J'ai réécrit deux ou trois petites choses sur le chapitre 36, vu que je suis partie un peu vite (le train pour fêter Noël en famille, ça n'attend pas). Mais je n'ai retouché que la forme ! Genre la concordance des temps qui n'était pas bonne à un moment et des petits trucs qui me gênaient.

Sinon, l'histoire se passe l'été. En fait, pour moi, ça se passait l'hiver, mais comme Dudley invite Harry chaque été et que Harry voit Malefoy à ce moment là à la télé, ça a fait une belle incohérence, repérée par Lys si je me souviens bien. J'ai dû choisir entre l'histoire en hiver ou les invitations de Dudley l'été et cette dernière option m'a paru plus importante, quand on connaît le passé de nos héros. Au début, ça m'a un peu gêné car j'avais plein d'idée avec l'hiver (dont quelques passages déjà écrits, ce qui m'a mise en colère contre moi-même). Mais, finalement, j'ai des idées avec l'été aussi (genre la scène à la plage, en décembre, vous auriez fait une croix dessus :P).

"Brefons" (sympa comme mot, effectivement), merci pour vos reviews. Je vous souhaite une bonne lecture et n'attendez pas de chapitre la semaine prochaine car j'ai un gros projet en cours... :(

Par contre, j'essaie pour le 12 ! D'ici là, bon réveillon à vous, oubliez les partiels ou le travail et vive les vacances !

A bientôt,

Fantaisiiie

PS : techniquement, nous sommes dans la nuit de dimanche à lundi (1h19, donc plus dimanche) MAIS c'est un long chapitre ^^ Il faut croire que je n'arrive plus à faire des chapitres courts, ce qui entre en contradiction avec mon envie de poster tous les dimanches T_T Et puis je me suis décidée à poster une autre de mes fics sur ffnet (une terminée, de 7 chapitres), mais les fans de Drago peuvent aller se coucher tranquille, il n'est même pas cité dedans :P "Brefons", c'est Noël, mais pas trop... :D


Chapitre 37 :

Cela fait déjà plusieurs minutes que Malefoy a regagné sa chambre lorsque je le rejoins à mon tour. Sa lampe de chevet est allumée et diffuse une lumière tamisée. Il est en train d'enfiler sa chemise et mon regard s'attarde presque inconsciemment sur la Marque des Ténèbres qui s'étend sur son bras, bientôt recouverte de tissu. Je souffle :

- Dis-moi...

Il se tourne vers moi et lève un sourcil interrogatif. Je l'observe quelques instants alors qu'il rattache un à un ses boutons et je manque de perdre le fil. Je baisse les yeux et je retrouve ma question :

- Où étais-tu aujourd'hui ? Et hier ?

Il soupire.

- En cours. Ils appellent ça des "master class".

- En quoi ça consiste ?

Il balaie ma question d'un geste agacé.

- A ton avis ?

Voyant que je ne réponds pas, il ajoute :

- Les chefs nous apprennent des techniques.

J'aimerais en savoir plus, mais Malefoy ne m'en laisse pas le temps. J'ai à peine ouvert la bouche qu'il enchaîne déjà.

- Moi aussi, il y a quelque chose que j'aimerais savoir, Potter.

Je me tourne vers lui. Je sens son regard se poser sur moi et je prends brusquement conscience que je suis toujours torse nu. Je me sens ridicule dans cette tenue, comme déplacé... Fuyant son regard brûlant, je cherche mon T-shirt des yeux, tout en me contentant d'un vague « hmmm ? » qui ne m'engage à rien.

- Pourquoi... Pourquoi tu as voulu être proche ?

J'hésite un instant. Puis, je hausse les épaules, comme si la réponse était évidente.

- Si je ne le faisais pas, tu aurais été éliminé, non ?

- Et alors ? En quoi ça te concerne ?

Je repère mon haut qui gît au sol, près du lit. Je le ramasse et je l'enfile lentement, prenant le temps de choisir mes mots.

- Si tu avais été éliminé, tu aurais disparu dans la nature. Et je n'aurais jamais su comment tu es arrivé là.

Il fronce les sourcils.

- Tu ne sais toujours pas comment je suis arrivé là, me fait-il remarquer.

Je m'assois sur son lit, sans tenir compte de son air réprobateur.

- Je ne désespère pas de le découvrir.

Il me jauge un instant, puis se laisse tomber dans le canapé, allongé de tout son long. Ses pieds pendent dans le vide, mais ça ne semble pas le déranger.

- Pourquoi c'est si important pour toi de le savoir, Potter ? demande-t-il finalement.

Il a légèrement relevé la tête afin de pouvoir m'observer et j'essaie de conserver une expression neutre.

- J'ai toujours été... attiré par le mystère, murmuré-je, hésitant.

Il laisse sa tête retomber en arrière et je suis incapable de dire si ma réponse lui convient ou non.

- J'ai pensé laisser tomber, dit-il enfin.

Je lui jette un regard surpris et il précise :

- Arrêter l'émission et disparaître dans la nature, comme tu dis. Loin de toi.

J'ouvre la bouche, surpris.

- Pourquoi tu ne l'as pas fait ?

- Parce que je n'avais nulle part où aller.

Sa réponse me fait l'effet d'une claque et je ne trouve rien à dire. Le silence me paraît assourdissant. Un goût amer se répand dans ma bouche. Puis, Malefoy ajoute :

- Au début, j'ai vraiment failli. Le soir des autographes, quand je t'ai vu la première fois, je me suis dit « ça y est, c'est fini ». Je ne sais même pas pourquoi je suis venu à ton rendez-vous, dans le parc. J'avais prévu de prendre mon sac et de partir. Un abandon, ça arrive. Murdoch aurait été ravie. La production aussi, vu que mes trois proches étaient hors jeu.

