Bonjour à tous ! Comment vous portez-vous ?
Cette fiction est normalement terminée, je l'avais annoncé. Cependant, j'avais également annoncé que je n'excluais pas une suite, tout simplement parce que cette scène-ci me restait gravée dans la tête depuis que j'avais posé un point final à l'épilogue. Je l'ai donc mise en mots et ai décidé de vous la faire partager ! Un peu comme un épilogue bonus ! J'espère que cela vous plaira =)
Chapitre XXXVII : Bonus – La chambre blanche
Un raclement de dents ciselées récura le trou de la serrure un peu grippée par les multiples utilisations et, la seconde d'après, la porte de « La tempête » s'ouvrait. Le carrelage du couloir d'entrée se colora d'une teinte rouge, quasiment pourpre, qui ne tarda pas à se répandre comme une hémorragie sur les murs et à dessiner un fin rai de lumière solaire sur le haut plafond. Une ombre noire se déplaça sur cette toile cramoisie de fin du jour, propre aux saisons chaudes du cycle annuel, avant de recouvrir, finalement, l'ensemble de la rougeur en refermant le battant derrière elle.
Déposant son sac au sol et ses clés dans le bol sur le meuble bas et étroit, à gauche contre le mur blanc de l'entrée, Drago Malfoy inspecta la patère ensevelie sous les manteaux et autres affaires mélangées en un horrible chaos. Il sourit mi-amusé mi-lassé. Peu importe l'effort que son caractère de maniaque l'obligeait à fournir à la tâche du rangement de la maison, rien ne résistait au tempérament bordélique de son colocataire permanent. Pas plus que le silence propre à la méditation difficilement conservé en sa présence. Du moins, habituellement. Car, aujourd'hui, le calme en cet endroit approchait les exigences du religieux.
Le blond se rendit compte de ce fait exceptionnel lorsque les semelles de caoutchouc cousues à ses pieds de cuir noir luisant, qui captaient une lueur carmin venue d'une quelconque vitre donnant sur l'extérieur de la demoiselle de pierres, résonnèrent en un écho presque assourdissant contre les parois du couloir. Aucune exclamation ni célébration de son retour journalier ne finit par le recouvrir.
L'héritier des Malfoy fronça les sourcils. L'entrée de sa demeure semblait s'étirer à l'infini dans la pénombre des derniers heures du jour, un peu comme un de ces longs corridors déserts et infestés de magie noire dans l'ancien manoir. La porte métallique du compteur brillait d'un orange vermeille par réverbération de la fenêtre du salon tout à côté. La tranquillité régnant ici le déstabilisait un peu.
Son regard gris détailla à nouveau le porte-manteau complet. Les traits de son visage finirent par afficher une moue indifférente. Il avait fait chaud aujourd'hui, même un peu trop chaud, en fait. Harry serait parti travailler sans emporter de veste au cas où le temps viendrait à tourner, persuadé dans son attitude bornée légendaire que rien de tel ne pouvait se produire. Après tout, ses clés ne se trouvaient pas dans le réceptacle prévu à cet effet sur le meuble où il avait déposé les siennes quelques instants plus tôt.
L'Auror légendaire s'était arrangé pour limiter ses heures de présence au Ministère et ne remplir que le strict minimum de travail au bureau de son Département. Durant ses heures de service, incontournables, le survivant complétait les besognes inhérentes à sa fonction et décidait, accessoirement, quelle masse de paperasse il ramènerait à la maison pour compléter son contrat en heures libres. Pratique pour occuper les longues nuits d'insomnies lorsqu'elles menaçaient l'équilibre de leur routine de sommeil. En réalité, cette masse dépendait surtout du retard que le sorcier avait accumulé dans ses dossiers en refusant d'en ramener un seul la semaine précédente, sous prétexte, légitime, de vouloir profiter de sa paix quelques jours.
Grâce à cette organisation, bien souvent, le brun ténébreux parvenait encore à rentrer avant lui en plus d'être parti au bureau après lui. Parfois, cependant, le Gryffondor était retenu un peu plus longtemps de l'autre côté de la Manche, loin de son foyer. Et bien que son absence, même courte, soit un véritable fléau difficile à supporter pour son cœur métamorphosé en monstre de solitude dès que cet homme s'éloignait de lui, Drago trouvait un avantage sans pareil à ces heures supplémentaires inopinées : le plaisir de concocter une petite surprise qui les ravirait tous. Quelque chose de simple qui ne nécessitait pas des siècles de préparation mais qui marquait toujours des points d'une manière ou d'une autre.
Ce soir-là, seul dans la demoiselle de pierres, l'héritier des Malfoy opta pour un dîner un peu plus relevé qu'à l'accoutumée. Quelques légumes bien frais perlés d'eau du robinet, plusieurs grammes de viandes diverses et variées, un mélange d'herbes aromatiques, un soupçon d'épices et une noix de beurre dans une casserole : la recette surprise improvisée quand on ne pouvait choisir entre tant de bonnes choses et qu'on espérait que l'association ne serait pas catastrophique. La lame du couteau à légumes tranchait les ingrédients en promenant son aiguisage sur les murs en une boule lumineuse frénétique accordée aux mouvements du blond.
La cuisine était habitée d'une aura aveuglante qui n'éclairait, paradoxalement, rien du tout. Tant et si bien que le Serpentard décida d'allumer les spots au-dessus du plan de travail pour cesser de s'abîmer les yeux et éviter d'oublier la moitié de ses petits cubes sur la planche de découpe. Penché au-dessus de cette dernière, le rythme presque entraînant de sa salsa culinaire alimentait le calme ambiant de « clac clac clac » tandis que son esprit en profitait pour voguer vers d'autres contrées de son existence.
