Coucou tout le monde !
Comme prévu, voilà le chapitre 35 ! Un chapitre que personnellement j'attendais avec autant d'inquiétude que d'impatience ! :) J'espère qu'il vous plaira !
En tous cas, je voudrais vous remercier, car on a dépassé les 300 REVIEWS ! Merci énormément encore et toujours, à ceux qui reviews, à ceux qui m'envoient des mp, à ceux qui follow, à ceux qui fav, à ceux qui suivent le blog, à ceux qui laissent des pavés de temps en temps et ceux qui me disent quelques gentils mots à chaque chapitres ! C'est grâce à vous tous que Dance Dance touche à sa fin ! :3
D'ailleurs, je rappel aux anonymes que je réponds à leurs reviews sur le blog de la fic : dance-dance-bokuaka sur Tumblr ! Cherchez les tag #review ou #chap33 etc...
Merci encore à Akimitsu N pour la correction, qui n'est clairement pas du luxe hahaha !
Et sur ce je vous laisse à votre lecture, bon dimanche !
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Tout le monde se releva d'un même mouvement anxieux à la suite du dernier speech lourd de confiance de Tsukishima.
Quelque chose se terminait ce soir. Mais une autre bien plus incroyable commençait aussi. Car dans un sens, tout ce qui s'était dit, tout les efforts qui avaient été faits, tout ces chapitres d'écrits, n'étaient qu'une préparation pour ce véritable départ tant attendu. Mais la route avait été si riche que c'était avec nostalgie que tout les acteurs de la troupe de théâtre atteignaient enfin leur but inespéré.
C'est soir, c'était la Première.
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Bokuto tournait en rond. Inlassablement. Il semblait émaner de lui des bouffées et des bouffées et des bouffées d'anxiété, de peur, d'angoisse. Il craquait ses doigts, tournait la tête, inspirait, soupirait, rougissait, pâlissait, perdait la tête juste pour la sentir s'écraser contre son cou à nouveau la seconde suivante.
Il avait très chaud et à la fois très froid ; et si ses jambes étaient faibles, à l'instant même où il s'asseyait dans l'espoir de se reprendre, une force bourrasque le poignardait vers l'avant, le condamnant à cet état tremblant, vacillant, fébrile.
Bokuto aurait pu mourir, à cet instant là, il en était sûr. Seulement Akaashi surgit dans la pièce à ce moment précis, des étoiles dans les yeux et un mug à la main.
Il explosa dans un sourire, illuminé, et déclara d'un ton très calme, un peu sourd :
- Les gens commencent à arriver dans la salle, ça y est.
Et Akaashi quant à lui avait le sentiment semblable d'être sur le point de mourir, mais plutôt d'excitation.
C'était le moment.
C'était aujourd'hui.
C'était maintenant !
Toute sa vie jusqu'à aujourd'hui semblait alors prendre tout son sens, comme si elle avait toujours palpité et culminé autour de ce point précis de son existence. Et le simple fait d'y penser faisait plonger son coeur droit vers l'arrière dans une chute faramineuse, bouffante d'excitation.
Il parait que l'anxiété et l'engouement sont en vérité deux sentiments similaires au niveau hormonal. Dans ce cas, Akaashi et Bokuto mourraient tout les deux sous l'effet du même poison.
Cependant, le coeur d'Akaashi changea de cap lorsqu'il découvrit le visage pétrifié de Bokuto. Ce dernier se tenait face à lui, blême, les yeux morts, la bouche crispée. Et Akaashi aurait pu voir son estomac se nouer encore et encore sur lui même à travers la peau de son ventre tant son angoisse était grande.
- Ça ne va pas ? parvint seulement à bredouiller Akaashi.
Comme si, perdu dans son propre rêve, il lui était impossible de concevoir que ce qu'ils étaient en train de vivre puisse tétaniser ainsi autrui.
Et Bokuto secoua la tête.
Très, très lentement.
Le regard tourné vers le sol.
Akaashi sentit son propre estomac se serrer, et les larmes lui monter aux yeux.
Il lui sembla qu'il lâchait un pâle "Oh non" en s'avançant vers l'avant sans même y réfléchir. Il tendit les bras, et Bokuto eut un triste mouvement vers l'avant. Akaashi glissa ses doigts dans le cou de Bokuto, tirant sa tête contre sa propre épaule ; et Bokuto posa faiblement ses mains contre le dos d'Akaashi.
Il y eut un moment de flottement, durant lequel Akaashi réalisa qu'il était incapable de penser. Un brouillard triste lui envahissait la cervelle, et la panique commença à prendre vie à l'instant où il se rappela que le moment de monter sur scène approchait à grands pas.
Il s'apprêtait à dire quelque chose, lorsque Bokuto le devança :
- Akaashi, commença-t-il d'un voix blanche.
Akaashi répondit par un "oui" faiblard.
- Je crois que je vais pas y arriver, lâcha-t-il.
Et tout dans sa voix, dans ses mains contre Akaashi, dans son dos qui s'affaissait, hurlait l'abandon.
Akaashi ouvrit la bouche. Il venait d'être piqué sur place.
La voix de Tsukishima résonna dans le couloir adjacent :
- Allez tout le monde ! On commence dans quinze minutes ! Je veux tous vous voir derrière la scène dans cinq minutes !
Et ses pas grondaient de menace tandis qu'il progressait vaillamment dans les recoins labyrinthiques des coulisses.
Bokuto surgit des bras d'Akaashi, et le repoussant presque au fond de la pièce, il commença à tourner dans une sorte de parcours tendu.
- Je vais partir, je peux pas le faire, lâcha-t-il, les yeux écarquillés.
Akaashi ouvrit la bouche.
- Personne le saura jamais, c'est pas grave, ajouta pourtant Bokuto comme pour lui même.
Mais pourtant, malgré l'impact de ses mots, cela ne le poussait pas encore à quitter la pièce. Il continua sa marche tourmentée.
Comme s'il attendait qu'on le contredise, comme s'il espérait qu'on le pousse au bout de sa peur. Akaashi haussa les sourcils.
Il avait peur lui aussi, bien sûr.
Il avait peur pour Bokuto, un petit peu pour lui même.
Mais il savait qu'ils allaient survivre.
Et surtout, Akaashi savait, au fond de son ventre, au coeur de ses entrailles, que quelque chose de grandiose commençait maintenant ; il en avait cette certitude mystérieuse, cette prédiction merveilleuse. Bokuto devait en être. Car c'était simplement comme cela que cela devait se passer. Parce que c'était avec lui que son grand moment de clairvoyance devait s'accomplir.
Et comme Bokuto continuait de sombrer dans sa panique, Akaashi, répondant à son appel, lui attrapa la main :
- Tout le monde le saura, Bokuto, si tu t'en vas, répondit-il comme s'il était amusé.
Son interlocuteur leva les yeux. Croisa le regard d'Akaashi. Il ne s'attendait visiblement pas à ce genre de réconfort.
- Tout le monde le saura car tu fais parti de la troupe maintenant, tu n'as plus le choix, tu dois suivre le mouvement parce que c'est notre projet à tous.
Et là, bêtement, entre la crise de nerf et la terrible fuite, Bokuto se mit à pleurer.
Pas de quelques larmes claires, qui découlent lentement le long des joues. Il pleura de ces morveux sanglots qui tirent de la gorge des plaintes qu'on ne se connaissait même pas. Et Akaashi n'en eut pas le coeur brisé, car il comprit bien qu'il avait besoin de cela pour bondir à nouveau. Les larmes ne sont pas toujours sombres, là où les rires ne sont pas toujours glorieux. Parfois un éclat rocailleux représente simplement l'apothéose d'un malheur qui touche à sa fin, de la même manière qu'un sourire n'est parfois qu'un filtre morbide qui enveloppe sous sa colle un entrelac grouillant de souffrances pourrissantes.
Il tint la main de Bokuto contre lui - contre son coeur - et comme il cachait son nez dans le recoin de son coude, Akaashi lui embrassa simplement la tête.
