Bonjour tout le monde !
Avant tout, je dois vous remercier pour ces chaleureux encouragements que vous m'offrez à chaque chapitre. Vous n'êtes pas très nombreux mais chacun de vos messages est une source de plaisir et je me sens chaque fois honorée par vos petits mots. Merci à tous ! (Et n'hésitez pas à persévérer !)
100 commentaires, c'est quelque chose. Ça m'a coupé le souffle quand j'ai ouvert ma page et ai vu ce chiffre rond apparaître. Déjà 100 commentaires ! 100 petits efforts pour moi... Merci de cette attention, encore. Je ferai tout pour ne pas vous décevoir.
En espérant que l'attente n'ait pas été trop longue, bonne lecture !
PS : Pour les intéressés, vous pourrez découvrir sur mon LJ (lien dispo sur mon profil) un extrait du premier chapitre de Le Pacte, le deuxième volet de la "trilogie" dont fait partie La Renarde et le Chien.
Scène 7
Bibliothèque, Poudlard, 7 Novembre 1977
La soirée d'Halloween fut une réelle réussite. Tous les élèves qui y avaient participé en repartir avec la conviction d'avoir passé une formidable soirée. Bien que leur parcours fut relativement court – car ils avaient malgré tout mis une heure pour arriver à la fin – Amy et Sirius eurent le temps de goutter aux multiples plaisirs organisés par les habitants de Poudlard. Leur retour à la Tour de Gryffondor fut donc semé d'embûches et ils comprirent, dès qu'ils furent confrontés à Peeves, que le réel défi était justement de pouvoir retrouver leur dortoir. Après avoir évité avec une dose d'ingéniosité et de chance les farces de l'esprit frappeur, ils n'échappèrent pas aux multiples frayeurs que leur réservèrent les fantômes. Ces derniers avaient modulé leur corps intangible en d'horribles créatures et amplifié leur voix grâce à la magie des professeurs. C'était donc eux qu'Amy et Sirius avaient entendu plusieurs fois dans les couloirs.
Amy s'était tenue au bras du Maraudeur tout le long du chemin, effrayée par tous ces monstres tapis dans l'ombre. Ses lectures avaient nourri une imagination déjà débordante et elle croyait les légendes morbides qui parlaient de cette nuit des morts. Quand soudain un corps ensanglanté avait traversé le plafond pour tomber juste devant eux, maintenu au bout d'une corde, même Sirius avait perdu son sang froid et détalé en poussant un cri suraigu. Le plus dur fut de retrouver la Grosse Dame qui avait trouvé ça drôle d'aller se cacher dans d'autres tableaux, une façon à elle de participer aux festivités. Au final, ils perdirent une demi-heure à fouiller les toiles avoisinantes avant de se rendre compte qu'elle s'était cachée derrière un masque grotesque de vampire et une immense cape qui couvrait son corps. Si ce n'était sa forme rondelette et ses gloussements, jamais ils n'auraient pu la trouver.
Malheureusement, ce temps de grâce ne dura qu'une nuit et dès le lendemain, les Cinquième Année furent assailli par un volume de travail conséquent. Ainsi commença donc le mois de Novembre. Les élèves avaient tellement de travail à fournir qu'ils passaient leur temps à la bibliothèque, ce qui ne dérangeait qu'à moitié Amy et Oliver, bien qu'ils regrettaient le silence habituel des lieux. Mais envahie d'au moins la moitié des Cinquième Année à chaque heure du jour, la salle d'étude et de lecture ne pouvaient plus être aussi calme et reposante qu'elle ne l'était en temps normal.
Le plus à plaindre était sans doute Oliver car le rythme et la difficulté du cours d'Arithmancie allait en s'accroissant. Malgré son intelligence et son travail quotidien, il semblait de plus en plus peinait à maintenir le niveau dans la matière. Leur professeur était devenu au moins doublement plus sévère et exigeant que McGonagall ou même le professeur de Rune d'Amy qui, pourtant, ne lésinait pas sur les devoirs. Amy avait beau croulé sous les devoirs, elle s'octroyait toujours une pause et s'enfuyait à travers les rayonnages en prétextant y chercher un manuel pour y lire, en fait, quelque romans d'amour. Ces derniers temps, elle s'était amourachée de romans à l'eau de rose. C'étaient des lectures faciles et reposantes, qui la faisaient rêver d'amour et éveiller en elle des sensations délicieuses, juste ce qui lui fallait pour se réconforter des efforts continuels, tant au plan intellectuel que physique, consentis pour ses études.
Elle prenait soin de se positionner dans un coin d'ombre pour que personne ne la voie traîner dans le rayon comme les livres étaient rangé selon leur genre et leur thème, il était aisé de découvrir quel type de lecture elle lisait juste en la voyant traîner dans les parages. Jusque-là, fort heureusement, personne ne l'y avait vu. Ce n'était pas grave en soi si on l'y surprenait mais elle ne pouvait s'empêcher de s'en sentir honteuse. Lire des histoires d'amour, même à son âge, était un peu tabou Oliver et Jane, par exemple, la charrierait généreusement sur ce sujet, s'ils l'apprenaient. Heureusement, elle avait trouvé un petit coin tranquille, coincé entre un rayon et deux côtés du mur. Dans le secret, elle y avait glissé un petit coussin et pouvait dorénavant s'y installer confortablement, rendant sa lecture agréable.
Ce jeudi, elle avait terminé sa lecture et désira en choisir une autre. Discrètement, elle pencha la tête pour vérifier que le rayon était vide et se glissa hors de sa cachette. Elle reposa rapidement le livre achevé et commença à en chercher un autre, son ventre légèrement contracté par la peur de se faire prendre. Mais très vite, elle se laissa aller à la contemplation des titres et des dos de couverture. Quand elle attrapa une œuvre de Sarah Dessen (1), aussitôt ses lèvres s'élargirent en un sourire ravi. Elle avait déjà lu « This Lullaby » qu'elle avait fort apprécié, elle savait donc que ce deuxième roman lui plairait tout autant.
— ...Mais, lorsqu'elle apprend que tous ses souvenirs sont des mensonges, elle explose. Serait-ce l'occasion d'accepter enfin l'aide Ben, le bel optimiste ?
Amy lâcha un cri effrayé en même temps que le livre qu'elle tenait mais une main rapide l'attrapa au fol et l'amena derrière elle. Elle se rendit compte en sursautant que Sirius se tenait juste derrière elle et devait avoir été là depuis un bon moment. Elle se figea en voyant le livre dans ses mains.
— Toi qui a la clef, lut-il en tapotant la couverture. Je ne savais pas que tu lisais ce genre de livres.
Amy rougit comme une tomate mais, curieusement, pas seulement de gêne.
— Je me disais que tu mettais du temps à chercher ton bouquin, continua Sirius. En fait, tu étais en train de te régaler d'amour et d'eau fraîche, vilaine !
— Oui, bon, fit-elle, pressée d'en finir. Je ne faisais que feuilleter...
Sirius sourit. Il n'en croyait pas un mot.
— Et puis rends-moi mon livre !, protesta Amy en essayant de le reprendre mais Sirius éleva haut sa main et elle ne put que le frôler.
— Alors, maintenant, c'est ton livre ?, souligna-t-il.
— Rends-le-moi !, répéta Amy, les joues rouges.
— D'accord, consentit Sirius en abaissant légèrement la main.
Amy tendit la sienne pour attraper le livre mais il recula, le gardant une fois de plus sous son emprise.
— Si tu avoues que tu étais bien en train de le lire, rajouta le garçon, fier de l'avoir piégé.
Elle se mordit la lèvre, à la fois gênée par le sujet de ses lectures et par le fait même d'en ressentir une honte qui n'avait pas lieu d'être. Malgré tout, elle signa sa défaite par un petit "oui" récalcitrant. Bien évidemment, cela ne suffit pas à Sirius qui continua à la tanner, lui bloquant tout accès au roman dont il commença à en faire la lecture.
— Oui !, lâcha finalement Amy. D'accord, c'est vrai. J'aime lire des histoires d'amour. Ca y est, je l'ai dit, t'es content maintenant ?
Elle lâcha cette dernière phrase les joues rouges et gonflées, un air boudeur sur le visage qui fit éclater de rire Sirius. Il lui fit grâce de le lui rendre et elle se sentit aussitôt soulagée. Il la contourna et s'intéressa au contenu du rayon. Que des livres pour adolescentes, pour jeunes femmes, et plus loin des livres plus généraux, mais toujours traitant d'amour. Il y avait même des manuels, si on cherchait bien, qui philosophaient sur l'amour, sur la définition de l'amour, sur les façons dont s'exprimait l'amour, sur l'amour et sa place dans la société.
