Bonjour tout le monde,
Voici le 37ème chapitre. On approche vraiment de la fin cette fois.
Et il est temps pour Dean d'affronter ses propres blessures et de prendre les choses en main. Heureusement pour lui, Castiel est là pour l'aider à aller mieux.
Bonne lecture
Merci pour vos messages
Sydney8201
Musique du chapitre :
Soldier's poem de Muse
Chapitre 37 : Le temps des adieux
« D'être hanté par mes vieilles obsessions, cela me rassure. Mieux vaut un cauchemar apprivoisé que la blessure à vif d'un souvenir récent »
Daniel Sernine
Castiel n'avait pas réussi à s'endormir. Après avoir quitté le bar avec Dean et rejoint son appartement, il avait aidé le jeune soldat à prendre une douche rapide puis l'avait installé confortablement sous les couvertures. Il lui avait longuement massé la cuisse gauche pour soulager ses muscles en lui parlant de tout et de rien. D'un futur prochain où tout irait mieux pour eux deux.
Quand Dean fut enfin endormi, Castiel s'installa à côté de lui. Le jeune soldat avait un bras passé sous son oreiller et son autre main posée entre eux sur le matelas. Il était installé sur son côté droit et semblait confortable. Son visage était détendu et sa bouche légèrement entrouverte. Il semblait apaisé. Pour quiconque le verrait ainsi, il serait probablement impossible de deviner ce qui se passait dans sa tête.
La crise d'angoisse qu'il avait fait au bar était prévisible. Castiel s'en voulait de ne pas avoir deviné qu'elle interviendrait. Il aurait du se méfier. Il aurait du demander à Meg et Balthazar de venir rencontrer son petit ami chez lui. Dans un lieu qu'il connaissait et où il n'y aurait pas des dizaines d'inconnus. Des regards à affronter.
Castiel savait combien Dean avait des difficultés à accepter sa nouvelle apparence. Le reflet du miroir et ce qu'il lisait dans les yeux des gens qui devinaient son handicap. Il avait beau faire des progrès au quotidien, il n'en était pas moins fragile. Il avait besoin de temps. Il avait besoin qu'on le rassure. Castiel avait manqué à sa tâche mais il ne commettrait pas deux fois la même erreur. Il s'en fit la promesse.
Il aurait probablement du dormir mais il n'était pas fatigué. Son esprit tournait à toute vitesse et il se posait trop de questions pour pouvoir trouver le sommeil. Il repensait à ce que Meg et Balthazar avaient dit. A ce qu'ils avaient laissé sous entendre.
Castiel savait que sa relation avec Dean les surprenait. Qu'ils avaient du mal à comprendre qu'il puisse être tombé amoureux du demi frère d'Adam. Il avait toutefois espéré obtenir leur soutien immédiatement. Il ne doutait pas qu'ils finiraient par accepter cette relation. Il était toutefois surpris qu'ils n'en aient pas été capables sur le coup. Il leur en voulait. Il avait accepté leurs excuses mais il les jugeait responsables de l'état dans lequel Dean s'était retrouvé ensuite.
Il y avait encore tellement de travail à faire pour que le jeune soldat aille réellement mieux que Castiel ne savait pas vraiment par où commencer. Mais cela ne l'effrayait pas pour autant. Il se sentait capable de l'aider. Il se sentait suffisamment fort et suffisamment amoureux pour le guérir.
Cela en valait la peine. Peu importait les efforts qu'il aurait à fournir, il savait d'ors et déjà qu'il aimerait plus encore Dean après. Ses sentiments ne changeraient pas au moment où il redeviendrait l'ancien lui. Car Castiel en avait eu un aperçu en discutant avec Jason. Le jeune soldat était vraiment lui même quand ils échangeaient des messages. Sous le couvert de l'anonymat, il s'était livré avec sincérité et s'était autorisé à redevenir celui que sa blessure l'avait empêché d'être jusque là.
Castiel était tombé amoureux de Jason avant d'aimer Dean et cela le confortait dans l'idée qu'il continuerait à l'aimer quand le jeune soldat serait enfin guéri.
Ce serait probablement long et difficile. Il y aurait inévitablement des hauts et des bas. Des disputes. Des moments de doute. Castiel allait devoir s'accrocher et espérer que Dean en fasse de même. Ensemble, ils étaient capables de tout. Mais ils ne devaient surtout pas baisser les bras.
Castiel posa sa main sur la joue de Dean et caressa sa pommette du bout du doigt durant de longues secondes. Il aimait le visage du jeune soldat. Il aimait la couleur de ses yeux, les tâches de rousseur qui étaient parsemées sur son nez et ses joues et l'épaisseur de ses lèvres. Il aurait pu passer des heures à le regarder. Il doutait de pouvoir s'en lasser.
Dean était parfait. Et Castiel était triste de voir qu'il n'en avait pas conscience. Car en plus des doutes que le jeune soldat avait sur son physique, il en avait également sur tout ce qui faisait de lui l'homme qu'il était. Il ne se jugeait pas suffisamment courageux, pas suffisamment intelligent et pas suffisamment intéressant. Il n'avait pas idée qu'il était totalement fascinant. Que Castiel voyait son âme avant tout et qu'il était tombé amoureux de la lumière qui semblait émaner de lui en permanence. Il était tombé amoureux de son courage et de sa force. De tout ce qui faisait de lui un héros.