Le mois d'Août s'annonçait déjà à l'horizon et le temps leur serait bientôt compté pour débuter la chasse aux cadeaux annuelle pour l'anniversaire de Jo-Anne, le 31. La liste que Pansy et Blaise fournissaient pour l'occasion s'écoulait, chaque année, à la vitesse de la lumière : trop peu d'offres pour beaucoup trop de demandes en proportion. Il fallait donc s'y atteler le plus tôt possible en entretenant des contacts étroits avec tous les destinataires. Et puis, pour être parfaitement honnête et ne pas renier son orgueil, Drago adorait innover et se rendre compter que son choix, hors des sentiers battus, enchantait la petite à chaque fois. Pas autant que Théodore qui la pourrissait toute l'année durant, certes, mais la fierté ne se faisait pas moindre pour autant. Bien sûr, cela ne l'empêchait pas d'assurer en sélectionnant, à côté, un présent désiré par la famille Zabini, histoire de ne pas perdre ses privilèges de second parrain sur un faux-pas auprès de ses amis avec un cadeau d'anniversaire raté. Enfin, Pansy était sa bête noire... Cette femme devenait une véritable plaie quand on en venait à sa gamine. Mais tous les parents, les bons du moins, suivaient plus ou moins le même modèle, ce n'était pas blâmable en soi, juste impossible à supporter.
Mais qu'importe ! Ce n'était pas l'histoire de quelques gallions de plus ou de moins qui feraient la différence. Les moyens ne manquaient pas, surtout si l'on ajoutait le patrimoine d'Harry et sa tendance innée à gâter tout ce qui ne dépassait pas le mètre 30 autour de lui. Et même si, désormais, ils avaient bien des dépenses à réaliser pour eux-mêmes en tant que couple, distribuer les paquets à retour de bras autour d'eux ne se refusait pas. Les Weasley n'étaient pas non plus en reste avec leurs descendance. Et Merlin ce qu'il y en avait à pourrir dans cette armée rousse ! Il ne parvenait toujours pas à croire que Rose et Hugo aient déjà tant poussé ! Dans quelques années, ce seraient Chemin de Traverse et Poudlard Express, et...
« Clac ! »
Les spots au-dessus de la gazinière s'éteignirent soudainement, permettant à la lueur rouge de se démarquer à nouveau en tant que seul éclairage valable en ces lieux. L'héritier des Malfoy soupira. Il adorait sa maison, vraiment. C'était un petit coin de paradis indéniable et impossible à quitter sans regrets quand venaient les vacances. L'installation à la moldue faisait partie du charme. Cependant, le problème récalcitrant de l'électricité insoluble autant par moldus spécialisés que par sorciers acharnés, lui passait, parfois, les nerfs à la moulinette.
Le couteau à légumes fut reposé sur le comptoir où il sembla directement aimanter les éclats rouges de la soirée. Un torchon glissa de son attache jusque dans les mains délicates du maître des lieux qui le tâcha de jus écarlate de tomate avant de le jeter en boule près de l'évier.
- Et c'est parti, commenta-t-il à voix haute.
Dans le couloir, le compteur moldu ne comportait plus, sur sa surface lisse et froide, que deux billes incandescentes un peu allongées, comme les petites tomates auprès desquelles le blond aurait aimé retourner le plus rapidement possible. Il ne désirait pas que sa surprise se transforme en atelier cuisine au lieu d'un repas prêt à servir à la seconde où Harry mettrait les pieds sous la table en rentrant. Les amandes rouges le fascinèrent un moment, pourtant, d'une manière presque dérangeante. On aurait dit deux grands yeux pleins sans aucun iris, juste fondus dans le sang. À cette pensée, le Serpentard frissonna et secoua la tête.
Il entreprit d'ouvrir le battant de métal et d'actionner les minuscules leviers pour remettre l'installation en marche. Les interrupteurs un peu durs se levèrent et s'abaissèrent sous ses soins sans pour autant provoquer le moindre changement. Une drôle d'odeur de rouille parvenait jusqu'au sorcier qui retint un grognement de frustration en fronçant le nez. Tout cela ne lui disait rien qui vaille ! Son attention se porta tout particulièrement aux casiers des plombs, priant littéralement pour qu'aucun n'ait fondu dans son logement. Cet espoir fut vain : l'allure d'une des petites cachettes lui paraissait drôle.
À tout hasard, Drago tendit la main pour l'ouvrir. Quelque chose avait peut-être bougé. Cependant, à peine son doigt eut-il effleuré la paroi qu'une douleur fulgurante le parcourut de la tête aux pieds en le mordant vivement au doigt tel un crochet de serpent porteur de l'impardonnable de torture. Le sorcier se recula vivement en gémissant, replié sur lui-même, sa main coincée entre ses cuisses.
Le blond jeta un regard mauvais au compteur. En soufflant lourdement, il desserra lentement la poigne autour de sa main encore palpitante, par où était venue la décharge. Fort heureusement, aucun traumatisme n'était à signaler. Pourtant, ses sourcils ne tardèrent pas à se froncer de nouveau. Incliné de cette manière vers le sol, l'odeur de rouille devenait plus prenante, impossible à ignorer, lui flattant l'estomac d'un haut-le-cœur symptomatique.
L'héritier des Malfoy sembla totalement oublier la douleur qui engourdissait toujours son bras et se redressa prudemment. Au fond du couloir, à l'opposé de la porte d'entrée de « La tempête », une barre rouge incandescente rendait tangible la présence de la cloison menant aux garages de la demeure, reconvertis en bureaux sorciers pour eux, bien qu'ils aient tout de même songé plusieurs fois à acquérir une voiture moldue, plus par caprice que par réelle utilité. Drago n'avait jamais remarqué ce phénomène auparavant et une sorte d'alarme s'enclencha d'elle-même dans son esprit.
