Chapitre 35, Second Arc

We Cannot Sing a Sweet Song

Pour Ichigo, de nouvelles dures semaines d'entraînement s'écoulèrent au fond du sous-sol tandis que Shinji se remettait, à l'étage, mangeant goulument sa part et ne venant jamais prendre un seul repas avec eux. Umbre n'avait reçu aucune nouvelle de son informateur, ou alors n'en parlerait plus à Ichigo. Urahara était plongé dans ses recherches, sortait à peine pour manger, et c'était bien souvent Rim, ou Yoruichi qui se chargeaient de lui faire un plateau et de le lui apporter directement dans son laboratoire. Shinji avait récupéré sa chambre et s'y reposait la majeure partie du temps, encore convalescent; sa partie Hollow ne possédait pas ce curieux et pourtant pratique pouvoir de régénération et il refusait que Kisuke lui injectât une once du sérum qu'il avait conçu à partir de cette formidable capacité totalement Hollow.

Ichigo ne se souciait guère de ce dernier. Ils ne se croisaient pas, ou trop peu pour que ni lui, ni Grimmjow n'aient à discuter avec le Vizard. Et vu leur récent changement de relation, ils avaient honnêtement mieux à faire que de se prendre la tête avec un crétin aux idées préconçues qui n'étaient pas les siennes, mais celles d'un monde mené par le même vieux dingue depuis des milliers d'années. Il se sentait mû par une nouvelle force, comme si soudain tout ce pourquoi son monde s'était écroulé prenait forme sous ses yeux. Il y avait une raison, une putain de raison pour laquelle il avait fini enfermé pendant quarante ans, et pour laquelle il se relevait maintenant face à l'autorité, quelle qu'elle soit, quelles que fussent ses raisons jadis pour le détruire, pour mettre un terme à toute cette merde qui a bousillé sa vie de bout en bout.

« Hé oh, demi-tour, lui lança Yoruichi alors qu'il faisait trois pas dans le couloir, vers le salon, une fois sorti de la salle de bain.

Grognant, il s'exécuta et recula de quelques pas jusqu'à sa chambre.

- Va te pieuter, t'as une tête de zombie », ajouta-t-elle en rigolant franchement.

De mauvaise grâce, Ichigo se plia à sa demande, dormant pour la première fois depuis une semaine d'entraînement dans un vrai lit. Grimmjow dormait déjà, sa respiration profonde et régulière attestant d'un sommeil réparateur qu'Ichigo lui enviât, car il se savait incapable de dormir aussi tranquillement avec l'excitation qui lui rongeait les entrailles.

Assez,assez d'attente,de jeu et de tueries inutiles, hurlaient ses instincts dans sa tête, lorsqu'un seul geste peut tout faire cesser ! Il suffit juste d'entrer, de s'infiltrer dans la brèche et la révolution prendra, s'étendra d'un Shinigami à un autre, d'un Hollow à un autre comme le feu incendie à toute allure les brindilles sèches d'une forêt en été !

Et son esprit lui renvoyait des images issues de loin : comment, sorti de sa prison pour amuser les monstres qu'étaient ses geôliers, il avait tué Neliel; comment, ensuite, enfin libre de toutes les chaînes qui entravaient ses membres, il avait pourchassé les enfants d'Ishida jusqu'à ce qu'il trouve Inoue et les tue, tous, par vengeance, par colère, pour toute l'injustice et parce qu'il ne méritait sûrement pas un sort si cruel; et enfin, comment Soi Fon n'avait pas hésité à faire feu sur eux, le blessant, tuant Lisa, brûlant la ville sans souci alors que certains de ses propres soldats étaient encore coincés dans sa ligne de mire lorsqu'elle avait tiré.

C'était peut-être dans sa nature, maintenant qu'il était en partie Hollow et qu'il n'était plus dans le déni, de ne pas rejeter cette boule d'instincts primaires qui lui susurraient à l'oreille que pour tout ceux qui se mettraient en travers de sa route, la mort serait longue et pénible, ou courte et rapide, ou peu importait du moment qu'ils trépassaient sous sa lame, vite. Peut-être était-il un peu fou, un peu malade, trop malsain. Ce monde l'avait rejeté, détruit, explosé en milliers de petits morceaux qu'il avait réussi à recoller dans le bon ordre pour se découvrir dément, englué dans cette extravagante bataille qu'il menait contre le monde avec toute la force d'un aliéné se jetant contre les parois capitonnées de sa cellule. Il monterait, encore et encore, jusqu'à cette apogée que constituait la mort de ses bourreaux, Aizen, Yamamoto, et quels que soient les noms de ceux qu'il pouvait y avoir encore derrière, car aucun ne serait jamais trop loin pour lui, l'hybride, le Mischling, le monstre, la bête, l'oublié, Ichigo Öderricht, Kurosaki, et peu importait son nom tant qu'on se souvenait de son image, de la douleur, de la souffrance, de son sourire et de son existence, jusqu'à ce qu'il puisse fièrement dire, avec l'orgueil démesuré d'un Roi fou, je suis venu, j'ai vu, j'ai vaincu.

Ichigo se tourna sur le côté, remarquant la proximité parfois dérangeante que Grimmjow avait avec lui. Il l'embrassa, et quitta ses propres couvertures pour venir se glisser dans le futon de l'Arrancar endormi.

« Je suis fou, murmura Ichigo à son oreille. Et c'est cette folie que vous suivez, pas moi. Souhaitez-lui de réussir, car elle me survivra… »

. : : .

Shinji, deux jours plus tard, était sorti de sa période de convalescence et tentait de se faire bien voir auprès des autres. Son étrange amabilité et son air affable étaient proprement effrayants, mais Urahara accueillit avec bienveillance cet élan de politesse en ces temps de guerre. D'une manière ou d'un autre, ils sentaient tous que ce ne serait plus pour très longtemps, et se préparaient à leur manière.