— C'est grotesque, commenta Sirius en lisant la quatrième de couverture d'un autre livre. Je sais déjà la fin sans même l'avoir commencé ! Déjà que perdre son temps à lire, c'est quelque chose !, mais lire s'il n'y a pas d'intrigue… Qu'est-ce qu'il y a de si intéressant ? Et puis, c'est toujours la même chose, j'ai l'impression… Elle est seule, elle se sent méprisée par la vie, elle rencontre l'homme de sa vie. Ben, Jason… Tous les mêmes !
— Qu'est-ce que t'en sais ?, bafouilla Amy, hésitant entre l'envie de le détromper et de se terrer six pieds sous terre.
— Il suffit de lire le titre, répondit-il. "Someone like you", qu'y a-t-il de plus révélateur ? Et ici, "Raison et sentiments" !
— Tu ne sais même pas de quoi ça parle, rétorqua-t-elle, piquée au vif.
Jane Austen était une écrivaine qu'elle considérait avec beaucoup de respect. Elle ne pouvait accepter qu'il la place dans le même tableau que les romans de conception plus facile et légère - il fallait bien l'avouer, Sarah Dessen ne faisait pas dans la littérature la plus recherchée et appliquée.
— Très bien, je suis prêt à te le prouver, dit-il. Je vais te résumer ce que je pense qu'il va se passer dans ce livre. Et si je me trompe, tu auras le droit de m'imposer ce que tu veux. Par contre, si j'ai juste, tu feras ce que je voudrai.
Amy hésita rapidement avant d'accepter.
— Je vais juste lire le résumé, reprit-il. Il faut au moins que je sache qui est en jeu.
Il tourna l'ouvrage et plongea ses yeux dans les quelques lignes écrites sur la quatrième de couverture. Une fois cela fait, il glissa un doigt sur l'écriture et sourit, certain qu'il gagnerait son pari. Amy commença à s'inquiéter.
— Alors, c'est donc l'histoire de deux sœurs qui font la rencontre de deux garçons et qui en tombent follement amoureuses. Sauf que l'une va se faire rejeter car son amant sera déjà engagé par ses parents, à cause surtout de l'argent. C'est Eleanor. La seconde, Marianne, aimera et sera aimée en retour par un coureur de jupons qui, sitôt habitué, décidera de s'en faire une autre.
— C'est trop facile, rétorqua Amy. C'est exactement ce qui est écris sur le dos du livre !
— Je t'ai dit qu'il n'y avait même pas besoin d'ouvrir le livre, ricana Sirius. Mais d'accord, continuons. Je pense qu'Eleanor va finir par épouser celui qu'elle aime car il se rendra compte qu'elle est la seule qui puisse lui convenir… malgré l'infortune de la demoiselle. Marianne trouvera son compte chez un autre prétendant, qu'elle ne pensait pas être capable d'amour, mais qui en fait l'aura aimé éperdument. Me trompé-je ?
Amy fit de gros efforts pour ne pas montrer son dépit. En quelques mots, Sirius avait résumé grossièrement tout le contenu du livre. Pourtant, elle n'arrivait pas à se dire que l'œuvre de Jane Austen pouvait se résumer seulement en ces quelques mots et ce fut avec énergie qu'elle secoua la tête négativement.
— Où est-ce que je me suis trompé ?, demanda Sirius, dubitatif.
— Je ne te le dirai pas, répondit Amy avec détermination.
— Tu ne veux pas me le dire ? Ou tu ne veux pas reconnaître que j'ai raison ?
— Tu as tord, mais je ne te dirai pas pourquoi.
Sirius fronça les sourcils. Il était pourtant certain de ne pas se tromper, c'était limpide comme de l'eau de roche. Pour autant, il n'aimait pas non plus ne pas avoir le dernier mot. Comme il insistait et qu'elle persistait à ne pas lui répondre, il comprit soudain où elle voulait en venir et éclata de rire.
— Tu ne m'auras pas, décréta-t-il. Je sais ce que tu essaies de faire : tu veux que je le lise pour savoir si j'ai vrai ou faux, si bien que tu aurais de toute façon eu raison de moi !
Le regard d'Amy s'alluma, signe qu'il avait visé juste, pourtant elle se contenta d'hausser les épaules et de reculer, faisant mine de prendre congé. Son silence agaça le Maraudeur qui ne pouvait définitivement laisser la chose en suspens.
— Tu ne m'auras pas, répéta-t-il.
— C'est toi qui vois, dit-elle. Mais je ne te dirai rien. Tu as tord, c'est tout !
Elle venait d'atteindre le bout du rayonnage et haussa à nouveau les épaules avant de s'en aller, le laissant seul pour décider si oui ou non il avait tord… ou raison.
— J'ai raison, c'est clair, dit-il à voix haute.
Seul désormais, il ne reposa cependant pas le roman et le contempla en faisant rouler sa langue dans sa bouche, déchiré entre la certitude d'avoir raison et l'incapacité à ne pas le démontrer. Un sourire amer se glissa sur sa bouche en comprenant qu'Amy avait gagné.
Décidément, Amy McFlyer était pleine de surprise.
Pour autant, Sirius n'avait pas non plus dit son dernier mot. Quand il revint à leur table, où son amie était plongée dans ses devoirs, il s'installa sur la chaise et glissa un livre à côté d'elle. La tête d'Amy se releva légèrement et son regard se riva sur le titre de l'ouvrage avant de basculer sur lui avec curiosité.
— Comme tu refuses de reconnaître que j'ai raison, dit-il, je vais donc te le prouver en le lisant. (Il fit une pause suffisante pour la voir d'abord sourire face à sa victoire avant de comprendre qu'il n'avait pas terminé.) Si toi, tu acceptes de ton côté de lire ceci.
Il leva sa main gauche qu'étrangement il avait gardée derrière lui et laissa retomber sur la table un énorme volume qui rebondit dans un claquement sonore. Mme Pince releva la tête et le repéra aussitôt, les yeux plissés.
— Le silence !, beugla-t-elle. Ou la porte, Mr Black, choisissez donc et fichez-nous la paix !
Ceci dit, elle foudroya l'ensemble des élèves qui, du fait de leur nombre surélevé, provoquaient involontairement un bruit de fond désagréable et continu. Amy fit la grimace, désolée de troubler la tranquillité tant appréciée par la gentille bibliothécaire. Elle comprenait bien la colère de la vieille femme, ayant eu l'occasion toute l'année précédente de mieux la découvrir. C'était une personne très sensible, attachée à ses livres et au silence comme à la vie elle-même. Amy avait pu comprendre, bien qu'elle n'en jurerait pas, que c'était dû à son passé. Quelque chose de grave avait du se produire et les livres, d'une quelconque façon, l'avaient sauvé.
Sirius haussa les épaules et ricana, se moquant bien des maigres réprimandes de la bibliothécaire. Remus lui lança un regard réprobateur et secoua la tête. Puis ses yeux s'arrêtèrent une demi-seconde sur Amy avant de retourner à ses calculs. Son exercice était si compliqué que ses doigts avaient pali sur la plume qui tapotait nerveusement le parchemin rayé à divers endroits.
Amy n'y prêta aucune attention et s'intéressa plutôt au pavé présenté par le Maraudeur. Elle sut à l'instant où elle vit l'illustration qu'elle n'aimerait pas. "Le Quidditch expliqués par et pour les Moldus"
— Hors de question, murmura-t-elle en repoussant du doigt l'énorme manuel.
— Tu ne l'as même pas ouvert, lui reprocha-t-il.
Amy lui glissa un regard exaspéré, voyant clair dans son jeu. Il allait utiliser ses propres arguments pour lui arracher la promesse de le lire.
— Sirius, tu sais très bien que je n'aime pas le sport..., soupira-t-elle. Je ne le lirai pas.
— Le Quidditch n'est pas qu'un simple sport, répliqua Sirius très sérieux.
Amy déguisa à peine ses pensées derrière un sourire. Il ne se laissa pas abattre.
— Tu le saurais si tu t'intéressais un peu plus au Quidditch, persista-t-il. Les choses qu'on accepte sont celles que l'on comprend. Ce livre t'explique toute l'histoire et l'art du Quidditch de façon simple et distrayante. Je suis sûr qu'il te plairait... Tiens, ouvre-le et tu verras par toi-même. En plus, j'y ai glissé un secret.
