Narrateur : Jennifer Jarreau

- Et qu'est ce qu'on fait alors ?

Rosalyn pousse un soupir tout en haussant les épaules. Puis je jette un regard à Nate qui semble réfléchir.

- Elle n'en a plus longtemps dans cette école, finit par reprendre Rosalyn. Le mois prochain, on est à New-York.
- On ne peut pas se permettre d'attendre. Et qui te dit que cette fois ci, on va vraiment déménager ? Maman nous répète la même chose depuis le divorce et résultat, on est toujours coincés ici.

Nate secoue son visage de gauche à droite. Il n'a pas l'air d'y croire, et à vrai dire moi non plus.

- ERIN ! appelle-t-il alors.

Moins de 5 secondes plus tard, notre petite sœur apparaît sur le pas de la porte. Malgré la situation, je ne peux m'empêcher de sourire en apercevant sa tête de chien battue. Elle sait de quoi on va lui parler, elle n'est pas bête et elle est loin de l'être.

- Vous allez me disputer, hein ?
- On veut juste discuter avec toi chérie. Viens me voir.

Sans se faire prier, elle se précipite jusqu'à Nate et saute sur ses genoux.

- On a vu ta maitresse aujourd'hui, l'informe-t-il. Elle nous a dit qu'un garçon t'avait parlé, finit-il sur un ton interrogateur.
- Tu sais pourquoi tu es dans la classe des grands Erin ? C'est parce que pour ton âge tu es très intelligente. Mais tu es toujours une petite fille, donc les grands garçons n'ont pas le droit de t'approcher. D'accord ?
- Il a essayé de me faire un bisou mais je lui ai dit non.

Nate fronce les sourcils tout en nous jetant un regard, à Rosalyn et à moi, puis reporte son attention sur Erin.

- Et tu sais qui est ce garçon ?

Erin se contente d'affirmer de la tête, sans nous en dire plus.

- Et tu peux nous dire qui c'est ?

Cette fois-ci, elle répond à la négative. Nate pousse un long soupir avant de la retourner face à lui. Il la fixe un long moment avant de reprendre :

- Tu sais quel est le seul grand garçon qui a le droit de te faire des bisous ?

Elle lui lance un immense sourire avant de lui répondre.

- C'est toi!
- Et tu sais que personne d'autre que moi n'a le droit de te faire de bisous ?
- Même pas Charlie ?

Nate fronce les sourcils puis se racle la gorge.

- C'est lui qui a essayé de te faire un bisou ?
- Il m'a dit qu'il me trouvait très jolie et que comme tu étais son copain, il avait le droit de …
- … Il n'a le droit de rien du tout Erin, la coupe Rosalyn sur un ton sec. On t'a déjà dit de ne pas t'approcher de Charlie.
- Mais ce n'est pas de ma faute ! C'est lui qui est venu me voir ! s'exclame-t-elle, les larmes aux yeux.
- Hey princesse, regarde-moi.

Avec difficultés, Erin lâche Rosalyn du regard puis porte son regard sur Nate.

- Charlie était mon ami avant, mais plus maintenant parce que ce n'est pas un garçon gentil. Et c'est pour ça que je ne veux que ni Rosalyn, ni Jennifer, ni toi vous parliez avec lui. D'accord ?
- Il est méchant parce qu'il a fait du mal à Jennifer ?

C'est à mon tour de paraître surprise. Comment pouvait-elle le savoir ? Perplexe, je jette un coup d'œil à Nate et Rosalyn.

- Pourquoi tu dis ça chérie ?
- Parce que je l'ai vu lui faire du mal. Mais je vais vous dire un secret qu'il ne faut jamais dire à personne d'accord ?

On la regarde tous, attendant impatiemment la suite de son histoire.

- Il faut que vous me jurez avant ! s'exclame-t-elle en levant les mains au ciel.
- Accouche Erin, … soupire Rosalyn.

