Disclaimer : Hormis mes OCs, les personnages et l'univers de TIGER&BUNNY appartiennent aux studios Sunrise.
Bêta-Lectrice : La fantastique Sayuri-Geisha
Chapitre XXXVI : Le piège
En cette journée du 10 janvier, Sternbild demeurait aussi animée. Les klaxons des véhicules résonnaient à plusieurs kilomètres, les conversations des habitants se glissaient dans les rues à l'instar d'une brise vagabonde et les écrans, fixés aux imposants bâtiments du centre ville, diffusaient de nouvelles publicités. Le ciel s'était drapé de son voile gris ce jour-là, et son astre doré se cachait derrière les nuages, signifiant qu'une averse ne tarderait pas à s'abattre sur la métropole.
Tasse de café à la main, Barnaby observait de sa fenêtre les environs, avant d'avaler une gorgée. Il enfouit ensuite une main dans sa poche, et porta son regard dans le vague lorsque son esprit se remit en mémoire le coup de fil qu'il avait reçu, il y a deux jours.
Bien sûr, il avait été surpris de son appel, surtout qu'il ne s'attendait pas à cette réaction ; Karina préférerait rester un peu plus longtemps chez ses parents. Elle qui, pourtant, pensait qu'elle les mettrait mal à l'aise ou leur ferait du mal par le biais d'une simple visite...
Les lèvres de Barnaby s'étirèrent, satisfait de constater qu'elle s'était trompée, et qu'elle prenait des initiatives de plus en plus positives pour son état moral. Oui, en ce moment, la Rose apprenait à se relever pour enjamber les nouvelles épreuves de son existence, et inconsciemment, cela procurait une agréable sensation de joie dans le cœur du Héros.
Une fois sa tasse vidée, l'homme jeta un œil à sa montre et soupira en voyant l'heure qu'elle affichait : dix-neuf heures trente. Hero TV ne l'avait toujours pas sollicité pour une mission, et aucune activité ne semblait le motiver aujourd'hui.
« La soirée risque d'être longue... », pensa-t-il.
Sans convictions, il se dirigea vers sa chambre dans le but d'y lire un de ses ouvrages préférés, néanmoins quand ses pas le menèrent devant l'ancienne chambre de Karina, il se stoppa d'instinct.
La pièce baignait dans l'obscurité à cause des volets clos, mais Barnaby pouvait distinguer la forme du lit et des meubles contre les murs. Dès lors, les souvenirs de son invitée se mêlèrent à la réalité, et dans le contour géométrique de la fenêtre se dessina la silhouette de Karina, fixant l'horizon d'un regard vide. Il conservait continuellement cette image d'elle en tête, à l'instar d'une photographie éternelle. Et à l'instant où l'ombre se tourna vers lui, un sourire au bord des lèvres, elle s'effaça dans la pénombre pour retrouver son statut de souvenir.
Non. A présent, elle ne logeait plus ici, et l'imaginer dans cette pièce s'apparentait à de la folie.
Oui. De la folie...
Un souffle s'évada de la bouche de Barnaby. Puis, dans un élan que lui-même ne put expliquer, il alluma la lumière avant de franchir le seuil de la porte pour observer la chambre plus en détails. Il la connaissait que trop bien et pourtant... il crut la redécouvrir. Ses doigts glissèrent sur le mur immaculé, avant d'entrer en contact avec les peintures qu'il avait offert à la jeune femme. Silencieux, il les fixa, et sentit la valse de la nostalgie l'entraîner avec elle dans sa danse macabre. Jamais il n'oublierait l'expression qui égayait le visage de Karina, ce jour là. Et jamais il ne pourrait ôter ces tableaux, car dorénavant, ils faisaient partis intégrante de la pièce en elle-même, et appartenaient surtout à l'ancienne héroïne.
« Qu'est-ce qui me prend tout à coup ? », se dit-il.
Heurté, il appuya sur l'interrupteur et referma brusquement la porte, les joues rosis par la honte.
C'était sans cesse la même chose depuis deux jours. D'abord, il s'apprêtait à faire une activité, puis tombait sur un objet ou une pièce qui lui rappelait Karina, et, enfin, se perdait dans ses souvenirs. Parfois, il lui arrivait d'adresser des mots à une chimère, persuadé que son invitée se trouvait encore à ses côtés, avant de se rappeler qu'il vivait seul maintenant.
