Chapitre 37 : Perceptions brisées.
- « C'EST QUOI CE BORDEL ! »
Le cri vient de stopper le bavardage excité des adeptes du petit déjeuner du mercredi matin, juste après l'arrivée du courrier. Tout le monde observe Ronald Weasley foncer sur sa sœur, un exemplaire de la Gazette du sorcier froissé entre son poing.
- « Putain mais t'as fait quoi ? » L'expression de son visage dépasse le stade de la rage.
- « Tu parles de mes fiançailles, c'est ça ? » Imperturbable, Ginny est en train de beurrer un toast. « Je ne vois où est le problème. »
- « LA FOUINE ? T'ES DEVENUE COMPLÈTEMENT CINGLÉE ? C'EST UN MANGEMORT ! »
- « Vraiment ? Je n'ai pas vu de marque sur son bras hier. En est-il devenu un pendant la nuit ? »
- « Tu… tu… », Ron bafouille de colère et de dégoût, apparemment incapable de digérer le concept des deux ensembles. Alors, il abandonne et dirige son courroux vers quelque chose qu'il peut appréhender, du moins le croit-il.
- « C'est de ta faute ! » Il pointe un doigt accusateur sur Hermione. « Tu lui as donné l'idée, n'est-ce pas ? Insister encore et encore avec ton foutu serpent de fiancé… Tu lui as lavé le cerveau ! Fait croire que cette racaille n'est pas si mauvaise, hein ? » Il tremble de rage. « Te prostituer est une chose, mais entraîner ma sœur en est une autre ! »
Le bruit de la main d'Hermione se connectant sur son visage se répercute dans toute la grande salle. « COMMENT OSES- TU, ESPÈCE DE CONNARD ! »
Le professeur McGonagall se hâte vers eux et leur ordonne de stopper immédiatement ces absurdités. Malheureusement, Hermione et Ginny n'en ont cure. Elles dégainent leurs baguettes, avec l'intention de lui apprendre à vivre avec les plus douloureux sorts de leur répertoire, jusqu'à ce que leurs baguettes leur soient arrachées des mains par l'Expelliarmus de leur professeur.
La femme leur tombe dessus comme une tonne de briques, ordonnant à Seamus et à Dean d'emmener un Ron évanoui et ensanglanté à l'infirmerie et aux deux filles de la suivre dans son bureau. Lorsque les choses se tassent, toute la salle explose dans le chaos. Les gens chuchotent avec excitation ou débattent à voix haute les uns avec les autres, créant un bourdonnement qui fait penser aux habitants d'une ruche en plein travail.
- « SILENCE ! » les coupe la voix de Dumbledore. Le visage du directeur porte une expression que personne ne lui a jamais vue, comme s'il avait croqué dans quelque chose d'acide. « C'en est assez ! Veuillez regagner vos cours. »
Tout le monde se montre obéissant et se lève. Du moins jusqu'à ce qu'ils soient hors de vue.
Mon cher Draco,
Imagine ma surprise lors que j'ai ouvert le journal aujourd'hui ! Je suis très fâchée que tu aies visiblement décidé de laisser le soin à la presse de m'informer de tes projets. Quoiqu'en y réfléchissant, je ne peux que supposer que tu ne voulais pas avoir à argumenter tes choix.
Pour être honnête, mon chéri, je ne suis pas certaine que tes arguments eussent été remarquables. Oui, elle est une Weasley, ce qui en soit est un point qui exige une discussion plus approfondie. Toutefois, compte tenu de ta précédente alternative, il semble que tu aies gagné au change.
Je sais que cela doit te surprendre de lire cela. Mes paroles et mes actions par le passé doivent parler contre moi. Je ne peux que te demander de pardonner ma faiblesse au motif, comme tu le sais, que ton père n'aimait pas être contredit. Il n'a jamais daigné m'expliquer cette décision particulière, balayant mes préoccupations et allant jusqu'à se mettre en colère lorsque j'insistais. Cependant, puisque cela s'est passé juste après son procès lors de la première chute du Seigneur des ténèbres, j'envisage que cela provienne du fait que Lord Parkinson avait remplacé à l'époque monsieur Crouch à la tête du département de la justice.
Mon seul souhait était que tu trouves le bonheur en dépit des circonstances, et j'ai donc essayé de te soutenir le plus possible pour rendre la situation plus facile. Je suis ravie que tu sois parvenu à contourner le contrat en trouvant une partenaire de ton choix. Je suis fière de te voir sortir de l'ombre de ton père pour devenir finalement un homme. Je regrette seulement qu'il ait succombé à cette folie jusqu'au point de non-retour et qu'il ne puisse pas apprécier l'effort que tu déploies pour redorer le blason des Malfoy.
