Chapitre 35 : Jour 1 – Au fond du gouffre

Amélia ouvrit les yeux en sursaut.

Pour une raison qui lui était parfaitement inconnue, elle était couchée sur le sol, trempée jusqu'aux os, fiévreuse. Le corps tremblant, confuse et terrifiée, elle releva la tête, fixant les alentours. La pluie tombait à chaudes larmes, soutenue d'un ciel gris et lourd qui ne présageait rien de mieux pour la journée.

« Mais qu'est-ce… », commença-t-elle en clignant les yeux à plusieurs reprises, tentant de se relever en s'accotant lourdement sur ses coudes.

Elle regarda autour d'elle en fronçant les sourcils, plus perturbée que jamais. Si elle se fiait à sa vision, elle se trouvait dans une ruelle étroite et délabrée, séparée de murs de pierres qui devaient sans aucun doute faire partie de vieux édifices en voie de dissolutions.

Inquiète, elle replia ses bras sur elle-même, frottant ses épaules à l'aide de ses mains, tentant de se réconforter. Elle n'avait pas froid, ce qui était étrange étant donné qu'on était en fin mois de décembre et qu'elle n'était pas particulièrement bien vêtue pour affronter un hiver, mais elle était toutefois terriblement mal à l'aise. Et effrayée.

Elle finit par se lever et s'avança d'un pas chevrotant dans la petite allée déserte fixant à plusieurs mètres devant elle ce qui semblait être un grand boulevard. Plus elle s'approchait, plus elle constatait à quel point la rue en perpendiculaire était peuplée.

« Mais où diable suis-je? », questionna-t-elle à haute voix, mais personne n'aurait pu l'entendre et lui répondre convenablement.

Rendu à quelques mètres seulement du boulevard, elle put percevoir nombreuses personnes qui circulaient devant la ruelle sans jeter un coup d'œil vers elle, trop pressé pour porter attention à la jeune fille qui venait d'apparaître de nulle part quelque seconde plus tôt. Des sorciers, des Moldus? Les deux, probablement.

Arrivant au bout de la ruelle, elle put alors clairement voir la vue des larges bâtiments et des avenues autour d'elle. En levant la tête, elle discerna un vieux panneau antique qui indiquait le nom d'une rue qu'elle reconnut instantanément.

« Baker Street… » récita la jeune sorcière, les yeux braqués sur le panneau, choqué. « Bon sang! Comment suis-je arrivée en plein cœur de Londres? »

Même pour un sorcier, c'était particulièrement alarmant de se retrouver dans un endroit totalement différent, soit à des centaines de kilomètres, simplement en ayant enfilé une bague. Mais ce n'était pas le plus curieux. En observant les gens autour d'elle, ainsi que les moyens de transport qui circulaient bruyamment et chaque détails qu'elle parvenait à capter, elle constata une chose qui la choqua davantage. Tout était si différent. Si… Ancien. C'est comme si elle était atterrit dans une autre époque.

Un autre souvenir que la bague veut me montrer… songea-t-elle rationnellement. Ce fait la rassura largement, ce qui l'amena à se laisser guider par le chemin qu'une grande majorité de Londoniens empruntaient, tous protégés des intempéries grâce à des parapluies noirs et scintillants qui les couvraient partiellement.

Pendant un curieux instant, elle ralentit involontairement la cadence, se questionnant sérieusement sur sa présence dans cette avenue encombrée de passants, mais à sa grande surprise, reçut une réponse plus rapidement qu'elle ne l'aurait cru. Et il aurait été difficilement possible de trouver une réponse aussi choquante.

« Qu'est-ce que tu fais gamine? Avance plus vite! Tu bloques le chemin! », avait furieusement hurlé un homme dans la quarantaine, révélant une réalité que la jeune sorcière n'aurait jamais pu envisager. En effet, lorsque l'on était témoin d'un souvenir, il était littéralement impossible de communiquer avec les projections autour de soi. À leurs yeux, tu étais non seulement invisible, mais inexistant. Seulement, cet homme au visage particulièrement joufflu qui s'agençait horriblement avec le reste de son corps massif l'avait vu. Et il lui avait parlé.

