_ Arffff !
_ Minerva, vous me fendez le cœur à désespérer comme ça, fit le tableau de Dumbledore en réponse au énième soupir de la directrice.
_ Que voulez vous … Il reste encore quatre jours de vacances. Le château est totalement mort. J'ai préparé mes cours jusqu'à la fin de l'année. Il n'y a même plus de paperasse administrative à remplir. Et pour couronner le tout ça fait la troisième partie d'échec que je perds contre moi même !
_ Comment arrivez vous à perdre contre vous même ?
_ Aucune idée.
_ Si vous voulez je peux être votre adversaire.
_ Sans vous vexez, vous êtes un tableau.
_ Ce n'est pas un problème. Je vous dicte mes coups. Tenez, regardez, si on remonte les trois derniers coups vous avez mis votre reine en e6 pour faire échec alors que vous l'auriez mise en d4 vous ne faisiez pas échec mais vous contrôliez la ligne centrale. Et si je ne m'abuse vous pouviez faire mat en deux coups.
MacGonagal eut un haussement de sourcil digne du directeur des Serpentards. Elle remonta le jeu jusqu'au dit coup et constata que le vieux directeur disait vrai. Elle avait vraiment fait une erreur de débutante.
_ Vous savez quoi, je crois que je vais arrêter les échecs pour aujourd'hui, déclara-t-elle dépitée.
_ Comme vous voulez … Qu'est ce qui vous préoccupe ?
_ Hun ?
_ Vous êtes la spécialiste du jeu d'échec. Pour que vous fassiez des erreurs aussi grossières c'est que quelque chose ne va pas, fit-il d'un ton bienveillant.
_ A qui la faute ?
_ N'allez surtout pas me dire que c'est l'inactivité qui vous pèse tant. Je vous connais trop bien.
_ Parlons en de ça tient. Comment ce fait-il que vous soyez au courant d'autant de choses ?
_ Hum, hum, … disons que j'ai mes sources … répondit-il mystérieusement.
_ Si vous voulez mon avis c'est bien louche tout ça, répliqua-t-elle suspicieuse.
_ A vrai dire oui, je veux bien votre avis mais sur la question de tout à l'heure.
_ N'essayez pas de détourner la conversation vieux filou !
_ Vieux filou ? Vous commencez à parler comme Severus.
_ Comment se fait-il par Merlin que vous en arriviez toujours à parler de moi, intervint le portrait excédé de Severus.
_ C'est lui qui vous préoccupe ? Demanda Dumbledore dans un petit signe de tête.
_ Mais je vous en prie, faites comme si je n'étais pas là, râla Rogue avec une petite révérence méprisante.
_ Un peu oui, répondit finalement Minerva.
_ Pourquoi ?
_ C'est pourtant simple, on lui a livré Miss Granger en pâture. Ça m'inquiète de ne pas avoir de nouvelles.
_ Allons, il ne va pas la manger tout de même, rassura Albus.
_ D'un autre côté, vu votre prophétie pourrie, il va bien être obligé d'y passer avant de lui faire un morveux, lâcha le portrait de Severus l'air de rien.
_ Epargnez nous les détails et vos sous entendus grivois Severus ! S'exclama la directrice avec une mine de dégoût à peine dissimulée.
_ Ah, j'existe maintenant, railla ce dernier en se disant que la situation, tout aussi dramatique soit-elle, avait quelque chose de jouissif.
Dumbledore laissa les deux vieux amis se quereller. Lui aussi était pensif à l'approche de cette rentrée. Il faisait entièrement confiance à Severus pour ce qui est de la prophétie. Il est plus buté qu'un âne mais il a un cœur. Par ailleurs, le fait qu'il ne soit pas de retour à Poudlard est déjà une victoire en soi. Peut être même qu'à partir de maintenant il pourrait se débrouiller seul avec ses sentiments. Au pire, on aura toujours les moyens de le faire craquer.
Celui qui inquiétait Dumbledore était Marius Lestrange. Lorsqu'il lui avait brièvement parlé, il avait perçu que ce jeune garçon n'était pas foncièrement mauvais. En revanche il paraissait instable et extrêmement influençable. Cette rentrée allait être capitale pour ce serpentard. Quelle réponse allait-il donner à l'ultimatum qui lui avait été proposé ? L'ancien directeur avait l'intime conviction que ce jeune homme pouvait être sauvé, mais il craignait que le temps n'ait joué contre lui. Ces deux semaines d'immersion dans un univers malsain ont très bien pu le perdre à jamais …
Estimant qu'il ne servait à rien de présumer avant échéance, Dumbledore se reconnecta à la réalité. Une réalité qui s'avérait explosive.
_ Quoi ? Ça vous embête tellement que je sois sensé rouler des pelles à votre petite protégée ? Sans oublier le plus si affinités, taquina Severus.
_ Espèce de vieux pervers ! Je vais …
_ Me tuer ? Ah, vous vous tromper de moi. Adressez vous à l'autre. Mais s'il vous plait, évitez de le déranger s'il est avec une certaine Gryffondor de notre connaissance. C'est qu'il risquerait de m'en vouloir …
Dumbledore s'installa confortablement dans un coin de sa toile pour observer le spectacle.
Il devrait les séparer et les raisonner. D'autant qu'il lui fallait aviser la directrice de mettre leur garde chasse dans la confidence. Après tout, c'était sensé être lui qui avait mis Poudlard sans dessus dessous.
Cependant voir une Minerva, rouge de confusion et de colère, boxer le tableau d'un Rogue taquin était bien trop rare pour manquer l'occasion.
oOooOoOooOoOo
Pour une fois, l'ambiance du Terrier s'avéra bien plus calme que celle du château. En ce dernier jour de l'année, tous s'affairaient à préparer la nouvelle : certains au travail, les autres dans leurs foyers.
Il ne restait plus au Terrier que M et Mme Weasley ainsi qu'Hermione et Niréus.
Arthur, ayant finit les multiples corvées que lui avait confié sa femme décida d'aller prendre un peu l'air, laissant à l'intérieur Molly et Hermione materner le petit Teddy.
Comme le froid mordant ne lui laissait guère le choix, il entreprit de rejoindre son atelier pour aller bidouiller des objets moldus. Dernièrement un objet avec retenu tout particulièrement son attention : des écouleurs. Il n'avait aucune idée de ce à quoi cela servait. Pourtant ce devait être un truc important vu que presque tous les moldus se promènent avec ces gros machins aux oreilles. Peut être que s'il découvrait où est sensé se brancher ce fil rond, il comprendrait mieux. A une prise électrique peut être ? Quoique non. Il y a deux trous dans une prise électrique.
