Par le temps qu'ils installent Hotch dans une chambre, plus d'un coéquipier avait des doutes sur leur plan.

- Rossi, il est vraiment affaibli, indiqua Reid. Peut-être que ce n'était pas une si bonne idée après tout. Nous aurions peut-être dû le laisser à l'hôpital un jour de plus.

JJ, Prentiss et l'expression de Morgan indiquaient qu'ils partageaient les mêmes préoccupations.

- Il se sent mieux, loin d'un tel endroit.

Dave ne voulait pas entrer dans les détails. Même si Derek et Emily avaient une idée du passé violent de leur chef, il n'était pas certain qu'ils avaient fait le lien avec de longs séjours à l'hôpital lorsqu'il était enfant et ce n'était pas une chose qu'il pensait devoir discuter ouvertement.

- Il va mieux se reposer ici.

Rossi sentait les vagues de doute émaner de ses collègues.

- Écoutez. Nous avons encore une mission à accomplir. Vous voulez que Hotch se sente mieux ? Alors capturons cette suspecte.

Il rangea le sac de voyage d'Aaron.

- Retournez au poste de police. Vérifier s'il y a quelque chose de nouveau. Je vais m'assurer que Hotch a tout ce qu'il lui faut et je vous rejoindrai par la suite.

En vérité, Dave se sentait coupable d'avoir abandonné l'équipe au cours des derniers jours au profit de demeurer au chevet de Hotch.

Mais il pensait que ces jours étaient passés. Il pouvait retourner travailler, sachant qu'Aaron était hors de danger et sur le chemin d'une complète récupération. Tout ce que l'homme avait besoin était un bon somme et de la nourriture.

Alors pendant que le reste de l'équipe se préparait à retourner au quartier général de la police de Dallas, Rossi aida Hotch à se dévêtir. Il aida le corps tremblant de son ami à se glisser dans son lit, pleinement conscient que le chef de l'unité fournissait un énorme effort pour paraître plus fort qu'il ne l'était en réalité et plutôt inquiet de ne pas y arriver.

Mais une fois que la tête de Hotch fut posée sur l'oreiller, toute la tension et le stress furent évacués. Pour la première fois depuis des jours, il pouvait fermer les yeux en paix. Aucune douleur de son enfance pour le hanter. Pas de suspecte pour le narguer. Rossi s'assit à son chevet et vit la transformation passer de l'anxiété au soulagement.

- Est-ce que tout ira bien, Aaron ? Je peux rester, si tu veux.

Un profond et long soupir, puis…

- Je vais bien… je vais bien.

Hotch rouvrit les yeux pour donner une réponse plus substantielle.

- Attrape-la, Dave.

Ils savaient tous deux à qui il référait.

- Si elle reste dans les parages, elle ne va pas s'arrêter d'elle-même. Ce sera le suicide d'un policier ou quelque chose de plus grandiose mais tu sais déjà qu'elle a déjà commencé sa phase finale. Tu dois découvrir ce qu'il en est.

Rossi étudia les traits du jeune agent, voyant seulement une fatigue normale et non une forme de terreur qui justifiait sa présence à ses côtés. Il hocha la tête.

- Très bien. La chambre est à ton nom, donc si le Directeur ou le Bureau a besoin d'envoyer un message, ils seront capables de te trouver. Je vais laisser le téléphone juste ici…

Il tapota la table de chevet.

- Je vais également te rapporter quelque chose à manger avant de partir. Quelque chose qui va se conserver, même dans cette chaleur, alors ce sera à ta disposition lorsque tu te réveilleras. Et je serai de retour dès que possible.

Un autre profond soupir de Hotch tandis qu'il fermait les yeux.

- Merci. Tout ira bien… Merci, Dave…

Et aussitôt une respiration lente et profonde indiqua qu'il s'était endormi.

Rossi sourit à son meilleur ami. Je parie que tout le temps où il était immobile mais conscient, il continuait de lutter. Cela a dû être épuisant et terrifiant, eh bien à présent c'est terminé. A présent, il est en sécurité. La suspecte est probablement retournée à l'hôpital une fois de plus. Mais à moins qu'elle ne soit superwoman et ne dorme pas, elle ne se montrera pas avant cet après-midi. Et nous serons prêts.