Dans le couloir, des pas courraient, furetaient, soufflaient, riaient, et tout les coeurs du théâtre battaient. Et tandis qu'Akaashi relevait la tête de Bokuto, lui soufflait un "on y va" contre la joue, et le tirait une dernière fois contre lui, l'horloge en face de lui ricocha contre le douze. Il était vingt heures pile.
Akaashi fit un pas. Bokuto le suivit.
Et main dans la main ils arpentèrent le couloir une dernière fois. Comme s'ils descendaient en Enfer, où qu'ils montaient vers l'Olympe.
Ils ne se dirent plus un mot.
Certains moments doivent s'affronter seul.
Aussi se lachèrent-ils la main au moment de paraitre devant les autres.
Ils étaient les derniers arrivés.
Akaashi n'écouta absolument rien de ce que Tsukishima avait à lui dire. Il avait le regard vissé contre la cloison devant lui, où plutôt sur la scène derrière cette paroi là. Il percevait comme un bruissement les murmures des spectateurs, leurs lointains éclats, leur pas précipités - "Ça va bientôt commencer !" - leurs "chuuut", leur farfouillements de sacs. Et Akaashi explosa, s'éleva intérieurement, en songeant que ces gens là étaient vivants, chacun associé à leurs propres rêves, leurs propres peurs, leur propre vie, et ce fut l'ultime transcendance que de se dire que, malgré tout, malgré tout les hasards de la vie, ils étaient tous réunis là, à quelques mètres à peine, pour venir les voir jouer, eux.
Une bouffée d'adrénaline étouffa violemment le coeur d'Akaashi d'une joie merveilleuse, et il se dit qu'en ressortant, tout ces inconnus, là, juste là, auraient un nouveau monde dans les yeux, des étoiles splendides pour les illuminer, et une excitation passionnée au fond du coeur, fascinés, forcément, par ce qu'ils venaient de voir.
Il bondit fièrement sur ses talons lorsque Tsukishima eut fini, et c'est illuminé, illuminant, qu'il progressa à grands pas vers sa place derrière la scène.
Les lumières s'éteignirent sur les spectateurs.
Le silence se fit immédiatement.
Tsukishima frappa les trois coups.
Hinata se jeta sur scène.
Et le héros venait de paraître.
Dans le noir le plus complet, Akaashi écouta, plus vivant que jamais, plus "là" qu'il ne l'avait jamais été, les vers d'Hinata. Et il était dans cet instant d'apothéose, où il avait conscience qu'il aurait pu retenir tous les détails précis de cette scène, tous les visages, tous les écarts de voix, tous les frôlements de pas contre le parquet, tous les frémissements de lumière. Son coeur battait si fort.
Sans même voir le temps passer, tout le monde prit sa place sur scène, certains rentraient, d'autres sortaient, mais Akaashi ne les voyait pas, dans la périphérie de sa vision. Ses oeillères le limitaient avec gloire sur cette scène dont il avait rêvé toute sa vie. Sur son rêve qui se réalisait, pas du tout comme il l'aurait prévu, mais d'une manière encore plus merveilleuse.
Très silencieusement, Tsukishima se plaça à côté d'Akaashi. Lui posa une main sur l'épaule.
- Akaashi, c'est ton tour.
Akaashi savait.
Il ne le regardait pas, mais entendait tout. Il releva fort haut la tête. Et là, au coin de son sourire, il aperçut Bokuto de l'autre côté de la scène, qui le fixait avec une démence absurde.
- Akaashi, rappela une dernière fois Tsukishima.
Et cette fois, trop bouleversé, Akaashi se tourna vers lui.
Leurs regards de fous, d'artistes, de rêveurs, de détermination, se rencontrèrent comme deux rocs en chute libre.
- C'est le moment. Sois le clou du spectacle.
Et Akaashi tourna vivement la tête, et à la note exacte où sa chanson commençait, il s'élança avec tout le talent qu'il avait sur la scène.
Il vrombit, vibra, virevoltait comme une machine incontrôlable. Il savait et oubliait à la fois ce qu'il faisait, et rien ne pouvait plus l'arrêter. Les lumières l'éblouissaient et son coeur était si grand, ses sens si accrus, qu'Akaashi n'aurait plus su dire s'il était mort ou vivant. Et au moment exact où il aurait cru ne plus pouvoir être plus présent, il croisa avec hargne le regard de Bokuto.
Une brisure sembla s'élancer le long de la scène.
Où était passée la réalité ?
Les deux danseurs se croisèrent dans un mélange fougueux de passion, de peur, d'exaltation, de jouissance, d'implorance ; et jamais ils n'avaient tant donné, et jamais ils n'avaient été plus beaux. Leurs pas, millimétrés à l'instant près, hurlaient de part et d'autres.
Chez Bokuto, de tout ce qu'il avait pu vivre, de tout ce qu'il vivait. Il vibrait d'amours honteux, d'amour houleux, de joies immenses et de désespoirs incontrôlables, de hargnes fatales, de besoin de tout briser, de s'échapper, d'aimer, de faire quelque chose…!
Chez Akaashi, c'était la passion, la solitude bouillonnante, ardente, qui se brisait avec colère, avec angoisse. C'était le travail acharné, les blessures, l'inspiration perdue puis retrouvée, les standards bien trop hauts, cette impression de ne pas être accepté, de ne pas trouver sa place.
Et ils s'effleuraient, s'attrapaient, ils étaient deux oiseaux pris dans une bourrasque folle, qui, au son d'un "Ré" bien précis, se jettaient finalement au sol.
C'était la fin.
Il y eut une seconde intensémment longue. L'espace-temps avait été détruit, trop époustouflé par cette représentation.
Le souffle d'Akaashi hurlait. Son coeur tambourinait, mais il savait que sa grandeur était passée. Sa brûlante passion avait été assouvie. Et ses mains, contre le sol, tremblaient, suaient.
Ce fut un tonnerre d'applaudissements. Akaashi releva la tête.
Et alors qu'il se redressait, debout, sa tête lui tourna follement. Il vit pour la première fois le visage des spectateurs.
Il ne s'était définitivement pas trompé. Ils avaient milles étoiles dans les yeux. Alors il sourit comme un ange. Sa mission accomplie.
Et puis soudain, par réflexe, il se tourna d'un geste vers Bokuto, qui semblait revenir d'un détour par la mort. Il avait les larmes aux yeux, le souffle ératique, les bras tremblants, le sourire incongru. Et lorsqu'il explosa dans un rire tonitruant, libérateur, admiratif, Akaashi laissa tomber toutes les règles de théâtre qu'il connaissait, et se laissa tomber là, dans les bras de Bokuto, plus proche de son coeur qu'il ne l'avait jamais été.
On siffla dans la salle, et bien qu'Akaashi se retira la seconde suivante, il sut que ce qu'il venait de faire était fou, qu'il avait bien fait, que tout ça avait un sens. Et pendant une minuscule seconde, Akaashi crut que Bokuto allait l'embrasser.
Il ne le fit pas.
Mais alors qu'ils quittaient la scène en faisant de grands au revoir au public, Akaashi remarqua du coin de l'oeil les gloussements de ses partenaires de troupe.
A peine rentrés, à peine cachés, Akaashi se tourna à nouveau vers Bokuto.
- Alors ?! s'exclama-t-il.
Il n'en revenait pas.
Et Bokuto n'eut même pas le temps de répondre, Nishinoya leur sauta dessus :
- Putaiin ! s'exclama-t-il. C'était ouf, j'suis choqué, vous allez tous nous voler la vedette !
S'en suivit des vagues excitées de la part de toute la troupe.
Yachi les félicita, et expliqua, tremblante de joie, qu'elle avait atteinte toutes les notes qu'elle souhaitait à son passage sur scène. Shimizu brillait dans son attitude, Daichi, son partenaire, se tenait très droit, très souriant.
Kageyama et Hinata était toujours sur scène, mais il était évident que jamais leurs doigts n'avaient été si bien entrelacés.
Nishinoya et Tanaka explosaient tout les deux dans tout les sens, et Asahi, les yeux levés vers le ciel, semblait remercier avec piété un Dieu qu'il chérissait peut être.
Quelques instants, cela dit, et Sugawara s'approcha, le même sourire indescriptible sur le visage. Il tendit sa main à Akaashi, qui, les sourcils fort haussés, la serra avec surprise.