« Seul » …
Il commençait à le détester, ce mot. Cet adjectif désagréable et malgré tout véridique. La solitude le connaissait bien, étant donné qu'il s'était terré dedans dans l'espoir de ne plus jamais s'attacher, et d'éviter ainsi toute forme de souffrance.
Kotetsu changea cependant la donne. Et au travers de son attitude irresponsable mais déterminée, Barnaby apprit à s'ouvrir et à tourner la page sur son passé. On lui avait accordé une rédemption, la chance de prendre un nouveau départ, toutefois, vivre seul commençait à lui peser tant sa vie sociale en était infectée. Son travail lui prenait beaucoup trop de temps, il gardait un certain écart avec ses collègues, et Kotetsu travaillait à la second league, avec des horaires décalés...
Il devait l'admettre : pour lui, les jours passés en compagnie de Karina avaient agi comme un baume. Bien sûr, ce n'était pas forcément de tout repos, mais il appréciait sa compagnie en plus des dialogues qu'ils s'échangèrent ces derniers jours.
A cette réflexion, le Next secoua la tête et laissa échapper un sifflement agacé entre ses dents. Comment en était-il arrivé là, au juste ? Frustré, il mit son manteau et décida qu'un peu d'air frais ne lui ferait pas de mal.
Bien calé au sommet d'un arbre immense, Ascelin fixait la demeure du Héros et attendait patiemment qu'il la quitte.
A force de l'observer, il connaissait les habitudes de son sujet, et savait que tôt ou tard, il partirait se promener. En effet, s'il existait bien une chose que le membre d'Ouroboros avait compris, par le biais de sa mission, c'est que Barnaby Brooks Jr. restait un homme apeuré par l'ennui et la solitude, et que quitte à choisir, il préférait sortir plutôt que rester cloîtrer chez lui à ne rien faire.
Craignait-il les fantômes du passé ? Cherchait-il à fuir des sentiments en plein éveil ? Ou essayait-il d'oublier tous les instants passés avec l'ancienne Next ? La dernière question fit écho dans l'esprit d'Ascelin, et un petit rictus moqueur s'esquissa sur son visage. Il le savait, c'était l'évidence même, ce pitoyable Héros ne parviendrait pas à chasser de son esprit les agréables moments passés en compagnie de Karina Lyle.
Et Ascelin allait en jouer. Oh que oui. Il se délecterait de ces émotions encore insouciantes, et les manipulerait à sa guise avant de les broyer, les déchirer, les écraser, les souiller, les abattre... Puis il observerait son chef d'œuvre, son acte de barbarie, et ressentirait un profond mépris à l'égard de ces sentiments à la fois inconscients et si purs. Alors, il reprendrait son petit jeu malsain, avec plus de férocité et d'acharnement. Jusqu'à ce que l'espoir ne soit plus qu'utopie. Jusqu'à ce que ces deux imbéciles ne comprennent plus le sens de leur existence.
Ah, quelle douce euphorie que d'imaginer deux personnalités entre ses griffes et de réduire leurs espérances à néant. Rien que d'y penser, Ascelin pouvait sentir un frisson taquin lui piquer la peau, et l'impatience commença à se jouer de lui tant ses idées tournoyèrent dans son esprit, comme prêtes à bondirent à tout instant.
Cependant, il refusa d'écouter ses pulsions lugubres. Aiden avait bien été clair sur ce point, il devait le prévenir dès que Barnaby partait en ville. Rien de plus.
Ou du moins, pour le moment.
Il suffisait d'attendre. Juste attendre.
Sa patience fut finalement récompensée au bout de plusieurs minutes. Le Héros quitta sa demeure, prit soin de bien refermer la porte derrière lui et emprunta un chemin au hasard. Dès lors, Ascelin ne le quitta pas du regard et attrapa d'un mouvement rapide son portable pour composer le numéro de son supérieur.
- Aiden, il est sorti... annonça-t-il, d'une voix presque inaudible. Il se dirige vers les quartiers commerçants.
- Très bien, merci. Tu sais ce qu'il te reste à faire maintenant, prononça calmement Aiden.
- Oui. Bonne chance à vous !
- De même.
Sur cette formule finale, Ascelin laissa son aîné raccrocher le premier, par habitude, et descendit discrètement de sa cachette pour se rendre chez sa prochaine victime : Karina Lyle.
A cet instant, ses pensées macabres reprirent le dessus, et un sourire perfide se dessina au coin de ses lèvres.
