Ramsay Bolton est son propre avertissement. Si vous avez l'estomac sensible, ne commencez à lire qu'à partir de "- Votre seigneur père souhaite vous voir dans le Grand Hall. Immédiatement."


Ramsay

L'anticipation était toujours le meilleur moment. Il pouvait la voir dans leurs yeux, la sentir aussi souvent, les regarder se tordre et s'agiter et se chier dessus tandis que le couteau s'approchait de plus en plus et tout ce qu'ils savaient était son caractère inévitable. Ils se fendaient souvent d'excellentes excuses, à peu près à ce moment. La plupart du temps ils lui offraient de l'or, ou un pardon complet, ou qu'ils laisseraient la Maison Bolton en paix pour l'éternité. Plus ils devenaient désespérés, plus ils viraient créatifs. Si les mots étaient autre chose que du vent, il serait en fait le maître du monde à cette heure, et c'était quelque peu agaçant de ne point l'être, mais aucune importance. La moitié du plaisir était d'y parvenir.

Ce prisonnier particulier, cependant, ne couinait pas autant que Ramsay l'aurait aimé. Ce qui était curieux, vu à quel point il ressemblait à un cochon. Lord Trop-Gras-pour-Monter-à-Cheval lui-même, dénudé et marqué de traces de fouet qui se détachaient en lignes pâles sur le lard, avec les compliments de Damon Danse-pour-Moi. Peut-être était-ce là le problème, spécula Ramsay, détaillant la scène de l'air studieux d'un professionnel. Avec tout ce rembourrage, il ne pouvait encore ressentir ce qu'ils faisaient.

- Nous devons l'ouvrir et drainer la graisse, m'seigneur, pressa Damon. L'hiver est là, toute cette huile de baleine brûle joliment dans le froid et le noir. Et nous avons toujours su qu'il y avait un petit maigrichon caché quelque part là-dessous, hurlant pour sortir.

- Vraiment ? remarqua Ramsay, jetant un œil au chevalet doublement renforcé sur lequel ils avaient dû lier Manderly, par crainte qu'il n'en brisât un moins solide. La seule façon de le faire taire devait être par la nourriture. Assistons notre gros amis dans sa noble lutte pour perdre du poids. Damon. Enlève une autre dent.

- Tout juste, m'seigneur.

Souriant largement, Damon fourra son couteau dans le brasero, tandis que Ramsay s'approchait de Manderly et commençait à tourner autour en l'observant, tentant de juger d'où venait le courage déconcertant du gros bonhomme. Fort probablement ce n'était pas du courage du tout il devait déjà être mort à l'intérieur. Mais bien que sa bouche fût saignante et déchirée après la demi-douzaine de fois où ils l'avaient déjà assisté, et que le petit doigt de sa main droite fût un moignon rouge et coulant, Manderly refusait toujours de plaider ou de supplier ou de pleurnicher. C'était un très sérieux affront aux talents de Ramsay, et Lord Cochonnet regretterait son défi bien avant la fin, mais pour le moment, tandis que Damon chauffait le couteau et Manderly en recevait une bonne vue, et ce que cela signifiait, il était temps de tenter une cuillère de miel.

- On n'est pas obligé de procéder ainsi, vous savez, dit doucement Ramsay, dans sa meilleure imitation du ton sifflant de son père. Dites-moi ce que vous avez fait à ces trois Frey. Dites-moi où est allé Mance Rayder. Vous ne trompez plus personne en faisant mine d'être de notre côté.

De tout ce qui aurait pu se passer, Manderly sourit.

- Complètement givré, celui-ci, dit Tanneur, un autre des gars de Ramsay.

Il commença à rigoler.

- Pigé ? Givré ? Nous on est là dans les donjons de Winterfell, et je dis qu'il est devenu aussi...