— Un secret ?, répéta Amy en fronçant les sourcils.
— C'est un stratagème, avoua Sirius, mais je t'assure dire la vérité. Tu peux interroger Opale : elle m'a vu faire.
Amy se tourna vers la jeune fille qui revenait justement du fond de la bibliothèque. Elle hésita à se lever mais décida de rester assise, ne voulant pas admettre sa curiosité. Son effort fut vain car Sirius affichait un sourire vainqueur. De la même manière qu'elle l'avait laissé décider de lire le roman jeunesse, il ne rajouta rien d'autre et se leva, jugeant avoir suffisamment travaillé pour la journée.
Amy le suivit du regard avant de poser ses yeux sur le livre. Elle voulut l'ignorer mais quand Remus, à l'heure de reprendre les cours, lui proposa de le remettre à sa place, elle plaça une main dessus et répondit que ce n'était pas la peine. Un soupir lui échappa des lèvres Sirius avait gagné.
— oOo —
Salle Sur Demande, Poudlard, 12 Novembre 1977
S'il y avait bien quelque chose que les Maraudeurs ne supportaient pas, c'était qu'on leur fasse concurrence. Surtout s'ils avaient à en payer le prix. Depuis deux semaines, très exactement depuis la fois où ils avaient été retrouvés en sacs à puce dans leur dortoir, des opportuns avaient jugé drôles de les supplanter. Sans doute pensaient-ils être capables d'arriver à leur cheville mais les blagues de mauvais goûts n'avaient pas une once de chance de les impressionner. Au contraire, une telle incapacité à innover était la preuve flagrante qu'ils n'étaient pas responsables.
Même Lily Evans fut capable d'en juger elle les accusa cependant d'avoir montré le mauvais exemple et incité, ainsi, des jeunes impressionnables à en faire de même. Ce à quoi James répondit simplement que si vraiment les farceurs s'étaient inspirés d'eux, leurs blagues seraient au moins drôles. Sauf qu'elles ne l'étaient pas.
Malgré tout, ils n'échappèrent pas aux foudres de la directrice qui, si elle avait bien remarqué la note différente des plaisanteries, refusa de les croire entièrement innocents. Ne serait-ce que pour donner l'exemple, elle leur octroya trois heures de retenue dans la semaine.
La première heure de colle était à peine achevée qu'ils se retrouvèrent dans la Salle Sur Demande avec la ferme intention de découvrir qui étaient derrière ces blagues grotesques et, bien sûr, de se venger.
— Il faut frapper vite et fort, déclara Sirius en tapant la table du poing.
Le coup ne fit cependant aucun bruit, la table, de marbre, bougea à peine. Sirius, par contre, secoua la main dans une grimace.
— Avant ça, il faut qu'on trouve ces copieurs, rappela James en secouant la tête. Une idée de qui ça peut être ?
— Ils doivent être plus jeunes, suggéra Remus. Au vu de la grossièreté de leur travail, j'entends.
— En effet, approuva James. Bien raisonné, comme toujours.
Remus accueillit le compliment par un discret clignement des yeux et un sourire reconnaissant.
— Ils ne sont pas de Serpentards, jugea Peter. Ce sont les seules victimes.
— Ni de Gryffondor, affirma Sirius. Ils n'ont pas le courage d'assumer leurs propres actes !
— Tous les Gryffondors ne sont pas courageux, répliqua Remus. On ne devrait pas écarter notre propre maison.
Sirius fit la moue, ne voulant pas accepter cet état de fait. Il croyait dur comme fer la description des quatre maisons par le choixpeau le premier jour de sa scolarité à Poudlard. Les Gryffondors étaient la maison du courage, Serdaigle, celle du savoir, Poufsouffle, de l'amitié. Même Serpentard, il leur reconnaissait la maîtrise de la ruse. La ruse n'était en fait qu'une façade pour cacher la fourberie dont ils étaient devenus maîtres.
— Soit, mais dans ce cas, la liste est longue, soupira Sirius.
— Il faut étudier leur façon d'agir, affirma Remus. Voir quel schéma ils utilisent, s'ils en ont un, bien sûr.
— Leurs blagues se produisent toujours le matin, réfléchit James. Donc, ils agissent de nuit.
Remus hocha la tête.
— Ce qui veut dire qu'ils sont forcés de quitter leur dortoir et de s'aventurer dehors, continua Peter. On pourrait surveiller les allés et venus ?
— Sauf que nous ne sommes pas les seuls à sortir la nuit, rappela Sirius. On ne peut pas se permettre de suivre tous ceux qui voudront juste se promener ou se donner rendez-vous ! On n'en finirait jamais...
— Sirius a raison, acquiesça Remus. Il faut plutôt surveiller les Serpentards.
— Tu veux veiller sur ces têtes de lard ?, s'étrangla Sirius.
Remus hésita Sirius n'accepterait jamais de faire quoi que ce soit qui protégerait les Serpentards, ses ennemis mortels. Finalement, il choisit une approche légèrement différente.
— Non, dit-il. Tu ne veilleras pas sur Serpentard, Sirius, mais sur nous. Je ne supporterai pas d'endurer d'autres heures de colle à la place des autres.
Sirius se trémoussa. Il ne l'avouerait pas à voix haute mais cette simple variation le contentait. Remus étouffa un petit rire, songeant combien son ami pouvait être facile et enfantin. Il en fallait parfois si peu pour le convaincre... Son innocente attitude sur-protectrice le rendait si prévisible et si touchant à la fois... Bien sûr, il ne lui dirait pas, Sirius se vexerait.
— Bon, qu'est-ce que tu proposes ?, demanda James.
— On sait qu'ils ne s'attaqueront qu'aux Serpentards, commença Remus. Alors si on guette près de leur dortoir, on peut être sûr qu'on les croisera à un moment ou à un autre.
— Et on les attrape à ce moment-là, acquiesça James. C'est tout ? C'est le plan ?
— Ils ne sont pas très organisés, affirma-t-il. Ça se voit au vue de la façon dont les choses se sont passées. Je suis certain qu'ils ne s'assurent pas du tout quand ils font leur coup. Ce sera sans doute très facile pour nous de les surprendre et de les arrêter.
— Alors ce sont des Poufsouffles, commenta Sirius. Il n'y a que des crétins pareils pour faire les choses aussi mal !
— Ça ne veut rien dire, soupira Remus.
— C'est clair, fit Peter. Jonathan Groove est con comme ses pieds, et pourtant il est à Serdaigle.
Sirius haussa les épaules, peu convaincu. Pour lui, rien à faire, ce ne pouvait pas être des Serdaigles ni des Gryffondors, seuls des Poufsouffles manqueraient d'autant de courage et d'intelligence pour réussir aussi mal leurs farces. En effet, chacune des plaisanteries créées par ces opportuns avait un notable défaut : elles étaient soit incomplètes soit bancales. Ainsi le bras d'un première année qui aurait dû se transformer doubla de volume. En soi, cela aurait pu être drôle – et ça l'était – mais le reste de sa métamorphose montrait clairement que ce n'était pas là l'intention du farceur.
— Bon, on guette près du dortoir des Serpents et on attrape ces copieurs, résuma James d'un air pensif avant de rajouter : C'est un peu facile, non ?
— Ça peut prendre du temps, rappela Remus. Mais oui, c'est assez facile.
— Et dis, tu aurais pas une idée en tête par hasard, mon pote ?, demanda Sirius en plaquant un bras fraternel sur les épaules de son meilleur ami.
James regarda ses trois amis avec un grand sourire. Oh, oui, il savait quoi faire.
— oOo —
Dortoir des filles, Tour de Gryffondor, Poudlard, 15 Novembre 1977
Amy se tournait et se retournait dans son lit sans réussir à trouver le sommeil. Elle avait fait l'erreur de se gaver de dessert et en avait l'estomac tout retourné. Elle perdit patience et, balançant du pied sa couette au bas de son lit, se redressa. Elle regarda par la fenêtre. La nuit suivait tranquillement son cours, bien indifférente à ses maux de ventre. Amy ressentit un curieux sentiment de rancune face à la quiétude du paysage. La jalousie fut cependant vite remplacée par l'amusement. Vraiment, elle devait être bien fatiguée pour en vouloir même à l''amicale et bienveillante obscurité.