Tellement pris par la découverte d'un nouvel objet moldu fascinant, M Weasley ne remarqua pas tout de suite la masse sombre qui se tenait près du poulailler. Quand il réagit enfin, il put constater qu'il s'agissait en réalité de Niréus. Mû par une sorte de 6ème sens, il comprit de suite que quelque chose ne tournait pas rond, et s'approcha. Arthur était un peu ennuyé. Sa considérable expérience de père lui avait appris qu'il fallait aborder chacun d'une manière bien spécifique. Avec ses enfants c'est relativement facile puisqu'il les connait par cœur, mais pour ce qui est de ce gaillard là, comment allait-il s'y prendre ? Aller droit au but, parler de la pluie et du beau temps, jouer l'imbécile …
_ Ah ! A ce que je vois j'ai un compagnon de galère, lâcha jovialement Arthur.
_ De galère ? Reprit Niréus un peu surpris de l'intervention de M Weasley.
_ Ben oui, j'imagine que toi aussi tu es là parce que Molly ne te laisse pas souffler une seconde !
_ Euh … non, pas exactement.
« Raté ! » pensa Arthur. Si la carte de la solidarité masculine ne marchait pas, il fallait qu'il trouve autre chose.
_ Petit veinard !
Niréus ne répondit pas. Pour être honnête il ne comprenait pas pourquoi le rouquin s'obstinait à vouloir troubler son moment d'introspection.
Cette attitude contrariait les plans de M Weasley. Normalement le gamin aurait dû dire quelque chose du genre « si Molly vous pourchasse vous devriez vous montrer » ou « peut être que je peux vous aider » … Enfin n'importe quoi qui lui permette de rebondir. Celui là est pire que Charlie.
_ Aïe, aïe, aïe. Quelque chose ne va pas, je le sais, déclara-t-il.
_ Pardon ?
_ Crois en mon expérience, quand on en arrive à nourrir les poules grain par grain c'est que quelque chose ne tourne pas rond.
_ Mais je ne suis pas en train de nourr …
_ Si tu veux mon avis, pour se remettre les idées en place rien ne vaut un bon plongeon dans l'étang qui est à la sortie de la ville, le coupa M Weasley.
_ Il fait -3 degrés dehors, articula Niréus comme s'il s'adressait à un demeuré.
_ Raison de plus ! Entérina Arthur en priant intérieurement pour que le gamin ne réagisse pas comme Fred et Georges. Il se rappelle encore de ce rhume mémorable.
_ Vous sautez avec moi ? Demanda Niréus avec un petit sourire ironique.
_ Oui, bien sûr, déglutit M Weasley en se demandant s'il bluffait ou non.
_ Hun, hun … Pourquoi ne pas dire directement que je suis sensé vous parler de mes soit disant problèmes ?
_ Je n'y avais pas pensé mais c'est aussi une solution, répondit Arthur sur un ton faussement surpris.
« Il me prend vraiment pour le dernier des abrutis » pensa Severus.
Le père Weasley était tout de même extrêmement soulagé de la tournure des événements. Il passait pour un pingouin, mais au moins il évitait tous les désagréments d'un bain de décembre.
Severus était pensif. Devait-il se confier à M Weasley, ou du moins, Niréus devait-il se confier à lui ? Il est certain que son geste peut paraître appréciable : se soucier ainsi de quelqu'un qu'il ne connait quasiment pas. D'un autre côté ça fait presque deux semaines qu'il l'héberge. Les Weasley avaient toujours eu cette bizarre et incompréhensible aptitude à ouvrir leur cœur et agrandir leur tribu. Peut être qu'il pourrait … Il est toujours utile de recueillir l'avis de ses ainés. Après tout Arthur et Molly n'étaient pas de sa génération.
Voyant que Niréus ne se décidait pas, M Weasley décida de tenter une autre approche.
_ Si tout va bien pour toi, tu peux peut être m'aider.
_ Hun ?
_ Sais-tu à quoi servent des écouleurs ?
_ Des quoi ?
_ Ecouleurs … ou quelque chose comme ça.
_ Où avez vous trouvé ça ?
_ Oh, ce sont des objets moldus. Tu as déjà du en voir. Ils en portent tous sur la tête.
_ Euh … non … A vrai dire, ça fait une éternité que je ne suis pas allé dans le monde moldu.
_ Grosse erreur ! Ce sont des gens absolument fascinants ! S'enthousiasma le rouquin.
_ Si vous le dites.
Niréus soupira. Ce type avait vraiment des lubies bizarres.
_ Qu'est ce que vous feriez si quelqu'un de confiance vous conseillait de vous laisser aller ? Lâcha Niréus à brûle pourpoint.
Ça y est, il s'était lancé. Sur le coup, il avait presque l'impression d'avoir accepté l'invitation saugrenue de M Weasley et sauté dans l'eau glaciale d'un étang.
Arthur, quoique satisfait d'avoir réussi à lui tirer les vers du nez, n'était pas plus avancé. C'était sensé signifier quoi cette question à deux noises ?
_ Euh … c'est à dire ?
_ Comment bien vivre une vie ?
_ Oula ! T'es bien plus compliqué que mes garçons.
_ …
_ Tu es sûr que tu ne préfère pas faire trempette ? Fit-il en désespoir de cause.
_ Ne vous en faites pas. Vous n'êtes pas obligé de répondre.
Arthur était dans la panade la plus épaisse. Il sentait qu'il y avait un certain malaise chez Niréus. Il voulait l'aider mais comment ? Les questions existentielles ne sont vraiment pas sont fort : il n'avait jamais eu de prétentions philosophiques.
_ Ahhh, pourquoi ne suis je pas resté à l'intérieur à nettoyer le grenier !
_ …
_ Si tu veux mon avis, personne ne le sait vraiment.
_ Pourtant il doit bien exister une clé pour la réussir.
_ Tu penses que le bonheur est une porte fermée ?
_ Sinon comment expliquer que certains ratent leur vie en faisant éternellement les mauvais choix ? Serait-ce inéluctable ?
_ Je vois où tu veux en venir. Ce n'est pas pour autant que j'ai la réponse. Peut être est ce une question de morale ? Un peu de chance ? Ou … Non, franchement, je ne sais pas.
_ …
_ Tout ce que je peux te raconter, c'est comment moi j'ai atteins mon bonheur, car oui, je me sens un homme comblé.
_ …
_ Une famille aimante, je crois que ça résume bien mon bonheur.
_ L'amour ?
_ C'est ça. Dumbledore avait bien raison, l'amour est la plus puissante des magies.
_ Mais il en est qui aiment et qui jamais …
_ Ah mais attention, il y a aimer et aimer.
_ …
_ Regarde moi, avant de connaître Molly j'ai aimé plusieurs femmes, ou filles devrais je dire puisque c'était à l'époque où j'étais à Poudlard. Oui je sais ça remonte !
_ Je n'ai rien dit !
_ Je sais, c'est pour te détendre. Donc je disais que je m'en suis entiché de plusieurs. Il y a eu Jemina, Christine, Ponya, …
_ Quel drôle de nom.
_ En réalité elle s'appelait Eponine. Mais il semblerait qu'il s'agissait d'un personnage de livre qu'elle détestait. Hum … et puis aussi la petite blonde de Poufsouffle, rahh comment elle s'appelait déjà …
_ Je crois que j'ai compris l'idée.