Castiel aurait aimé avoir les mots pour le lui faire comprendre mais il ne savait pas comment commencer. Comment rassurer son petit ami sans pour autant lui donner l'impression qu'il n'était pas capable de s'en sortir seul. Dean tenait beaucoup à son indépendance. Et Castiel ne voulait pas la lui retirer. Il aimait que le jeune soldat soit fort. Qu'il soit courageux et solide. Il aimait l'idée qu'il soit un héros.
Castiel sourit faiblement en posant sa main sur la joue de Dean. Il la caressa du bout du pouce lentement. Il aurait aimé avoir le temps de compter une à une les tâches de rousseur qui étaient parsemées sur ses pommettes. Il aurait aimé tenter de les relier les unes avec les autres pour voir le dessin qu'elles formeraient ensuite. Il était fasciné par elles. Fasciné par la teintes plus foncées qu'elles prenaient avec le soleil. Il y avait tellement de choses à regarder sur le visage de Dean que Castiel savait qu'il pourrait passer sa vie à l'observer sans jamais se lasser. Il espérait sincèrement en avoir l'occasion. Même s'il devrait finir par dormir à un moment ou à un autre.
Le jeune docteur laissa son regard vagabonder sur le reste de son corps que la couette couvrait seulement à moitié. Il était torse nu et Castiel fut distrait pendant une seconde par la musculature du jeune soldat. Il plissa les yeux et observa les cicatrices que Dean tenait de sa vie passée. Celles qui témoignaient des épreuves qu'il avait endurées dans son travail. Elles ne le défiguraient pas plus que sa jambe gauche. Bien au contraire. Adam en avait lui aussi. Il les assumait pleinement. Il ne cherchait jamais à se cacher. Et Castiel avait pris le temps de les embrasser une à une. Il ferait la même chose avec Dean un jour. Si le jeune soldat lui en donnait l'occasion.
Castiel n'aurait pas su dire combien de temps s'écoula mais après un long moment durant lequel le jeune médecin observa le torse de son petit ami, Dean poussa un gémissement et tourna doucement le visage en fronçant les sourcils. Castiel devina aussitôt que le jeune soldat faisait un cauchemar. Il avait également une vague idée de ce dont il pouvait s'agir. Il revivait probablement son accident encore et encore. Revoyait ses hommes mourir sous ses yeux. Castiel avait envie de le réveiller. Mais il était comme statufié. Incapable de faire quoi que ce soit d'autre que d'assister impuissant à sa souffrance.
Dean poussa un nouveau gémissement et quand Castiel tendit l'oreille, il put discerner le mot qu'il répétait encore et encore.
- Non, non, non, non …
Le jeune soldat bougeait à présent, se tordant dans tous les sens comme pour échapper à des mains invisibles qui tentaient de l'attraper. Castiel ne pouvait pas le laisser souffrir plus longtemps. Il se redressa et saisit son petit ami par les épaules.
- Dean, réveille toi s'il te plait.
Le jeune soldat ne semblait pas l'entendre. Il continuait de remuer sur le lit en gémissant.
- Désolé, je suis … je suis désolé, disait il à présent d'une voix tremblante.
Castiel sentit les larmes lui monter aux yeux et il secoua un peu plus fortement Dean pour le forcer à ouvrir les yeux. Il ne supportait pas de l'entendre s'excuser pour quelque chose dont il n'était pas responsable. Pour la mort d'hommes et de femmes qu'il avait tout fait pour protéger. Dean n'avait aucune raison de s'en vouloir mais il se sentait coupable. Et Castiel savait parfaitement ce qu'il ressentait. Il avait vécu la même chose à la mort d'Adam.
- Dean, tout va bien, tu es avec moi mais j'ai besoin que tu te réveilles ! Cria le jeune médecin.
Dean continua de se débattre durant quelques secondes avant de pousser un cri horrible qui brisa le cœur de Castiel. Il ouvrit ensuite brutalement les yeux. Mais le jeune soldat savait qu'il ne le voyait pas. Savait qu'il n'était pas encore totalement sorti de son cauchemar. Il avait le regard voilé et il semblait chercher quelque chose dans la pièce. Un danger. Une menace. Castiel ouvrit la bouche pour tenter de le rassurer mais il n'en eut pas le temps. Dean posa finalement les yeux sur lui et poussa un nouveau cri avant d'abattre son poing dans la figure de son petit ami. Castiel bascula en arrière sous la force de l'impact. Il presse une main contre sa joue en tentant de se relever. Devant lui, Dean tentait de prendre la fuite. Il ne semblait plus se souvenir qu'il lui manquait une jambe. Qu'il ne pouvait pas courir ou marcher sans l'aide de ses béquilles ou de sa prothèse. Il oublia alors la douleur qui irradiait dans sa joue pour tenter de le retenir. Mais Dean lui échappa sans trop de problèmes. Il avait beau être blessé, il avait toujours les mêmes réflexes qu'à l'époque où il était soldat. Il roula jusqu'au bord du lit puis tenta de se relever. Pendant une seconde, il tint debout sur une seule jambe. Mais quand il essaya de faire un pas en avant, il chuta lourdement sur le côté. Castiel l'appela aussitôt en se relevant à son tour.