Comme pour s'excuser, elle quitta son lit et posa sur le rebord de la fenêtre, s'appuyant sur la vitre et souriant à la nuit magnifique. Elle commença à se sentir mieux peut-être parce que la position assise lui faisait du bien mais elle préféra se dire que c'était grâce à la vue paisible et le sentiment de chaleur que cela procurait en elle. Vraiment.
Il y aurait tant de choses à dire sur la relation qui la liait avec ces heures nocturnes. Mais la raison la plus évidente et pourtant qu'elle gardait précieusement enfoui dans son cœur était liée à sa mère. Elle balança sa tête sur le côté et lâcha un soupir. Elle n'en avait jamais discuté avec personne. Elle en serait incapable, même si elle en ressentait le besoin – ce qui n'était pas le cas. Curieusement, elle se plaignait de son père, du manque d'affection et de compréhension qu'il avait fait preuve à son égard et parfois encore à présent de sa maladresse, mais elle ne parlait jamais de sa mère.
Sa mère était un sujet que son cœur renfermait et qu'elle ne réservait qu'à la nuit. À ces heures où tout le monde se repose, où le temps semble freiner sa course, où la vie prend une courte pause, Amy pensait beaucoup à l'être qui lui avait tant manqué, et qui lui manquait toujours, tous les jours, à chaque instant. À ces moments d'accalmie, le vide dans sa poitrine ne faisait plus aussi mal, et quand malgré tout il resurgissait, à des moments de faiblesse, elle regardait le ciel noir et la lune briller et presque aussitôt sa poitrine s'emplissait de réconfort. Dans l'immensité du noir, Amy ressentait la chaleur du cœur de sa mère, l'enveloppe rassurante de ses bras, la bonté de son âme, la beauté de son visage et un sourire si doux, comme un croissant de lune illuminant la nuit d'une lumière radieuse.
Elle finit par ne plus penser du tout à son mal de ventre mais le sommeil finit malgré tout par la rattraper. Lentement, elle se décala et se releva, lançant un discret adieu à la beauté de la nuit et s'installa dans son lit, remonta ses couvertures et ferma les yeux, l'esprit et le cœur apaisés.
— oOo —
Couloirs, Poudlard, 15 Novembre 1977
Dans les couloirs sombres du château, pour quiconque la regardait de dos, Amy marchait d'une façon bien curieuse, tantôt dérivant à gauche, tantôt sur la droite. Elle trébuchait parfois en poussant un petit cri de surprise ou bien frôler le mur douloureusement. Pourtant, malgré la douleur, elle continuait à déambuler maladroitement. Les rares personnes qu'elle croisait s'écartaient d'elle en la fusillant du regard et en secouant la tête en la traitant ou d'imbécile ou de folle selon s'ils la croisaient de devant ou de derrière.
Amy n'entendait pas leurs injures, concentrée qu'elle était sur le livre qu'elle tenait des deux mains et qui faisait frontière entre ses yeux et le chemin qu'elle empruntait. Jusque-là pourtant, ses pieds parvinrent plus ou moins à la guider dans la bonne direction.
— Hé, regarde où tu vas !, cria quelqu'un.
Amy ne réagit pas, ses yeux rivés sur les mêmes mots car, en fait, elle ne lisait même pas. Ses yeux fixaient juste un point dans les pages obstinément. Son visage affichait un air concentré et indifférent au reste du monde et pourtant ce n'était pas du tout ce qu'elle ressentait. A cet instant précis où elle sentit ses pieds rencontrer le vide, elle eut envie d'hurler mais ses lèvres ne bougèrent pas et elle chuta sans même abandonner son livre et baisser les bras pour amortir sa chute. La même personne qui avait voulu l'avertir eut l'audace - ou la stupidité - de vouloir la rattraper. Elle sentit des mains l'attraper par le bras et par la taille et tenter de la ramener vers le haut mais la raideur de son corps et son poids tout entier l'emporta et elle dégringola violemment dans les escaliers.
Le premier choc fut le plus terrible et le seul en vérité qui marqua son esprit durant toute la cabriole qui suivit ensuite. Elle rebondissait, rebondissait, à n'en plus finir. Elle finit par ne plus avoir mal et quand cela s'arrêta enfin, elle n'en eut pas conscience.
— Ugh !
Le son qui sortit de ses lèvres n'était pas nécessaire mais Amy, en se sentant émerger, avait voulu vérifier qu'elle le pouvait. Ce son, faible et bref, la rassura un instant avant qu'elle ne prenne conscience de sa position allongée, de ses membres engourdis, de la douleur, légère, qui la lança sur les côtes quand elle voulut bouger.
— Amy ?
Elle eut le plaisir de reconnaître la voix d'Oliver. Elle força ses yeux à s'ouvrir et aperçut le haut plafond de l'infirmerie, les longues fenêtres qui laissaient entrevoir un bout de ciel nuageux. Doucement, elle tourna la tête sur le côté et aperçut son ami qui s'était penché sur elle. Elle remarqua aussi qu'il était seul. Elle étira ses lèvres et forma au mieux un petit sourire, contente de le voir à ses côtés mais aussi, et surtout, d'avoir le contrôle sur son visage.
Curieusement, la notion de maîtriser son corps avait une importante toute particulière pour elle. Au début, elle ne comprit pas vraiment pourquoi mais pressentait que c'était là l'essentiel.
— Comment tu te sens ?, lui demanda Oliver.
— Merveilleux, lâcha-t-elle sans trop réfléchir.
Les sourcils d'Oliver se froncèrent pendant une seconde, signe qu'il était perplexe. Amy ne s'en rendit qu'à moitié compte, étant encore déboussolée par ce qui s'était passé et par son réveil. Elle essaya de se souvenir en détails mais seules des images floues lui parvinrent. Sa tête était toute embrouillée.
— Où est Jane ?, demanda-t-elle, se rendant compte de son absence.
Cette question lui permit de souffler un peu le désordre dans sa tête lui donnait un mal de crâne abominable. Elle n'arrivait pas à se concentrer, aussi espérait-elle que cette interrogation facile allait lui permettre de se rattacher à des éléments plus ou moins tangibles. Oliver se gratta la tête qu'il secoua ensuite avant de pousser un soupir. Puis il la regarda avec son expression bien particulière, celle qu'il prenait quand il n 'arrivait pas à raisonner leur amie. Jane, à vrai dire, était parfois une tête de mule difficilement canalisable. Surtout quand elle avait décidé de quelque chose.
— Quand elle a apprit qu'on t'avait joué un sale tour, dit-il, elle a pété un vrai boulon et s'est mis à injurier tout et n'importe qui... Elle a décrété qu'elle trouverait ceux qui t'ont fait ça et les ferait regretter d'être nés. Depuis, elle est comme qui dirait introuvable.
Amy s'imagina Jane parcourant les couloirs comme une folle furieuse à la recherche des farceurs et cela lui arracha un bref sourire.
— Elle est exaspérante, soupira-t-il. Mais je suis bien d'accord avec elle : on ne peut pas laisser passer une chose pareille. Quels imbéciles !
La colère contenue dans sa voix fit sursauter Amy. Oliver n'était pas le genre de garçons à s'emporter, sauf quand il s'agissait de Quidditch, mais ce n'était pas pareil. Là, son visage fermé, ses poings serrés, la lueur dans son regard alerta la jeune fille.
— C'est pas grave, dit-elle. Je vais bien...
— Quand même, ils auraient pu te tuer avec leurs conneries !
Amy sursauta à nouveau en l'entendant jurer. Décidément, Oliver était bouleversé pour se mettre à parler ainsi. Elle préféra ne rien dire, sentant qu'elle risquerait de l'énerver encore plus.
— Dis, j'essaie de me rappeler ce qui s'est passé mais je n'y arrive pas très bien... Je me rappelle avoir marché dans les couloirs en direction de la Salle d'Histoire de la Magie, un livre à la main pour réviser, et puis... d'un coup, je me suis sentie comme immobile, incapable de me mouvoir, et pourtant je continuais d'avancer ! J'ai cru devenir cinglée. Je voulais m'arrêter mais je n'avais pas non plus l'impression de marcher... J'ai voulu crier mais je n'arrivais même pas à remuer mes lèvres. Mes yeux fixaient la même phrase, le même mot, mais je ne voyais même pas ce qu'il s'agissait... Et même quand j'ai rencontré le vide, que je suis tombée, j'ai ressenti une douleur qui semblait surgir de nulle part...
Tout en parlant, sa jambe se mit à remuer nerveusement sans qu'elle ne s'en rende d'abord compte. Il fallut qu'Oliver pose dessus une main rassurante pour qu'elle s'en aperçoive et s'arrête d'elle même. Son père disait qu'elle était victime de la Danse de St Guy, ce qui lui servait à la fois de plaisanterie et de reproche.
