Dire que j'avais passé la nuit à préparer le départ de ma fille n'était pas peu dire. Il n'y avait pas que le sac à préparer mais aussi son chemin, lui faire apprendre par cœur les noms et les adresses des personnes qui pourraient l'aider, lui donner les directives pour qu'elle puisse survivre à des conditions difficiles. J'avais dit tout ce qui me semblait utile, et Elicia m'avait regardé, juste regardé. Pas de pleurs, de supplications, juste une terrible et réelle acceptation que rien n'allait changer. J'allais mourir, point final. L'histoire de ma vie se finirait comme ça, d'une manière tragique qui n'était pas sans me rappeler Roméo et Juliette. J'avais mis dans sa sacoche deux changes, de quoi manger et boire pendant trois jours, la baguette de Draco qui avait été laissé là par mégarde, j'avais écrit quelques lettres à certains anciens amis de quand j'étais Artiste. Je faisais d'ailleurs la promotion des dons en danse de ma fille. Je lui avais donné une couverture. Je ne savais plus quoi faire pour elle, j'avais miniaturisé le tout en savourant la sensation d'avoir une baguette dans les mains. Je lui avais appris quelques sorts basiques de protection et de survie.

Maintenant, nous étions toutes les deux devant la fenêtre dans un canapé placé ici pour l'occasion. Le dernier lever de Soleil de ma vie. Elicia était couchée sur moi et je lui caressais les cheveux doucement, laissant les larmes coulaient quand elles débordaient de mes yeux. Je n'avais pas arrêté de me faire de faux espoirs de toute la nuit : et si avec la baguette de Draco j'arrivais à m'échapper (mais ils seraient bien trop nombreux), et si je profitais de la nuit pour m'enfuir (mais j'entendais les gardes à la porte) et si je mettais moi-même fin à mes jours (mais le regard d'Elicia ne me lâchait pas) et si le Maître avait une poussée de bienveillance (mais on parle du Maître). J'avais tout simplement fini par abandonner, j'allais mourir dans d'atroces souffrances pour avoir aimé la personne qu'il ne fallait pas. Très théâtrale comme situation, mais je n'arrivais pas à en rire. Nous n'étions pas dans un livre ou dans un film, je n'allais pas m'en sortir de justesse parce que quelques amis refusaient de m'abandonner, j'allais mourir aussi purement et simplement que ça. Assez d'arabesques, de belles phrases, de mystifications. Juste la réalité crue, cruelle, impitoyable et irrémédiable.

Le ciel commençait à s'éclaircir, le bleu marine laissant place à un bleu pâle. J'allais mourir avec la nuit. Dans l'ombre. Quelques personnes se souviendront de moi, mais je serais oubliée à la prochaine génération. Mon mari ferait tout pour que ça arrive.

Je me levai. Autant être théâtrale jusqu'au bout. J'allai dans ma penderie, trouvai une robe blanche absolument magnifique : tout en tissu très fin, le bas caché totalement mes pieds, la robe avait une impression de froissé, sans manche, elle tombait dans de faux lambeaux sur ma poitrine. Cette robe était tragique. Je m'attachai les cheveux lâchement, des mèches irrégulières venaient caresser tout mon visage et ma nuque. Après un dernier regard au miroir, je retournai près de ma fille.

- Alors, lui demandai-je avec un sourire sans joie.

- Fatale.

Nous eûmes un rire désenchanté. Fatal. Je me rassis à ses côtés et nous reprîmes notre observation du ciel qui était bien plus clair. Mon cœur se mit à battre plus vite. Je n'avais pas réellement réalisé que j'allai mourir. Mourir. Ne plus créer de souvenirs avec qui que ce soit, ne plus avoir de conséquences sur ne serait-ce qu'une feuille de papier. Juste disparaître, ne plus laisser de traces. Je fermai douloureusement les yeux. Ne plus toucher Elicia, Elvis et Draco. J'allai rejoindre Erotéodh. Mon bébé. Mon cœur me fit plus mal encore.