À cet instant, la jeune fille avait dû plaquer une main contre sa bouche afin de couvrir un cri aigu qui aurait facilement pu alerter chaque citoyen de cette ajouter au pire, l'homme lui faisait des signes avec sa canne qui ne présageaient rien de bon, ce qui confirmait très clairement qu'elle en était la cible et qu'elle ne venait pas seulement de vivre une hallucination. Horrifié, la jeune fille reprit chemin, cette fois au pas de course.

C'est impossible, songea-t-elle, les larmes aux yeux. Impossible…

Paniquant, elle claqua ses mains contre son visage, se giflant à quelques reprises, tentant de retrouver son calme, mais surtout, de se réveiller. Car tout ce cirque ne pouvait qu'être un horrible cauchemar.

« C'est un rêve, Amélia, un rêve! Ne panique pas, réveille-toi. », marmonna-t-elle à haute voix, gardant les yeux fermés, courant à l'aveuglette en tenant ses bras hisser vers l'avant, heurtant plusieurs personnes sur son passage, ce qui avait l'effet d'un coup de poignard à chaque fois.

Avec précaution, elle finit par les rouvrit et fit un tour complet sur elle-même, effectuant quelques pas dans une direction au hasard, se mêlant dans la foule de nouveau, constatant avec horreur qu'elle se trouvait toujours dans ce curieux endroit. Pire encore, son comportement étrange avait suscité des soupçons chez certains Londoniens, qui la dévisageaient sans aucune gêne, la prenant surement pour une détraquée.

Réveille-toi Amélia, je t'en supplie, réveille-toi! hurlait-elle dans sa tête, son cœur battant à une vitesse phénoménale.

La pluie continuait à tomber violemment, chaque goutte tombant sur elle lui rappelant à quel point ce rêve était de loin le plus réel qu'elle avait eu depuis sa naissance.

Elle tourna au coin de la rue, traversant sans regarder d'aucun côté, manquant de justesse de se faire heurté par un vieux bus à impériale d'une couleur rouge flamboyante.

Au bout de quelques minutes, elle dut s'arrêter, complètement essoufflée, et s'abrita à l'intérieur d'une cabine téléphonique écarlate que les Moldus avaient apparemment tendance à utiliser pour communiquer entre eux. Elle eut assez de place pour s'effondrer par terre, les mains serrées autour de ses genoux, les gouttes d'eau sur son visage se mêlant avec ses larmes.

Aussi paniquée, elle n'arrivait pas à se concentrer. Mais pire que tout, elle ne comprenait pas. En s'observant minutieusement, elle constata qu'elle portait le même habit qu'à la maison; une vieille paire de jeans troués aux genoux, de vieux basket rouge ainsi qu'un gilet coloré et un parka d'armée vert olive un peu grand pour elle. En comparaison, Amélia scruta l'accoutrement des passants qui défilait à une vitesse impressionnante devant elle. Elle réalisa que ce n'était pas simplement son attitude étrange qui avait créé des soupçons autour d'elle.

Tous, sans la moindre exception, étaient habillés élégamment. Les hommes portant pour la plupart des pantalons propres aux couleurs terres, gris ou noirs, harmonisés avec des vestons cousus sur mesure et pour la plupart, un petit chapeau rond. Certains tenaient même dans une main une longue canne, comme celle de l'homme joufflu qui l'avait interpelé dans la rue quelques instants plus tôt. Elle constata que la canne en question était plus ou moins pour supporter le poids des gens, ou pour ceux qui boitait, mais simplement utilisée dans le but de créer une élégance supplémentaire à leur style vestimentaire, et ainsi leur permettant de marcher la tête haute, le dos parfaitement droit et les épaules fières. Les femmes, quant à elle, étaient tout aussi élégantes. Vêtue de jupe taille haute ou d'une très jolie robe, sans oublier de jolis petits souliers pointus menus d'un talon, elles transpiraient la classe. Leurs cheveux soigneusement coiffés et le petit veston qui couronnait le tous les rendaient encore plus chics et importantes.

C'est à ce moment précis qu'Amélia réalisa qu'elle devait ressembler à une extraterrestre. Rien en elle dégageait qu'elle faisait partie de cette… époque.