Dieu qu'il avait hâte de mettre son plan à exécution.
Une fois dehors, un vent glacial frappa Barnaby au visage, et l'obscurité apparente de la nuit lui voila la vue. Heureusement, très vite, les lumières des bâtiments lui permirent d'avancer sans encombre, comme si un chemin stellaire guidait ses pas dans cette constellation terrestre qu'était Sternbild. Un peu de buée s'échappa de ses lèvres et il porta les mains dans les poches de son manteau, perdu dans ses pensées.
Pourquoi diable pensait-il à Karina ? Il avait beau ressasser encore et toujours la même question, la réponse demeurait inexistante, et cela le frustrait terriblement. Il se mordit la lèvre, fronça les sourcils, et déambula sans vraiment savoir où se rendre. Il traversa un parc quelconque, arriva aux quartiers commerçants, continua en direction du centre ville, et s'arrêta en constatant que sa longue promenade l'avait conduit à un quartier résidentiel qu'il ne connaissait que de nom.
Barnaby balaya rapidement l'endroit du regard, et décida de faire marche arrière lorsqu'il constata que rester ici ne mènerait à rien. Cependant, alors qu'il s'apprêta à faire demi-tour, un bruit violent retentit un peu plus loin, et le fit sursauter. Perplexe et peu rassuré, le Héros fronça les sourcils en remarquant un nuage de fumée s'élever dans les airs un peu plus loin.
- Qu'est-ce que... ?, murmura-t-il, avant d'accourir vers la brume noire.
Des cris apeurés résonnèrent dans le quartier, et les habitants s'enfuirent de leur demeure pour voir de plus près ce qui se passait. Barnaby se fraya difficilement un chemin parmi la foule affolée avant de se heurter violemment contre un homme. Ce dernier émit un gémissement de douleur et posa son regard sur le Next.
- V-Vous ?, bégaya-t-il. Vous êtes bien Barnaby Brooks Jr. ?!
- Oui, confirma celui-ci. Que se passe-t-il ?!
- Je... je n'ai pas trop compris. Il y a eu un gros « boum », et quand j'ai regardé par ma fenêtre, la maison voisine prenait feu !
Barnaby écarquilla les yeux à cette révélation. Il voulut lui conseiller de prévenir les pompiers, mais son bracelet émit au même instant des vibrations et des petits bruits, stoppant son initiative.
Hero TV réclamait ses services. Peut-être pour cet incendie ?
- Bonjour les Héros, prononça la voix d'Agnes à travers le bijou technologique. Un incendie a éclaté non loin du centre ville, dans un quartier résidentiel. Les pompiers ne devraient pas tarder, mais allez-y quand même. Nous ne savons pas s'il y a des blessés !
Peu après, la productrice indiqua l'adresse de l'endroit en question, ce qui renforça les soupçons de Barnaby : il s'agissait bel et bien du lieu dans lequel il se trouvait. Dès lors, il poussa les gens qui lui barraient la route, et s'empressa de rejoindre la maison enveloppée par les flammes.
Des cris et des sanglots se mêlèrent au crépitement du feu majestueux. En tournant la tête, Barnaby remarqua l'auteur de ces hurlements de détresse : il s'agissait d'une femme aux longs cheveux noirs, coiffés en une grande tresse qui lui descendait jusqu'au bassin. Dans ses iris noisettes se reflétaient la rage et le chagrin, et bien qu'elle tentait d'entrer à nouveau dans sa demeure, deux hommes lui maintenaient les bras pour l'en empêcher.
- Mes enfants ! Mes enfants sont à l'intérieur !, hurla-t-elle en se débattant avec violence.
- C'est de la folie ! Vous allez vous tuer !, s'exclama le premier homme.
- Gardez votre sang froid ! Les secours ne vont pas tarder !, rajouta le second.
- Il sera trop tard ! Ils vont mourir si personne ne fait rien ! Je vous en supplie, lâchez-moi ! LACHEZ-MOI !
Les larmes salées de la tristesse roulèrent sur son visage rougi, et au moment où elle ne parvint plus à étouffer ses sanglots, une ombre se dessina devant elle, l'invitant à relever la tête.
Face à elle, silencieux, Barnaby la fixait d'un regard imperturbable. Les flammes orangées illuminaient sa silhouette droite et assurée, formant alors dans son dos des ailes de feu qui lui conféraient l'allure d'un ange déchu.
- Restez ici, prononça-t-il calmement. Je m'en occupe.