Je vis au loin les premiers rayons de Soleil au même moment où on entra dans ma chambre. Sans attendre d'ordre, je me levai, pris l'air le plus fier que j'avais en réserve et me retournai. Trois Mangemorts et Draco étaient à la porte. Draco semblait avoir eu la même idée que moi, il s'était habillé très sombrement et très classe.

- Apportez la petite. Le Maître tient à ce qu'elle voit l'exécution.

- Jamais elle ne ve-

- Ce n'est pas une demande, ricana l'un d'eux en attrapant violemment le bras de ma fille.

Celle-ci le frappa au tibia le faisant relâcher la pression et dégagea son bras. Elle lui dit froidement qu'elle était capable de marcher seule, qu'elle ne nécessitait pas de son aide. Le Mangemort voulut la frapper mais un autre l'en empêcha.

- On a d'autres choses à faire.

-_ Point de vue Draco _-

En ouvrant la porte, je fus époustouflé par la beauté sombre que dégageait Hermione. Sa robe allongeait considérablement sa silhouette et elle me sembla plus grande que n'importe qui dans cette salle. Son air fier céda au moment où sa fille s'engagea à notre suite. Je ralentis un peu le pas, attendis qu'elle soit à ma hauteur et attrapai sa main. Elle accepta de la prendre mais ne me regarda pas. Je la comprenais, même moi quand je la regardai je pensais à Erotéodh. J'arrive mon fils. Je ne te laisse pas seul.

Nous marchâmes dans un grand silence, même les Mangemorts semblaient sensibles à l'ambiance mortelle. En mission, ils avaient tendance à en rire alors qu'ils achevaient quelques personnes, mais à ce moment, ils étaient tout aussi silencieux que nous. Je passais devant la chambre de Blaise, il était à la porte et me regarda passer, Pansy dans ses bras. Hermione les regarda et il eut un signe ému de tête à son encontre. Elle les avait sauvés. Nous passâmes près d'eux sans un mot, mais dès que j'eus Pansy dans le dos j'entendis ses pleurs éclater. Mon cœur se serra. Nous avions eu tellement de mal à nous remettre de la mort de Théo, je ne pouvait que compatir à la douleur qui les touchait.

Nous finîmes par arriver dans la cour intérieure. Il faisait froid. Très froid. Je vis Hermione frissonnait et je serrai un peu plus sa main. Au fond de la cour, Voldemort nous voyait arriver avec un sourire de dément, tranquillement assis sur son trône de pierre, jouant avec sa baguette. Des dizaines de Mangemorts étaient réunis sur les bord de la cour, seul le centre était désert, et c'est là que l'on nous poussa.

- Bravo pour la tenue assortie, félicita Voldemort enjoué. Pas de supplications pour que je vous laisse la vie sauve, continua-t-il après un silence. Même pas pour que je sauve la vie de l'autre, insista-t-il.

- Ca changerait quelque chose, siffla Hermione.

- Pas vraiment, non !

Et le Maître éclata de rire, suivi de quelques autres. Quelque chose se brisa dans le regard de Hermione, sa raison sembla disparaître et elle rit avec les autres faisant s'interrompre les premiers rires. Elle continua à rire, seule, tâche de lumière au milieu de l'ombre. Voldemort perdit un peu de son assurance.

- Arrête de rire, garce, ordonna-t-il.

- Pourquoi, sinon vous allez me tuer, ricana Hermione. Vous allez me torturer ? Mais c'est déjà dans le programme ! Vous ne pouvez rien faire ! Vous ne pouvez même pas me rendre folle, je le suis depuis que je vous ai épousé ! Rien ne me retient ici, alors je vous tout vous dire !

- Hermione, l'appelai-je doucement.