_ Bref toujours est-il qu'à l'époque je n'avais d'yeux que pour ces filles là et finalement c'est avec Molly que ça a vraiment accroché.
_ …
_ Les râteaux que j'ai pu me prendre ! Ponya était une amie d'enfance, on habitait dans le même quartier, une né moldu. C'est elle qui m'a initié au monde moldu. À mon entrée à Poudlard je ne jurais que par elle, mais elle a fini dans une maison différente de la mienne. Comme on dit, loin des yeux loin du cœur : elle s'est petit à petit désintéressée de moi. (Comme Lily pensa Severus amer) Qu'à cela ne tienne, j'avais déjà repéré la douce Jemina : une Gryffondor comme moi, donc pas de risques. Mais bon elle n'aimait pas le Quidditch, était très jalouse et n'approuvait pas ma passion pour les moldus. Autant te dire que c'est moi qui ai fuit en courant. Tu peux me croire ça a été dur. Cette pimbêche était un vrai sort de glu perpétuelle !
Niréus eut un petit sourire en imaginant Arthur plus jeune à guetter les coins de couloirs pour ne pas tomber sur une ex petite amie collante.
_ Le véritable coup de foudre a été avec Christine, une Serdaigle. Elle était belle à en faire pâlir la reine des vélanes. Et très intelligente avec ça …
_ …
_ Malheureusement les histoires de cœur ne l'intéressaient pas. Elle ambitionnait de devenir la première femme Ministre de la magie et elle en avait les capacités. C'est bizarre d'ailleurs qu'elle n'y soit pas parvenu. Je ne sais pas ce qui s'est passé mais quoi que ce soit, ça a dû être très grave.
_ …
_ Mais je me rappelle avoir été celui le plus proche de gagner le concours.
_ Concours ?
_ Ben oui, figure-toi qu'on était plusieurs à avoir des vues sur elle. En gros c'était que le meilleur gagne. Je m'étais assez facilement rapproché d'elle et on a fini par devenir de bons amis. Peut être que ç'aurait pu marché après tout si elle n'avait pas changé d'école …
_ Et Molly dans tout ça ?
_ Molly était dans ma maison et de la même année que moi. Comment dire … ce n'était pas le canon de beauté conventionnel tel qu'on se l'imagine quand on a le cerveau d'un adolescent. Plus ronde que les autres, pas très grande et avec un caractère de feu. Pourtant elle possède énormément de qualités. Volontaire elle ne recule jamais devant les difficultés. Elle est dévouée et généreuse avec ceux qu'elle apprécie. C'était aussi une bonne élève qui nous a rétablit notre sablier pas mal de fois. Cependant, elle n'était pas aussi forte qu'elle en donnait l'air. Plusieurs fois je l'avais vu pleurer dans un recoin sombre. Une fois j'ai eu le courage de l'approcher en lui demandant ce qui n'allait pas. Bien sûr elle ne me l'a jamais dit. Mais l'essentiel était fait, on a discuté de tout et de rien et cela lui avait fait oublié ses problèmes. Je pense que ce qui a fini de sceller notre amitié, c'est le jour où je suis intervenu pour la sortir d'une mauvaise rencontre avec des serpentards. Vois-tu Molly est né dans une vieille et puissante famille de sang purs, les Prewett. Je te laisse imaginer la suite. Les serpentards ne voyaient pas d'un bon œil que ce clan illustre ne soit toujours pas des leurs. Elle était très attachée à sa famille, et j'ai alors compris ce qui la tracassait : toutes ces insultes, ces pressions et mauvais coup … Comme à mon habitude, je n'ai pas vraiment réfléchi et j'ai foncé dans le tas. De d'une je trouvais ça immonde de s'attaquer à une femme seule à quatre ou cinq gaillards et de deux ces histoires de pureté de sang me tapaient vraiment sur le système. Inutile de te dire que je me suis pris une raclée phénoménale. Et elle aurait pu être encore plus sévère si un professeur n'était pas arrivé. J'ai passé deux semaines à l'infirmerie à manger de la purée et boire du poussos !
Niréus, qui écoutait religieusement l'histoire de M Weasley haussa un sourcil de surprise. Deux semaines : une éternité, même pour des os cassés. L'addition avait vraiment dû être salée. Ou alors M Weasley enjolivait un peu trop l'histoire.
_ Bien sûr, il ne passait pas un jour sans que Molly ne vienne me donner les cours et me tenir compagnie. Compagnie qui s'est avérée bien agréable : à la fois sérieuse et spirituelle. Petit à petit on ne s'est plus quitté. C'est amusant parce qu'au départ c'était elle qui me donnait des tuyaux pour espérer réussir mes rendez vous galants.
L'histoire de M Weasley se voulait comique, pourtant elle ne remuait chez le serpentard que des sentiments négatifs : la tristesse et la haine.
_ L'amour ! Toujours cette fiction réservée aux naïfs, traitrise versatile, passion humaine infidèle, plus insaisissable que le vent et destructrice que le feu … cracha-t-il amèrement.
Le rouquin n'en revenait pas qu'un esprit si jeune puisse être si désillusionné, comme un vieil homme pétri de souffrances. Il en frémissait presque de colère.
_ Tu as de la chance de ne pas faire partie de la famille, sinon crois-moi que ma main aurait fait intime connaissance avec ta joue !
_ …
_ Comment peux-tu penser des choses aussi horribles ?!
_ L'expérience …
_ L'expérience. Quelle expérience ? Tu as quoi à tout cassé un vingtaine d'années et tu parles déjà d'expérience alors que l'espérance de vie d'un sorcier atteint presque 150ans. Désolé de te décevoir mais tu n'es encore qu'un gosse ! Même moi qui approche de plus en plus de la cinquantaine je ne peux pas prétendre avoir suffisamment d'expérience pour arrêter mes jugements !
_ …
_ Il est sérieusement temps de te ressaisir !
Niréus ne dit rien. Il accueillait les reproches presqu'avec soulagement. Dans son véritable corps tout le monde ne le considérait plus que comme un héros. On oubliait toutes ces horreurs qui souillaient son âme et hantaient parfois ses nuits.
Pourtant cela ne changeait rien aux faits. Il n'était pas Niréus mais un vieux sorcier au physique ingrat et au passé plus noir que l'encre.
_ Je commence à comprendre ce que voulait dire ta connaissance lorsqu'elle te conseillait de te laisser aller …
Les yeux du serpentard s'agrandirent de surprise à cette annonce.
_ Cet esprit fermé, ces doutes, cette désillusion … Non définitivement tu ne pourras pas vivre correctement si tu ne t'en libères pas …
_ …
_ Je ne suis pas vraiment la personne la plus apte pour te faire comprendre ce genre de choses. Je n'ai jamais vraiment été très beau parleur. Mon grand père en revanche avait ce bagou là. Je me souviens un jour l'avoir entendu dire que l'homme ne pourrait vraiment être heureux et en paix avec lui même que le jour où il aurait perdu l'illusion de tout contrôler et en particulier la magie.