— Je n'en sais pas tellement plus, affirma Oliver. Je n'ai pas été présent quand cela t'est arrivé. Tout ce que j'ai appris, c'est que quelqu'un - personne n'a su dire qui c'était ou même à quoi il ou elle ressemblait - t'a jeté un sort et que tu t'es mise à marcher bizarrement, un livre rivé devant tes yeux. Un Poufsouffle t'a vu t'approcher dangereusement des escaliers et il a essayé de te rattraper mais sans y parvenir.
— C'est donc bien ce qui m'a semblé, fit-elle, pensive. J'ai su que quelqu'un m'avait joué un sort mais c'était si bizarre ! Quel genre de sort cela peut-il être ?
— Je ne sais pas, avoua Oliver, mais je vais trouver. J'ai déjà prévu d'aller passer à la bibliothèque après.
— Ce n'est pas si important, s'empressa de rajouter Amy en levant une main.
— Oh si, la contredit-il fermement. Je ne peux pas ne pas comprendre ce qui t'est arrivé. Et, qui sait, je pourrais peut-être trouver des pistes sur ton agresseur…
— Des pistes ?
— C'est drôle, tu ne trouves pas ? Jane n'arrête pas de me traiter de "Monsieur Je-Sais-Tout" et pourtant je m'étonne toujours de constater à quel point vous l'oubliez facilement. Crois-moi, je n'ai certainement pas lu tous les livres de la bibliothèque mais j'y ai passé un temps suffisant pour savoir à l'avance où il me faut chercher.
— C'est vrai, admit Amy en riant doucement. Tu es très intelligent.
Oliver la regarda bizarrement avant de tousser, mal à l'aise. Amy avait parfois le don de dire des compliments d'une façon si innocente et sincère qu'il ne pouvait s'empêcher d'en être touché à en rougir. Et Oliver n'était pas de ce genre de personnes démonstratives. Mais la façon dont les paroles d'Amy le touchaient était une des nombreuses raisons qui expliquait pourquoi elle était devenue sa si précieuse amie, la meilleure qu'il aurait pu trouver.
Malheureusement pour Amy, Oliver fut obligé de partir ; Pomfresh n'acceptait jamais que les visites durent trop longtemps. Ce n'était pas une mauvaise femme mais sa sévérité avait parfois autant d'égale que celle du professeur McGonagall et Mme Pince fusionnée. Amy était un peu mal à l'aise face à l'infirmière aussi restait-elle très discrète et préférait prétendre ne rien souffrir plutôt que de risquer l'embêter. À chaque fois que Pomfresh lui posait une question, elle avait l'impression d'y entendre une sorte de reproche.
Il fallait dire aussi que les nombreuses visites que la vieille femme recevait tout au long de la journée n'étaient que des jérémiades sans grand fondement. La plupart des élèves qui venaient la voir espérait lui tirer une excuse pour rater quelques cours, pour se plaindre ou pour se faire plaindre. Heureusement, Mme Pomfresh installait toujours des rideaux magiques pour séparer les malades des simples visiteurs. Amy était toujours contente, lors de ses rares séjours, d'être ainsi épargnée des regards insistants de curiosité.
Le problème était qu'ainsi privée de compagnie et d'occupation, Amy commença à trouver le temps long. Chaque seconde s'écoulait avec une lenteur abominable. Elle prit le temps de revenir sur les événements qui l'avaient frappé. Elle eut cependant beau y repenser, rien de très nouveau lui apparaissait. Elle se voyait quitter la salle d'Étude de Rune et se dirigeait vers celle d'Histoire de la Magie, son manuel ouvert pour réviser une dernière fois sa leçon. À quel moment le sort la frappa, elle n'arriva pas à s'en rappeler. Elle n'avait rien senti et pourtant, quelque part, cela avait été si brutal. Elle était concentrée sur ce qu'elle lisait, si concentrée en fait qu'elle ne remarqua pas en premier lieu qu'elle avait arrêté de lire tant son esprit s'attelait à se rappeler la suite par lui-même. Ce fut quand elle oublia un terme important et qu'elle voulut le retrouver qu'elle se rendit compte, soudain, que ses yeux ne bougeaient pas et qu'elle était incapable de remuer ne serait-ce la tête.
Alors commença la terreur. Ne plus avoir aucune maîtrise sur son propre corps était affreux. Elle n'aurait jamais pensé que cela lui ferait aussi peur mais elle ne savait pas où elle allait ni si elle retrouverait jamais le contrôle et craignait que, tôt ou tard, elle tombe ou ne se cogne quelque part. Elle ne savait pas comment « cela » fonctionnait (« cela » entendant le sort ou la magie quelconque l'ayant frappée).
Et puis, la chute. C'était comme un concept dans sa tête car elle se rappelait vaguement avoir éprouvé une douleur sans être sûre d'avoir vraiment eu mal. Elle pensait avoir ressenti les premiers chocs mais à chaque fois qu'elle essayait de les évaluer, un doute surgissait et elle finissait par se demander si, vraiment, elle avait pu sentir la douleur. Et cela lui était si bizarre de s'apercevoir qu'elle regrettait presque de n'avoir rien senti !
Amy ressassa les mêmes pensées pendant si longtemps que la lumière commença à faiblir par la fenêtre. Malheureusement, malgré de longues réflexions, elle ne parvenait pas à saisir ce qui lui était arrivé. Elle connaissait les faits mais ses souvenirs, ses sensations, ne reconnaissaient pas les avoir vécus. C'était si bouleversant que des larmes coulèrent sur ses joues et elle décida à cet instant qu'il valait mieux laisser tomber. Pour le moment et autant que faire se pouvait.
Car à vrai dire, à part revenir sur les derniers événements, elle n'avait rien d'autre à faire. Elle regarda autour d'elle mais sa vue était limitée par le rideau qui la protégeait des curieux. Quelque part, elle aurait bien aimé pouvoir voir à travers le tissu et entendre aussi ça lui aurait au moins fait une certaine occupation.
Elle se demanda si Jane viendrait la voir. À croire ce qu'Oliver en avait dit, elle attendrait longtemps. Jane était d'un entêtement peu commun et d'une impulsivité incroyable. Sans doute était-elle déjà en train de courir les couloirs à la recherche des coupables. Elle l'avait déjà fait une fois elles étaient alors en fin de première année et un Serpentard un peu idiot s'était trompé de chambre. Au lieu de se venger de son ex-petite-copine, il avait jeté un malheureux sort à Amy. Cette dernière n'avait pas voulu répliquer – à l'époque, l'idée même de chercher l'affrontement la tétanisait sur place – mais Jane en avait fait tout un foin et le lendemain, on avait retrouvé le pauvre garçon en caleçon pétrifié au milieu de la Grande Salle avec une tête de lion grossièrement dessiné sur son torse. L'humiliation avait été si totale qu'une fois libéré il refusa d'avouer qu'une fille (de première année qui plus est) lui avait fait ça. Amy n'avait jamais vraiment su comment elle s'y était prise. Mais quand Jane avait une idée en tête, elle faisait tout pour y parvenir avec un fort taux de réussite. L'entêtement lui réussissait plutôt bien.
Des bruits de pas s'approchèrent et des ombres apparurent derrière le rideau, ramenant Amy à son présent. Puis, les silhouettes des quatre Maraudeurs apparurent un à un devant elle avant de s'aligner de chaque côté de son lit.
— Hé, la voilà, fit Peter sur un ton amical.
— Salut, répondit Amy, touchée par leur visite. Vous êtes tous là pour me voir ?
— Tu vois quelqu'un d'autre ?, se moqua gentiment Sirius.
— Comment tu te sens ?, demanda Remus aussitôt.
— Bien, dit-elle. Je t'assure, il y a eu plus de peur que de mal... Mais je n'ai que des bleus, quasiment.
Elle ne leur parla pas de ses côtes douloureuses. Les inquiéter plus que mesure, se plaindre surtout, l'aurait gênée. Elle s'efforça alors de leur sourire pour les rassurer.
— Tant mieux, acquiesça James. Comme on n'entendait plusieurs rumeurs différentes, on commençait à vraiment s'inquiéter.
— Les gens exagèrent toujours, soupira-t-elle. Mais ce n'était pas si grave.
— Si grave ? On t'a ensorcelé et tu es tombée dans les escaliers !, lui rappela Peter. Aïe !