- Félicitations pour votre première scène, déclara-t-il avec un petit regard malicieux vers Bokuto.
Ce dernier sourit un peu timidement.
Akaashi baissa un peu la tête, pour se donner l'air humble.
- Merci beaucoup, répondit-il simplement.
Et il crut que son aîné allait partir, mais au lieu de cela, il reprit :
- C'était très impressionnant.
Il fit une pause étrange, puis se reprit :
- Je parle de votre danse, bien sûr, mais pas seulement.
Akaashi leva les yeux. Sugawara jeta un regard vers lui, puis vers Bokuto, l'air de les tenir dans une confidence, dans un cercle très fermé.
- Tout ce que vous avez accompli cette année, tout ce travail…
Une pause.
- Akaashi, tu as beaucoup changé, et c'est pour le mieux, fit-il.
Et notre protagoniste, un peu sur la réserve, se serait presque un peu vexé face à son air de tout savoir sur lui. Heureusement, il se retint car Sugawara reprit, le visage très sage :
- Et d'ailleurs, je dois m'excuser, fit-il, avec un mince sourire. J'ai été très malpoli avec toi, et je croyais tout savoir.
Il semblait très honnête. Très pur. Akaashi n'en croyait pas ses oreilles.
- Tu as dépassé toutes mes attentes, tu as réussi là où j'avais échoué… continuait-il pourtant.
Akaashi avait bien conscience que Bokuto, derrière, n'y comprenait plus rien. Cela l'aurait presque fait sourire, mais il se retint au vu du solennel de la situation.
- C'est donc pour ça que je tiens sincèrement à te féliciter. Tu es jeune, pourtant, mais tu m'as appris certaines choses.
Et Akaashi ouvrit la bouche.
Il resta là, l'air hagard.
- Merci, Sugawara, bredouilla-t-il.
Et l'intéressé ne semblait pas en attendre plus, car il tendit à nouveau la main, mais cette fois vers Bokuto, tout en disant :
- J'espère que tout continuera bien, pour vous, tout les deux.
Et il sourit, l'air un peu espiègle. Bokuto lui serra la main.
Et Sugawara tourna les talons.
Akaashi se tourna vers Bokuto, les yeux écarquillés. Bokuto avait l'air complètement à l'ouest. Alors cela fit rire Akaashi, bien sûr, et ils se tombèrent à nouveau dans les bras.
Riants, ils s'éloignèrent un peu plus loin, car ils gênaient les autres qui patientaient encore pour la suite de la pièce.
Ce fut à cet instant que Tsukishima arriva.
Akaashi se tourna vers lui, un peu tendu, comme un enfant fautif face à son professeur. Il s'était montré lui même devant la foule là où il n'aurait jamais du quitter son personnage. C'était grave, au théâtre.
Il pinça les lèvres.
Tsukishima se planta devant ses deux mauvais élèves, silencieux pendant un instant.
- Vous savez très bien ce que vous avez fait, dit-il simplement.
Et Akaashi et Bokuto prirent l'air fort sérieux en approuvant.
Tsukishima claqua la langue, l'air vaguement agacé.
- Mais bon, reprit-il.
Et cette fois une sensible impression d'amusement flottait dans son ton. Akaashi et Bokuto relevèrent la tête vivement.
- Je ne peux rien vous reprocher après une représentation pareille, lâcha Tsukishima.
Et, mon Dieu, était-ce un sourire sur son visage ?
- Félicitations, lâcha-t-il finalement. Vous avez bien dansé.
Et sur ce, il s'en alla. Comme un mirage. On aurait même pu dire comme un ange s'il se n'était pas agit de Tsukishima le Diabolique.
Akaashi n'en croyait vraiment plus ses yeux.
Bokuto et lui repartirent tout les deux dans un fou rire tant l'excitation les guidaient, et ils se mirent à sautiller dans tout les sens, avant de terminer, dans un coin bien à eux, par s'embrasser doucement.
Le reste de la représentation fila comme un rêve resplendissant. Akaashi dansa, le public l'applaudit. Il lui sembla même entendre, au fin fond de la salle, un Oikawa enchanté s'égosiller dans un cri de joie. Il sourit, sans trop savoir.
Bokuto dansa. Le public l'applaudit. Oikawa resplendit à nouveau.
La voix de Kuroo ne se fit pas entendre.
Akaashi ne savait pas trop quoi en penser.
Mais, et ce malgré les spots de lumières tournés vers la scène, il aurait pu jurer qu'il l'avait vu se lever pour applaudir.
Il s'était passé beaucoup de choses entre eux. Entre Kuroo et Bokuto. Des expériences qu'Akaashi ne pourrait jamais comprendre. Il avait tout chamboulé, et au fond, il ne pouvait s'empêcher de se demander ce qui se serait passé s'il n'avait jamais surgi dans leurs vies. Bokuto aurait-il fini par comprendre les sentiments de son ami et les rendre réciproques ? C'est là l'histoire d'une vie qui n'aura jamais lieu. Et Akaashi, malgré tous les problèmes qui prosperaient toujours entre lui même et Kuroo, se savait aujourd'hui bien plus proche de lui, car il avait bien conscience que ce dernier se posait les même questions que lui.
Cela dit, et même si au fin fond du coeur râpé de Kuroo, il restait un pétrole âcre, un poison amoureux mal tourné à cause d'une idylle jamais réalisée, Bokuto restait son ami. Son ami le plus proche. Son ami le plus grandiose.
Et après tous leurs grands moments d'exploits à danser dans la rue, sous la pluie, sous le soleil, dans le vent, Kuroo, peut être jaloux - sûrement jaloux ! - avait toujours suffisamment d'affection et d'admiration pour Bokuto pour voir dans ses pas de danse ce soir là l'explosion brillante d'une réussite spectaculaire.
Qui sait ce que cela lui procurait. Peut être baissait-il la tête, la seconde suivante, accablé par un sentiment d'injustice. Peut être souriait-il comme un lion, fier et brillant de joie pour son ami.
Akaashi ne pouvait pas savoir. Et de toutes façons, ce n'était sûrement pas à lui d'en apprendre plus. Il avait trouvé sa place aujourd'hui. Et Kuroo avait beaucoup perdu. Alors désormais, Akaashi devrait apprendre à faire un pas en arrière. A se montrer humble, sage. A laisser sa place.
Il était danseur, pas conquérant.
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En un éclair, ce fut le Final.
Hinata bondissait dans les bras de Kageyama. Et tout le monde s'élançait sur scène à nouveau pour saluer la foule.
Akaashi ne s'était jamais senti aussi fier. Son costume noir et bleu d'oiseau savant lui semblait ce soir là être la plus belle chose qu'il ait jamais porté. Il se prit alors à espérer que lorsque tout cela serait fini, lorsqu'il quitterait, un jour, cette troupe ci, il pourrait garder son précieux premier costume.
Un sentiment d'apaisement avait pris par de son corps.
Ce n'était pas un sentiment familier.
Et il réalisa soudain qu'une épreuve, qu'une étape, que quelque chose était passé.
Le grand jour se terminait.
Alors qu'allait-il devenir maintenant ?
Et tandis que tout les acteurs se prenaient la main pour saluer en rang, comme un seul homme, comme la troupe homogène qu'ils étaient, Akaashi fut soudain emprunt d'une chaleur amoureuse lorsque la main de Bokuto se glissa avec malice contre la sienne.
Il sourit bien avant de se tourner vers lui. Et c'est yeux dans les yeux qu'ils firent leur dernier salut.
La foule était debout. Et Sugawara attrapa une rose du bout du bras. Elle était pour lui, beaucoup de gens l'adorait, c'était bien connu. Mais s'il remercia d'un grand sourire l'assemblée, c'est à Daichi qu'il la donna avec une tendresse trop longtemps inavouée.
L'intéressé la prit entre ses épines, et sourit de toutes ses dents. Comme si un rêve un peu effacé se réalisait soudain, quelque chose qu'on n'aurait jamais osé espérer voir véritablement arriver.