Il avait affreusement mal dans la joue et sa tête tournait mais il n'avait pas le temps de se préoccuper de ses blessures. L'essentiel était de vérifier que Dean allait bien. Qu'il ne s'était pas blessé dans sa chute.
Castiel contourna le lit et s'immobilisa quand il vit le jeune soldat allongé par terre. Il ne semblait pas avoir perdu connaissance mais tout son corps tremblait violemment. Il était en position foetale, sa jambe gauche appuyée contre sa droite. Castiel se laissa tomber à genoux à côté de lui et posa une main sur son épaule. Il ne savait pas vraiment si le jeune soldat avait conscience à présent de l'endroit dans lequel il se trouvait. S'il avait totalement échappé au cauchemar qui l'avait mis dans cet état. Il préférait se montrer prudent. Il se fichait que Dean le frappe à nouveau. Mais il ne voulait surtout pas que son petit ami se blesse en tentant quoi que ce soit.
- Dean, c'est moi … c'est Castiel. On est chez toi à Chicago. Tu n'es plus en Irak … tout va bien, murmura t-il pour tenter d'atteindre Dean sans le brusquer.
Le jeune soldat laissa alors échapper un long sanglot et Castiel sentit son cœur se briser à nouveau. Il y avait tellement de souffrance chez le jeune soldat. Il l'avait toujours su mais il n'en avait pas été témoin jusque là. Et c'était atroce. Il devait absolument faire quelque chose pour l'aider.
- Dean, tu m'entends ?
Le jeune soldat hocha vaguement la tête sans parler. Castiel sut alors qu'il pouvait entrer en action sans courir de risques. Il contourna son petit ami puis se pencha pour pouvoir voir son visage. Il ne semblait pas blessé. Mais Castiel refusait de se contenter d'une vérification rapide. Le jeune soldat était tombé lourdement sur le côté et ses blessures pouvaient ne pas être visibles pour le moment. Le plus prudent aurait été de l'emmener à l'hôpital mais il était évident que Dean refuserait. Castiel allait devoir l'examiner lui même et espérer que cela suffise.
- Est-ce que tu as mal quelque part ?
Dean secoua la tête mais ne dit rien à nouveau. Il sanglotait toujours. Ses yeux étaient fermés et ses poings serrés. Castiel savait qu'il cherchait à fuir son regard. Parce qu'il avait honte de ce qui venait de se passer. Parce qu'il avait peur que son petit ami lui en veuille. Mais Castiel n'était pas en colère. Loin de là. Il était juste inquiet.
- Tu peux te redresser ? Je vais t'aider à te remettre sur lit.
Dean hocha à nouveau la tête en guise de réponse. Castiel ne le força pas à parler. Il devait lui laisser le temps. Il était frustré par son silence mais il savait que c'était la seule façon que le jeune soldat avait de se protéger de ce qui venait de se passer. Il avait encore besoin de nier et Castiel refusait de le confronter à la réalité de force. Même s'il allait devoir lui dire certaines choses afin de l'aider à avancer.
Le jeune médecin aida son petit ami à s'asseoir puis passa ses bras autour de son torse. Il eut quelques difficultés à le relever – Dean était plus lourd que lui et un poids mort qui ne coopérait pas – mais il finit par réussir à l'asseoir sur le lit. Il lui attrapa ensuite la jambe droite et le rallongea confortablement sur le matelas. Dean avait toujours les yeux fermés. Sa respiration était saccadée et il continuait de sangloter. Mais il semblait être un peu plus calme à présent. Comme résigné.
- Est-ce tu t'es cogné la tête ? Demanda Castiel.
- Cas, souffla alors Dean.
Sa voix était rauque et remplie de larmes. Mais il parlait enfin et c'était une bonne chose.
- Est-ce que tu as mal quelque part ? A ta jambe ? Ton dos ? J'ai besoin de savoir, expliqua Castiel qui refusait d'abandonner son examen.
Il avait besoin de savoir que son petit ami allait bien physiquement avant de se préoccuper de son état mental. Dean sembla le comprendre puisqu'il finit par lui répondre.
- Non, je … ça va mais .. je suis … je me suis cogné le bras … le coude. Ce n'est pas grave … Cas … je suis tellement … je suis désolé, bafouilla le jeune soldat.
Castiel ne répondit pas immédiatement et attrapa le bras de son petit ami pour regarder son coude. Il y avait déjà le début d'un hématome sur l'articulation mais elle ne semblait pas fracturée. Dean avait eu de la chance. Il aurait pu se blesser sérieusement en tombant. Et Castiel était conscient que ce qui venait de se passer risquait fortement de se reproduire dans l'avenir. Ils n'auraient peut être pas la même chance la prochaine fois. Il devait convaincre Dean de faire quelque chose pour se débarrasser de ses cauchemars. Il pouvait l'aider. Mais il n'était pas suffisamment compétent pour le guérir seul. C'était le rôle d'un psychologue.
- Ne le sois pas Dean. Tu ne savais pas que c'était moi, assura t-il en relevant les yeux pour regarder son petit ami.
Ce dernier pleurait toujours mais il ne sanglotait plus. Les larmes roulaient sur ses joues et s'échouaient quelque part sur ses lèvres ou sur son menton. Il faisait peine à voir. Castiel lui relâcha alors le coude et l'attrapa par les joues.