- Laisse-moi Draco ! J'ai des choses à dire. Vous n'êtes qu'un lâche, attaqua-t-elle le Seigneur des Ténèbres. Vous êtes un Serpentard au sens péjoratif du terme, vil, affreux, nocif. Vous n'auriez même pas dû être accepté à Poudlard. Je sais tout de vous, vous savez. Tom Elvis Jedusor, Sang-Mêlé, et encore !, fils d'un moldu et d'une Cracmolle ! Il n'y a rien de sorcier dans votre sang ! Vous n'êtes qu'un imposteur et votre envie de mettre les gens à genoux devant vous vient juste de votre complexe d'infériorité que vous avez développé alors que les enfants de votre orphelinat vous persécutaient !

- Ferme-la, hurla-t-il fulminant.

-Vous faîtes le mal parce que vous avez choisi la voie la plus facile ! Tellement facile de détester et d'avoir de la rancune, bien plus que d'aimer et de pardonner ! Vous n'êtes qu'un faible et à côté de vous même Harry Potter vaut mieux ! La même situation que vous, exactement la même, pas de parents, persécuté de la pire des manières, mais lui il s'est battu et c'est son combat contre vous qui l'a pourri ! Parce que vous ne savez faire que ça, pourrir les gens ! Leur arracher que ce qu'il y a de plus mauvais en eux.

- Vas-tu la fermer, ordonna-t-il en se levant de son trône et en la frappant. As-tu quelque chose à ajouter, ricana-t-il alors que Hermione crachait le sang qui emplissait sa bouche.

- Ouais. C'est ça qui vous fait vous sentir puissant ? Frapper une femme affaiblie et désarmée ? Je crois que vous venez d'illustrer tout ce que je viens de révéler.

Le Seigneur des Ténèbres dressa sa baguette sur elle et il la pointa sur le sourire victorieux qu'avait Hermione. Un filet rouge s'enfuit de la baguette et frappa Hermione en plein visage, elle se renversa sous la force du sortilège, tomba couchée et se tordit en hurlant. Elle n'avait pas eu le temps de se préparer au Doloris. Je voulus me précipiter vers elle mais deux Mangemorts m'en empêchèrent en tenant mes bras. Hermione convulsait sur le sol, se cambrant, s'agrippant au sol faisant saigner ses doigts, les yeux grands ouverts elle regardait les Mangemorts derrière elle. Voldemort ne semblait même pas prendre goût à la voir souffrir, il voulait juste évacuer sa haine. Je remuai dans l'étreinte de mes gardiens, mais ils ne cédèrent pas. Au bout de quelques minutes, le sortilège se relâcha. Il laissa une Hermione tremblante, sanglante, anéantie sur le sol. On entendit un sanglot dans le terrible silence qui suivit, mon regard se posa sur Elicia qui pleurait encore et encore. Elle regardait sa mère, couchée sur le sol, respirant avec difficulté. Après quelques secondes d'immobilité absolue, Voldemort se mit à rire, heureux. Pendant qu'il partait dans son hilarité, Hermione se retourna, elle regroupa son corps au sol et elle releva le buste à l'aide de ses bras. Elle se retrouva à moitié assise, le haut de son corps maintenu à l'aide de ses bras, sa tête se releva doucement vers moi, son élastique avait lâché durant sa torture, de nombreuses mèches masquaient son regard. Une main ensanglantée vint les repousser et elle dévisagea les deux gardes qui me tenaient. Un sourire fou effleura ses lèvres. Je secouai négativement la tête, suppliant silencieusement. Tais-toi Hermione, plus il est énervé plus tu souffriras, t'en as assez dit.

- Et vous, dit-elle quand même en s'adressant aux Mangemorts. Vous ! Pire que Voldemort, hein !

- T'en as pas eu assez, ricana Voldemort.

- Même pas capable de faire le mal sans ordre ! Quand il sera vaincu, je sais déjà ce que vous direz «J'étais obligé d'obéir (Hermione avait pris une grosse voix suppliante) c'était soit eux soit moi. Il menaçait toute ma famille. Il faut me croire !» Pire que des lâches vous n'êtes que des vers de terre, je préfère crever que de vivre un instant de plus avec vous.