Comme tout les acteurs étaient sur scène, et que les rideaux étaient sur le point de se fermer, Shimizu s'empressa d'aller chercher Tsukishima depuis l'arrière de la scène.
En effet, le grand chef, le froid, le fier, le visionnaire Tsukishima n'avait pas eu ni l'audace ni la présomption de se présenter avec ses artistes. Et pourtant, c'est lumineux, le torse bombé, qu'il se laissa tirer face au public.
Il avait un micro alors il présenta tous les acteurs.
Akaashi eut le coeur battant d'adrénaline quand vint son tour.
Et au final, ce fut Sugawara qui demanda le micro et chantonna, tout sourire :
- Et notre fabuleux metteur en scène, Tsukishima Kei !
Et toute la troupe l'acclama avec une volonté de coeur bourdonnante de joie. Eh oui, ce soir là tout le monde s'aimait. Les difficultés engagent des tensions mais elles ressèrent les liens, c'est vrai.
Et pour la seconde fois, tous crurent que le tombé de rideau approchait, mais Tsukishima, très subitement, demanda le silence dans la salle.
Tous se turent immédiatement.
Il faut croire qu'il avait ce pouvoir là. D'un regard faire taire les foules. Peut être était-ce parce qu'il était le seul à avoir arrêté de sourire.
Il commença :
- Merci beaucoup pour votre présence, lâcha-t-il d'un air soudain très solennel.
La chaleur des lumières, pourtant inchangée, semblait tout à coup très tamisée.
- Et merci beaucoup pour votre enthousiasme, continuait Tsukishima. Je rappelle à tous que vous êtes toutes et tous conviés juste après le spectacle en bas dans le hall pour un apéritif avec toute la troupe ici présente.
Un petit grouillement de murmures se fit entendre dans la pièce. Personne ne semblait vouloir dire non à du champagne gratuit.
- Et avant de quitter la scène, lança enfin Tsukishima.
Et cette fois il y avait plus d'émotions dans sa voix.
- J'aimerais appeler sur scène le véritable dramaturge de ce spectacle, le nom qu'il faudra retenir et admirer dans vos articles…
Et presque fébrilement, plus vif qu'Akaashi ne l'avait jamais vu, il se tourna, un bras tendu, vers les coulisses :
- Yamaguchi Tadashi !
Et toute la troupe explosa en enthousiasme tandis que, tremblant, la démarche effrénée, une ombre sortait de son antre pour venir se tenir contre Tsukishima.
Yamaguchi était à la fois blanc comme un linge et rouge comme une tomate. On percevait ses mains tremblantes et ses genoux fébriles à des kilomètres à la ronde, mais ce n'était pas grave, car une onde de fierté dévorante émanait avec une force incontestable depuis Tsukishima. Ce dernier souriait comme on ne l'avait jamais vu faire. Ce dernier ne voyait plus que Yamaguchi.
Et Yamaguchi, lui ne voyait plus que les applaudissements sous son nez. Cet enthousiasme auquel il n'aurait jamais cru tout seul.
Et c'est d'un coup d'oeil bien placé qu'Akaashi remarqua ses doigts tremblants accueillis avec soulagement par ceux de Tsukishima.
Quelques minutes, un dernier salut général et quelques derniers mots d'affection plus tard, le rideau fut baissé. Et si dans le public on entendait les murmures se dissiper vers le grand hall ; derrière les coulisses, c'était l'euphorie.
Yachi pleurait à chaudes larmes, Tanaka hurlait de joie, Nishinoya embrassait Asahi avec une hargne sans pareille, Hinata bondissait de tout les côtés... Yamaguchi murmurait d'un air passionné depuis son coin de coulisse, Tsukishima un peu baissé face à lui pour ne rien manquer de son bouleversement. Et Akaashi, spectateur, tenait très fort la main de Bokuto.
Éventuellement, tout le monde fila vers ses coulisses respectives.
Akaashi et Bokuto se parlèrent à peine.
C'était inutile.
Leurs coeurs battaient ensemble.
Akaashi mentionna seulement :
- Je crois que grâce à nous Sugawara et Daichi vont sortir ensemble.
Et à peine l'eut-il dit à haute voix qu'il se mit à rigoler.
En face de lui, retourné dans une vague pudeur, Bokuto tournait la tête, torse nu et sa chemise entre les mains.
Il se mit à rire aussi.
- Truc de ouf, lâcha-t-il.
Et sa façon de le dire les fit simplement rire encore plus fort.
Dans le couloir, on toqua à leur porte :
- Les garçons, on y va, dépêchez vous !
C'était Yachi.
Ils promirent de se dépêcher, et si Akaashi s'empressa d'enfiler son costume tout frais, c'était sans compter sur leurs maigres capacités en nouage de cravates.
- Heureusement que t'as un noeud papillon, toi, marmonnait Bokuto tandis qu'Akaashi s'échauffait contre sa gorge.
Ils y passèrent cinq bonnes minutes d'agacement, jusqu'à ce qu'ils en eurent tous les deux beaucoup trop marre et qu'ils décidèrent de prendre des mesures extrêmes : appeler Oikawa.
Ce dernier surgit quelques minutes plus tard dans le couloir, où Akaashi l'attendait, la tête dans l'embrasure de la porte.
- Franchement, c'est pas possible ça, les gars ! s'exclama-t-il en nouant la cravate de Bokuto en deux temps trois mouvements.
Et Akaashi et Bokuto ne firent que glousser bêtement.
Akaashi remarqua, tandis qu'Oikawa s'appliquait :
- Tu as décidé de mettre ton costume, finalement ?
Et en effet, il se pavanait, bien droit, dans son glorieux costume rose.
Oikawa répondit sans tourner la tête, tout pimpant qu'il était :
- Oui ! J'ai décidé au dernier moment, et aujourd'hui j'avais envie de porter ça !
Il pinça un instant les lèvres, concentré sur sa tâche.
- J'ai déjà eu beaucoup de compliments dessus ! s'exclama-t-il, la difficulté passée. Iwa dit que j'ai l'air encore plus gay que d'habitude !
Et sur ce il s'esclaffa, accompagné de Bokuto et Akaashi.
- Tant mieux, reprit Oikawa avec un sourire amusé.
Et comme un petit silence passait, et que tout le monde semblait être dans une ambiance pensive, il reprit la parole sur un ton plus sérieux :
- Ça m'embêtait un peu, au début, fit-il.
Akaashi leva le nez. Bokuto leva les yeux.
Oikawa avait terminé la cravate de son ami mais restait debout, les doigts pincés autour du fameux bandeau de tissus.
- Comme je suis non binary, expliqua-t-il, et que le monde me voit comme un garçon, j'ai l'impression de toujours devoir prouver que je suis vraiment non binary en portant des habits que les gens voient comme féminins.
Et il marqua une pause, durant laquelle Akaashi et Bokuto, silencieux, enregistrèrent posément l'information.
- Du coup ça m'embêtait vraiment d'avoir envie de porter ce costume, avoua-t-il en tirant sur les pans de sa veste. Parce que j'avais l'impression de trahir ce que j'étais, j'avais l'impression de mentir.
Il baissa les yeux un instant.
Akaashi comprenait. De manière cérébrale, mais il comprenait.
- C'est à ce moment là que je me suis rendu compte, reprit subitement Oikawa, qu'au final je devais encore une fois choisir entre deux choix qui s'opposent. Fille ou garçon. Et que quoi qu'il arrive rien ne respecterait ou n'évoquerait mon identité. Que quoi qu'il arrive on allait essayer de me forcer dans l'une des deux cases.
Il releva les yeux, l'air vaguement furieux.
- Alors ! reprit-il dans une aspiration.
Et il sembla se rappeler où il était, sembla vouloir se calmer :
- Alors je me suis juste dit : au pire on s'en fout.
Et il sourit un peu.
Oui, Oikawa était courageux. Oui il était fier de qui il était. Mais la vie n'était pas facile tous les jours.
- Je n'ai rien à prouver à personne, en fait, expliquait-il, sérieux. Et de toutes façons, en costume on me prendra pour un homme, et en robe, soit pour une femme trans, soit, au pire, pour un homme déguisé.