Je me tais, incapable de prononcer le moindre mot. Si Malefoy avait abandonné, que ferais-je aujourd'hui ? Un frisson désagréable me parcourt.

- J'y ai repensé après, mais plus j'avançais dans les épreuves, plus ça devenait difficile de tout laisser tomber. Quand tu vois que tu es à la hauteur, tu commences à entrevoir la possibilité de gagner, tu comprends ?

C'est une question directe et la réponse me paraît évidente. Pourtant, ce « oui » m'arrache la gorge. Trois lettres, un tout petit mot et j'ai l'impression d'avoir fait un effort surhumain.

- Des fois encore, je me dis que pour me sortir de là, il me suffirait de partir.

Mon cœur me fait si mal que j'aimerais qu'il s'arrête de battre. C'est une sensation étrange. Je n'ai pas envie de connaître la réponse, justement parce que je m'en fais une idée très précise, mais je dois poser la question.

- Te sortir de quoi ?

Ma voix est si rauque que j'ai du mal à la reconnaître.

- Me sortir de toi.

Cette fois, je me tais pour de bon. Il s'ensuit plusieurs minutes de silence quasi absolu, seulement brisé par la respiration légère de Malefoy et la mienne, beaucoup, beaucoup plus lourde. Comme si soulever ma cage thoracique pour faire rentrer un peu d'air dans mes poumons requérait toute ma concentration. Finalement, c'est lui qui reprend la parole.

- J'ai déjà tout perdu une fois, Potter. Je ne peux pas me permettre de recommencer.

Je ferme un instant les yeux. Puis les mots sortent de ma bouche sans que je puisse les contrôler.

- Je suis désolé, Malefoy.

Il se redresse à nouveau, sans cacher sa surprise.

- Pourquoi ?

- Pour la première fois. Aux autographes. Et dans le parc. J'ai été nul, vraiment.

Il semble de plus en plus surpris et il répète :

- Pourquoi ?

- J'avais besoin de me sentir puissant. J'avais besoin de te montrer qui était le plus fort. C'était ridicule.

Il secoue lentement la tête et maugrée :

- Du Potter tout craché...

Sa voix est froide, tranchante et je vois, sans comprendre pourquoi, que je l'ai mis en colère. Il se relève et se met à tourner en rond dans la pièce, en marchant d'un pas vif.

- Désolé... Tu es désolé !

Je commets l'erreur d'acquiescer. En deux pas, il est sur moi. Il m'attrape par le col et siffle :

- Bon sang, mais tu as quoi dans ta tête, Potter ?

Surpris, je ne cherche pas à me dégager.

- Tu sais ce qu'il se serait passé si c'est moi qui avais gagné ?! reprend-il en me secouant.

Je pose mes mains sur les siennes et cela semble le calmer. S'il ne lâche pas mon col, il ne me secoue plus.

- Il t'aurait tué. Tué, tu entends ?

Dans ses yeux, je lis un tel dégoût de lui-même que j'accentue la pression sur ses mains, comme pour lui dire que, moi, il ne me dégoûte pas.

- Et si j'avais été à ta place, si j'avais été le héros et toi, Potter, la sale petite fouine, le traître, le lâche, crois-moi, je ne t'aurais pas laissé une seule seconde de répit. J'aurais fait de ta vie un enfer. Tu aurais été humilié. Traîné dans la boue. Livré en pâture. Et je ne me serais jamais lassé de ce spectacle. J'en aurais profité à chaque instant. A chaque seconde.

Son regard gris capte le mien et il me demande, en me regardant droit dans les yeux :

- Si toi, Potter, tu es désolé pour cette nuit, pour cette simple nuit et ces quelques moqueries, alors qu'est-ce que je dois être moi, Potter ? Tu me le dis ?

Je secoue la tête, la gorge sèche.

- Tu n'aurais pas fait ça.

Il écarquille les yeux, comme s'il n'en croyait pas ses oreilles. Puis il secoue la tête à nouveau la tête, mais violemment cette fois-ci, furieux face à tant de bêtise.

- Oh si, je l'aurais fait !

- Tu en as eu l'occasion. Au Manoir, j'étais ton prisonnier. Au lieu de jouer l'amnésique incapable de me reconnaître, pourquoi n'as-tu pas demandé à t'amuser un peu ? Tu aurais pu me torturer, non ?

Il me lâche soudain comme si je l'avais brûlé et il recule de deux pas, éberlué. Finalement, il répond :

- A ce moment là, je savais déjà, Potter. Je savais déjà que si tu mourrais, ce serait la fin de tout. Je savais aussi ce que c'était de torturer. Je savais que ça n'avait rien de drôle.

Je détaille son visage crispé, encore plus pâle que d'habitude. Ses yeux gris peinent à soutenir mon regard. Ses lèvres tremblent. D'ailleurs, il me semble que tout son corps tremble. Je n'hésite plus. Je me lève et je m'approche, doucement. Je glisse une main sur son épaule et je l'attire vers moi. Les battements de mon cœur s'affolent. Il résiste un peu, mais je murmure :

- Viens... Viens là.

Alors, il cède. Je le serre contre moi. Je glisse mes mains dans son dos et je le caresse doucement, savourant l'instant. Le bout de mes doigts est en feu, mais un feu délicieux qui fait courir en moi un sentiment de plénitude.

- Tu n'as pas besoin de m'expliquer à moi quel genre de gamin tu étais à Poudlard, Malefoy. Je le sais mieux que quiconque.

J'appuie ma joue contre la sienne. Je sens que ses dents sont serrées, sa mâchoire contractée.

- Je sais aussi que le Seigneur des Ténèbres que tu imaginais n'avait rien à avoir avec l'homme que tu as servi.