- Je ne suis pas en colère contre toi, assura t-il car il savait que c'était exactement ce que Dean pensait à cet instant précis.
Le jeune soldat avait les yeux ouverts mais il ne regardait pas Castiel. Il observa le reste de la chambre par dessus son épaule. Presque comme s'il avait encore besoin de vérifier que personne ne se cachait dans le noir, prêt à les attaquer. Comme s'il était persuadé qu'ils n'étaient pas en sécurité dans son appartement. Castiel n'avait aucune idée précise de ce que Dean avait traversé en Irak le jour de sa blessure. Mais il en avait une vague idée. Il avait entendu des dizaines de soldats lui parler de leurs accidents. Du danger permanent et de leur peur de mourir. Il savait ce qui se passait dans sa tête. Mais il avait besoin que son petit ami se concentre sur lui pour que ses mots l'atteignent vraiment.
- Je ne suis pas en colère, répéta t-il. Dean … regarde moi.
Le jeune soldat posa alors les yeux sur lui et fronça les sourcils quand il aperçut l'hématome qui se formait sur sa joue. Castiel vit alors la culpabilité s'emparer de lui, chassant tout le reste sur son passage.
- Je t'ai frappé, constata Dean.
- Oui mais tu ne savais pas que c'était moi.
Dean ne semblait pas se soucier de ce détail. Il ne voyait que le bleu sur la joue de Castiel. Que le coup qu'il lui avait donné. Il se fichait que tout soit du à son cauchemar. Il s'en voulait et il continuerait de s'en vouloir tant que Castiel n'aurait pas trouvé les mots justes. Le problème était que le jeune médecin n'avait aucune idée de ce qu'il devait dire.
- Dean, tu as fait un cauchemar et quand je t'ai réveillé, tu … c'était comme si tu n'étais pas là … comme si tu ne me voyais pas. Tu étais toujours là bas … toujours en danger. Tu as voulu te défendre et je ne t'en veux pas. Je n'ai même pas vraiment mal. Il va falloir que tu me crois.
Dean secoua la tête puis ferma à nouveau les yeux. Il cherchait de nouveau à fuir Castiel. A fuir la réalité. Ce n'était pas la bonne solution.
- Dean, j'ai besoin que tu me parles … j'ai besoin que tu me racontes ce que tu as vu. Tu ne peux pas … tu ne peux pas fuir éternellement et tu n'as pas le droit de me tenir à l'écart … pas maintenant … pas si tu m'aimes.
- Je t'aime, assura le jeune soldat en rouvrant les yeux.
Castiel n'en doutait pas. Il ne le pouvait pas quand il lisait la sincérité dans le regard de son petit ami. Il sourit faiblement parce que c'était une première étape avant de reprendre la parole.
- Alors parle moi Dean … parle moi, supplia t-il.
Le jeune soldat hocha la tête pendant quelques secondes avant de se passer une main sur le visage pour effacer les larmes qui continuaient de couler. Castiel lui laissa le temps de retrouver son calme mais ne le quitta pas des yeux pour autant. Il devait garder la connexion. Ne surtout pas perdre l'attention de son petit ami. Ils vivaient un moment capital. Non seulement pour la santé du jeune soldat mais aussi et surtout pour le futur de leur relation.
- Nous avions des infos avant de partir … on savait que c'était risqué. On avait été prévenu. Mais les ordres … les ordres étaient clairs. On devait sécuriser cette route pour permettre le passage d'un convoi de ravitaillement. Je … j'étais au volant. Gordon, Samandriel et Richie étaient avec moi. Les autres nous suivaient dans un autre véhicule. J'avais pris la tête parce que je … je continuais de penser que c'était une erreur mais on ne discute pas les ordres tu sais … c'est la première chose qu'on nous apprend là bas.
Castiel le savait pour avoir entendu Adam le dire plusieurs fois. Il hocha la tête pour le signifier à son petit ami. Il ne voulait surtout pas l'interrompre. Dean prit alors une grande inspiration avant d'expirer lentement par le nez.
- Je discutais avec Samandriel … on parlait de sa famille et de ce qu'on ferait en rentrant au pays. J'ai vu quelqu'un au bord de la route … vu qu'un autre véhicule arrivait dans notre direction mais je n'ai pas pensé … et ensuite … il y a eu une explosion. La bombe a renversé notre véhicule. J'ai été projeté par le pare-brise. J'ai du perdre connaissance mais quand j'ai rouvert les yeux … quand j'ai rouvert les yeux, il y avait des coups de feu. Des soldats ennemis étaient là pour nous achever mais ceux qui se trouvaient dans l'autre véhicule ont réussi à les abattre. J'entendais des cris et des pleurs et … je voulais … je savais que c'était Samandriel. Mais je ne pouvais pas m'approcher de lui. J'ai crié son nom … et … Garth est venu m'aider. Je ne voulais pas qu'il s'occupe de moi. Je lui répétais d'aller voir les autres. Je me fichais de me vider de mon sang … je me fichais de mourir. Ma jambe était presque arrachée de mon corps et il y avait un morceau de la carrosserie enfoncé en travers de ma cuisse. Je l'ai supplié de me laisser mourir et de sauver les autres. Il m'a alors dit qu'ils étaient déjà morts. J'ai perdu connaissance. Quand je me suis réveillé, j'étais à l'hôpital. La suite, tu la connais.
