Chapitre Trente Quatre :

Les semaines suivantes passent à une vitesse lamentable. Je me demande si c'est une bonne ou une mauvaise chose, puisqu'il est vrai que tout que je souhaite est que toute cette nervosité soit enfin loin derrière moi, mais d'un autre côté, je ne suis pas du tout impatiente d'être le centre de l'attention à nouveau. De plus, mon trouble touche également mon entourage qui semble toujours très mal à l'aise quand je suis dans les parages, puisque tout le monde fait son possible pour éviter de parler de cet événement, mais également de Peeta, ce qui n'est pas chose facile. Prim a tenté à quelques reprises de me faufiler un mot sur ce dernier et à chaque fois, je lui lançais un regard entendu pour qu'elle s'arrête dans son impulsion, sachant parfaitement que ce sujet en particulier me rend toujours très inconfortable, mais également mélancolique.

Par chance, je finis par m'habituer – ou plutôt tolérer - l'absence de celui-ci. Je n'ai plus de flash à chaque fois que je vois quelque chose qui a un lien avec lui, mais il n'empêche qu'il ne faut pas que je commence à trop y réfléchir, car c'est à ces moments que mes émotions se dégradent considérablement, ce que j'essaie bien entendu de ne démontrer à personne. Je ne peux pas me cacher que ma vie est devenue extrêmement ennuyante, certes, au moins mon moral s'est rééquilibrer presque au neutre, même si parfois je me sens encore triste. Il est certain que j'étais bien plus heureuse quand nous étions ensemble, mais je suis maintenant en mesure de vivre à peu près correctement. Ou en tous cas, je tente de m'en convaincre...

Tant qu'à Haymitch, je ne l'ai pas revu depuis ce dîner, ce qui fait bien mon affaire, surtout que je serai obligée de passer les deux prochaines semaines en sa compagnie. Je soupire à cette pensée, encore plus découragée en réalisant que l'attente avant notre départ est maintenant écoulée. Mon équipe de préparation devrait arrivée dans peu de temps et la simple idée de me faire coiffer et maquiller me donne envie de vomir. C'est clair que je ne m'ennuyais pas de ça.

On cogne à ma porte un moment plus tard et je m'y dirige à pas de tortue, craignant que ce soit déjà les gens du Capitole avec une avance d'au moins quarante minutes. Par contre, je me rends compte que je me suis totalement trompée quand je me retrouve face à face avec nul autre que Peeta. Tout mon corps se fige instantanément, comme s'il n'allait pas réussir à m'apercevoir si je ne bougeais pas d'un cheveu. Il me salut timidement tandis que ma bouche s'ouvre sans que je sois capable de sortir quoi que ce soit, toujours aussi confuse. Je ne m'attendais pas à le voir ici et il semble le remarquer alors qu'il se mord faiblement la lèvre, un peu mal à l'aise devant mon silence. Mon rythme cardiaque augmente aussitôt qu'il se passe nerveusement une main dans les cheveux ; je crois que j'avais complètement oublié à quel point il pouvait se montrer adorable avec ses petites manies.

- Je venais juste pour te dire au revoir, m'avoue-t-il enfin avec un petit sourire gêné.

- C'est gentil, répondis-je d'une toute petite voix.

Je ne peux contrôler mon regard qui commence à fixer ses mèches qui luisent sous les rayons du Soleil tandis que je remarque à quel point il m'a l'air presque irréel dans ce paysage blanc. Je sais que c'est cliché, mais il ressemble vraiment à un ange tombé du ciel avec sa blondeur encore plus éclatante que d'habitude. Ses mains sont enfouies dans les poches de son manteau alors que ses joues et le bout de son nez sont rougis dû au froid de l'hiver, comme un petit enfant, ce qui est d'autant plus mignon. J'ai immédiatement envie de poser mes doigts encore chauds sur son visage pour le réchauffer et lui faire reprendre des couleurs normales, mais je me retiens avec toute la misère du monde. Je dois avoir l'air stupide à rester là à l'admirer, pourtant, je ne suis pas en mesure de défaire mes yeux de sur lui, bien trop bouleversée par sa soudaine présence.