Son explication sur les propriétés de l'humour fut brutalement interrompue quand Ramsay, sans même le regarder, le cogna négligemment dans le mur. A dire vrai, il était assez irrité que cela eût été nécessaire en premier lieu. Après qu'ils avaient écrasé cette farce d'ost Omble et capturé le roi Stannis, la guerre semblait être pratiquement finie. Stannis avait été pendu, écorché et finalement écartelé, et Ramsay avait fait border la peau de fourrure de loup et coudre en une couverture pour son lit, mais les escarmouches avec les clans du Nord et les Baratheon continuaient. Et plus sinistrement, certains de ses éclaireurs rapportaient avoir aperçu un autre Stannis dans les bois, toujours bien vivant et sans écorchures. Puisque, pour autant que Ramsay le sût, les deux frères de Stannis étaient morts, et qu'il n'avait jamais eu de jumeau pour commencer, cela ouvrait la possibilité de quelque sombre tromperie. Et Ramsay Bolton n'aimait pas être trompé. Il n'aimait pas cela du tout.

Il avait pensé attirer cette réplique de Stannis hors de sa cachette en faisant une sortie calculée depuis Winterfell, à la recherche de son épouse envolée. Mais la fille avait déjà disparu dans la neige, agaçant excessivement Ramsay, et il avait rapidement réfléchi à un meilleur pièce : laisser la cage de Mance Rayder bien en vue. Le roi sauvageon avait duré plus longtemps que celui au cerf, mais enfin, il avait son douillet manteau de piquières. Et puisque Ramsay lui avait arraché par la torture qu'il avait été envoyé sur ordre de la chienne rouge de Stannis, il était logique de s'attendre à ce que les Baratheons tentassent eux-mêmes un coup pour le secourir.

Seulement ils ne l'avaient pas fait. C'était une bande de sauvageons qui s'était pointée à la place. Ramsay ne s'était jamais attendu à ce que le peuple libre fît preuve de tant de loyauté, mais soit il les avait sous-estimés, soit il avait surestimé les Baratheon. Le piège avait assez bien fonctionné pour commencer, mais l'un d'eux avait réussi à escalader le mur d'enceinte extérieur, ouvrir la cage de Rayder et filer avec lui. Ramsay avait plus tard appris qu'ils avaient possiblement fait un détour par la chambre de Manderly, et il était certain que le gros seigneur les couvrait. Le château avait déjà été fouillé de la cave au grenier, et les têtes d'au moins une douzaine de sauvages montées sur des piques, mais Rayder et son sauveur leur échappaient toujours.

Le couteau était chaud. A présent il était temps de voir si la résolution de Manderly pouvait tenir une autre manche. Ramsay tendit la main, et Damon y déposa le couteau, la garde bien enveloppée pour protéger de la chaleur de la lame rouge cerise. Puis il l'abaissa sur la main mutilée de Manderly, juste assez près pour entendre le lard grésiller.

- Vous a-t-on jamais dit ce qui était arrivé à ma première femme ? demanda Ramsay sur le ton de la conversation, regardant la sueur perler sur le front de Manderly. Dame Corbois ? Une erreur de ma part, je le jure. De façon coïncidente, je me suis toujours demandé comment quelqu'un s'y prendrait pour manger ses doigts. Vous devriez les mettre dans votre bouche sans faire de renvoi, pour commencer. Vraiment planter vos dents. Déchiqueter la peau, morceau par morceau. Les tendons seraient plus durs. Et vous savez qu'il y a temps de nerfs dans la main, la douleur serait indescriptible. La seule chose qui vous pousse à continuer est la folie de votre faim. Damon, montre-lui.

Damon mordit gaillardement le majeur de Manderly, en même temps que Ramsay pressait la lame brûlante sur son poignet. Le gros seigneur hoqueta de souffrance, tordant la tête, flab tressautant alors qu'il se débattait pour se sortir de là. Quand Damon se mit vraiment au travail, Manderly émit un hoquet étranglé, son autre main s'agitant inutilement là où elle avait été attachée au chevalet. Il gargouillait les débuts d'un hurlement quand Damon cassa l'os en deux avec un craquement. Il leva triomphalement le doigt sectionné.