- Harry ?
Le sorcier s'avança de quelques pas avant de ne plus pouvoir résister au besoin d'enfouir son nez dans le repli de sa manche. Plutôt respirer une odeur de vêtement défraîchi par une journée de travail passée en tant que consultant auprès des clients de Blaise, dont certains fumaient allégrement les cigares en se fichant d'indisposer les autres, que cette rouille nauséabonde qui désorientait les sens. Il ne pouvait plus l'ignorer : ce qui se dégageait de là-derrière devait faire l'objet d'une enquête soucieuse, question de prudence. Pour tout ce qu'il en savait, cela pouvait bien être de la tuyauterie endommagée.
Il posa sa main sur la poignée glaciale et tenta de la tourner. La porte lui résista longtemps. Avec force, Drago tenta presque de l'enfoncer d'un coup d'épaule, sans succès. Une certaine angoisse montait en lui, l'obligeant à dégainer sa baguette dans sa propre maison. Un puissant sort d'ouverture termina ses efforts inutiles.
Immédiatement, la senteur s'intensifia. Le blond ferma les yeux un instant pour refréner les larmes piquantes qui affleuraient à ras bord de ses orbites humides. Il se força à reprendre ses esprits et s'intéressa de plus près à l'étrange tas qui reposait là, dans la pénombre, avec le soleil couchant en contre-jour. La baguette d'aubépine tomba sur le sol dans un fracas digne d'une détonation tandis que les pupilles mercures de son propriétaire rencontraient celles, vides et desséchées, de l'homme de sa vie, baignant dans une mare de sang, sa cicatrice brillante sur la peau noire de son front.
Drago eut un mouvement de recul qui le força à se rattraper aux gonds de la porte, se coinçant durement les doigts dans l'interstice. Passé le moment du choc, le Serpentard se précipita vers le corps étalé sur le sol. Il était froid, dur et incroyablement lourd entre ses bras, sans plus aucune consistance que celle de la rigidité.
- Harry, murmura-t-il. Harry !
L'héritier des Malfoy tenta de soulever son homme avec peine avant de se geler sur place et de laisser échapper un cri d'horreur qui résonna longtemps dans le silence de mort. Il chuta en voulant fuir la vision cauchemardesque. Sous le poids inerte du survivant, deux autres corps reposaient, tous aussi inanimés et figés dans la stupeur éternelle.
Le blond rampa à reculons, sans pouvoir détacher son regard terrifié de la vision apocalyptique. D'un coup, sa main recouvrit quelque chose : sa baguette d'aubépine noire, tâchée de sang, d'où un éclat vert se dégageait dans un râle lugubre et un rire de folie : Avada Kedavra.
Le Serpentard secoua frénétiquement la tête, niant tout en bloc. Rien de tout cela ne pouvait arriver. Pas ici ! Pas à lui ! Pas alors qu'à peine une minute plus tôt, il préparait un repas, là-bas, dans cette cuisine paisible, loin de cet enfer indescriptible, loin de cette odeur de décomposition qui lui fit rendre tripes et boyaux, loin de tout. Son cerveau refusait d'admettre la vérité.
Pourtant Drago savait. Il savait que ce sortilège ne se lançait pas tout seul. Il savait que le poids de la mort ne s'abattait pas si brusquement sans un minimum d'aide extérieure. Il savait que la lame du couteau dans la cuisine ne ruisselait plus seulement du jus des tomates qui se desséchaient à la même vitesse que ces corps sur le plan de travail, tout comme l'éclat criard du soleil sur les murs se liquéfiait sous les parois infernales.
« Tu l'as fait ! Tout est de ta faute ! Tu comprends, ça ? De ta faute ! Traître à ton sang ! Ta sale progéniture ! Ta faute ! Tu dois payer ! », hurlait une voix d'homme quelque part dans les étages.
Le souffle du blond devint erratique, se perdant dans l'immensité de la demoiselle de pierres en une hyperventilation toxique de vapeurs funestes. La douleur digne d'un Endoloris se répandit dans tous ses membres, leur conférant presque des angles fantaisistes qui n'atténuaient en rien la brûlure du sort tandis qu'il convulsait sur le sol. Et Drago cria. Il cria de toutes ses forces, jusqu'à cracher ses propres cordes vocales sur le sol dans un hurlement sanglant de monstre fou.
Jusqu'à ce que la lumière ne revienne...
Le cri avait transpercé toutes les couches d'inconscience qui enveloppaient Harry d'un sommeil réparateur et salvateur aussi sûrement que la quiétude de la nuit là-dehors. Il n'en fallut pas moins au survivant pour se réveiller d'un trait, immédiatement en alerte. Son premier réflexe fut de déporter le bras vers la lampe de chevet à côté de lui. Cependant, le sorcier légendaire était loin d'avoir besoin de lumière pour savoir que toute cette agitation panique agrémentée de quelques effluves incontrôlées de magie provenait de Drago.
Effectivement, le blond se tordait sous les couvertures qui collaient à sa peau ruisselante de sueur, aux prises avec une crise panique onirique qui tétanisait ses membres en redoutables barres de fer inflexibles et durcissait ses bronches en une respiration rapide et saccadée. Il ne tarda pas à hurler une seconde fois, avant que le survivant ait pu tenter quoi que ce soit, et se sortit lui-même de l'apnée qui menaçait de l'étouffer grâce à un gigantesque bond hors de l'inconscience qui redressa sa colonne vertébrale en le décollant du lit.