- Tu sembles tellement fatiguée, me chuchote alors Peeta d'une mine inquiète en laissant glisser ses doigts délicatement sur l'une des poches sous mes yeux.

Je ferme automatiquement les paupières en sentant son contact sur mon visage qui ne dure pas assez longtemps à mon goût. Il retire presque aussitôt sa main, comme s'il venait tout juste de réaliser son geste qui s'était enclenché par lui-même, sans qu'il ne s'en rende compte. On dirait bien que même malgré ces quelques semaines, il a gardé l'habitude de me montrer des petits signes d'affections et je m'en retrouve soulagée. Ça prouve qu'il ne m'a pas oublié et si je me fie à l'agitation que je ressens dans mon ventre face à son touché, c'est pareil de mon côté. Devant cette affirmation, j'essaie immédiatement de me changer les idées, puisque je ne veux définitivement pas qu'il perçoive mes pensées avec cette facilité dont lui seul en est capable.

- Mes préparateurs vont sûrement être découragés de me trouver dans cet état, marmonnais-je finalement en faisant un effort considérable pour oublier sa proximité.

- Ils arrivent dans combien de temps ?

- Dans une trentaine de minutes.

Un silence inconfortable suit cette déclaration tandis que nous digérons tous les deux la nouvelle. La Tournée de la Victoire a toujours été un sujet tabou, mais maintenant que le jour de mon départ est arrivé, j'ai l'impression que c'est encore pire puisque nous réalisons que c'est bel et bien réel. Aucun de nous ne semble avoir le courage d'ajouter quoi que ce soit, par contre, je m'efforce d'être la plus forte de nous deux et d'oublier le trouble qu'il est en mesure de me procurer par la simple vue de son visage et de son sourire.

- Tu devrais peut-être y aller avant qu'ils se pointent avec leurs caméras…, lui dis-je d'une petite voix en réalisant péniblement qu'au fond, je ne veux vraiment pas qu'il s'en aille.

- Oui. Eum… À bientôt Katniss.

Il me fait un dernier sourire alors qu'il semble vouloir s'approcher de moi pour me donner l'accolade, mais au lieu, il retourne sur ses pas qui forment des traces au fur et à mesure dans la neige, me laissant complètement chamboulée par ce qui vient de se passer au beau milieu de mon perron. Je le regarde s'éloigner avec un sentiment de détresse, sachant parfaitement que la prochaine fois qu'on se reverra sera dans douze longs jours. Maintenant que je le vois partir, la seule chose que je souhaite est qu'il revienne à mes côtés. Il fallait que je l'aille en face de moi pour me rendre compte à quel point j'ai été idiote de l'avoir ignoré pendant tout ce temps. Je le faisais surtout pour que ma tête puisse réfléchir à autre chose qu'à Peeta durant mon petit voyage, mais c'était assez stupide de ma part en constatant que je pense encore plus à mon garçon des pains depuis que nous ne sommes plus ensemble. Auparavant, j'éprouvais automatiquement un sentiment de bien-être lorsqu'il faisait partie de mes pensées, mais aujourd'hui, ça ne fait que me rendre malheureuse en réalisant l'état de notre relation. N'est-il pas préférable durant ces deux semaines que mon esprit soit en paix au lieu d'être constamment dans un désordre complet, comme en cet instant-même ?

La seule manière qui me permettrait d'être un peu plus rassurée est que je me rapproche de lui avant de partir, pour pouvoir avoir de quoi me rattacher dans les moments les plus difficiles. Je crois qu'il est bien mieux que je mette un terme à la pause de notre couple, ce que j'aurais dû faire dès la première fois où je l'ai vu à la boulangerie d'ailleurs. Je nous ai fait du mal inutilement, comme je sais toujours si bien le faire. Je me sens incapable de patienter encore si longtemps avant de le serrer dans mes bras de nouveau et c'est sur cette certitude que je commence à courir dans sa direction, déterminée à vouloir tout recommencer à zéro.