James venait de lui flanquer un petit coup dans les côtes.
— Désolé, s'excusa aussitôt le Maraudeur en baissant la tête.
— Non, non, fit Amy. C'était impressionnant... sans doute, mais je vous assure que je n'ai pas eu mal. En fait, je n'ai rien senti.
Elle qui voulait les rassurer se rendit compte à l'expression de leur visage que l'effet escompté ne fut pas du tout celui obtenu. À la place, Sirius serra les poings et s'exclama qu'il trouverait le coupable et lui flanquerait une leçon qu'il n'oublierait pas. Les trois autres Maraudeurs – même le sage Remus – acquiescèrent avec la même conviction. Amy se sentit alertée.
— N'en faites rien !, leur implora-t-elle. Je ne veux pas que vous ayez des problèmes à cause de moi.
— Amy, gronda Sirius en secouant la tête. Ne t'ai-je pas répété cent fois que nous, les Maraudeurs, savons nous débrouiller sans problème ?
— Ne t'inquiète pas pour nous, affirma James. On est déjà sur le coup.
Remus eut un léger mouvement comme s'il allait intervenir mais se rétracta. Son air désapprobateur cependant n'échappa pas à Amy qui tourna la tête pour regarder les deux garçons sans comprendre.
— Qu'est-ce que tu veux dire ?, demanda-t-elle, les sourcils froncés.
— On est allé investiguer, expliqua Remus. Et on a trouvé quelques indices...
— Tu veux dire : évidences !, le corrigea Sirius.
Amy vit Remus faire de gros efforts pour se contrôler. Il avait un air étrange. À certains égards, il semblait calme et maîtrisé. Mais si on y prêtait plus d'attention, comme Amy était en train de le faire, on pouvait remarquer sur ses tempes deux petits nerfs tendus. Elle ne les avait jamais remarqué avant. D'ailleurs, en regardant encore plus près, elle remarquait que son expression était en fait tout sauf paisible. Il y avait comme une tempête grondante dans son regard, dans ses gestes ou plutôt dans la façon dont il se retenait de réagir. C'était tellement bizarre. Amy voyait un Remus qu'elle ne connaissait pas et ça la désorientait. De quelle façon et pourquoi ? Elle ne saurait dire.
— ...deux coups, termina Peter avec fierté.
Puis il y eut un silence et Amy remarqua alors que tous les regards s'étaient tournés vers elle.
— Hein ?, fut la seule chose qui échappa de sa bouche alors qu'elle se rendit compte qu'elle n'avait pas écouté du début à la fin.
— Laisse-moi deviner, fit Sirius en ricanant. Tu ne sais même plus de quoi on parle, hein ? Tu...
— Tu dois être fatiguée, affirma James en élevant légèrement la voix.
Amy remarqua à peine la façon dont il avait coupé Sirius elle pensait encore à la contradiction qu'elle avait vu en Remus et qui avait disparu depuis. Elle s'efforça toutefois de taire ses pensées et de sourire.
— Oui, c'est vrai, un peu, répondit-elle maladroitement.
— Alors on va te laisser te reposer, déclara Remus.
Amy ne put s'empêcher d'être déçue et ne parvint pas à camoufler sa déception. Eux partis, elle allait se retrouver à nouveau seule et s'ennuierait sûrement autant qu'elle se morfondait avant leur arrivée. Sirius fit alors quelque chose à laquelle elle n'aurait pas pensé et qui lui coupa un instant le souffle. Un petit geste pourtant d'apparence innocente mais qui provoqua en elle une vive colère. Heureusement, personne ne parut le remarquer.
Du coude, Sirius poussa Remus vers le lit en lui faisant signe de la tête significatif, un geste qu'il pensait peut-être qu'ils seraient les seuls à comprendre mais qui n'avait pas échappé à la compréhension du langage corporel d'Amy. Ses intentions étaient si claires que les expliciter serait une insulte à quiconque l'écouterait ou le lirait. Quoi qu'il en soit, Remus sembla agiter et en prise du même accès de fureur qu'Amy car il repoussa les mains de son ami en le foudroyant du regard. Mais Sirius insista encore. Sirius insistait toujours.
— Amy va s'ennuyer si on l'abandonne tous, dit-il avec un grand sourire « innocent ». N'est-ce pas les gars ?
James jeta un coup d'œil appréhensif vers Remus mais Peter répondit à sa place :
— Tu as raison. Reste un peu Remus ! On peut se retrouver à la Grande Salle pour manger, d'accord ?
Le premier réflexe de Remus fut de refuser mais il s'interrompit, regarda tout le monde puis Amy. Cette dernière comprit ce qui se passait et prit une profonde inspiration, tentant de contrôler une envie irrésistible de se jeter sur Sirius et de l'étrangler. À la place, elle s'obligea à sourire et à rester courtoise.
— Ce n'est pas la peine, dit-elle. Vraiment !
— Allez, tu es gênée, mais Remus se fera un vrai plaisir, pas vrai mon pote ?
"Son pote" aurait plus été son mortel ennemi à en voir le regard meurtrier que lui lança Remus ; et encore une fois Amy distingua chez le Maraudeur la même étrange métamorphose. Elle fut néanmoins surprise de le voir hésiter et puis se tourner vers elle, la sondant du regard. Elle ne sut comment réagir et Remus l'interpréta. Ce ne fut que trop tard qu'elle se rendit compte.
— Oui, je pourrais rester un peu, déclara-t-il. Au moins jusqu'au dîner. Ce ne sera pas dans très longtemps mais…
— Très bien !, fit Sirius en tapotant son épaule comme pour le féliciter. Alors allons-y, on a du pain sur la planche. A demain, Amy !
Et ceci dit, avant même que quiconque - surtout Amy - puisse intervenir, il s'en alla, entraînant Peter par le bras. Ce dernier eut tout juste le temps d'adresser un geste vers Amy avant de disparaître derrière le rideau. James resta quelques secondes de plus et adressa un sourire de soutien vers Remus avant de se tourner vers Amy.
— Bon repose-toi et rétablie-toi vite, dit-il.
En silence, il articula : "Je suis désolé pour cet idiot de Sirius" et disparut.
Pendant de longues minutes, il y eut un silence embarras. Presque mortel de lourdeur et d'embarras. Aucun ne savait où se mettre et comme Amy ne pouvait décemment pas prétendre avoir d'autres occupations ailleurs, elle aurait pensé que Remus le ferait et s'en irait. Il ne le fit pas. Pire, il tira une chaise jusqu'à lui et s'y installa. Amy était perplexe. Elle ne voulait pas croire ce qui était en train de se produire car cela lui semblait juste incroyable. Et pas de façon positive.
Cependant elle n'avait rien contre Remus et elle s'était toujours sentie coupable d'avoir abusé, même sans le vouloir, de sa gentillesse en croyant l'aimer alors qu'il était tombé amoureux d'elle… Elle s'en voulait encore quand elle y repensait. Mais elle ne s'était jamais dit que la question serait soulevée à nouveau. Cela faisait à présent des mois que les choses s'étaient éclaircies pour elle ; malgré les propos de Sirius, elle n'arrivait pas à concevoir que Remus puisse persister à l'aimer encore. Et pourtant, il fallait l'en croire, le garçon n'avait pas perdu espoir.
Cela lui clouait le bec. Et vu le silence du Maraudeur, elle n'était pas la seule.
— Tu n'es pas obligé de rester, se reprit-elle. J'ai bien compris que vous aviez beaucoup à faire… Ils auront besoin de ton aide, je pense.
— Sans doute, acquiesça Remus, soulagé qu'elle lui offre ainsi une porte de sortie.
Toutefois, il ne bougea pas. Amy s'obligea à poursuivre, espérant qu'il attraperait la perche et s'en irait. Ou qu'au moins ce silence embarrassant cesse.
— Vous allez attraper ceux qui font toutes ces farces ?, demanda-t-elle.
— C'est notre plan, en effet, acquiesça-t-il une fois de plus.
Il ne dit rien de plus et le silence retomba, rendant Amy nerveuse. Bon sang !, s'insurgea-t-elle et elle sentit l'impatience la gagner.
— Alors, reprit-elle, cherchant quoi dire, quel est ce plan ?
— Humm… Je ne sais pas trop si je peux te le dire mais… Ce n'est pas grand-chose après tout.
Il hocha la tête comme s'il répondait à une question ; personne n'en avait posé.
— On va guetter à côté du dortoir des Serpentards jusqu'à ce que ceux qui osent nous imiter tentent un nouveau mauvais coup, expliqua-t-il.