Le réflexe d'Harry fut immédiat : un de ses bras entoura le corps en convulsion et le retint fermement, au mieux, pour l'empêcher de s'éjecter du matelas au milieu de sa panique. Il ne sut pas dire si son geste était le bienvenu ou non, mais une chose était sûre : sitôt qu'il avait attrapé son amant, celui-ci s'accrocha à lui de toutes ses forces et par tous les moyens possibles. Ses poignets halés virèrent au blanc en une poignée de secondes et des ongles impeccables se souillaient de sang en sillonnant sa peau de griffes.
- Drago ! Du calme ! Je suis là ! Je suis là ! Du calme !
Après quelques soubresauts supplémentaires, l'agitation excessive du Serpentard cessa graduellement et Harry fut en mesure de ramener son corps éprouvé contre lui. La tête pâle et collante de vapeurs bouillantes trouva le chemin jusqu'au creux de son cou. Ses yeux fiévreux se rafraîchissaient en frémissant contre sa jugulaire tandis que la cage thoracique tentait toujours de trouver le rythme de respiration qui se rapprochait le plus de la normale. Les terreurs nocturnes de Drago étaient devenues rarissimes avec le temps. Malheureusement, elles n'en restaient pas moins inévitables et toujours aussi impressionnantes.
La main du survivant caressa les mèches d'ors de son homme en s'accompagnant d'un chuchotement bienveillant.
- Doucement. Tout va bien.
Finalement, la paume réconfortante glissa dans le dos tremblant de l'héritier des Malfoy et parvint jusqu'à son avant-bras fin et dénudé qui agrippait toujours une des jambes de son pantalon de pyjama gris taillé dans un survêtement moldu. Drago frémit violemment à la matière froide entrant en contact avec sa peau surchauffée. Le survivant se colla presque totalement à lui pour déposer un baiser sur sa clavicule recouverte puis se retira en observant l'évolution des choses d'un œil attentif.
Le cauchemar avait totalement exténué son homme qui avait déjà du mal, semblait-il, aussi ironique que cela puisse paraître, à émerger de son état second. La chaleur moite de la saison chaude peinait à sécher la sueur qui formait alors une seconde peau plastifiée sur son grain pâle. Harry le sentait à la façon dont son pouce accrochait les poils dorés de ses bras en délivrant ses caresses de réconfort. Il fallut le temps, mais un soupir finit par franchir les lèvres du blond, lui permettant de se relâcher un peu. Le corps puissant du survivant accueillit son poids comateux sans rechigner et alla même jusqu'à le bercer tendrement.
Drago émergea totalement de sa crise quelques instants plus tard, un peu apaisé, la tête reposant sur les genoux de l'élu, et une lueur contrite au fond de ses yeux mercures. Le sorcier légendaire lui sourit.
- Eh, souffla-t-il.
Les lèvres du blond s'entrouvrirent.
- Chut. Ne dis rien. C'est bon, c'est fini.
Le couple échangea un long regard lourd de sens. Submergé par la fatigue, le Serpentard se rapprochait rapidement de la léthargie, confortable entre les bras du Gryffondor qui, aussi discrètement que possible, le reposait progressivement contre ses oreillers. Il n'y parvint pas tout à fait cependant.
Un bruit presque imperceptible leur parvint depuis le palier sous la forme d'un grincement du plancher. Harry se mordit l'intérieur de la joue en un geste de prière. Pourvu que le blond ne s'en rende pas compte ! Il ne suffirait que d'une minute supplémentaire dans ces conditions pour qu'il ne se rendorme calmement contre lui ! Au lieu de cela, son instinct affiné de conservation venait de signer sa prolongation d'agonie de quelques minutes ! La culpabilité vieillit soudainement ses traits d'ange.
- Je suis désolé, Harry, s'excusa-t-il.
Un nouveau craquement de lattes s'éleva de l'autre côté de la porte de la chambre blanche et le survivant sut qu'il ne servait plus à rien d'intimer le silence ou d'éteindre la lumière. Drago, exténué et à bout de nerfs, ne put retenir les larmes qui lui montèrent instantanément et craqua et s'enfouissant dans les replis du pyjama de son homme. Ce dernier se replia au-dessus de lui, par automatisme, et frotta son dos tremblant.
- Putain, désolé, sanglotait le blond.
- Eh, eh, chuchota le Gryffondor. Ce n'est pas grave. Ne pleure pas.
Ironiquement, le cliquetis qui déplaça la porte de son logement fut le son le plus inaudible de toute la scène. Le battant s'écarta délicatement du mur d'une dizaine de centimètres à peine.
Dans l'entrebâillement, une minuscule tête aux grands yeux encore rougis de sommeil mais investis d'une terreur toute particulière, apparut. Elle flottait drôlement au-dessus d'un pyjama bleu tagué de quelques formes cotonneuses blanches, trois fois trop grand pour le petit corps en dessous des couches, enfin pour l'instant. Dans quelques mois, la proportionnelle serait aussi de trois fois, mais trop grand.
- Pa' ?
Le survivant sourit contritement au petit garçon et resserra sa prise autour de son homme, terrassé par le mélange de honte et d'épuisement. À son âge, on ne réveillait plus une maisonnée entière parce qu'on avait fait un cauchemar. Cela aurait dû être le job d'un minuscule être comme celui-là de le faire, certainement pas l'inverse ! Pire : il avait l'impression de se donner en spectacle. Mais quoi qu'il fasse, ses sanglots refusaient de s'arrêter et le survêtement moldu d'Harry ne pourrait jamais tous les éponger sans dégorger.
