Me voilà de retour avec énormément de retard comme d'habitude. Pour m'excuser je fais des chapitres plutôt long en ce moment. Sur ce chapitre contrairement à ce que je pensais je me suis plutôt concentré sur l'intrigue d'Isabella et Matthew plutôt que sur Azkaban. Je voulais terminer cette intrigue en beauté, qu'on sache en détail ce qu'il s'est passé 14 ans en arrière pour que Matthew se sente coupable et qu'Isabella se sente triste. Après plus de deux ans, cette intrigue s'achève enfin, je crois que c'est salvateur, je relâche un peu la pression c'est vrai que c'était un gros morceau de l'histoire. Mais rassurez-vous (ou pas) il reste encore d'autres intrigues.
Voilà ah oui...et je tenais à dire que je suis désolé pour ceux qui n'arrivent pas à suivre la fic, je comprends que ce soit difficile de se souvenir de chapitres qui sont sortis il y a plus de quatre mois. Je pense que ma fic n'est pas faîte pour être lue progressivement comme ça, je pense qu'il faut la lire d'un coup pour ne pas perdre le fil sinon on ne comprend plus rien. Alors voilà je suis désolé. Ah et j'oubliais aussi de dire que si des chansons de chapitre vous plaisent et que vous les voulez je peux vous les passer il suffit de demander. Bonne lecture.
Gabriel eut la chance d'atterrir sur un des canapés du salon, les autres n'eurent pas cette chance. Matthew s'écrasa contre la table basse avec une telle violence que celle-ci craqua avant d'exploser, déversant des bouts de bois de tous les côtés. Isabella pour sa part atterrit à même le sol, dans un vacarme retentissant, à quelques centimètres de sa petite soeur surprise de cette apparition soudaine et maladroite. La jeune fille se releva, une touffe de cheveux conséquente cachant son visage, elle n'eut pas le temps de les retirer que Lena était déjà tout contre elle, rigolant de joie.
« VOUS ETES LA ! Hurla-t-elle avec soulagement. »
Amy et Hyden déboulèrent dans le salon sur les chapeaux de roues, baguette au poing, ils s'étaient préparés aux pires éventualités mais les traits de leur visage se détendirent presque instantanément lorsqu'ils avisèrent les nouveaux-venus avec le même soulagement que les autres. Pourtant Amy se jeta sur son mari pour le frapper de toutes ses forces sans s'arrêter, les poings aussi serrés que les dents. Matthew rit les premières secondes mais son sourire se fana lorsqu'il réalisa que sa femme ne rigolait pas du tout.
« CONNARD ! Tu m'as encore laissée seule avec Aaron !
- Chérie, laisse-moi t'expliquer !
- Tu as encore abandonné ta femme et ton fils comme d'habitude pour tuer je ne sais quel mangemort dans je ne sais quel endroit ! TU M'AS LAISSEE ! »
Pour la première fois depuis que les autres avaient disparu, depuis l'attaque du théâtre, Hyden et les autres comprirent qu'Amy avait contenu sa peur d'avoir perdu son mari pendant des jours. Pendant plus de deux jours elle s'était efforcée de retenir sa peur pour ne pas craquer. La jeune femme avait peur, tous les jours qu'elle passait seule avec son enfant et sans son mari l'effrayaient plus que de raison. Ce n'était pas une bonne période pour rester loin de chez soi, surtout lorsqu'on avait une famille qui nous attendait pour dîner et se faisait un sang d'encre pour nous.
« Je ne veux pas que mon fils perde son père, tu m'entends ? Je ne veux pas perdre mon mari ! S'il t'arrive quoi que ce soit je te jure que j'irai te chercher chez Voldemort lui-même pour te démonter ! Tu ne peux plus te permettre de faire des choses comme ça, tu n'es plus un jeune homme libre qui peut risquer sa vie, tu nous as nous ! Et je te le dis tout de suite, je vivrai pas sans toi ! »
Les jeunes gens écarquillèrent les yeux de surprise et d'émotion. Ils avaient tous craqué à un moment ou à un autre, ils s'étaient tous énervé. Seule Amy n'avait jamais perdu le contrôle, elle avait l'air si forte, elle était si forte que personne ne se doutait de la peur qui lui serrait le coeur. Cela lui coûtait de laisser tomber ses défenses pour montrer qu'elle était vraiment effrayée mais il fallait qu'elle fasse comprendre à son mari qu'il n'avait pas le droit de la quitter.
« Maman ? Appela une petite voix dans le hall. »
Aaron se tenait dans l'embrasure de la porte, ses cheveux châtains ébouriffés partaient de tous les côtés, il s'essuyait les yeux d'une main en bâillant et tirait sur la manche de son pyjama de l'autre. Les manches du pyjama étaient allongées, le petit garçon les étirait tout le temps par réflexe, le pyjama était tellement agrandi que ses petit pieds n'étaient plus visible sous le tissu. Il regardait le spectacle qui s'offrait à lui d'un oeil fatigué mais curieux. Amy se retourna, son expression furibonde s'effaça aussitôt, un sourire fleurit sur ses lèvres.
« Papa est rentré !
- PAPAAAA ! Hurla le petit en courant vers le concerné. »
Matthew réceptionna son fils entre ses bras en riant avant de déposer un gros bisou sur le sommet de son crâne et de lui ébouriffer les cheveux tendrement. Que c'était bon d'être de retour auprès de sa famille ! De retrouver sa femme complètement détraqué et son fils le plus beau et le plus gentil des petits garçons, ils lui avaient manqué plus que tout même si l'accueil d'Amy était un peu...effrayant, il savait parfaitement qu'elle était plus soulagée qu'autre chose de le revoir en vie et entier. Ils étaient réunis à nouveau et Amy semblait très décidée à ne plus le laisser partir. Elle lança un regard inquiet à son mari auquel il répondit par un sourire rassurant tout en serrant son fils dans ses bras.
« Toi ? S'immisça soudainement Isabella en remarquant soudainement la petite fille qui les avait rejoint dans l'embrasure de la porte. Tu es la fille de ma vision ! Et où est John ?
- Je crois qu'il faut qu'on s'explique, répondit Hyden en rivant ses yeux à ceux de son amie. »
La petite Adèle un peu intimidée par tout ce monde qu'elle ne connaissait pas se réfugia auprès d'Hyden qui la rassura d'un simple clin d'oeil qu'il voulut amusé même s'il n'était pas du tout amusé en réalité. Il voulait juste se dépêcher de remettre les choses en place pour pouvoir planifier l'évasion de son petit-ami. Ils s'assirent tous dans le salon sur le canapé et les sièges et entreprirent de faire le récit de leurs aventures. Gabriel prit le premier la parole pour expliquer les évènements à partir de son transplanage dans la forêt, Matthew et Isa l'assistaient quelquefois, rajoutant des détails ou énonçant leur propre point de vue. Ils omirent délibérément l'histoire concernant le père d'Isabella pour ne causer de tort à personne.
Hyden prit le relais en racontant ce qu'ils avaient vécu de leur côté depuis l'attaque du théâtre. Il leur expliqua qu'il avait perdu John à ce moment là, les autres craignirent le pire mais il tenta de les rassurer en leur annonçant qu'il était emprisonné à Azkaban. Cette annonce n'eut pas l'effet escompté, Isa fit des yeux ronds, Gabriel hocha la tête l'air défaitiste, même Matthew sursauta à la mention de cette prison horrible. Ils étaient tous effrayés à l'idée d'affronter cet endroit et ses gardiens.
Ils avaient tous traversé des choses, vu des choses, affronté des démons qu'ils soient intérieurs ou humains. Cependant jamais ils n'avaient fait face à des créatures aussi étranges et sombres que les détraqueurs. Ils avaient tenu tête à des ennemis bien vivants et puissants mais jamais à ces êtres angoissants dont on ne savait pas s'ils appartenaient au monde des vivants ou des morts. Elles se contentaient de glisser avec lenteur sur la terre pour aspirer le bonheur de ceux qui vivaient et leur insuffler le désespoir.
« Il faut qu'on aille le chercher, fit Hyden en disant tout haut ce que tout le monde pensait tout bas.
- Non ! Répliqua Matthew. Enfin si...mais il va falloir qu'il attende un peu. On ne peut pas débarquer comme ça pour attaquer la prison sans se préparer, l'attaque par surprise sera complètement inutile dans ce cas là. Les sorts habituels ne marcheront pas, il faut que vous appreniez le sortilège du patronus pour défaire les détraqueurs. Il faut que vous appreniez à former un patronus. Sinon c'est peine perdue !
- Je suis d'accord, approuva Amy, mais pour le moment vous avez juste besoin de vous reposer, et de prendre une douche-elle montra Aaron et Adèle-surtout vous deux ! »
Les deux garnements se recroquevillèrent contre eux même avec l'espoir de n'avoir rien entendu mais la jeune femme leur tendit la main qu'ils prirent chacun à contre coeur. Elle les emmena dans la salle de bain et fit couler l'eau avant de les y mettre. Le courant passa presque immédiatement entre les deux enfants, Adèle était plus âgé que l'autre de trois ans et s'improvisa grande soeur pour s'amuser avec Aaron.
Ce dernier ne comprenait pas qui était cette petite fille, il avait juste remarqué qu'elle semblait proche d'Hyden et que quiconque était proche de son tonton ne pouvait lui faire de mal. Et puis, il n'avait pas vu beaucoup d'enfants depuis sa naissance, il n'avait pas d'amis aussi jeunes que lui à cause de la guerre et n'avait presque pas vu la lumière du jour. Cette petite fille éclairait sa journée il s'amusa simplement avec elle dans le bain sans poser de questions.
Amy eut une pensée furtive qui l'obligea à se poser une multitude de questions. Ils avaient trop de problèmes urgents pour se concentrer sur la petite fille pour le moment mais qu'arriverait-il lorsqu'ils auraient enfin le temps de s'en préoccuper ? Qu'allaient-ils faire d'elle maintenant qu'elle n'avait plus ses parents, ils ne pouvaient pas se permettre de la garder si quelqu'un de la famille était à sa recherche. Ils ne pouvaient pas se permettre de la prendre sans se poser de questions et sans chercher quelqu'un pour s'en occuper, cela revenait à un kidnapping pur et simple. A cela s'ajoutait l'attachement qu'éprouvait Hyden pour la petite au fur et à mesure que les jours passaient. Le jeune homme s'attachait à elle, beaucoup trop, il rechignerait immédiatement à la laisser partir, il était quasiment en train de l'adopter et ce phénomène risquait de ne pas être bon pour eux. La jeune femme fut tellement submergée par la difficulté de ce problème qu'elle décida de le laisser de côté, de laisser les questions bien au chaud dans un coin de son cerveau pour se concentrer sur le plus important; John.
« Les enfants s'éclatent dans le bain, déclara-t-elle joyeusement lorsqu'elle sentit le regard inquiet de l'ex-Serpentard sur elle en revenant dans le salon. »
Lui aussi savait pertinemment ce qui allait se passer, qu'Adèle ne resterai pas indéfiniment auprès de lui, qu'il lui restait peut-être encore de la famille et que lui n'avait aucun droit sur elle. Elle était juste ici à cause d'un concours de circonstances, à cause d'une coïncidence et qu'il faudrait qu'elle reparte un jour. Cette pensée lui serrait le coeur, il ne la connaissait que depuis trois jours pourtant il ne pouvait se résoudre à l'abandonner. Il ne pouvait même pas y penser tant cela le faisait souffrir.
Le jeune homme tenait à Adèle, en réalité il avait besoin d'elle, plus qu'il ne voulait ou pouvait avouer. Ce jour là, au théâtre, John s'était disputé avec lui pour sauver la petite, pour savoir qui la sauverait et qui se sacrifierait. John s'était sacrifié de son plein gré pour que la petite s'en sorte, il s'était mis en danger pour elle. Hyden trouvait ça stupide mais il ne pouvait s'empêcher de penser qu'Adèle était l'héritage de John, que ce dernier avait presque donné sa vie pour qu'elle puisse vivre et que donc il se devait de s'occuper d'elle pour le blond, pour ce sacrifice. Il avait perdu son amant, il ne la perdrait perdrait pas elle. Le brun ne pouvait simplement pas la perdre pas après tout ce qu'il avait perdu.
« Allez tous au lit ! Hurla ensuite Amy à l'adresse des cinq jeunes gens qui somnolaient sur place. Il ne reste qu'une seule chambre pour vous cinq. Je suis désolée mais je préfère faire dormir les petits ensemble.
- Ne t'inquiètes pas Amy ! De toute manière il faut qu'on se raconte nos histoires ! »
Ils montèrent tous dans une chambre, l'ancienne chambre d'Hyden lorsqu'il avait dû se cacher de l'influence de sa propre mère. Ils s'assirent tous dans la moquette blanche et épaisse qui recouvrait le sol. Le brun découvrit que les mains d'Isabella et Gabriel étaient liées, ils s'étaient donc rabibochés pour son plus grand plaisir. Toutefois, Isa semblait perdue dans ses pensées, elle avait perdu son entrain habituel, quelque chose était arrivé dans la forêt, quelque chose qu'elle avait passé sous silence en rentrant. A en juger par le regard inquiet de Lena, cette dernière ressentait également le malaise de sa grande soeur. Kiril était toujours aussi serein et impénétrable que d'habitude, ses yeux sondaient tout le monde comme s'il savait tout de tout le monde mais ne sentait pas le besoin de commenter.
« Il faut que je te dise un trucs Lena ! Murmura soudain la jeune fille d'une voix teintée de douleur.
- Papa est mort. Murmura soudainement Lena pour apaiser sa grande soeur et lui épargner la peine de révéler la morbide vérité. Je le sais enfin...je l'ai senti quand tu t'es approchée de moi. Il n'y avait qu'une seule chose pouvant te faire ressentir ce que tu ressens, la mort de papa.
- Je suis désolée !
- Ne sois pas désolé pour moi ! Il a disparu quelques jours après ma naissance, je ne m'en souviens pas du tout. Je n'ai jamais eu de père, toi tu l'as eu pendant plus de trois années, moi non. Je sais que c'est assez horrible que je dise ça mais ce que je n'ai jamais eu ne peut pas me manquer. J'aurai aimé le connaître mais ce n'est pas le cas et je ne peux rien y faire, tu es la seule qui puisse être touchée par ça, maman a fait son deuil, je n'ai pas eu à faire le mien, c'est pour ça que j'ai pardonné à Matthew plus facilement, il ne reste plus que toi. »
Isabella sombrait dans les ténèbres, le visage des autres autour d'elle disparurent mis à part celui de sa petite soeur, de cette jeune fille de quatorze ans qui avait une capacité d'écoute et une maturité immensément supérieure à la sienne. Elle avait raison sur tous les points et imposait ses arguments avec tellement de spontanéité que les choses devenaient soudainement plus facile et qu'on ne pouvait jamais réfuter ses idées. Lena était forte, très forte, elle tenait elle aussi de son père. Il y avait les traits physiques bien sûr, ses dents blanches et droites, son nez fin, son regard chaleureux mais la ressemblance de caractère était presque plus frappante. La tolérance, la perspicacité la chaleur qui émanait d'elle avait émané de leur père jusqu'à son dernier jour tout autant que sa compréhension presque sans faille.
« Matthew ? Mon frère ? S'enquit Hyden qui avait manqué un épisode. C'est lui qui...qui a tué ton père ? C'est pas possible, il ne l'a pas tué.
- Je ne sais pas qui l'a tué exactement, je ne sais pas à quel point il est impliqué mais il l'est. Il a juste pu me dire que mon père était mort. »
Gabriel se rapprocha de sa petite amie et posa une main sur sa cuisse avant de lui déposer un baiser sur la tempe, la jeune fille accepta son baiser avec satisfaction, heureuse de se sentir un minimum protégée, sous l'aile de son petit-ami, sous son aura protectrice. Elle avait beau lui en avoir voulu il avait toujours été là pour elle, tout le temps. Lorsque quelque chose n'allait pas, le Poufsouffle prenait son courage à deux mains et passait outre leurs disputes, mettant ses émotions de côté pour la privilégier elle.
Maintenant plus que jamais auparavant, Isabella se rendit compte qu'elle lui devait énormément mais encore pire, elle réalisa qu'elle ne pourrait jamais lui rendre ce qu'il lui donnait. Elle n'était pas aussi attentive que lui, pas aussi attentionnée et tendre qu'il ne l'était avec elle. C'était un effort très conséquent pour elle alors que cela semblait naturel pour lui. La culpabilité s'empara d'elle lorsqu'il l'embrassa sur la joue puis lui lança un joli sourire taquin auquel elle répondit par un sourire timide.
Ils se couchèrent tous dans un coin de la pièce, Gabriel et Isabella se couchèrent dans le lit car les autres estimèrent qu'ils avaient plus souffert qu'eux dans la forêt. Ces derniers se couchèrent dans la moquette qui recouvrait le sol, Lena et Kiril d'un côté, puis Hyden près de la porte, tourné vers le mur, aveugle aux autres, plongé dans sa hantise de ne pas pouvoir aider son amant, plongé dans sa peur de ne pas le retrouver dans le même état que d'habitude. Peur de le perdre une bonne fois pour toutes celles où il avait failli le perdre. Ils étaient arrivés si loin tous les deux, ils ne pouvaient pas se permettre de terminer leur histoire dans une prison morbide, séparés par des putains de détraqueurs aussi froids que la mort. Soudain la porte s'ouvrit lentement, déversant un flot de lumière à l'intérieur de la chambre. Les jeunes gens discernèrent les deux petits Aaron et Adèle en pyjamas qui leur firent un signe de la main.