Umbre était rentré au Hueco Mundo, Rim l'accompagnant. Ichigo continuait de s'entraîner, cherchant désespérément à monter de niveau alors qu'aux yeux de Yoruichi, rien ne semblait pouvoir l'arrêter ou le faire progresser davantage. Il irait en grandissant à chaque combat qui passerait, et c'était bien là tout ce qu'il lui restait à apprendre.

Alors, depuis hier, il discutait plans de bataille avec Yoruichi, une grossière carte du Seireitei et de ses alentours étalée sur la table basse, des crayons à la main et diverses informations notées aux points stratégiques.

« Kukakuu pourra nous aider comme l'a déjà fait, ça lui posera pas de problèmes. Faudra juste la retrouver, il paraît que le Rukongai est devenu pire qu'avant…

- Ganju pourra nous trouver, supposa Ichigo.

- Oui, mais seulement si nous faisons parler de nous, corrigea-t-elle. Et je ne pense pas que ce soit une bonne idée. Nous sommes en nombre limité, et aucun Hollow sain d'esprit n'acceptera de nous suivre jusqu'à Soul Society…

- Rim ?

- Je ne sais pas, souffla Yoruichi. Son espérance de vie n'était pas immense, et elle arrive au bout… Urahara va tout faire pour lui permettre de survivre, mais je doute que ce miracle puisse se produire, ajouta-t-elle tristement.

Ichigo acquiesça, l'air sombre.

- Elle est comme moi, non ? Fit-il sans que sa question n'ait besoin d'une réponse. Ce que nous sommes n'est pas… Pas naturel, poursuivit Ichigo avec un rictus dédaigneux. Ce monde nous rejette. D'une façon ou d'une autre, on est fait pour crever jeunes.

- Malheureusement, approuva la féline avec mélancolie.

Le silence dura quelques longues secondes pendant lesquelles leurs esprits échafaudaient plans et questions, à la recherche d'un moyen d'entrer dans Soul Society en se gardant un effet de surprise, même léger.

- Jidanbo ne se souviendra pas de toi.

- Qui ça ?

- Le Gardien que tu avais vaincu lors de ta première venue à Soul Society. Tu sais, le grand truc ressemblant vaguement à un singe, là ? Fit-elle en grimaçant, tentant d'imiter l'aspect de Jidanbo à grand renfort de gestes et rictus.

Ichigo acquiesça, peu convaincu. L'identité du Gardien lui importait peu, l'intérêt de la manœuvre restait d'entrer aussi discrètement que possible dans Soul Society, puis dans le Seireitei.

- Il faudrait les attirer au loin, réfléchit tout haut Yoruichi. Trouver quelque chose pour les faire sortir de leur trou, comme eux essaient de nous faire sortir du nôtre…

Relevant le nez de la carte avec un air intéressé, Ichigo sembla soudain plongé dans une profonde et intense réflexion que Yoruichi n'osait pas interrompre.

- Faisons exploser Karakura, souffla-t-il soudain, ses yeux barrés par une étincelante lueur folle qui donnait à Yoruichi envie de le suivre dans ses plans, et peu importait qu'ils soient irréalisables. Urahara pourra créer des leurres avec nos reiatsus, et ils sortiront tous pour venir nous chercher. Nous viderons Soul Society et l'entrée sera discrète. Arrivés là-bas, le Seireitei ne sera qu'un obstacle ridicule que Shiba Kukakuu nous aidera à franchir.

- Et les sympathisants Shinigamis pourront nous aider, ajouta-t-elle avec engouement. Il suffit qu'ils nous couvrent auprès de l'autorité, et rien ne nous empêchera plus d'entrer ! »

Ichigo lui sourit, satisfait.

Fou ou pas, pour Ichigo ce plan était plus faisable que n'importe quelle autre proposition qu'il entendrait, et le regard entendu que Yoruichi et lui se lancèrent ne fit que renforcer cette opinion. Le temps n'était plus aux hésitations, il fallait agir et le plus tôt serait le mieux; Aizen se préparait de son côté, et la recrudescence du nombre de Hollows à Karakura allait dans ce sens. Si Soul Society commençait à se préparer pour une attaque d'Aizen, ça terminerait de fermer leurs portes aux Renégats aussi, et c'était loin, très loin de ce qu'Ichigo souhaitait.

Il fallait aller vite, pour que la bataille finale ait lieu à la fin de cet hiver et non au début du Printemps, car à ce moment-là, la longue guerre pour laquelle ils se préparaient tous ne serait plus une guerre de rapidité, mais bien au contraire de position, et face aux forces bruts qu'étaient Soul Society et le Hueco Mundo, les Renégats savaient bien qu'ils n'auraient aucune chance de victoire, et que par là ils condamnaient non seulement la rébellion Hollow, mais également les rares Shinigamis partageant leur point de vue sur ce monde de mensonges.

« Je vais aller en parler à Kisuke, lui lança vivement Yoruichi en s'éclipsant de la pièce.

Entendant la porte s'ouvrir, puis se fermer, Ichigo attrapa la carte du Seireitei, la plia grossièrement et l'envoya rouler au fin fond de sa poche.

Mieux valait garder un nombre restreint de personnes au courant.

Grimmjow pénétra dans la pièce, furieux, marchant à pas vifs, envoyant rouler Pantera à l'autre bout de la pièce dans un sursaut d'énervement. Ichigo, dos à la porte, se tourna vers lui et observa la scène tout du long, réellement amusé par tant de haine. L'Arrancar montrait les crocs, sa respiration était erratique, et l'hybride sentait, à quelques pas de lui, toute cette colère teintée de haine à l'égard d'une indubitable personne dont la présence énervait tout le monde depuis deux longs jours…

« Envie d'un câlin ? Lança-t-il au fauve en tendant les bras par-dessus le dossier avec un air enjôleur.