Si son corps tremblait légèrement, un long frisson l'agite à cette évocation et je poursuis :

- Je sais que tu n'as rien voulu de tout ça. Je sais que la situation t'a échappé et que tu n'as rien pu y faire.

- Ne dis pas ça ! proteste-t-il en se dégageant.

- Pourquoi ?

J'ai soudainement plus froid sans son corps contre le mien, mais je n'essaie pas de le rattraper.

- C'est trop facile ! Trop facile de dire que je n'ai rien pu faire ! Tu crois que je ne sais pas ce que bien des gens pensent ? Que j'ai mal tourné parce que j'ai le sang pourri ? Un père et une mère comme ça, ça ne pouvait rien donner de bon ! Alors il suffit de mettre tout cela sur la faute de ma famille, du nom !

- Je n'ai pas dit ça...

Mais il ne m'écoute pas.

- Je n'ai donc jamais pris de mauvaises décisions ? Je n'ai donc jamais eu de choix ? Et si j'ai un enfant, Potter, il sera aussi comme moi ? Comme mes parents avant moi ? Et comme leurs parents encore avant ? Rien qu'un... Malefoy ?

Cette pensée semble le mettre hors de lui. Je secoue encore la tête, mais c'est peine perdue. Il semble incapable de s'arrêter.

- Regarde Sirius Black !

Après toutes ces années, je ne pensais pas qu'entendre le nom de Sirius pourrait encore me faire aussi mal.

- Regarde sa famille ! Regarde son éducation ! Et son sang, toujours pur ! Est-ce que ça a fait de lui un Mangemort ?

Je ferme les yeux. Je revois le visage de mon parrain. Son visage séduisant détruit par des années passées à Azkaban. Des années avec pour seules pensées le meurtre de mes parents et son innocence, à laquelle plus personne ne croit. La pire des sentences... La réponse fuse malgré moi.

- Ça n'a rien à voir !

- Et pourquoi ? me demande Malefoy, toujours furieux.

- Sirius a eu quelqu'un pour lui tendre la main.

Je revois mon père à ses côtés, lorsqu'ils étaient encore collégiens. Je les vois rire ensemble et je ne peux m'empêcher de me sentir révolté face à un tel gâchis.

- Moi, je n'en ai jamais été capable.

Notre premier voyage à bord du Poudlard Express me revient en mémoire. Comme aurait réagi Malefoy si je lui avais souri ? Si je lui avais dit d'oublier ses grands airs et ses deux gorilles et de s'asseoir avec nous ? Si j'avais essayé au moins ? A ce moment là ou plus tard, seul à seul ? En sixième année par exemple. Il était si fragile… Le moment était propice ! Mais je n'ai pas su mettre ma haine de côté et j'ai préféré le traquer, dans l'espoir de prouver à mes amis que j'avais raison. Qu'il était bien un Mangemort. Je me suis comporté comme un gamin revanchard et qui peut connaître avec certitude les conséquences que ça a eu sur Malefoy ?

Malefoy qui reste étrangement silencieux, les yeux baissés.

- Tu n'as pas le sang pourri, lui assuré-je à voix basse. Tu me le prouves tous les jours.

Il me regarde, ahuri. Je lui souris et j'ai l'impression de me trahir. Car mon sourire a quelque chose de tendre, je le sais. Quelque chose qui ne devrait pas être là et que je ne devrais pas ressentir.

Finalement, il souffle :

- Merci, Potter.

Je ne réponds rien et je laisse le silence s'installer. Je le regarde, je détaille sa longue silhouette sur le canapé, et les mêmes questions reviennent me torturer. Je tiens ma langue. Ce n'est pas le moment de le questionner, mais ce n'est pas l'envie qui m'en manque... Saurais-je un jour ce qui lui est arrivé ? Comment il s'est sorti de la rue ? Comment il a réussi à se fondre parmi les moldus sans se faire repérer ? Comment il est devenu si doué en cuisine ? Je retiens un soupir rageur. Il lui suffit de poser une question pour que je me livre. Moi, je galère pendant des heures pour lui soutirer un début de réponse qui ne fait que renforcer mon incompréhension... Je tends l'oreille et le bruit de sa respiration me parvient, calme, paisible. Je me lève doucement et j'éteins sa lampe de chevet. Puis, je réalise que, dans une poignée d'heures, nous prendrons l'avion, direction la France. Mes bagages ne sont pas prêts et je ferais mieux de dormir un peu, moi aussi, plutôt que de rester là à ressasser ma frustration. J'arrache le drap de son lit et je le dépose avec précaution sur son corps endormi. Je reste un instant à l'observer, debout dans l'obscurité, les yeux plissés pour distinguer son visage. Lorsque je transplane, de son balcon, je prie pour que le bruit ne le réveille pas.


- Ma parole, Hermione ! Mais tu l'as drogué !

Sous mon regard accusateur, mon amie rougit.

- Non, bien sûr que non ! se défend-elle. A peine deux ou trois gouttes de potion calmante, il n'y a rien de dramatique !

Ma moue sceptique la met brusquement en colère.

- J'aurais aimé t'y voir, Harry ! "Cette grosse boîte de fer n'a que deux ailes ! Et elles ne battent même pas. Comment veux-tu que ça vole ?", lance-t-elle, dans une parfaite imitation de Ron. Ou "Le plus sûr moyen de transport moldu, mon œil ! Je refuse de monter à bord sans sortilège de lévitation !". Qu'est-ce que je pouvais bien faire d'autre, hein ?

A côté d'elle, Ron sourit d'un air bête. Je rends les armes en riant :

- Très bien, très bien...

Je frappe à la porte de mon cousin et il vient presque aussitôt nous ouvrir.