Elle lui lance un sourire forcé, puis, d'un air provocateur, elle croise les bras sur sa poitrine.

- Pas de promesse, pas de secret !
- T'es vraiment sûre que tu ne veux rien nous dire ? insiste Rosalyn d'un air amusé.

Erin continue de secouer son visage, toujours avec son sourire malicieux et espiègle.

- Très bien, tu l'auras voulu.

Rosalyn se lève du canapé puis se dirige jusqu'à Nate et Erin, avant de prendre cette dernière dans ses bras.

- Et pourquoi j'ai pas eu le droit à mon bisou aujourd'hui ?

Sans attendre, Erin pose brièvement ses lèvres sur celles de Rosalyn.

- Alors, dis-nous, c'est quoi ton secret ?
- L'autre jour, quand j'ai vu Charlie faire du mal à Jennifer, et ben pendant la recréation je suis partie en cachette dans sa classe, j'ai mis plein de colle sur sa chaise. Son cul …
- Ton langage Erin, la grondais-je.
- Ben quoi ? C'est vrai ! Son cul est resté collé à la chaise. Tout le monde s'est moqué de lui, et c'est bien fait !
- Donc on sait pourquoi t'as été punie maintenant, soupire Nate.
- Ca va pas la tête ! Quand je fais des missions top secrètes comme celle-là, je m'assure que personne ne me voit. Si j'ai été punie, c'est parce que j'ai tapé un petit con qui a fait du mal à Annie.
- Ton LAN-GA-GE !

De plus en plus agacée, je lui lance un regard noir qui n'a pas vraiment l'air de l'atteindre. Bien au contraire …

- Tu m'as pas fait mon bisou aujourd'hui …, finit-elle par reprendre d'une petite voix.
- Et on n'a pas fini notre conversation. Donc inutile de changer de sujet, ou de faire ta tête de chien battu pour essayer de t'en tirer.
- Donc pas de bisou ? me murmure-t-elle les larmes aux yeux.

Elle tente vraiment le tout pour le tout. Stupéfiée par tant de vices à son âge, je ne trouve même plus les mots.

- Viens chérie, finit par reprendre Nate.
- NATE ! m'exclamais-je en lui faisant face.

Et lui tombait toujours autant dans le panneau. Je pousse un soupir tout en levant les yeux au ciel, tandis qu'Erin descend des bras de Rosalyn et se dirige à nouveau vers Nate.

- C'est bon Jen' …
- Tu rigoles j'espère ? Elle fait le même coup à chaque fois, tu sais pourquoi ? Parce que tu lui cèdes tout ! Tu ne vois pas qu'elle fait exprès ? Elle vient de tabasser un p'tit gamin, elle a trainé avec Charlie et tu penses que le sujet est clos ?
- Elle a compris, c'est bon.

Il pose Erin sur ses genoux puis la fixe les sourcils froncés.

- Hein t'as compris chérie ?
- Oui.
- C'est dingue comment cette gamine a le pouvoir de te mener en bateau, se moque Rosalyn.

Elle me jette un regard entendu, et je ne peux m'empêcher de rire à mon tour.

- T'es mal barré avec ta future femme Nate ! lui fais-je remarquer. Si tu te laisses autant faire …
- … Arrêtez un peu, vous êtes trop dures avec elle !
- C'est une plaisanterie ? Nous, trop dures avec Erin ?

Ça n'a vraiment pas l'air. Surtout quand j'aperçois son sourire narquois réapparaitre sur son visage.

- Nan mais regarde la sérieux ! s'exclame Rosalyn effarée.
- Vous êtes juste jalouses ! nous lance alors Erin avec une grimace.

Hallucinant. Tout simplement hallucinant. Je n'ai pas d'autre mot qui me vient à l'esprit.

- J'abandonne, finissais-je par soupirer, d'un ton las.

Rosalyn revient s'asseoir à mes côtés, visiblement aussi résignée que moi par leur attitude.