_ Tout contrôler ?
_ Exactement. Il avait une image bien à lui pour expliquer ça mais je ne m'en souviens plus vraiment. Ah si … hum hum, regarde cet arbre, tu ne peux le faire pousser à ta guise ni lui demander des fruits avant qu'il ne soit prêt à le faire, finit Arthur en imitant une voix de vieux sage.
_ Humpf, je ne vois pas en quoi …
_ L'amour est magie tout comme l'est la croissance des arbres.
_ Quand bien même on jugerait l'image appropriée, il est des choses que l'on contrôle.
_ …
_ On peut contrôler quand le fruit va tomber ou encore où semer la graine. Ça n'a rien d'une illusion !
_ Peut être bien … mais si ton arbre est un pêcher, qu'importe ce que tu feras, il te donnera toujours une pêche. Hors métamorphoses ultérieures bien sûr. Tu pourrais avoir envie d'une pomme ou d'une poire mais tu ne récolteras qu'une pêche.
_ Une pêche …
_ L'amour est comme un fruit. On recherchera toujours le plus juteux et le plus sucré. Mais crois-tu forcément l'obtenir au premier arbre que tu plantes ? Il faut parfois un verger entier pour un seul fruit d'exception, qu'importe l'attention que tu as pu porter aux autres. Au final tu ne décides que de peu de choses … mais cela ne signifie pas que tout est perdu au premier échec, ni même au millième. Tout ce qu'il faut c'est y croire et se laisser aller …
Niréus était bluffé par la sagesse de ces mots. Il ne laissait rien transparaître tout bonnement parce qu'il ne savait pas quoi en penser. Cela semblait si vrai, si simple. Pourtant rien n'est simple, surtout dans sa propre vie. Il ne pouvait pas y croire, il ne pouvait plus y croire … si l'amour était un fruit, pourquoi Lily qu'il avait tant soigné l'avait-elle renié … « qu'importes l'attention que tu as pu porter aux autres » …
_ Euh, ça m'arrangerait que tu me dises que tu as compris car je suis comme qui dirais à court d'arguments, plaisanta Arthur.
_ Il me … semble que oui … je puis tout faire pour aimer quelqu'un mais le reste ne dépend pas de moi …
_ Effort exceptionnel !
Niréus fit mine de sourire à la boutade mais il était ailleurs. Y croire .. d'accord mais pourquoi ? Pour qui ? … il n'avait planté qu'une seule graine aussi stérile soit-elle. Combien de fois son cœur avait-il battu pour autre chose que de la haine ? Il n'y avait jamais eu que Lily …
« Par le chapeau de paille de Merlin ! T'es tellement buté que tu me forces à intervenir ! Et Hermione dans tout ça » grommela sa conscience ou se qui s'y apparentait.
Granger …
Sa main rejoignit d'elle même sa joue encore marquée du doux souvenir de ce soir là. Doux ? Avait-il dit doux? Se pourrait-il que … non … impossible … comment …
_ M Weasley ?
_ …
_ Comment avez vous su ?
_ Je ne l'ai pas cherché. C'est venu tout seul avec le temps …
_ Le temps ?
_ … jusqu'au jour où une force inexplicable me fasse franchir le pas …
Pendant que les deux hommes discutaient, quelqu'un sortit à son tour de la maison. Lentement mais prudemment, baguette elle cherchait quelque chose ou quelqu'un.
_ Tiens on a de la visite, commenta Arthur qui d'un signe de tête renseigna Niréus.
Ce dernier avisa l'intrus. Granger, quand on parle du loup, pensa-t-il avec ironie. Soudainement, il balança un vif informulé qui eut pour effet d'envoyer valser le gnome vicieux qui s'apprêtait à mâchouiller la jambe de la jeune femme. Jeune femme ? Depuis quand l'était-elle devenue à ses yeux …
_ Jolis réflexes, félicita M Weasley en rangeant sa baguette avant d'interpeler la Gryffondor. Hé Hermione te faut-il quelque chose ?
_ Ah M. Weasley ! Répondit Hermione qui, s'orientant à la voix, ne fut plus aussi perdue que tantôt.
_ Combien de fois faudra que je répète que c'est Arthur, marmonna ce dernier dans sa moustache.
_ Je cherche Niréus. L'auriez vous vu ?
_ Je l'ai justement sous la main.
_ Super ! Dit-elle avant de commencer à les rejoindre.
_ Attends ne bouges pas, il arrive, déclara Arthur
« Non mais de quoi il se mêle » pensa le serpentard qui faisant contre mauvaise fortune bon cœur (très très bon cœur d'ailleurs) se dirigea vers la gryffondor.
_ Hey ! Gamin !
« Si seulement il savait à qui il s'adresse » soupira Niréus.
_ Pense qu'on ne peut pas juger d'un fruit si on se refuse d'y goûter, finit-il dans un clin d'oeil que, bien entendu, Hermione ne put voir.
_ Vous discutiez jardin ? Fit-elle plus qu'étonnée.
_ Hein ? Oh … euh, en quelque sorte.
Gêné par le regard inquisiteur d'Arthur, Niréus conduit Hermione de l'autre côté de la maison avant de lui laisser une chance de parler.
_ On était pas obligé de faire le tour de la terre, lâcha-t-elle narquoisement.
_ J'ai horreur des regards indiscrets.
_ Quels regards indiscrets ?
_ Aucune importance ! Pourquoi me cherchiez vous ?
Bien que maintenant habituée à l'humeur sinusoïdale de son comparse, elle avait toujours du mal à accepter de se faire envoyer balader de la sorte. Elle aurait volontiers répliquer de quelque manière que ce soit si, encore une fois, elle n'était pas tributaire de son bon vouloir.
_ J'aimerais me rendre en Australie pour visiter mes parents. Et je cherche un généreux et compréhensif …
_ C'est bon, on oublie les flatteries ridicules. On y va, grogna-t-il en lui prenant le bras pour un transplanage d'escorte improvisé.
Niréus n'attendit pas d'obtenir le consentement de l'intéressée avant de la conduire au Tumut Piooner Cimetery. Surprise par le voyage Hermione n'anticipa pas du tout l'atterrissage si bien qu'elle s'échoua littéralement dans les bras de son transporteur à l'arrivée. Ce dernier, encore trop troublé par sa discussion précédente, l'écarta de lui d'un geste brusque, presque brutal, comme s'il eut été brûlé à son contact.
_ Non mais quel doxys te pique ? Il n'y avait pas urgence ! Tu aurais pu au moins me laisser aller chercher le bouquet que j'avais préparé ! Je fais quoi moi maintenant ? S'emporta Hermione.
Niréus ne répondit pas, ne releva pas. Trop apeuré par la pensée qui venait de lui traverser l'esprit, il préféra se retirer, 6 rangées de tombes plus loin, soit le maximum, le souffle court et le cœur battant.