Mon cher fils, laisse-moi par la présente te féliciter officiellement. Je te souhaite à toi et à miss Weasley toutes les meilleures choses et suis impatiente de faire sa connaissance.
Avec tout mon amour,
Ta mère
A Harry Potter, héritier des maisons Potter et Black,
Cher monsieur,
Des informations concernant votre estimé époux ont trouvé le chemin de mon bureau et j'avoue honnêtement ne pas avoir décidé quoi en faire. Merci de bien vouloir consentir à me rencontrer dans mon bureau dans les meilleurs délais.
Cordialement
Barnabas Cuffe, rédacteur en chef de la Gazette du sorcier.
Vendredi soir, la cuisine du 12 square Grimmauld est remplie par l'habituelle assemblée des membres de l'Ordre du Phoenix, moins Severus Snape, ce qui n'a pas échappé à tous ceux qui disposent d'un cerveau suffisant pour se faire leur propre opinion. Heureusement pour Dumbledore, le groupe est composé de deux douzaines de personnes. Malheureusement, cet effectif compose le meilleur de ses membres.
Avec un air grave et déterminé, il sonde les gens en train de se rassembler. Bien que le sujet principal de leur réunion de ce soir ne soit pas aisé à aborder, il le doit et une décision doit être prise. Il a négligé pendant trop longtemps le danger émanant de Severus Snape et voilà que la sécurité et l'intégrité de la famille Weasley sont sérieusement compromises. Il a déjà perdu le brillant esprit d'Hermione Granger et le pouvoir et l'argent d'Harry Potter, il ne va pas céder plus de terrain à ce bâtard ! Si Draco Malfoy doit épouser Ginevra, la famille entière n'est plus digne de confiance, et pas question qu'il laisse faire ça. Les Weasley ne sont peut-être pas la plus respectable des familles de la communauté, mais ils sont magiquement puissants et possèdent des tas de relations partout dans le pays. Leur tourner le dos reviendrait à donner un coup rude à l'Ordre. C'est sans doute exactement ce que Snape avait en tête en collant son filleul avec leur seule fille.
Qu'Arthur donne son accord à l'ensemble de cet arrangement gêne le directeur. Pourquoi ne voit-il pas que le garçon est en train de les mener par le bout du nez ? Un Malfoy ayant des intentions sérieuses vis-à-vis d'un Weasley, c'est une parodie comme il n'en a jamais vue ! Mais peu importe, si l'homme est tellement simple pour croire aux contes de fée, c'est son devoir de lui ouvrir les yeux.
Dumbledore se racle la gorge pour attirer toute l'attention du groupe. « Mes chers amis, comme vous l'avez peut-être déjà deviné, je vous ai convoqué ce soir pour discuter des récents évènements. » Il tourne son regard vers les parents Weasley. « Arthur, Molly, j'aimerais vous féliciter, mais au regard de l'identité de votre futur beau-fils, je ne le puis. »
A cet instant, Molly tressaillit clairement, le fixant de ses yeux écarquillés. Le visage d'Arthur quant à lui devient de pierre, même si ses yeux trahissent sa colère. C'est tellement inattendu de sa part que Dumbledore marque une pause que malheureusement, il balaye aussi vite. William et les jumeaux ne semblent pas impressionnés non plus, ni Minerva. Les membres au sang pur qui sont assis autour de la table sont stupéfaits et échangent des regards inquiets pendant que les autres clignent des yeux ou hochent la tête d'un air sombre.
- « Pardonnez mon impolitesse flagrante, mais ma seule inquiétude dans cette affaire est la sécurité de votre famille. Quelles que soient les raisons présentées par Draco Malfoy par le biais de sa demande, je ne peux imaginer pour ma part qu'une seule d'entre elles puissent être vraies, ce qui mène à la conclusion que ses motivations sont loin d'être honnêtes et doivent être combattues. »
Un murmure se diffuse dans la pièce. Ceux qui clignaient des yeux quelques minutes auparavant, sont maintenant en train de hocher la tête avec un air stupide. Pour le groupe des sangs purs en revanche, ils sont encore plus stupéfaits. Ça ne sent pas bon. Dumbledore a besoin de l'approbation de tous, faute de quoi il n'y aura pas d'accord du tout. Il est sur le point d'ouvrir la bouche pour rectifier la situation lorsqu'il est interrompu par Arthur.
- « Et de quelle manière suggérez-vous que nous combattions cela, Albus ? »
La voix est calme mais forte, ne trahissant rien de ses sentiments. Le regard dans ses yeux conte une autre histoire. Dumbledore décide d'ignorer les signaux d'alarme provenant de quelque part dans le fond de son esprit et continue sa charge. Avec l'Ordre derrière lui, il sera capable de faire plier la famille entière.