- Rôtis-le, lui dit Ramsay. Peut-être avec quelques pommes et des clous de girofles, qu'en penses-tu ? N'ayez crainte, mon seigneur de Manderly. Vous ne mourrez pas de faim, tant que vos doigts tiennent bon. Ce sont pratiquement des gigots d'agneau.

- Vous...

Les yeux de Manderly roulaient dans leurs orbites, il avait l'air à deux doigts de s'évanouir, mais la voix qui émergea de sous les couches de souffrance était furieuse, pas brisée.

- Vous voulez... que je dise quelque chose ? Très bien... je vais le faire. Les Stark... sont vivants, salopard. Et j'ai l'intention… de vivre assez longtemps… pour voir leurs loups vous déchiqueter… en autant de morceaux.

- Voyez, annonça Ramsay, se tournant théâtralement vers son public. Le traître avoue. Vous avez bien joué, mon seigneur Lamproie. J'ose dire que nous vous avons presque cru. Maintenant dites-nous ce que vous savez, et nous nous contenterons de couper le prochain doigt. Quand vous nous supplierez.

- Va brûler en enfer.

Un écoulement de sang et de vomi goutta le long des mentons de Manderly.

Ramsay rit, pour masquer sa rage croissante. Aussi impossible que cela parût, même lui commençait à se trouver à court d'idées. Ils pouvaient toujours enfiler Manderly par le cul avec un tisonnier rougi, mais ils avaient besoin qu'il fût en assez bonne forme pour parler.

Je ne laisserai pas chuchoter que même Lord Gros-Lard pourrait supporter mes tendres attentions. Ça non !

Le doigt était presque prêt, craquant joliment sur le brasero, et Ramsay l'ôta de la broche et en prit une bouchée lui-même, pour faire la démonstration. Pas mauvais, un peu caoutchouteux.

- Là, dit-il, et il avala. Damon, donne le reste à Manderly. Nous lui en avons tant fait subir, nous ne pouvons le priver d'un bout de –

- Lord Ramsay !

Ramsay et ses gars se retournèrent tous à l'unisson, ennuyés. Ce qu'ils virent était clairement un serviteur de son père, doté d'une constitution de fer, qui encaissa la scène macabre avec un dégoût visible. Les yeux fixés tout droit, il s'adressa uniquement à sa cible.

- Votre seigneur père souhaite vous voir dans le Grand Hall. Immédiatement.

- Immédiatement.

Ramsay n'appréciait pas que Lord Roose présumât d'utiliser ce mot.

- Tu devras lui dire que je suis occupé. A rassembler des informations importantes pour notre future stratégie.

- Il a dit que vous diriez cela, répondit le serviteur. Il a aussi dit que je devais l'ignorer tout à fait. Immédiatement, s'il vous plaît.

Je t'écorcherai dans ton sommeil, petit homme.

Fumant, Ramsay se fraya un chemin en bousculant ses acolytes et fit une révérence vicieusement obséquieuse.

- Je suis au service de mon seigneur père.

Cela faisait une montée considérable depuis les donjons jusqu'au Grand Hall, et il neigeait de nouveau. Il n'y avait pas de recoin ni de fissure dans Winterfell qui ne fût étouffée sous une couche blanche des glaçons bordaient chaque avant-toit, et les têtes des sauvages avaient été réduites à des moignons dépourvus de traits. Le souffle de Ramsay formait des bouffées argentées, et des gouttes de sang tombaient de ses vêtements et de ses mains, laissant une piste brillante à travers la cour. Cette interruption avait foutrement intérêt à en valoir la peine.

Lord Roose attendait seul dans le Grand Hall gris et mal éclairé quand ils entrèrent. Il fit signe au serviteur de sortir avec son habituelle courtoisie glacée, puis se tourna vers son fils, le jeaugea, et sans un mot, le frappa en travers de la joue.