« Bonne nuit ! S'exclamèrent-ils en choeur.
- Bonne nuit ! Répondirent les autres sur le même ton. »
Adèle lança un regard emprunt d'inquiétude à Hyden mais ce dernier ne le remarqua pas, la porte se referma presque immédiatement laissant place au silence de plomb et aux pensées sombres qui taraudaient le jeune homme. Ils pensèrent tous à John et à un moyen de pouvoir le sortir de là, ils se demandèrent tous ce qui allait se passer et s'ils allaient revoir leur ami un jour. Isa se montra plus démonstrative que d'habitude avec son amant, elle se colla à lui et quémanda toute son affection en se lovant entre ses bras. Puis les mots qu'elle retenait depuis pas mal de temps sortirent de sa bouche comme par magie.
« Je ne te vaux pas. Je ne pourrai jamais te rendre tout ce que tu me donnes.
- De quoi tu parles ? S'exaspéra le Poufsouffle.
- Je ne suis pas aussi...je suis plus...froide que toi. Je veux dire, je n'arrive pas à gérer tes douleurs comme tu gères les miennes.
- Mais je n'ai mal nul part ! »
Le même sourire taquin fleurit sur son visage aux traits fins, ses yeux bleus brillaient, il se moquait d'elle. La jeune fille afficha une mine boudeuse avant de le frapper doucement sur le sommet du crâne, mais ses doigts se perdirent dans ses cheveux foncés et elle ne put rien faire mis à part sourire à son tour comme une abrutie à son plus grand déplaisir !
« Arrête de faire ça ! Se plaignit-elle. Tu vois ! C'est de ça que je parle, même quand je ne suis pas bien tu trouves toujours un mot à dire pour me faire rire ou pour m'énerver. Je ne parle pas de douleur physiques ! Tu sais toujours ce qui se cache dans mes pensées, et même quand tu ne le sais pas, que je refuse de te révéler mes problèmes tu t'en fiches et tu me prends dans tes bras. Je ne peux pas faire ça ! Je ne suis pas comme toi, je ne sais pas ce qui te tracasse.
- Un gâté venant de toi vaut une centaine des miens, c'est justement parce-qu'ils sont rares qu'ils sont touchants lorsque tu les fais. Isa...tu ne peux pas douter après tout ce que j'ai fais pour toi. Si tu doutes de toi alors tu doutes de moi et je ne veux pas ça. On est trop impliqués pour tomber si bas. »
La Serdaigle leva les yeux pour rencontrer les orbes bleutées de son petit-ami. Il n'y avait aucun mensonge, aucun faux pas dans ses mots, ils s'ancraient dans leurs yeux. Ils n'avaient plus besoin de parler de cela, ils n'avaient plus besoin de dire la moindre chose. Ils étaient tous les deux dans la chambre et ils s'aimaient, c'était tout, il n'y avait rien à ajouter ou à soustraire, tout était bien...non...tout semblait bien. Soudain, la jeune fille se souvint de quelque chose, elle rampa jusqu'à son pantalon pour y trouver un dessin qu'elle montra à son amant.
C'était le dessin qu'Aaron avait fait lorsqu'il avait vu qu'ils s'étaient disputés. Le petit garçon avait tenté de les rapprocher en lui disant de passer le dessin à Gabriel dès qu'elle pouvait. Le dessin les représentait tous les deux dans la forêt interdite main dans la main...comme avant. Gabriel eut un petit rire puis posa précautionneusement le dessin froissé au sol avant d'embrasser sa petite amie. Ils se retrouveraient dans la forêt interdite tous les deux main dans la main.
Matthew et Amy ne dormaient pas, ils ne pouvaient pas l'inquiétude et la culpabilité qui émanait de l'un se transmettait à l'autre qui n'avait aucun moyen de faire parler son mari. Amy ne supportait plus le lourd silence de son mari alors même qu'ils venaient de se retrouver après trois longs jours de séparation. Elle ne le comprenait plus et ce fait l'effrayait plus que tout. Elle ne savait plus ce qui lui passait par la tête, elle n'essayait même plus de chercher des explications car lors de ces rares occasions il se renfermait contre lui-même et ne laissait aucune piste pour lui permettre de continuer à parler. (1)
Dark You can't come soon enough for me
Safe from another day of misery
Plus rien n'allait, tout ce que la jeune femme savait, c'était que toute cette histoire concernait son passé de mangemort et ce qu'il avait fait à la famille d'Isabella. Jamais Matthew ne lui en avait parlé, ils avaient beaucoup parlé de son passé pour mettre les choses au clair mais apparemment l'homme lui cachait toujours un morceau de son passé tout comme il avait caché l'existence de son petit frère. Peut-être avait-il espéré que son passé ne le rattraperait jamais s'il ne lui en parlait pas.
Everything I love
Get back from me now
Everyone I love
I need you now
Pourtant le passé était là, dans la pièce d'à côté, l'héritage de son passé, les conséquences dormaient tranquillement tout près de lui. Isa qui dormait paisiblement et sa colère vis-à-vis de lui était la conséquence de son passé. Il aurait du prévoir qu'il ne pourrait pas cacher quelque chose d'aussi gros aussi longtemps, surtout en restant proche de la jeune fille dont il était soupçonné d'avoir tué le père. C'était stupide de tout cacher à sa propre femme ! Complètement con !
« T'es vraiment un connard ! Ne put s'empêcher de marmonner Amy à demi-mot.
- Quoi ?
- J'ai dit que t'étais vraiment un connard ! Tu viens de rentrer de je ne sais où, tu as risqué ta vie, tu as failli ne jamais rentrer et là dans ce lit avec ta femme tu ne trouves rien à dire ou à faire ?
- Si tu veux on peut faire..., proposa Matthew penaud.
- C'est pas le sujet ! Ne joue pas au con avec moi ! »
Don't forget a million miles for me
Safe and another day can pass by me
Amy le foudroya du regard, ses yeux brillaient de fureur, elle pouvait péter les plombs d'une seconde à l'autre, ils le savaient tous les deux. Mais ce qu'ils savaient plus que tout, c'était qu'ils se trouvaient au point de non-retour, ils ne pouvaient plus reculer, il fallait qu'ils parlent, qu'ils s'expliquent avant d'aggraver les choses. Matthew était au pied du mur, sa femme avait le don de le mettre au pied du mur, de les y mettre tous les deux pour lui expliquer que c'était le moment d'avancer ou d'en finir.
« Tu ne me dis plus rien depuis plus d'un mois, tu crois que je vais rester là à attendre que tu acceptes de me dire trois mots ! Tu crois vraiment que je suis du genre à t'attendre ! Je ne connais pas l'histoire qui te rend silencieux, je ne sais pas du tout ce qui te prends, je sais juste que tu ne m'as encore pas tout dit sur ton passé et ça me fait du mal. Tu veux retourner en arrière ? A la période où tu ne m'avouais rien tant tu étais rongé par tes propres fantômes, où tu me mentais délibérément par peur !
- Je ne t'ai pas menti.
- Tu ne m'as rien dit du tout ! Tu crois que c'est mieux ? Je vais te dire une chose et tu vas la retenir toute ta vie. Tu as une femme, tu es marié avec moi et tu as un enfant magnifique. Ils t'aiment tous les deux plus que tout et ils ne pourront pas vivre sans toi. Tu as besoin de comprendre ça ! Tu as besoin de savoir que tu ne peux plus te permettre de te laisser dépérir de cette manière, de te laisser envahir par ton passé et par ceux qui sont morts. Tu es un homme maintenant, tu as des responsabilités maintenant et des gens qui t'aiment, je ne retournerai pas des années en arrière, je ne recommencerai pas à zéro. Et toi ? Tu dois choisir, je ne te laisserai pas nous abandonner. »
Everything I love
Get back from me now
Everyone I love
I need you now
Amy reprit sa respiration après sa tirade furibonde mais aussi apeurée, aussi apeurée qu'elle l'avait été des années auparavant. Elle était sortie avec lui alors qu'il s'échappait à peine de la poigne des mangemorts comme Bellatrix, il lui avait menti délibérément pendant des mois pour ne pas qu'elle se pose des questions. Jusqu'au jour où elle avait explosé violemment, lui hurlant qu'elle savait tout et qu'il était tant de choisir d'avancer au lieu de stagner dans leur relation. La jeune femme avait eu peur ce jour là, très peur. La situation se répétait aujourd'hui, à ce détail près qu'ils avaient beaucoup plus à perdre...
« Je ne t'abandonnerai jamais ma chérie, chuchota l'auror en se levant du lit. Je ne t'abandonnerai pas, je te le promets, je vous le promets à toi et Aaron. Il faut que j'en finisse avec tout ça, il faut que je mette les choses au clair avec Isa pour qu'elle ait enfin la paix et que je vide mon sac pour avoir la conscience tranquille.
- Où tu vas ? Tu ne vas quand même pas lui parler maintenant.
- Non...je vais voir si Aaron dors. »
So what (What)
I lie (Come on Come on)
I lied to me too
So what
Le jeune papa sortit de sa chambre puis se dirigea à pas de loup vers celle où dormait son fils et la petite Adèle. Il ouvrit la porte en faisant bien attention de ne pas faire de bruit puis glissa à l'intérieur avant de marcher vers le lit pour voir son fils qui dormait paisiblement auprès de sa nouvelle amie. Il ronronnait tranquillement, innocent et hermétique à tout questionnement. Aujourd'hui son papa était rentré et il avait rencontré une nouvelle amie...c'était tout ce qui comptait.
Everything I say
I say to me first
Everything I do
I do to me first
Voir son fils tellement calme dans son sommeil suffit largement à apaiser Matthew qui croisa les bras pensivement en contemplant son plus grand bonheur, sa plus grande fierté. Un sourire fleurit sur ses lèvres, il se baissa doucement et déposa un baiser sur le front de son fils qui tressaillit mais ne se réveilla cependant pas. Puis il repartit dans sa chambre et serra sa femme contre lui avant de s'endormir pour sombrer dans ce qu'il espéra être un paisible rêve. Ce fut le contraire qui se produisit, ses propres souvenirs le harcelèrent.
So what (What)
I lie (Come on Come on)
I lied to me too
Comme un impuissant spectateur, l'auror ne put qu'assister aux évènements qui avaient marqué sa vie et dont il ne pouvait se détacher. Il vit ce qu'il s'était passé le jour où ils avaient rendu visite à la famille d'Isabella avec Bellatrix, le jour où ils avaient lancé une attaque sur la maison pour récupérer les enfants. Il se vit lui-même monter à l'étage pour stupéfixer Eva, la mère des deux petites filles. Il se vit ouvrir le placard où elles se cachaient, il vit Isabella rajeunie de quatorze ans lui sauter dessus pour lui mordre la main...puis tout devint comme réalité, le spectateur se changea en acteur. (2)
Matthew se retrouva au milieu de la chambre, mordu à la main par une des petites, il retrouva la place qu'il avait eu quatorze ans plus tôt et vécut la scène de l'intérieur. Tout se répéta exactement comme avant, rien ne changea, il ne put rien changer, il n'en eut même pas l'idée tant il était contrôlé par son propre rêve. C'était comme si des fils de pantin s'étaient attachés sur tout son corps à son insu pour laisser le passé le contrôler à sa guise et le forcer à réitérer les même actes pour le faire culpabiliser d'autant plus, pour lui faire revivre sa propre déchéance.
Isabella tenait sa minuscule petite soeur dans ses bras et entreprit de partir en courant par les escaliers pour lui échapper. Le mangemort était sonné par l'attaque surprise d'une petite fille d'à peine six ans dominée par son instinct de survie. La petite fille dévala les marches comme une furie serrant Lena contre elle pour ne jamais la perdre, voulant par réflexe échapper son premier ennemi et oubliant par la même occasion les autres encore plus puissant.
Elle tomba sur Bellatrix elle-même qui d'un seul regard empreint de sadisme suffit à lui retirer tout espoir de fuite, Isa se stoppa net, incapable de bouger ses jambes, totalement surpassée par le charisme que la femme face à elle émanait. Cette dernière fit un signe de tête pour lui montrer quelque chose dans son dos mais la petite fille ne put quitter son adversaire du regard tant elle était effrayée à l'idée d'être surprise par une nouvelle attaque.
« Regarde derrière toi, gamine ! »
Acceptant finalement de tourner le dos à la mangemort, Isabella se retourna pour remarquer avec stupeur que son papa, allongé au sol, ne semblait plus capable de la protéger tout comme sa mère qui reposait à l'étage. Matthew descendit en trombe des escaliers sans prendre le soin de tuer Eva avant de descendre et tomba sur cette situation déchirante qui le fit douter plus que jamais. La petite fille serrait sa petite soeur contre elle et pleurait bruyamment en fixant le corps de son père.
« Ton papa ne pourra plus te protéger..., lança Bellatrix d'une voix faussement triste. Il lui est arrivé un terrible malheur. Il faut que tu m'accompagnes, je te jure que ce n'est que l'histoire de quelques jours, que tu reviendras chez toi pour retrouver tes parents bientôt que tout redeviendra comme avant. »
La petite fille continua à pleurer effrayée par cette femme horrible qui même si elle ne le savait pas encore allait la poursuivre toute sa vie et essayer de l'attraper plusieurs fois. Elle ne voulait pas la suivre, elle savait très bien que cette femme ne pouvait lui faire du bien. La sadique s'avança vers Matthew de son pas nonchalant, presque dansant et attrapa l'épaule de Matt avant de rapprocher son visage du sien comme pour le renifler.
« Tu as tué la femme à l'étage ? Tu l'as achevée ? »
Non, il ne l'avait pas tuée, il l'avait simplement stupéfixée en pensant que ce serait suffisant puis s'était dirigé vers le placard où les petites filles se cachaient. Jamais ils n'avaient eu pour ordre de tuer la famille des enfants. Il n'avait pas achevé Eva pourtant il n'hésita pas une seule seconde, il y avait eu assez de victimes, Bellatrix avait le don de déceler la moindre hésitation en lui, c'est pour cette raison qu'il se précipita de répondre d'une voix qu'il voulut posée.
« Oui, elle est morte.
- C'est bien ! Je prends les enfants, tu prends le père, on aura besoin de lui.
- Il n'est pas mort ?
- Non, prends-le et enferme le ! »
Sur ces mots, la mangemort ligota les deux petites d'un charme du saucisson puis posa sa main sur elles avant de les faire transplaner toutes les trois. Matthew toucha le corps du père mais ne transplana pas immédiatement, il toucha son cou pour sentir son pouls et remarqua qu'il était normal, que l'homme n'était pas blessé. Il le retourna pour remarquer que ce dernier était parfaitement réveillé et le transperçait de ses yeux noisettes qui semblaient sonder son âme.
« Ne me regardez pas comme ça, s'il-vous-plaît, marmonna le jeune homme déstabilisé par ce regard qui le rendait coupable de tous les maux de la Terre. »
Il posa sa main sur le torse de Mike et ils furent tous les deux happés dans un tourbillon avant de réapparaître dans un endroit fermé et étrange. Mike était conscient même s'il était totalement neutralisé il pouvait tout voir. L'endroit dans lequel son ennemi l'avait emmené ressemblait énormément aux cachots de Poudlard, des longs couloirs interminable s'étendaient de tous les côtés autour de lui. Les ouvertures arquées formaient de nombreuses arches de pierre noire tout le long des couloir. Pourtant ils n'étaient pas à Poudlard, il régnait une odeur de mort et de sang dans ce labyrinthe lugubre, comme si des milliers de corps reposaient entassés et lacérés dans une pièce p roche, inondant tout le dédale de corridors d'un odeur putride.
Matthew agita sa baguette magique pour élever le corps dans les airs par magie, ils tournèrent plusieurs fois à droite puis quatre fois à gauche pour débouler sur une pièce encore plus sombre que les couloirs. Le décor changeait toutefois, la pierre qui formait la pièce n'était pas taillée, comme si en creusant les couloirs ils avaient oublié de finir cet endroit qui ressemblait à l'intérieur d'une grotte. Une cage improvisée attendait Mike, les murs composaient les parois et des barreaux sortaient de la pierre elle même pour l'emprisonner. Matt le fit léviter jusque dans la cage avant la refermer avec précaution, il le libéra ensuite du maléfice qui l'immibilisait.
Il ne jeta aucun regard à son prisonnier tout au long de cette opération. Le jeune homme ne savait réellement pourquoi il ne pouvait affronter le regard de ce père de famille. Il en avait affronté des tas, il avait vu des choses que d'autres ne verraient jamais de leur vie et avait fait face à des ennemis plus puissants. C'était peut-être pour cette raison qu'il ne pouvait affronter son regard, car il ne considérait pas cet homme comme un ennemi. Le mangemort était effrayé à l'idée de le fixer ou même à l'idée que l'homme remarque sa faiblesse de caractère et en profite pour le détruire. Il avait juste peur, presque plus que Mike qui venait de perdre deux de ses filles.
Cet homme fort, emprisonné dans cette cage par sa faute, n'était pas normal. Il l'avait tout de suite senti en croisant son regard perçant. Ils avaient tous les deux compris quand leurs yeux s'étaient rencontrés qu'ils que Matthew n'était pas juste un mangemort inflexible comme les autres et que Mike n'était pas un simple père. Ils avaient tous les deux compris que quelque chose se passerait, que cette rencontre n'était pas anodine et qu'elle les changerait tous les deux. C'était juste un coup d'oeil...et pourtant.