- Donc t'as bien compris Erin ? reprend Nate d'un ton plus sévère.
- Tu parles ce qu'elle comprend, marmonne Rosalyn. Elle comprend surtout qu'elle se fout bien de ta gueule.

Je me retiens de rire, sous le regard noir que nous envoie Nate. Puis il se reconcentre sur Erin.

- Donc quel est le SEUL garçon à qui tu peux faire des bisous ?
- TOI ! s'exclame-t-elle avec un grand sourire.
- Et qui est l'homme de ta vie ?
- TOI !
- C'est sûr qu'elle comprend mieux maintenant … , rétorque Rosalyn sur un ton, autant ironique que sarcastique.
- N'écoute pas tes sœurs princesse. Comme tu l'as dit, elles sont jalouses.
- Bah oui voyons tiens …. , soupirais-je.
- Quelle sacré jalousie, dis-donc ! s'exclame Erin en levant les yeux au ciel
- Quelle sacré gifle tu vas te recevoir si tu continues ! lui lançais avec le même sourire.

Elle m'adresse une grimace, et encore une fois je ne peux m'empêcher de rire. Mais cette fois-ci, c'est nerveux. Parce que je sens que je ne vais pas tarder à perdre mon calme.

- Bon, moi je vais y aller.

Puis de nouveau, avec un sourire aussi niais que d'habitude, il reporte son attention sur Erin.

- On se voit ce week-end chez papa. Et t'es sage cette fois-ci, d'accord princesse ?

Elle effectue un léger signe de tête affirmatif.

- Mon bisou ?

Elle éclate de rire et lui saute au cou, tout en posant ses lèvres sur les siennes. Il la pose ensuite sur le sol et vient nous embrasser à notre tour.

- Si vous avez un souci, vous m'appelez.

Il finit par quitter la maison. Une fois la porte fermée, Rosalyn et moi tournons notre visage vers Erin, les sourcils froncés.

- C'est bon ? T'as fini ta p'tite comédie ?

Mais contre toute attente, je m'aperçois que le sourire qu'elle arborait quelques secondes auparavant a totalement disparu, et qu'à présent, elle est sur le point de pleurer.

- Hey chérie, qu'est ce qui s'passe ? s'enquit alors Rosalyn.

Elle se frotte les yeux en silence, tandis que ses premières larmes commencent à couler. Mais cette fois-ci, ce n'est pas de la comédie et Rosalyn et moi en avons bien conscience..

- Viens nous voir Er' …

En larmes, elle avance tant bien que mal et nous rejoint sur le canapé. Mais elle ne dit rien, et reste dans son silence.

- Qu'est ce qu'il y a ? lui demandais-je à nouveau.

Elle ne répond toujours rien. Voilà ce qu'il y a de plus compliqué avec elle, la faire parler quand elle ne va pas bien.

- Erin ?

Après de nombreuses minutes de silence, elle finit par relever ses yeux rougis vers nous puis reprend d'une voix tremblante.

- Vous m'avez dit qu'aucun grand monsieur n'avait le droit de m'embrasser …
- Et c'est le cas, affirme Rosalyn.
- Charlie t'a embrassée ? Il t'a forcée à faire des choses ?

Elle secoue son visage de gauche à droite. Mais je vois bien qu'elle ne dit pas la vérité.

- Erin, s'il t'a fait du mal, il faut que tu nous le dises, insiste Rosalyn. Tu m'entends chérie ?

Le visage en larmes, elle tend ses deux bras face à nous. Assez perdue, je me tourne vers Rosalyn qui n'a pas l'air de comprendre non plus.

- Il faut que tu nous parles …

Sans un mot, elle fixe avec insistance ses deux bras tendus. Alors, assez hésitante, je commence à relever l'une de ses manches. Mais je m'arrête aussitôt, les mains tremblantes en apercevant l'état de son poignet.