Dave ramena la literie plus près de la forme somnolente de Hotch et quitta la chambre en quête de pain et de fruits qu'il laisserait à sa portée. L'homme aurait faim lorsqu'il se réveillerait.

Et peut-être qu'à ce moment-là, nous aurons de bonnes nouvelles pour lui. Que la mission est terminée et pour de bon.

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Megan n'eut aucun mal à suivre la VUS dans laquelle Hotch était monté.

Le véhicule s'était dirigé tout droit vers le Stoneleigh, un hôtel pittoresque, historique et pas trop dispendieux.

Une fois rassurée sur la destination, Megan se demanda quel serait son prochain mouvement. Elle avait vraiment besoin de se reposer et d'être au top de sa forme pour terminer le jeu. Mais ce serait si bien de terminer sur un dernier triomphe… très petit, soit… mais tout de même très important.

Elle se gara sur une rue latérale et de dirigea vers l'entrée principale du bâtiment. Elle se déplaçait avec la calme conviction de son appartenance à un tel endroit. Elle dépassa le guichet de la conciergerie ; un bureau relativement humble et demanda de la papeterie d'hôtel.

En quelques minutes, elle se séquestra dans un coin du lobby, griffonnant des mots doux sur le papier crémeux. Elle prit une pause. Elle prenait son temps. Elle combattait sa propre fatigue en imaginant Aaron se faire dévêtir. Mais PAS par cette femme… cette Emily ! Elle, je ne l'aime pas…

Enfin, les agents apparurent ; sortant de l'ascenseur et faisant leur chemin à travers le lobby. Leur présence était la confirmation que Megan recherchait. Le Stoneleigh n'était pas une tactique de diversion ; c'était le bon endroit.

Pliant les pages de sa note d'un pli précis, elle les introduisit dans la petite enveloppe fournie par le concierge, et avec un professionnalisme réfléchi, elle la scella. Elle l'adressa à Aaron Hotchner. Avec un sourire satisfait et l'air habitué de recevoir un excellent service, Megan s'approcha de la réception au décor vieillot.

Il y avait derrière la réception un tableau avec des séparateurs. Chacun portait une petite plaque de bronze de bon goût avec un numéro de chambre profondément gravée. Elle brandit la petite enveloppe élégante à l'homme en service d'un âge moyen qui lui offrit un sourire cordial.

- Oui, madame ?

-Je désire laisser un message à mon fiancé… voudriez-vous avoir l'amabilité de laisser ceci à monsieur Aaron Hotchner ? Il la prendra à son retour.

Le préposé consulta le moniteur de son ordinateur pour vérifier l'assignement des chambres. Avec un sourire pour cette belle rose jaune du Texas, il lui prit l'enveloppe de ses longs doigts, parfaitement manucurés et se tourna pour la déposer dans le cagibi coïncidant avec la chambre de M. Hotchner.

- C'est Monsieur Aaron Hotchner, répéta la dame.

- Oui, Madame, dit-il en hochant la tête avec l'assurance qu'il exécutait sa tâche avec précision.

- Monsieur Hotchner…

Megan le regarda insérer la petite missive dans le cubicule dont la plaque portait le numéro 419.

Elle offrit à l'homme son plus charmant sourire avant de se détourner et de marcher de la même manière qu'elle était entrée. Elle avait besoin de quelques heures de sommeil, mais le reste de son plan se mettait en place plus clairement à chacun de ses pas.

Elle regarda sa montre ; les diamants étincelaient comme une promesse. L'entretien des chambres serait terminé d'ici quelques heures. Parfait.

De retour à sa voiture, Megan regarda tendrement la façade de l'hôtel dans son rétroviseur.

Bientôt, Aaron. Très, très bientôt…

Au moment où elle atteignit sa maison, elle se laissa tomber sur son lit, trop fatiguée pour étudier d'autres plans. Elle tomba endormie au son de la voix de son père qui lui disait combien il était fier d'elle qu'elle ait autant de dynamisme et d'ambition. Tant de détermination… tant de talent… tant de hardiesse.

La voix masculine et approbatrice était un doux grondement velouté. Qui ressemblait beaucoup à celle d'Aaron.