— Et ça demande des préparations ?, l'interrogea Amy en fronçant les sourcils.
— Oh, non, tu penses bien que nous avons projeté de le faire dans les règles de notre art !
En s'exclamant, Remus se réanima et devint le Maraudeur aimable et enthousiaste qu'Amy connaissait. Rassurée, elle continua à l'interroger sur leur plan mais il devint de plus en plus difficile de lui arracher la moindre information. Fidèle aux habitudes de son groupe, il ne voulait rien dévoiler avant que leur farce ne soit rendue publique. Amy était habituée. Depuis qu'elle fréquentait les Maraudeurs, elle avait droit de temps à autres à des aperçus de ce qu'ils préparaient sans jamais vraiment savoir le fin mot de l'histoire, si bien que la surprise était toujours au rendez-vous. C'était frustrant mais le résultat valait le coup d'attendre. Pourtant, Amy insista. Remus avait beau être le plus sage, il n'en restait pas moins un Maraudeur. Il aimait, sans oser l'avouer, qu'on insiste un peu et qu'on le flatte. Aussi, plus Amy voulait en apprendre plus sur leur plan et plus Remus retrouvait son naturel. Si bien que l'ambiance gênante disparut pour de bon et, sans en prendre vraiment conscience, ils changèrent de sujet et se mirent à parler à flot, comme s'il n'y avait jamais rien eu d'autre entre eux qu'une douce amitié.
Quand Remus partit pour rejoindre la Grande Salle et dîner, Amy se sentit soulagée. Pour autant, cela ne s'était pas si mal passé la gêne causée par les sous-entendus irréfléchis de Sirius avait vite laissé la place à leur habituelle entente, quoique teintée d'une certaine nouveauté. Malgré le temps, Remus était encore affecté par ses sentiments pour elle Amy s'en rendait à présent compte. Contrairement à elle qui avait rapidement fait l'impasse sur ses sentiments – ce dont elle s'était toujours sentie coupable, en quelque sorte -, le cœur de Remus gardait encore une place pour elle.
Voilà qui allait lui donner de quoi réfléchir pour toute la soirée.
— oOo —
Couloir, Poudlard, 15 Novembre 1977
— Cette nuit sera la bonne, déclara Sirius avec un sourire confiant.
— Ah oui ?, fit Remus avec humeur.
— Combien de fois vais-je devoir encore m'excuser ?, soupira Sirius.
— Essaie encore une fois, lui conseilla James avec sarcasme.
— Oh, je voulais juste aider !, se défendit-il en levant les mains en l'air. Ça partait d'une bonne intention !
— C'est curieux comme à chaque fois que ça part d'une bonne intention, ça foire avec toi, railla Remus.
James ouvrit la bouche pour intervenir mais décida qu'il était préférable de ne pas se mêler plus qu'il ne l'avait déjà fait – ce qu'il regrettait déjà. Peter lui fit d'ailleurs signe de s'avancer et tous deux prirent une certaine distance de sécurité. Sirius et Remus s'étaient arrêtés pour se toiser. Une fois de plus… Comme l'avait suggéré Sirius, ce n'était pas la première fois de la soirée qu'ils se disputaient sur le même sujet. Il semblerait qu'ils n'avaient toujours pas réglé leur problème. Si ce n'était leurs problèmes au pluriel. James sentait que quelque chose était en train de changer entre eux et il n'était pas certain d'aimer ce qui leur arrivait.
Quoiqu'il en soit, Sirius et Remus reprenaient leur même discussion au même point où ils l'avaient laissé. Ce qui n'était pas tellement différent de là où ils l'avaient entamé, d'ailleurs…
— J'aimerais comprendre, reprit Remus, les dents serrés, ce qui t'a pris d'agir comme un idiot pareil ? Me pousser vers Amy et de façon si peu discrète ? Qu'est-ce que tu as derrière la tête ! Amy était si embarrassée et je ne savais plus où me mettre !
— D'accord, c'était déplacé, et gênant, et irréfléchi ! OKAY, j'ai compris. Je t'ai mis mal à l'aise, je me suis excusé. Je ne le referai plus. Mais je devais faire quelque chose !
— Non ! Justement non !
— Si, insista Sirius. Bien sûr que si. Je t'ai vu, pleurer, tu sais ? Je sais que tu es malheureux. Comment veux-tu que je ne fasse rien ?
Sa remarque était si inattendue que Remus resta coi pendant une seconde.
— Je ne suis pas malheureux, répliqua-t-il en secouant la tête. Qu'est-ce qui te fait croire ça ?
— Je le vois quand tu n'es pas bien, répondit Sirius avec gravité. C'est à ça que sert un ami, non ?
— Si, bien sûr que si. Mais… Je ne suis pas malheureux, Sirius.
Ce dernier n'était pas tout à fait convaincu.
— Je t'entends pourtant gémir la nuit, dit-il. Et je vois comment tu la regardes, le jour… Tu l'aimes encore, n'est-ce pas ?
— J'ai des sentiments pour elle, admit Remus, quoique difficilement. Mais crois-moi, même si cela m'attriste quelques fois, j'ai fait la part des choses. C'est bien mieux ainsi !
— Remus…
— Non, Sirius, c'est vrai. J'ai eu assez de temps pour regretter d'avoir eu peur mais j'en suis également arrivé à la conclusion que c'est finalement pour le mieux. Soyons clair : je ne lui aurais jamais dit ce que je suis. Or Amy est une fille très sensible, elle sait déjà que je cache quelque chose. Si j'avais osé être plus proche d'elle, qui sait ce qu'elle aurait découvert ?
— Mais elle aurait compris !
— Tu ne peux pas en être sûr, affirma Remus.
— Si, rétorqua Sirius. Je sais qu'Amy l'aurait compris. Comme tu l'as dit, c'est une fille très sensible…
Remus sourit pourtant son cœur eut mal en écoutant la voix de son ami s'adoucir à l'évocation d'Amy. Quelque chose était effectivement en train de changer, et James n'était pas le seul à l'appréhender.
— Aussi tolérante qu'elle puisse, avoir peur du loup est humain, répliqua-t-il, malgré tout avec un sourire. Bref, je n'ai pas envie de m'étendre là-dessus. Je veux juste que tu m'écoutes et que tu me croies quand je te dis que je ne suis pas malheureux. J'ai trouvé ma vraie famille, un véritable foyer, je ne manque de rien. Alors, s'il te plait, ne joue plus les entremetteurs, jamais. Tu es nul en cupidon.
Sirius ne put s'empêcher de rire. Remus donna une petite tape sur l'épaule de son ami et leur dispute fut ainsi réglée.
— oOo —
Cachots, Poudlard, 15 Novembre 1977
Jane ouvrit l'énorme volume qu'elle avait emprunté à la bibliothèque et relut une description qu'elle avait déjà apprise par cœur. Un sourire se glissa sur ses lèvres quand elle entendit des pas approcher. Evidemment, elle n'était pas surprise. Elle savait que ce serait ce soir, ou jamais. Elle l'avait bien compris tout aussi bien qu'elle savait qu'Amy n'était qu'une pauvre victime, qui s'était trouvée au mauvais endroit au mauvais moment. Encore une fois.
Mais ça ne justifiait pas l'acte horrible qui a été commis. Que son amie fut ensorcelée suffisait déjà à motiver Jane à agir, mais qu'elle fut blessée ! C'était le comble de tout. Jane avait été furieuse et s'était jurée qu'elle attraperait celui, celle ou ceux qui avaient fait ce coup. Qu'ils le regretteraient. Elle glissa une main sur une fiole et se passa la langue sur ses lèvres. Oh, comme ils allaient regretter !
Une chose pourtant l'ennuyait. Un petit détail qu'elle avait du concevoir et qui n'était pas de son fait. Un petit plus. Inutile, selon elle, mais qu'elle avait accepté toutefois, en guise de remerciement. Elle se mordilla la langue et avala sa salive de travers. Cela avait comme un arrière goût amer.
— …Je te jure qu'ils vont s'en souvenir !
Quels idiots !, se dit-elle en secouant la tête. Oliver avait raison : c'était des piètres amateurs. Pas étonnant qu'un plan aussi simple que le sien suffise à les piéger. En fait, il avait juste suffi d'attendre. La fiole, elle, c'était du superflu mais un petit plus qu'elle avait tenu à rajouter. Trois têtes apparurent et aussitôt se figèrent quand ils la virent. Ils se regardèrent, perplexes, qu'est-ce qu'une Gryffondor pouvait-elle bien faire devant le dortoir des Serpentards à une heure pareille ?