Remarquant soudain sa présence, ce dernier passa de hautement contrarié à très surpris et repassa à contrarié avant de se diriger d'un pas rageur jusqu'à l'hybride. Il enjamba le canapé et tomba assis à côté d'Ichigo, bras croisés, fulminant intérieurement avec une telle force qu'on sentait sa colère envahir toute la pièce.

- La prochaine fois jette-toi dans mes bras, je me sentirais moins idiot, le taquina celui-ci en se tournant vers Grimmjow.

Crispé, l'Arrancar lui accorda un regard agacé, et se détourna aussitôt.

- Ce bâtard, grogna-t-il.

- Marrant, ça me rappelle quelqu'un…

- La ferme, ce salopard mérite juste qu'on lui fasse bouffer son Zanpakuto… Connerie de Shinigami de MERDE ! » Explosa-t-il soudain.

Ichigo rit franchement en le voyant si désappointé. Pantera était toujours dans le coin du salon où Grimmjow l'avait négligemment balancé dans un accès de colère, et il partit la chercher pour la ramener à son propriétaire, qui tempêtait toujours contre Shinji sans décrocher d'autres mots que des insultes dont les plus régulières étaient « bâtard », « saloperie » ou encore des menaces dans le style de celles que l'Arrancar venait de proférer.

Ichigo ramassa Pantera, se saisissant du fourreau qui contenait la lame longue et effilée. Même l'épée avait quelque chose de terriblement animal, un il-ne-savait-quoi de sauvage, à l'image de Grimmjow. Elle était légère, aussi légère que Tensa Zangetsu l'était, mais semblait bien moins solide; Ichigo songea que c'était là un détail propre à la majorité des armes des Arrancars, la plupart d'entre eux n'excellant pas au combat à l'épée. Leur forme libérée était plus familière, moins sophistiquée que la forme humanoïde qu'ils prenaient lorsqu'ils n'étaient pas en forme libérée.

Ichigo rendit la lame à son propriétaire qui s'en saisit rageusement.

« Je crois que tous mes sarcasmes n'arriveront pas à te dérider, se plaignit-il en tirant sur une mèche bleue de l'Arrancar. Comme c'est agaçant…

Soupirant avec un énervement toujours notable quoique descendu de quelques degrés depuis qu'il était assis et avait récupéré Pantera, Grimmjow se tourna vers Ichigo, l'air aussi paumé que s'il n'avait rien entendu du tout de ce que ce dernier venait de dire.

- La ferme, lança-t-il soudain.

- Ohoh, siffla l'hybride avec amusement. Je me demande bien ce qu'il a pu te dire pour te foutre dans un état pareil, mais passons, je trouve ça diablement amusant.

- Je t'ai entendu hier.

- Oui, moi aussi. C'est souvent ce qui arrive quand je parle.

- Arrête, gronda Grimmjow en l'attrapant par le col de son vêtement, agacé mais plus pour la même raison.

- Mais quoi donc ? Répondit Ichigo avec insolence.

- Tout ça ! Tu m'en dois une, tu te rappelles ? Je te laisserai pas filer avant de l'avoir eue, et j'm'en branle si t'es à l'article de le mort, une fois toute cette foutue histoire terminée, je serais le dernier à te combattre !

Ses yeux bleus, magnétiques, étaient rivés dans ceux dorés d'Ichigo qui s'était laissé saisir comme une poupée de chiffon. Son sourire ne se fana pas et parut même grandir tandis que la fureur de Grimmjow se déployait sur lui.

- Parfois j'ai l'impression que tu m'aimes. Ce qui serait idiot, tu sais, car notre accord serait alors caduque et je me verrais forcé de –

Avant qu'il ne puisse prononcer un mot de plus, l'Arrancar l'avait vivement embrassé et ses lèvres chaudes empêchaient toute tentative de discussion, et lorsque Grimmjow cessa de l'embrasser, Ichigo était allongé sur le dos, sur la banquette du canapé, et le corps massif de l'Arrancar le surplombait. Souriant, ce dernier le retenait par l'épaule, ses griffes enfoncées à travers le tissu dans la peau blanche de l'hybride.

- Le gentil Roi a déjà du te le dire, non ? Nous sommes possessifs, parce que nous ne possédons rien, ou si peu de choses… J'ai quitté le seul monde que je connaissais pour te suivre. Tu es tout ce que j'ai, l'hybride, et j'te lâcherais pas, ricana-t-il.

- Tu veux faire ma lessive et me tenir la main quand je vais pisser aussi ? Proposa Ichigo avec amusement. Quoique je doute que tu sois réellement bon pour autre que ça…

Il l'embrassa à son tour, et seul le violent courant d'air qui suivit l'ouverture de la porte les fit sortir de leur délicieuse activité; Rim entra vivement, ses petits pas précipités heurtant avec force le sol alors qu'elle courrait jusqu'au salon, claquant violemment la porte dans son dos.

Elle s'arrêta un instant en constatant la position de Grimmjow et Ichigo qui la regardaient dans le bon sens pour l'un, la tête à l'envers pour l'autre, ce morceau du canapé donnant sur l'entrée. Elle en profita pour reprendre son souffle, son air étonné passa vers de l'amusement et elle eut un mouvement de tête pour les saluer. Tentant de reprendre son souffle, sa petite bouche entrouverte, elle finit par dire, dans une phrase hachée et presque incompréhensible, qu'Umbre était derrière et que le Roi allait sans doute arriver à sa suite. Immédiatement, Ichigo se rassit correctement, lissant son pull tandis que l'Arrancar se léchait honteusement les lèvres à côté de lui.

« Tu me surprends, lâcha finalement Rim à Ichigo.

Amusé, ce dernier haussa les épaules.

- Non, en fait pas tant que ça, se corrigea-t-elle en retirant son manteau.