_ Niréus ? Ni … Oh et puis qu'il aille au diable !
Hermione se mit en quête d'un objet quelconque à métamorphoser en bouquet de fleurs. Dire qu'elle avait passé la soirée entière à préparer celui quelle comptait amener avec les tulipes préférées de sa mère et les roses bicolores que son père ramenait toujours à la maison. Décidément le sort s'acharnait contre elle, quelle poisse !
Le serpentard s'était assis sur un rocher massif et surveillait de loin les gestes de la jeune femme. Mal à l'aise était l'expression la mieux adapté à décrire son état actuel. Et la chaleur ambiante n'en était pas la cause principale. Dans ses entrailles s'entrechoquaient incompréhension, rage et espoir. Une rage qu'il sentait gronder, exprimant sa révolte la plus profonde. Et cet espoir tout neuf qui ronronnait en lui même, il avait peur d'en admettre l'origine.
Maudit soit Dumbledore et ses idées farfelues !
Maudit soit Arthur et ses leçons de morale !
Maudit soit-il de ne plus être maître de lui même !
Et dire qu'il avait été espion : pitoyable.
Pourquoi Merlin s'acharnait-il ainsi sur lui ?
Il n'aurait pas dû, non, il n'aurait jamais dû parler avec M Weasley. Il aurait dû faire comme à l'accoutumée, s'ignorer lui même. Le monde, son monde n'en serait que meilleur. Le doute s'était insinué en lui comme le plus destructeur des virus. Serait-il possible que … Granger …
Maintenant qu'il y faisait plus attention, il prenait conscience de tout ce qu'il avait partagé avec elle. Ils avaient parlé, ri et même dansé. De nombreuses fois il l'avait aidé, soutenu et réconforté. Au final il l'avait plus souvent accueilli dans ses bras que n'importe quel autre être humain sur cette terre. Et cette bise récente dont il en ressentait encore le fantôme … la chaleur de son corps trop souvent si proche …la douce caresse de ses mains sur son visage durci par l'amertume des années … inutile de se voiler la face plus longtemps, il avait apprécié chacun des moments passés en sa compagnie, de leurs disputes à la stimulante émulation intellectuel qu'ils partageaient …
Il devenait fou !
Si c'était vrai, comment pourrait-il l'expliquer à Dumbledore. A moins que le vieux renard n'ai déjà tout prévu. Etait-ce un piège ? Non il n'aurait jamais oser faire ça à une élève aussi brillante.
Brillante, oui elle l'était malgré tout ce qu'il avait pu en dire les années précédentes. En la côtoyant, il prenait de plus en plus conscience de l'étendue de son intelligence : une mémoire sans limites, une perspicacité hors du commun, des capacités indéniables … Elle était bel et bien la plus talentueuse sorcière de sa génération. Elle est la fine lame qui ne demande qu'à être aiguisée pour atteindre la perfection.
Qui plus est elle ne possède plus cette arrogance et cette suffisance dont elle faisait preuve à son entrée à Poudlard. Elle sait être une bonne amie, et a appris à faire la part des choses. Gryffondorement courageuse avec ça.
Il n'en revenait pas, voilà qu'il se mettait à aligner les compliments à son sujet. Ça ne pouvait pas être pire de toutes façons que ce qui venait de se passer à l'instant. Comment avait-il pu en arriver au point d'apprécier son parfum … et ces frisons incontrôlables à son contact … pitoyable ! Et là, pourquoi diantre admirait-il l'éclat de ses cheveux sous le soleil du sud … pathétique !
Merlin qu'il exécrait ses faiblesses, si tentatrices soient-elle.
Et Lily ? Quelle ironie, c'était elle qui l'avait conduit à cet état de larve. Se laisser aller, quelle blague ! Comme s'il en avait le droit ! Tout le monde à l'air de l'oublier, mais lui le sait, il est Severus Rogue ! Il n'a pas du tout le CV d'un prince charmant acceptable : trop vieux et pas assez qualifié.
Et elle ? Qu'en penserait-elle ? Qu'en pensait-elle ?
Après tout elle est un cœur à prendre maintenant … Quelle remarque idiote !
Et puis mince, tous les gestes compromettants venaient de sa part à elle ! Qu'avait-il à se reprocher ?
Ça y est, elle en avait fini. Elle s'était relevé, et le cherchait. Peut être devrait-il rester là. Il avait veillé sur elle comme promis. Elle n'avait pas besoin de lui pour rentrer. Elle ne risquait plus rien. Oui, voilà, il allait rester là. Elle ne le retrouverait pas et se lasserait pour finalement rentrer, le laissant seul, comme il se doit d'être. Le juste retour des choses.
Hermione se sentait bien mieux. Elle avait accompli ce qu'elle s'était juré de faire. Il était tant de rentrer maintenant. Peut être pourrait elle aider Molly à préparer le repas. Georges devait aussi venir plus tôt pour mettre en place ses feuxfous fuseboums. Cette année la fête de la St Sylvestre promettait d'être de taille.
Mais avant ça elle devait retrouver son incorrigible ami. Où avait-il bien pu passer ? Et quelles réactions étranges … quelque chose le tracassait, et bien qu'elle l'ait envoyé au diable il y a peu, elle n'en pensait pas moins et était très inquiète.
Elle chercha à tâtons à droite puis à gauche, rien. Elle appela, rien. Était-il rentré ? Peut être bien. Ce ne serait pas la première chose bizarre de la journée.
Pourtant, elle ne se l'expliquait pas, elle sentait que ce n'était pas le cas. Comme si elle pouvait sentir sa présence, cette aura magique si particulière. Elle décida de se laisser guider par ces déconcertantes sensations.
Niréus ne comprenait plus rien. Voilà plusieurs minutes qu'elle tournait en rond à sa recherche. Personne ne répondait à ses appels. Alors pourquoi était-elle encore là ?
Et maintenant voilà qu'elle errait entre les sépultures, se rapprochant toujours plus de son coin de retraite. Elle était aveugle, elle ne pouvait pas le voir. Comment faisait elle ? Son chemin lui paraissait trop précis pour que le simple hasard guide ses pas. Comment … Pourquoi …
Tétanisé, il la vit avancer toujours plus près, jusqu'à ce que finalement elle ne percute ses genoux ballants dans le vide. Pourquoi son cœur battait-il la chamade ? Que devait-il dire ?
Hébété il la regarda bouger les mains dans un ballet saugrenu de gestes sans queue ni tête.
_ Que ? Demanda-t-il.
_ Langage des signes, spécialement étudié pour les sourds. Ça fait 10 minutes que je m'égosille à t'appeler, souligna-t-elle d'un air narquois.
_ Je …
_ Que t'arrive-t-il ?
_ Rien du tout.
_ Et moi je viens de rejoindre les Bizarr Sisters. A d'autres ! Tu peux tout me dire et je t'aiderai. Tu es mon ami après tout.