Et sans laisser le temps à la mère de répondre, le Héros pénétra dans la maison incendiée.
Des copeaux de bois s'écrasèrent au sol, et la chaleur étouffante des lieux lui fit amèrement regretter l'absence de son armure. En y réfléchissant, Barnaby s'en voulait d'avoir agi sous le coup de l'impulsion, sans prendre le temps de demander plus d'informations.
Combien d'enfants se trouvaient prisonniers des flammes ? Où leur mère les avait-elle vus pour la dernière fois ? Et leur âge ? La honte s'empara de lui à ces réflexions. Pourquoi n'avait-il pas pensé à poser ces questions ? Quelle folie !
Cependant, l'heure n'était pas aux remords, et il devait à présent user de minutie et de rapidité pour retrouver les enfants.
Attentif au moindre bruit suspect, il observa les environs et se fraya mentalement un chemin parmi les meubles et les murs tapissés de braise. Les photos représentant des bambins souriants ou endormis fondirent sous la chaleur sournoise de l'incendie, avant de se transformer en décombres. La fumée agressa les poumons de Barnaby et le força à enrouler son écharpe sur son nez et sa bouche. Le temps lui était compté.
- Au secours !, hurla tout à coup une voix lointaine.
Le cri de détresse semblait provenir de l'étage, obligeant Barnaby à s'y rendre au plus vite. Ainsi, il enjamba les marches, émit un gémissement de douleur lorsqu'une flamme effleura sa jambe, et ouvrit la première porte qu'il trouva.
Personne. Juste le feu qui ne cessait d'engloutir les environs.
- Aidez moi..., implora la faible voix de tout à l'heure.
Derrière lui.
L'homme en était persuadé. L'élocution venait de la pièce derrière lui.
D'un mouvement vif, il se retourna et tira rapidement la poignée brûlante de la porte, puis écarquilla les yeux devant l'image qui s'offrit à lui.
Dans cette chambre de petite fille, dont les peluches et les poupées ne ressemblaient plus qu'à des carcasses sans formes, une enfant d'environ six ans peinait à bouger, coincée sous les débris du plafond qui s'était effondré sous le poids des flammes. Sa longue chevelure ébène s'étalait sur le sol à l'instar d'une immense tâche d'encre, et ses yeux d'un bleu céruléen peinaient à distinguer l'ombre qui se dressait devant elle. Elle voulut demander une nouvelle fois de l'aide, mais seuls de violents toussotements s'échappèrent de ses lèvres.
- Tiens bon !, s'écria Barnaby.
Le Héros reprit son souffle et examina la situation avant de constater que sans son pouvoir, libérer la fillette se révélerait beaucoup trop ardue. Alors, sans réfléchir, il l'enclencha et se débarrassa des décombres qui la retenait prisonnière.
- C'est terminé !, la rassura-t-il en la prenant dans ses bras.
- M-merci..., toussa l'enfant, affaibli.
- Ta maman t'attend dehors. Je vais te ramener à elle, mais avant, j'aimerais savoir si tu as des frères ou sœurs ?
A l'entente de la question, les iris de l'enfant s'écarquillèrent et fixèrent avec anxiété ceux de son sauveur, comme si un élément important lui revint en mémoire. Bien que la fatigue et la chaleur lui montassent douloureusement à la tête, elle lutta de toutes ses forces pour ne pas tomber dans le gouffre de l'inconscience.
- Mon petit frère... !, Maman l'avait couché !, s'alarma-t-elle.
- Où se trouve sa chambre ?, demanda Barnaby, en essayant de conserver son calme.
- C'est la porte juste à côté !
Après avoir acquiescé d'un signe de tête, le Héros conseilla à la fillette de bien s'accrocher. En effet, il disposait de pas mal de temps avant que son pouvoir ne s'estompe. Il pouvait ainsi se déplacer plus vite et secourir la seconde victime, et avec un peu de chance, son don lui permettrait même de quitter la maison avec plus de facilité.
L'enfant enroula ses petits bras chétifs autour du cou de son sauveur quand celui-ci se hâta vers la porte voisine. Il la défonça d'un violent coup de pied, toussa un peu au moment où un nuage de fumée s'écrasa sur son visage, et pénétra dans une pièce qui devait normalement être une chambre de bébé.