La vivacité, la compréhension, la perspicacité brillaient dans les yeux du prisonnier. Matt réalisa que l'autre avait tout remarqué, cette hésitation que Bellatrix n'avait pas perçue. Il l'avait cerné, une seconde avait suffi, il l'avait cerné plus vite que quiconque auparavant il était peut-être la seule personne à l'avoir cerné en réalité. C'était étrange, ce phénomène qui s'était produit l'effrayait plus qu'autre chose.
« Où sont mes enfants ? Demanda le prisonnier d'une voix parfaitement calme. Vous avez tué ma femme ? »
Il lui posa cette question comme s'il engageait une conversation honnête avec un garçon, comme si ce dernier n'avait jamais kidnappé ses deux filles, comme si tout ce qui venait d'arriver n'était pas sa faute, qu'il était une victime comme lui. Matthew ne répondit pas, il lui lança un dernier regard terrifié puis tourna les talons et repartit dans le labyrinthe ressemblant aux cachots de Poudlard, il put distinctement entendre Mike murmurer derrière ses barreaux puis hurler.
« Pourquoi as-tu peur de moi ? Je suis celui derrière les barreaux. DIS A TA MAITRESSE DE LAISSER MA FAMILLE OU JE LA TUERAI ! EMPECHE LA DE TOUCHER MES ENFANTS ! »
Il traversa une bonne trentaine de couloirs pour retrouver la salle où Bellatrix s'activait, cette dernière donnait des tonnes d'ordres à une bonne dizaine de mangemorts. Chaque ordre était précis, ils devaient retrouver un ingrédient chacun, les ingrédients étaient tous très rares et chaque mangemort avait pour mission de lui ramener. Tous les mangemorts disparurent dans une puissante gerbe de fumée noire. Matthew se rapprocha de la femme qui faisait les cent pas.
« Bien, déclara-t-elle pensivement. Ils sont tous partis pour me chercher les ingrédients. Maintenant il me reste plus qu'à préparer la potion.
- La potion ?
- Oui, comment crois-tu que les petites garces vont obtenir des pouvoirs. Il faut d'abord produire une quantité énorme de magie à l'état pur. Grâce à ces potions, la magie qui courra dans leurs veines sera presque aussi puissante que celle de notre Seigneur des ténèbres. Et les potions que je vais préparer contiennent tout ce pouvoir. Grâce au pouvoir des gamines nous pourrons retrouver notre Seigneur des Ténèbres et lui faire recouvrer sa puissance d'antan, je refuse de croire que ce petit Potter l'a battu ! Je ferai tout pour retrouver mon Seigneur. »
Elle faisait les cent pas en racontant ses idéaux, elle semblait déterminée plus que n'importe quel partisan à retrouver le bonheur qu'elle avait eu avec Voldemort. Bellatrix avait besoin de son maître pour survivre, cela se sentait, elle était comme affaiblie par son absence, comme une bête blessée, cela la rendait encore plus dangereuse en quelque sorte. Elle était prête à tout, rien ne pourrait l'arrêter, ils n'étaient plus beaucoup à chercher Voldemort, elle représentait l'héritage des mangemorts dans toute sa folie. La jeune femme valait au moins trente partisans.
« Cependant il y a un inconvénient, nul ne peut savoir quelles seront les particularités magiques de ceux auxquels je vais administrer la potion. Les pouvoirs varient d'une personne à une autre, certains pourront nous servir à retrouver mon maître. L'autre inconvénient et qu'il faut leur administrer la potion lorsqu'ils sont en bas-âge pour que la potion fasse effet. Il faudra donc attendre que les gamines développent leur particularité magique. Mais j'attendrai !
- Pourquoi avoir gardé le père ?
- Le sang d'un membre de la famille fait partie des ingrédients de la potion, expliqua la folle. J'aurai donc besoin de son sang, je le tuerai lorsqu'il sera inutile. Je te charge de t'occuper de ses enfants en attendant l'achèvement de la potion, occupe toi de nos trois prisonniers pendant les prochains jours. »
Le jeune homme ne sut réellement pourquoi mais l'idée de s'occuper des trois prisonniers ne l'enchanta guère. Tout d'abord car il ne pouvait affronter le regard du père de famille qui sondait son âme à travers les barreaux de sa cellule. Mais également car il ne se sentait pas le courage de s'occuper de deux petites filles qu'il savait destinées à être empoisonnées par de la magie noire. Il ne se sentait pas le courage de s'occuper d'elles pour ensuite les envoyer à l'abattoir, il n'avait pas la force, il était trop faible.
« Tu m'entends, Even ? Questionna Bellatrix. Tu m'entends Matthew ? »
« Matthew ! Tu m'entends ! Réveille-toi ! »
La voix de la mangemort se mua en une autre voix plus pure, claire, celle de sa femme qui apparemment effrayée qui essayait de le réveiller apparemment apeurée. L'auror ouvrit un oeil avant de le refermer précipitamment, ébloui, puis rouvrit les deux et voulut placer une main pour se protéger de la lumière éclatante qui lui brûlait les yeux. Il n'en eut pas le temps, sa femme lui sauta dessus et l'embrassa à pleine bouche sans plus de cérémonie.
« Mais je ne me suis pas lavé ! Protesta-t-il en rougissant.
-Je m'en fous, depuis le temps, tu crois que tu me dégoûtes ?
- Oui.
- Et tu as raison ! POUAH ! »
Amy recracha lamentablement pour effacer la trace du baiser de son mari et lui fit remarquer que tout le monde était réveillé et s'affairait à préparer le repas, même les enfants. En effet, après s'être lavé et habillé, Matt descendit jusque dans la cuisine pour voir chacun s'atteler à sa tâche. Isa et Gabriel préparaient la table tandis que Lena et Kiril semblaient bien se débrouiller pour préparer le petit déjeuner. Adèle et Aaron se disputaient pour aplatir la pâte à tarte avec le rouleau.
« Il est à moi ! Je veux faire en premier ! Geignit le petit garçon.
- Mais t'es plus petit, t'es encore un bébé c'est moi qui doit le faire ! Rétorqua la petite fille en croisant les bras, fâchée. »
Les deux parents voulurent intervenir pour régler le différent mais ils n'en eurent pas le temps, quelqu'un fut plus rapide que les autres, cette même personne qui semblait avoir un don auprès des enfants. Hyden débarqua dans la cuisine à la vitesse de l'éclair, il eut un petit rire en voyant les deux enfants se chamailler, il se précipita près de la table, un sourire presque amusé collé aux lèvres et s'assit face aux deux enfants qui arrêtèrent subitement de se disputer pour le regarder.
« Qu'est-ce que j'ai dis en allant ranger les chambres tout à l'heure ? J'ai dit qu'on avait pas le droit de se disputer pour rien !
- Mais elle veut pas me laisser aplatir !
- Non ! Pas d'excuses ! On va régler ça par la manière forte ! »
Le jeune homme se leva et dégaina sa baguette et la pointa vers les deux enfants, pendant une seconde stupide, tous crurent qu'il allait les stupéfixer pour mettre fin au débat, mais il trouva mieux, bien mieux. Il la pointa vers le rouleau posé sur la table d'un air faussement énervé et mugit:
« GEMINO ! »
Le rouleau se dédoubla sous les yeux ébahis des deux enfants qui ne trouvèrent rien d'autre à faire qu'applaudir de toutes leurs forces, les autres simples spectateurs rirent devant le soudain enthousiasme des enfants et l'ingéniosité de Hyden pour avoir trouvé la combine. Ce dernier perdit son faux air furibond pour retrouver son petit sourire, les rares moments où il s'amusait ainsi avec les deux petits adoucissaient sa peine plus que n'importe qui. Mais soudain alors qu'il s'apprêtait à repartir, Adèle et Aaron se chamaillèrent pour savoir quel morceau de la pâte ils allaient aplatir chacun.
« Hey ! Je peux très bien utiliser le même sortilège pour vous dédoubler !
- Même pas vrai ! Répliqua le petit avec provocation avant de lui tirer la langue.
- Tu paries ? Même que ça fait très mal ! Très très mal ! »
Il jouait le jeu à la perfection, c'était hallucinant de voir ce garçon à peine majeur se comportait comme un vrai père, comme un vrai tuteur, quelqu'un que les enfants émerveillaient plus que tout. Matthew se sentait à l'écart quand son petit-frère parlait à son fils, il se sentait surpassé par le savoir-faire de son frère. Ce dernier semblait destiné à être un père, un vrai, un bon, qui savait s'énerver quand il le fallait mais aussi s'amuser.
« Tu sais pas ! T'as même pas essayé ! Renchérit Adèle.
- He ben si ! Et je peux vous dire que j'ai souffert plus que jamais !
- C'est vrai ? Hurlèrent les deux enfants en choeur. RACONTE !
- Je vous raconterai tout ce soir avant d'aller au lit, même que ça inclut mon combat contre un dragon et contre trois géants ! Tonton Jaune était avec moi...je vous raconterai tout ! »
Il avait joué le jeu jusqu'à maintenant, mais lorsqu'il inclut par habitude John dans son histoire, son coeur se serra et ses yeux se baissèrent automatiquement. Il l'avait fait par réflexe, il savait que si John était là auprès de lui, ce dernier aurait lui aussi joué le jeu devant les enfants tout en posant sa main dans la sienne naturellement. Le blond occupait ses pensées et revenait dans toutes les paroles de Hyden par habitude. Il lança un sourire un peu vague aux enfants et partit précipitamment avant de péter un câble, il s'enferma dans une des chambres et s'adossa à la porte puis mit sa tête dans ses mains.
C'était de plus en plus dur, il avait beau essayer jour après jour de se rassurer en se disant qu'il allait chercher son amant bientôt, la peur lui nouait la gorge. L'ex-Serpentard supportait très mal d'être loin de son homme, mais ce qu'il supportait encore moins, c'était de le savoir enfermé dans l'une des pires prisons au monde, une prison pour le monde sorcier. Une prison qui contenait de nombreux psychopathes comme le père de Kiril qui avait tué la mère du Gryffondor et son propre père qui croupissait derrière les barreaux à cause de lui.
Le manque se faisait ressentir cruellement. Tous les mouvements qu'il faisait, toutes ses habitudes étaient dictées par son couple avec le Gryffondor. C'était comme s'il n'avait jamais vraiment vécu avant de le rencontrer. Comme si le jour où il s'était rapproché de lui était le premier jour de sa vie, le jour de sa naissance. Il ne pouvait plus vivre sans lui, sans les habitudes qu'ils partageaient, les quelques jours qu'il venait de passer étaient les plus difficiles de sa vie.
« HYDEN ! Le déjeuner est prêt ! »
Le jeune homme se composa le même air apaisé que lorsqu'il était descendu quelques minutes plus tôt et fila dans la salle à manger où ils s'assirent tous pour déjeuner tranquillement. C'était bon, Hyden ne sentait plus le goût des choses quand il ne les partageaient pas avec John mais il s'en doutait en regardant les autres se délecter des différents mets. Aaron et Adèle s'empressèrent de demander si la tarte était bonne pour être certains qu'ils avaient réussi la pâte à tarte.
« Elle est délicieuse, surtout la pâte ! Répondit le brun. MAGIQUE ! »
Les deux nouveaux amies rougirent et baissèrent la tête sur leur déjeuner pour ne pas montrer qu'ils étaient vraiment fiers de leur travail en commun, ce geste déclencha le rire de toute la tablée. Pourtant leur rire ne dura pas très longtemps, comme s'ils ne voulait pas trop rire en l'absence de John. C'était étrange. Pour sa part, Matthew fixait toujours son petit-frère avec admiration, il était admiratif de voir ce dernier se débrouiller aussi bien. Même maintenant qu'Adèle habitait avec eux, l'ex-Serpentard semblait s'occuper d'elle royalement, elle ne jurait que par lui. Il agissait à la limite entre un grand-frère et un père avec elle.
« Bon, je crois qu'il est tant de s'entraîner, déclara-t-il en se levant de table. Il faut sortir John d'Azkaban le plus tôt possible. Nous devons apprendre à créer des patronus rapidement ce qui est pratiquement impossible. Y parvenir en un seul jour serait parfait. Mais je ne m'attends pas à ça, je veux quand même voir des résultats, des beaux résultats !
- D'accord ! Répondirent les autres en choeur avec enthousiasme. »
Ils se levèrent tous de table, Amy leur signala qu'elle allait occuper les petits garnements en attendant qu'ils reviennent de l'entraînement au sortilège du patronus. Matt leur appliqua à tous un sortilège de désillusion pour éviter que Cole qui patrouillait à Poudlard ne se rajoute à la liste déjà longue de leurs problèmes. Ils se dirigèrent tous les six vers la forêt interdite, leur lieu de prédilection et s'y enfoncèrent pendant près d'une demie-heure.
Retourner dans une forêt après le calvaire qu'elle avait vécu, même cette forêt qu'elle connaissait bien, angoissa Isabella. Celle-ci n'avait plus l'habitude de retenir ses bouffées d'angoisse et cette impression d'étouffer dans un piège se resserrant lentement mais sûrement autour d'elle. Elle pouvait encore voir les flammes dévorant la forêt pour la tuer, elle pouvait encore voir les mangemorts et leur jeu de proie. Ces jours passés l'avaient traumatisée plus qu'elle n'osait se l'avouer, cela se rapprochait le plus pour elle des enfers, et retourner dans un lieu semblable aux enfers ne l'enchantait que très peu.
Ils atterrirent sur une petite clairière sombre qu'Hyden et elle reconnurent comme étant celle où ils avaient atterri deux ans plus tôt lorsqu'Ombrage les avait poursuivi. Ils s'assirent tous dans l'herbe étonnamment douce contrairement au reste de la forêt Interdite. Seul l'auror resta debout pour leur faire face et leur expliquer en quoi leur entraînement consistait, il fit les cent pas et commença ce qui ressemblait à un cours.
« Avez vous déjà rencontré un détraqueur ? »
Lena fut la seule à répondre, elle en avait vu un lorsque Bellatrix avait essayé de les enlever pendant les vacances d'été. Il était tellement attiré par le désespoir des voisins qu'il ne s'était pas concentré sur elle et avait glissé lentement vers les maisons, se nourrissant de la chaleur environnante pour déverser son froid glacial. La jeune fille avait ressenti un mélange de peur et de dégoût en voyant cette chose qui n'avait qu'un seul but, qui ne vivait que pour détruire les gens. Elle expliqua à ses amis ce qu'elle avait ressenti pour leur donner une idée.
« En parler, c'est bien, mais ce ne sera jamais comparable à ce que vous allez ressentir face à un ou en l'occurrence des centaines de détraqueurs. C'est pour cette raison que je vais d'abord vous entraîner sans la présence de ses monstres, lorsque je saurai que vous êtes prêts, on ira affronter des détraqueurs. Je veux d'abord voir vos patronus. Allez, on commence ! Pointez vos baguettes en l'air et pensez au plus heureux souvenir de votre vie. »
John ouvrit les yeux précipitamment cependant comme à l'habitude, il ne le remarqua pas les premières secondes tant la lumière était faible. Il s'était endormi à même le sol et s'était réveillé au même endroit, le dos et la tête endoloris par la dureté de la pierre noire qui formait sa cellule. Il n'eut aucune idée du temps qu'il avait dormi, en réalité il n'avait plus aucune notion du temps depuis qu'il s'était réveillé la première fois dans cet endroit froid et humide. Cela pouvait bien faire des jours comme des mois, tout se ressemblait de toute manière, lui donnant l'amère impression qu'il croupissait dans cet endroit depuis toujours.
« Déjà réveillé ? Demanda une voix rauque dans la pénombre de la cellule d'en face. »
Pendant un instant le jeune homme se demanda qui était cette personne qui lui parlait comme s'il le connaissait mais il se remémora bien vite que c'était le père d'Hyden, Nathaniel Even, et qu'ils avaient eu une longue conversation pour démêler le vrai du faux. Nathaniel était déchu, il n'avait plus de vie et ne pouvait en avoir, il avait manqué sa chance.
John se rappela que leur conversation s'était terminée sur une faveur qu'il avait demandé à l'homme. Il lui avait demandé si il y avait un moyen de trouver la cellule du tueur de sa mère et de lui obtenir une entrevue. L'autre avait répondu qu'il était possible de sortir de sa cellule pour promener dans la prison mais que sortir de la prison elle-même était impossible, un cataclysme encerclait Azkaban de tout côté. John s'en fichait, il voulait juste parler à l'homme qui avait tué sa mère. Juste parler maintenant qu'il n'avait plus rien à perdre.
« Oui, je suis réveillé, j'ai dormi longtemps ?
- Assez longtemps, répondit Nathaniel, mais tu dors de moins en moins, c'est cette prison, bientôt tu ne rêveras plus pendant ton sommeil, et bientôt tu auras sommeil mais tu ne pourras plus dormir. Les détraqueurs qui passent et repassent t'en empêcheront progressivement, tu verras.
- Vous ne dormez plus ?
- Non, je ne dors plus, je ne bouge plus. »
Il ne bougeait plus ? Qu'est-ce que cela voulait dire ? Était-ce vrai ? Était-ce un autre supplice de cette prison ? Être destiné à fatiguer lentement mais sûrement jusqu'à ne plus être capable de faire le moindre mouvement. Le Gryffondor s'imagina couché dans la même position, incapable de bouger, tourné vers les barreaux de sa prison, regardant les bêtes immondes faire des aller-retours, se délectant de son désespoir.
« Vous me trouvez comment depuis la première fois que l'on s'est vus tous les deux ?