Ramsay leva une main à son visage, trop surpris pour être inquiet.

- Par les sept enfers, c'était pour quoi, ça ?

- Es-tu devenu fou ?

La fureur dans le murmure de Lord Roose était intimidante.

- En tant que seigneur de Winterfell et Gardien du Nord, tu tortures le seigneur de Blancport et ensuite tu t'en vantes à la porté de tous ? Tu as déjà raté ton mariage, tu as été incapable de récupérer ta femme, tu as raté la capture de Stannis, tu as manqué Rayder, et maintenant tu fais cela ? Feu d'enfer et soufre, es-tu fou ?

Ramsay le dévisagea d'un air rebelle, une mèche de longs cheveux sombres et secs lui tombant dans les yeux.

- Je suppose que maintenant vous me vantez une terre pacifiée, des gens tranquilles, c'est ça ? C'est foutrement bon de votre part de me dire de ne pas récupérer d'informations d'un vassal déloyal, quand vous avez tué le Roi dans le Nord, putain ! Ou cela avait-il échappé à -

Cette fois, il ne vit même pas venir le coup. Il trébucha sur un genou et tomba presque la tête la première sur les marches du dais, goûtant le sang dans sa bouche. Au-dessus de lui son seigneur père se dressait, le visage pareil à un masque, un poing toujours levé.

- Ceci, dit Roose Bolton, répond à ma question sans l'ombre d'un doute. Tu es devenu fou. Comme toi et chaque âme dans le pays le savez, les Frey ont traîtreusement assassiné Sa Grâce le roi Robb, en rupture avec les lois sacrées de l'hospitalité – et comme il se trouve, il y a eu aujourd'hui un oiseau des Jumeaux. Les dieux ont pris leur revanche, Lord Walder a été atteint d'apoplexie.

- Mort ? gronda Ramsay. Il le sera bientôt. Tout comme toi, vieil homme.

- Pas encore, dit indifféremment Lord Roose, mais il a perdu la parole et le sens. Edwyn Frey est à présent le seigneur de facto des Jumeaux, bien que j'ose dire que le cadavre de Lord Walder ne sera pas encore froid quand Edwyn le rejoindra, grâce à Walder le Noir. Il vaudra mieux pour Dame Roslin quitter un tel endroit, sans l'ombre d'un doute.

- Dame Roslin ?

Ramsay s'en foutait pas mal. La petite conne qu'ils avaient refilée à Tully la bite molle pendant le mariage qui avait tout commencé, et puis quoi ?

- En effet.

Les yeux pâles de Lord Roose transpercèrent son fils bâtard.

- Une compagnie de gardes Lannister est arrivée pour l'escorter auprès de son époux à Casteral Rock. Edwyn n'a pas pensé sage de refuser.

Me surprend pas que Walder le Noir aiguise son couteau à l'instant même.

Il semblait à Ramsay qu'il pourrait justement se sentir une familiarité avec l'homme qui serait bientôt à la tête de la Maison Frey.

Nous avons tous deux des parents nous barrant l'accès à notre légitime héritage, des relations qui ont vécu trop longtemps.

Si Lord Roose le sermonnaient encore une fois comme ça, ce serait la fin. Quant à sa petite belle-mère enceinte, elle aussi une Frey, Ramsay comptait l'employer pour la chasse, dès que cette neige aurait un peu fondu. Ce serait si amusant de voir la Grosse Walda rebondir dans les bois, mais la poursuite ne risquait pas d'être bien longue. Ses chiennes arracheraient le bon morceau dans son ventre assez vite elles allaient aimer ça.

Peut-être que je mettre son cadavre avec Manderly pour lui tenir compagnie.