- Pa' ?
Drago tenta de s'enterrer encore davantage contre le survivant. Il sentit bien qu'on l'inspectait. La seconde qui suivit, la voix un peu dure d'Harry résonna dans la pièce.
- Va te recoucher, Albus. On en parlera demain matin.
L'ordre était indiscutable, pourtant, une sorte d'hésitation plana aussitôt dans l'air. Le petit garçon ne savait trop que faire et se mit à triturer nerveusement le col de son pyjama entre ses quenottes fragiles.
- Albus, menaça Harry.
Sans demander son reste, le bonhomme referma la porte avec précaution et détala, du moins le supposèrent-ils au bruit que firent les lattes du plancher, jusque de l'autre côté du palier. Un mot indiscernable fut lancé comme un avertissement dissuasif et une deuxième porte claqua sur le même modèle que la première. Après avoir patienté une minute, guettant la moindre agitation, Harry se rallongea en pressant l'homme de sa vie contre lui, un bras contre son cou, une main dans ses cheveux d'ors, et la bouche chuchotant des refrains réconfortants à son oreilles tandis que, d'un sort informulé, la lampe s'éteignait et redonnait ses droits à la nuit.
Une attache par-ci, un loquet par-là, un dernier crissement et le premier volet de bois peint d'azur s'ouvrait sur la petite ruelle moldue encore épargnée des agressions du soleil levant grâce à l'ombre fournie par les toits de la station balnéaire française. Le ciel était radieux, comme un océan de lumière sans aucune vague, ni écume de cumulus. À moins d'une perturbation soudaine et inopinée, il allait encore faire très beau aujourd'hui, d'une douce chaleur qui obligerait les plagistes à se prélasser sous les rayons de l'orbe en fusion pour ne pas frémir sous l'ombre épaisse. La superbe journée qui s'annonçait semblait réjouir tout le monde, à l'exception d'un seul être, tout petit, se dissimulant derrière la rambarde de l'escalier en bois massif de « La tempête », tout autant qu'il tentait de dissimuler le trouble qui habitait son corps confus depuis le milieu de la nuit et le gigantesque cri qui l'avait tiré du lit encore plus sûrement qu'un de ses propres cauchemars.
Dans la cuisine, Harry attachait la sécurité du panneau azur au mur de pierres rouges et ocres. Il salua d'un hochement de tête un badaud de sa connaissance : un vieil homme qui souleva son chapeau de ses cheveux blancs en l'apercevant avant de poursuivre sa balade matinale en remontant de la digue pour aller réclamer sa récompense bien méritée au café tout proche. C'était du moins ce que Pa' leur répétait souvent, quand à ce que cela voulait dire, Albus imaginait toujours une coupe dorée numérotée du nombre de tours qu'il avait bien pu effectuer autour du village toutes ces années depuis qu'il y avait emménagé...
Après avoir reproduit les mêmes gestes avec le second panneau, le Gryffondor referma aussi délicatement que possible l'antique fenêtre de la cuisine, tentant d'étouffer le bruit de ses larges paumes dorées. Cela ne pouvait signifier qu'une seule chose : il ne désirait pas que la moindre chose vienne perturber ce qui se passait à l'étage. Drago dormait encore d'un sommeil de plomb, définitivement exténué de son cauchemar impressionnant de la nuit. Rien qu'à ce souvenir, le garçon fronça les sourcils, contrarié. Une drôle de sensation, et pas des plus agréables, lui donnait envie de pleurer et de crier tout à la fois. Sa place n'était pas là, avec les autres, dans la cuisine.
Aussi, de ses grands yeux verts étincelants d'une drôle d'émotion, Albus avait observé son père entrer en contact avec Blaise Zabini, l'associé de Papa, pour lui demander de « faire preuve de souplesse pour le week-end » car « la nuit avait été courte » et « pas dans le sens lubrique où il l'entendait ».
Un instant, le petit bonhomme s'était interrogé sur la signification du terme « lubrique » avant d'être interrompu dans ses pensées par le mouvement du survivant, le forçant à se replier précipitamment derrière sa cachette tandis que Pa' s'en retournait vers le comptoir. Il n'avait rien vu. Ce qui n'était pas le cas de Scorpius, balançant ses deux jambes dans le vide immense sous sa chaise de bar tandis que les céréales croustillaient sous ses dents. Ses sourcils dorés s'étaient froncés, inquisiteurs et ses pupilles s'étaient agrandies de stupeur en le voyant regrimper les premières marches de l'escalier, devinant ses intentions.
Tout assurait à Albus que le survivant demeurerait bien en place sur son propre tabouret, y compris la complicité de son frère blond. Aussi, il gravit l'escalier de bois en prenant bien garde à ne pas générer le moindre bruit en posant la pointe de ses pieds nus. Étudiant beaucoup mieux qu'en pleine nuit la disposition des lattes du plancher du palier, le garçon se tordit en tous sens pour ne pas tirer un grincement d'une seule d'entre elles jusqu'à la porte de la chambre parentale.
Par habitude, Pa' refusait catégoriquement qu'on aille déranger Papa pendant qu'il se reposait. Les punitions étaient exemplaires et suffisaient bien souvent à les dissuader, lui comme Scorpius, de braver l'interdit. Mais aujourd'hui, après ce qu'il avait vu la veille, Albus n'en avait que faire. Contrairement au chérubin blond en train de déjeuner calmement dans la cuisine, lui était incapable de contenir les tourments de sa petite âme lumineuse. Le cri d'horreur de Drago l'avait tiré de ses rêveries et demeurait marqué au fer rouge dans une parcelle inaccessible de sa chair, impossible à laver et donc à oublier. La vision de son père détruit, en larmes, contre le flanc de Pa' l'avait profondément dérangé dans son esprit d'enfant. La correction, un rangement minutieux des chambres accompagnée parfois d'une privation de sortie sur la plage tout à côté, n'avait plus aucune sorte d'importance. Toute sa motivation ne servait plus, maintenant, qu'à franchir le seuil de la chambre blanche, et donc l'interdit, imposé par Harry.