- Peeta attend !

Il se retourne avec un air décontenancé tandis que je lui saute au cou, ce qui le fait immédiatement perdre pied face à la surprise. Peeta et moi tombons au sol tandis qu'un petit nuage blanc se soulève doucement autour de nous. Je me retrouve allongée sur lui et j'avoue que son corps contre le mien me fait un bien fou. Je m'en fiche d'avoir l'air ridicule, je ne peux plus me contenir, surtout pas après tout ce temps à avoir fantasmé sur ses baisers sans pouvoir en profiter comme avant. Le voir en chair et en os a rallumé l'étincelle qu'il me fallait pour désirer me rapprocher de lui à nouveau.

Nos yeux se croisent et je me retrouve à manquer de souffle devant ses iris azurs qui ressortent parfaitement bien dans le décor hivernal. Je me permets d'effleurer timidement ses joues glacées avec mes doigts un peu tremblants alors qu'il me regarde d'un air toujours aussi ébahi, quoiqu'extrêmement tendre. Il ne doit pas du tout comprendre ce qui est en train de se passer et j'avoue que j'ai moi-même de la difficulté à assimiler mes gestes tout à fait inattendus. Je ne peux attendre plus longtemps avant de l'embrasser avec toute la passion que je retiens depuis bien trop longtemps, poussée comme jamais par l'adrénaline et par l'amour que je n'ai pas cessé de rejeter dès le début de notre dispute qui me semble bien loin dorénavant, alors que je l'ai tout contre moi. Nos bouches se rencontrent à mi-chemin, tous les deux en manque criant de l'autre. Il place automatiquement ses mains dans mon cou comme pour m'empêcher de me défaire de son étreinte et je me laisse aller contre ses lèvres, soulagée d'enfin retrouver mon garçon des pains. C'est sans aucun doute le baiser le plus désespéré que nous avons échangé et probablement le meilleur aussi. Nos langues s'entremêlent avec délectation et j'oublie peu à peu tous mes problèmes pour ne penser qu'à lui et à rien d'autre.

Il se relève après un instant et nous nous retrouvons assis, mes jambes de chaque côté de ses hanches. La nouvelle position me permet d'enfin pouvoir enfouir mes doigts dans ses cheveux que je ne me gêne pas de caresser. J'aurais bien aimé qu'il fasse de même avec les miens, mais vue mon habituelle coiffure, c'est malheureusement impossible. Par contre, il s'attaque à tous mes autres petits points faibles qu'il semble avoir appris par cœur et qui réussissent tout autant à me faire frissonner de plaisir.

- Peeta..., chuchotais-je entre deux baisers. Je suis vraiment... désolée.

Je veux qu'il comprenne à quel point je m'en veux de l'avoir rejeté ainsi, car même si j'apprécie énormément notre échange, je ne peux arrêter de me sermonner d'avoir été aussi froide avec lui. Il ne fait que me taire avec un simple 'je t'aime' qui s'avère être la réponse parfaite. Je me rapproche encore un peu plus de son emprise qui me rend de plus en plus haletante. Les deux proches de l'asphyxie, nous rompons le contact de nos lèvres sans pourtant éloigner nos deux visages l'un de l'autre. Il tient maintenant mes joues entre ses paumes qui s'avèrent étonnement chaudes en prenant en considération la température, par contre, je ne peux pas en dire autant avec le bout de son nez qui est toujours aussi gelé contre le mien. Je devrais être frigorifiée, car rien ne couvre mes bras nus, mais ce n'est pas le cas, sûrement à cause de mon excitation face à ma soudaine proximité avec Peeta qui est plus que bienvenue. Nous tentons de reprendre un rythme respiratoire normal tandis que nos souffles se mélangent en partant en fumé face à l'air froid.