- J'ai fait des lasagnes ! s'exclame-t-il d'un ton réjouit. Je voulais faire un plat typiquement français, mais vous aurez tout le temps d'en manger des bien meilleurs là-bas.

Les lasagnes sont délicieuses et le déjeuner se passe admirablement bien. Ron semble plongé dans un rêve silencieux et, pour la première fois de sa vie, il ne touche pas à son assiette. Cette option me paraît beaucoup plus séduisante que ce qu'Hermione a vécu ces derniers temps.

- Et donc ce matin, explique-t-elle, insensible au fou rire de Dudley, Monsieur m'annonce que, finalement, il ne prendra pas l'avion. Ce n'est pas une question de courage, non ! Qu'est-ce que je vais imaginer ! Simplement, il n'a plus très envie. Je vous assure, il m'a dit ça comme ça : « je n'ai plus très envie ». Il n'a jamais eu envie ! Jamais !

- Comment tu as fait pour le calmer ? demande mon cousin en essuyant ses larmes avec le coin de sa serviette.

- Je lui ai dit que oui, il pourrait y aller par ses propres moyens. Je veux dire... en transplanant.

Dudley acquiesce d'un air connaisseur alors qu'il n'a qu'une idée très vague de ce qu'est le transplanage.

- Impossible ! interviens-je.

La production ne prendra pas le risque de laisser un proche se perdre dans la nature alors que nous avons un rôle à jouer lors du prochain tournage.

- Je sais, soupire Hermione. Mais j'étais à bout ! Bref, au moment du petit déjeuner, quelques gouttes dans son thé et... le tour est joué.

Après les lasagnes, c'est au tour du gâteau au chocolat d'être dévoré, sauf par Ron, qui somnole sur la table. J'écoute d'une oreille distraite Hermione et Dudley, qui discutent tranquillement de la famille moldue de mon amie, et je laisse vagabonder mes pensées jusqu'à Malefoy. Est-il prêt ? Pense-t-il déjà à ce qui l'attend en France ? Pense-t-il... à moi ?

Le téléphone de Dudley me ramène soudain à la réalité.

- Ça doit être le taxi qui est arrivé ! s'écrie-t-il en se levant d'un bond.

Il court jusqu'au téléphone, décroche puis se tourne vers nous.

- C'est bien le taxi ! articule-t-il silencieusement avec de grands gestes, trahissant son excitation. Puis, il ajoute d'une voix parfaitement normale : très bien, ils arrivent tout de suite.

Hermione s'empare de sa valise. Je fais de même tandis qu'elle s'inquiète :

- Tu as bien tout caché dans ton sac à dos ?

J'acquiesce, mais je vérifie une dernière fois. Nos trois baguettes y sont sagement rangées, ainsi que ma cape d'invisibilité. Dans une petite poche, j'ai placé les billets d'avions et nos papiers d'identité. Pour Ron, il s'agit d'un simple carré de parchemin vierge que Hermione a ensorcelé pour que les moldus n'y voient que du feu. Un sortilège très utile qu'elle a déniché dans le Sorcier globe-trotter. C'est grâce à ce magazine également qu'elle a eu l'idée de jeter un sort au sac lui-même : tous les moldus qui le toucheront seront persuadés de l'avoir déjà contrôlé, ce qui nous évitera d'avoir à justifier la présence de certains objets disons... anormaux.

- Allez, Ron, on y va ! ordonne Hermione en le traînant avec sa valise jusqu'à la porte, que Dudley tient ouverte.

Je sors à mon tour, vérifiant une dernière fois que je n'ai rien oublié. Mon cousin insiste pour nous raccompagner jusqu'en bas. En bon gentleman - sa mère serait fière de lui, il soulage Hermione de sa valise. Elle a de toutes les façons suffisamment à faire avec Ron, complètement désorienté.

- C'est par là, soupire-t-elle en le tirant jusque dans l'ascenseur.

Heureusement, le taxi nous attend juste au pied de l'immeuble. Le chauffeur nous aide à charger nos valises et nous installons Ron sur la banquette arrière, avant de dire au revoir mon cousin.

- On t'enverra une carte postale ! assuré-je en souriant.

Lorsque la voiture s'éloigne, nous lui adressons des signes de la mains jusqu'à ce qu'il disparaisse de notre vue. Je place alors soigneusement mon sac à dos à mes pieds. La première chose qu'on apprend, quand on est Auror, c'est de toujours avoir sa baguette à portée de main. Prendre le temps de fouiller dans un sac est une aberration. Mais je ne suis pas en service et cela fait bien longtemps que je n'ai pas vu de mage noir cherchant à m'assassiner…

- Et c'est parti ! s'écrie Hermione, enthousiaste. Je ne sais pas ce qui nous attend, mais j'adore la France !

Sa joie me rappelle celle de Kingsley, lorsque je lui ai annoncé que je prenais quelques jours de vacances. Il y a quelques temps, il m'avait menacé de congés forcés si je n'écoulais pas un peu mes jours... Le malheur, quand on est chef du Département des Aurors, c'est que votre responsable hiérarchique direct est le Ministre de la Magie en personne... Et Kingsley est particulièrement attentif à mon cas. Je me demande un instant comment il réagirait s'il savait, pour Malefoy et moi, mais je chasse bien vite cette pensée de mon esprit, gêné.

Les kilomètres qui nous séparent de l'aéroport sont vite franchis. Je jette un coup d'œil à ma montre. Il reste près de trois heures avant le décollage, mais je commence à me sentir légèrement... angoissé. Secouant la tête - sérieusement, Harry, dans toute ta vie, tu n'as rien fait de plus effrayant que de prendre l'avion ? - je sors de la voiture. Pendant qu'Hermione enjoint Ron à faire de même, je règle la course et je sors les bagages du coffre.

