Les rires résonnaient dans la maison du chef Uzumaki. La lune maintenant bien haute dans le ciel éclairait de sa douce lumière les rues peu fréquentées du clan. Mito, princesse héritière passait une agréable soirée en compagnie de son père, Zenji et de sa mère, Tomoyo.
La jeune fille se savait chanceuse. En ces temps sombres, peu de gens pouvaient encore profiter de la présence de leurs deux parents. Derrière son sourire et ses manières, elle sentait la souffrance de son clan. Elle entendait les cris des enfants, les râles des mourants et la rage des vivants. Cette horrible situation durait depuis de très nombreuses années dorénavant. Plus le temps passait, plus les affrontements avec leurs ennemis de toujours, le clan Wasabi, gagnait en intensité. Le pire ? Plus personne ne savait l'origine exacte de ces combats sanglants. Certains mentionnaient une querelle ancestrale pour le pouvoir. Les Uzumaki avaient toujours régné sur le Pays des Tourbillons, au grand mécontentement des Wasabi…
Mito s'inquiétait. Demain à l'aube, Zenji rencontrerait enfin le leader adverse pour conclure à un accord entre eux. Trop de sang avait déjà coulé. L'héritière ne connaissait pas l'autre homme, mais s'il souhaitait protéger les siens, il devait signer ce traité.
La voix de de son paternel la sortit de ses pensées.
— Mito, ma chérie, à quoi penses-tu donc ?
— À rien, c'est juste que… promettez-moi d'être prudent demain.
Les légers bavardages de ses parents firent place au silence. Zenji s'approcha d'elle et prit ses mains entre les siennes sous le regard bienveillant de Tomoyo. Mito observa son père durant quelques secondes. Son visage arborait un air doux et protecteur, comme souvent lorsqu'il lui parlait. Elle remarqua l'apparition de petites rides aux coins de ses yeux et sur son front. Jamais sa vieillesse ne lui était apparue aussi clairement. Mito avait beau avoir dix-huit ans, elle se cachait derrière la même illusion qu'un enfant qui n'avait pas connu le chagrin. Pour la première fois, cette pensée sinistre et pourtant si commune en temps de guerre la traversa.
Ils ne sont pas immortels.
— Ne t'en fais pas, Mito, répondit enfin son père. À force de croiser le fer avec Banpei, j'ai appris le connaître. Il est certes tenace et borné, mais ce n'est pas un fou. Il sait que pour le salut de nos clans, il doit accepter notre accord.
— Et s'il refuse ? Et si tout cela n'est qu'un piège ? Que feras-tu dans ce cas ?
Tomoyo intervint alors. Ses cheveux aussi rouges que ceux de l'héritière relevés en un chignon sophistiqué, elle posa une main tendre sur le bras de son enfant.
— Ton père ne sera pas tout seul face au chef Wasabi. Une délégation d'Uzumaki l'accompagnera pour attester de la véracité du traité.
— Laissez-moi l'accompagner dans ce cas !
La jeune fille serra le poing. Depuis sa plus tendre enfance, on la préparait à prendre les rennes du clan. Elle connaissait l'histoire, la géographie, la politique… Sa mère lui avait même enseigné l'étiquette pour recevoir d'autres chefs de clan. On lui avait inculqué une certaine retenue également. Mais, à cet instant, Mito ne montrait plus rien de tout ça. Elle était juste une enfant qui refusait de perdre son père par une erreur de jugement.
— Mito… commença Tomoyo avant d'être interrompue par trois coups frappés à la porte d'entrée.
Zenji fronça les sourcils, et se releva pour aller ouvrir. Bizarre, je n'attends aucune visite ce soir pourtant, songea-t-il. Sa perplexité s'accentua quand il tomba nez-à-nez avec un des gardes du clan. Le pauvre homme semblait anxieux. Il s'agenouilla face au chef en signe de respect et commença à parler sans attendre.
— Zenji-sama, pardonnez-moi de vous déranger à une heure si tardive, mais nous venons de recevoir un message des Wasabi.
Il tendit un parchemin scellé à son supérieur. Ce dernier reconnut sans peine l'emblème de leurs ennemis : un cercle dans lequel s'épanouissait une rose munie d'épines. Zenji remercia le garde et le congédia avant de retourner auprès de sa famille, la mine grave.
— Que se passe-t-il ? interrogea Tomoyo.
— Je ne sais pas encore… mais j'ai un très mauvais pressentiment.
Le chef Uzumaki déplia alors le papier. Mito observa son père parcourir le contenu de la missive des yeux. Au vu des éclairs que les iris noirs lançaient, ce devait être de très mauvaises nouvelles. Les soupçons de la jeune fille se confirmèrent lorsque son paternel frappa du poing sur la table. Il se releva brutalement et commença à faire les cents pas dans la pièce.