- Eh bien, je vois que tout s'est arrangé chérie !, nous coupe alors Haymitch tandis que mon estomac se retourne face à la surprise.

Je grogne de frustration devant l'intégration extrêmement dérangeante de mon mentor, puis me relève en essuyant mon pantalon pour y enlever toute trace de neige pour me garder une certaine contenance malgré mes joues rouges. Peeta me rejoint avec quelques secondes d'écart, probablement encore un peu sur le choc par ce qui vient de se dérouler de manière bien trop rapide pour nous permettre de comprendre quoi que ce soit. Il fixe Haymitch d'un regard étonnement mauvais, lui en voulant sûrement encore d'avoir mis la discorde dans notre couple, ce qui est tout à fait compréhensible.

- Vous devriez vraiment lui dire toute la vérité une bonne fois pour toute, lui dit-il d'un air sérieux en me jetant un bref coup d'œil, comme pour s'assurer que j'étais encore tout proche.

- Je le ferai durant la tournée, intervient Haymitch après avoir inspiré fortement pour démontrer son agacement alors qu'un étrange sentiment prend place dans mon ventre : du soulagement mélangé avec de la peur. Katniss, je sais bien que tes embrassades avec Peeta t'ont remonté le moral, mais prépare toi, tes préparateurs vont arriver dans quelques instants.

Il quitte sur ces derniers mots pour se diriger vers ma maison où il entre sans même prendre la peine de cogner. Dès qu'il sort de notre champ de vision, mon garçon des pains se tourne vers moi tout en me prenant par la taille pour me rapprocher de son torse dont je ne me fais pas prier bien longtemps avant de m'y blottir, cherchant un certain réconfort face aux paroles de mon mentor qui ont eues l'effet de me rappeler mes devoirs de vainqueur. Peeta devine immédiatement mon état et essaie de me faire changer les idées en détournant habilement le sujet, comme il en a l'habitude.

- Je ne sens plus du tout mes fesses à cause de la neige, mais je crois que ça en a valu la peine, rigole-t-il en retrouvant aussitôt son air réjoui.

Je ne peux m'empêcher de sourire, bien trop comblée de l'avoir retrouvé en intégralité. C'est étrange comme un simple baiser peut réussir à tout remettre en ordre en un clin d'œil... Je me sers fortement contre lui, voulant profiter de sa présence au maximum avant mon départ, mais je sais que notre petit moment ne peut pas durer éternellement.

- Tu devrais vraiment partir maintenant. Je ne veux pas qu'ils te filment...

Il me répond en m'embrassant une seconde fois et je me permets de flancher à son envie pendant une bonne minute, laissant sa langue jouer avec la mienne jusqu'à temps que ma raison revienne à moi et l'oblige à partir même si je préférerais cent fois plus qu'il m'accompagne, ce qui n'est malheureusement pas possible.

- On se revoit bientôt, me chuchote-t-il tandis que je me retrouve à faire la moue en repensant à cette foutue tournée. Hey, je suis sûr que tout va bien se dérouler. Tu vas être de retour avant même que tu ne t'en rendes compte et tout sera du passé.

Je sais qu'il tente de me rassurer du mieux qu'il le peut, mais c'est bien la seule fois que ses paroles ne s'avèrent pas efficaces. Je ne le laisse pourtant pas paraître, ne voulant pas qu'il s'inquiète trop pour moi durant mon absence. Il s'en va après un dernier baiser et un dernier 'je t'aime' alors que je me sens plus vide que jamais. Je retourne à pas lents jusqu'à ma maison, voulant à tout prix retarder le moment où je me retrouverai dans la même pièce que mon mentor et mes préparateurs. Tout ça est vraiment un cauchemar...