- Maintenant, dit Lord Roose. Concernant ta dernière folie. Tu vas y mettre fin immédiatement et renvoyer Wyman Manderly dans ses quartiers. Je devrai réfléchir à quelque explication à ses blessures, je ne te remercie pas. Puis tu te rendras utile de quelque façon, ce que ce soit en menant un groupe dans les cryptes pour dénicher Rayder, ou –

- Les cryptes ?

Ramsay était encore plus agacé.

- Qu'est-ce qui vous fait penser qu'il sera là, merde ?

- Parce que, dit Lord Roose, quand il était ici, il se présentait sous l'alias d'Abel, qui si je ne me trompe, était un anagramme de 'Bael.' Il y a une histoire sur Bael le Barde, que je ne m'attends pas à ce que tu connaisses, mais pour faire court, Bael et la fille de Winterfell qu'il avait enlevée s'étaient cachés dans les cryptes pendant des années C'est justement le genre d'astuce basse qui plairait à un esprit de sauvage. Et de plus, aucune fouille du château ne peut être considérée comme complète jusqu'à ce qu'elle inclue les cryptes.

- Recherchez vous-même, si vous êtes si foutrement sûr qu'il est en bas.

- Je ne me rappelle pas m'être porté volontaire. Je me rappelle t'avoir informé de le faire. Si ce n'est pas à ton goût, tu vas autrement mener les soldats pour capturer les traînards sauvages qui se sont échappés. De même, j'attends que tu fournisses une réponse concluante quant à savoir si tu as loupé les Baratheon aussi mal qu'il le semble.

- C'était Stannis ! C'était ce putain de Stannis ! C'était à qui il ressemblait !

- Les apparences peuvent être trompeuses. Alors. Que choisis-tu ?

- Je vais t'montrer ce que je choisis.

Ce n'était pas exactement comme Ramsay l'avait envisagé, mais il n'allait pas laisser l'occasion lui passer sous le nez. Sans un autre mot, il bondit et venait juste de serrer ses mains en une prise très satisfaisante autour du cou de son père quand il fut interrompu par le contact inattendu de l'acier.

- Cela, dit Roose Bolton, l'air attristé, était idiot de ta part Ramsay. Extrêmement idiot. Récemment tu es devenu plus une charge que même moi l'avais envisagé, et j'ai vraiment bien assez de fierté pour être irrité par la honte que tu as apporté à la Maison Bolton. Le jour où j'ai violé ta mère est le jour où…

- Trop tard ! hargna Ramsay. Tu m'as déjà légitimé ! Y'a pas moyen de me rendre bâtard à nouveau, vieil homme !

- Oui, dit Lord Roose d'un ton glacé, et combien je le regrette. Tu es devenu un chien fou, Ramsay, et les chiens fous sont détruits pour leur propre bénéfice et celui de tous autour d'eux. Hélas, le tabou du meurtre d'un proche retient ma main, autrement j'en aurais fait ainsi depuis longtemps. Mais il viendra un jour où je désirerai très ardemment faire la paix, et tu seras le parfait bouc émissaire à fournir comme preuve de ma sincérité.

Ramsay lui cracha dessus.

- Tu seras mort longtemps avant que ce jour arrive. Je te tuerai.

- Oui, dit encore Lord Roose, un étrange petit sourire flottant sur ses lèvres. Tu essaieras, du moins. Comme tu viens de le faire. Maintenant sors d'ici. Te regarder me rend malade.

Lourdement tenté de lui tordre le cou à la place, Ramsay le relâcha néanmoins et fila dehors avec fracas.

Tu me regrettes, hein ?

Comme s'il y avait eu le moindre doute avant, mais Lord Roose venait de sceller son propre sort avec ces mots.

Tu ne seras pas toujours si rapide avec ce couteau. Et le combat est dangereux.

Sans parler de cet autre petit complot qu'il avait en réserve, juste au cas où.