- Je m'occupe de ta valise, proposé-je à mon amie. Tu t'occupes de Ron.

Elle acquiesce avec reconnaissance et nous pénétrons dans l'immense bâtiment par les portes vitrées de l'entrée principale. Aussitôt, le brouhaha de la foule à l'intérieur me happe. Haussant la voix, je dis à Hermione de me suivre et j'essaie de me repérer dans ce gigantesque labyrinthe. Nous longeons le hall jusqu'aux guichets, mais je ne parviens pas à repérer les autres participants à l'émission. Le point de rendez-vous convenu est sous le repère F, mais je ne vois aucun panneau, où que je regarde. J'ai subitement l'impression d'avoir à nouveau onze ans et de chercher la voie 9 ¾. En sueur, chargé comme une mule avec mon sac à dos et les deux valises, je tourne une nouvelle fois sur moi-même, dans l'espoir de reconnaître un visage familier.

- Là-bas, me crie Hermione, en me désignant un grand A bleu sur fond blanc.

Je me dirige vers le panneau d'un pas vif. Plus loin, j'aperçois la lettre B, puis C. J'accélère le pas, me retournant de temps en temps pour vérifier que Hermione et Ron, qu'elle tient fermement par la main, sont toujours derrière moi. Enfin, la lettre F apparaît et, dessous, un attroupement d'une vingtaine de personnes, qui discutent par petits groupes. Cherchant Malefoy du regard, je reconnais quelques candidats, entourés de leurs proches. Arrivé à quelques mètres de notre but, une voix acide nous interpelle :

- Harry, Ron, Hermione !

J'aimerais l'éviter, mais Brittany Murdoch se dirige vers nous. Je me demande depuis quand elle nous appelle par nos prénoms et je lui souhaite beaucoup de patience si elle s'attend à ce que je fasse un jour de même.

- Vous êtes à l'heure, très bien ! s'exclame-t-elle en arrivant à notre hauteur. Il manque encore quelques proches, mais ils sont en route.

Sans répondre, je me joins au groupe et je laisse tomber les valises au sol, reprenant mon souffle. En tirant légèrement Ron en avant, Hermione ne tarde pas à me rejoindre.

- Alors, alors..., reprend Murdoch. Voyons voir...

Du bout de son index manucuré, elle parcourt une longue liste.

- Ah voilà !

Elle tire de sa poche un stylo et je devine qu'elle coche nos noms.

- Vous n'avez rien oublié ? Billets d'avion, papiers d'identité ?

J'acquiesce vaguement et, enfin, elle s'éloigne. Sans plus attendre, je reprends mes recherches. Mais je ne vois Malefoy nulle part. Julia est avec ses trois proches et sa mère lui époussette sa veste d'un geste nerveux. A quelques pas de là, Elizabeth est en grande discussion avec trois personnes beaucoup plus jeunes qu'elle et que je suppose être ses enfants. Cathy, la juge, se repose sur l'épaule de son mari. Ici, le brouhaha est moins assourdissant, mais je ne comprends rien de ce qui se dit. Tout ce que je sais, c'est qu'il n'y a pas de Malefoy.

- Tu cherches Thomas ?

Je me retourne et tombe nez à nez avec Lauryn. Ses longs cheveux blonds sont détachés et elle me sourit timidement.

- Ça fait vingt minutes qu'il a disparu dans les toilettes.

Je la remercie vivement et me tourne vers Hermione.

- Je reste là, soupire-t-elle avant même que j'ai ouvert la bouche, assise sur sa valise. Ron a besoin d'une surveillance constante.

Ce qui est parfaitement exact, même s'il est actuellement perdu dans la contemplation d'une banale affiche publicitaire pour un dentifrice.


A ma propre surprise, je n'ai aucun mal à trouver les toilettes des hommes. Des portes battantes s'ouvrent sur une vaste pièce, avec, sur la gauche, des cabines individuelles et, sur la droite, des lavabos. Malefoy se tient debout en face de l'un deux, les mains crispés sur le rebord, le teint étrangement pâle, les yeux fermés. Je m'approche doucement de lui et il sursaute lorsque je pose ma main sur son épaule.

- Ah, c'est toi, grogne-t-il en se dégageant.

- Ça va ? lui demandé-je doucement, sans tenir compte de l'accueil.

- Très bien, assure-t-il d'un ton qui est loin d'être convainquant.

Il soutient mon regard à travers le miroir et je ne peux m'empêcher de sourire.

- On ne dirait pas...

Il hausse les épaules avant d'ouvrir le robinet d'un geste sec. Il se lave les mains, hésite un instant, puis se passe de l'eau froide sur le visage. Je tire quelques serviettes en papier du distributeur et les lui tend.

- J'ai juste mal dormi, grogne-t-il.

- Évidemment.

Il s'essuie le visage et me jette un regard noir.

- Tu es resté longtemps, hier ? me demande-t-il enfin.

Je secoue la tête.

- Je suis parti quand tu t'es endormi.

- Tu aurais dû me réveiller.

Je me souviens avoir déposé un drap sur lui avant de partir et je me sens brusquement idiot. Qu'est-ce qui m'a pris de faire une chose pareille ? Je sens mes joues brûler et je m'empresse de changer de sujet :

- Tu comptes rester ici jusqu'au décollage ? J'ai connu des endroits plus sympathiques...

Il me semble qu'il se retient de sourire.

- Et tu proposes quoi d'autre, Potter ?


Il y a une particularité du monde moldu qui est très chère à mon cousin. Où qu'on aille, il y a toujours un McDonald's pas loin. Après les lasagnes de Dudley, je n'ai pas faim, mais je n'ai rien contre quelque chose à boire. Je fais mine de réfléchir un instant et je choisis un grand coca, non sans penser à la nuit passée. Malefoy m'imite et je tente un regard vers lui qu'il ignore consciencieusement. Comme il ne prend rien d'autre, je demande :

- Tu as avalé quelque chose aujourd'hui, au moins ?