- C'est à dire ? Je ne suis pas homosexuel ! Se défendit le père d'Hyden.
- Je ne parle pas de ça, je me demandais juste si vous pouviez me décrire, me dire si j'ai maigri. Parmi toutes les mauvaises nouvelles que j'ai apprises, j'aimerai bien enfin apprendre une bonne nouvelle, vous pourriez par exemple me dire que j'ai maigri ! Ce serait une merveilleuse nouvelle ! »
Il dit tout cela sur un ton comique en souriant aussi largement qu'il put. Il savait que l'autre le voyait, que ses yeux s'étaient habitués au manque de lumière, Nathaniel pouvait voir le blond qui souriait et qui avait toujours le don de lui transmettre son sourire. Même s'il détestait tout ce qu'il représentait, il ne pouvait s'empêcher de sourire faiblement. Nathaniel le détailla quelques secondes avant de répondre.
« Tu as les joues plus creuses, ton sourire a perdu de son charme, tu veux savoir si tu as maigri ? Oui tu as maigri mais crois moi ce n'est pas pour être plus beau. Tes mains ne sont plus aussi douces, je vois de là qu'elles sont aussi râpeuses que les murs de cette prison. Tu as la moustache et un tout petit peu de barbe ce qui t'amaigrit encore un peu plus. Tes lèvres sont sèches. Tes yeux sont plus petits que la première fois que je t'ai rencontré, comme s'ils commençaient déjà à se refermer.
- He ben...je suppose que je dois vous remercier pour votre honnêteté et votre constat très...morbide. »
Nathaniel ne répondit pas, installant un silence gênant entre eux. Pour vérifier ses dires, le Gryffondor toucha la peau de ses mains pour sentir la rugosité sous ses doigts, il toucha ensuite ses lèvres asséchées par le manque d'eau et souleva son habit de fortune pour regarder son ventre autrefois musclé. C'était comme si en l'espace de quelques heures, il avait perdu toutes ses forces en plus de tous ses amis, comme s'il avait tout perdu.
« Les premiers jours sont les plus difficiles, après on s'y habitue et on se contente de sombrer.
- Mais pourquoi vous ne pouvez pas tenir aussi longtemps que Sirius Black ? Il a tenu treize années et même Bellatrix a tenu des années. Et vous ne pouvez plus bouger au bout d'une seule année ?
- Sirius Black avait quelque chose à rattraper, quelque chose à faire, il voulait montrer à tout le monde qu'il n'était pas coupable. Il avait besoin de sortir, il avait un but. Bellatrix pour sa part était tout simplement une folle. Ils avaient tous les deux assez de volonté pour résister des années. Je n'ai pas de but...je n'en ai jamais eu, je n'ai jamais su ce que je voulais. Je n'ai jamais eu de but, de volonté et je n'en ai toujours pas aujourd'hui. »
C'était tristement vrai. Que pouvait-il faire ? S'évader d'Azkaban pour apparaître dans la vie de ses fils ? Revoir Hyden pour lui dire qu'il avait toujours été fier de lui, qu'il ne se fichait pas de lui et de sa vie ? Revoir Matthew pour lui dire qu'il était désolé de l'avoir fait choisir une voie dont il ne pouvait se tirer au prix de sacrifices, et le féliciter de s'en être sorti ? Revoir Cole pour le remettre dans le droit chemin, pour l'empêcher de faire la même erreur que son grand frère ?
Il ne pouvait plus rien faire, c'était trop tard, il ne pouvait réapparaître dans la vie de ses trois enfants alors que ces derniers avaient enfin réussi à se défaire de son emprise. Ils avaient tous les trois choisi leur voie, fait leur bout de chemin, il était trop tard pour essayer de rattraper ses erreurs. En tout cas, John savait que si Hyden revoyait son père, il le renverrait en prison sans hésiter.
« Il vous suffit d'en trouver un ! Répliqua John d'un air encourageant. Vous m'avez dit ce que vous regrettiez ! Peut-être que vous pouvez vous rattraper d'une manière ou d'une autre ! Je suis sûr que vous pouvez faire quelque chose, trouver un but. Et puis il y a votre femme !
- Non. Elle a juste besoin de quelqu'un pour s'occuper d'elle, je ne suis pas le seul à avoir fait des erreurs. Elle a besoin que je revienne pour que je m'occupe d'elle, pas parce-qu'elle m'aime. Elle veut redorer notre blason avec mon aide. Et puis ne parlons pas de ça ce n'est pas le plus important, nous devons te sortir de ta cellule pour que tu puisses parler à Jabber. »
Oui, le jeune homme avait réellement besoin de parler au père de Kiril. Il fallait qu'il comprenne ce qui lui passait par la tête. Lors du procès, le mangemort lui avait semblé proche de son fils, prêt à tout pour son bonheur, prêt à être jugé, il avait eu l'air d'un homme pur. John devait comprendre ce qui était passé par la tête de cet homme pour qu'il essaie de le tuer et de tuer d'autres innocents, il avait besoin de savoir, il ne savait même pas comment tout cela allait se passer, ce qu'il pourrait dire. Il en avait besoin c'était tout.
« Hyden me manque..., murmura le blond sans savoir pourquoi. Tout le monde me manque.
- Je sais...
- Il viendra me chercher, tôt ou tard.
- Personne ne viendra te chercher ici, petit. Même mon fils. »
Le Gryffondor ne répondit pas, préférant retenir la réplique cinglante qui lui brûlait les lèvres. Il ne voulait en aucun cas vexer le père en lui expliquant qu'il connaissait mieux son fils que lui vu qu'il avait appris à le connaître progressivement et n'avait pas fait semblant de s'en désintéresser. Au lieu de ça il préféra demander quand les détraqueurs apportaient la nourriture et la boisson, cela devait bien faire deux jours qu'il attendait, peut-être plus.
« Ils ne vont pas tarder, c'est là que mon plan pour te faire sortir fera effet ! Ils seront forcés d'ouvrir ta cage pour te donner ta nourriture. Tu dois les persuader que tu es assez désespéré pour ne plus avoir aucune volonté et que tu ne pourras plus sortir même sans les barreaux. Tu dois les convaincre d'enlever les barreaux pour te laisser partir. Un détraqueur le remarquera quand il viendra te nourrir.
- Mais comment est-ce que je peux faire semblant d'être désespéré ?
- Tu n'as qu'à penser à ton pire souvenir et te blesser, crois-moi, petit, ça sape le moral de se faire mal tout en pensant à quelque chose d'horrible. »
Le Gryffondor le prit au pied de la lettre, il était prêt à tout, même à se blesser physiquement pour obtenir son entrevue avec Jabber. Il ne fallait pas réfléchir et faire confiance à Nathaniel, ce dernier semblait prêt à aider le petit-ami de son fils, il fallait qu'il saisisse cette chance qui s'offrait à lui. A présent, il ne pouvait plus rien regretter, il ne pouvait retourner en arrière, c'était ça ou attendre de dépérir dans cette prison glaciale.
John n'avait aucun besoin de son bras gauche, se le briser serait assez douloureux pour que le désespoir le gagne et pour convaincre le détraqueur d'enlever les barreaux à sa prison. Si seulement il avait la chance de Nathaniel qui lui n'avait pas de barreaux et pouvait promener à volonté, malheureusement ce dernier ne pouvait pas bouger. John mit son bras gauche dans une position étrange, la paume plaquée contre son ventre et le coude vers l'avant. Puis en criant de peur, il fonça droit vers un mur de sa cellule sans s'arrêter.
Le craquement qui retentit lorsque son coude frappa le mur lui donna envie de hurler, de vomir et de mourir en même temps, il ne sut que faire en premier et opta pour le hurlement strident. Le cri qui s'échappa d'entre ses lèvres fut tout simplement inhumain, tellement puissant et continu que l'autre crut avoir perdu l'usage de ses oreilles pendant quelques secondes. La deuxième option prit finalement le dessus et après un haut le coeur, le jeune homme déversa une bile immonde au sol en contractant tous ses muscles, lui provoquant des frissons incontrôlables.
Puis tout devint noir, encore plus noir que sans sa cellule, avant même de réaliser où il se trouvait, il sombra dans un évanouissement profond et s'effondra au sol en émettant un borborygme dégoûtant. Il rouvrit les yeux quelques minutes plus tard, mais à peine se rappela-t-il ce qu'il venait de faire que les cris reprirent de plus belle sans que John ne puisse les retenir, la douleur était juste insupportable, c'était comme si les cris ne lui appartenaient pas, comme s'ils appartenaient à une bête à l'intérieur de son corps qui agonisait, désirant sortir pour respirer à l'air libre.
Enfin, lorsqu'il réalisa que ses cris ne mèneraient à rien et qu'ils n'apaisaient en aucun cas sa douleur, le jeune homme se jeta au sol et se mordit le bras droit pour garder le silence, pour ne pas laisser la douleur s'insinuer plus longtemps, il ne voulait pas la laisser gagner. Le sang coula de son bras droit lorsque la chair céda sous la pression de ses dents qui résistait tant bien que mal. Même si les cris ne se faisaient plus entendre, sa respiration accélérée brisait le silence.
« Je suis désolé, petit, murmura Nathaniel en le voyant souffrir. Il faut payer le prix si tu veux voir Jabber. Je sens un détraqueur qui approche, maintenant pense à ton pire souvenir ! Vite ! »
Sans même que John n'aie l'idée de refuser d'y penser, les images s'insinuèrent presque plus sournoisement que la douleur dans son esprit. Le chemin de Traverse sous la neige. Des mangemorts de tous les côtés. Du sang coulant lentement contrastant avec la blancheur de la couche de poudre. Sa mère étendue sur le sol, pâle, déjà morte. Et puis cet homme, avec son masque qu'il venait de casser, cet homme...Jabber.
Il ne sut pas vraiment ce qui le fit s'évanouir en quelques secondes, la douleur, les souvenirs, ou l'arrivée du détraqueur qui flottait lentement devant sa cellule. Tout ce qu'il put voir avant de sombrer fut un bout de cape noire miteuse du détraqueur. Il s'évanouit, envahi par une douleur qu'il n'avait resse,to qu'une fois dans sa vie. La créature, aussi impassible qu'à l'accoutumée toucha les barreaux de sa main croûtée, les barreaux semblèrent se dissoudre dans l'air avant de disparaître, la laissant approcher de John. Ce dernier, presque inconscient, sentit la main se refermer sur son menton pas plus de quelques secondes avant de poser la nourriture et de repartir.
Lorsqu'il rouvrit les yeux une énième fois, ses yeux s'habituèrent plus rapidement que d'habitude lui permettant de voir les murs de pierre noire et l'absence de barreaux à sa cellule. L'ABSENCE DE BARREAUX A SA CELLULE ! Il avait réussi ! Il avait réussi à ressentir un désespoir si profond que le détraqueur, berné, avait retiré les barreaux de sa cellule. Le bonheur toutefois, ne dura pas plus de trois secondes. Le jeune homme essaya de se lever, mais la douleur lancinante revint au galop,semblant lui déchirer le bras gauche, le disloquer, le briser, le piétiner. Après avoir eu un mal de chien à se retenir de crier, ses yeux se dirigèrent vers la cellule d'en face.
« Tu as réussi ! Le félicita Nathaniel de sa voix grave. Maintenant tu peux te promener dans Azkaban pour retrouver le meurtrier de ta mère ! »
« Spero Patronum ! Hurlèrent les cinq jeunes gens en choeur en pointant leur baguette dans le vide. »
Ils espérèrent tous, se concentrant sur ce qu'ils pensaient être leur plus beau souvenir. Seulement aucun animal luisant de couleur bleutée ne s'échappa de leur baguette pour gambader autour d'eux, tout ce qui se produisait inlassablement était une gerbe de matière bleue presque fantomatique tant le sort n'était pas puissant. Celle qui y parvenait le plus était étrangement Lena, cette dernière parvenait à former un bouclier bleuté qui pourrait résister face à un ou deux détraqueurs mais pas face à l'armée qui l'attendait à Azkaban.
Matthew soupira, ne pouvant cacher sa déception plus longtemps, il tapa du pied dans une branche qui s'éleva dans les airs avant de retomber au sol quelques mètres plus loin sous les regards désolés des jeunes gens. Ils étaient tous désolés, tous attristés de ne pas pouvoir progresser plus rapidement, sauf Hyden. Lui n'était pas seulement désolé, il était en colère contre lui-même pour son impuissance. Il avait bêtement espéré que l'apprentissage sortilège viendrait de lui-même que l'urgence l'aurait forcé à se surpasser pourtant il n'y arrivait pas du tout.
« PUTAIN ! »
Son poing s'écrasa avec violence contre l'écorce d'un arbre encerclant la clairière, il entendit un craquement sinistre mais frappa encore et encore sans que quiconque ne puisse l'arrêter. Personne n'essaya de le retenir car ils savaient tous qu'ils n'y pouvaient rien, eux aussi se sentaient coupable de ne pas réussir, cet échec cuisant les minait plus qu'ils ne voulaient l'avouer. Seule Lena restait souriante et gardait son calme, les autres cédaient au désespoir et à la colère. Ils s'étaient entraînés tout l'après-midi !
A chaque fois qu'ils essayaient de se rappeler le meilleur moment de leur vie, une autre image venait parasiter l'opération, une image provenant de leur imagination cette fois. C'était l'image d'un garçon d'environ leur âge, blond, seul dans une cellule froide surveillée par une centaine de détraqueurs. Comment pouvaient-ils réaliser un sortilège aussi difficile alors que leur ami souffrait en prison en attendant. Les coups qu'Hyden portait à l'arbre cessèrent, il prit une grande inspiration et se rassit auprès de ses amis avant de croiser les bras.
« Écoutez, commença Matthew, je sais que vous avez tous envie de réussir mais je crois justement que cette envie vous bloque ! Vous êtes tellement obsédés par John que vous ne pouvez vous concentrer correctement !
- Et comment veux-tu que j'arrête de penser à lui ! Rétorqua Hyden avec force.
- Pas en frappant comme un abruti dans un arbre en tout cas. »
Le concerné baissa la tête honteusement, Isa le suivit dans son mouvement car elle avait fait la même chose lorsqu'elle avait appris que son père était mort. Encore maintenant, penser à son père lui donnait mal au coeur, une bête à l'intérieur de son corps rongeait ses organes jusqu'à ce qu'ils explosent. Heureusement qu'elle avait eu des années pour se préparer à cette nouvelle car elle aurait réagi d'une manière similaire à celle de John lorsqu'il avait perdu Amanda, sa mère.
« Vous avez besoin d'entraînement, c'est sûr ! Mais vous avez surtout besoin de décompresser, de vous détendre, à l'image de Lena qui progresse plus rapidement.
- Comment tu fais ? Demanda soudainement Gabriel à l'adresse de Lena qui était restée silencieuse jusqu'à présent.
- Je ne sais pas, répondit la jeune fille. J'ai maîtrisé mes émotions toute ma vie à cause de mon pouvoir d'empathie, je ne laisse aucun sentiment et par conséquent aucun souvenir me parasiter. Je peux choisir quel souvenir garder auprès de moi et quel sentiment j'ai envie de ressentir. Mais c'est grâce à des années d'entraînement. »
Ils se relevèrent tous en même temps et tendirent leur baguette prêt à en découdre avec ce sortilège qui les énervait au plus haut point. Ils étaient tous à deux doigts de péter un plomb mais ils se retenaient car ils savaient pertinemment qu'il n'était pas question d'un simple sortilège mais d'aider leur ami à s'en sortir, de le revoir. Ils pointèrent leurs baguettes dans le vide.
« SPERO PATRONUM ! Mugirent-ils en choeur. »
Comme les fois précédentes, des gerbes de matière bleutée volèrent de tous les côtés, sous les yeux de Matthew qui les contemplait ne pouvant cacher sa consternation. A ce rythme là, ils ne seraient prêt que dans des mois et John serait déjà différent, il aurait été contaminé par Azkaban et marqué à jamais. Car le vrai problème n'était pas de savoir s'ils allaient le récupérer, mais quand. Matthew espérait le récupérer avant que la prison ne change le blond comme elle avait changé tant d'hommes avant lui.
« SPERO PATRONUM ! »
La matière bleutée qui s'échappa de la baguette de Lena prit la forme d'un bouclier la protégeant des attaques, l'auror remarqua que le bouclier tenait plus longtemps que la première fois qu'elle l'avait invoqué, ce qui était bon signe et témoignait de sa progression. La jeune fille s'améliorait rapidement que ses amis, à ce rythme là, elle parviendrait à former un patronus avant le lendemain, c'était pratiquement certain. Ce fait le rassura un peu et lui insuffla une once d'espoir, peut-être qu'ils seraient dans les temps finalement.
« SPERO PATRONUM ! »
Gabriel et Kiril déployaient énormément d'efforts tous les deux pour parvenir à rattraper Lena dans sa progression, eux aussi savaient particulièrement bien maîtriser leurs émotions. Gabriel s'était longtemps caché derrière sa nonchalance et avait affronté des situations tellement difficiles qu'il pouvait garder son sang-froid dans des situations aussi ardues. Quant à Kiril, c'était tout simplement dans sa nature, il n'était pas connu pour ses emportements, il était assez...difficile à cerner mais lorsqu'il avait quelque chose dans le coeur, ce quelque chose y restait. Il devait se racheter vis-à-vis de John car son père avait tué la mère de celui-ci. Et puis, peut-être qu'en allant à Azkaban, le Serpentard aurait une chance de revoir son père.
« Hey, s'exclama Lena, regardez je crois que j'ai fais un patronus !