- Oh mon dieu …, murmure Rosalyn, sous le choc.
- Erin, qui t'a fait ces marques sur tes bras ?
- Je veux plus aller chez papa …

Elle éclate en sanglots. Les larmes aux yeux, je la prends dans mes bras et tente de la réconforter. Rosalyn, qui est à mes côtés me jette un regard inquiet, craintif.

- Chérie, il faut que tu nous dises qui t'a fait ça, murmurais-je à Erin.
- C'est … moi ….

En pleine crise de larmes, elle se retire de notre étreinte et nous regarde tour à tour. A plusieurs reprises, elle ouvre la bouche, prête à parler mais ses hoquets de larmes l'en empêchent.

- Tu te souviens de ce que Jennifer et moi t'avons dit ? Si quelqu'un te fait du mal, qui que ce soit, tu dois nous le dire…

On continue de lui parler pendant de longues minutes, puis petit à elle finit par se calmer petit à petit.

A présent allongée sur le canapé, sa tête posée sur mes genoux et ses jambes étendues sur Rosalyn, elle retrouve enfin une respiration normale. Mais son esprit est toujours ailleurs. Elle fixe le plafond d'un regard vide … Ce regard vide qui m'inquiète de plus en plus.

- Il faut qu'on se tire d'ici Ros', et au plus vite.
- Ce week-end, on part quoi que maman décide, affirme-t-elle. Qu'elle nous suive ou pas, ce n'est plus notre problème. On ne laisse pas Erin ici.

Je suis entièrement d'accord avec elle. La situation devient trop grave pour rester ici. Comment va-t-on faire ? Honnêtement, je n'en sais rien… Mais on n'a pas le choix.

- Dès que maman rentre, on la prévient qu'on part pour New York vendredi soir, reprend-elle sur un ton assuré.
- On part ?

Erin vient de se redresser. Le visage plus que pâle et les yeux rougis, elle nous regarde tour à tour et nous répète d'une voix tremblante.

- On part ?
- Tu veux partir d'ici ?
- De la maison ?
- Non. De Chicago.

Je vois alors apparaître une minime lueur d'espoir dans ses yeux.

- On peut ?
- Si tu le veux, alors on le fera, approuve Rosalyn.
- Sans papa ?
- Sans papa.
- Moi je veux partir …, murmure Erin.
- Alors vendredi soir, Jennifer, toi et moi, on part.
- Mais papa veut que je vienne chez lui avec Nate …
- Tu le veux toi ?

Erin secoue son visage de gauche à droite. Rosalyn me jette un regard hésitant. Mais on n'a rien à perdre, bien au contraire. Alors pour la énième fois, je lui repose la même question.

- C'est papa qui t'a fait ces marques ?

Elle me répond non de la tête. Puis d'un air peiné, elle nous regarde tour à tour avant de murmurer.

- C'est moi, nous avoue-t-elle.
- Pourquoi tu t'es fait ça chérie ?
- Parce que je me sens pas bien …

Les larmes aux yeux, et surtout mal à l'aise, elle commence à se gratter violemment ses poignets.

- Là, c'est parce que je suis angoissée …

Rosalyn s'empare de ses mains afin qu'elle s'arrête de se gratter, et surtout afin d'éviter qu'elle mette ses bras en sang .

- Tu te rappelles quand ton ancienne maitresse t'avait proposé de sauter une classe? Elle t'avait dit que tu risquais d'être perturbée parce que tu allais être avec des plus grands que toi. Et elle t'avait proposé de parler à quelqu'un si …
- … Je n'ai pas besoin de psy ! s'exclame alors Erin sur la défensive.
- Mais tu n'es pas bien chérie, il faut que tu en parles à quelqu'un.
- Et ce n'est pas à cause de l'école que je me fais du mal !
- Pourquoi alors Erin ?
- Je n'ai pas le droit de le dire, murmure-t-elle.
- Mais si tu ne nous dis rien, on ne peut pas t'aider.