Umbre débarqua également à toute vitesse, essoufflé et manquant de tomber en dérapant dans l'entrée. La porte claqua une seconde fois, se rouvrit, et se referma définitivement derrière le Roi. Alertés par le bruit, Yoruichi et Kisuke arrivèrent rapidement du couloir et aux airs alarmés des trois nouveaux arrivants, surent que tout ça ne présageait rien de bon.

- Qu'est-ce qui s'est passé ? Demanda Urahara en se tournant spontanément vers Rim, puis vers Lho.

Ces derniers et Umbre se consultèrent du regard, ne sachant pas qui laisser parler en premier, et visiblement encore surpris de leur découverte.

- Hitsugaya a été emprisonné hier pour trahison et sera exécuté dans dix jours à compter de demain, lâcha finalement Lho.

La nouvelle fit l'effet d'une petite bombe.

- Hé oh, ça suffit, tonna gentiment Yoruichi en voyant les regards que s'échangeaient Umbre et Grimmjow. S'il y a un traître parmi nous, il aura été assez intelligent pour cacher ses traces.

- Ça dépend du traître, grogna Umbre.

- Arrête ça, gronda son père en le retenant par le bras.

- Cela ne résous pas le problème principal, intervint Urahara en triturant son bob entre ses doigts.

Il semblait réfléchir à toute allure, surveillant du coin de l'œil les réactions nerveuses d'Umbre, Grimmjow ou même Yoruichi qui observaient la pièce comme si elle allait leur sauter dessus. Dans d'autres circonstances, l'idée de se faire attaquer par le mobilier l'aurait fait rire, mais Kisuke se sentait lui aussi trop préoccupé pour accorder de l'importance à des détails aussi triviaux.

S'il y avait un traître dans leurs rangs, à eux aussi, qui sait depuis combien de temps il était là, à transmettre des informations capitales à Soul Society ? Peut-être que les Shinigamis se baladaient juste dans Karakura pour continuer de faire semblant, pour les maintenir dans leur illusion d'un monde réel où ils maîtrisaient tout, jusqu'à l'emplacement de leur planque qui n'était pas aussi secret que les Renégats le croyaient ?

Les interrogations se succédaient dans l'esprit du scientifique sans qu'il ne trouve de réponses. Mais il était au moins sûr d'une chose, il fallait agir vite, car leurs prochains mouvements seraient décisifs… Ce qui tombait plutôt bien car il avait de son côté résolu quelques petits problèmes…

- Umbre, rentre au Hueco Mundo et attends-nous là-bas.

Mais Ichigo l'avait pris de vitesse et montait déjà des plans.

- Tu n'as qu'à faire pareil, dit-il ensuite à son père. S'ils nous attrapent, que ce ne soit pas avec vous en prime…

Au grand étonnement de son père, Umbre acquiesça et s'apprêtait déjà à faire demi-tour.

- Urahara, si vous êtes d'accord avec nous…

Kisuke hocha vivement la tête. Comment ne pas être d'accord devant tant d'aisance et de charisme ? Ichigo semblait si sûr de lui que sa confiance émanait en vagues diffuses et les poussait à aller dans son sens, car ils étaient profondément convaincus que c'était la meilleure façon.

- Je m'occupe des détails, accorda-t-il en commençant à faire demi-tour. Rim, tu…

- Je viens, fit celle-ci en rejoignant son père.

Grimmjow s'était levé à son tour et attendait avec Yoruichi ses propres instructions.

- Nous allons reprendre Soul Society, déclara l'hybride sur un ton lourd et puissant. Et ensuite, nous vous rejoindrons au Hueco Mundo pour aller prendre Las Noches et le rendre à son propriétaire légitime.

- C'est autant ton château que le nôtre, lui dit soudain Umbre. Tu pourras rester – quand, tu vois, on aura fini et que –

Ichigo le coupa du geste vague de la main.

- Partez maintenant. »

Sur un dernier salut, le Roi des Hollows et sa progéniture disparurent dans les rues enneigées de la ville, partant ouvrir un Garganta afin de rentrer chez eux. Rim et Urahara avaient disparu dans l'infirmerie et il ne faudrait plus beaucoup de temps pour que tout soit fin prêt. Yoruichi posa une main sur l'épaule d'Ichigo, serra brièvement, puis partit informer Hiyori et Shinji des changements.

La roue commençait à tourner.

A ses côtés, l'Arrancar souriait déjà d'un air profondément malsain, le petit film de leur arrivée dans le monde des Shinigamis – un monde entier rempli de Shinigamis ! – se jouant inlassablement dans sa tête.

« Reste à l'extérieur de la maison, va en ville, mais ne rentre pas avant que je sorte, lui dit Ichigo en partant à son tour vers le couloir. Et sois discret… »

Acquiesçant, Grimmjow sortit à son tour, embarquant un manteau et quelques trucs à grignoter le temps que devrait durer son attente. Un peu réticent à l'idée de ne rien faire du tout, il fit cependant ce qu'Ichigo demandait de lui, se disant que de toute manière il le sentirait bien si quelque chose se passait et que dans cette bataille contre le Seireitei toute aide était aussi précieuse que décisive.

De son côté, Ichigo se rendit à l'infirmerie, pour voir avec Urahara l'avancée des préparatifs. Rim l'y aidait, rapidement mise au courant, en cherchant les points de Karakura les plus susceptibles d'être visés pour que leur plan marche au mieux. Elle était installé sur une des tables métalliques, assise en tailleur devant un gigantesque plan déplié de Karakura où elle avait commencé à entourer les bâtiments dignes d'intérêt.

« Je vais peut-être te le dire maintenant, Ichigo, commença Rim d'une voix hésitante. Après, je ne serais pas trop sûre de pouvoir…

Elle avait relevé le nez de sa carte, et l'observait avec un air indécis, comme si elle-même n'était pas sûre que sa décision soit la meilleure. Urahara se détourna rapidement de son travail, dardant sur La Imitadora un regard exprimant son profond désaccord quant à cette idée.