— C'est inacceptable !
— Qu'y a-t-il ? Que dit la lettre ? s'enquit Mito, le cœur battant.
La jeune fille savait son père du genre… explosif, mais cette fois tout paraissait différent. Elle regarda sa mère tenter de le calmer pendant quelques instants. Tomoyo était la force tranquille de leur petite famille. Lorsqu'un conflit éclatait entre le père et la fille — et il y en avait eu un bon nombre —, elle se chargeait de leur ramener les pieds sur terre.
Enfin, Zenji reprit sa place à table. L'homme poussa un profond soupir et s'expliqua.
— Banpei est mort.
— Quoi ?! Mais… et l'accord ? s'exclama Mito.
— Son fils, Ayato, a déjà pris sa relève. Il prendra sa place à notre rencontre demain matin.
Mito ne comprenait. Pourquoi son paternel fulminait s'il pouvait tout de même signer le traité ? Elle s'apprêtait à poser des questions, mais sa mère la devança.
— Quel est le problème ?
Zenji croisa ses mains devant lui, un air sombre sur son faciès.
— Ayato n'est pas fait pour être chef. Lorsque je l'ai vu sur un champ de bataille, j'ai tout de suite compris que ce jeune homme ne pourra jamais diriger pour une seule raison : il fait toujours passer son intérêt personnel avant celui des siens. Il est capricieux, égoïste et puéril, et cette missive n'en est qu'une preuve supplémentaire.
Zenji poussa le parchemin au centre de la table afin que les deux femmes puissent en prendre connaissance.
— Ayato désire ajouter une condition à notre traité. Une condition qu'il refusera de céder.
Il planta son regard dans celui de Mito avec une intensité que la jeune fille ne lui avait jamais connue. Elle comprit qu'il s'agissait d'une clause la concernant quand Tomoyo poussa une exclamation de choc devant le contenu du papier.
— Il veut t'épouser, Mito.
Un silence lourd de sens s'abattit sur la petite famille. Les yeux ronds, l'héritière devint blême. L'indignation, la colère, le chagrin… Une tempête d'émotions rugissait dans ses veines sans qu'elle ne parvienne à articuler un seul mot.
Mito n'avait jamais sérieusement songé à se marier. Elle pensait avoir encore du temps devant elle au vu de la longévité exceptionnelle des Uzumaki. Bon sang ! Elle n'était même pas encore une seule fois tombée amoureuse ! Pourtant, la jeune fille comprenait. Si elle refusait ce mariage, tous les siens mourraient. Par sa faute.
La gorge serrée, le regard humide, mais la tête haute Mito se leva. Ses yeux passèrent de son père à sa mère et inversement. Elle ravala ses larmes puis prit la parole.
— Père, mère, commença-t-elle la voix tremblante, je ne veux pas épouser Ayato-san. Mais, si cela peut arrêter cette horrible guerre, alors… j'accomplirai le devoir qui m'incombe en tant qu'héritière du clan Uzumaki.
— Nous ne te laisserons pas aux mains des Wasabi, mon enfant, intervint doucement Tomoyo. Nous trouverons une solution…
— Ta mère a raison, Mito. Il est hors de question de se plier aux caprices de cet homme !
— Mais… Et la guerre ? Je comprends vos inquiétudes, mais si je dois me sacrifier pour le reste des nôtres, je le ferai !
Zenji secoua la tête et posa une main paternelle sur l'épaule de sa fille.
— Tu es une valeureuse guerrière, néanmoins ton mariage n'arrangera pas les conflits. Les hommes comme Ayato ne sont jamais satisfaits. Si nous cédons, il reviendra encore et encore en brandissant cette menace de guerre jusqu'à nous asservir complètement. Demain, je ferai comprendre à ce gamin prétentieux qu'on ne change pas les termes d'un traité d'un claquement de doigt !
Trois nouveaux coups retentirent à la porte d'entrée au moment même où le chef Uzumaki prononçait ces mots. Le père et la mère se regardèrent, méfiants et perplexes. Ils ouvrirent, et Zenji reconnut immédiatement le garde qui leur avait apporté le parchemin un peu plus tôt. S'il semblait anxieux auparavant, il dégageait maintenant une aura d'angoisse presque de… peur.
— Pardonnez-moi de vous déranger à nouveau, Tomoyo-sama, Zenji-sama. Un émissaire Wasabi vient d'arriver. Et il n'est pas seul.
À cet instant, le leader du clan vit rouge. Non seulement, cet enfant arrogant osait lui imposer une condition inacceptable, mais en plus ils envoyaient des ninjas se présenter à sa porte comme s'ils n'avaient rien à craindre !