Et de nouveau, elle se tait. Mais il faut qu'elle parle, elle doit nous dire, on doit savoir !

- Erin ?

Elle finit par relever son visage. Mal à l'aise, elle se pince les lèvres. Elle est nerveuse, de plus en plus nerveuse.

- Papa m'a dit de ne rien dire, finit-elle par lâcher. Il m'a dit que c'était un secret entre lui et moi …

Non… Ce n'est pas possible. Je sens les larmes aussitôt monter, mais je ne dois pas pleurer. Pas devant elle. Et puis, peut-être que je me fais des idées, qui sait …

Alors je jette un regard à Rosalyn. Mais en la voyant au bord des larmes, j'ai la douloureuse confirmation que ma première intuition est malheureusement la bonne.

- Dis moi chérie … Papa, t'a déjà fait du mal ? Je ne parle pas de tes traces sur les bras … Mais est ce qu'il t'a fait mal autre part ?

D'une voix tremblante, Rosalyn vient de lui poser la question fatidique. Et d'un faible signe de tête, Erin nous donne la réponse qu'on redoutait tant, et qu'on n'aurait jamais voulu entendre …

- Tu peux nous dire où il t'a fait mal ?

Elle est de plus en plus nerveuse. Elle tente de libérer ses mains de celles de Rosalyn, mais cette dernière ne lâche pas prise.

- T'es angoissée quand on parle de papa ?
- J'ai envie de me faire du mal quand on parle de lui, ou quand je suis avec lui, nous murmure-t-elle.
- Tu veux qu'on arrête de parler de lui ?
- Oui. Et je veux être loin de lui. Très loin de lui.
- Si je te lâche les mains, tu me promets de ne pas te faire de mal ? la questionne Rosalyn, les sourcils froncés.

Elle hausse légèrement les épaules, avec une petite grimace.

- Je sais pas si je pourrais … Je suis encore un peu angoissée.
- D'accord. Quand tu te sens mieux, tu nous le dis et Rosalyn te lâchera. Ca marche ?
- Et si je te dis qu'on va faire nos valises et qu'on part d'ici maintenant ? lance alors Rosalyn.
- MAINTENANT ? s'exclame-t-elle.
- Maintenant, acquiesce-t-elle. Juste Jennifer, toi, et moi.

Et de nouveau, je vois cette lueur d'espoir dans ses yeux. On n'a pas le choix, on doit partir.

- Moi, je veux bien …
- Alors va vite dans ta chambre préparer tes affaires. Et dès que t'es prête, on y va !

Et elle ne se fait pas prier. Elle part telle une furie en direction de sa chambre. J'attends qu'elle soit hors de notre vue, pour me tourner face à Rosalyn.

- Il nous avait dit qu'il ne la toucherait pas, lui murmurais-je.
- Et tu vas me dire que Nate n'a jamais rien vu ? rétorque-t-elle d'un ton dur.

Elle lance un coup d'œil en direction de la chambre d'Erin, avant de tourner son visage vers moi. Furieuse, elle secoue son visage.

- Sérieusement Jen, elle y va tous les week end avec lui et il ne voit rien ?
- Il n'a rien vu pour nous Ros', lui fais-je remarquer calmement, tentant d'apaiser la situation.
- Parce qu'on n'était jamais avec lui quand on était avec papa ! s'exclame-t-elle. Erin est avec lui tous les week end chez papa, et ce gros con n'est même pas foutu de voir ce qu'il lui fait ?
- Ce n'est pas de sa faute Ros' …
- Tu t'moques de moi, j'espère ? Qu'il ne voit rien pour nous, j'veux bien, on se débrouille. Mais Erin a tout juste 5 ans Jen' ! T'as vu l'état de ses bras ? Et personne n'a rien vu ? Il est censé la surveiller ! Depuis quand ça dure sérieusement ?

Je n'ose même pas me poser la question. Et à vrai dire, je n'ose pas savoir.

- Qui te dit qu'il n'en fait pas partie, lui non plus ?