Les braises avalaient goulûment le festin qui s'offrait à elles, grandissant à vue d'œil. La chaleur procurait au Next une migraine atroce, et parfois, les flammes parvenaient à toucher avec malice son bras ou sa jambe. Néanmoins, et ce malgré les vertiges qui commençaient à se jouer de lui, il ne se laissait pas impressionner par l'étendue du danger.
Il jeta un œil à la pièce, inquiet pour le bambin, puis soupira en l'apercevant, calé au fond de son lit... inconscient. A en juger sa taille, il n'était pas âgé de plus d'un an.
- Aaron !, s'époumona la grande sœur.
Barnaby l'attrapa pour le blottir fermement contre lui et quitta en vitesse la chambre. Aussitôt après, le plafond de la pièce s'effondra et bloqua l'entrée, empêchant quiconque d'entrer ou de sortir. A quelques secondes près, le trio se serait retrouvé piégé dans les flammes. Il fallait se dépêcher.
La sueur coulait sur le front du Héros, roulait ensuite dans ses yeux, les lui brûlant, et il sentait ses vêtements lui coller à la peau. Toutefois, avec un enfant à chaque bras, il ne pouvait se permettre d'abandonner si près du but, surtout en sentant le cœur du plus jeune tambouriner contre sa poitrine, comme si dans cet état comateux, le petit organe cherchait à prouver sa vivacité, son désir de vivre, de se battre.
Alors, sans plus tarder, l'homme accourut vers les escaliers pour les enjamber aussi vite que possible. Seulement, les marches s'écrasèrent sous son poids, le faisant tomber au sol et arrachant un hurlement à la fillette qui resserra son étreinte.
La danse du feu, plus ardent que jamais, lui troubla la vue, et il peina à retrouver la porte d'entrée. Son souffle se saccada, tandis qu'une atroce douleur au crâne perturba sa concentration, prête à lui faire perdre connaissance.
« Je ne dois pas renoncer ! », pensa-t-il. Il prit donc un chemin aléatoire qui le conduit vers un couloir familier.
Au fil de ses pas, une impression rassurante le poussa à poursuivre sa route, à l'instar d'une divinité menant son fidèle aux portes de la liberté. Et lorsqu'il arriva au centre d'une grande pièce dégarnie de ses couleurs, un vent frais caressa ses joues et celles des bambins, les encourageant à continuer leur avancée.
- La sortie…, souffla le Héros.
La brise extérieure s'infiltra dans ses cheveux pour lui procurer une agréable sensation de délivrance. Grâce à elle, Barnaby put s'orienter et retrouver facilement la sortie.
C'était terminé.
- Pitié… faites qu'il les sauve…
Anéantie et apeurée, la mère des enfants adressait, pour la première fois de sa vie, une prière à Dieu dans l'espoir que celui-ci fasse preuve de bonté et exauce son vœu. Les sirènes du SAMU et des pompiers résonnaient dans les airs et annoncèrent leur arrivée. Au moment où ils s'apprêtèrent à passer à l'action, l'ombre de Barnaby Brooks Jr. se dessina à l'horizon.
La femme releva la tête, écarquilla les yeux en reconnaissant la silhouette du Héros, et sentit des larmes de joie couler sur ses joues : ses prières avaient été entendues.
Le sourire au coin des lèvres, elle rejoignit ses protégés, et plaqua brusquement les mains sur sa bouche lorsque ses yeux se posèrent sur le corps inanimé du petit dernier.
- Il est vivant, la rassura Barnaby. La meilleure des choses à faire maintenant, est de laisser les infirmiers s'occuper d'eux.
- O-Oui. Vous… vous avez raison…, bredouilla la mère, chamboulée. Merci… Merci pour tout… !
Sur ces mots, elle prit ses enfants et profita de cet instant pour les serrer tendrement contre son cœur. Après une longue étreinte maternelle, les médecins se chargèrent de s'occuper d'eux et de les amener à l'hôpital.
Nostalgique, Barnaby contempla la scène sans un mot, puis poussa un long soupir de soulagement au moment où l'ambulance démarra pour disparaître au loin. Malgré la migraine qui perturbait ses pensées et les toussotements qui se manifestaient de temps à autre, il se sentait plutôt bien, apaisé par la tournure des événements. Et dans un souffle que lui seul perçut, un sourire en coin se dessina sur ses lèvres.
Soudain, des voix enjouées l'expulsèrent de ses pensées et le poussa à se remémorer l'appel d'Agnes survenu auparavant. Les caméras d'Hero TV, présentes depuis son retour, se figèrent sur lui dès l'instant où il avait quitté la maison enflammée pour montrer au monde ses nobles actions.