Les premiers jours de la tournée ont passé et même malgré ce fait, je n'arrive pas du tout à me réjouir d'avoir visité la majorité des Districts, l'image de tous ces jeunes décédés - particulièrement celle de Rue - me hante bien trop à chaque seconde pour éprouver quoi que ce soit d'autre qu'une immense nausée, surtout en constatant qu'il en reste encore d'autres à voir. De plus, l'attente avant que Haymitch crache enfin le morceau avec toutes ses cachotteries est plus que pénible, ce qui n'améliore définitivement pas ma situation. J'essaie malgré tout d'avoir l'air au sommet de ma forme à chaque nouvelle visite qui se déroule à peu près de la même manière, mis à part celle du 11 qui m'a bien évidemment plus affectée que les autres et dont je n'arrive pas à faire disparaître de mon esprit. Le réconfort de Peeta serait accepté à bras ouverts, mais je sais que je dois attendre encore quelques jours de plus avant d'y avoir droit et j'appréhende mon retour avec impatience.

Voilà pourquoi je fais tout ce que je peux pour que les heures avancent le plus vite possible. C'est ainsi que je me retrouve en pleine conversation avec Effie à plusieurs reprises, trouvant nos discussions bien plus intéressantes que je ne le devrais, mais puisque rien dans le train n'est plus divertissant que l'hôtesse du 12, j'apprécie réellement nos petits moments qui ont l'effet de nous rapprocher l'une de l'autre. D'ailleurs, je m'étonne de commencer à affectionner ce personnage flamboyant du Capitole, mais si ce n'était pas d'elle, je n'aurais personne d'autre à qui parler durant le trajet qui s'avère des plus longs. Haymitch ne sort presque jamais de sa cabine mis à part pour se resservir un autre verre ou plutôt, pour se reprendre une bouteille complète. Plus que notre voyage avance, plus il semble se renfrogner. Il m'échange de moins en moins de mots, comme s'il voulait m'éviter pour retarder le plus possible l'aveu qu'il m'a promis. Par contre, je ne me laisserai certainement pas vaincre de la sorte par un vieil alcoolique grincheux.

Donc la veille de notre arrivée au Capitole, je me résous à me lancer dans le sujet, n'en pouvant plus d'attendre qu'il se décide à en parler le premier, sachant que c'est peine perdue. Tandis qu'il se dirige vers le bar pour une énième fois depuis le début de notre voyage, je prends une immense inspiration pour me donner un tant soit peu de courage.

- Haymitch, il faut qu'on parle.

- Laisse-moi me resservir chérie et je suis tout à toi, m'annonce-t-il avec une gentillesse feinte.

Il vient me rejoindre dans le salon en se laissant tomber nonchalamment sur le fauteuil en face de moi, ne renversant pourtant pas une seule goutte de son verre même malgré son état d'ivresse. Il m'affronte du regard en attendant que je lâche le morceau, ce qui a l'effet de m'énerver puisqu'il sait très bien ce que je désire. Je lève les yeux au ciel en le voyant aussi muet et je m'y mets.

- Je crois que je mérite de tout savoir, surtout après tout ce temps. Je suis bien assez grande pour que vous arrêtiez de me garder dans l'ignorance. Je ne suis plus une enfant Haymitch.

Il me fixe longuement avec les sourcils froncés avant de détourner le regard en se tenant l'arête du nez avec une mine sévère. Il a dit à Peeta qu'il allait me dire la vérité, donc je sais qu'il va respecter sa promesse, mais ça n'empêche pas le fait qu'il n'a pas l'air enthousiaste de tout me raconter. J'attends avec fébrilité qu'il mette enfin au clair toutes les questions que je me pose depuis tellement de temps et dont personne n'a osé répondre jusqu'ici, par contre, je ne peux cacher à moi-même que ce suspense me rend affreusement nerveuse. Malgré mon besoin vital d'être informée, j'ai vraiment peur de ce que je suis sur le point d'apprendre, je me retrouve donc à m'essuyer les paumes de mes mains sur mon jean.