- « Arthur, ce mariage va compromettre non seulement votre sécurité, mais aussi celle de l'Ordre. Les Malfoy ont une longue histoire au service des ténèbres. Pouvez-vous sérieusement croire que ce fruit est tombé assez loin de l'arbre pour devenir tout à coup blanc ? »
- « Non, » Arthur affiche un petit sourire sur ses lèvres, dont la signification n'a absolument aucun sens compte tenu de la situation, « mais je l'imagine aisément devenir gris. »
Les têtes de William et des jumeaux se redressent vers leur père avec un regard étrange. Sentant les yeux de ses fils sur lui, ceux d'Arthur se plissent quand ils passent de l'un à l'autre, avec un air calculateur.
Incapable de comprendre l'échange, Dumbledore se renfrogne. « Gris, ce n'est pas assez pour être fiable, Arthur. »
- « Non, je suppose que non », l'homme se retourne pour faire face au vieux. « Pas pour vous du moins. Mais vous n'avez toujours pas répondu à ma question, Albus. »
Dire qu'il est choqué serait l'euphémisme de l'année. Arthur Weasley qui lui répond ? Qui remet en cause ses opinions ? Ravalant le reproche qui menace de sortir de ses lèvres, Dumbledore remet son masque de celui qui apporte des nouvelles graves mais inévitables.
- « La réponse est assez simple en fait. Etant donné qu'accepter le jeune Malfoy dans votre famille revient à l'inclure dans l'Ordre, et que cela mettrait nos efforts de guerre et nos vies en jeu, les fiançailles entre lui et Ginevra doivent être annulées. »
La pièce explose en cris d'outrage, en hoquets choqués et en têtes secouées, mêlés aux cris des supporteurs les plus fanatiques qui sont d'accord. Une telle proposition est très radicale, même aux yeux de la section qui n'a pas le sang pur. Voilà pourquoi il n'est pas étonnant de trouver très vite les afficionados du vieux en minorité et rendus silencieux, magiquement ou pas.
A l'intérieur, Dumbledore est en ébullition. Ne voient-ils pas que c'est la seule solution ? Est-ce qu'ils ne comprennent pas les conséquences ? Le monde qu'ils connaissent et apprécient tous est en danger de tomber sous l'emprise des ténèbres ! Snape est peut-être moins démoniaque que Voldemort, mais ça ne le rend pas moins mauvais !
Oh, il cligne des yeux brusquement, mais ils ne savent pas ça, n'est-ce pas ? Je dois leur dire.
Son âge doit finalement le rattraper, s'il a oublié de partager des trouvailles de cette importance avec ses compagnons les plus dignes de confiance, sans compte le reste de l'Ordre. Il est sur le point d'ouvrir la bouche pour y remédier, lorsqu'il est de nouveau coupé.
- « Autrement dit, vous êtes en train de suggérer que j'aille contre la bienséance, les traditions et les consignes de mon chef de clan, Albus ? Et avec la pleine connaissance que ma fille ne perdra pas seulement une alliance prospère, mais aussi son honneur même et de futures chances de mariage ? Et nous ne parlons même pas des conséquences pour le reste de la famille ! Chacun d'entre nous sera déshérité et publiquement déshonoré et vous le savez parfaitement, vieil homme ! Comment osez-vous ne serait-ce qu'évoquer quelque chose comme ça, et pire encore l'exiger ! » Le poing d'Arthur Weasley vient s'abattre sur la table avec force, son visage contorsionné par la colère.
Tous les yeux visent Dumbledore, attendant sa réponse. Il les confronte avec un calme délibéré. Molly le regarde éberluée, les autres hommes Weasley avec un dégoût à peine dissimulé. Le reste de l'Ordre affiche des stades de colère ou de choc très variés et il ne peut pas dire si cela résulte de ses actions ou de celles d'Arthur, ce qui l'inquiète. La tournure des évènements est quelque peu impromptue. Il pensait que l'homme sauterait sur l'occasion de se débarrasser de cette addition familiale non désirée. Pourquoi diable campe-t-il sur ses positions de façon aussi véhémente ? Est-ce qu'il lui cache quelque chose ?
- « Arthur, je crois que vos inquiétudes sont exagérées. C'est juste un simple contrat de fiançailles, non ? L'annuler ne devrait pas poser de problème, surtout avec une bonne raison derrière. Je vous assure qu'une fois que nous aurons exposé au public que le jeune Malfoy est un mangemort en devenir, ce qui ne devrait pas être difficile à arranger puisque c'est ce qu'il est, votre chef de clan n'aura d'autres choix que de le demander lui-même. »
- « Je vois », le poing toujours sur la table se serre tellement fort que ses jointures en deviennent blanches. « Dans ce cas, je me vois contraint de vous informer que le contrat de fiançailles est actuellement loin d'être simple, il est irréversible. »
Dumbledore ne peut rien faire d'autre que le fixer, pendant qu'un chuchotement agité se répand dans la pièce. « Je vous demande pardon ? »
- « Vous m'avez très bien entendu, Albus, ce mariage se fera, peu importe ce que vous ou d'autres en direz ou ferez. Mais je dois concéder que vous marquez un point lorsque vous dîtes que la sécurité de l'Ordre est impliquée. » Il plonge son regard dans les yeux tourmentés de sa femme et bien qu'aucun mot n'est prononcé, il est clair qu'une question a été posé.