Alors que les gens continuaient à passer devant elle, l'ignorant de nouveau alors qu'elle se cachait dans la petite cabine, elle vit un homme laisser tomber un journal par terre. Amélia se précipita hors de la cabine comme si sa vie en dépendait afin de le ramasser. Étant par terre, mêlé entre la poussière et les déchets de la ville, sans compter les grandes flaques d'eau causées par la pluie, elle dut se faire à l'idée qu'elle ne réussirait pas à capter grand-chose. Pourtant, elle se réinstalla dans sa cabine et déplia le journal avec grand soin. Après tout, elle avait besoin de savoir qu'une seule chose.

En haut de la page, transcrit en écriture élégante en caractère gras, était inscrit The London Free Press. Elle devina qu'il devait s'agir d'un journal de l'époque et parcourut la page rapidement, ses yeux bougeant de droit à gauche d'une vitesse inhabituelle, suivant chaque caractère qu'elle parvenait à lire, ne cherchant que l'unique information qu'elle avait plus précisément besoin. Puis, c'est à ce moment-là que son souhait, bien que l'on pouvait difficilement le déterminer ainsi, se réalisa. Écrit en petite lettre noire dans le coin à droite était inscrit le jour et la date.

Lundi le 4 mai 1936.

Amélia sentit la totalité de son corps frissonner. Elle ne pouvait le croire. Gardant les yeux rivés sur le bout de journal qui menaçait à chaque instant de se déchirer sous la tension, elle relisait dans sa tête l'information qui lui donnerait toutes les misères du monde à digérer.

4 mai 1936. 4 mai 1936. 4 mai 1936. 4 mai 1936. 4 mai 1936. 4 mai 1936. 4 mai 1936. 4 mai 1936. 4 mai 1936. 4 mai 1936. 4 mai 1936. 4 mai 1936. 4 mai 1936. 4 mai 1936. 4 mai 1936. 4 mai 1936. 4 mai 1936. 4 mai 1936. 4 mai 1936. 4 mai 1936. 4 mai 1936. 4 mai 1936. 4 mai 1936. 4 mai 1936. 4 mai 1936. 4 mai 1936. 4 mai 1936. 4 mai 1936. 4 mai 1936. 4 mai 1936. 4 mai 1936. 4 mai 1936. 4 mai 1936. 4 mai 1936. 4 mai 1936. 4 mai 1936. 4 mai 1936. 4 mai 1936. 4 mai 1936. 4 mai 1936. 4 mai 1936. 4 mai 1936…

C'est impossible, pensa-t-elle de nouveau, se remettant à pleurer à chaudes larmes. C'est imposs… Comment? Comment, bon sang, comment?

Elle resta clouée sur place probablement beaucoup trop longtemps, laissant sa peine la submerger. Elle n'arrivait même plus à penser, rien à faire. Elle était coincée ici, dans ce cauchemar qui faisait désormais partie de sa réalité. Mais elle refusait de l'accepter. Elle ne pouvait l'accepter.

Puis une nouvelle émotion fit surface, l'espoir. Peut-être n'était-ce qu'un petit retour dans le temps pendant quelques heures… Une journée tout au plus. Peut-être allait-elle revenir chez elle très bientôt.

Mais une chose était désormais sûre. Elle était prise ici, pour l'instant, et ce sans argent, sans nourriture, sans endroit pour dormir et pour couronner le tout, elle était parfaitement étrangère à toutes les personnes qui circulaient autour d'elle. Que faire?

Elle n'avait jamais cru un jour prendre le rôle d'une itinérante. Elle avait toujours eu quelqu'un pour la supporter, pour l'aider lors de ses moments de panique et de crise. Pourtant, il semblait qu'elle devrait pour la première fois de sa vie faire face à un énorme problème qu'elle devrait régler toute seule.

Puis, elle songea à sa grand-mère et au professeur Snape. Elle songea qu'ils réaliseraient rapidement sa disparition et se mettraient vigoureusement à sa recherche. Elle n'était peut-être pas aussi seule qu'elle le croyait. Peut-être.

Pourtant, elle ne put s'empêcher de songer pour elle-même;

« Rien n'arrive pour rien… Les coïncidences n'existent pas dans le monde de la sorcellerie. »

.oOoOo.

Holy cow! Dans quelle galère s'est-elle retrouvée la pauvre!

J'espère que vous avez aimé ce court chapitre! La suite viendra bientôt promit!Et n'oubliez pas de me dire ce que vous en pensez! Les reviews, c'est fait pour ça :)

xoxo