La pique fuse.

- Tu te prends pour ma mère, Potter ?

Je ris et il détourne le regard, en grommelant quelque chose que je ne comprends pas. Nous nous installons à une table dans la grande salle bondée. A travers la baie vitrée, j'aperçois Hermione, toujours sur sa valise, qui caresse doucement les cheveux de Ron, assis à ses pieds. Tout autour d'elle, les proches et les candidats de Master Chef discutent.

- Alors dis-moi, commencé-je après avoir bu une gorgée de coca, comment as-tu fait pour les papiers d'identité ?

Ma question le surprend.

- Pour... quoi ?

- Tes papiers d'identité. L'avion. Les contrôleurs.

Je pensais la question anodine, mais il est subitement gêné. Je me penche en avant, attendant une réponse, mais il change de sujet, le regard fuyant.

- Tu sais quoi, Potter ?

Je ne réponds pas, bien décidé à obtenir des explications. Il poursuit :

- Je suis d'accord pour répondre à toutes tes questions.

Mon cœur bondit dans ma poitrine. Je me penche encore un peu plus vers lui et il ajoute, en levant son index et son majeur :

- Deux règles.

Je me renfonce dans mon fauteuil en me renfrognant. Avec un sourire rusé, il précise :

- Première règle : tu as une minute.

- Une minute ?! m'offusqué-je. Et pourquoi pas dix secondes ?

Son sourire s'élargit :

- Parce qu'aujourd'hui, je suis d'humeur généreuse. Deuxième règle : je ne réponds que par oui ou par non.

J'ouvre à nouveau la bouche, mais il lève les mains pour me faire taire.

- C'est à prendre ou à laisser.

Mes instincts d'Auror se réveillent.

- Je prends. On commence quand l'aiguille est sur le douze, proposé-je en lui désignant une horloge sur le mur.

Il acquiesce.

- Si tu veux.

Ce qui me laisse un peu moins de quarante-cinq secondes pour trouver mes questions. Je ne quitte pas l'horloge des yeux en réfléchissant à toute vitesse. Lorsque la trotteuse passe la barre des cinquante-cinq secondes, je me tourne vers Malefoy et je me lance.

- Tu as des papiers d'identité ?

- Oui, répond-il en inclinant légèrement la tête.

- Tu les as obtenus... en toute légalité ?

- Oui, assure-t-il à nouveau et je retiens un grognement frustré.

- Bon sang, comment ?

Ses lèvres découvrent un instant ses dents blanches tandis qu'il jubile :

- Oui ou non, Pot...

Mais je n'ai pas de temps à perdre et j'enchaîne :

- Est-ce que je connais la personne qui t'as inscrit à l'émission ?

Il semble surpris par ce brusque revirement et je le presse :

- Vite, Malefoy !

- Non.

- Tu ne t'es donc pas inscrit toi-même ?

- Non.

- C'est un moldu ?

- Oui.

- Un ami ?

Je débite mes questions à toute vitesse, ne prenant le temps de respirer que lorsqu'il répond. Je vois que cette question le met mal à l'aise et je lui fais signe de se dépêcher.

- Je... je ne crois pas que...

C'est à mon tour de laisser échapper un sourire carnassier.

- Oui ou non. Malefoy. Et vite.

- Oui.

- Tu as appris à cuisiner seul ?

- Oui.

Je jette un coup d'œil rapide à l'horloge. Trente secondes se sont écoulées. La moitié du temps imparti.

- Tu as travaillé chez les moldus ?

- Oui.

- Comme cuisinier ?

- Non.

- Dans un restaurant ?

Il semble de plus en plus mal à l'aise et je devine que je touche au but. Il se tourne à son tour vers l'horloge tandis que je le rappelle à l'ordre :

- Malefoy !

Il me regarde et je lis de la colère dans ses yeux gris.

- Je ne veux plus jouer, Potter.

Je crois un instant qu'il plaisante. Mais il secoue la tête, le visage fermé. Je serre les dents. Sale petit tricheur ! Puis, prenant sur moi, inspirant profondément, je siffle :

- Je prends ça pour un oui.

Il hausse les épaules avec mauvaise grâce.

- Tu prends ça comme tu veux, Potter. Je m'en fiche.

Il s'ensuit quelques secondes de silence glacial. Il fixe son gobelet comme s'il voulait le réduire en cendres par la seule force de son regard. Cette vision me plaît et je laisse échapper malgré moi un sourire.

- A toi.

Il consent à lever les yeux vers moi et je précise, pour dissiper son étonnement :

- Mêmes règles. Réponse par oui ou par non. Et on remplace le une minute par trente-cinq secondes.

Je soutiens son regard et il comprend que je ne plaisante.

- Fais attention, déclare-t-il très sérieusement. Je pensais que je ne risquais rien, mais c'est traître, les réponses par oui ou par non.

- Ne t'en fais pas, je survivrai, assuré-je en souriant.

Comme je l'ai fait un peu plus tôt, il fixe l'horloge. Je sais qu'il réfléchit aux questions qu'il va poser. Lorsque l'aiguille s'approche du douze, il plante son regard dans le mien et attaque :

- Tu as déjà embrassé un autre homme ?

J'ouvre de grands yeux, surpris. Il tapote sa montre imaginaire du bout du doigt avec un large sourire et je me force à répondre.

- Non.

- Tu en avais déjà eu envie ?

Je serre les dents. Je ne m'attendais pas à ce genre de questions. Alors qu'il ouvre la bouche pour me presser, je lâche.

- Non.