- On devrait pouvoir s'arranger, grimaça ironiquement le Maître.

- Et même maintenant, continua-t-elle sans écouter son mari. Alors que vous savez qu'il est loin du Sang-Pur qu'il prône, vous continuez de lui obéir, en vous disant que je mens, ou que ça n'a pas réellement d'importance. Eh bien détrompez-vous ! Je ne mens pas et ça a beaucoup d'importance, bande de larves !

- Ca suffit !

Elle avait de nouveau énervé Voldemort et attendit sagement la douleur, mais le trait rouge ne se dirigea pas vers elle mais vers moi. La douleur me submergea, me faisant oublier jusqu'à mon nom. Je n'entendais plus rien, ne voyais plus rien, ne sentais plus rien. Juste cette atroce souffrance qui grignotait consciencieusement chacun de mes muscles. Je restai dans un état second longtemps, ne me rendant pas compte que le sort avec cessé depuis quelques secondes. Pendant l'opération les Mangemorts m'avaient lâchés et j'avais chuté, genoux sur le sol. En relevant la tête, je croisai le regard gris de mon père. Je restai accroché à celui-ci, alors que je prenais conscience du froid et de l'humidité de la pierre sur laquelle ma joue était écrasée. Il tenta de résister à mon regard mais il finit par flancher, et ses yeux se remplirent de douleur à me voir dans cet état. Voir que ma souffrance ne le laissait pas indifférent me fit du bien. Mon père m'avait toujours bien traité, bien que froidement, il m'imposait toujours ses choix, mais je les acceptai sans jamais trop rechigner. Je n'avais jamais réellement su il avait de l'attachement pour moi ou si j'étais juste la continuité de la famille Malefoy pour lui. Mais cette douleur dans son regard me le dit : il m'aimait. Bordel, mon père m'aimait. Malgré son choix, malgré les miens, il m'aimait.

- Tu vois, garce, je pensais que ce serait Draco le plus véhément dans cette histoire. Je pensais t'avoir habitué à obéir, à te taire et à subir. Mais tu caches de grandes ressources, n'est-ce pas ? Apparemment, Lucius a bien élevé son fils lui. Regarde son fiston bien sage, dit-elle en tapotant ma joue vulgairement.

- Ne le touchez pas, siffla-t-elle en se relevant encore. Il est l'incarnation de tout ce qui pourrait y avoir de bon dans chacun de vous. Tu ne l'as pas pourri lui, pas jusqu'à la moelle. Narcissa lui a appris à aimer. J'ai appris à le faire sans aide. Et regardez ce que ça donne. Nous sommes bien plus forts que la terreur que vous essayez d'insinuer en nous.

- Je t'arrête maintenant, bailla le Maître. Tes grands discours moralisateurs m'ennuient. Tu vois, si tu ne m'avais pas cherché dès le début, je te l'aurais dit plus tôt. Vous n'allez paas mourir !

- Quoi, murmura Hermione.

- J'ai trouvé un sort que les Sang-Purs utilisaient dans le passé sur leurs femmes quand ils découvraient qu'elles avaient un amant. Et ce sort fait que si tu as un contact trop poussé avec un homme, tu mourras avec lui. Si simple et merveilleux en même temps !

- Et vous trouvez cette punition pire que la mort, rit jaune Hermione.

- Non, ce que je trouve pire que la mort c'est qu'en plus de ne pas pouvoir le toucher alors qu'il sera en permanence avec toi, vous vous rappellerez toujours l'un à l'autre l'enfant perdu. Erotéodh, c'est ça ? Je te connais assez, garce, pour savoir que tu penses que ton fils est mort par ta faute. Et tu as raison, tu es coupable. Et tu t'en souviendras toute ta vie.