Castiel ne pouvait qu'imaginer l'épreuve que Dean avait traversée quelques mois plus tôt. La souffrance qu'il avait enduré en entendant un de ses hommes hurler et mourir non loin de lui. Il comprenait sa culpabilité. Mais il avait tort. Et il allait devoir le comprendre pour avancer.
- Tu n'aurais rien pu faire pour eux Dean, assura t-il.
- J'aurais du désobéir … suivre mon instinct. J'aurais du … j'étais responsable d'eux. Ils sont morts par ma faute. Et ils reviennent … toutes les nuits, ils sont là. Ils ne me quittent pas.
Castiel s'approcha de Dean et vint appuyer son front contre le sien pour établir un contact plus intime encore. Il savait que le jeune soldat en avait besoin mais qu'il n'oserait pas le demander.
- Dean, tu as passé sept années à t'entendre répéter qu'il était essentiel de suivre les ordres. Que la désobéissance était répréhensible. Tu n'as rien à te reprocher. Et aucun de tes hommes ne t'en veut … ils sont tous venus te voir à l'hôpital. Ils ne te considéraient pas comme coupable de la mort de tes trois camarades. Pas plus qu'Henriksen ne le pense d'ailleurs. Dean … les gens avec qui tu as servi n'ont que du respect et de l'admiration pour toi. Fais leur confiance sur ce point …
Le jeune soldat avait de nouveau le visage baigné de larmes. Castiel savait qu'il avait besoin de pleurer pour évacuer un peu de la souffrance qu'il gardait enfermée quelque part au plus profond de lui. Il ne pouvait pas la faire disparaître sans l'affronter. C'était une bonne chose qu'il accepte de l'exprimer.
- Je ne sais pas comment faire pour m'en débarrasser Cas … je ne sais pas comment faire pour ne plus m'en vouloir. Ils étaient … ils étaient ma responsabilité.
- Et tu as toujours fait en sorte de les protéger mais il y a des choses qu'on ne peut prévoir … qu'on ne peut pas éviter. Tu le sais aussi bien que moi.
Dean recula alors son visage pour le prendre dans ses mains. Il laissa échapper un nouveau sanglot et Castiel le laissa faire. Il se contenta de lui caresser les cheveux pour lui rappeler qu'il était là et qu'il n'avait pas l'intention de partir.
- Je ne te dirais jamais que je sais exactement ce que tu ressens parce que ce serait un mensonge. Mais j'ai moi aussi vécu une longue période de ma vie avec une culpabilité dévorante. Je m'en suis voulu durant cinq années pour la mort d'Adam et … je t'ai entendu me dire que je n'étais pas responsable. Tu m'as également conseillé de lui dire « adieu » … de le laisser partir pour vivre enfin ma vie pleinement. Je pense que ce conseil s'applique à toi autant qu'à moi.
- Je … je … ne … ne … peux pas, bafouilla Dean aussitôt entre deux sanglots.
Castiel ne comprenait pas comment un homme qui avait survécu à l'enfer et affronté des épreuves durant sept années sans jamais faiblir pouvait autant manquer de confiance en lui. Dean était tellement plus fort que ce qu'il croyait. Castiel savait qu'il était capable de surmonter cette nouvelle épreuve. Il lui suffisait d'y croire.
- Bien sûr que si tu le peux … Dean … tu ne pourras jamais aller mieux tant que tu n'auras pas accepté de les laisser partir. Ils sont morts … mais toi tu es en vie.
- Justement, protesta le jeune soldat en retirant ses mains de son visage. Je préférerais être mort à leur place … ils auraient du me laisser me vider de mon sang et sauver Samandriel … Gordon ou Richie. Je … j'étais sergent et j'aurais du mourir.
Castiel souffrait en entendant ces mots. Il savait qu'il ne s'agissait pas de paroles en l'air. Dean aurait réellement préféré mourir si cela avait pu sauver ses hommes. Et c'était effrayant. Terrifiant même. Castiel ne pouvait pas le laisser tenir de tels propos.
- Non Dean … tu ne méritais pas de mourir … pas plus que tes hommes ne le méritaient d'ailleurs. Je sais que tu t'en veux d'être en vie … on appelle cela la culpabilité du survivant … mais crois-moi … tu ne trouveras personne pour regretter que tu aies survécu. La mort de tes trois hommes est dramatique mais la tienne l'aurait été tout autant. Ton frère … tes amis … tes camarades … aucun n'aurait été soulagé. J'espère que tu en as conscience. Et je n'aurais pas eu la chance de te connaître …
- Comment peux tu ne pas penser que je suis un lâche ?
Castiel dut se retenir de soupirer. Il savait bien que Dean ne disait pas tout cela pour l'ennuyer. Qu'il pensait réellement toutes ces choses et que ses questions étaient sincères. Mais elles étaient inutiles. Elles ne faisaient pas avancer les choses.
- Dean, je vais te le dire une dernière fois mais je compte sur toi pour l'enregistrer pour de bon … tu n'es pas un lâche. Tu n'es pas faible non plus. Tu es blessé et fragile ces derniers temps mais cela n'enlève rien à ton courage et à ta force. Tu es … tu es un héros et tout le monde autour de toi le sait … tes hommes le savent également. Il n'y a que toi qui continue à le nier. A l'ignorer et je ne peux pas te forcer à le croire … j'ai besoin que tu fasses un effort sur ce point.
