu'il fait partie de la famille...

Bon, ce n'est pas tout mais je dois finir ce combat contre le loup-garou, rejoindre grand-pères aux écuries... Puis envoyer des cartes de voeux à mon tour.