Hermione le regarda, ébahie. Les larmes lui vinrent finalement aux yeux et débordèrent. Je me rapprochais d'elle tantôt rampant tantôt à genoux. Arrivé à bonne distance, j'attrapai sa main, Voldemort lança le sort et un rayon violet vint la frapper.

°_ 10 ans plus tard _° -_ Point de vue Hermione _-

Je soupirai alors qu'Elvis passait juste à côté de moi en me jetant un regard méprisant. Décidément, Voldemort l'avait bien dressé. Elicia posa une main réconfortante sur mon épaule. A 17 ans, elle me ressemblait plus que jamais en bien plus jolie. Nous continuâmes d'avancer jusqu'à mes appartements. Draco m'y attendait et quand je le vis, je me souvins douloureusement du sort qui m'empêchait d'être trop intime avec lui et des mots maudits de mon mari «Je te connais assez, garce, pour savoir que tu penses que ton fils est mort par ta faute. Et tu as raison, tu es coupable. Et tu t'en souviendras toute ta vie.» Il n'avait pas eu tord, la mort d'Erotéodh me suivait, peu importe ce que je faisais, et voir Draco ne faisait que raviver la flamme de ma douleur. Je m'assis à côté de lui et il effleura mes lèvres des siennes. J'eus un pauvre sourire. Depuis la malédiction, ma vie n'avait été qu'un long boulet que je traînais.

- Il faut lui en parler, murmura Draco en souriant tristement.

- J'allais le faire. Tu peux nous laisser seule ? Merci, dis-je en le voyant partir. Elicia, viens me voir.

Elle me regarda et soupira, semblant comprendre ce que j'allais lui dire.

- Ça y est, demanda-t-elle avec un ton évident.

- Oui, dis-je ne m'étonnant même plus qu'elle sache de quoi je parle. Tu as 17 ans. Je peux enfin partir. Draco et moi sommes prêts, murmurai-je alors que ses yeux se remplirent de larmes. Elicia, j'aimerai rester, si tu savais, comme j'aimerai, mais je n'en peux plus. Parfois j'ai l'impression d'entendre la voix d'Erotéodh m'appeler.

- Je comprends, dit-elle sur le même ton. Comme il y a 10 ans ?

- J'aimerai que tu prennes Elvis avec toi.

- Mais ! Il ne comprend pas !

- On ne lui a pas expliqué. Prends-le avec toi et protège-le. J'ai réussi à reprendre contact avec Harry Potter, ils vous accueilleront pour peu que vous vous battiez à leur côté. C'est la vie là-bas, chérie. Tu fais ce que tu veux quand tu veux. Elvis doit goûter à la liberté, il doit l'apprendre. Il doit voir que ce qu'on lui apprend ne sont pas les bonnes choses.

- Tu pourrais partir avec nous...

- Oh non. Moi je me libère totalement. Finie pour moi la vie pleines de chaînes sur Terre. Il y a un garde qui te laissera passer au portail, c'est un espion. Elvis ne va pas te suivre gentiment, stupéfixe-le. L'Ordre vous attendra à cette adresse, souris-je en lui donnant un bout de papier. En ce moment, il est seul à la bibliothèque.

- Je pars maintenant, s'horrifia-t-elle.

- Pas le temps pour les adieux.

Elle eut un sourire triste et me serra fortement dans ses bras. Ma fille avait toujours compris et accepté les choses facilement. Elle avait des larmes pleins les yeux.

- Je t'aime, Elicia. C'est pour ça qu'il faut que tu vives. Et j'aime Elvis. Dis-le lui. Raconte-lui qui j'étais.

Elle hocha la tête. Elle courut dans sa chambre, prépara un sac léger, prit la baguette de Draco qui était la sienne depuis une décennie, et se stoppa dans le salon. Je me retournai dans la même direction qu'elle et vis que Draco la regardait. Il avait l'air effondré de la voir partir. Elle lâcha son sac et se jeta dans ses bras.