- Rim…

- Si nous ne lui disons rien, ce sera le coupe-gorge quand il sera là-bas, contra-t-elle.

- Personne ne sait à Soul Society. Et c'est mieux pour tout le monde que ça reste ainsi, trancha-t-il durement.

Le silence, lourd, s'installa dans la pièce tandis que Rim continuait de chercher pour les bâtiments, et qu'Ichigo s'était allongé sur l'une des tables métalliques en attendant qu'on ait besoin lui. Urahara était penché sur son travail, concentré et méticuleux alors qu'il fabriquait des engins suffisamment destructeurs pour détruire un bâtiment d'envergure tout en libérant des flux constants de reiatsus. De leurs reiatsus.

- Ton plan requiert une hauteur ou taille précise ? Demanda soudain Rim en se tournant vers Ichigo.

- L'hôpital ne serait pas mal, plaisanta-t-il.

- Les entrepôts vides près de la rivière ? Proposa-t-elle avec un sourire amusé.

- Ce n'est pas trop loin ? Intervint Urahara entre deux soudures.

- Yoruichi est assez rapide pour faire l'aller et retour en moins d'un quart d'heure… Et il n'y a pas d'autres bâtiments assez proches, lui répondit Rim en étudiant sa carte.

- Je ferais en sorte que l'installation ne dure pas plus d'une ou deux minutes. Mieux vaut ne pas prendre de risques… Fit-il sombrement. Yoruichi et moi-même vous attendront là, puisque nous ne pouvons plus traverser.

Soudain alarmée par les paroles d'Urahara, Rim se redressa vivement, les yeux écarquillés par a surprise dans une expression mêlant colère et incompréhension.

- Il n'a pas fait ça ? Demanda-t-elle durement, connaissant déjà la réponse.

- Ne fais comme si c'était si surprenant, Rim. Nous exiler est l'une des seules choses en son pouvoir tant qu'il n'est pas encore Roi…

Défaitiste, Urahara eut un sourire triste pour sa fille qui se débattait avec sa colère pour ne pas exploser. Ichigo les observait, profondément perplexe quand à ce qu'ils pouvaient bien s'expliquer qu'il ne comprenait pas, mais qu'il essayait malgré tout de démêler dans sa tête.

- Mais c'est…

- Le truc le plus chiant du monde, oui, termina-t-il à a place de La Imitadora sans quitter son sourire nostalgique. Il a banni Yoruichi lorsqu'Ichigo a été enfermé par Aizen, écartant de sa route tout ce qui pouvait encore lui nuire… Car que vaut notre parole, si Soul Society ne peut pas nous entendre ?

- Le problème n'a jamais été nous, Urahara, intervint platement Ichigo, observant le plafond depuis sa position allongée. Ça a toujours été l'orgueil des Rois.

- Moque-toi, mais tu n'as pas fait mieux, répliqua celui-ci avec amusement.

Son sourire était de nouveau énigmatique et il semblait prêt à délaisser son travail pour discuter, chose étrange puisque quelques minutes auparavant il n'était pas aussi… Affable.

- Vous ne me dîtes rien, alors je ne peux que supposer.

- Et que supposes-tu ?

- Je n'avais jamais entendu nulle part que le Roi avait des descendants, mais on m'avait parlé de son existence. Caché dans sa dimension, protégé par portails et barrières dont la seule clé est l'Ouken qu'Aizen s'efforce de recréer. Mais, ça, c'est uniquement l'hypothèse de Soul Society, car selon Aizen lui-même, l'Ouken n'est qu'une simple partie de son plan et les Shinigamis auraient mal supposé. »

Ichigo se souvenait encore de ce jour où Aizen était venu le voir, lui dire toutes ces choses incompréhensibles qui n'avaient fait que l'enterrer un peu plus dans l'incompréhension et qu'aujourd'hui il déblayait à grand coups de pelle, tas après tas, secret après secret, saisissant toutes les nuances d'un monde qu'il avait cru noir ou blanc. Qu'il soit un malade et un tyran n'y changeait rien, Aizen avait au moins eu raison sur une chose quand il lui avait dit cette phrase énigmatique « Crois-moi petit, quand je te dis que l'envers du décor est bien plus énorme que tout ce que tu as jamais vu ».

Il y avait dans les coulisses une monstrueuse masse de mensonges que ni lui, ni Urahara ne voulaient voir découverte.

« Le Roi n'est pas sa seule cible. Dans l'équation il y a moi, vous, Yoruichi, Rim, Soul Society, la Rébellion Hollow… Et je crois que j'ai trouvé encore pire, dit-il tandis que son sourire s'élargissait. Yamamoto a effacé la mémoire de tout le monde me connaissant. Je ne voudrais pas passer pour un sale parano, mais je crois que tout le monde voudrait me voir mort… Non ? Lança-t-il en se redressant vivement, son regard doré brillant dardé sur le dos d'Urahara vers lequel Rim tourna également son regard.

Le scientifique s'était remis tranquillement au travail tandis qu'Ichigo avançait dans ses déductions et le moment de grâce où il avait semblé si accessible était visiblement passé.

- Continue, l'encouragea Rim.

- Continuer quoi ? A chercher désespérément ce que vous savez tous les deux mais ne me direz pas ?

Rim baissa les yeux, peu sûre de quelle façon elle devait réagir.

- Si ça vous amuse, maugréa Ichigo en se rallongeant sur le dos.

Il croisa les jambes et chercha une position plus confortable afin de reprendre ses hypothèses dans un confort relatif.

