Cet OS a été écrit dans le cadre des Nuits du FOF (en décalé), le thème était « baiser ».
MEME PAS EPOUSABLE
Pansy chiffonna rageusement sa serviette. Foudroya du regard des angelots argentés, voletant autour d'elle. Fichue décoration. Absolument niaise. De très mauvais goût. De toute façon, tout était de mauvais goût, ici.
Elle ne savait vraiment pas ce qui lui avait pris de venir. Elle n'était qu'une cruche. Une idiote. De toute façon, on le lui avait répété assez souvent, il aurait été difficile de croire le contraire. D'ailleurs, elle était tellement bête qu'elle assistait au mariage de celui qu'elle avait aimé pendant des années avec une greluche sortie d'on ne savait où.
D'où la connaissait-il, cette fille, d'abord ? C'était la sœur de Daphnée, la merveilleuse et si talentueuse et si gracieuse et si pédante Daphnée, d'accord. Mais ça n'était que sa sœur. Sa petite sœur. Une fille de quelques années de moins qu'eux, qu'il n'avait jamais regardée durant ses années à Poudlard, qu'il connaissait à peine et avec laquelle il se mariait sans doute par frustration, pour un mariage arrangé, n'est-ce pas ?
Alors pourquoi ne l'avait-il pas prise, elle ? Pourquoi n'avait-il pas choisi la jeune femme qu'il avait connue toute sa scolarité, celle qui n'attendait que lui, celle qui avait été à ses côtés à chaque instant ? Pourquoi ne l'avait-il pas choisie alors qu'elle ne cherchait qu'à l'aimer ? Pourquoi ne l'avait-il pas choisie alors qu'elle avait toujours été là pour lui ?
Même quand le Seigneur des Ténèbres était tombé, elle était restée auprès de lui, alors que sa famille n'était pas aussi impliquée que la sienne, alors qu'elle aurait pu s'éloigner et le laisser dans sa solitude. Elle aurait pu décider de ne pas salir sa réputation et ne plus le côtoyer mais elle ne l'avait pas fait. Elle aurait pu décider de couper tous les ponts avec les autres Serpentards. Elle aurait pu décider de vivre sa vie sans se soucier d'eux.
Mais elle ne l'avait pas fait. Elle était restée auprès d'eux, à subir les remarques, les moqueries, les railleries, les insultes même. Elle était restée à abaisser sa fierté, à la laisser être traînée dans la boue, par amitié, ce sentiment dont on la disait incapable parce qu'elle n'avait qu'un cœur de pierre. Ce cœur qui battait pour cet homme devant l'autel, depuis des années, alors que tous disaient qu'elle n'était qu'une traînée.
Elle avait laissé dire, elle avait laissé faire. Elle ne pensait pas que ça l'atteindrait un jour. Elle ne pensait pas qu'il les croirait. Elle ne pensait pas qu'il les colporterait. Il était là, avec sa dulcinée accrochée à son bras, souriant comme un gamin heureux, à se pavaner devant tous ceux dont il avait su reconquérir le cœur par ses bonnes actions et sa nouvelle intégrité. Et elle était seule, sur sa chaise inconfortable, à le regarder.
Alors ouais, elle était jalouse. Elle était même furieuse. Et déçue. Les contes de fées n'étaient pas pour elle. Ils finissaient par la lasser, la débecter même. Elle n'était pas sûre de retourner un jour à un mariage.
De toute façon, il ne serait pas pour elle, ce jour n'était pas près d'arriver. Jamais elle ne se marierait. Les hommes épousaient les chieuses mais apparemment, elle n'en faisait pas partie. Elle était condamnée à entamer des collections.
Elle devrait peut-être faire un album, songea-t-elle, amère : les cons d'un côté, les salauds de l'autre, avec des sous-catégories pour les types de rupture ? De la plus directe à la plus imbécile en passant par la plus cruelle ? Oui, c'était sans doute ce qu'elle allait finir par faire.
Après tout, c'était ça n'est-ce pas ? Elle était bien, cette fille, qu'on voyait seule assise sur sa chaise, tirant la tronche à un mariage censé être magnifique. Elle était bien sous toutes les coutures, surtout celles de la robe.
Et voilà, un gros lourd allait encore l'inviter, lui faire son numéro de drague, vouloir la mettre dans son lit, elle refuserait s'il n'était à son goût, accepterait si elle avait envie d'oublier cette horreur dégoulinante de romantisme s'il lui plaisait un peu, et dans les deux cas on finirait par la traiter de catin, de fille facile.
Elle rentrerait chez elle, tenterait d'oublier ça sous les larmes, et continuerait. Encore et encore. Pour se prouver au moins qu'elle plaisait. Pour se prouver qu'elle pouvait quand même attirer les hommes. Qu'elle était encore désirable. Même si elle était juste baisable.