- Tu as rêvé Lena ! Répliqua Isabella passablement contrariée. »
Isabella n'avait pas autant de facilité que les autres à effectuer le sortilège, c'était la première fois qu'elle pédalait vraiment dans la semoule, qu'elle n'arrivait pas à faire ce qu'elle voulait de sa baguette. Elle était obnubilée par d'autres choses, elle était tiraillée entre l'histoire de Matthew, l'envie de tout savoir à ce propos, et la mort de son père. La jeune fille ne pouvait pas se concentrer convenablement sur un souvenir heureux après tout ce qu'elle venait d'endurer et qu'elle endurait encore.
Hyden était le plus en difficulté face aux autres, il tremblait sans raison de tous ses membres, c'était à peine s'il arrivait à tenir sa baguette tendue devant lui. La peur et la colère se mélangeaient en lui ajoutées à la fatigue, le laissant vacillant en plein milieu de cette forêt à effectuer un sortilège complètement stupide alors que John derrière les barreaux dépérissait à petit feu. Comment pouvait-il se concentrer sur un souvenir heureux avec son amant qui lui manquait plus que tout ?
« Mais si regardez ! S'écria Lena bruyamment en riant, la baguette levée. »
Les autres assistèrent à la victoire de la jeune fille avec admiration, en effet, un flot conséquent de matière bleue gicla de sa baguette, forçant les autres à s'écarter pour laisser la lumière bleutée fantomatique prendre forme dans un mouvement élégant, magnifique. Sous leurs yeux ébahis, la matière bleue se fit et se défit avec splendeur, une paire d'antennes apparurent, surmontant une paire de petits yeux.
Pendant quelques secondes, Isa eut peur que le patronus de sa petite soeur prenne la forme d'un gros cafard mais elle se retrouva bien vite rassurée en regardant le thorax se former sur lequel six pattes fines se fixèrent mais également deux ailes gigantesques arrondies. UN PAPILLON ! C'était un énorme papillon qui prenait forme sous leurs yeux, énorme mais d'une beauté époustouflante, le papillon voleta autour de sa propriétaire qui riait de bon coeur. Le premier patronus était là, il volait tranquillement en taquinant Lena qui s'esclaffait en le sentant la frôler lui procurant une chaleur et un bien-être hors du commun. Puis le patronus s'évanouit dans les airs en même temps que le rire de Lena. Et l'entraînement reprit de plus belle.
« Bravo Lena ! La félicita Matthew. Dès demain, on entamera la version réelle pour toi.
- La version réelle ?
- Oui, réaliser un patronus dans le vide n'est pas la même chose qu'en réaliser un face à un détraqueur. »
La nuit commençait à tomber, la lumière du soleil disparaissait progressivement à travers les arbres, plongeant la clairière dans une pénombre un peu effrayante. Matt laissa Lena rentrer à la cabane hurlante après s'être assuré qu'elle maîtrisait bien le patronus en l'invoquant trois fois d'affilées. Cependant la jeune fille refusa prétextant qu'elle se devait d'aider ses amis à invoquer leur propre patronus. Les autres s'engagèrent à rester une heure de plus pour s'améliorer encore un peu avant d'aller se reposer. Hyden ne pouvait plus dormir, aussi déclara-t-il qu'il resterait s'entraîner plus longtemps que prévu.
Isabella savait qu'elle n'allait pas rentrer à la cabane hurlante, il fallait qu'elle aille voir les centaures, qu'elle éclaircissent les choses, c'était un besoin. Auparavant, elle n'avait jamais demandé à tout comprendre, la jeune fille avait peur d'apprendre la vérité sur son père, qu'il était mort. Mais maintenant qu'elle savait, que le choc était passé, l'envie d'en savoir plus prenait le dessus sur son envie de prendre du recul.
L'entraînement continua pendant plus d'une heure, les jeunes gens brandirent leurs baguettes, frappant de tous les côtés pour qu'un animal particulier s'en échappe, mais le résultat fut peu concluant. Jusqu'aux dernières minutes, aidé par Lena qui lui donnait le sourire juste en le regardant, Kiril pointa sa baguette en l'air et cria de toutes ses forces, il ne pensa pas à un souvenir heureux en particulier, il pensa juste à sa petite-amie dans toutes les facettes de sa personnalité et dans toute sa jovialité.
« SPERO PATRONUM ! »
La matière bleue qui s'éleva forma un animal plus gros, beaucoup plus gros que le papillon géant de Lena. Un corps écailleux grand, long apparut devant eux, grandeur, puissance furent les mots qui leur vinrent à l'esprit. La formation du corps et des membres se terminait sur une énorme queue à l'arrière et sur la mâchoire la plus effrayante qu'ils n'avaient jamais vu, la mâchoire était pourvue de dents acérées. Un alligator, l'alligator se déplaçait dans les airs comme s'il nageait en faisant vaciller sa lourde queue de droite en gauche comme un gouvernail et en recourbant un peu ses quatre pattes.
Ils n'eurent pas le temps d'applaudir ou de crier de joie que déjà Gabriel levait sa baguette à son tour pour créer son propre patronus. Il avait espéré voir apparaître un loup-garou sous ses yeux ou un autre animal de cette envergure, quelle ne fut pas sa surprise lorsque la première chose qui apparut au milieu de cette gerbe fut un long et épais bec. La matière bleue forma des ailes d'une envergure impressionnante pour deux petites pattes d'une faible musculature. L'oiseau s'éleva gracieusement en déployant ses majestueuses ailes, ils le reconnurent comme étant un albatros. Le Poufsouffle ne put cacher sa déception face à l'animal qui était censé le représenter. Isabella lui lança un sourire rassurant.
« L'albatros est connu pour être le roi dans son domaine, il est très majestueux en plein vol pourtant il est super maladroit sur terre, un peu comme toi, expliqua Isa. Lorsque tu es dans la forêt, dans ton milieu, tu es le roi, lorsque tu n'es pas dans ton élément, tu es super maladroit, tu ne sais pas comment t'y prendre.
- BRAVO ! S'exclama Matthew en applaudissant, sautillant presque de joie. Je crois qu'on en a assez fait pour aujourd'hui ! Allez les gamins on rentre !
- Je ne rentre pas, répondirent Hyden et Isa avec détermination.
- Quoi ? »
L'un expliqua qu'il ne pourrait pas dormir que rentrer ne servait à rien, qu'il devait s'entraîner rapidement et que si cela devait lui prendre la nuit, il n'hésiterait pas à rester dans cette forêt. L'autre expliqua tout en lançant un regard appuyé à l'auror qu'elle devait rendre visite aux centaures pour régler une petite chose. Ce dernier répondit à son regard en levant un sourcil interrogateur, voulant comprendre ce que tout cela voulait dire. Les autres acquiescèrent, même Gabriel, à contre-coeur cependant.
Lorsque les autres disparurent parmi les arbres, Isabella se rapprocha de son ami qui s'était assis au sol, la tête baissée. Elle s'assit derrière lui et posa deux mains sur ses épaules avant de poser sa tête sur sa nuque. Puis elle resta là, tout contre Hyden, sans parler, sans même penser. Les deux jeunes gens savaient pertinemment qu'ils ne s'était pas parlés depuis longtemps seul à seul et qu'ils en avaient besoin, pourtant aucun des deux n'osa faire le premier pas en prononçant le premier mot. Ils étaient bien là, l'un tout contre l'autre, sans être assailli par un sentiment de tristesse ou de peur, ou encore de colère, c'était la première fois qu'ils étaient bien depuis longtemps. Toutes les bonnes choses avaient une fin.(3)
« Je sais tout. »
Ce n'était qu'un murmure émis par le brun, qu'un tout petit murmure qui ne voulait rien dire et qui voulait tout dire en même temps. La jeune fille écarquilla les yeux, ses doigts se resserrèrent sur les épaules de l'autre et sa tête se fit plus lourde. Il savait, ils savaient tous les deux qu'ils avaient des problèmes qu'ils étaient trop jeunes pour affronter, qu'ils étaient là à s'accrocher l'un à l'autre car ils avaient tous les deux perdu une partie d'eux-même et qu'ils se comprenaient.
« Je sais ce que tu vas faire. Et je sais que tu es toujours là avec moi parce-que tu as peur. »
Elle allait voir les centaures pour enfin demander la vérité, toute la vérité en détails, ces derniers pourrait l'aider à éclaircir cette partie passée de sa vie. Elle avait décidé cela sur un coup de tête au cours de l'après-midi, et maintenant qu'elle se retrouvait au pied du mur, elle se raccrochait à Hyden par peur de faire le grand saut, d'en finir une bonne fois pour toutes pour se concentrer sur le sauvetage de John. Isa était juste effrayée.
« Si tu dois en finir avec cette histoire alors n'hésite pas une seconde et vas-y...j'ai besoin de toi, Isa...John a besoin de toi...on a tous besoin de toi et en ce moment tu n'es pas là.
- Je suis désolée... »
Il savait vraiment tout, l'ex-Serpentard avait parfaitement compris qu'elle était obnubilée par son passé, tellement captivée qu'elle n'arrivait pas à se concentrer sur ses amis qui mourraient à petit feu en prison. Il avait compris qu'elle était absente et qu'elle l'avait abandonné momentanément sans la moindre hésitation au moment où il avait le plus besoin d'elle car il venait de perdre son petit-ami et qu'il risquait de ne jamais le revoir.
« Ne t'excuses pas, la rassura-t-il calmement. Je comprends très bien avec tout ce qui t'es arrivé...ce que je veux dire c'est...Je ne veux pas te perdre alors ne va pas trop loin, ne va pas là où on ne pourra te récupérer. Je me suis toujours dit que si je perdais John toi tu serais là pour me soutenir et le retrouver avec moi. Mais je suis en train de vous perdre tous les deux et j'y arriverai pas. »
Il ne l'avait pas dit plus tôt, il se retenait depuis son retour de lui faire remarquer son absentéisme, son abandon. Le matin, lorsqu'Isabella l'avait vu descendre et s'amuser avec les enfants elle avait cru qu'il gérait la situation. Pourtant, s'il y avait une chose que l'ex-Serpentard ne gérait pas, c'était ça, il mourrait sans son amant mais il s'efforçait simplement de ne rien montrer. Il avait juste espéré qu'elle lise entre les lignes et qu'elle le soutienne quand même, ça n'était pas arrivé.
« J'ai peur et je sais que toi aussi tu as peur, si tu avances pas, je n'avancerai pas non plus et on ne pourra pas aider John. John a besoin de nous. Et je ne peux pas assouvir son besoin car j'ai moi-même besoin de toi. Mais tu n'es pas là pour le moment. Alors va voir les centaures, tu dois en finir pour pouvoir te concentrer sur tes amis, sur ton futur et non sur ton passé comme tu le fais depuis des jours, depuis des mois. »
La Serdaigle frissonna, puis se mit à trembler en prétextant qu'il commençait à faire froid. Les vérités qu'elle venait de se prendre en pleine figure agissaient comme une grosse claque la réveillant d'une douche froide, glacée. Elle était aimée, des gens comptaient sur elle, elle ne pouvait les laisser tomber en se focalisant sur son propre passé. Il ne lui restait que quelques pas à faire vers le camp des centaures pour qu'ils l'aident à retrouver les traces de ce qu'il s'était passé lorsque Bellatrix l'avait enlevée avec sa petite-soeur.
« Alors voilà, je vais m'entraîner à créer mon patronus et lorsque tu en auras terminé, je me tiendrai exactement au même endroit si tu as besoin de moi. Puis on ira tous ensemble aider John et tout redeviendra comme avant, d'accord ?
- D'accord ! »
Hyden riva ses yeux sur elle, la regardant se lever puis s'éloigner entre les arbres pour rejoindre le camp des centaures dont il ne savait pas l'emplacement dans la forêt interdite. Lorsqu'il se trouva seul pour la deuxième fois de la journée en comptant celle où il s'était enfermé dans une chambre le matin même, il se leva à son tour et brandit sa baguette. Il la serra si fort entre ses doigts qu'il faillit la briser mais il s'en fichait tant il était concentré sur un bon souvenir le concernant non...les concernant lui et John.
« Spero Patronum ! »
Isabella marchait vers le camp des centaures, accompagnée par Blue qui l'avait rejointe pendant sa marche. Scar s'était montré quelques secondes pour l'accueillir comme il se devait puis il était reparti aussi vite qu'il était venu. La jeune fille, hantée par sa peur d'enfin découvrir son passé se cogna contre quelque chose, ou plutôt quelqu'un. Matthew la regardait d'un air impassible, elle ne fut même pas surprise de voir qu'il l'avait retrouvée.
« Je t'accompagne, déclara-t-il. Je veux être avec toi. Si tu as peur de ton passé, moi j'ai peur de toi, il est temps qu'on affronte tous les deux nos peurs.
- D'accord. »
Une dizaine de minutes plus tard, ils déboulèrent sur le camp des centaures plongé dans le noir. Deux centaures galopèrent jusqu'à eux pour les accueillir et les escorter jusqu'à la tente de leur chef, Magorian. Matthew affichait un air humble devant ces créatures aussi et peut-être même plus intelligentes que les humains mais surtout tellement plus sages. Isabella salua les centaures qu'elle connaissait par politesse, mais elle n'en avait pas le coeur. Magorian les accueillit comme s'il savait déjà qu'ils allaient venir tous les deux, il leur fit face.
« Bonsoir, humains, Isabella Smith, je vois que tu viens en quête de vérité, tes pas son francs mais tremblants. Tu as envie de savoir mais cela t'effraie également. Il était écrit que tu reviendrais bientôt, toutefois, les étoiles ne m'ont pas éclairé sur la venue de cet homme. Tu sais que nous n'acceptons que ta venue, si tu ne l'avais pas emmené en pleine nuit, mon troupeau aurait essayé de le tuer.
- Je le sais et je suis désolé de ne pas vous avoir prévenu. Je vous présente Matthew Even.
- Bonsoir Matthew Even.
- Bonsoir, répondit le concerné en s'efforçant de ne pas laisser transparaître sa peur. »
Le centaure s'approcha de lui majestueusement et tendit la main que l'autre serra. Un sourire fleurit sur le visage du centaure lorsque sa main entra en contact avec celle de l'auror, ses yeux se fixèrent à ceux de son vis-à-vis. L'auror, intimidé, haussa un sourcil interrogateur, le chef des centaures semblait savoir quelque chose que personne ne pouvait comprendre et qui le faisait sourire.
« Alors voilà ton ami qui sait tout, celui dont nous avions parlé à notre dernière rencontre, fit Magorian à l'adresse d'Isa avant de se retourner vers Matthew. Tu viens de loin, tu as vu de nombreuses choses Matthew Even, tu as affronté ta famille une fois, n'oublie pas...n'oublie rien, tu auras besoin de toute ta force de conviction le moment venu, il y aura une deuxième fois protège ce qui t'es le plus cher.
- Quoi ?
- Asseyez vous tous les deux face à face ! »
Magorian ne lui avait pas laissé le temps de se poser de questions, il venait de lui énoncer une prophétie juste avant de changer de sujet pour retourner à la raison de leur venue ici. Les deux humains s'assirent face à face non sans gêne avant de se lancer un regard étrange. Comme s'ils s'encourageaient tous les deux à continuer, ils ne pouvaient plus reculer de toute manière, ils devaient avancer tous les deux, en finir !
Le centaure prit une poignée de plantes étranges qu'il jeta dans le feu, celui illuminait la tente en son centre. Matt se dandina, ne sachant ce qu'il devait faire pour que tout se passe bien. Instinctivement, la Serdaigle s'empara de ses deux mains qu'elle serra dans les siennes. Pendant une seconde, le jeune homme eut envie de s'esclaffer devant cette situation à la limite du comique mais son sourire se fana lorsqu'il pensa qu'il allait affronter son passé et ce tournant décisif qui avait changé sa vie. Avant de pouvoir faire le moindre mouvement de plus, la tête d'Isa s'affaissa, ses yeux devinrent blancs. Il se retrouva happé par un tourbillon de souvenirs qui défilaient sous ses yeux à une vitesse affolante, ses souvenirs à lui.
Il revit tout , tout ce qui avait marqué sa vie qu'il ait cinq petites années ou qu'il soit à Poudlard martyrisant des élèves innocents. Cependant les souvenirs passaient en accéléré, comme si la jeune fille maîtrisait son don avec tellement de finesse qu'elle choisissait ce qu'elle voulait voir, elle se fichait de l'enfance de l'auror. Le rythme se ralentit progressivement lorsque les souvenirs de sa mutation en mangemort apparurent.
Isabella apparut à ses côtés, en réalité elle était là depuis le départ mais il était trop obnubilé par sa propre mémoire pour la remarquer. L'accélération se stoppa sur le souvenir du jour de l'enlèvement des deux petites filles et du mari. L'auror revit exactement la même chose que lors de son souvenir la veille. Il se revit stupéfixer Eva, prendre Mike pour transplaner et l'enfermer dans un dédale de pierre. Enfin, il entendit à nouveau la voix froide et dure de Bellatrix.
« Je te charge de t'occuper de ses enfants en attendant l'achèvement de la potion, occupe toi de nos trois prisonniers pendant les prochains jours. »
Comme dans son rêve, Matthew se sentit tiré du rôle de simple spectateur pour prendre place dans son ancien rôle d'acteur contraint de répéter les geste qu'il avait répété des années plus tôt. Tout cela sans même réaliser qu'il était à présent un auror, qu'il était endormi ou en transe et qu'il sondait son passé pour montrer la vérité à Isabella. Cette dernière lui était carrément sortie de la tête, il ne la voyait plus.