Albus tenta de tourner la poignée et de s'appuyer sur le battant de tout son poids dérisoire. Il ne réussit qu'à glisser le long du bois, comme s'il rampait à la verticale. Bien sûr ! Pa' avait apposé un sort de fermeture pour les garder, lui et Scorpius, hors de toute crainte de dérangement du repos solennel de Papa.
Une moue incroyablement triste, et même désespérée, affligea son visage rond et lumineux. Il réprima difficilement son geste d'humeur qui aurait immédiatement signalé sa position au survivant en bas des escaliers.
À tout hasard, le garçon inspecta les marches avant de reprendre ses tentatives infatigables pour pénétrer dans le sanctuaire interdit. Tout fut malheureusement vain, lui arrachant presque des larmes de frustration. Cette barrière entre lui et son père était déjà plus que ce qu'il pouvait supporter. Cependant, un peu comme la fée clochette des véritables contes de fées, très peu d'émotions pouvaient cohabiter en même temps dans son petit corps et l'espoir reprit bientôt le dessus sur l'échec cuisant.
Joignant inutilement ses pognes ensemble, Albus ferma les yeux en expirant très lentement. Tout son être ne se concentra plus que sur le désir désespéré de voir cette barrière s'effondrer par n'importe quel moyen.
Le garçon n'était pas sans savoir qu'il était spécial, différent des autres enfants, comme Scorpius. Pourtant, à cet instant, lorsque la porte se déverrouilla devant lui, le caractère magique de son acte fut la dernière chose à laquelle il aurait pensé. À ses yeux, ce miracle tenait davantage du rêve devenu réalité que d'une initiative non maîtrisée de sa part. Les contes enseignaient bien qu'il suffisait de vouloir quelque chose très fort pour que cela se réalise.
Sans tarder, Albus pénétra dans la chambre blanche, franchissant définitivement l'interdit imposé par Pa' et s'assurant, par la même occasion, que plus aucune frontière ne serait dressée entre lui et son père. Il ne ressentait aucune fierté, pas plus qu'un soupçon de honte. La forme bordée par les couvertures moelleuses accaparait trop son attention pour ce faire. La baie vitrée était à moitié fermée : un volet replié conférant un aspect noir d'encre à la fenêtre de gauche, et un volet entrouvert sur celle de droite par où une légère brise fraîche aérait la pièce. Dans cette position en clair-obscur, Papa avait l'air si fatigué...
Le cœur minuscule du garçon, mais déjà tellement débordant de toutes les émotions les plus pures du monde, se serra inexplicablement à cette vue. La scène relevait de l'impensable pour lui. L'homme devant lui avait flanché un moment et en payait les conséquences, mais cela n'avait rien à voir avec tout cela. Non, Albus était bien loin de ces considérations d'adultes. Tout ceci était impensable pour lui, enfant, parce que cet homme-là ne pouvait pas souffrir. Cet homme-là était fort pour eux, pour les aider à franchir le cap des terreurs. Et qui le faisait pour lui alors ? Personne. Et cette injustice déchirait le petit être d'une douleur incommensurable.
Papa ne voulait pas pleurer, il le savait : jamais, ô grand jamais, et encore moins devant Scorpius et lui. Pa' était le seul témoin de ses failles, et encore... Il disait que cela le rendait faible. Et bien qu'il soit encore incapable de comprendre la réelle signification de tout cela, Albus comprenait que cela n'était pas bien. En fait, Papa se sentait encore plus mal du fait de pleurer devant eux que de la chose qui l'avait fait pleurer au départ. Parce que, et cela, malgré son jeune âge, Albus l'avait bien compris, pleurer devant eux et admettre une faiblesse lui faisait encourir de perdre leur estime.
Après s'être tenu un moment près de la porte, jugeant fébrilement du bien fondé de son geste, le regrettant presque en songeant que Papa lui-même pourrait peut-être lui en vouloir, Albus referma la porte derrière lui. S'il devait y avoir une barrière, elle serait derrière lui.
Il s'avança vers le lit sans un bruit et se laissa bercer de loin par les mouvements réguliers de la poitrine de Drago et de sa main reposée par-dessus. Jetant un dernier regard furtif par-dessus son épaule, le garçon contourna le lit et se hissa sur la place qui appartenait habituellement au survivant. Prudemment, il s'approcha du grand blond et, lorsqu'il fut assez près pour son audace faiblissante, il s'allongea. Son minuscule corps frémit en voyant les pupilles mercures encore ensommeillées de son père rencontrer les siennes. Son cœur battait si fort en lui que toute la maison devait en trembler si on lui avait demandé. Il retint son souffle.
Un sourire naquit sur les lèvres de Drago.
- Qu'est-ce que tu fais là, bonhomme ? murmura-t-il.
Albus ouvrit les lèvres et se figea. Il n'avait aucune idée de ce qu'il devait dire. Aucun mot ne voulait expliquer ce qui agitait son petit corps. Aussi, il déclara la première chose qui lui passa par la tête.
- C'est pas grave si tu pleures. Moi, je t'aime quand même !