Akaashi hocha la tête, l'air de dire qu'il comprenait.
- Alors au final, soupira Oikawa. Je crois que je n'ai plus qu'à faire ce que je veux. Je reste non binary quand je suis en pantalon. Je reste non binary même quand je ne suis pas constamment en train de vouloir briser les codes. Je reste non binary tout le temps où je déciderai de le rester. Parce que c'est mon identité. Personne n'a à la choisir pour moi.
Et il y avait cet élan de révolution dans sa voix, cette motivation à se convaincre lui même et à espérer très fort qu'un jour le monde le comprenne aussi.
Akaashi admirait sincèrement Oikawa. Il l'appréciait beaucoup et lui vouait une grande confiance. Et c'était dans ces instants là qu'il le voyait parfaitement leader d'un monde nouveau.
- Tu as raison, finit-il par répondre.
Car bien sûr qu'il avait raison. Mais il n'allait pas le laisser sans réponse.
- Tu ne dois rien à personne. Surtout si être non binary te permet d'être plus toi même, alors ce serait vraiment bête qu'au contraire ça t'enferme dans encore d'autres stéréotypes.
Et Akaashi regardait Oikawa dans les yeux, l'air très sérieux.
Ce dernier sourit de toutes ses dents.
- Akaashi je t'embauche dans ma révolution minoritaire, tu me suis ?
Et l'intéressé se mit à glousser.
- Quand tu veux !
Et si Bokuto s'exclamait "Et moi alors ? Et moi, Oikawa ?" tandis qu'ils quittaient finalement la pièce et s'engouffrait dans le couloir froid, Oikawa balaya ses questions lorsqu'il glissa en catimini :
- Mais bon, au final, soyons clair.
Il se retourna pour faire face à ses amis.
Ils n'y avaient plus qu'eux dans les couloirs. On pouvait entendre à travers les cloisons les murmures grouillants des invités dans le grand hall adjacent. Akaashi avait à la fois peur et hâte d'y être.
Cela dit, Oikawa, trop curieux, reprit :
- Vous sortez ensemble alors ? On peut en parler à qui ?
Et Akaashi se retrouva à rougir face à une question si simple. Il avait retourné dans sa tête ce genre de grands moments un nombre incroyable de fois, mais maintenant qu'il se retrouva face à face avec la situation, il ne savait plus quoi répondre.
Il se tourna vers Bokuto, qui était à peu près dans le même état.
Ils échangèrent un regard. Très rapide. Sans équivoque.
Bokuto répondit :
- Oui.
Et il sourit.
Oikawa aussi. Il sembla encore plus heureux qu'eux.
Il y avait cette atmosphère de calme ce soir là. Comme si une pression énorme qui reposait sur leurs vies à tous venait de disparaître. Comme si d'un seul coup, tout prenait son sens.
- Eh bah c'est pas trop tôt ! Ça crève les yeux depuis le début ! s'exclama Oikawa d'un air attendri.
Et sur ce il se mit à rire.
- Depuis quand ? demanda-t-il.
Et Akaashi n'avait pas trop envie de répondre à cet interrogatoire. Heureusement, cela semblait amuser Bokuto, à qui les secrets devaient un peu peser.
- Depuis les vacances ! s'exclama-t-il.
Et Oikawa plaqua ses mains devant sa bouche, dramatique.
- Naaan ?! fit-il, mimant le choc.
Et ils se mirent à rigoler.
- Bon, reprit-il quelques instants plus tard. Je suppose que je dois pas en parler du coup ?
Et cette fois ce fut Akaashi qui secoua le plus vivement la tête. En le voyant faire, Bokuto l'imita.
Sans doute que lui, il s'en fichait. Mais pour Akaashi c'était important. Même par rapport à Kuroo. Et lorsqu'il croisa le regard d'Oikawa, ce dernier sembla comprendre.
On ne pouvait pas en parler devant Bokuto.
Ce n'est pas bon de remuer les problèmes qui sont déjà passés.
Or, Bokuto en était le coeur.
Même Kuroo n'aimerait pas ça.
Alors en guise de réponse, Oikawa se contenta d'hausser les épaules d'un air virevoltant, et, affichant son sourire de star de téléréalité, il reprit sa marche vers le grand hall.
- J'ai l'impression d'être Belle de la Belle et la Bête quand elle descend les escaliers pour aller danser avec la Bête, et qu'il y a la chanson…
Il se mit alors à chantonner Histoire Éternelle d'un air plein d'émotions.
Oikawa ne chantait pas particulièrement bien, mais au moins c'était juste, et il était attendrissant.
Akaashi fredonna avec lui car il ne connaissait pas les paroles, et Bokuto les suivit pensivement. Il était un peu anxieux. Ça se voyait.
Alors Akaashi lui prit le bras et le tint contre lui un instant, juste avant qu'ils ne paraissent aux yeux de tous, en haut des escaliers. Et ainsi, si Oikawa se prenait pour Belle, Akaashi se sentait être véritablement Christine au bras du Fantôme de l'Opéra, tandis que l'air familier de la comédie musicale résonnait dans ses oreilles :
"In sleep he sang to me,
In dreams he came.
That voice which calls to me and speaks my name.
And do I dream again for now I find,
The Phantom of the Opera is there,
Inside my mind."
- J'ai trop l'impression d'être une star quand je traine avec vous, déclara alors Oikawa tandis qu'ils entamaient leur descente.
Et en effet, tous les regards convergeaient vers eux. Akaashi n'aurait pas su dire si c'était parce qu'ils étaient beaux, admirés, ou en retard.
- T'inquiètes Oikawa, répondit pourtant Bokuto d'une voix un peu incertaine. C'est toi qu'ils admirent, pas nous.
Et cela fit virevolter sur le visage d'Oikawa un sourire plein de gloire, presque rieur.
- Akaashi, reprit-il alors. Même si Bokuto est super chelou, tu vois je comprends ce que tu lui trouves !
Et alors seulement Bokuto et Akaashi se tournèrent l'un vers l'autre, et ils se sourirent fort grand. L'air d'approuver l'un et l'autre. L'air de se dire toutes ses choses qu'ils se trouvaient.
Et peu importe si tout le monde le voyait. Peu importe. Peu importe.
Ainsi les trois amis zigzaguèrent un moment à travers l'amas de gens qui se trouvait entassé là. Akaashi et Bokuto s'arrêtèrent plusieurs fois pour serrer des mains et recevoir des compliments.
- Quel talent ! disait-on à Akaashi.
- Quel courage ! disait-on à Bokuto.
Oikawa rayonnait.
- Je me sens trop famous avec vous ! ne cessait-il de dire.
Ils finirent, au bout de leur long trajet, par retrouver leur amis.
Akaashi, à peine arrivé, ramarqua quelques mètres plus loin ses propres invités. Lev et Yaku. En effet, ils avaient une place à eux dans sa vie, désormais. Ils étaient ses amis.
Alors Akaashi se faufila un instant hors du groupe pour aller les chercher.
Lev était vêtu d'un costume noir très simple qui lui allait étonnement bien. Cela lui changeait des shorts qu'il portait en toutes saisons et de ses vieux t-shirt rapés ! Yaku quant à lui se dressait avec charisme dans un costume en velour rouge. On l'aurait cru sorti d'un film.
Akaashi les appela, et les deux garçons se tournèrent vers lui.
- Félicitations, Akaashi ! s'exclama Yaku avec un sourire assuré.
Il lui serra la main avec ses deux paumes.
Au fond, Yaku rappelait à Akaashi un peu Nishinoya.
Pendant ce temps, Lev gargouillait d'excitation derrière eux.
- La vache Akaashi c'était trop ouf ! s'égosillait-il dans un murmure que Yaku lui imposait. Je pensais pas que…! Enfin, j'aurais pas imaginé que…!
Et Akaashi comprit en rigolant qu'il n'osait pas dire qu'il ne l'imaginait pas avoir du talent.
Cela ne le vexa pas. Car Lev se mit à rougir, et se rattrapa d'une pirouette :
- Enfin, bon, voilà quoi ! Et vous étiez trop beaux avec Bokuto !