- Tu connais Finnick Odair ?, me demande soudain Haymitch après un long soupir.

- Il a gagné les Jeux il y a quelques années, n'est-ce pas ?, dis-je en fronçant les sourcils, ne comprenant pas du tout ce que ce garçon arrogant et chéri du Capitole a rapport avec moi.

- Oui. Les Districts l'ont jugé bien vite sans vraiment savoir toute la vérité à son sujet. C'est triste pour lui...

- Aboutissez Haymitch !, le coupais-je, ne voulant pas qu'il détourne la conversation.

- Il a été vainqueur des 65e Hunger Games à l'âge de 14 ans grâce aux nombreux sponsors qui dépensaient sans retenue pour le faire gagner, totalement charmés par sa beauté et son charisme. Par contre, Snow avait des projets pour lui à sa sortie de l'arène : celui de vendre son corps. Finnick a réussi à gagner quelques années de liberté puisqu'il était encore jeune à l'époque, mais dès qu'il a été considéré assez vieux, notre cher président a commencé à le confier à ceux qui avaient bien les moyens pour profiter de sa compagnie. Avec le temps, il a fini par se développer une carapace avec son personnage de séducteur, mais il est loin d'être comme ça réellement.

- Où voulez-vous en venir ?, le questionnais-je en secouant la tête d'incrédulité.

- Laisse-moi finir Katniss, me lâche-t-il alors que l'entendre dire mon nom me prouve du sérieux de la situation. Par la suite, il y a eu Johanna Mason. Comme tu peux le deviner, Snow avait le même projet pour elle, mais elle a refusé catégoriquement... Malheureusement, on sait très bien que Snow n'allait pas se laisser contrôler aussi facilement par une jeune adolescente... Donc, en voyant qu'elle ne respectait pas ses obligations, il a exécuté un à un chaque membre de sa famille pour se venger de son aplomb et pour lui faire comprendre qu'elle ne pourrait pas gagner face à lui.

- C'est horrible !

- D'ailleurs, il y en a beaucoup d'autres. Dès que Snow qualifie l'un de ses vainqueurs comme attirant, il est certain qu'il va s'en utiliser à ses profits.

Mes yeux s'agrandissent d'horreur lorsque je comprends enfin. Dure à la détente, je suis au courant ! Il me protège depuis le tout début de cet avenir des plus abjects et dont je n'avais jamais cru possible. Je suis énormément dégoûtée par cette révélation qui me donne envie de vomir. Comment peut-on obligé des jeunes à faire des choses aussi dégoûtantes ? Comme si se battre à mort n'était pas suffisant, il faut en plus que nous offrons des services sexuels contre notre gré à tous ceux qui le souhaitent ! J'ai toujours su que notre président était d'une cruauté sans fin, mais apprendre ça me fait réaliser encore d'avantage qu'il n'a vraiment aucune limite et, bien évidemment, ceux qui achètent ces services sont tout aussi révoltants.

- Alors, tu as fini par faire le lien chérie ?, me demande-t-il d'un air sombre.

- Mais pourquoi m'afficher avec Peeta allait l'empêcher de m'utiliser comme jouet au profit des habitants du Capitole ?

- Avec ton insolence, ta beauté naturelle et ta férocité, tout te rend désirable à leurs yeux, en plus d'être la célébrité du moment. Au départ, j'étais certain que toi et Gale formeriez un couple et quand tu l'as repoussé, j'étais assez confus, je ne savais plus quoi faire pour toi, mais quand j'ai appris pour Peeta, j'ai su que mon plan allait marcher. Je me suis dit que si tout Panem était au courant de votre relation et que les gens du Capitole tombaient en amour avec votre couple, peut-être que ça empêcherait Snow de mettre sur pied son projet.