— Très bien.
Seuls ces deux petits mots réussirent à franchir la mâchoire serrée de Zenji. Sans attendre, l'homme attrapa son katana et sortit dans le silence de la nuit, suivi par Tomoyo, qui tentait tant bien que mal de le calmer et Mito, qui ne comprenait pas encore ce qu'il se passait.
Le trio arriva à l'entrée du clan. Un homme âgé et habillé de vert et blanc se tenait là face à ses gardes. L'œil expert de l'Uzumaki remarqua également la présence de plusieurs shinobis avec des vêtements sombres autour de lui.
— Qu'est-ce que vous voulez ? aboya Zenji. Nous avons déjà reçu votre missive et notre rencontre est fixée à demain matin.
L'émissaire sourit, et plissa les yeux. Avec un tel faciès, Mito, légèrement en retrait par rapport à son paternel, ne put s'empêcher de le comparer à une fouine.
— Bonsoir à vous aussi, Uzumaki-sama. Mon nom est Sakae du clan Wasabi. Je viens vous parler au nom de notre chef Ayato-sama. Avez-vous lu le contenu de sa lettre ?
— Évidemment.
— Bien, dans ce cas, vous comprendrez sans peine la raison de ma venue. Ayato-sama souhaite une réponse immédiate concernant sa proposition de mariage envers Mito Uzumaki. Pour les préparatifs, vous comprenez.
Zenji fit appel à tout son sang-froid pour ne pas couvrir cet émissaire d'injures toutes plus fleuries les unes que les autres. Tomoyo aperçut l'état de son mari et décida de prendre la parole. Elle n'approuvait certainement pas les agissements de ce clan barbare, mais au contraire de son époux, elle pouvait garder son calme.
— Ayato-dono ne peut-il pas attendre demain matin ? interrogea-t-elle.
Sakae la regarda de haut en bas, un air dédaigneux sur le visage.
— Ayato-sama ne veut pas s'encombrer de futilités lors de votre future rencontre. C'est pourquoi il exige un retour immédiat.
Il marqua une pause.
— Et bien entendu toute absence de réponse sera considérée comme un refus et annulera tout accord présent ou futur entre les clans Wasabi et Uzumaki.
Un éclair de panique traversa Mito, dont le cœur battait déjà la chamade. Comment la survie de deux clans pouvait-elle reposer sur un stupide mariage ? Comment osaient-ils lui arracher sa liberté ? La jeune fille se sentait à la furieuse, angoissée et désespérée. Des chaînes invisibles entravaient ses mouvements et elle n'avait pas les moyens de les retirer.
Un soupir franchit ses lèvres. Elle savait ce qu'il lui restait à faire… L'héritière s'avança d'un pas, prête à accepter la proposition d'un homme qu'elle ne connaissait même pas.
C'est mon rôle. En tant que fille du chef, je dois tout faire pour préserver les miens.
— Je…
— Il en est hors de question. Ma fille n'épousera pas votre chef.
Mito sursauta. Le ton ferme et grave de son père n'appelait à aucune objection. Un silence s'installa suivi de quelques murmures parmi les ninjas des deux clans.
Main sur le katana, Zenji signifiait à leurs invités qu'il ne reviendra pas sur sa décision. Si Sakae se montrait en désaccord, il se ferait un plaisir de le découper en petites rondelles. Cependant, l'émissaire fronça simplement les sourcils sans montrer de signes d'agressivité. Au contraire même, il se recula et s'inclina avec respect.
— Très bien, Uzumaki-sama, je ferai part de votre décision à Ayato-sama.
Sans s'attarder plus longtemps, la délégation Wasabi disparut dans l'obscurité sous le regard de la petite famille, des gardes et des autres shinobis présents. Zenji sonda la nuit encore un instant avant de se retourner.
— Rentre à la maison, Mito.
— Père… souffla-t-elle, inquiète.
— Ne t'en fais pas, je n'en ai pas pour longtemps.
Il s'éloigna ensuite en compagnie de Tomoyo et de ninjas hauts-gradés. La jeune fille savait qu'ils partaient préparer un plan d'attaque. De nombreux nouveaux combats arrivaient, et Mito craignait cet avenir, ce futur qui s'annonçait si sombre et cruel…
Hello ! Oui, je sais ça faisait un bail que j'avais pas update... En tout cas j'espère que ce chapitre flashback vous aura plu ! Il se poursuivra sur le chapitre 35 (peut-être 36, mais ça m'étonnerait) puis nous retrouverons notre protagoniste préférée j'ai nommé Eirin !
Je tiens à préciser que je vais bientôt être en examen et que donc le chapitre mettra à nouveau un peu de temps, j'en suis vraiment désolée !
Lawkyrie pour vous servir.