Les préoccupations de Ramsay l'accompagnèrent presque sur tout le chemin de retour aux donjons, et plus tard il se demanderait ce qu'il aurait pu découvrir, s'il avait été moins distrait. Comme il se trouve, il réalisa que quelque chose n'allait pas, et ralentit, toujours renfrogné. Le calme était inhabituel Manderly devrait être en train de gémir et grogner au moins un peu, et si non, il allait très éminemment fâché contre Damon, Tanneur, et Aigre Alyn pour avoir échoué à faire leur travail correctement en son absence. Foutre de tout ce que son père avait dit Manderly allait hurler jusqu'à ce qu'il se pisse dessus, et ensuite, jusqu'à -

Ramsay tourna le coin - et s'arrêta net.

Il y avait du sang, d'accord, mais pas comment il s'y attendait. Ses trois hommes d'armes étaient étalés par terre, leurs gorges tranchées béant, une expression de surprise courroucée toujours figée dans les yeux de Damon. Seul Aigre Alyn avait de l'acier en main : les pinces qu'ils avaient employées pour ôter les dents de Manderly. Tanneur était face contre terre comme s'il était tombé là, et le chevalet retenant auparavant le Seigneur Lamproie était vide. Les liens avaient été coupés, clairement par un couteau, et un filet de sang et de fluides éclaboussait le sol. Ramsay le suivit immédiatement, mais il se finissait sur un mur de pierre.

Il resta là à le fixer, puis explosa.

- Va te faire foutre ! rugit-il, et lui donna un coup de pied, ne réussissant rien de bien utile.

Il pivota et reporta sa rage sur les trois cadavres, se jeta à genoux à côté de Damon, et commença à le poignarder, encore et encore. La chair morte absorba la lame avec d'inoffensives succions, ce qui provoqua Ramsay plus encore. Il arracha Damon du sol, attrapa le couteau de Tanneur à sa ceinture, et ôta le visage du mort. Puis il froissa la peau sanglante en une boule et la lança contre le mur aussi fort qu'il put.

- Putain de merde ! Putain de foutu nom des dieux de merde !

Pour la première fois de sa vie, Ramsay ressentait une peur informe, naissante.

Le fantôme de Winterfell, pensa-t-il, puis il la repoussa immédiatement, furieux contre lui-même d'avoir seulement entretenu une telle ineptie. Il n'y avait pas de fantômes ; quiconque était responsable de cela était tout à fait vivant. Mais pas pour beaucoup plus longtemps.

Néanmoins, avec ça et la récente menace proférée par son foutu père, il semblait sage de ne pas traîner seul ici-bas, avec uniquement les morts pour compagnie. Ramsay se releva et rôda jusqu'aux escaliers, puis émergea au niveau du sol toujours aussi furieux.

J'aimerais que cette foutue neige cesse.

Mais dans le cas contraire, il n'y avait pas moyen qu'il obéît aux ordres de Lord Roose d'aller chasser les sauvages évadés.

Qu'est-ce que j'en ai à foutre ? Des baiseurs de moutons, tous autant qu'ils sont. Et il aimerait tout autant que je ne revienne jamais.

Non. Il avait un meilleur plan.

Ramsay changea de chemin et fila vers l'armurerie. Avant de revenir à Winterfell pour ses noces, il avait passé un certain temps à réfléchir sur comment il avait échoué à démolir correctement le château, la dernière fois qu'il l'avait mis à sac. Il en avait brûlé autant qu'il avait pu, mais c'était de la pierre, et bâti trop robustement. Son premier piège avait fonctionné avec un succès modéré il était sûr que les auteurs de ces actes étaient toujours dans le château quelque part. Et une fois qu'il allumerait la petite étincelle, tous les rats dans les roseaux seraient spectaculairement chassés.

Alors le seul d'entre nous qui descendra dans les cryptes seramon propre cher père.