- Je suis un Prince, parce que je suis le fils du Roi des Hollows. Mon frère est un prince, tout est parfaitement logique. Suffisamment intéressant pour que je l'apprenne, donc d'une importance pas vraiment capitale… Non, le point, c'est vraiment ma mère et quels foutus rapports elle pouvait bien avoir avec Soul Society. Parce que c'était elle la Shinigami.

Il médita un instant sur ses dernières paroles et reprit, l'air de rien.

- Yamamoto a le pouvoir de vous bannir et de vous empêcher de traverser les portails, or, c'est parce qu'il descend du Roi qu'il semble en être capable. Yamamoto est aussi un Prince, et si Aizen veut Soul Society, c'est pour le tuer, tuer le Roi, et ne plus avoir de descendants qui puissent venir réclamer le trône qui leur reviendrait légitimement. Un bon plan, accorda Ichigo avec amusement.

- Et quel plan, railla Rim avec un rictus agacé.

- Qui aurait été vraiment parfait si vous n'aviez pas été là, Urahara. Isshin étant votre ami je suppose qu'il était également un Shinigami, et de fait, a été celui qui vous a permis de secourir un héritier avant de prendre la fuite pour le monde réel… Ce qui m'embrouille plus qu'autre chose, se perdit-il.

Rim se mit à rire, réellement amusée par les hypothèses farfelues qu'Ichigo émit ensuite.

- Tu n'y es pas du tout, le coupa-t-elle. Aizen et Yamamoto sont –

- RIM ! L'arrêta Urahara sans bouger de son travail.

- Quoi, on peut au moins lui dire qui ils sont, ça n'implique pas… Tu-sais-qui, chuchota-t-elle d'un air conspirateur.

- Des fois tes changements de personnalité soudains sont très perturbants, avoua-t-il en se tournant à demi vers elle. Et d'habitude moins fréquents, lui fit-il remarquer ensuite.

Le sourire de La Imitadora se fana et son visage se ferma, perdant soudain toute gentillesse et sympathie pour prendre l'apparence froide que pouvait avoir eu le visage de Kuchiki Byakuya il y avait des années de cela, lorsqu'Ichigo l'avait côtoyé.

- Réfléchis, souffla-t-elle plus durement à Ichigo, pour quelle raison Aizen voudrait-il la place du Roi ?

- Par jalousie, répliqua-t-il comme si c'était une évidence. Cet homme est cupide, et c'est ce qui nous a permis de survivre dans ses prisons. Il nous veut parce qu'il se croît notre légitime propriétaire, pense avoir des droits sur nous… Et ne reculera devant rien pour les faire valoir. Sauf si nous tuer devient un passage obligé, et à ces moments-là il doit se dire « oh, s'ils ne sont pas à moi, personne ne les aura. » et le pacte est signé !

- Alors tout devrait t'être clair. Si Aizen est cupide, il n'y a qu'une raison pour laquelle il convoite le trône du Monde des Esprits, Ichigo. »

Urahara bricolait toujours sa machine et le regard clair de Rim était posé sur lui, dans l'attente d'une réponse satisfaisante car d'elle-même, lui dire la vérité semblait impossible, comme si au final elle revenait sur sa décision. Ichigo songea avec une légère pointe d'agacement qu'elle avait aussi prêté serment à sa mère, tout comme son père et Urahara, et qu'eux tous protégeaient un même secret rendu tabou par la force des choses et par sa… Dangerosité.

Ichigo tenta de remettre les événements dans l'ordre, mais rien ne semblait prendre sens. Le point manquant était toujours le même : sa place dans tout ça, facteur dépendant indubitablement de sa mère dont l'existence semblait avoir été aussi fantomatique que celle d'un rêve. Personne ne la connaissait, mis à part Lho, Umbre, Gin, Urahara, Isshin, Rim, et tout un tas de personnes qui avait été là depuis l'origine même de la guerre qu'Aizen livrait à Yamamoto pour prendre sa place.

Ichigo se redressa vivement.

« Il ne vient pas réclamer quelque chose qui ne lui appartient pas… Il vient reprendre sa place, comprit-il soudain.

Rim acquiesça, victorieuse.

- Ils sont frères, résonna la voix d'Urahara. Fils du Roi des Esprits et futurs Rois à leur tour, si leur orgueil, leur jalousie et leur soif de pouvoir ne les avait pas conduits à monter un tel complot…

Désabusé, le scientifique commença à leur conter l'histoire des deux frères, parlant comme si les mots et les faits étaient soudain devenus trop lourds sur ses épaules.

- Aizen ne s'est pas toujours appelé Aizen Sôsuke, et n'a pas toujours été Shinigami. Les Yamamoto sont nos souverains depuis que la Soul Society existe, depuis que le Monde des Esprits est tel qu'il est, et leur pouvoir est le plus sacré, car ils contrôlent l'essence même de ce qui fait Soul Society ou Hueco Mundo…

- Le reiatsu, interpréta Ichigo, comme fasciné.

Urahara acquiesça.

- Les légendes et contes de début de ce monde disent qu'ils furent ceux qui pensèrent et conçurent Soul Society, afin de donner aux âmes errantes un lieu de réunion, aux Shinigamis une base avancée. Hélas, la beauté de leur geste ne fut pas saluée par tout leur clan, et la famille s'entredéchira. De très nombreux, ils passèrent à peu, et seule la branche principale survécu au massacre… Ce même massacre qui engendra le Hueco Mundo et les Hollows. L'Histoire enterra la suite, créant l'animosité entre Hollows et Shinigamis, le temps se chargeant d'ancrer dans les esprits ce nouvel ordre… Jusqu'à il y a environ trois milliers d'années, où le Roi Koukei décida de sceller les pouvoirs de sa famille au loin pour qu'un autre désastre ne se reproduise pas, emportant toute sa famille dans une nouvelle dimension qu'il créa à l'image d'une prison fermée par la Clé Royale, l'Ouken, dont il transmit la garde à son fils aîné, Yuurei Kufuuku Yamamoto,celui que nous nommons Aizen.