- Je ne sais pas si j'en serais capable.
Castiel déposa un rapide baiser sur les lèvres de son petit ami avant de le regarder à nouveau dans les yeux.
- Tu y arriveras … mais pour cela tu vas avoir besoin d'aide extérieure. Dean … si tu continues comme ça, tu ne t'en sortiras jamais. Je peux t'aider mais tu vas également avoir besoin d'un psychologue … d'un spécialiste. Il est temps pour toi de tirer un trait sur ce qui s'est passé. De laisser tes hommes partir et d'accepter leur mort. Tu ne les oublieras pas … pas plus que je ne pourrais oublier Adam. Mais il faut lâcher prise. Il faut leur dire adieu.
Dean semblait avoir besoin de quelques minutes pour comprendre ce que Castiel lui disait. Il ferma les yeux une seconde puis quand il les rouvrit, il hocha la tête.
- Je veux bien essayer … je veux … je veux aller mieux, admit il.
C'était tout ce que Castiel pouvait obtenir de lui pour le moment. Il allait devoir s'en contenter. Il sourit à son petit ami puis l'embrassa à nouveau. Il grogna malgré lui quand Dean posa une main sur sa joue blessée. Le jeune soldat le relâcha aussitôt.
- Je t'ai fait mal, souffla t-il.
- Je m'en fiche, répliqua Castiel aussitôt.
Il guida ensuite Dean pour qu'il s'allonge sur le lit et s'installa au dessus de lui, entre ses jambes. Il savait exactement ce dont son petit ami avait besoin à cet instant précis. Il avait besoin de preuves. Besoin de sentir que Castiel n'avait pas changé d'avis le concernant. Qu'il continuait de l'aimer et n'avait aucunement l'intention de partir. Il ne voyait qu'un moyen d'y arriver.
Il embrassa le jeune soldat avec passion tout en glissant une de ses mains le long de son ventre. Dean répondit au baiser et referma ses bras dans le dos de son petit ami pour le garder contre lui.
Ils restèrent ainsi durant de longues secondes mais quand Castiel sentit l'érection de Dean presser contre sa hanche, il se décida à passer la vitesse supérieure. Il se remit sur les genoux et attrapa le rebord du boxer de son petit ami. Il plongea son regard dans le sien et le lui retira lentement. Dean avait sa lèvre inférieure emprisonnée entre ses dents et ses bras le long de son corps, les poings serrés. Castiel se déshabilla à son tour rapidement avant de se réinstaller sur le jeune soldat.
Il l'embrassa à nouveau et fut satisfait de sentir la jambe droite du jeune soldat se refermer autour de sa taille. Castiel déposa alors des baisers dans son cou puis le long de son torse. Il l'embrassa jusqu'à ce que ses lèvres atteignent son nombril. Il le contourna et s'intéressa longuement aux os de ses hanches. Il attrapa ensuite son sexe dans sa main et referma ses lèvres autour. Dean se tendit brusquement et poussa un long gémissement. Castiel avait perdu l'habitude mais il fit son maximum pour faire les choses bien. Il avait du mal à respirer par le nez tout en bougeant la tête et quand le sexe de Dean heurta le fond de sa gorge, il dut se retenir de tousser. Le jeune soldat du le sentir. Il lui attrapa le cou et le força à reculer. Il l'attira ensuite à lui.
- J'ai besoin de toi Cas … s'il te plait.
Le jeune médecin hocha la tête puis se redressa à nouveau sur les genoux. Il posa les jambes de Dean sur ses cuisses et attendit que le jeune soldat lui tende une bouteille de lubrifiant. Il ne voulait pas savoir depuis quand il l'avait ou pourquoi il l'avait acheté. Peu importait les hommes qui avaient connus Dean avant lui. Il n'y avait plus qu'eux qui comptaient. Castiel aspergea ses doigts de liquide puis en introduisit un à l'intérieur de son petit ami. Il rencontra une légère résistance mais ne s'arrêta pour autant. Il garda les yeux rivés sur ce qu'il faisait et ajouta un deuxième doigt après quelques secondes. Dean arqua alors le dos quand les doigts de Castiel effleurèrent sa prostate et le jeune médecin accéléra sensiblement son rythme. Il ajouta son annulaire pour parfaire la préparation avant de reculer sa main et de se positionner correctement entre les jambes de son petit ami.
Il garda une nouvelle fois les yeux rivés dans ceux de Dean quand il le pénétra enfin. Il ne voulait surtout pas que le jeune soldat lui échappe. Qu'il se réfugie quelque part dans sa tête où Castiel ne pourrait pas l'atteindre. Il voulait être sûr qu'il était là avec lui. Qu'il prenait du plaisir et qu'il comprenait le message que le jeune médecin tentait de lui transmettre. « Je t'aime ». « Je t'admire ». « Je ne te quitterais jamais ». « Tu peux compter sur moi ». C'était autant de phrases que Castiel ne prononçait pas mais qu'il tentait de faire comprendre à son petit ami avec chaque mouvements de ses hanches, chaque baisers dans son cou ou sur sa bouche. Dean semblait enfin entendre ce qu'il lui disait même s'il ne prononçait pas les mots. Il était plus réceptif à cet instant précis que si le jeune médecin lui avait tenu un long discours.