- Tu as été comme mon père, Draco, depuis le début.

- Je t'aime Elicia, répondit-il simplement des sanglots dans la voix.

-_ Point de vue Elicia _-

Je rattrapai mon sac, les regardai une dernière fois. Draco avait enlacé ma mère, et ils semblaient tellement amoureux à ce moment que je me dis que c'était le mieux pour eux. Ils allaient mourir dans les bras de l'autre. Ma mère, bien qu'immensément triste de me voir partir semblait soulagée de pouvoir enfin partir. Draco embrassa le haut de son crâne et ses lèvres. J'eus un sourire attendri et fermai silencieusement la porte. Je courus dans les couloirs vérifiant qu'aucun Mangemort ne s'y trouvait? J'ouvris la porte de la bibliothèque et Elvis allait s'insurger mais se figea en me voyant.

- Tu as deux choix, chuchotai-je rapidement. Soit tu es un bon petit frère qui obéit à sa soeur et tu me suis, soit je te stupéfixe.

- J'en ai un troisième, dit-il en pointant sa baguette vers moi.

Je fus plus rapide et le stupéfixai. Avec un Levicorpus il me suivit bien gentiment, je tapotai distraitement sa tête et vérifiai les couloirs. Ma mère avait choisi le bon jour, pas mal de monde était parti en mission, les couloirs étaient déserts. Je désillusionnai mon petit frère, au cas où.

- Elvis, appelai-je.

- Quoi, répliqua-t-il agacé.

- Dis au revoir à Maman on y va.

- A plus !

Je lui jetai un regard peu amène, alors il s'approcha plus près de la commode, caressa un cadre où se trouvait une photo de ma mère jeune et lui dit au revoir.

Nous allions à une cérémonie commémorative. Ma mère, après la victoire de l'Ordre sur les Mangemorts, avait été élevé au rang de héros ainsi que Draco. Nous avions dû, Elvis et moi, apporter pas mal de preuves, mais nous avions gagné. Ce n'est que quand on lui remit sa distinction que je me sentis vraiment apaisée. J'avais enfin fait le deuil de ma mère trois ans après sa mort. Nous n'avions jamais retrouvé son corps, Voldemort a dû être furieux quand on a retrouvé ma mère enlacée nue dans un lit avec son amant, morts mais heureux. Un dernier pied-de-nez à celui qui les avait tant blessé.

Elvis avait été une vraie tête de mule durant les premiers mois, persuadé que j'étais une ennemie et qu'on voulait sa mort. L'Ordre avait dû lui confisquer sa baguette et l'enfermer dans une chambre pour le contenir. C'est donc à travers la porte que j'ai raconté l'histoire de Maman, souvenirs après souvenirs. Et Elvis a été touché par cette femme qui en plus de lui avoir donné la vie, l'aurait protégé de la sienne. Je lui avais répété mot pour mot le discours que j'avais surpris un jour. Je lui avais raconté l'amour que je voyais dans ses yeux, dans ses gestes. Et il a vu.

Maintenant, nous étions tous les deux dans la Confrérie des Artistes, j'étais danseuse et lui écrivain. Souvent les amis de ma mère lui disait qu'ils avaient l'impression de voir des traces d'elle dans l'écriture d'Elvis et celui-ci répondait «Parce que c'est elle qui guide ma plume.»

- Maman, Blaise et Pansy vont bien, nous sommes allés les voir hier, dis-je alors qu'Elvis allait préparer nos bouquets. Nous sommes allés sur la tombe de Narcissa, hier. Rien à dire, nous avons encore dû nettoyer les graffitis injurieux. Maman, aujourd'hui je vais leur raconter toute notre histoire. Parce que tu es une étoile et que pour ça tu dois briller.

Je caressai le cadre une dernière fois et lui tournai le dos. Elvis me tendit ma veste et mon bouquet.

- On fait le bon choix, hein, demanda doucement Elvis.

- Oui, petit frère. On fait le bon choix.