Yaku et lui se mirent à ricana en se jettant un coup d'oeil. Akaashi roula des yeux affectueusement.
Il se rappela qu'il ne leur avait toujours pas dit les changements qui avaient opérés dans sa relation avec Bokuto. Il décida de garder encore le silence. Il n'avait pas envie de se rendre si public. Il aimait bien vivre dans le secret.
- Tu n'as qu'à aller lui dire, ça lui fera plaisir, annonça alors Akaashi.
Et comme ils étaient près d'une table, il chippa une coupe de champagne au passage.
- Tout le groupe est là bas, continua Akaashi, ça vous donnera l'occasion de rencontrer les autres !
Et sur ce, il fit deux pas en arrière. Lev et Yaku, tout sourirent, étrangement accordés pour une fois, firent mine de le suivre, alors Akaashi les guida jusqu'à ses amis.
Il attira l'attention, et comme tout le monde observait les nouveaux venus, Akaashi fit les présentations :
- Voici Lev, mon voisin, et son petit-ami, Yaku…
Un brouhaha de salutations parcourut le cercle.
- Lev, Yaku, voilà Bokuto, que Lev tu connais déjà…
Les deux hommes s'échangèrent un grand sourire et un check amical.
Akaashi continuait :
- Kuroo… Kenma… Oikawa… Iwaizumi…
Et au final tout le monde s'entendait bien.
Akaashi réalisa, au milieu d'une conversation avec Kenma, qu'il était vraiment fatigué. Il ne rêvait que d'une chose, que d'un acte familier. Il se voyait rentrer avec ses amis, passer la nuit chez eux, dormir près de Bokuto.
Il n'en dit rien. On ne s'invite pas comme ça chez les gens.
Kenma, qui vit bien qu'il l'avait perdu, finit par sourire.
- Akaashi, arrête de rêvasser sur Bokuto, souffla-t-il.
Kuroo semblait avoir disparu, Akaashi l'avait perdu de vue.
- Tu n'as plus besoin de rêver puisqu'il est juste là, maintenant.
Et il fit un petit mouvement vers Bokuto, qui était en plein conversation mouvementée avec Lev.
Akaashi comprit bien que Kenma par "juste là" ne voulait pas seulement dire spatialement. Il était proche aussi de son coeur.
Akaashi sourit.
- On ne peut rien te cacher, fit-il en croisant le regard de Kenma.
Ce dernier haussa un sourcil.
- T'inquiètes, vous ne cachez rien à personne ! répliqua-t-il.
Et les deux garçons se mirent à rigoler.
Akaashi aimait bien Kenma. Sincèrement. Et ce depuis le début. Et s'il restait toujours un mystérieux personnage, il lui semblait qu'il s'extirpait de plus en plus hors de sa coquille.
Ils étaient repartis dans une conversation sur les différents costumes de chacuns, lorsque tout à coup, un Kuroo étrangement lumineux surgit juste derrière Kenma.
Ce dernier ne sursauta pas lorsque son ami posa une main sur son épaule, et s'abaissa un peu pour être plus proche de lui. Le nouveau venu murmura, l'air exalté, fébrile, comme s'il racontait un très gros secret :
- Kenma j'ai un truc de ouf à te raconter ! s'envola-t-il.
Et Kenma hausa haut les sourcils. Kuroo, d'un coup d'oeil, croisa le regard d'Akaashi. Il ne s'éloigna pas pour raconter son histoire, incluant le danseur classique dans son récit.
- En fait, commença-t-il.
Et une folle émotion débordait de sa voix. Une excitation qu'on ne lui connaissait pas. Akaashi sentait son coeur s'affoler un peu. Qu'allait-il leur annoncer ? La matière satinée de son costume clinquant semblait ce soir briller encore plus qu'elle ne devrait, aussi des phares rougeoyants illuminaient les prunelles d'Akaashi.
- J'allais juste me chercher un verre, racontait Kuroo en essayant de calmer sa voix. Et là je suis tombé sur un type qui m'a dit qu'il croyait m'avoir déjà vu.
Kenma hocha la tête avec sérieux. Akaashi ouvrait grand les yeux.
- Alors moi, pour me la péter un peu, quoi, juste pour rigoler, je lui dis qu'il m'a peut être déjà vu jouer de la guitare dans la rue…
Akaashi aperçur Kenma afficher un petit sourire. Kuroo ne le vit pas car il jeta un regard vers Akaashi, vérifiant que tout le monde le suivait.
- Et là ! s'exclama-t-il juste pour eux. Et là, devinez quoi ! fit-il, le coeur bondissant.
Et Akaashi secoua la tête avec un air abasourdi. Kenma lui attrapa la manche et secoua un peu son bras :
- Bon, vas-y, dis nous ! se plaignit-il.
Et Kuroo, tout sourire, se redressa, bomba le torse, leva son verre, et annonça :
- Il a pris un air très surpris, et il a dit que oui, c'était moi, qu'il me connaissait, qu'il avait vu des vidéos sur YouTube !
Il se baissa à nouveau pour revenir dans la confidence.
- Il a dit que ça faisait un petit moment qu'il m'avait repéré et qu'il attendait de voir si une vidéo de moi allait faire le buzz ou un truc du genre…
Le pouls d'Akaashi s'était accéléré sans qu'il s'en rende compte, aspiré qu'il était par le récit fougueux de Kuroo.
- C'est incroyable ! commenta-t-il.
- On est d'accord ! répliqua Kuroo avec énergie, oubliant un instant tout ce qui l'éloignait d'Akaashi d'habitude.
- Et tu as dis quoi ? insista alors Kenma en attrapant à nouveau la manche de Kuroo.
Comme s'il cherchait son contact.
- Bah je savais pas quoi dire, moi, alors j'ai juste dis que c'était très gentil, blablabla, j'ai fait le mec poli… s'exalta-t-il. Et comme il avait pas l'air d'avoir envie que je parte, je lui ai dit qu'il pouvait passer quand il voulait sur River Street pour acheter mon CD, et là…
Il marqua une pause, chercha longuement les regards d'Akaashi et Kenma.
- Vous allez jamais me croire, souffla-t-il dans un espèce de gloussement.
Kenma leva la tête, l'incitant à continuer.
Kuroo rit une dernière fois, et il lâcha :
- Il m'a dit qu'en fait, il venait d'une maison de production, et que c'était plutôt pour les vendre lui même, mes disques, qu'il viendrait me voir !
Et alors là un sourire monstre déboula sur le visage de Kenma, qui semblait exploser de joie à travers ses yeux brillants.
- C'est vrai ?! lâcha-t-il d'un ton qui lui était rare.
Kuroo se tourna follement vers lui, et il hocha la tête. Il était évident qu'il explosait au fond de lui, que son coeur bondissait entre ses poumons.
- Du coup tu as pris son nom ? demanda Akaashi avec un sourire.
Kuroo sortit de sa poche de costume une petite carte de visite et l'agita devant lui, la main un peu tremblante.
- J'en reviens pas ! s'exclama-t-il, le coeur gros.
Et plus rien ne l'empêchait de sourire.
- Comme quoi, la chance sourit vraiment à ceux qui sont passionnés, déclara Kenma.
Et son ton était plus tendre. Il sourit, d'un air très affectueux, et Kuroo lui répondit par la même douceur.
Akaashi baissa les yeux un instant.
- Tu devrais aller le dire à Bokuto, affirma alors Kenma.
Et Kuroo pinça un peu les lèvres.
- Tu crois ? fit-il, plein d'espoirs.
Il attendait qu'on lui réponde "oui".
Kenma et Akaashi hochèrent la tête de concert.
Alors Kuroo fit volte-face, et Akaashi le vit se glisser, un peu plus froid, un peu plus timide, dans la discussion houleuse entre Lev et Bokuto.
Souriant, Akaashi se tourna vers Kenma. Ce dernier souriait plus grand que jamais.
- Tu sais, Akaashi, commença-t-il.
L'intéressé sourit.
- Moi je n'avais jamais douté qu'il réussirait.
Et il était évident qu'il parlait de Kuroo.
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Finalement, les heures passant, les sourires s'échangeant, les coupes de champagne se vidant, il fut décidé, d'un commun accord, qu'il faisait décidément beaucoup trop chaud dans le hall.