- Mauvaise pioche visiblement, commenta Ichigo. J'imagine que le cadet n'était pas spécialement d'accord et qu'il a pris sa part, non ?

- Le système des Divisions était en place longtemps avant ce Roi-ci, Ichigo. Il était de coutume que le Roi soit le leader du Gotei 13 et qu'il mène la Première Division, alors, à l'époque, ce fut un choc quand le Roi annonça son désir d'exil. Yuurei promettait de renoncer à ses droits de succession en échange de la garde de Soul Society et de la clé, et ce serait arrivé si Genryusai, son petit frère, n'avait pas décidé de lui voler la vedette, poussant son frère et nos souverains dans la dimension, inventant de toute pièce certains récits et asseyant son autorité sur Soul Society en temps que Capitaine Commandant pour les trois prochains millénaires à venir.

Il laissa à Ichigo le temps d'encaisser la nouvelle, mais ce dernier ne laissa pas filer une seule seconde, et se tourna successivement vers Urahara, puis vers Rim, posant ses questions en sachant déjà à moitié la réponse, tantôt incrédule, tantôt sûr de lui.

- Personne à Soul Society ne sait tout ça ?

- Non. Personne n'en a le moindre doute…

- Mais comment ?

- Genryusai Shikeguni Yamamoto est Prince de sang royal et pur. Il a vécu et vivra plus longtemps que n'importe quel autre Shinigami, il lui a juste fallu attendre, attendre que ses opposants meurent et s'assurer que personne ne raconterait jamais cette histoire.

- Mais ?

- Mais, reprit Urahara, cette histoire est arrivée aux oreilles d'un Mittelsritter. Et nous avons patiemment attendu, sans intervenir, qu'un hybride vienne car vous êtes - tu es la seule raison pour laquelle nous pouvons abandonner nos postes et rallier la Troisième Voie, lui dit-il à voix basse, comme si c'était là le plus grand secret de l'humanité.

- Mais pourquoi ? S'entêta Ichigo. Je ne suis qu'un –

- Peu importe comment nous te nommons, fils, frère, ami, amant, tu es un hybride, répéta le scientifique en se levant, approchant d'Ichigo. Tu es cette raison pour laquelle nous pouvons librement nous battre, à chaque apparition que tu fais, et peu importe qui nous sommes et ce que nous sommes; tu peux rallier même les ennemis les plus opposés dans une même maison et les faire cohabiter ! Ta venue n'annonce rien d'autre que la libération attendue par les nôtres depuis des siècles et des siècles ! Tu es l'hybride, Ichigo. Le leader. Et nous comptons sur toi autant que nous avons confiance en toi… »

Les doigts de Rim s'entremêlèrent aux siens tandis qu'Urahara lui serrait l'épaule de sa main, tous deux semblant attendre tant de lui alors qu'il ne savait même pas qu'il était vraiment il y avait à peine quelques années. Puis, lentement, le scientifique partit se rasseoir tandis que La Imitadora lui lâchait les doigts, chuchotant quelques ultimes mots à Ichigo.

« Ne t'en fais pas Prince, tout ira pour le mieux maintenant, lui souffla Rim de sa petite voix. Personne ne pourra plus se dresser en travers de ta route, et une armée immense te protégera. Tu seras notre Roi. »

Pantelant, sous le choc, stupéfait, mais l'esprit étonnement clair, Ichigo sortit de l'infirmerie, refermant doucement la pièce derrière lui, tombant adossé à la porte close.

L'envers du décor…

Quelques réminiscences des paroles d'Aizen traînaient dans sa tête, et Ichigo continuait de penser qu'il y avait gros, plus gros encore derrière ce qu'il venait d'apprendre. Un sourire idiot naquit sur ses lèvres alors qu'il se redressait. Qu'ils prennent garde, tous. Bientôt, ils n'auraient plus le temps de se faire du souci concernant une chose aussi idiote que leur ascension sur un trône perdu…

« On s'amuse ? Fit la voix narquoise de Shinji vers sa gauche.

Le couloir était sombre si bien qu'il ne l'avait pas vu arriver, et la discrétion presque sournoise dont faisait preuve le Vizard depuis qu'il était sorti de sa convalescence forcée ne l'y avait pas aidé.

- Plus maintenant », rétorqua sèchement Ichigo en retournant végéter dans le salon.

Hirako marcha dans ses traces jusqu'au canapé, le suivant de près comme s'il avait peur que l'hybride ne s'envole. Cette attitude agaça fortement ce dernier qui se sentait d'une part observé sans arrêt et d'autre part… Il avait comme un mauvais pressentiment. D'habitude Ichigo accordait peu d'importance à ce genre de détail, sachant que ce n'était basé sur rien de réellement concret, mais là… C'était comme si ses instincts lui hurlaient sans jamais prendre une seule seconde de pause de s'échapper. Il se sentait presque retenu alors qu'il était ici en sécurité, pourtant le film de sa capture à Las Noches se rejouait dans son esprit dès lors qu'il fermait les yeux, même pour une seconde. La salle, grande et blanche. L'éclair. La cellule, étriquée et si noire qu'il lui avait semblé plonger dans un lac d'encre épaisse.

« Yoruichi nous a mis au courant de ton plan… Brillant, vraiment. Moi-même je n'aurais pas fait mieux. D'ailleurs, à ce propos, puis-je faire quelque chose pour t'être utile ? Se proposa aimablement Shinji, sa voix grinçant aux oreilles d'Ichigo comme quelqu'un qui ferait crisser son ongle sur un tableau noir.

- Te taire.

- Quelle mauvaise humeur, se plaignit le Vizard blond en secouant légèrement sa chevelure d'un air indigné, le dos de sa main posée très théâtralement sur son front. Retourne à ta sieste, je vais aller voir comment Urahara s'en sort avec son explosif. »

Ichigo ne lui répondit pas et s'allongea de tout son long sur le canapé.