_ Hein ? Oh, oui bien sûr. On est amis …
_ Alors ?
_ Rien d'important.
_ Sûr ?
_ Certain.
_ Catégorique ?
_ Humpf ! Il est temps de rentrer il me semble.
Le serpentard préféra couper court à la conversation. Par réflexe il tendit son bras, mais eut immédiatement envie de se rétracter, après tout ils pouvaient revenir chacun de son côté. Il était trop tard cependant puisque déjà elle s'en saisissait, le pressant délicatement, ce qui n'était pas pour améliorer sa concentration. Bon sang !
L'habileté magique du sorcier prit le pas sur le libertinage de son esprit et tous deux arrivèrent sans encombres à destination.
Alors qu'ils s'engageaient sur le sentier les menant au Terrier, Niréus ralentit sensiblement. Il était un homme d'action, quels que soient les traits qu'il empruntait. Il devait donc régler ses problèmes de cette façon. Rassemblant le peu de courage qu'il avait il s'apprêta à faire la chose la plus insensée de sa misérable existence et fort de sa décision il fit un grand pas en avant : « Her ... »
Trop absorbé par son combat intérieur, il n'avait pas remarqué que le sujet principal de son épineux problème s'était arrêté. De nouveau ils se retrouvaient bien trop proches, au delà de ce que la bienséance préconisait. Et ses résolutions de fondre comme neige au soleil …
Souffles entremêlés et peaux presqu'en contact, la tension se faisait de plus en plus pressante dans ce corps qu'il ne reconnaissait plus. Il était bien trop secoué pour remarquer qu'un miroir semblait s'être glissé entre eux : les respirations saccadées se répondaient parfaitement et la même envie leur déchirait les boyaux. Et cette distance insoutenable qui tendait à s'éteindre …
Se ressaisissant in extremis, Niréus eut un petit pas de recul. L'air glacial de l'hiver put de nouveau s'engouffrer entre eux, leur permettant de reprendre leurs esprits. Que s'était-il donc passé ?
Ce fut Hermione qui la première put se maîtriser suffisamment pour briser le silence devenu étouffant.
_ Euh … tu … Il me semble que … tu voulais dire quelque chose
Il n'en revenait pas. Il était à deux doigts de … et encore deux doigts c'est largement surévalué, un cheveu serait plus approprié. Était-il à ce point faible ? Quelle décadence !
Il remonta son regard à hauteur des yeux de son interlocutrice, se refusant de fixer plus longtemps ces lèvres qui l'obsédaient bien malgré lui. Il se racla la gorge pour essayer de reprendre contenance mais sa bouche encore sèche ne lui permit pas d'articuler convenablement.
_ Réservjournédmain
_ Pardon ?
Non d'un gobelin en maillot de bain, comme il pouvait se haïr en ce moment même à réagir comme un adolescent boutonneux qui découvre que les filles servent à autre chose que s'amuser à leur mettre des vers dans les cheveux. Comment diable pouvait-il s'avérer aussi puéril ? Lamentable !
N'essayant même pas de se rattraper il répéta de but en blanc :
_ Je me demandais si vous pouviez me réserver la journée de demain, lâcha-t-il d'un coup.
_ Réserver ? Fit-elle en rougissant comme jamais, ce que ne manqua pas de remarquer le serpentard.
Qu'avait-il fait aux saints sorciers pour qu'ils se déchaînent ainsi contre lui ! Trahison, meurtre et tortures mis à part bien sûr.
C'était pourtant clair qu'il l'invitait, non ? Elle avait besoin de quoi de plus ? Dire qu'il l'avait qualifié d'intelligente ! Qu'est ce qu'il allait bien pouvoir dire maintenant !
Bon d'abord trouver une excuse minable pour justifier le coup et ensuite glisser sur l'essentiel en le présentant comme anodin.
_ Je dois me rendre chez Gri …
Oulala, mauvaise idée ! Surtout pas Gringotts ou je serai démasqué par leurs protections anti sortilèges !
_ … apothicaire.
_ Griapothicaire ? Une nouvelle échoppe.
_ Changement de propriétaire, inventa-t-il appuyant son mensonge d'une assurance qu'il ne possédait pas du tout en ce moment.
_ Ohh, goba Hermione, besoin d'ingrédients ?
_ Surtout vérifier que la qualité est toujours au rendez vous. Avec ces nouveaux importateurs vous savez, on a vite fait de vous faire prendre des vers de vase pour des queues de rat, fit-il sur le ton de la plaisanterie.
_ Ah mai …
Ah non elle n'allait pas encore le couper !
_ Bref je me disais que vous pourriez m'accompagner, conclut-il en beauté sûr que cette fois ci tout coulait de source.
_ Mais ça ne va pas prendre la journée ?, lâcha naturellement Hermione.
Non mais quelle bécasse !
_ Bon ok, je vous invite à passer la journée au chemin de Traverse. Compris cette fois ci ? Parce que là je ne peux pas faire plus clair ! S'emporta-t-il finalement.
_ Oh, c'est bien ce que j'avais compris alors, déclara-t-elle le visage ressemblant à une pizza à laquelle on aurait oublié de rajouter la garniture.
_ Dans ce cas pourquoi me le faire répéter !
_ Faut me comprendre aussi. Depuis quand te mets-tu à inviter les gens ? J'ai du mal à suivre. En plus ça paraît louche …
Bon sur le fond elle n'avait pas tort, puisque même lui se surprenait tout seul. Louche ? Mouais, lui aurait dit douteux.
Les bonnefemmes, quel calvaire !
_ C'est d'accord pour demain.
_ A la bonne heure, lâcha-t-il en reprenant la route d'un pas ample et vif qui lui permit de la distancer rapidement.
Avisant de la présence de M Weasley en train de couper du bois, il prit la salvatrice initiative de contourner le cottage. Non pas qu'il l'évitait, mais presque.
STOP !
Niréus fit un parfait arrêt sur image à cet avertissement on ne peut plus dynamique. La jambe droite encore en l'air et l'équilibre assez précaire, il tourna lentement la tête pour découvrir que son pied s'apprêtait à prendre un bain généreux de poudre grise et que le braillard n'était autre que Georges. Il reconsidéra la poudre avec comme facteur en tête que celle ci provenait du jumeau Weasley encore en activité. A quel supplice s'était-il exposé ?
_ Que ?
_ Poudre d'artifices pour fusées magnums de feuxfous fuseboums, répondit le rouquin d'un ton très professionnel.
Précautionneusement, Niréus se recula, jusqu'à être à une distance qu'il estimait acceptable, sous l'oeil alerte de Georges.
_ Instable et explosif je suppose, commenta le serpentard.
« Non, c'était simplement pour te faire flipper vieux » expliqua le facétieux sorciers réprimant très mal son ricanement.
« Tu aurais dû voir ta tête ! » annonça-t-il finalement en explosant de rire.
Un rictus nerveux agita le serpentard déjà au bord de la crise de nerfs. Avait-il vraiment besoin de tomber sur lui ? Merlin au secours !