Les portes furent grandes ouvertes, et l'air frais de la nuit s'engouffra dans la pièce.
Akaashi, se retrouva un peu tout seul. Au fil des conversations, il avait migré d'un bout de la pièce à l'autre, et avait décidé que, foutu pour foutu, il n'avait qu'à aller faire un petit tour dehors.
Le voilà donc tout seul face à la mer d'invités qui s'écoulait à cheval entre hall et rue.
A l'extérieur, en effet, de nombreux groupes s'étaient déjà dissipés, et on distinguait à peine la frontière entre intérieur et extérieur. Cela dit, on respirait mieux.
Le ciel était fort sombre. La lune n'était qu'un maigre croissant ce soir là. Et on apercevait les étoiles à travers les diverses couches de pollution, de lumière et de nuages, là haut, piquées tout au fond du ciel.
Il n'y avait pas beaucoup de voitures, et comme le téléphone d'Akaashi n'avait plus de batterie, il se prit à sérieusement se demander quelle heure il pouvait bien être.
Il lui semblait qu'il avait discuté avec mille personnes ce soir ! Comment avoir une notion du temps, alors ?
Et ainsi, alors qu'il était perdu dans ses pensées, et à force de marcher doucement de gauche à droite, de droite à gauche, au hasard de ses pas, il se retrouva face à un Kuroo distrait, assis sur un rebord de trottoir, une cigarette au bout des doigts.
Jettant des petits regards autour de lui, Akaashi s'avança vers lui.
Kuroo le remarqua quelques secondes avant qu'il arrive, aussi leva-t-il la tête vers lui, l'air un peu désinvolte.
C'était bizarre qu'il soit tout seul. Tout aussi bizarre que le fait qu'Akaashi soit lui même tout seul.
- Alors, fit Akaashi en arrivant, histoire d'avoir quelque chose à dire. Tu as reparlé à ton producteur ?
Il fit un sourire, et, un peu hésitant, s'assit à côté de Kuroo.
Ce dernier éloigna un peu sa cigarette, dans un vain espoir de ne pas l'empoisonner. Ce fut inutile. Akaashi s'étouffait un peu sur place.
- On s'est recroisé, informa-t-il. Il m'a juste fait un signe, mais je n'attendais rien de plus. C'est déjà ouf ce qui m'arrive, déclara-t-il.
Il avait retrouvé son air posé légendaire, aussi prenait-il un plaisir appliqué à se donner l'air jemenfoutiste.
- C'est vrai, répondit Akaashi.
Et après une petite seconde d'hésitation, il décida de glisser :
- Kenma m'a dit qu'il n'en avait jamais douté.
Et ce n'était pas très gentil de diffuser les confidences des autres, mais pour une fois, Akaashi avait envie de donner un coup de pouce au destin au lieu de le freiner.
Kuroo releva la tête. Il se tourna vers Akaashi.
- Il a dit ça ? fit-il avec un petit air amusé.
Akaashi hocha la tête en souriant.
C'était rare, c'était incroyable, un tel moment d'apaisement entre Akaashi et Kuroo.
Cela dit, ils faisaient toujours bien attention de ne pas se croiser du regard trop longtemps. Aussi un petit silence étrange s'installa sur la scène. En fond sonore, les divers groupes d'invités palpitaient de ci de là, riaient un peu, s'apostrophaient, chantonnaient, levaient leur verres, les renversaient un peu parfois.
C'était la vie.
Akaashi se laissait aller.
Enfin.
Aussi décida-t-il, pour une fois, de ne pas trop réfléchir. Aussi décida-t-il, pour une fois, de dire ce qui lui passait vraiment par le coeur. Il inspira, comme s'il voulait juste respirer, et entre quelques atomes d'oxygènes, il souffla, comme un secret :
- Je suis désolé d'avoir mis le bordel entre toi et Bokuto.
Et Kuroo cracha durement sa fumée de cigarette.
Il fit mine d'attendre un peu avant de se tourner vers Akaashi, mais ce dernier avait bien vu ses épaules se contracter.
- Ah ? trouva-t-il simplement à dire.
Il ne pouvait pas demander pourquoi, il le savait déjà, et les mots d'un pardon avaient encore trop de mal à sortir de sa gorge.
Akaashi attendit un petit instant au cas où il aurait autre chose à dire, puis reprit :
- C'est vrai, affirma-t-il. Et je sais que toi aussi tu te demandes ce qui se serait passé si je n'étais jamais arrivé.
Et cette fois ci, Kuroo se tourna franchement vers Akaashi. Il plongea son regard glacé, mais pas méchant dans le sien, et Akaashi put y voir une dernière fois les fragments de sa douleur.
Kuroo eut un petit instant perdu, où il secoua vaguement la tête, car ce qu'il devait voir dans les yeux d'Akaashi, c'était juste son coeur amoureux. Alors il leva sa cigarette devant son visage, baissa les yeux.
Il soupira.
- Va le retrouver, va.
Et en cet instant, Akaashi comprit qu'il s'agissait finalement de la dernière autorisation que Kuroo pouvait lui donner. Et si elle lui avait été un peu volée malgré tout, c'était ce soir apaisé qu'il la laissait filer entre les mains d'Akaashi.
Ce dernier ne dit rien de plus.
Il se leva.
Il se leva et il partit, en jettant un dernier regard vers Kuroo.
Ce dernier se contenta de tirer sur sa cigarette en le fixant, avec ce même visage tendu qu'on lui avait toujours connu.
Encore une fois, une aire touchait à sa fin. Le temps des secrets fermait ses portes.
Akaashi espérait que c'était finalement le temps de vivre.
C'est la tête un peu perdue, entre quelques bulles de champagne insistantes et ses pensées nocturnes qu'il fouilla la foule. Il y avait vraiment beaucoup, beaucoup de gens. Et aussi beaucoup de trop longues robes qui coulaient vers le sol sur lesquelles il ne fallait surtout pas marcher, et beaucoup de mégot encore rougeoyants qu'Akaashi essayait de piétiner au passage, s'il y arrivait.
Ce serait trop bête de déclarer un incendie.
Il passait dix bonnes minutes à farfouiller le hall et sa devanture, croisa ses amis du théâtre, fit de grands signes, serra plusieurs mains, prit même un selfie, mais pas de Bokuto. Même Lev et Yaku avaient disparu, quant à Iwaizumi et Oikawa, Akaashi les aperçut en train de s'embrasser avec une fougue quasi obsène contre la rembarde des escaliers.
Il décida de s'enfuir.
Finalement, il se retrouva à nouveau dehors, à son point de départ. Il reprit une marche plus douce.
Peut être que Bokuto était parti ?
Il lui aurait sûrement envoyé un message, mais comme Akaashi n'avait plus de batterie…
Il s'éloigna alors un peu, histoire de respirer un air un peu plus solitaire, et au croisement du dernier groupe d'invité, Akaashi tomba nez à nez avec Kenma.
- Ah, Akaashi ! s'exclama-t-il, comme s'il était fort soulagé.
Il semblait tout tendu, tout seul parmis tous ces inconnus.
Akaashi le prit un peu en pitié.
- Je suis tout seul depuis tout à l'heure, avoua Kenma en tortillant ses doigts. J'ai cru que vous étiez partis pendant un moment, avoua-t-il les yeux alertes.
Akaashi le coupa :
- On ne serait jamais partis sans toi !
Mais Kenma ne releva pas. Il se contenta d'aller à l'essentiel :
- En fait je cherche Kuroo depuis tout à l'heure, tu ne l'aurais pas vu ? Ça m'embête, je l'ai laissé un peu tout seul…
Et Akaashi se prit à sourire. Pour une fois il avait la réponse.
- Si ! Il est en face, assis sur le rebord du trottoir.
Akaashi pointa une direction.
- Je suis sûr qu'il n'aura pas bougé, ne t'inquiètes pas.
Kenma leva fort la tête, les yeux grands ouverts. Il soupira.
- D'accord, merci beaucoup !
Et sur ce il reprit presque immédiatement sa marche fébrile, oppressé parmis la foule.