Deux garçons et une fille. Décidément, Jane avait été bien informée. Toutefois, elle ne s'attendait pas à ce qu'il s'agisse de Gryffondors. Elle soupira une fois de plus, Oliver avait visé juste. Même les élèves de sa propre maison pouvaient être aussi nuls. Quelle déception !
— Qu'est-ce que tu fais là ?, demanda la fille en la regardant de travers.
Jane ricana. Quelle question stupide ! Elle avait beau essayé de prendre un air qu'elle croyait « cool », elle avait juste l'air risible.
— Qu'est-ce qui te fait rire ?, s'énerva aussitôt son compagnon de droite, un garçon au nez en trompette.
Ils n'avaient vraiment pas l'air très malin, en fait.
— On t'a posé une question !, dit le dernier, un petit rondouillard.
Ils ne l'étaient pas, c'était tout.
— Plus tôt dans cette journée, vous avez fait trois erreurs monumentales, dit-elle.
— Quoi ?, fit le garçon Trompette.
— La première, vous avez lancé un sort que vous ne maîtrisiez décidément pas, énuméra Jane. Ce qui est signe de votre incompétence : un vrai sorcier, quelqu'un d'intelligent, aurait au moins pris la peine de s'entraîner avant d'ensorceler quelqu'un.
— Qu'est-ce que ça peut te faire ?, répliqua la Fille à l'air revêche.
Elle croisa les bras et la regarda de haut. Comme si de son petit mètre cinquante elle arrivait à la hauteur du mètre soixante huit de Jane qui afficha un sourire moqueur.
— La seconde, continua cette dernière sans se préoccuper de l'intervention de la Gryffondor, vous vous êtes trompés de cible. Alors qu'il y avait au moins quatre Serpentards qui arpentaient le même couloir, vous n'avez même pas été capable d'en toucher un. Pire, vous avez par erreur frappé une fille de votre propre maison – la seule Gryffondor de tout le corridor.
— Et alors ?, s'impatienta le Rondelet.
— Alors vous m'avez mis très en colère.
Jane sur-jouait un peu mais elle était si confiante en son plan qu'elle se moquait bien d'avoir l'air crédible. D'ailleurs, aucun des trois farceurs ne s'inquiéta au contraire, ils se permirent de ricaner.
— Oh Maman, j'ai peur !, se moqua même la Fille.
— Qu'est-ce que tu nous veux ?, l'interrogea encore Trompette. Qu'on s'excuse peut-être ?
— Et puis quoi encore ?, fit Rondelet. Ça lui apprendra à regarder où elle met les pieds !
— Sérieusement, tu nous veux quoi ?
Trompette s'énervait. Quelque chose dans le visage amusé de Jane l'agaçait car il sentait bien, qu'au fond, elle les trouvait grotesque. Elle n'aurait pas été la seule…
— C'est très simple, dit-elle calmement. Je vais vous faire regretter de vous en être pris à la fille que j'adore.
Il y eut un instant de silence avant que tous trois ne se regardent et se mettent à rire de nouveau. Jane se demanda alors s'ils la trouvaient inoffensive. Elle savait qu'elle avait une apparence physique étrange, qui rebutait certains. Amy lui avait un jour dit que son regard la « piquait » - Jane n'avait pas compris ce qu'elle voulait dire par là. Mais par bien des aspects, elle ne faisait pas partie de ces gens qui en « imposaient ». Elle n'était pas très grande, pas très musclée non plus, et certainement pas très impressionnante. A part sa blancheur. C'était la seule caractéristique physique qui pouvait encore la différencier de tout un chacun. Sinon, elle n'était certainement pas inquiétante.
Et pourtant, il aurait suffi de la connaître un peu mieux pour savoir à quel point elle savait être dangereuse. Sa fiole vide, qu'elle tira de sa poche, intrigua un instant le trio qui recula un peu avant de découvrir qu'elle ne contenait rien. Jane la posa au creux de sa paume droite sans la lâcher de sa main gauche.
— Qu'est-ce que c'est ?, demanda Rondelet avec méfiance.
— Une fiole ?
— Très observatrice, commenta Jane.
— Tu… nous menaces avec une fiole vide ?, l'interrogea la Fille en se reprenant.
— Qui a dit qu'elle était vide ?
Pendant un moment, les trois Gryffondors semblèrent hésiter. Puis, Trompette se reprit, secoua la tête et fit un pas en avant mais Rondelet l'arrêta en lui attrapant le bras.
— Et si elle contenait un poison, lui souffla-t-il, légèrement inquiet.
L'autre se dégagea avec dédain.
— C'est une ruse, dit-il. Elle bluffe en nous faisant croire qu'elle a de quoi nous menacer mais je ne connais aucun poison qui pourrait être aussi invisible. Et puis, nous avons l'avantage du nombre, elle est seule et nous sommes trois. Que peut-elle contre nous ?
— Seule ?, répéta Jane. Qui a dit que j'étais seule ?
Trompette la regarda sans comprendre. Puis il observa tout autour de lui, comme ses deux comparses.
— Il n'y a personne, remarqua-t-il. Qu'est-ce que tu nous chantes enc—
Il n'eut pas le temps de terminer qu'un sort le frappa dans le dos et qu'il s'immobilisa, la bouche entrouverte, la main levée et menaçante, le regard figé par la surprise. Puis, soudain, lentement, comme dans un film au ralenti, il bascula en avant et tomba face contre terre. Ses deux compagnons s'écartèrent en poussant deux cris distincts. Ils brandirent leur baguette mais trop tard : d'autres s'étaient déjà plantés dans leur coup, les obligeant à se replier contre les murs, leur dernier refuge.
La surprise qui se lut dans leur regard fut des plus totales. Jane éclata de rire.
— Espèce de lâche !, pesta la Fille. Faux cul !
— Ah, mais non, la corrigea Jane avec un grand sourire. Tu es peut-être bête mais tu dois connaître ce fameux dicton. Les ennemis de mes ennemis sont mes amis. Maintenant, es-tu sûre de n'avoir pas commis d'erreur ?
Puis, théâtrale, elle tourna les talons et lâcha un dernier :
— Je vous les laisse. Amusez-vous bien !
Puis, elle quitta les cachots, laissant les Serpentards se débrouiller seuls. A partir de là, la revanche était la leur elle caressa la fiole en regrettant de ne pas avoir pu s'en servir plus. Voilà où était son seul regret : ne pas être allée jusqu'au bout. Mais le groupe de Serpentards lui avaient arraché cette promesse : ils la guidaient vers les coupables, elle leur laissait le droit de prendre une revanche bien méritée.
Alors qu'elle retournait joyeusement à la Tour de Gryffondor, elle croisa sans surprise les Maraudeurs. Sans même les laisser le temps de s'étonner, elle leur glissa :
— Trop tard, les gars. Trop tard !
Et puis repartit en riant, clopin-clopant, fière d'elle-même. Damer le pion aux Maraudeurs, ce n'était pas donné à tout le monde !
Note de chapitre :
(1) Sarah Dessen est une auteure contemporaine d'histoires pour adolescentes dont le sujet tourne autour d'héroïnes qui trouvent un réconfort certain auprès des - d'un seul, en fait - garçons pour résoudre un problème familial ou personnel. Ses livres sont faciles à lire et très plaisants, si toutefois on aime ce genre d'histoires légères.
Quand j'ai commencé la Renarde et le Chien, je l'avoue, moi aussi avec les joues rouges, à la manière d'Amy face à Sirius, que je lisais encore ses romans et m'en suis un peu inspirée pour écrire le début de celle-ci. Quelque chose de léger et sans prétention aucune que de distraire… Mais Sarah Dessen le fait bien mieux que moi !
Sarah Dessen n'a pas écris de livres dans les années 70, mais c'est précisément le type de livres que je vois Amy aimer bouquiner, aussi pardonnez-moi pour cet écart chronologique. Cela me permettait aussi de vous toucher deux mots sur l'auteur ayant inspirée cette histoire. (Surtout le côté conflictuel entre Amy et son père, plus que le reste.)
This Lullaby est publié sous le titre "Cette chanson-là" aux éditions Pocket Jeunesse (oui, je fais de la pub jusqu'au bout!). Toi qui a la clef est également publié aux éditions Pocket Jeunesse. Someone like you est publié sous le titre "Quelqu'un comme toi", même édition.