L'héritier des Malfoy parut profondément surpris. Un souffle d'amusement vint caresser le visage rond du garçon. Celui-là était tellement imprévisible ! Il lui rappelait bien son père, va !
Le cœur bien plus gonflé d'émotion qu'il ne le laissa paraître, le blond étendit son bras en souriant. Aussitôt, Albus s'empara de l'occasion et trouva sa position tout contre lui, sa minuscule tête de châtaigne effleurant son sternum, juste contre le foyer de son amour, et ses minuscules jambes se replièrent pour effleurer les cuisses de Drago qui en rattrapaient aisément la longueur. Une main vint recouvrir son oreille découverte, étouffant drôlement les sons, et caressant son arcade sourcilière avec tendresse.
- Moi aussi je t'aime, bonhomme.
Albus ferma les yeux en se blottissant encore plus contre son père. Tous deux restèrent sans bouger, dans la quiétude de la chambre blanche, balayée par le ressac au loin.
Pourtant, le repos fut de courte durée. Intrigué par le fait que son frère ne revienne pas de sa mission périlleuse et qu'aucun haussement de ton ne soit à signaler, Scorpius s'était empressé de gober les dernières gouttes de lait de ses céréales et croquait encore les quelques flocons entre ses quenottes en grimpant les escaliers. Malheureusement pour lui, si Albus avait réussi à échapper à la vigilance du sorcier légendaire, ce ne fut pas son cas, et des grands pas se firent rapidement entendre dans son dos, si bien qu'il s'empressa de fuir jusque dans la chambre blanche, désormais déverrouillée, avant qu'on ne puisse l'attraper.
- Scorpius ! chuchota furieusement Harry. Reviens ici !
Dans son demi-sommeil, Drago pouffa presque de rire. Le boulet de canon Scorpius venait juste de sauter sur le lit et tentait maintenant de l'enjamber le plus rapidement possible.
- Scorpius !
Le chérubin blond échoua lamentablement à atteindre le même côté du lit que son frère et s'affala sur les mollets de son père qui souffla lourdement, non sans laisser échapper un rire.
La porte s'ouvrit totalement et l'ombre menaçante d'Harry investit la pièce à son tour. Scorpius, ses dix doigts posés sur les jambes découvertes de son père, cachait le bas de son visage derrière elles, refusant catégoriquement de s'en déloger.
Drago n'eut même pas besoin de tenter un regard en arrière pour savoir que son homme réalisait que, non seulement Scorpius était rentré dans la chambre, mais, en plus, Albus qu'il croyait en pleine grasse matinée dans son propre lit était déjà confortablement installé dans le sien.
- Si tu les laisses faire, je ne peux rien dire, fit-il remarquer.
- Alors tais-toi, répondit le blond taquin.
Un gloussement espiègle s'éleva du lit dans le silence paisible, provoquant une sorte d'hilarité générale démarrée par le modèle adulte de Scorpius et rapidement jointe par les deux garçonnets, rassuré d'avoir le soutien d'au moins un des deux parents. La jubilation de faire tourner les Potter en bourrique se transmettait visiblement dans le matériel génétique, pour le plus grand bonheur de l'héritier des Malfoy. Néanmoins, si Scorpius se délectait éhontément de la situation, Albus, lui, tentait de se faire plus petit qu'il n'était contre le matelas tant la silhouette du survivant ne lui inspirait pas confiance.
Tendre, Drago le ramena un peu plus contre son épaule puis tendit son bras libre à la recherche du chérubin blond qui, sans hésiter une seule seconde, franchit les derniers centimètres qui le séparaient encore du câlin généralisé. Les deux petits corps se touchèrent en position de cuillère, chaque tête trouvant sa place habituelle contre le torse du Serpentard. Scorpius passa son bras autour de ses hanches, aimant avoir une impression d'emprise, tandis qu'Albus collait son minuscule avant-bras contre ses poumons, aidant la succion de son pouce à chaque respiration. Chacun aimait également s'occuper différemment. Depuis le premier jour, Albus préférait s'adonner à une sieste matinale tandis que Scorpius préférait défier son autre père de ses yeux pétillants de sale gosse et aboutir à une « brouille de chefs » impliquant muscles et chatouilles.
Admettant son impuissance, et se laissant définitivement attendrir par la scène, Harry soupira et prit place dans le dos de Drago qui avait pris soin, bien plus tôt, de se rapprocher du milieu du lit, anticipant la réaction de son homme.
- J'ai prévenu Blaise que tu prenais ton week-end.
- Ça nous laisse du temps pour aller à la plage.
- Ouais ! murmura victorieusement Scorpius.
L'héritier des Malfoy pouffa de rire. Harry, lui, tentait de le dévisager sévèrement tout en contrôlant son propre amusement avec peine.
- Je rappelle à ces messieurs qu'ils ont fait une bêtise et que, normalement, dans ces cas-là, il n'y a pas de plage, releva le survivant.
Albus rouvrit des yeux apeurés sur eux. Scorpius tentait de faire le fier en n'en menant pourtant pas bien large. Drago fondit devant cette supplique indirecte et décida volontiers d'intervenir en faisant un clin d'œil à ses deux chérubins : un bon Malfoy qui se respecte a toujours des armes dans son arsenal. Un large sourire malicieux éclaira son visage et réjouit, par avance, ceux des deux garçonnets.
- Certaines punitions peuvent également s'appliquer aux adultes, déclara Drago.
- Comment ?
- Je dis que les adultes aussi sont sujets aux punitions. Les garçons, quelle est la punition pour avoir menti ?
- Présenter les devoirs tous les soirs pendant une semaine et privé de sortie, énonça Scorpius.