Il aurait presque laissé Akaashi en plan, mais il sembla se rappeler d'une dernière chose juste avant de disparaître. Il se stoppa dans sa course, et fit volte-face, et lança à Akaashi :
- J'ai vu Bokuto un peu plus bas dans la rue.
Il marqua une pause. Fit un pas vers Akaashi.
- Un peu trop de monde pour lui, je crois.
Et sur ce, si Akaashi le remercia, il ne fut pas sûr que son ami l'entende, car il s'était déjà faufilé hors de sa vue.
Alors Akaashi suivit simplement les instructions de Kenma, et suivit le chemin qu'il avait indiqué. Son coeur battait un peu fort tandis qu'il se voyait retrouver Bokuto.
Son coeur battait un peu fort tandis qu'il s'engouffrait un peu plus loin dans l'ombre, un peu plus loin de la vie des autres. Il réalisait soudain qu'il était vraiment épuisé. Mais il avait bien conscience que jamais dans cet état il ne pourrait dormir.
Il était électrique.
Fluorescent dans la nuit.
Et il se serait presque perdu avec la chimère de Bokuto, l'invention de son esprit avec laquelle il vivait lorsque celui ci n'était pas là, si soudainement il n'avait pas entendu un bruit juste à sa droite.
Il se stoppa net.
Bokuto était là.
Se dernier se levait, le regard très clair.
- Akaashi, souffla-t-il.
Et ce dernier sourit en s'avançant vers lui.
Ils se glissèrent l'un contre l'autre sans même avoir à se consulter. Les paumes de Bokuto juste contre le dos d'Akaashi. Les doigts d'Akaashi effleurant très doucement les clavicules de Bokuto.
- Quelle soirée, hein ? fit notre protagoniste, la tête posée contre le coeur de Bokuto.
Il faisait un peu frais maintenant.
Quelle heure pouvait-il bien être ?
C'est fou cette obsession que l'Homme s'est construit avec les minutes qui passent. A peine perd-t-il ses repères qu'il s'inquiète de ne plus savoir où positionner ce qu'il vit avant même d'en avoir fait l'expérience.
- Quelle soirée ! répéta Bokuto pour approuver.
Akaashi laissa passer un instant.
- Tu as parlé avec des gens ? Ça a été ?
Bokuto bougea un peu, alors ils se libérèrent un instant pour aller s'asseoir sur une série de marches qui se trouvait là. Ils étaient dans l'ombre. Deux oiseaux nocturnes dans leur élément.
- Un peu, fit Bokuto.
Il glissa ses doigts entre ceux d'Akaashi, qui frissonna.
Bokuto lui jeta un regard, faillit lui demander s'il avait froid, puis comprit.
- Des gens qui parlaient comme si j'étais censé les connaître m'ont félicité, alors j'ai fait genre j'étais au courant de quoi ils me parlaient et je me suis sauvé dès que j'ai pu, avoua-t-il.
Et même sans le voir, Akaashi, assis à droite de Bokuto, tout collé contre lui, devina un ricanement dans sa voix.
Il haussa les épaules.
Il avait envie de l'embrasser.
- T'as bien fait, on s'en fiche qu'ils soient connus ou pas. C'est bien qu'ils t'aient dit qu'ils avaient apprécié, c'est tout, répondit-il, le coeur battant.
Bokuto était bien le seul à pouvoir réagir comme cela. Il était une combinaison folle, une espèce d'oeuvre d'art étrange, de celle qu'on adore pour une raison mystérieuse, mais qu'au fil des années on ne cesse jamais d'aimer.
Il avait envie de l'embrasser.
- Ouais, c'est ce que j'essaye de me dire, mais bon c'est stressant quand même, de pas savoir à qui je parle comme ça, j'ai peur de dire une connerie.
Akaashi tourna un peu la tête. Dans la pénombre il ne voyait que la moitié du visage de Bokuto.
Il avait envie de l'embrasser.
Bokuto ne dit plus rien.
Ils se fixèrent un instant.
Et si qui que ce soit était passé par là à ce moment, il se serait probablement posé des questions.
Akaashi ouvrit la bouche avec une grande inspiration, comme s'il allait dire quelque chose.
Mais il avait envie de l'embrasser.
- Je… commença-t-il sans savoir où il allait.
Il avait envie de l'embrasser.
Il avait envie de l'embrasser.
Il avait envie de l'embrasser.
Et Bokuto ouvrit un tout petit peu la bouche pour souffler :
- Quoi ?
Et il était clair qu'il ne savait plus trop ce qu'il disait.
Alors comme Akaashi avait envie de l'embrasser, Akaashi l'embrassa.
Là, juste comme ça. Parce qu'il le pouvait, maintenant. Parce que Bokuto en avait envie aussi. Parce que Kuroo avait soupiré en lui disant de le retrouver. Parce qu'ils venaient d'accomplir quelque chose d'incroyable. Parce qu'Akaashi avait grandi.
Parce que ce soir Akaashi avait accompli son rêve.
Ils s'embrassèrent d'une passion jusqu'alors jamais explorée. Ils s'embrassèrent aussi pendant longtemps.
Enfin, c'est ce qu'il sembla à Akaashi, puisqu'il n'avait toujours pas de batterie.
Mais peut être n'a-t-on pas besoin de montre pour se rendre compte de ces choses là. Akaashi embrassa longuement Bokuto, et Bokuto embrassa longuement Akaashi, et si leurs deux coeurs battaient non pas vite, mais plus fort dans leurs poitrines respectives, leurs mains quant à elles s'étaient quittées et s'échangeait quelques vagues caresses de ci de là, sans trop savoir ce qu'elles faisaient.
- Akaashi, souffla alors Bokuto, entre deux baisers.
Et Akaashi, en cet instant là, parvint juste à se dire qu'il aurait donné le monde entier, qu'il aurait soulevé l'univers pour lui s'il venait à lui demander.
- Akaashi, répéta Bokuto, juste au cas où il l'aurait mal compris.
Et il avait toujours cette diction si particulière en prononçant son nom.
L'intégralité du ventre d'Akaashi sembla faire une pirouette.
- Tu sais, reprit Bokuto.
Et Akaashi hocha la tête, pour dire qu'il l'écoutait.
- Tu sais, répéta Bokuto.
Et il leva follement les yeux.
- Je n'ai jamais connu quelqu'un comme toi.
Et cette phrase aurait pu vouloir dire tellement de choses, mais Akaashi comprit. Alors à cet instant précis, toutes les étoiles du ciel semblèrent se condenser en un seul point explosif qui vint se glisser au coeur des entrailles d'Akaashi.
Son intériorité virevolta d'une bouffée merveilleuse.
Akaashi avait trop envie de l'embrasser.
Alors Akaashi embrassa Bokuto.
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Alors ? Qu'en avez vous pensé ?
Vous aviez peur pour la Première, au début du chapitre ? Vous pensiez que Bokuto réagirait comme ça ? Que dire de l'enthousiasme d'Akaashi ? Vous pensez que si vous aviez été spectateurs de la pièce, vous auriez aimé ? Que dire de Tsukki ? Et de Suga ? Et de Oikawa en costume ? Vous êtes contents pour Kuroo ? Ça vous fait plaisir que Lev et Yaku soient là haha ? Qu'avez vous pensé de la conversation entre Kuroo et Akaashi à la fin du chapitre ? Et de la relation bokuaka maintenant que tout ce qui les angoissaient est passé ?
En tous cas, j'espère que ça vous aura plu ! Personnellement j'aime bien celui ci :3
Je tiens aussi à vous dire qu'il n'y aura pas de chapitre la semaine prochaine, MAIS que les deux derniers chapitres seront postés d'une traite le dimanche suivant. Le fait est que je n'ai pas tout à fait terminé le dernier chapitre et que je tiens à poster les deux derniers d'un coup. Comme ça, DD se terminera pour la fin des vacances, la fin de l'année scolaire 2016/2017 ! Comme le temps sera passé vite ! J'ai hâte de vous retrouver une dernière fois !
A dans deux semaines, passez sur le blog de la fic, et sur ce... Prenez soin de vous, bisous !