- « Molly ? »
- « Oui », est son murmure brisé.
- « Bill ? »
- « Oui » La voix du jeune homme sonne clair et fort.
- « Fred, George ? »
- « Oui », répondent-ils à l'unisson.
Arthur hoche la tête. Sa détermination est farouche. « Qu'il en soit ainsi. » Il aide Molly à se mettre sur ses pieds et revient sur Dumbledore. Les autres Weasley les imitent.
- « Par la présente, il est décidé que puisque la famille Weasley dans sa totalité, notre gendre y compris, n'est pas digne de confiance, nous quittons l'Ordre du Phoenix et les services d'Albus Dumbledore à compter de ce jour. » Ce dédain qui tord ses traits, aucune des personnes présentes n'auraient imaginé le voir sur le visage de cet homme. « Pour le bien de tous. »
Dumbledore est assis à son bureau dans les quartiers du directeur, sa tête douloureuse entre les mains, les coudes appuyés sur la surface de bois pour une fois vide. Il attend que la potion antidouleur fasse son effet dans son système. Les potions de Slughorn ont toujours été inférieures à celles que Snape brasse. Mais qu'il soit damné s'il avale quoi que ce soit qui ait été touché par ce salopard.
Finalement, les palpitations lancinantes deviennent un ronronnement sourd pour disparaître entièrement, lui permettant de s'adosser contre son siège et souffler longuement. Quel bordel ! Ça pourrait difficilement être pire. Quoiqu'à ce sujet, il devrait réserver son jugement, de peur qu'il le regrette un de ces jours.
Dès que les Weasley sont partis, le chaos s'est déchainé et aucun cri ou charme de silence de sa part n'a été capable de le contenir. Certains étaient furieux, d'autres ont essayé de les calmer, mais en vain. Le pire à ses yeux sont ceux qui se sont levés et sont partis sans même un regard en arrière. Ceux-là sont ceux qui sont perdus pour toujours et dont les lettres de démission de l'Ordre sont attendues au courrier de demain. Ils ne sont pas nombreux, mais leur perte est ce qui fait le plus mal.
Il semble qu'il perde son touché. Ne pas les informer de ses vraies motivations lui a coûté beaucoup cette fois, beaucoup trop. Une fois que le chahut a commencé, c'était trop tard pour s'expliquer. Mais en même temps, comment pouvait-il savoir que cet engagement était irréversible ? Si Arthur n'avait pas insisté pour le tenir à l'écart, on n'en serait pas arrivé à un tel désastre. Et maintenant que faire ?
Les Weasley ont emballées leurs affaires et libéré le quartier général, regagnant probablement le terrier, ce qui signifie qu'à partir de maintenant, ils sont devenus des cibles de kidnapping pour les mangemorts. Il serre les poings sous le coup de la colère.
Bien, si vous insistez, ce n'est plus problème, n'est-ce pas ? Il hoche la tête tristement. Qu'il en soit ainsi. Que leur beau-fils les protège maintenant, s'ils sont si désireux de le choisir au détriment de l'ordre et du bien-être du monde sorcier.
Ses lèvres s'incurvent en un méchant sourire. Ils reviendront en rampant avant longtemps.
Ses pensées sont interrompues par l'arrivé de son petit déjeuner apporté par un elfe de maison. Aller dans la grande salle dans son état, non, ce n'est pas quelque chose qu'il voulait s'imposer. En plus, Snape est présent et il ne sait pas s'il peut se faire suffisamment confiance pour ne pas l'étrangler à mains nues.
Une fois terminé, il va ouvrir la fenêtre pour laisser entrer le flux habituel des hiboux qui se soulagent de leur charge une à une. Comme prévu, une poignée d'enveloppes épaisses contiennent des écritures familières. Il souffle et ouvre le journal.
LES CHRONIQUES D'UN HÉRO MÉCONNU : LA RÉDEMPTION D'UN GARÇON INSENSÉ
Un rapport documentaire sur la carrière jusque-là secrète d'espion de Severus Snape au sein du cercle intérieur des mangemorts.
Chaque objet du bureau du directeur explose en même temps que le cri de rage.
Elendil : il est chaud ton commentaire, mais c'est vrai que les deux obsédés se sont trouvés.