J'écarquille les yeux face à son insinuation. Comment peut-elle penser ça ?

- Ros' … , murmurais-je abasourdie.
- Quoi Jen' ? Tu ne trouves pas ça bizarre ? Qu'il n'ait rien remarqué ?
- Nate ne ferait jamais de mal à Erin ! m'exclamais-je.


La vidéo vient de se finir.
J'ai du mal à contrôler ma respiration, j'ai même du mal à y voir clair. J'ignore où et comment ils l'ont trouvée, mais ils ont réussi. Et maintenant ils savent.

- Donc vous pouvez témoigner contre votre père ? finit par me demander l'agent Benson.
- Je pourrais mais je n'ai aucune preuve. La seule que j'avais était ma sœur …
- Vous n'en avez parlé à personne ?
- J'en ai parlé à Erin, mais beaucoup plus tard. Elle n'était pas là pour voir. Tandis que Rosalyn était avec moi … Enfin, elle était avec nous quand il … Enfin vous voyez …
- Et qu'est ce qui s'est passé avec Rosalyn ?

Je hausse les épaules, puis je pousse un soupir. Quand est ce que tout ça va se finir ? J'ai bien l'impression que jamais cette histoire ne va prendre fin.

- Rosalyn, Erin et moi on était à New York. On logeait là où on pouvait, puis Nate a fini par nous retrouver. Il nous a demandé des explications. Mais Rosalyn l'a viré, elle ne voulait pas le voir, elle pensait qu'il était complice de ce que faisait Joe à Erin.
- Et il ne l'était pas ? m'interroge Eliott, les sourcils froncés.

J'aperçois tous les regards converger sur moi. Tous doutent, et à vrai dire je doute autant qu'eux.

- Euh … Non…Enfin pas Nate ! C'est… Non …. C'est pas possible…

Je secoue mon visage. Non, c'est impossible. Pas lui.

- Mais vous doutez de son innocence ?

J'affirme de la tête. Parce que oui, même si je refuse d'y croire, j'ai des doutes.. Surtout quand j'accumule les preuves qui jouent contre lui.

- Quand il nous a rejoint à New York, il est venu avec Joe ... Alors Rosalyn a encore plus douté, elle leur a interdit d'approcher Erin sinon elle prévenait les flics. Nate ne comprenait pas. Ou il faisait semblant de ne pas comprendre… Je sais pas. Enfin, quoi qu'il en soit, on a prévenu des flics. Malheureusement, ce n'était pas les bons… Enfin, c'était toujours la même chose. Toutes les personnes qu'on rencontrait connaissaient Joe … Alors un jour, un flic est venu nous voir. C'était le flic avec qui avait parlé Rosalyn. Il nous a longtemps interrogées, et on lui a tout dit. Puis il s'est éclipsé un moment, et on voyait qu'Erin n'était pas bien. Elle n'avait pas voulu répondre à ces questions. Elle nous a dit qu'elle avait un mauvais pressentiment, qu'elle ne le sentait pas … Mais on n'avait pas le choix, il était notre seule issue ….

Je hausse les épaules. En y repensant, je me dis que peut-être, on aurait mieux fait de ne rien dire … Mais ce qui est fait, est fait.