Ramsay ouvrit la porte de l'armurerie et effleura les étagères vides ; chaque morceau d'acier même à peine utilisable avait depuis longtemps été pris. La forge était depuis longtemps inutilisée, des toiles d'araignée couvrant l'enclume et les fenêtres cassées avec des cailloux. Des congères s'étaient formées et s'entassaient sur le sol, mais derrière les lourds sacs de sable, sa cache de salpêtre était toujours intact.

Ramsay se tint là, juste à le regarder, se réjouissant de sa puissance destructrice brute. Cela n'avait pas été une petite affaire de le faire venir des Tertres Salines et le Doigt de Silecs avaient été les meilleurs dépôts disponibles dans le Nord. Il y en avait prétendument d'une qualité plus fine encore dans les Marches Dorniennes, mais Dorne était foutrement trop loin et ceci servirait ses visées tout aussi bien. Mais Dame Barbrey Dustin, en dépit de tous ses soupçons et de son aigreur et de ses regards mauvais – eh bien oui, il avait tué son précieux neveu, son propre demi-frère Domeric, et il ferait de même à sa seigneurie s'il lui plaisait – l'avait repayé plus qu'elle ne pourrait jamais l'imaginer en le mentionnant.

Elle aurait pu ne jamais le faire si elle avait su que j'écoutais. Avec sa rancune fatigante contre les Stark, elle devrait en être heureuse.

Ramsay fit glisser un doigt affectueux sur l'un des tonneaux, puis se retourna et sortit, criant après ses hommes d'armes restants. Ceux-là était simplement loyaux à la Maison Bolton en général, aucun de ses garçons particuliers, mais ils serviraient pour le but désiré. Il dut prévenir les andouilles de ne pas trop secouer le produit au moins avec toute cette neige, il n'y avait pas trop à s'inquiéter qu'il explosât accidentellement, mais il valait mieux s'en assurer.

Sur ses instructions, les hommes d'armes placèrent les tonneaux tout le long des murailles extérieures et intérieures, dans la grande cour, à l'extérieur du grand hall et en plusieurs lignes dans les cryptes. Ramsay fut brièvement tenté de leur ordonner d'en mettre un dans la chambre de son père aussi, mais le voir là alerterait certainement Lord Roose prématurément.

Et j'ai une fin plus longue en tête pour lui.

Il toucha le couteau de Tanneur.

Quand le placement fut fini, les tonneaux étaient tous soigneusement dissimulés, et des longueurs de chanvre tordu, huilé furent déposées de l'un à l'autre. Il faudrait les vérifier presque chaque heure, tant que la neige continuerait, mais pendant qu'ils attendaient l'armée Baratheon et son attaque, il n'y aurait pas grand-chose d'autre à faire.

Temps de voir combien vous aimez vraiment le feu, mon seigneur.

Le crépuscule tombait le temps que tout fut préparé. Ils avaient dû avoir au moins un soupçon d'idée de ce qui était dans ces tonneaux, mais ils avaient été bien entraînés personne ne dit un mot. Le souper fut une médiocre affaire, Ramsay jetant agressivement des os aux chiennes et le reste des hommes essayant de faire semblant de ne rien avoir en tête. Au moins son père n'était pas là, ayant apparemment décidé de prendre son repas en privé.

Bien. J'aurais pu être malade moi-même si j'avais dû écouter la Grosse Walda couiner à propos des noms pour le bébé une fois de plus. Il ne vivra pas pour être nommé, j'y veillerai moi-même.

Quand il ressortit après, la neige avait presque cessé de tomber, et une lune fantomatique pointait entre des couches de nuages glacés. Ramsay leva le visage et sourit largement.

Les dieux doivent m'aimer après tout. Amène-toi maintenant, Stannis, que tu sois vrai ou faux. Tu sais que tu en as envie. Viens. Donne l'ordre d'attaquer. Tu seras stupéfait de voir à quel point c'est facile d'entrer dans le château. Il n'y aura pas d'erreur cette fois.

Les cors de guerre le réveillèrent en pleine nuit.