« Tu m'entends, Even ? Questionna Bellatrix. Tu m'entends Matthew ?
- Oui...oui, je m'occuperai des enfants et du père.
- N'oublie pas de torturer le père le plus souvent possible. Il faut qu'il comprenne qu'il n'a plus aucun pouvoir, qu'il ne verra pas ses enfants grandir. Et méfie toi, tu ne sais pas de quoi sont capables les pères pour leurs enfants. »
Le jeune homme se détourna de sa maîtresse pour aller se diriger vers sa chambre. Cet endroit similaire à un labyrinthe était une vieille planque du Seigneur des Ténèbres que Bellatrix avait réquisitionnée avec les partisans rescapés. Elle avait dans l'idée de restaurer le règne de son maître en déployant toutes les cordes à son arc pour le retrouver et lui faire retrouver son trône, regagnant ainsi son honneur et son rang de lieutenant. Il pénétra dans sa chambre sobre, froide et aussi austère que le reste de ce labyrinthe et se jeta dans son lit avant de regarder le plafond d'un oeil morne.
Il en avait marre, marre de côtoyer la mort tous les jours, non, ce n'était pas tous ces morts qui le gênaient, c'était le fait que ces morts lisaient toujours en lui avec une facilité déconcertante. Ils semblaient toujours voir en lui une once, une lueur d'espoir et de tendresse, une lueur que lui n'avait jamais remarqué. Il se donnait toujours un air de monstre, de tueur pour effacer toute sensibilité, toute pitié et faire le travail que son père lui avait demandé de faire. Mais voir tous ces gens qui ne le connaissaient pas et le jugeaient bon en le regardant dans les yeux lui faisait froid dans le dos. Comment pouvaient-ils juger qu'il n'était pas fait pour devenir mangemort en lui jetant un simple regard ?
Ces situations le gênaient plus que tout car elles remettaient toute en doute, les bases même de sa vie, de son existence. Matthew avait toujours sans exception écouté ce que lui disaient ses parents et particulièrement son père car ce dernier avait été son exemple. Il n'avait jamais eu de but, de projets parce-que son père en avait déjà pour lui. Il s'était contenté de suivre les idées de sa famille qu'il aimait plus que tout pour lui faire plaisir, ce qui l'avait mené jusqu'ici dans cette pièce sombre avec pour compagnons, les rats et les morts.
Cependant il s'était toujours complètement fiché de l'endroit où il vivait ou de son propre bonheur car il le trouvait par l'intermédiaire de Nathaniel, rien ne le rendait plus heureux que rendre son propre père heureux, même si cela voulait dire tuer des centaines de gens. Ces gens qui le faisaient flancher en lui demandant ce qu'il foutait là alors que son coeur n'y était pas faisaient vibrer le château de cartes qu'il avait passé des années à construire pour son père. Ces gens remettaient l'amour que son père avait pour lui en cause.
Matthew avait toujours eu une notion de mal et de bien très développée, il connaissait parfaitement la limite entre les deux côtés mais il avait choisi d'ignorer cette logique pour que son père soit fier de lui. Il savait parfaitement que ce qu'il faisait penchait dangereusement du côté du mal, mais cela valait ben l'amour de son père. Ces gens comme Mike lui ouvraient les yeux et le faisaient hésiter. Si son père l'aimait, alors pourquoi avait-il choisi une voie pour lui ? Pourquoi lui faisait-il faire des choses horribles ? On ne forçait pas les gens que l'on aimait à faire ce genre de choses, si ?
Préférant ne pas se remettre en question, le jeune homme s'étira en grimaçant de douleur. C'était une dure journée, et elle n'était pas terminée, il devait encore s'occuper des trois prisonniers. Après avoir pris une bonne douche réparatrice, il se dirigea vers la chambre où les deux petites filles étaient enfermées. Sa première rencontre avec elles n'avait pas été très...chaleureuse. L'aînée défendant sa vie l'avait mordu à la main jusqu'au sang. En pensant à cela, il toucha sa cicatrice fraîche qui resterait sûrement toute sa vie.
Et puis, il ne savait pas comment gérer des enfants, bien sûr il y avait ses deux petits frères, Cole étant assez âgé il était assez autonome mais Hyden avait toujours eu besoin de lui depuis sa naissance. Hyden avait le même âge que l'aînée des gamines. Le peu d'expérience que Matthew avait venait de son petit-frère dont il s'occupait quelquefois. Mais s'occuper d'un petit-frère n'était pas la même chose que s'occuper de deux gamines d'autant plus qu'il les avait attaquées quelques heures plus tôt. Si il y avait une personne qu'elles ne voulaient pas voir c'était bien lui.
Qu'allait-il faire avec elles ? Qu'est-ce que s'occuper de deux gamines voulait dire en sachant que c'était Bellatrix qui avait donné l'ordre et qu'il était un mangemort ? Peut-être qu'il devait simplement leur amener de la nourriture, peut-être qu'il devait les torturer. Cette idée lui donna la nausée. Mettant fin aux incessantes questions qui trottaient dans sa tête, sa main attrapa la clé de la chambre, la passa dans le trou de la serrure, dans un cliquetis familier, la porte se déverrouilla. Il ramassa le plat de pâtes qu'il était chargé de leur amener et ouvrit la porte prudemment.
A peine passa-t-il la tête par l'entrebâillement qu'un cri guerrier résonna à ses oreilles, la petite Isa à l'autre bout de la pièce courut droit sur lui, les poings en avant, des poings pourvus de petits ongles dévastateurs. Matthew, qui s'y attendait cette fois-ci leva la main et la stoppa net en la posant sur la tête de la petite pour la retenir. Cette dernière lança ses poings pour le frapper mais il maintenait une distance suffisante, la forçant à frapper dans le vide, le frôlant sans jamais le toucher. Il la repoussa vers le lit de la chambre sur lequel elle s'effondra et manqua d'écraser sa petite soeur encore minuscule bébé qui se mit à pleurer bruyamment. Alors qu'Isa se préparait à attaquer de nouveau.
« Arrête de m'attaquer, je ne te veux pas de mal ! Stop ! Hurla Matthew.
- Non ! Laisse-nous tranquilles, sale monstre ! »
Il s'était attendu aux insultes, pourtant celle-ci le blessait plus qu'il ne voulait l'admettre, sans qu'il en sache la raison. Il n'était pas un monstre, il faisait juste les mauvaises choses pour les bonnes raisons. Il voulait que sa famille l'aime comme tout le monde. Mais peut-être que cette enfant avait raison, peut-être qu'il en était un, car les monstres étaient toujours créés par d'autres monstres. Peut-être qu'il était juste comme son père, un monstre et que ce dernier l'avait créé en ce but.
« Je ne suis pas un monstre ! Protesta-t-il.
- Si !
- Non !
- Si ! T'as tué mon papa et ma maman.
- Ils ne sont pas morts, mais si tu te calmes je t'expliquerai ! »
Cette phrase fit l'effet d'une formule magique, la petite fille, toujours méfiante, s'assit sur le lit à côté de sa petite soeur qu'elle prit dans ses bras, celle-ci enroulée dans un drap continuait à pleurer. Matthew prit une chaise qui reposait contre le mur et s'y assit pour expliquer calmement à la gamine la situation. Mais avant cela, il lui donna le plat de pâtes qu'elle engloutit avec les doigts sans aucune retenue tant elle était affamée. Une fois qu'elle eut fini de manger, elle leva des yeux meurtriers vers le mangemort.
« Ton père est ici, dans cet endroit.
- Et ma maman ? Demanda Isa d'une voix agressive.
- Ta maman, elle est toujours chez toi, à ta maison. »
La petite fille était étrange, c'était une force de la nature, elle ne pleurait pas alors qu'elle savait que quelque chose se tramait, que sa famille n'en sortirait pas indemne. Peut-être même se doutait-elle que l'un de ses proches allait mourir. C'était étonnant de voir autant de perspicacité et d'agressivité dans son regard, elle avait décidé de ne pas se laisser abattre, en tout cas pas devant lui car cela reviendrait à montrer sa vulnérabilité . Sa détermination était effrayante pour une gamine d'à peine trois ou quatre ans.
« Ma petite soeur pourra pas manger des pâtes. Ma maman elle a dit à la maison qu'il lui fallait du lait en biberon.
- Je m'en occuperai.
- Pourquoi tu nous gardes ? »
C'était la question qui fâchait. Bellatrix ne lui avait rien dit concernant ce qu'il devait expliquer aux enfants, sûrement car elle ne comptait pas qu'il leur parle pour quoique ce soit. Le jeune homme se demanda s'il pouvait dire la vérité mais préféra opter pour le mensonge, question de sécurité mais surtout de culpabilité, il ne voulait pas voir le dégoût dans les yeux d'Isabella. Il ne voulait pas qu'elle le prenne encore plus pour ce qu'il était, un meurtrier, un monstre.
« Ta petite soeur et toi, vous avez une maladie, c'est pour ça qu'on vous a pris pour vous soigner en vous donnant une potion spéciale. Ton papa a voulu nous accompagner pour être sur que tout se passera bien. Ta maman vous attend à la maison. »
Sans qu'il sache pourquoi, il ne voulait pas lui faire mauvaise impression il voulait gagner la confiance de l'enfant. D'ailleurs il ne chercha pas à se poser la question, se rassurant en pensant que s'il gagnait la confiance de l'enfant, tout serait plus facile à vivre et sa mission de s'en occuper serait moins éprouvante. Matthew évita précautionneusement l'idée qu'il voulait sa confiance car il en avait besoin, il avait besoin de quelqu'un même si c'était une petite fille de trois ans.
« N'importe quoi ! S'exclama la petite. T'as fait mal à ma maman, et papa il était parterre tout à l'heure ! Va-t-en ! Menteur, t'es un menteur ! Va-t-en ! »
Isabella avait bien compris que ses poings et ses dents ne lui étaient d'aucune utilité contre cet homme, alors elle hurla de toutes ses forces contre lui. Elle s'époumona, lui cria de les laisser tranquille, de ne pas faire du mal à sa famille, elle était au bord des larmes. Les cris désespérés et furibonds suffirent à faire frissonner Matt qui se leva de sa chaise et fila vers la sortie avant de refermer la porte derrière lui, secoué par cet entretien un peu trop mouvementé pour son bien.
Il aligna un pied devant l'autre pour s'éloigner de la chambre mais se retrouva déboussolé par les sanglots qui résonnèrent dans tout le couloir à travers la porte. La petite fille pleurait sans retenue, incapable de se contrôler. Matt ne put contenir plus longtemps l'image de son petit-frère du même âge apparut, Hyden. Il imagina Hyden du haut de ses trois ans pleurer comme la petite-fille le faisait et imagina ce qu'il aurait fait dans cette situation. Il aurait accouru pour le prendre dans ses bras et le rassurer, pourtant, il ne pouvait se permettre de faire ça avec elle.
Le jeune homme serra les poings puis s'éloigna d'un pas rapide pour ne plus entendre les sanglots qui lui déchiraient les tympans et le coeur. Il ne savait pas ce qu'il devait ressentir vis-à-vis de son comportement, devait-il être content de finalement parvenir à passer pour un monstre, réfutant les phrases de ceux qui en doutaient, ou devait-il s'en lamenter. Voilà, il était ce que son père voulait qu'il soit, mais cela lui faisait-il plaisir...non, faire pleurer des enfants, tuer leur père et les empoisonner n'était pas sa plus grande fierté ni sa plus grande joie, surtout lorsque les enfants en question lui faisaient penser à son petit-frère tout aussi innocent qu'eux. Finalement, peut-être que l'amour de son frère surpassait celui de son père.
Envahi par des pensées plus contradictoires les unes que les autres, le mangemort fila dans les couloirs sans réfléchir, refusant de se laisser attendrir par deux gamines et par la pensée de Hyden. Son poing frappa contre un mur puis ferma les yeux une seconde refusant de laisser couler une seule larme, il se rassura en se persuadant que c'était une larme de colère et non de tristesse, de compassion. Dans son dos, une voix qu'il avait peur d'entendre retentit, pas celle de Bellatrix, il s'était habituée à sa voix glaciale, celle de Mike, le père des deux filles qu'il venait de faire pleurer. En effet, sa fuite de la chambre l'avait mené droit à la cage du père.
« Mauvaise journée ?
- Comment pouvez-vous dire ça alors que vous êtes emprisonné et que vos enfants vont se faire empoisonner ?
- Donc, ma femme n'est pas morte.
- Quoi ? S'exclama le mangemort, pris au dépourvu.
- Si elle était morte, vous l'auriez ajouté dans votre liste pour me montrer que j'ai passé une mauvaise journée. »
Comme la première fois qu'ils s'étaient rencontrés, l'homme semblait lire dans ses pensées et comprendre dans ce qu'il disait plus que ce qu'il voulait montrer. Un sourire joyeux fleurit sur les lèvres de l'homme suivi d'un soupir de soulagement lorsqu'il comprit que sa femme, Eva était en sécurité et qu'elle n'était plus mêlée à cette affaire. Mike était l'homme le plus étrange qu'il connaissait, c'était comme s'il calculait tout, qu'il analysait tous les mots qui sortaient de sa bouche pour prêcher le vrai du faux.
« Elle n'est plus concernée, hein ? Vous n'allez pas aller l'attaquer plus tard, pas vrai ? S'inquiéta-t-il. Promets-moi que tu ne laisseras personne faire du mal à ma femme que vous n'allez pas retourner chez moi pour la tuer !
- Je n'ai rien à promettre.
- Merci, soupira Mike avant de se détendre comme si l'autre avait accepté. Tu sais, j'ai jamais cru que tu avais tué ma femme, tu n'en serais pas capable...enfin je veux dire, que tu aurais trop de coeur pour la tuer en plus de lui enlever ses enfants et son mari ou justement pas assez. »
Matthew resta silencieux, il ne savait pas quoi dire, quels mots employer pour paraître impénétrable pour empêcher l'autre de comprendre trop de choses et pour pénétrer dans son esprit comme il venait de le faire pour sa femme. Il se rapprocha de la cage et afficha un air hautain, espérant secrètement que cela suffirait à intimider le prisonnier mais le sourire de ce dernier s'accentua un peu plus si possible lorsqu'il demanda:
« Pourquoi as-tu peur de moi ? Je suis prisonnier non ? »
Pourquoi avait-il peur de lui ? C'était une bonne question que même le mangemort se posait, car oui il avait peur de lui c'était indéniable. Il n'avait pas peur de lui au sens physique, il pouvait le combattre avec facilité sans qu'une once de peur ne lui glace le sang, c'était une autre peur qu'il ressentait en plongeant dans les yeux profonds de cet homme. La peur qu'il puisse pénétrer dans son cerveau, dans son esprit pour l'amadouer et lui faire comprendre qu'il n'était pas un meurtrier, pas un mangemort, que ce n'était pas ce qu'il devait faire. Il savait pertinemment que l'autre avait le pouvoir de faire ça, le pouvoir de lui ouvrir les yeux et lui faire entendre la vérité qu'il ne voulait surtout pas entendre, jamais ! Lui seul était capable d'appuyer sur sa faiblesse.
« Bah...tu n'es pas obligé de répondre, continua Mike d'un ton conciliant. Explique-moi plutôt ce qu'il se passe ? Pourquoi avoir kidnappé mes filles ? Pourquoi ne pas m'avoir tué ? J'ai fait ma petite recherche et j'ai appris que ce n'est pas la première fois que Bellatrix Lestrange fait cela. Que cherche-t-elle ? »
Encore le même refrain que pour les deux enfants, devait-il dire la vérité ou mentir, en l'occurrence, mentir ne servirait à rien alors mieux valait ne rien dire du tout. Quoique...Mike n'allait pas survivre, Bellatrix allait le tuer après s'être servi de son sang pour la potion, il méritait bien de tout savoir. Et puis, cela lui servirait peut-être à se faire à l'idée, à se préparer à mourir dignement. Il n'y avait aucun risque à tout lui révéler, après tout ce qu'il lui avait fait, il lui devait bien.
« Bellatrix est persuadée que notre Seigneur des Ténèbres n'a pas été tué par Harry Potter, qu'il a juste perdu sa force et s'est enfui. Étant la plus dévouée des partisans, elle a réuni les mangemorts qui restaient pour tenter de le retrouver en usant n'importe quel moyen en son pouvoir. Les expériences en font partie, elle kidnappe des enfants pour leur insuffler des pouvoirs. Ces pouvoirs pourront ensuite permettre de retrouver le Seigneur des Ténèbres et restaurer sa grandeur. Elle a choisi vos deux filles, maintenant il ne lui reste plus qu'à réunir tous les ingrédients et l'expérience commencera.
- Alors je vais mourir. Répliqua Mike simplement.
- Quoi ? S'exclama Matt.
- Tu viens de me révéler les plans de ton maître, des plans secrets et immondes. Si vous me laissiez partir, j'aurai tout dit aux aurors. C'est pour cette raison que tu m'as tout révélé, car vous n'allez pas me laisser partir, vous allez me tuer. »
Le père avait encore lu entre les lignes, le prenant au dépourvu comme à chaque fois que Matthew parlait. Dès qu'il osait dire quelques mots, l'autre en tirait des conclusions gênantes mais bonnes. Pourtant, le sourire sur ses lèvres ne se fana pas, il savait qu'il allait mourir et il se contentait de sourire sagement sans émettre le moindre son de peur ou de tristesse. Mike leva ses deux mains qu'il posa sur les barreaux de sa cage.