- Et pourquoi ne pas me l'avoir dit plus tôt ?, m'époumonais-je, sidérée par toutes ces cachotteries qui ont bien plus d'importance que je ne le croyais.

- Il fallait que tu tombes en amour avec Peeta par toi-même. Tu es une très mauvaise actrice et je sais que personne n'aurait cru en votre couple si je t'avais obligé de sortir avec lui après t'avoir tout révélé. Avec toute la pression en plus, tu serais devenue folle ! En ce moment, les habitants de Panem ne doutent pas de votre liaison. Vous êtes les chouchous du Capitole, donc en aucun cas Snow ne peut t'afficher comme une allumeuse qui s'amuse ici et là avec des hommes, ça nuirait à ton image de fille amourachée. Enfin, c'est ce que j'espère...

- Parce que ce n'est pas encore sûr ?, murmurais-je avec frayeur à l'idée de devoir m'offrir à des inconnus.

- Je serais incroyablement étonné si ça ne marche pas, mais on ne sait jamais à quoi s'attendre avec notre cher président.

Nous restons silencieux pendant un long moment tandis que mes pensées s'embrouillent dans mon esprit. J'enfouis ma tête dans mes mains avec les coudes bien installés sur mes genoux, bien trop écrasée par la pression qui m'empêche de respirer convenablement. Le pire de tout, c'est que si le plan d'Haymitch s'avère inutile, ma famille risque de se faire tuer si je refuse de collaborer avec Snow, ce qui est bien entendu la première chose que j'aurais eu tendance à vouloir faire. En plus de devoir vivre avec la pression de me prostituer si je viens à rompre avec Peeta, je me retrouve à avoir le sort de ma sœur et celui de ma mère entre mes mains... Toute cette histoire des Hunger Games est encore pire que je ne l'aurais pensé, jamais je n'aurais cru que mes proches soient impliqués dans mon malheur de manière aussi importante que cela.

- Et dire que Peeta était au courant de tout ça...

- Il ne supportait plus de te voir t'inquiéter sur mes cachotteries. Il se faisait tellement de soucis de te savoir en quelconque danger qu'il n'a pas pu s'empêcher de me le demander.

Je n'en veux plus à Peeta, certes, on dirait que l'aveu d'Haymitch m'a tellement troublé que j'accuse toute la Terre de ce qui m'arrive, ce qui est insensé, je suis au courant. L'attirance que certains peuvent éprouver pour moi m'est complètement inexplicable. Qu'est-ce qu'ils peuvent bien me trouver ? Ça me fâche, car grâce à ces personnes, je risque un futur encore plus sombre que je ne l'imaginais. Je vais devoir dépendre de Peeta encore plus qu'auparavant - ce qui est loin d'être réjouissant -, mais d'un tout autre niveau cette fois-ci, car maintenant, je sais qu'il m'assure une certaine sécurité, laquelle disparaîtra aussitôt si nous venons à nous séparer pour de bon.


Coucou ! Premièrement, vous avez sûrement remarqué que j'ai voulu rappeler le moment dans Catching Fire avant que Katniss et Peeta partent pour la tournée et qu'ils tombent tous les deux au sol avant de s'échanger un baiser, j'ai toujours trouvé ça mignon ! Sinon, j'ai décidé de ne pas plus développer les ressentis de Katniss ainsi que tous les événements dans les Districts durant la tournée, puisque je ne voulais pas que ça se répète du livre, je trouvais ça un peu inutile. J'espère tout de même que vous avez apprécié !

Je voudrais aussi dire un merci spécial à tous les visiteurs puisque je ne peux pas vous répondre en message privé. C'est vraiment gentil de prendre la peine de me laisser un commentaire même si vous n'avez pas de compte !

Juste pour vous dire que le prochain chapitre sera le dernier, j'ignore encore si je le sépare en deux parties, mais ce qui est sûr c'est que la fin approche...

Bisous et à bientôt !