- Monsieur Brooks Jr. ! Vous avez assuré lors de ce sauvetage !, s'extasia le présentateur, en faisant signe à une caméra de filmer le visage du concerné. N'avez-vous pas eu trop peur sans votre armure ?
- Je n'y ai pas vraiment pensé, répondit le Next.
Il écouta d'une oreille distraite les commentaires de l'animateur, espérant que cet entretien futile se termine au plus vite. Et tandis que des compliments à son égard s'évadèrent des lèvres du présentateur, Barnaby crut apercevoir une forme familière un peu plus loin, appuyée contre un mur.
Intrigué, il ignora les questions qu'on lui adressa et se focalisa sur l'ombre lointaine, avant de la reconnaître.
« Kotetsu… ? », se dit-il.
Comme si le concerné avait sondé l'esprit de son ancien partenaire, il lui adressa un signe de main en guise de salut et agrémenta son action d'un sourire en coin, pour ensuite disparaître dans une petite ruelle.
Comprenant le double sens de ce geste, Barnaby mit fin à son entretien imprévu avec Hero TV, et quitta les environs sans laisser le temps aux employés de riposter.
Il emprunta le même petit chemin que le vétéran, observa les alentours et se stoppa net en le voyant à quelques mètres de lui.
- Tu souhaitais me dire quelque chose ?, demanda le blond, en portant une main à sa hanche.
Le Tigre ne répondit que par un sourire. Un sourire qui procura à Barnaby une agréable sensation d'apaisement. L'air de rien, retrouver son ami lui faisait du bien, et les chaînes de la solitude, qui commençaient à le comprimer, relâchèrent doucement leur emprise.
Le vétéran savait se montrer au bon moment.
- En fait, je me promenais dans le coin et j'ai appris pour l'incendie… Quand je suis arrivé, tu avais déjà fait tout le travail, expliqua Kotetsu, d'une voix embarrassée.
Le jeune homme observa son ainé en silence, sans vraiment savoir si ce qu'il lui adressait était ou non un reproche.
- Tu n'avais même pas ton armure sur toi, en plus ?, reprit Wild Tiger.
- Non. J'aurais perdu du temps en allant la récupérer, se contenta de dire Barnaby.
Un rire discret s'échappa des lèvres de Kotetsu, et sous l'expression surprise de son ami, il jugea meilleure de lui en expliquer la cause :
- Excuse-moi, Barnaby. C'est juste que c'est rare de te voir agir sous le coup de l'impulsivité. Toi qui es si méticuleux et stratégique.
- Ce n'était pas de l'impulsivité. Je ne suis pas « toi », grogna le concerné.
Kotetsu fronça les sourcils à l'entente de cette pique et s'apprêta à répliquer, mais au moment où il ouvrit la bouche, son ancien partenaire le coupa :
- « Ce n'est pas le costume qui fait le Héros. Un Héros ne doit pas être dépendant de son armure. En toutes circonstances, un Heros doit savoir s'adapter ! », récita Barnaby d'une voix nasillarde, à la limite caricaturale. Ce n'est pas ce que tu disais, avant ?
Tandis que le Tigre fixait son interlocuteur avec stupéfaction, un petit sourire taquin se dessina sur les lèvres de ce dernier.
- Bon d'accord. Tu m'as eu ! Enfin, je suppose que ton pouvoir t'a bien aidé, non ?
Le jeune homme plissa les yeux à l'entente de cette question étrange de la part de son aîné. En effet, la façon dont il l'avait prononcé lui parut brusque, voire forcée. Kotetsu comprit son erreur lorsqu'il aperçut une pointe de déception dans les émeraudes de son ami. Si bien que le malaise s'empara de lui.
- Enfin qu'importe !, s'emporta Wild Tiger. Et si on allait se promener un peu ? Ça fait longtemps.
Barnaby observa un instant son ancien collègue, et soupira. Décidément, il pouvait se montrer toujours aussi maladroit dans ses propos. Des souvenirs remontèrent dans l'esprit du Héros du soir, et ses lèvres s étirèrent légèrement. A quoi bon lui reprocher, et faire durer le malaise, il se doutait bien au fond que Kotetsu n'avait pas dit cela avec méchanceté. De plus, il comprenait facilement le sens caché de sa proposition ; sans nul doute le Tigre espérait se rattraper en changeant de conversation. Et puis, il fallait reconnaître qu'ils ne s'étaient pas promenés ensemble depuis longtemps. Cela lui permettrait donc de se changer les idées de rester un peu avec lui.