Castiel continua d'aller et venir à l'intérieur du jeune homme sans chercher à changer de rythme ou à atteindre l'orgasme. Il aurait aimé que cela puisse durer des heures entières. Il ne se lasserait jamais de sentir le corps de Dean l'accueillir en lui … de le sentir l'agripper pour ne pas le laisser lui échapper. Il était accroc aux sensations que le jeune soldat lui procurait. Et à cet instant précis, leurs fantômes respectifs n'existaient plus. Il n'y avait plus d'ex petit ami … de camarades d'armes … Il n'y avait plus qu'eux.
- Cas … Castiel, gémit Dean.
Le jeune médecin hocha la tête en accélérant finalement le rythme de ses hanches. Il s'apprêtait à saisir le sexe de Dean pour le masturber en même temps mais il n'en eut pas besoin. A sa grande surprise, le jeune soldat se tendit brusquement, poussa un cri qui résonna autour d'eux et se répandit finalement sur son ventre et son torse sans avoir besoin de quoi que ce soit de plus que de la sensation du sexe de Castiel allant et venant en lui. C'était une grande première pour le jeune médecin et il ne put se retenir plus longtemps. Il s'abandonna à son orgasme sans réellement s'en rendre compte et ferma les yeux. Il eut la sensation que cela durait une éternité.
Quand il fut enfin suffisamment lucide à nouveau, il se laissa tomber sur Dean et l'embrassa dans le cou et sous le menton.
- Tu n'as pas idée à quel point je t'aime, souffla t-il contre la peau du jeune soldat.
Ce dernier respirait bruyamment et rapidement mais il ne pleurait plus. Castiel était persuadé à présent que son message était passé.
- Je t'aime aussi, assura Dean après quelques secondes.
Castiel se retira alors de lui et vint s'installer à sa droite. Il passa un bras autour de sa taille, se fichant totalement du sperme qui collait à sa peau à présent. Il avait besoin de quelques minutes encore pour apprécier la proximité du jeune soldat. Il pourrait se soucier des détails plus tard.
- Je vais retourner voir Pamela, déclara alors Dean brusquement.
Castiel releva la tête de son oreiller, surpris par ce qu'il entendait. Il pensait effectivement qu'il s'agissait là de la meilleure solution. Le jeune médecin ne mettait pas en doute les capacités du thérapeute qui suivait son petit ami actuellement. Mais Pamela avait plus d'expérience avec les vétérans. Elle savait exactement comment les aborder et comment les faire parler. C'était la personne idéale pour aider le jeune soldat.
- Tu es sûr ? Demanda t-il toutefois.
Il ne voulait pas que son petit ami se sente obligé de le faire pour le satisfaire lui. Il devait être convaincu qu'elle pourrait l'aider et ne pas agir uniquement pour conforter Castiel. Sa thérapie ne pourrait pas fonctionner s'il n'était pas convaincu qu'elle le pouvait.
- J'en suis sûr, confirma alors Dean en hochant la tête. Rufus est quelqu'un de bien et il est doué mais … il n'a pas … il n'a pas d'expérience dans ce domaine et j'ai besoin de quelqu'un qui peut me comprendre. De quelqu'un qui a déjà entendu des discours similaires. J'ai besoin de Pamela.
- Elle sera ravie de pouvoir t'aider.
Castiel ne doutait pas une seconde que son amie serait enchantée de le voir revenir. Elle avait très mal vécu son échec avec lui. Elle détestait ne pas réussir à aider un patient. Elle serait soulagée de le voir revenir vers elle.
Le jeune médecin reposa finalement sa tête sur l'oreiller et commença à dessiner des formes aléatoires du bout des doigts sur le ventre de son petit ami. Il n'aurait pas su dire combien de temps ils restèrent ainsi en silence mais quand Dean reprit la parole, il commençait tout juste à sentir la fatigue s'emparer de lui.
- Gordon ne m'aimait pas, déclara le jeune soldat.
Castiel ne dit rien. Il savait que son petit ami avait besoin de parler des trois hommes qu'il avait perdus. Il avait espéré qu'il accepterait de le faire un jour. Mais il n'avait pas pensé que cela arriverait aussi vite. Il était surpris. Mais il était content de voir qu'il lui faisait suffisamment confiance pour lui en parler.
- Je crois qu'il était jaloux de ma nomination au poste de sergent. Il avait plus d'ancienneté que moi … il aurait pu obtenir ce poste mais il était … je crois qu'il était trop imprévisible pour avoir de telles responsabilités. Il … parfois il me faisait peur. Il aimait son métier mais pas uniquement parce qu'il aimait l'idée de servir son pays … il l'aimait … surtout parce que c'était quelqu'un de violent. Je gardais toujours un œil sur lui. J'avais peur qu'il finisse par perdre les pédales et par commettre une erreur. Mais aujourd'hui je … je réalise qu'il était un soldat exceptionnel. Il avait ses défauts comme tout le monde mais il était courageux et fort. Il me manque.
Castiel hocha la tête pour encourager Dean à poursuivre. Il se sentait honoré d'entendre l'histoire des hommes avec qui Dean s'était battu. Des hommes qui avaient probablement à un moment ou à un autre participé à sa survie. Qui étaient à remercier mais que Castiel n'aurait jamais la chance de rencontrer pour trois d'entre eux.