- Et ensuite ? me demande Hank.
- Ensuite … Le mauvais pressentiment d'Erin a eu raison d'être. Rosalyn est morte un mois après. Le flic qui nous avait interrogées, il assurait soi disant notre protection… Ce jour là, j'ai dû m'absenter parce que Nate voulait me voir. Il voulait qu'on s'explique sur la situation, comme Rosalyn refusait de lui parler et elle refusait qu'il approche d'Erin. Et ce jour là, il m'a avoué que de nombreuses plaintes avaient été déposées contre Joe mais qu'il avait disparu de Chicago. Il m'a demandé si je l'avais vu. Je lui ai répondu la vérité, que je n'avais plus de nouvelle. Ensuite, il m'a demandé s'il pouvait voir Rosalyn et Erin. Il m'a suppliée, alors j'ai accepté. J'ai frappé à la porte, mais personne n'a répondu. J'ai trouvé ça bizarre, d'habitude il y avait le policier … Mais là Rosalyn gisait par terre, elle n'avait plus aucun vêtement sur elle. Et Erin était suspendue par des chaines au plafond … Elle nous a dit qu'un homme les avait agressées, et qu'il venait juste s'enfuir. Alors on a dit à Erin de prévenir la police, qu'on s'occupait de l'homme …
- Le policier qui était chargé de votre surveillance ? Vous savez son nom ?
- On l'appelait Tommy. J'ignore si c'était son vrai prénom …
- Tu pourrais nous le décrire ?
- 1m80 environ, il était assez corpulent et il avait un tatouage à l'arrière de son cou. Et après Erin m'a dit qu'il avait deux autres tatouages, l'un en bas de son ventre, et l'autre en bas de son dos. Et aussi son visage, il avait une balafre assez importante côté droit.

Antonio me tend alors une feuille, tout en me demandant si je reconnais la personne. Je me saisis donc de la feuille puis examine attentivement le portrait qui a été dessiné à la main.

- Antonio, tu peux aller chercher Angela et Ryan ?

Et quelques secondes plus tard, deux jeunes adolescents entrent dans le bureau, accompagnés par Antonio. Je reconnais instantanément Angela. Erin m'avait déjà parlé d'elle et je l'avais vue quelques fois … Enfin de loin.
Mais je fronce les sourcils en découvrant le garçon. Je ne l'ai jamais vu et pourtant sa tête me dit quelque chose. Il est le portrait craché de Charlie.

Mal à l'aise, il jette un regard à Angela qui tente de le rassurer par un sourire. Puis il finit par reporter son attention sur moi.

- Je suis le frère de Charlie …
- … On était là quand vous avez parlé avec lui un soir. Vous étiez chez Lindsay. On voulait juste récupérer des affaires, mais vous êtes rentrés plus tôt que prévu. Alors on s'est cachés sous le lit …
- Et vous avez tout entendu ?
- Tout entendu et tout vu, affirme Ryan. J'ai vu la vidéo que Lindsay a passée. J'ai reconnu Charlie et elle sur la vidéo. Et j'ai dessiné le portrait de la petite fille et des 2 autres hommes présents avec eux.

Je jette, de nouveau, un coup d'œil au portrait qu'Antonio m'avait tendu. Je suis assez stupéfaite de la précision, et de la perfection de son œuvre. Je reconnais clairement Tommy …

- C'est lui, affirmais-je.
- Donc Lindsay peut le confirmer ?
- Elle ne confirmera rien du tout. Elle est passée 9 fois devant des détecteurs de mensonges. Elle a toujours menti et ne s'est jamais faite attraper. Elle ne dira rien.
- Comment t'es au courant de tout ça alors ?
- Elle me l'a dit. Mais elle ne dira rien au procès. Tout ce qu'elle se contente de faire pour le moment …
- … C'est de réunir le maximum de preuves possibles pour éviter de parler ? finit Eliott en m'interrogeant du regard.
- C'est ça, acquiesçais-je.
- Mais tu sais que sa parole est primordiale ?
- Ca fait plus de 20 ans que j'essaie de la faire parler … Ce n'est certainement pas maintenant qu'elle va dire quoi que ce soit.
- Il faut qu'elle le fasse pourtant.

J'affirme simplement d'un signe de tête. Je sais qu'il faut qu'elle le fasse, et de toutes manières, il faudra qu'elle le fasse. Mais comment la convaincre ?

- Ce sont les 3 autres personnes qui étaient dans la vidéo …

D'une main hésitante, Ryan me tend trois autres croquis. Je les saisis puis les examine.

- Victor, Beverly et Maverick, affirmais-je.