Il semble sceptique et je répète :

- J'ai dit non.

- Alors pourquoi moi ? crache-t-il enfin.

Je hausse les épaules. Je sais qu'il n'attend pas de réponse. Cette question n'appelle ni un oui, ni un non.

- Tu n'as pas peur que les journaux l'apprennent ?

- Non.

Il affiche à nouveau cet air sceptique et je précise :

- Je dis la vérité.

- Tu n'as pas peur qu'ils apprennent que tu es attiré par les hommes ? Ou tu n'as pas peur qu'ils apprennent pour moi ?

Je détourne les yeux, gêné, et il reformule :

- Tu as peur que les journaux apprennent pour les hommes ?

- Non.

- Et pour moi ?

Je jette un œil à l'horloge et je me lève. Même s'il sait poser les bonnes questions, il n'est pas aussi rapide que moi pour les interrogatoires. Question de métier, je suppose.

- Désolé, Malefoy. Le temps est écoulé.

Je m'attendais à ce qu'il râle, mais il se contente d'un sourire que je trouve singulièrement... charmant.

- C'est de bonne guerre, souffle-t-il en se levant à son tour.

Il passe à côté de moi et j'entends le couvercle de la poubelle qui claque lorsqu'il y jette son gobelet. Je secoue la tête pour éclaircir mes pensées et je lui emboite le pas. Moins d'une minute plus tard, nous avons rejoint Hermione et les autres participants de Master Chef. Et, je dois l'avouer, je suis bien content que le brouhaha empêche mon amie de me poser la moindre question. Son regard perçant me suffit.


Le temps dans la salle d'embarquement s'étire à n'en plus finir. Nous avons passé les contrôles avec succès et j'ai essayé de lire la carte d'identité de Malefoy. Malheureusement, il a surpris mon regard et l'a soigneusement cachée avec sa main, non s'en me lancer un regard moqueur. L'attitude amorphe de Ron l'a tout d'abord surpris, mais il s'est contenté de lancer à Hermione quelque chose qui ressemblait à "je suppose qu'à ta place, moi aussi je le préfèrerais comme ça", ce qui lui a valu une exclamation indignée. Depuis, nous patientons dans la salle. A chaque minute qui passe, il me semble que Malefoy se fait plus pâle. Hermione, en revanche, semble parfaitement détendue. Elle tire de son sac un exemplaire de la Gazette du Sorcier, dont elle entame la lecture, la mine concentrée. A côté de moi, je sens Drago s'agiter. Je lui jette un regard surpris et il s'immobilise aussi tôt.

- Tu veux que je te laisse ma place ? Pour aller lire ?

Cette marque d'attention pour le monde de la magie me réjouit, mais il m'envoie balader avec un grognement sourd. La voisine moldue d'Hermione, elle, n'attend pas qu'on le lui propose. Bien évidemment, ce qu'elle lit n'a rien à voir avec le vrai contenu de la Gazette, mais elle semble tout de même trouver cela intéressant.

Comme pour me montrer qu'il se fiche totalement du journal, Malefoy sort un livre de son sac et se plonge dans sa lecture. En réalité, son regard gris reste fixé sur le même mot pendant plusieurs minutes, mais je m'abstiens de le lui faire remarquer. Doucement, j'approche ma main pour soulever la couverture et en lire le titre. Il a un mouvement de recul mais me laisse faire.

- Des fleurs pour Algernon ? C'est bien ?

- Ça se lit...

Mais Hermione, qui n'est pas aussi profondément plongée que je le pensais dans la Gazette du Sorcier, intervient :

- Il est absolument génial.

Face au regard surpris de Malefoy, elle précise :

- Mes parents me l'ont offert à Noël, il y a deux ou trois ans.

Malefoy se reprend vite.

- Passionnant, Granger.

- Weasley, corrige Hermione avec un large sourire.

Il fronce les sourcils et elle lui rappelle, en désignant Ron :

- On s'est mariés.

- Toujours aussi passionnant, Granger. Mais j'aimerais lire en silence, si ça ne vous dérange pas, tous les deux.

- Ça ne nous dérange pas, répond Hermione avec bonne humeur, bien décidée à montrer à Malefoy comment se tient une conversation entre gens civilisés. Tu verras, c'est un livre absolument magnifique.

Malefoy lève les yeux au ciel, visiblement exaspéré.

- Je sais, merci. C'est la quatrième fois que je le lis.

- Oh, murmuré-je en veillant à être parfaitement audible, donc chez toi, "ça se lit" est un livre qui mérite qu'on le lise quatre fois ? Intéressant...

Hermione cache son sourire derrière son journal et Malefoy serre les dents. Plus sérieusement, je lui demande :

- Tu n'as pas envie d'en lire en autre ?

Il lève les yeux de son livre en soupirant ostensiblement.

- Et toi, Potter, tu n'as pas envie de faire la conversation à quelqu'un d'autre ?

Je secoue la tête en souriant et il grogne :

- Je ne peux pas sortir de l'hôtel. Donc je relis ceux que j'ai.

Je me tourne vers Hermione :

- Je suis en progrès. J'ai réussi à lui faire dire plus de dix mots et il n'y en a pas un seul de méchant.

Mon amie fait semblant d'applaudir, la mine admirative.

- Je m'incline, je ne pourrais pas faire mieux.

Le sifflement rageur qui nous parvient est le déclencheur. Mais mon rire s'éteint brusquement lorsque les moldus autour de nous se lèvent. L'embarquement a commencé. Il n'est plus temps de plaisanter...


L'avion n'est pas bien grand. Si j'imaginais voyager en première classe, je suis vite déçu. Il n'y a pas de première classe, juste une centaine de sièges qui s'entassent les uns derrière les autres, par rangée de trois et, au milieu, un minuscule couloir où circule une hôtesse à la silhouette filiforme. Elle nous accueille avec un sourire étincelant et nous conduit à l'arrière de l'appareil.