« Tiens d'ailleurs, où est Jaggerjack ? S'interrogea-t-il tout haut en avançant jusqu'au couloir. Il a déserté ? »

Il lança un dernier sourire découvrant toutes ses dents à Ichigo qui ne le vit pas, observant encore le plafond à la recherche de réponses sur son identité.

Donc en résumé… Il y a un Roi, les gamins du Roi se battant pour le trône, sa mère dont il ne connaissait finalement que le prénom, le trio Rim-Urahara-Lho qui ne lui disaient toujours rien de bien conséquent – les révélations d'aujourd'hui faisant figure de seule et unique exception – et lui, au milieu de tout, concentrant tous les griefs et dont on attendait qu'il sauve le monde. Pour faire simple.

« Mais quel merdier… »

Aux alentours de midi Urahara termina la bombe mais resta cloîtré dans l'infirmerie avec Rim, car il pensait avoir trouvé une solution pour empêcher celle-ci de disparaître. Ichigo n'avait pas connaissance des détails, mais l'idée était la suivante : que La Imitadora prenne l'identité – le reiatsu – de quelqu'un qui se fixerait à elle définitivement une fois le propriétaire d'origine mort. Elle garderait ses capacités et aurait un pouvoir de base suffisamment puissant pour survivre sans. En théorie, ça semblait faisable et lui permettrait de vivre comme toutes les âmes, une identité à la clé de même qu'un Zanpakuto qui ne serait certes pas le sien mais qui obéirait tout de même à ses ordres… Et tant qu'elle vivait, c'était pour Urahara autant que pour Yoruichi un problème bien secondaire.

Ichigo se contenta de somnoler dans le salon, rattrapant son sommeil, se souvenant que le début de leur dernière mission débuterait demain, ou après demain au plus tard, mais pas bien loin. Tout serait vite fini, et il en était aussi excité qu'impatient, son corps totalement électrique à l'idée de retourner conquérir le Seireitei après toutes ses années, et peu importait qu'on ne souvienne pas de lui.

Il se ferait un nouveau nom. Le vrai, cette fois. Et plus personne ne -

L'alarma sonna soudain.

Mis à part Grimmjow, tous les habitants de la maison étaient présents dans le salon, dont Yoruichi qui scrutait avec attention la carte sans parvenir à trouver une quelconque trace de Shinigamis dans les parages. Urahara avait laissé son invention dans l'infirmerie, et tout le monde se consultait sans savoir comment réagir. L'alarme s'était arrêtée de sonner, et quelques Shinigamis apparurent tout autour de la ville par groupe de cinq à dix individus. Il y en avait au total plus d'une centaine à se promener dans toute la ville, comme s'ils cherchaient quelque chose. Et ce quelque chose… C'était eux. Le débat était donc le suivant : devaient-ils sortir et trouver les Shinigamis ou au contraire attendre, en prenant le risque qu'ils s'en aillent autant qu'ils les trouvent ?

« Sortons et installons la machine, trancha Urahara. Mieux vaut abandonner cet endroit, je pourrais fixer les leurres ailleurs.

- Mais Kisuke… On ne peut plus traverser le Senkaimon, lui glissa Yoruichi un peu agressivement. On peut distraire les Shinigamis pendant qu'ils installent ta bestiole.

- Faisons comme ça, approuva-t-il spontanément à la surprise générale.

- Je vais chercher des trucs, lança Hiyori en partant rapidement vers sa chambre, de même qu'Urahara qui partait pour sa machine.

Shinji leur accorda un regard énigmatique peu avenant et alla s'adosser au mur proche de la porte, dans l'entrée. Tandis qu'Ichigo et Yoruichi discutaient, il entrouvrit discrètement la porte et jeta quelque chose au dehors, puis la laissa entrouverte. Un léger courant d'air froid passa dans la pièce et au dehors il neigeait. Moins qu'une précédente fois où les Shinigamis avait été de sortie, mais il neigeait et le soleil était absent, les nuages sombres et lourds au dessus de leurs têtes du peu qu'Hirako pouvait en voir. Les ombres et le paysage était bleuis, dans d'autres endroits complètement blanc. Le mois de Février était étrange cette année, et ça continuerait dans ce sens. Shinji tira un objet ressemblant étrangement à une énorme bille de sa poche. Le contour semblait fait de verre et à l'intérieur on distinguait un filament semblable à ceux des ampoules, bien que d'un rouge profond rappelant le sang. Il suffisait de l'éclater par terre et cette ridicule petite chose créerait une gigantesque explosion à cause du gaz et du verre qui étaient réunis là et s'inhibaient grâce à de complexes réactions chimiques dont Hirako ne comprendrait rien.

Une explosion assez immense pour détruire cette foutue maison et la totalité de ses habitants…

« Shinji, pourquoi est-ce que t'as ouvert cette… »

Hiyori se figea, découvrant avec horreur ce que son ami de toujours tenait entre ses doigts, le faisant rouler comme si ce que c'était n'avait aucune putain d'importance.

« Hirako, rends ça à Kisuke, tout de suite, intervint Yoruichi avec fermeté, son regard dur planté dans celui de Shinji qui était profondément nonchalant.

- Je ne crois pas non, répondit-il en baissant les yeux sur l'explosif. Ce soir… J'ai un marché à vous proposer. »

Oh merde, songea Ichigo en voyant le regard que Shinji lui lançait.

« Je vous rends ceci sans la faire malencontreusement tomber par terre, et en échange… Vous me donnez Ichigo. Sommes-nous d'accord ? »

La salle blanche et aseptisée et l'éclair passèrent comme des ombres fantomatiques devant les yeux d'Ichigo. Son sang ne fit qu'un tour.

« Plutôt crever. »