« Alors tous mes espoirs reposent sur toi...
- Je m'appelle Matthew, signala le mangemort d'une voix adoucie. Pourquoi dîtes-vous que tous vos espoirs reposent sur moi ?
- Je suppose que tu dois t'occuper de mes filles également en attendant que la potion soit prête ? Et bien j'aimerai...j'aimerai que tu prennes soin d'elles comme si elles étaient tes filles à toi. J'aimerai que tu sois leur père pendant quelques jours puisque je ne pourrai plus l'être, enfin si...je le serai toujours, mais je ne pourrai le leur prouver car je serai mort. Bellatrix Lestrange t'a sûrement ordonné de me torturer également, je te laisse me faire ce que tu veux, mais s'il-te-plaît, c'est la demande d'un homme qui est condamné à mourir, je te demande de prendre soin de mes filles. »
Il lui demandait de prendre le relais, c'était son dernier voeu avant de mourir, il lui laissait ce fardeau sans le connaître. Qui aurait pensé à demander cela à un mangemort, quel fou aurait pu lui demander à lui, un garçon si jeune de protéger deux petites filles ! Il était fou ! Les yeux de Matt s'écarquillèrent, il recula de quelques pas, la bouche ouverte, les muscles tendus et les mains tremblantes. Non ! Il ne pouvait faire ça ! Pas à lui !
« Mais je ne sais pas comment on fait ! Je ne suis pas fait pour m'occuper d'enfants!
- C'est juste le temps que la potion soit terminée, répliqua Mike. Tu sauras comment faire, tu n'es pas un homme mauvais, ça se voit. C'est pour cette raison que je te fais confiance, je sais que tu ne peux pas empêcher ma mort ou empêcher que mes filles ingurgitent cette potion, tu n'as pas encore le courage de te détacher de ton maître mais je sais que tu peux prendre soin de mes filles. Tu es fait pour ça, pour avoir une famille que tu aimes et qui t'aimera, tu as besoin de ça, tu n'as pas besoin de devenir le larbin de cette folle. S'il-te-plaît, promets que tu protégeras mes filles à n'importe quel prix pour moi.
- ...D'accord.
- Promets ! Elles s'appellent Lena et Isabella.
- Je promets que je protégerai tes enfants, Lena et Isabella...en ton absence. »
Le jeune homme ne savait même pas pourquoi il faisait cette promesse,ni même pourquoi il se sentait tellement coupable vis-à-vis de cet homme, un vrai mangemort n'était pas censé ressentir de la culpabilité pour ses actes, ou de la compassion, ce n'était pas normal. Il s'engageait sur une pente glissante qui pouvait lui-être fatale, il y avait pire que mourir tué par Bellatrix à ses yeux. Le pire était perdre l'amour de son père en renonçant à la voie des mangemorts.
« Maintenant torture-moi ! Si elle voit que tu ne l'as pas fait elle se posera des questions ! Ne retiens pas ta main, tu ne berneras pas ton maître deux fois. »
Matthew se demanda dans quelle situation il s'était encore fourré. Il avait fait la promesse au père qu'il allait torturer de protéger ses enfants ? C'était stupide et immoral, s'occuper d'enfants le matin pour torturer le père le soir...et puis finalement, il s'y connaissait niveau immoralité et stupidité. Sa main se serra sur sa baguette qu'il brandit face à lui vers la cage, un tremblement presque imperceptible fit vibrer sa main une seconde avant qu'il ne crie, mais il se força à ne pas y faire attention.
« ENDOLORIS ! ENDOLORIS ! Je suis désolé ! ENDOLORIS ! »
Des centaines de cris et une dizaine de minutes plus tard, sans ajouter un seul mot, Matthew se détourna de sa propre lâcheté et s'enfonça à nouveau dans le labyrinthe sans que Mike ne puisse donner son avis. Il marcha longtemps et se posa beaucoup de questions, il rencontra en chemin deux ou trois mangemorts qui rôdaient, ceux-ci lui lancèrent un regard méfiant, comme s'ils se doutaient de quelque chose, ou alors il devenait simplement paranoïaque, ce qui était fort possible.
En passant devant la chambre des deux petites filles, il perçut des bruits de murmures entrecoupés de longs et déchirant sanglots, ceux du bébé Lena qui ne s'arrêtait pas de pleurer. Les murmures appartenaient à Isa qui tentait sans succès de sécher les larmes de sa soeur. Il fit mine de passer son chemin sans poser de questions mais avant que son pied ne touche le sol une fois de plus, les images respectives de Mike et de son petit-frère Hyden apparurent, le stoppant net dans son désintérêt.
Et si...et s'il écoutait une autre personne que son père pour une fois...et si il écoutait un homme qui lui avait fait une simple demande avant de mourir, un dernier voeu...et s'il s'écoutait lui-même. Jamais il n'avait fait quoique ce soit pour les autres, il avait toujours tout fait pour Nathaniel et écouter une autre personne que lui était un effort...un effort grisant. C'était comme braver l'interdit, comme enfreindre une loi, à la fois grisant et effrayant. Mais c'était surtout incontrôlable, le jeune homme ne pouvait supporter les pleurs de la petite Lena, ses pleurs lui déchiraient le coeur.
Après un instant fugace d'hésitation, le jeune homme fonça droit vers la porte, inséra la clé dans la serrure, la tourna puis l'ouvrit à la volée. Isabella n'eut pas le temps de protester où de le frapper il la poussa doucement sur la droite et se dirigea vers le lit pour prendre Lena dans ses bras et la bercer par pur réflexe. Il ne connaissait même pas les mouvements à faire pour bercer un bébé, tout cela venait instinctivement sans qu'il ne puisse rien y faire. Il serra plus fort le bébé contre sa large poitrine en se balançant de gauche à droite, murmurant des paroles réconfortantes sous le regard noir de la petite Isa.
« Chut...tout va bien...tout va bien...arrête de pleurer, sèche tes larmes petit bébé, je suis là. »
Il fallut dix bonne minutes pour que les derniers sanglots retentissent dans la chambre et que les larmes sèchent sur les joues rouges du bébé. Matt s'assit sur le lit et berça encore un peu le bébé, plus pour le rassurer cette fois-ci que faire taire ses sanglots. Il jeta un coup d'oeil à ce petit bout de choux, de bonnes joues rouges, des petits doigts potelés, les traits du mangemort se détendirent sous les yeux d'Isa qui ne comprenait pas l'humeur changeante de son kidnappeur. C'était comme si approcher le bébé l'avait transformé en une autre personne plus attentionnée.
« Elle dort..., murmura-t-il au bout de quelques minutes.
- Va-t-en, chuchota Isa les traits déformés par la colère.
- Je ne te veux pas de mal, je te jure ! Je veux juste que tu dormes tranquillement comme ta petite-soeur.
- Faut me lire une histoire.
- Je n'en ai pas.
- Ben je dormirai pas ! »
Matthew enroula précautionneusement le bébé dans une couverture qu'il déposa sur le lit avant de s'y coucher à son tour, faisant signe à Isabella de le rejoindre. Cette dernière hésita une bonne minute avant de s'approcher pour se coucher auprès du jeune homme. Celui-ci était entre les deux soeur, adossé au sommier, il ouvrit la bouche, faisant croire qu'il allait parler mais le son qui en sortit se révéla plus...harmonieux, plus chantant. (3)
« Do you want to go to the seaside?
I'm not trying to say that everybody wants to go
I fell in love at the seaside
I handled my charm with time and slight of hand »
Cette chanson n'avait même pas de sens propre, il la chantait tout simplement car elle lui passait par la tête et car il n'avait pas d'histoire à raconter à la petite fille. Alors voilà, il parlait du bord de mer et d'amour, comme une grande majorité des chansons dans le monde. Tout cela manquait d'originalité mais il fallait dire que cet endroit sombre et froid ne pouvait vraiment l'inspirer sur son choix de chanson...en même temps quoi de mieux que penser au bord de mer en étant allongé dans un lit aussi froid qu'un linceul.
« Do you want to go to the seaside?
I'm not trying to say that everybody wants to go
I fell in love at the seaside
She handled her charm with time and slight of hand, and oh »
Malgré les nombreux points stupides marquant le choix de chanson, Isabella fixait le jeune homme comme si des papillons multicolores sortaient de sa bouche, elle ne s'était pas du tout attendue à ce qu'il passe du temps allongé auprès d'elle et sa soeur pour leur chanter une petite chanson. Au premier regard, Matt n'avait pas du tout l'air d'un homme attentionné, surtout pas avec elles qu'il avait eu pour mission de kidnapper.
« But I'm just trying to love you
In any kind of way
But I find it hard to love you girl
When you're far away
Away »
La petite fille étaient littéralement hypnotisée par le pouvoir du mangemort, les larmes remplirent ses yeux. Elle sentait cette bête scellée en elle qui se battait pour remonter à la surface pour sortir pour déchirer sa carapace et laisser ses émotions à vif. La bête rongeait son estomac, faisait un noeud de ses entrailles avant de se faufiler vers son coeur qui manqua un battement. Une larme traça un sillon sur sa joue. Elle était toute seule, sans ses parents, enfermé dans cet endroit, appréhendant son destin tragique, pleurer bêtement pour une chanson parlant de la plage l'énervait mais elle ne pouvait s'en empêcher.
Matthew lui ébouriffa les cheveux simplement en souriant tendrement, comprenant qu'elle n'avait pas besoin qu'il la serre dans ses bras avec une démonstration écoeurante ou qu'il se mette à pleurer lui aussi. Il passa simplement sa main sur sa tête le plus simplement du monde avant de se lever et de refermer la porte en sortant. A peine sorti, le jeune homme fila vers sa chambre et plongea dans son lit, s'efforçant de ne pas penser à ce qu'il avait fait pour s'endormir.
Les jours suivirent et se ressemblèrent dans la plus étrange atmosphère, le cercle se répétait inlassablement. Matt se levait, prenait une douche, emmenait le déjeuner aux enfants qui se contentaient de peu puis se dirigeait ensuite vers la cage de leur père pour le torturer avec son consentement. Ce dernier l'encourageait même à le faire lorsque le jeune homme n'en avait plus le courage, lui expliquant que ce rite était nécessaire pour garder la confiance de Bellatrix.
Après la séance de torture, Mike le suppliait de tout lui raconter sur les conditions de ses filles. Alors le mangemort s'asseyait devant les barreaux, auprès de lui, et lui racontait. Il lui expliquait que quelquefois, l'espace d'une seconde, les petites oubliaient leur malheur et riaient bêtement, qu'il leur apportait des friandises, que Lena gazouillait joyeusement quelquefois tandis qu'Isa se taisait pensivement ressassant les évènements passés en silence.
Ensuite, le jeune homme partait la journée accomplir des missions pour son maître ou, quand il était libre, faire des courses pour les enfants, pour qu'ils puissent mieux vivre leur séjour dans cette chambre étroite. Les deux petites s'émerveillaient de le voir revenir avec des montagnes de bonbons, il se rassurait en se disant que les couvrir d'attentions les empêcherait de poser trop de question, lui évitant par la même occasion des situations gênantes.
En réalité, cela apaisait sa culpabilité de les avoir amené là même s'il n'était pas supposé en ressentir, c'était inévitable. Voir deux petites filles emprisonnées par sa faute le déprimait, surtout en sachant que leur père souffrait, par contre les voir sourire et rigoler comme si rien ne s'était passé lui offrait quelques secondes de répit et de bonheur...même s'il ne pouvait l'avouer ou se l'avouer. Le soir, il leur chantait une chanson avant de les mettre au lit espérant secrètement qu'elles fassent de beaux rêves, plus beaux que l'affreuse réalité qu'elles vivaient.
Quelquefois encore, Bellatrix faisait une petite ronde dans le labyrinthe pour voir l'évolution de ses prisonniers, elle s'enchantait de voir les nombreux hématomes et autres coupures qui parsemaient le corps de Mike. Matt prévenait toujours Isabella que son maître allait venir, pour qu'elle se prépare à affronter son regard sadique et meurtrier. Lorsque sa ronde prenait fin, la folle questionnait Matt qui mentait délibérément, prenant plus de risques à chaque mots prononcés, mettant sa propre vie en jeu pour des gens qu'il ne connaissait pas, les yeux de Bellatrix brillaient un peu trop lorsqu'il lui parlait, comme si elle se doutait qu'il mentait mais attendait pour voir jusqu'où il pouvait aller.
Trois jours passèrent ainsi, dans cette atmosphère étrange qu'il s'imaginait comme un jeu de funambule, virant de droite à gauche entre ce qu'il risquait de devenir et ce qu'il était au fond de lui...le seul problème était qu'il ne savait pas de quoi il s'agissait. Ces trois jours affinaient son jugement mais accentuaient d'autant plus son incompréhension. Ce fut lorsqu'il se perdit dans ses pensées, en plein milieu d'une séance de torture visant Mike, que la voix de celui-ci retentit entre deux halètements.
« Qu'est-ce que tu as fais pour en arriver là ? »
C'était une bonne question, une question que le jeune homme s'était posé une bonne centaine de fois sans jamais oser se rendre à l'évidence, sans jamais ouvrir les yeux sur ses motivations ou sur celles qu'il suivait, pas forcément les siennes. Il ne voulait pas détruire le château de cartes que son père avait fait pour lui, il ne voulait pas perdre confiance en lui et se laisser amadouer par un homme qu'il ne connaissait que depuis trois jours.
« Je veux dire, tu es un jeune homme charmant que ce soit physiquement ou moralement, tu pourrais avoir une grande vie, avoir une copine et des enfants, tu as l'air d'apprécier mes filles, tu te débrouilles bien avec elle, tu as réussi à mettre Isa au lit ce qui est un exploit en soi.
- J'ai une copine (4)
- Es-tu heureux avec elle ? Tu passes plus de temps avec elle ou avec Bellatrix ? Réfléchis Matthew...tu ne peux pas être venu ici de ton plein gré. Tu aspires à la paix, tu n'as aucune envie de juger qui que ce soit. Tu veux être tranquille dans ton coin. Alors, qui a eu assez de pouvoir sur toi pour t'inciter à devenir mangemort ? »
Non il n'était pas heureux avec sa copine Mary Barker, il ne la voyait que très rarement et cette dernière ne savait en aucun cas que son copain, le garçon qu'elle aimait, tuait des gens pour le compte d'un Mage Noir disparu. Si elle le savait, elle l'aurait quitté depuis belle lurette car elle était son exact opposé, une fervente protectrice des nés-moldus même si elle était une sang-pur. Tout ceci était du à l'influence de ses parents sur lui, Nathaniel était parvenu à le convaincre aidé de sa mère Amanda, tout deux avaient réussi à lui faire prendre cette voie. Mais maintenant qu'eux n'étaient plus là, qu'il était seul dans cet endroit dégueulasse avec une folle...qu'allait-il se passer ?
« Tu ne veux pas répondre ? Comme je t'ai dit le jour de notre rencontre, tu ne changeras pas pour moi et mes filles, je mourrai inévitablement...mais un jour viendra où tu devras choisir, tu ne pourras pas rester le cul entre deux chaises toute ta vie. Ce jour là je veux que tu réfléchisses et que tu penses bien à nous, à mes enfants et moi. Tu es peut-être prisonnier de ton destin mais moi je suis ton prisonnier...pourtant tu t'occupes bien de mes enfants, quel mangemort commun ferait ça ? Tu n'es pas commun et tu devras choisir ce que tu veux vraiment devenir bientôt. Pense à ce que toi tu veux, pas tes amis, surtout pas ta famille. Promets-moi de faire le bon choix...
- J'ai déjà fait une promesse.
Celle de t'occuper de mes enfants et de les protéger. Peux-tu faire une deuxième promesse ? Une promesse pour toi-même, pas pour moi ni pour tes parents, pour toi. Promets-moi de faire le bon choix, de partir d'ici lorsque tu en auras l'occasion.
- Je ne peux pas. »
Non il ne pouvait pas promettre qu'il briserait le lien qui l'unissait à ses parents, sa carrière de mangemort était tout pour lui car elle représentait la fierté de sa famille et son amour, mis à part peut-être pour ses deux petits frères trop jeunes pour comprendre. Il n'avait la force de changer de voie pour un homme qu'il ne connaissait que depuis trois jours, il ne faisait pas le poids face à l'influence que ses parents avaient sur lui.
« Vous ne m'avez pas dit où vous vouliez que je vous enterre.
- Il y a un champ où on adorait aller avec la famille...à l'ouest de Loutry-St-Chaspoule, ma femme vous montrera si vous voudrez la contacter, sinon, faîtes ce que vous voulez de moi. Je serai mort de toute manière.
- D'accord. »
C'était assez morbide de parler avec autant de détachement de l'endroit où il allait enterrer son corps lorsque Bellatrix en finirait avec lui. Mais il fallait bien en parler avant le jour J. Bellatrix attendait avec impatience que les ingrédients requis soient réunis pour commencer la potion et la faire boire aux deux gamines après avoir y avoir versé le sang de leur propre père. Son temps était compté après tout, alors pourquoi le perdrait-il à lui expliquer qu'il faisait fausse route si ce n'était pas la vérité ? Le jeune homme se leva, s'épousseta puis préféra fuir plutôt qu'alimenter la discussion trop...étrange.
Trois jours de plus passèrent sur le même rythme, le père de famille évitait de reparler du passé au mangemort car ce dernier se braquait immédiatement et refusait de parler, or il avait beau faire l'homme sage, s'il avait bien besoin d'une chose derrière les barreaux, c'était de parler avec quelqu'un. Matt avait même réussi à faire sortir les filles de leur chambre pour qu'elles rejoignent leur père quelques minutes, qu'ils se revoient une dernière fois avant le jour fatidique.