Il releva alors la tête et acquiesça d'un simple hochement.
- Très bien, allons-y.
Le visage de Kotetsu s'égaya à l'entente de l'approbation, et ils quittèrent ensemble les ruelles pour se diriger ailleurs.
Alors que leurs pas se mêlèrent au bruit ambiant de la ville pour former une symphonie rythmée, un grondement retentit dans le ciel, annonçant l'arrivée imminente de l'averse. Toutefois, le vétéran continua sa marche et invita Barnaby à le suivre.
Ils empruntèrent plusieurs rues, tournèrent au hasard à des endroits qui les conduisirent à des résidences, dévalèrent des pentes et en montèrent d'autres. Dans leur marche intrépide, Kotetsu racontait que sa vie demeurait la même, tandis que Barnaby se cachait derrière un masque souriant. Ces discussion banales se mélangèrent au vent, et se laissèrent emporter par ce dernier pour s'effacer à jamais dans les méandres des souvenirs futiles. Soudain, une goutte s'éclata sur la chevelure blonde du jeune homme et lorsqu'il releva la tête pour contempler le ciel nuageux, des trombes d'eau glacées s'abattirent sur son visage.
- Génial…, soupira-t-il.
- Allez, c'est pas la mort Barnaby !, rétorqua Kotetsu. Viens, je sais qu'il y a un abri pas loin !
Sans laisser le temps à son cadet de répondre, le Tigre se dirigea vers une petite allée et s'y enfonça, suivi d'un Barnaby dubitatif. Ce dernier ne savait pas vraiment pourquoi, mais une drôle d'impression assaillait ses pensées tant il n'arrivait plus à cerner les intentions de son aîné.
Pourquoi cette crainte soudaine ? Pourquoi ce sentiment embarrassant ? Sa solitude lui jouait-il des tours au point de lui faire voir des mirages s'apparentant à de la paranoïa ? Sottises. Balivernes ! Il ne pouvait pas toucher aussi misérablement le fond, tout de même !
Un éclair fendit le ciel en deux lorsque le duo arriva dans une ruelle déserte et obscure, dissimulée à l'abri des regards. Les yeux dorés de Wild Tiger glissa sur les alentours, à la recherche de quelque chose. Seulement, ses pas le menèrent à un cul-de-sac.
- Ça alors… J'aurai pourtant juré qu'il n'y avait pas d'impasses ici, râla-t-il. Excuse-moi Barnaby, je te fais perdre du temps.
Le blond fixa le brun sans lui répondre. Quelque chose clochait. C'était indéniable.
- Barnaby ? Ça va ?, s'inquiéta Kotetsu.
Le poing de l'interpellé serra une prise invisible. Il plongea ensuite ses pupilles émeraudes dans celles de Kotetsu, et lui adressa une expression plutôt froide.
- T'as fini oui… ? Qui es-tu à la fin ?, siffla-t-il.
- H-Hein ? T'es tombé sur la tête ou quoi ? C'est moi, Kotetsu !
- Vraiment ?, murmura Barnaby en étouffant un rire moqueur. Je ne suis pas dupe : jamais Kotetsu ne serait du genre à s'excuser comme tu l'as fait. Qui plus est, il a cette agaçante manie de m'affubler d'un surnom insupportable, et à aucun moment je ne l'ai entendu de ta bouche.
Un coup de tonnerre ponctua les paroles de Barnaby, illuminant de sa puissante lumière le visage du Tigre qui arborait une expression que son ami ne lui connaissait guère. ses yeux, à la fois impassibles et cruels, lui conféraient l'allure d'un Némésis face à sa proie, prêt à passer à l'action. Seulement, le jeune homme refusa de se laisser impressionner.
Les gouttes éphémères de la pluie s'écrasèrent plus violemment sur les deux protagonistes qui se fixèrent en chien de faïence, attendant que l'autre réagisse. Ils restèrent longtemps dans cette position, silencieux, avec l'averse pour seule compagnie.
Finalement, un petit rire énigmatique s'échappa des lèvres du vétéran.
- Je ne pensais pas que vous comprendriez aussi vite, Barnaby Brooks Jr., ricana-t-il, en plaquant en arrière ses cheveux trempés.