Comme cette flaque de boue glacée était tentante, pensa-t-il pendant que Georges se fendait allègrement la poire à son insu. En parlant de poire, tient, comme il aimerait envoyer cette boue collante à son bourreau, en pleine poire justement. Non, c'était ridicule, puéril. D'un autre côté, au point où il en était aujourd'hui …
_ Qu'est ce qui se passe ici ? Demanda Arthur qui arrivait accompagné d'Hermione, tous deux les bras chargés de bois.
M Weasley lorgna Georges dans tous ses états, puis essaya de déterminer la raison d'une telle crise. Arrrrfffff comprendrait-il jamais un jour les délires de son fils, soupira-t-il.
_ Vous savez que ce serait beaucoup plus simple d'utiliser la magie, souligna Niréus en désignant le dos des deux arrivants, voûtés sous le poids des bûches.
_ Ah mais on ne se sent jamais plus vivant que lorsqu'on utilise la mode moldu.
_ C'est sûr, entre la sueur et les courbatures, on se sent vraiment vivant, railla le serpentard.
Mécaniquement il s'apprêta à soulager la jeune femme de sa charge quand un regard en coin, curieux, de M Weasley, lui fit réaliser son geste. D'un changement de direction maladroit, il modifia ses plans et fila vers la maisonnée dans le but avoué de s'enfermer dans sa chambre, à l'abri de tous ces fous !
Cette dernière soirée de l'année fut à la hauteur des attentes de presque tous les membres de l'assistance. Le repas était succulent, les discussions débridées et le spectacle au rendez vous. Seul un convive ruminait dans son coin. Il toucha peu au contenu pourtant délicieux de son assiette et fut absent de toutes les conversations. Même les prouesses pyrotechniques de Georges lui parurent fades tellement il était obnubilé par … Non, il ne pouvait pas se l'admettre …
Le décompte tant attendu débuta et naturellement Georges s'imposa comme chef d'orchestre des réjouissances. Il commença à compter avec entrain :
10 … 9 … 8 … 7 … 6 … 5 … 4 … 3 … 2 … 1 …
BONNE ANNÉE ! hurla-t-il.
Les hourras fusèrent et les verres se vidèrent tandis que surgissaient de partout des serpentins colorés.
Niréus ne put réprimer un sursaut quand une boule de poils orange en furie lui sauta sur les genoux pour attraper tous les objets volants qui pouvaient lui tomber sous sa patte griffue.
Trop occupé à faire dégager Pattenrond en évitant de se faire lacérer les cuisses, le serpentard n'écouta pas Arthur annoncer que la tradition moldue veut que tout le monde se fasse la bise au nouvel an. Il reprit le train en marche seulement au moment où chacun passait à l'action.
A la vu de ce spectacle incongru, il eut un regard suspicieux vers les verres vides gisant sur la table. Est ce que tout le monde était saoul ou bien l'hydromel avait-il tourné ?
Ce n'est que lorsqu'il entendit M Weasley affirmer que les moldus savent vivre, que toutes les pièces du puzzle se réunirent dans son esprit.
Ah non, catégoriquement non, il ne participerait pas à cette orgie ridicule. Absolument hors de question ! Se faire la bise entre hommes, et l'esprit viril dans tout ça ! critiqua-t-il. Quant aux femmes, passe encore, si elle n'en faisait pas partie. Il avait assez de problèmes comme ça !
Il se saisit incognito d'un serpentin qu'il agita sur ses genoux à l'intention de Pattenrond. « Allez le chat, soit coopératif, vient me fournir une excuse » murmurait Niréus. Pattenrond assis non loin observa le serpentin, puis Niréus et enfin les autres, comme s'il essayait d'établir un bilan de la situation. Enfin, aussi dingue que cela puisse paraître, c'était l'impression qu'il donnait. Finalement, comme s'il venait d'aboutir à une conclusion mûrement réfléchi, il croisa de nouveau le regard du serpentard et s'affala insolemment sur le flanc. Il lança un regard assassin à la bestiole, qui continuait de le fixer avec arrogance, presque défi. Inutile de s'acharner, il n'obtiendrait rien de ce diable orange.
Un grand coup frappé dans son dos coupa le souffle du jeune homme. Il se retourna et fit face à son assaillant, Arthur Weasley. Pour essayer de prévenir l'inévitable il tendit la main à destination de ce dernier. Il crut avoir obtenu gain de cause lorsque le rouquin s'en saisi, mais malheureusement ce n'était que pour mieux le ramener vers lui et lui asséner sa bise de bonne année. Niréus eut ensuite l'impression de passer de mains en mains, comme un pantin désarticulé. Sa course folle se termina bien évidemment par vous savez qui.
Elle était la femme, il était l'homme. Elle était aveugle et lui en pleine possession de ses moyens. Tout indiquait que l'initiative lui revenait mais rien à faire, il était comme paralysé. Ce fut au final Hermione qui s'exécuta. Ce fut doux et léger, éphémère. Étrangement frais aussi, ou peut être était ce lui qui surchauffait. Encore en transe il remarqua que Pattenrond s'était redressé et le regardait maintenant avec, il semblerait, comme une lueur de satisfaction pétillant dans ses yeux. Si maintenant même les chats conspiraient contre lui !
La soirée se termina quelques heures plus tard, dans la joie et la bonne humeur. Personne ne tint rigueur à Niréus de son manque de courtoisie. La principale concernée le connaissait assez pour savoir qu'il est extrêmement difficile de briser sa carapace. Même si elle le voulait vraiment, elle ne pourrait décidément pas lui en vouloir. Il lui avait déjà démontré à plusieurs reprises, qu'il était quelqu'un de bien. Et puis, ce caractère si renfrogné, si renfermé, fait partie de lui. Une coque dure pour un cœur fondant, telles que le sont les plus savoureuses des confiserie. C'est ce qui le rend si spécial, si différent … Il était à lui tout seul un sujet de recherche. Un sujet qu'elle ne se lasserait pas d'étudier …
Lorsque tout le monde eut tant bien que mal regagné sa chambre, Hermione pensait qu'elle allait pouvoir s'endormir rapidement et reprendre des forces pour la journée. Elle ne s'attendait vraiment pas à ce qui allait suivre.
Le pas décidé et la mine déterminée, Giny entra dans la chambre comme un boxeur monterait sur le ring le jour de son match pour le titre.
_ Alors ? Il serait peut être le temps de tout me dire tu ne crois pas ?
Hermione cligna des yeux incrédule.
_ Je ne comprends pas ?
_ Hermione, Hermione, Hermione … Ne crois pas plus longtemps que je vais gober qu'il n'y a absolument rien en toi et Niréus.
_ Pourtant ce n'est que pure vérité !
_ Je ne vois pas pourquoi ça te déranges tant d'en parler. On avait pas de secrets entre nous pourtant.
_ Je ne te cache absolument rien. Même le véritaserum te le confirmerait.