- Richie était … il était étrange. Il n'avait rien d'un soldat et plusieurs fois je me suis demandé pourquoi il avait rejoint l'armée. Il me semblait trop faible … trop fragile et incapable de se concentrer plus de quelques minutes. C'était un dragueur invétéré mais je l'ai vu … je l'ai vu se battre avec courage. Il était différent quand il était sur le terrain. Il m'a sauvé la vie une fois … a tiré sur un ennemi que je n'avais pas vu et qui aurait pu m'abattre. Il m'a sauvé la vie et je n'ai jamais réussi à sauver la sienne. Il … les médecins m'ont dit qu'il avait été écrasé par le véhicule. Mort sur le coup. Il n'a pas souffert. Je l'espère …
Castiel pressa ses lèvres contre l'épaule de Dean. Ce n'était pas réellement un baiser. Juste une caresse. Le jeune soldat tourna le visage vers lui et lui sourit tristement. Il semblait soulagé d'être capable de parler des hommes qu'il avait perdus. C'était comme leur rendre un dernier hommage. C'était le début des « adieux » qu'il devait réussir à faire s'il voulait progresser de façon significative.
- Samandriel … Sam était … c'était mon protégé … je l'aimais vraiment comme un frère. Tout le monde l'aimait à vrai dire. Garth l'avait surnommé Alfie et je n'ai jamais su pourquoi … je n'ai jamais posé la question. Il était jeune et naïf et … il avait tellement de belles idées sur ce que l'armée représentait … sur l'idéal qu'elle défendait. Il n'en voyait pas les travers … pas les défauts et les failles. Il était comme moi au début. Je … j'essayais de le protéger au maximum. Je le gardais en retrait dès que je le pouvais. Je ne voulais pas qu'il soit blessé. Alors quand on a décidé de traverser ce secteur … quand on est parti en reconnaissance sur cette route, je l'ai laissé monter avec moi pour garder un œil sur lui. C'est ce qui l'a tué. Il … n'est pas mort sur le coup. Il a fait une hémorragie interne. Il a souffert Cas et je l'entendais … je l'entendais pleurer et m'appeler. A la fin, il appelait sa mère. C'était … Sam n'aurait pas du être là. Il n'aurait jamais du s'engager aussi jeune. Il avait toute la vie devant lui. C'est du gâchis … je … je le comprends maintenant.
Castiel fronça les sourcils et s'écarta de l'épaule de Dean pour le regarder dans les yeux.
- Qu'est-ce que tu comprends ? Demanda t-il.
Le jeune soldat haussa vaguement les épaules.
- Que j'ai fait erreur … que je me suis trompé. L'armée représentait tout pour moi quand je l'ai rejointe. Je la voyais comme … comme mon père me l'avait décrite. Un groupe de gens se battant pour un idéal … pour défendre la démocratie et la liberté. Des hommes se soutenant mutuellement. Je … je n'imaginais pas une seconde qu'elle pourrait me décevoir. Mais elle n'est pas parfaite. Elle utilise des jeunes hommes et des jeunes femmes totalement aveuglés par leur envie de faire le bien et les laisse mourir à des milliers de kilomètres de leur famille. Les gradés se fichent de nous … des soldats. Nous ne sommes rien de plus que de la chair à canons. Je pense que Sam méritait mieux … je pense qu'il méritait mieux que d'être envoyé dans un endroit dont tout le monde savait qu'il était dangereux. Méritait mieux que de suivre des ordres donnés par des personnes qui ne prennent jamais le moindre risque. Et je crois que je méritais mieux moi aussi … J'ai aimé servir l'armée … mais je vois les choses plus clairement à présent.
Castiel était étonné par le chemin parcouru mentalement par Dean. Il n'exigerait jamais de lui qu'il condamne les choses que l'armée faisait faire à certains soldats. Il ne lui demanderait pas non plus de partager son opinion sur l'inutilité d'envoyer des jeunes tout juste sortis de l'adolescence se faire tuer. Mais il savait que cela viendrait. Dean avait compris que l'armée n'était pas ce qu'il avait toujours cru. Azazel lui avait prouvé que les soldats n'étaient pas tous des frères et des sœurs. Qu'ils n'étaient pas tous des héros.
Castiel se releva alors pour embrasser Dean sur les lèvres. Le jeune soldat se laissa faire, visiblement surpris.
- C'était pour quoi ? Demanda t-il ensuite, les sourcils froncés.
Castiel lui adressa un large sourire avant de l'embrasser rapidement à nouveau.
- Juste parce que je t'aime comme un fou … et que je sais quelle chance j'ai de t'avoir à mes côtés.
- C'est moi qui ai de la chance, assura Dean.
Castiel ne voulait pas débattre sur ce point. C'était inutile. Ils auraient tout le temps de travailler sur le manque flagrant de confiance en lui dont souffrait Dean. Ils finiraient par passer outre tout le reste également. Le jeune médecin appuya son visage contre le torse de Dean et posa sa main au niveau de son cœur pour sentir les battements contre sa paume. Tant qu'il pouvait avoir cela chaque soir et chaque matin, rien ne pourrait plus jamais le détruire.