- J'ai lu quelque part qu'en cas de crash, les passagers avaient plus de chance de survivre en étant à l'avant, annonce une voix derrière moi.

Je vois Malefoy pâlir encore et je me retourne pour voir Charles se faire réprimander par sa mère.

- Ne dis pas ça dans un avion ! Ça porte malheur !

Il sourit d'un air désolé. De mon côté, je songe qu'en cas de crash, il vaut mieux être hors de l'avion qu'à l'avant ou à l'arrière, mais cette pensée n'a rien de réconfortante.

Hermione pousse doucement Ron jusqu'à la toute dernière rangée, à droite, et le fait s'asseoir côté hublot. Il pose aussitôt sa tête contre la vitre et étouffe un bâillement. Elle s'installe à côté de lui tandis que Malefoy choisit la même rangée, à gauche. Il pose aussitôt son sac sur la siège à côté de lui, me signifiant clairement de ne pas m'approcher. Je regarde un instant la dernière place vide à côté d'Hermione, puis Malefoy, de l'autre côté du petit couloir, seul. Je n'ai pas d'hésitation.

- Tu veux bien pousser ton sac, s'il te plaît ?

Il me lance un regard noir et, prenant bien soin de baisser la voix, il m'indique le dernier siège côté couloir.

- Il y a une place juste ici.

- Oui, mais c'est la première fois que je prends l'avion et je compte bien profiter de la vue.

Sans attendre de réponse, j'empoigne son sac et le place dans le compartiment à bagages, au-dessus de ma tête. Puis je m'installe, à côté de lui, ignorant son air mécontent.

Bientôt, toutes les rangées sont occupées. Le fond de l'avion nous est réservé, mais des moldus qui n'ont rien à voir avec Master Chef ont envahi l'avant de l'appareil et ne cessent de pointer les candidats du doigt. Quelques uns prennent même des photos avec leur téléphone portable et je note qu'un grand nombre sont pointées sur Malefoy.

- Tu dédicaces des photos, peut être ? lui demandé-je d'un ton moqueur.

- Très drôle, Potter, souffle-t-il. Vraiment très drôle.

Il garde le visage fixé sur le hublot et je lui fais remarquer que nous n'avons pas encore décollé. Il s'apprête à répliquer lorsque les moteurs de l'appareil se mettent en route. Je retiens mon souffle et capte son regard inquiet tandis qu'il s'enfonce profondément dans son siège. Les hôtesses récitent les consignes de sécurité qu'elles connaissent par cœur et je prie pour que nous n'en ayons pas besoin. Lorsque le voyant en forme de ceinture s'allume, je m'empresse de m'attacher. Malefoy a la même réaction, mais il se trompe de côté et sa main heurte la mienne.

- C'est ma ceinture ça, Malefoy, susurré-je à son oreille. La tienne est de l'autre côté.

Il se tourne aussitôt mais je remarque avec plaisir que des marques rouges colorent ses joues. Ce spectacle est tout à fait à mon goût.

- Continue de sourire comme ça, Potter, et...

Je ne saurais jamais de quoi je suis menacé exactement. L'avion s'ébranle et les mots que Malefoy s'apprêtait à prononcer s'étouffent dans sa bouche. Il s'enfonce à nouveau dans son siège.

L'avion roule et prend progressivement de la vitesse. Je me fais la réflexion que ce n'est pas si terrible que ça. J'ai simplement l'impression d'être dans une très très grosse voiture. Prenant un air détaché, je jette un œil à travers le hublot. Le paysage monotone qui entoure la piste défile de plus en plus vite. Je me tourne vers Malefoy et m'autorise même un sourire. Puis, sans que je m'y attende, je sens le nez de l'avion quitter le sol. L'arrière suit presque immédiatement après et j'ai l'impression de savoir exactement quand les roues arrières se sont détachées de la piste. Malefoy ferme les yeux en lâchant un gémissement que je dois être le seul à entendre. Je m'enfonce dans mon siège, agrippant les accoudoirs. Je ne sais pas ce que j'imaginais. Peut être avais-je cru que nous serions dans le ciel en une seconde seulement. Mais les secondes s'égrènent et nous continuons de monter, toujours et toujours plus haut. A travers le hublot, je vois la terre ferme s'éloigner avec l'horrible impression que mon cœur est resté au sol. Puis, une pensée affreuse me traverse. Nous sommes beaucoup trop lourds... L'avion va perdre de la vitesse et... Je me raisonne. J'ai grandi dans une famille moldue. Je ne suis pas un sorcier incapable de comprendre leur technologie. Cet avion volera comme il l'a fait des milliers de fois.

Je me tourne vers Malefoy, mais il ne semble pas en état de parvenir à la même conclusion. Toute trace de couleur semble avoir définitivement quitté son visage et il garde les paupière closes, les dents serrées. J'ai l'impression d'entendre son cœur, sur le point d'exploser. J'ai un instant d'hésitation. Pour nous voir, les moldus occupant les rangées de devant devraient se lever et se pencher par-dessus leur siège, ce qui me paraît hautement improbable. La rangée d'à côté est occupée par Hermione, qui saura tenir sa langue si jamais elle voit quoique ce soit...

Alors, lentement, j'attrape la main de Malefoy et je la serre dans la mienne. J'approche ma bouche de son oreille et je souffle :

- Ne t'inquiète pas, ça va aller.

Il acquiesce faiblement, les yeux toujours fermés. Et puis, je le sens qui serre mes doigts. De toutes ses forces. Et je souris. Finalement, ce décollage peut bien durer des heures. Je ne m'en plaindrai pas...