- Où veux-tu en venir ? s'interloqua Harry.
- Si tu n'es pas prêt à faire d'exception pour ceux-là, alors la logique veut que je ne fasse pas d'exception non plus à ton égard.
- De quoi est-ce que tu parles ? se méfia le survivant.
- Je parle des trois jours durant lesquels ton alliance a mystérieusement disparu chez le bijoutier pour être « redorée » quand je l'ai retrouvé le lendemain, abandonnée dans la rainure du plan de travail en bas, commença le blond.
Le sorcier légendaire écarquilla les yeux, sentant la rougeur s'emparer de son visage.
- Et que tu as fait semblant de l'avoir remise en revenant du boulot deux jours après, termina l'héritier des Malfoy.
- Tu savais ça ?
- Je sais tout, parce que je mets mon nez partout, parce que je suis un Potter maintenant. Et toi tu me caches des choses comme un Malfoy.
- Ah ! Oui ? Et quelle punition m'est accordée pour avoir caché les choses comme un Malfoy ?
- Les garçons ? Quelle punition on donne à Pa' ?
- Ne plus pouvoir donner de punition, suggéra Scorpius.
Drago fronça les sourcils vers son chérubin blond, qui cligna des yeux.
- Pendant une semaine, rajouta-t-il.
- Tu peux bien réclamer ça, ça n'empêchera pas que Papa, lui, a toujours le droit de punition sur vous, s'amusa le survivant.
- Donc accordée, sourit le blond. Et j'en ajoute une de ma propre fabrication.
Harry perdit soudainement de sa superbe en voyant son homme le défier du regard, un sourire trop large pour être honnête sur les traits. Sans prononcer le moindre mot, il mima l'intitulé du châtiment de ses lèvres : « Ceinture ».
Le survivant déglutit et considéra les deux bonhommes qui attendaient avec impatience le délibéré de cet affrontement. Vaincu, il acquiesça en faisant la moue.
- La plage cet après-midi alors ? C'est bien, ça, la plage !
Les trois autres garçons éclatèrent de rire sous le regard bienveillant du Gryffondor. Même dans ses rêves les plus fous, il n'aurait pas pu imaginer meilleure issue que celle-ci. La naissance de Jo-Anne avait provoqué un déclic inespéré chez son homme qui s'était surpris à éprouver un désir impérieux d'enfant. La peur l'avait tenu jusqu'au bout, et même encore maintenant, elle le dévorait de l'intérieur parfois et l'amenait à ces terreurs ahurissantes où il se réincarnait meurtrier de son propre bonheur.
Pourtant, Drago tenait bon. L'amour qu'il portait à ces deux bonhommes ne connaissait aucune limite, pas même celle de sacrifier leur relation à eux pour leur faire plaisir. Tout simplement, parce que cette limite là n'existait pas dans leur couple. Harry était tout aussi heureux de partager ces moments en tête à tête avec le blond que de participer au divertissement de toute la tribu Potter ou Malfoy, dépendant de l'humeur du moment. Aujourd'hui, elle était indéfiniment « Malfoy », avec leurs regards pétillants d'arrogance et de fierté mal dissimulée. Peut-être que d'ici ce soir, elle redeviendrait « Potter » à l'occasion d'un événement sur la plage.
Mais cela n'avait aucune importance. Car l'alliance à son doigt ne décidait pas du nom à s'attribuer les uns les autres, elle décidait seulement de conserver éternellement ce lien si unique entre eux tous pour qu'ils puissent le chérir et en tester toutes les limites sans jamais le détruire.
Malgré l'amusement palpable dans l'air, Drago sembla décider de la marche à suivre pour le reste de la troupe : sa tête rejoignit de nouveau son oreiller moelleux et son étreinte paternelle se raffermit autour des deux bonhommes. Ceux-ci n'insistèrent pas davantage, contentés par la simple promesse d'un après-midi au soleil sur la poudre d'or là-dehors, et se posèrent à leurs tours contre le duvet. Harry se décala un peu du câlin et hésita un instant. Finalement, il fit, lui aussi, le tour du lit, et, enlevant ses chaussons, se laissa choir sur sa place initiale. Là, il emmêla ses bras contre les petits corps de ses deux têtes brûlées désobéissantes et ajouta, discrètement, ses jambes dans celles de l'héritier des Malfoy qui sourit doucement sous ses paupières fermées. Là, de ses pieds nus, il caressa doucement la peau découverte qu'il trouva. Sa tête se reposa sur l'oreiller.
À cet instant, personne d'autre sur terre ne devait être aussi comblé que chaque âme présente sur ce lit blanc baigné de douce chaleur et embrassé par un rai de lumière brillante. Car, chacun d'eux était entouré de tous les hommes de sa vie.
Et voici cet ajout qui ne sera peut-être pas l'unique pour cette fiction ! J'espère qu'il vous a plu car je ne sais pas trop quoi en penser moi-même ! Cela relève davantage de l'envie d'une tranche de vie avec ces personnages qui me manquent déjà plutôt que d'un chapitre supplémentaire !
Je précise que la référence aux devoirs est normale car, à mon sens, même si les enfants vont à Poudlard à partir de onze ans, il est logique qu'ils apprennent quelques bases auparavant (genre calcul, écriture, etc.) j'ai donc imaginé que Scorpius et Albus suivaient des cours à domicile =) Juste pour la logique du passage ;)
Quant à savoir comment ils les ont eu, je vous laisse choisir ce qui vous va le mieux ! XD
En espérant que tout cela vous ai plu ! La fiction suivante est déjà en pleine écriture ! Hâte de vous retrouver prochainement !
M.A.D.