Le matin du septième jour, Matthew se réveilla en grommelant et comprit immédiatement, sans signe avant coureur, que quelque chose n'allait pas, que c'était la fin, que le jour était venu. Il ne se lava même pas ce matin là et fila droit vers la salle où Bellatrix préparait la potion pour vérifier son mauvais pressentiment qui se révéla trop exact. Les mangemorts qu'elle avait envoyé accomplir des missions aux quatre coins de la planète étaient alignés, présentant chacun un ingrédient spécifique.
« Bien ! Nous sommes fin prêts ! Ah Matthew tu es là, ça tombe bien, peux-tu aller me chercher le père de famille ?
- ...Oui. »
Le jeune homme réalisa qu'il était au pied du mur, qu'à présent tout ne dépendait que de lui, que la vie de Mike allait prendre fin et que celles des enfants allaient changer à tout jamais. La seule personne qui pouvait, qui avait le pouvoir de changer les choses était lui...en avait-il seulement l'envie...oui il l'avait après une semaine de liens particuliers...mais le courage, il ne l'avait jamais eu.
Sans se poser de questions, le jeune homme fila d'abord vers la chambre pour préparer les deux filles mais à peine y pénétra-t-il qu'Isa lui sauta dessus pour le serrer dans ses bras, elle n'était même pas encore au niveau de sa taille et serrait ses deux jambes comme si elle s'accrochait à la vie. Ce fut à ce moment précis qu'il comprit qu'il était devenu la bouée de sauvetage des deux filles. Qu'elles avaient eu besoin de quelqu'un sur qui s'accrocher pour ne pas sombrer et qu'elles l'avaient choisi lui. Matt comprit qu'il avait également accompli sa promesse de les protéger et de prendre soin d'elles.
Cependant le problème n'était pas là, le problème était qu'il les avait protégées pendant une semaine pour les jeter dans la gueule du loup. S'il ne le faisait pas, c'était lui qui se jetait dans la gueule du loup car personne n'échappait à Bellatrix bien longtemps...personne. Du moins il le croyait à l'époque car le futur allait lui prouver qu'Isabella pouvait lui échapper pendant des années. La peur d'imaginer Bellatrix se mettant à sa rechercher pour se venger le paralysa littéralement. Il ne pouvait la laisser tomber après avoir été son apprenti, c'était signer son arrêt de mort.
« Matthew ! T'es malade ?
- Non pourquoi ?
- T'es tout blanc !
- Non ne t'inquiètes pas. Je venais juste te dire de vous préparer toi et ta soeur car la folle (comme ils la surnommaient) va venir vous chercher et elle va vous faire boire une potion spéciale. Je...buvez là comme ça elle vous laissera tranquille. D'accord ? »
Isabella acquiesça mais pendant une seconde, Matthew eut tout le loisir de percevoir la lueur de méfiance qui animait à nouveau ses yeux comme pour le jour de leur rencontre, l'instinct avait repris le dessus, elle se méfiait à nouveau même de lui, il sentait la confiance qu'elle avait en lui diminuer à une vitesse affolante. Peut-être avait-elle déjà compris qu'il l'avait trahie, qu'il n'avait jamais eu de bonnes intentions la concernant, qu'il l'avait protégée dans un but tout à fait sordide, comme un porc destiné à l'abattoir. Matthew était tout rouge et transpirait tant la tension le rendait coupable.
« Je reviens ! »
Il tourna les talons et partit, fermant la porte à clé derrière lui, il se dirigea vers la cage retenant Mike pour lui expliquer que c'était la fin, que le jour qu'ils appréhendaient tous était bien là, qu'ils étaient sur le fait accompli. Mike leva les yeux vers lui à travers les barreaux en le voyant arriver, un sourire sincère mais désolé fleurit sur son visage, contrastant avec ce que l'autre allait lui annoncer. Mais il n'en eut pas besoin, Mike leva la main pour l'empêcher de dire quoique ce soit puis sans perdre son sourire, se remit sur ses pieds tant bien que mal, endolori par les séances de torture. Il savait que son heure était venu, et suivit difficilement son nouvel et dernier ami à travers la labyrinthe.
« Ah enfin ! Tu en as mis du temps ! Protesta Bellatrix en les voyant entrer dans la pièce, un chaudron imposant reposait en son centre. Pourquoi n'est-il pas attaché ?
- Il est résigné à son sort, il n'a pas peur de mourir, répondit Matthew en montrant Mike d'un signe de tête. »
La jeune femme ne put retenir un rire sadique, les autres mangemorts n'étaient plus là, ils n'étaient plus que trois encerclant le chaudron coupable de tous leurs maux. Le jeune homme fut soulagé de savoir qu'ils n'étaient que trois à assister à l'assassinat de Mike. Bellatrix aurait pu lui faire subir une humiliation publique avant de le tuer, ou pire, forcer ses deux filles à regarder leur propre père mourir. Peut-être était-elle tellement impatiente de retrouver le Seigneur des Ténèbres que le sadisme n'était plus sa priorité, ses yeux menaçaient de sortir de leurs orbites, de la transpiration perlait au bout de son nez, la jeune femme n'était plus elle-même.(5)
« EMMENE-LE MOI ! »
Shepherd me from pain and the doubt
Through the broken streets and the hearts
Matthew n'eut pas besoin de faire le moindre mouvement, Mike s'approcha, titubant, traînant une jambe grièvement blessée derrière lui pour se diriger vers la mangemort. Il lui lança un regard à faire froid dans le dos, un regard empli de dégoût et de meurtre, il avait envie de la tuer, de l'étrangler entre ses doigts affaiblis. Un petit rire s'échappa des lèvres de Bellatrix lorsqu'elle perçut son regard, elle sortit sa baguette magique d'un pli de sa robe aussi noire que ses cheveux avec élégance avant de la pointer sur lui.
Herd me home through hurt and the past
Then leave me alone you have no choice
Le père sentit une force immense à laquelle il ne pouvait résister le mettre à genoux au dessus du chaudron, comme si une main invisible de la taille de son corps le poussait au sol, l'immobilisant à genoux, incapable de bouger, forcé à s'incliner devant ,la puissance de son ennemie. Son corps se pencha par magie au dessus du chaudron, la tête tendue vers la folle, la gorge offerte, il n'était plus qu'une victime. C'était fini, la pensée de sa femme et de ses deux filles emplit son esprit, un sourire apaisé lissa ses traits.
And now there is a white horse caged in my heart
And it's going to kill me just to get out
Matthew se déplaça pour se mettre face à son ami et croisa les bras contre sa poitrine, s'efforçant de paraître indifférent, carrément ennuyé, il ne força pas son jeu au point de bailler. Soudain, alors que Bellatrix dégainait déjà un couteau aussi long que son avant-bras, le condamnée eut la force de lever la tête vers Matt pour former des mots muets sur ses lèvres. Trois mots qui frappèrent le concerné en plein coeur. Trois mots. « Tiens tes promesses. ».Un éclair argenté l'aveugla, la dernière chose qu'il vit fut le regard plein de pitié que l'homme lui envoya.
Now there is a white horse caged in my heart
And it's trying to kill me just to get out
Le couteau vibra dans les airs et frappa à un endroit stratégique, déchirant la peau trop fine du cou, un borborygme horrible retentit suivi d'un bruit de liquide s'écoulant, dégoûtant. En rouvrant les yeux, le jeune homme put contempler avec horreur le flot ininterrompu de sang se déversant de la gorge de Mike pour finir sa course dans la mixture de Bellatrix qui prit une couleur plus foncée. Cette dernière riait bruyamment sans pouvoir s'arrêter, admirant avec un plaisir non feint la mort violente d'une personne innocente.
Though we've different creeds, wear different masks
If you only could conceive that there's a chance
Matt voulut bouger, hurler, montrer à son maître qu'il n'était pas d'accord avec ce crime, qu'il n'avait jamais été d'accord, qu'il décidait de ne plus être prisonnier de son destin ! Pourtant il n'en fit rien, son courage diminuait au même rythme que le corps de Mike se vidait de son sang et que le rire de Bellatrix augmentait de volume. Les soubresauts qui agitaient le corps s'arrêtèrent pour le laisser sans vie, la gorge largement ouverte, béante, le corps s'affaissa avant de s'effondrer au sol comme au ralenti, puis plus rien. Voilà, c'était tout, un homme venait de mourir juste comme ça.
« Débarrasse-toi du corps et va me chercher les enfants ! »
And hell is bent on showing me the dark
Shepherd me to light, make it stop.
Heureusement, les années où il avait appris à maîtriser son corps tout autant que l'Occlumancie plaidaient en sa faveur, le jeune homme parvint in extremis à retenir ses tremblements de rage et d'impuissance. Au lieu de cela, il obéit aux ordres et s'éloigna sans trop se précipiter pour ne pas éveiller les soupçons. En réalité il s'éloignait pour reprendre sa respiration, l'odeur de sang lui emplissait le nez, le borborygme retentissait encore à ses oreilles, lui donnant la nausée.
Le mangemort s'offrit quelques secondes de répit, le coeur battant, puis alla rejoindre les deux petites filles qu'il était chargé d'apporter à son maître pour leur administrer la potion. Isabella eut un petit cri de surprise lorsque la porte s'ouvrit pour le laisser entrer, elle croyait que c'était Bellatrix qui venait la chercher. Pourtant, en le voyant, elle ne le serra pas dans ses bras comme d'habitude, ses yeux se plissèrent.
« T'es tout sale ! Et t'es rouge là ! »
Matthew leva la main pour voir ce que lui montrait la petite, il passa la main sur son front avant de l'examiner pour remarquer que des marques de sang la parsemaient. Du sang avait dû gicler pendant le meurtre jusqu'à atteindre son front. Le fait que la petite fille lui fasse remarquer avec innocence qu'il était tâché du sang de son père lui retourna l'estomac. Il ne put se retenir plus longtemps et se jeta à l'extérieur pour vomir ses tripes, contractant tous les muscles de son corps dans un effort de rejet infect, c'était comme s'il se rejetait lui-même, qu'il rejetait ce qu'il était jusqu'à présent, qu'il se dégoutait. Après avoir nettoyé d'un coup de baguette les traces de son relâchement, il retourna auprès des petites filles.
« Suis-moi et prends ta soeur Isa ! Je dois vous amener boire la potion dont je t'ai parlé tout à l'heure. »
Ce qui suivit, la vraie Isabella âgée de dix-sept ans et témoin du meurtre de son père, le passa en mode accéléré. L'auror se vit chanter une dernière chanson aux deux petites filles le soir où elles avaient avalé la potion. C'était vraiment la dernière fois qu'il avait chanté de toute sa vie, il n'avait chanté que pour elles, pour les rassurer et avait gardé cela bien enfermé dans ses souvenirs. Comme s'il avait eu besoin qu'une partie de lui reste dans cette chambre avec Isabella et Lena et que cette partie n'en ressorte jamais.
L'auror se vit ensuite enterrer le corps de Mike dans le champ que ce dernier lui avait indiqué, le champ même ou quelques années plus tard, Eva expliquerait à sa plus petite fille que son père avait disparu à cause des mangemorts. Les évènements qui suivirent s'enchaînèrent chronologiquement le faisant ressasser le passé avec une douleur de plus en plus aigue.
Les petites filles étaient restées enfermées quelques semaines de plus le temps que leur pouvoir se développe, pendant ce temps, Bellatrix, qui avait vu le doute dans les yeux de son apprenti avait décidé de le tester. Elle avait fait en sorte de tuer Mary Barker, la petite-amie de l'époque du jeune homme pour tester sa loyauté, c'était ce qui avait déclenché son changement. La mort de Mike n'avait été qu'un petit coup prévoyant le prochain, la mort de sa petite amie.
Matthew avait vu sa petite-amie mourir sous les coups de Bellatrix sans rien pouvoir faire car cela relevait de la trahison. La folle s'était rassurée en voyant que son apprenti n'avait pas sourcillé en voyant son amour mourir sous ses yeux, elle avait stupidement cru qu'il ne doutait plus d'avoir fait le bon choix en étant son apprenti. C'était vrai, il n'avait plus douté après ce jour là, il avait choisi sa voie et tenu l'une de ses promesses, il préparait un plan pour trahir son maître pour venger Mike et Mary.
Entre temps, il avait rencontré une autre fille, une fille appelée Amy qui avait su jouer de son côté mystérieux pour le charmer. Le mangemort était tombé amoureux d'elle, sans savoir que cette dernière était une auror. Il avait aussi rendu visite à la femme de Mike et mère des enfants, Eva Smith. Ils s'étaient parlés une journée entière teintée de crises de larmes et de cris, Matthew lui avait révélé toute la vérité sur son mari et ses enfants. La jeune femme voulait récupérer ses deux filles mais il lui avait dit d'attendre un peu.
De toute façon, son plan était en marche pour envoyer la folle en prison. Il avait contacté en secret le bureau des aurors pour leur signaler à la dernière heure que les mangemorts lanceraient une attaque chez les Longdubat. Bellatrix s'était faite arrêter, lui aussi d'ailleurs mais il le fallait. Puis il y avait eu le procès, Eva avait pris sa défense contre toute attente, de même qu'Amy qu'il aimait plus que tout. Matt avait échangé bon nombre d'informations sur les mangemorts en échange de sa liberté. Il avait révélé aux aurors l'emplacement de la planque de Bellatrix où les aurors avaient trouvé Isa et Lena, ces dernières étaient retournés auprès de leur mère, changées à jamais. Il avait respecté sa promesse de protéger les petites filles, gardant un oeil sur elles tout au long de leur jeunesse.
Tiré d'affaire face à la justice, l'ex-mangemort était ensuite rentré chez ses parents un jour de pluie pour leur dire qu'il partait et qu'il ne reviendrait jamais, il n'avait eu aucun regret à les abandonner. Par contre, la séparation avec ses frères le petit Hyden et Cole qui tenaient trop à lui n'avait pas été facile. Peut-être était-ce pour cette raison que Cole lui en voudrait toujours bien des années plus tard. Matthew avait choisi sa voie, il avait choisi de renaître des ses cendres pour commencer une nouvelle vie avec Amy, il avait embrassé la carrière d'auror puis avait retrouvé son petit-frère ainsi qu'Isa qu'il protégeait encore maintenant tout cela avait eu un prix bien trop grand, la mort du père d'Isa et celle de son ancienne petite-amie.
Voilà, j'espère que vous avez apprécié et que vous laisserez un petit quelque chose siouplaît ! A bientôt Bisous.
1)Dark come soon-Tegan and Sera. Alors là pour le coup la chanson en version originale je la déteste. Mais ils ont fait une version acoustique de cette chanson que vous pouvez trouver sur youtube en marquant dark come soon simplement, prenez la première vidéo qui apparaît, en version acoustique la chanson est juste magnifique.
Noirceur tu ne peux pas venir assez vite pour moi
Sauvée d'un jour de misère de plus
Toutes les choses que j'aime reviennent pour moi maintenant
Tout ceux que j'aime, j'ai besoin de vous maintenant
N'oublies pas un million de miles pour moi
En sécurité, et une autre journée peux passer
Et alors ? J'ai menti, je me mens aussi
Tiens toi loin pour ceux qui vont t'aimer
Cache toi de ceux qui vont aussi t'aimer
Tout ce que je dis, je me le dis en premier
Tout ce que je fais je me le fais en premier
Et alors ? J'ai menti, je me mens aussi
2)Chapitre 32, souvenir d'Isa où Bellatrix vient la chercher elle et sa soeur accompagnée d'acolytes tels que Matthew en affrontant ses parents.
3 ) Seaside-The Kooks. Chanson que j'ai choisi sans but précis, c'était une des seule chantée pratiquement a capella alors voilà. J'adore cette chanson trop courte à mon goût.
Veux-tu aller au bord de la mer ?
Je n'essaie pas de dire que tout le monde veut y aller
Je suis tombé amoureux au bord la mer
J'ai maintenu mon charme avec le temps et ma force
Veux-tu aller au bord de la mer ?
Je n'essaie pas de dire que tout le monde veut y aller
Je suis tombé amoureux au bord la mer
Elle a maintenu son charme avec du temps et de la force
Mais j'essaie juste de t'aimer
De n'importe quelle façon
Mais je trouve ça dur de t'aimer girl
Quand tu es loin
4)Chapitre 26 dans lequel Matthew affronte le regard de la mère de Mary Barker, son ancienne petite-amie. Matthew raconte ce passage de sa vie.
5)White Horse-Scott Matthew. Chanson qui m'a laissé choqué toute une nuit à l'écouter en boucle, une de mes préférées tout simplement (je crois que j'ai dit ça une bonne centaine de fois depuis que j'ai commencé Foutu Courage.)
Guide moi depuis la peine et le doute à travers les rues et les coeurs brisés
Conduis moi à la maison à travers les blessures et le passé
Et laisse moi seul tu n'as pas le choix
Et maintenant il y a un cheval blanc emprisonné dans mon coeur
Il va me tuer juste pour s'échapper
Et là il y a un cheval blanc emprisonné dans mon coeur
Il essaie de me tuer juste pour s'échapper
Bien que nous ayons des croyances différents, que nous portons des masques différents
Si seulement tu pouvais concevoir qu'il y a une chance
Et l'enfer penche pour me montrer les ténèbres
Guide moi vers la lumière, arrête le.