Giny examina son amie : elle paraissait vraiment sincère. Pourtant cette fois ci il n'y avait plus de doutes possibles. Il y avait trop de pièces à conviction en sa défaveur.
_ Hermione, soyons claires : un homme qui passe la soirée entière à dévorer une femme des yeux, qui lui parle en bégayant et qui est paralysé à l'idée de lui faire la bise, a tous les symptômes d'un type qui a mordu à l'hameçon, si tu vois ce que je veux dire.
_ Dévorer, hihi, tu exagères comme toujours …
_ Il ne t'a pas quitté des yeux une seule seconde. Il n'a presque pas touché à la dinde de maman et il n'a quasiment pas décroché les dents de la soirée. Et de ton côté ce n'était pas mieux.
Comme si cela devenait une mode, Hermione se mit à rougir de nouveau.
_ Pourtant je t'assure que …
_ Hermione, il faut vraiment que je sache la vérité pour savoir si je vous range tous les deux dans la case faux jetons ou désespérés.
_ Comment peux-tu douter de moi comme cela. Ta famille est presque la mienne.
_ Alors vous êtes vraiment des cas désespérés !
_ C'est faux.
_ Alors arrêtes de mentir !
_ Je ne mens pas !
_ Si, tu te mens à toi même !
Le coup était lancé : vif, puissant et bien placé.
_ Tu l'aimes n'est pas, affirma Giny plus qu'elle ne le demanda.
_ …
_ Pourquoi refuser de l'admettre dans ce cas ?
_ …
_ Tu as peur d'un nouvel échec ? Peur qu'il ne fasse comme Ron ? Ou peut être as-tu honte de tes yeux ?
Hermione prit quelques instants pour réfléchir à ces accusations. Aimait-elle ce type étrange ? Elle n'y avait jamais vraiment songé. Ou plutôt elle s'était refusé d'y penser, craignant de perdre une amitié toute aussi précieuse qu'utile. Mais aux vues de ce qui s'est passé au retour du cimetière et de ce que racontait Giny, peut être que … Un sujet qu'elle ne se lasserait pas d'étudier, c'étaient ses propres mots après tout … Elle se souvint de ce sentiment de bien être qu'elle avait éprouvé dans ses bras tandis qu'ils dansaient ensemble le jour du mariage. Par sa présence il lui inspirait confiance et sécurité. Peut être Giny avait-elle raison … Peut être se voilait-elle la face …
Avait-elle peur d'un nouvel échec ? Elle ne saurait le dire puisqu'elle n'avait pas encore envisager de se raccrocher à quelqu'un si rapidement. Oh, elle devait certainement avoir une petite crainte, mais elle sentait que le potioniste était d'un autre bois que son ancien petit ami. Ron avait toujours été un peu frivole. Il suffit de se rappeler sa réaction à l'arrivée de la délégation de Beauxbâton en 4ème année pour en avoir la preuve. Sans compter l'épisode Lavande bien sûr. Niréus était … asocial, oui c'est le mot. Asocial, indépendant et surtout impliqué au maximum dans son travail. Un véritable loup solitaire …
Bien évidemment qu'elle avait honte de ses yeux. Chaque jour que Merlin fait elle haïssait sa faiblesse. Bien qu'elle ait gagné en autonomie, il reste toujours des tâches pour lesquelles une assistance lui est nécessaire. Elle n'est devenue qu'un fardeau pour les autres … mais lui ça n'avait pas l'air de le gêner. C'est de lui même qu'il était venu à elle. Avec sa dureté caractéristique il avait toujours su la stimuler pour qu'elle aille toujours plus loin. Ici elle ne pouvait pas changer la couche d'un bébé, alors qu'avec lui elle était capable de préparer seule une potion et de la réussir. Non, elle n'avait pas honte de ses yeux avec lui, car ils ne représentaient qu'un détail insignifiant comme l'est la couleur des cheveux.
_ Il m'a invité à passer la journée avec lui au chemin de Traverse, annonça-t-elle comme si cela pouvait clore la conversation.
_ OhOh, intéressant ! Dis m'en plus, fit Giny enthousiaste.
_ Il n'y a rien à dire. Pour être honnête, la seule chose que je sais c'est qu'on doit faire un tour par le nouvel apothicaire pour vérifier la qualité des produits.
_ Pffff quel romantisme, non mais je vous jure. Bref, j'imagine que ça prendra pas la journée ?
_ Je ne pense pas non.
_ Bon, il reste encore un espoir. Le tout est de t'y préparer convenablement.
_ Préparer ?
_ Tu ne comptais tout de même pas y aller en jean basket.
_ Euh, à vrai dire je n'y avais pas réfléchi.
_ Pff, amateur !
_ Je n'ai pas collectionné les petits amis moi, répliqua Hermione du tac au tac.
_ Tu as amené une robe correcte où je t'en passe une ? Demanda Giny ignorant totalement la boutade.
_ Et bien j'ai celle que j'ai porté au mariage de Bill.
_ Au mariage de Bill ? … Ah, oui, la petite rouge … hum ça pourrait le faire. Mais tu vas avoir besoin d'une étole chaude. Tes talons ne sont pas trop hauts j'espère, parce qu'il n'est pas exclu que vous marchiez. Bon, moi je m'occupe de tout et toi contente toi de dormi pour être fraîche tout à l'heure.
_ Je me méfie en général quand tu dis que tu t'occupes de tout …
_ T'inquiète !
Et Giny sortit, prête à passer une nuit blanche pour donner un coup de pouce à son amie.
C'est tout pour aujourd'hui !
Honnêtement ça a été le chapitre le plus dur à écrire de toute la fic. Toutes les parties m'ont donné du fil à retordre. Rien que la discussion avec Arthur : il fallait qu'il lui mette le doute pourtant je voyais mal Arthur faire de grands discours comme le ferait Dumbledore, je me l'imaginais plus terre à terre. au passage, la métaphore du pêcher ne vient pas de moi bien sûr : je l'ai emprunté (et un peu remodelé) au dessin animé Kung fu Panda. Et puis la partie centré sur Severus, un vrai casse tête chinois, surtout que ce n'était pas du tout ce que je prévoyais au départ. M'enfin, j'espère que l'ensemble rend tout de même bien ^^ en tout cas manipuler Georges et les tableaux est toujours un plaisir !
En espérant que ce chapitre vous ait plu, je vous dis à la prochaine pour cette journée particulière et la fin des vacances de Noël !
Elo : Salut ! Merci pour tes compliments. Je suis bien contente de ne pas t'avoir encore déçue ^^ kine woua ça doit pas être simple, bon courage ! J'espère que toi aussi tes exams se sont bien passés ;o)
pour le coup des chocolats je dois avouer qu'il y avait une petite inspiration made in shrek. Je sais plus dans lequel il parlait d'un poète spécialisé dans les vers en prout. Je me suis dis que ça pourrait faire un bon article de farces pour sorciers facétieux dans la droite ligne du pousse rikiki XD