- … Je te repose la question : qui es-tu ?
L'usurpateur n'offrit aucune réponse. Toutefois, Barnaby en trouva une assez rapidement : cet homme était sûrement un Next capable de prendre l'apparence de quelqu'un d'autre, à l'instar d'Origami Cyclone. De ce fait, il s'était caché derrière le masque de son ancien partenaire pour le conduire dans cette impasse.
La foudre fit résonner une énième fois son cri majestueux, éclairant un bref instant la ruelle dans laquelle se trouvaient les deux Next. Et grâce à la lueur passagère de l'orage, Barnaby put déceler trois ombres se dessiner dans son dos, annonçant l'arrivée imminente d'autres hommes. Leur marche lugubre résonnait un ton macabre, et il pouvait sentir leur sourire narquois dans son dos.
Désormais, l'heure n'était plus aux réflexions, il devait agir au plus vite au risque d'atteindre le point de non retour. Nerveux, il se mordit la lèvre et entreprit d'enclencher son pouvoir pour en venir à bout. Seulement la réalité le rattrapa d'emblée quand il se souvint qu'il s'en était servi quelques minutes auparavant. Impossible donc de s'en resservir dans l'immédiat.
- Un problème ?, sourit le faux Kotetsu.
Barnaby ne rétorqua pas, préférant faire face aux hommes qu'il savait derrière lui. Hélas, ses ravisseurs s'avérèrent plus rapides, et l'un d'eux le frappa si violemment au visage que ses lunettes tombèrent et se brisèrent sur le sol. Le blessé s'apprêta à se défendre en donnant un coup de pied dans l'abdomen du second bourreau, mais sans ses lunettes, il ne parvint pas à analyser convenablement la situation. Alors, il misa tous ses espoirs sur son ouïe, ce qui lui permit d'éviter un second coup à la figure. Néanmoins, il sentit quelqu'un lui faire une balayette pour ensuite le plaquer violemment au sol. Aussitôt, ils l'immobilisèrent en lui tenant les bras et les jambes.
« Merde… ! », s'énerva-t-il, frustré et surtout humilié.
Tout en se débattant de l'emprise de ses tortionnaires, il chercha à les dévisager, malheureusement, sa vision troublée par le stress, la fatigue et la colère l'empêcha de mener à bien son projet.
A côté, il entendit parfaitement leurs rires mesquin et leurs phrases dégradantes.
- Pathétique. Regardez le se débattre en vain, railla le clone de Kotetsu. C'est donc ça le Héros que tout le monde adule ? Au final, il ne vaut pas grand chose ce petit Brooks Jr.
- Il en serait presque mignon !, rit l'un des bourreaux.
- C'est qu'il tient bon en plus !, rajouta un autre.
- Ouais, raison de plus pour en finir !, termina le dernier.
C'était douloureux, déshonorant, frustrant… Et malgré ses multiples tentatives à se défaire de leur emprise, Barnaby ne réussit qu'à se fatiguer plus qu'il ne l'était déjà.
Et tout à coup, un morceau de tissu se posa brusquement sous son nez pour envelopper ses sens dans un parfum chimique qui lui piqua le nez. Si bien qu'il sentit ses paupières s'alourdirent pour le jeter de force dans les bras de Morphée.
Bien qu'il tentât de retirer le mouchoir de son visage, l'épuisement se fit plus fort et eut raison de lui.
« N-Non… », pensa-t-il, incapable de parler.
Enfin, tout devint blanc.
Note de l'auteur : Chers lecteurs ! Tout d'abord : BONJOUR ! xD Je suis désolée si je n'ai pas laissé de petit mot de pré-lecture mais je n'avais rien à dire, et je préférais parler de ce chapitre à la fin pour éviter tout risque de spoil. Du coup, et comme d'habitude, j'espère que ça vous a plu et que vous ne m'en voudrez pas trop de terminer le chapitre de cette façon. On s'approche de la fin si je puis dire, mais pas vraiment non plus... Enfin, vous verrez bien ! ;)
J'ai beaucoup aimé rédiger l'entretien entre le faux Kotetsu et Barnaby, je savais déjà comment il allait comprendre le pot aux roses xD Mais j'avoue avoir eu un peu plus de mal pour la scène dans la maison incendiée, j'espère que ça ne s'est pas trop fait ressentir ^^"
Merci d'être toujours là en tout cas ! Je vous donne rendez-vous le 13 Février pour le chapitre 37 :)
