Hey !

Vous allez me détester cette semaine !

Bon, il y a pas mal d'éléments sur ce chapitre, j'ai pu ne pas être claire, donc n'hésitez pas à me faire remonter ceux qui n'irait pas. Et que tout ça ne vous décourage pas !

RAR :

Guest – Ola ! Merci pour ton message ! Mais ne va pas te faire des rides précoces à cause de mes divagations ^^ Merci beaucoup pour tous ces compliments, ça fait chaud au cœur. Et ne t'inquiète pas, je terminerai cette histoire ~ Merci !

Bonne lecture ~

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Chapitre 37

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Hum…

Huuuuum…

Huuuuuuuuuuuum…

- Alors ?

Je pince les lèvres très fort, passant une main sur mon menton dans un geste lent et circulaire. Les sourcils froncés et les yeux fermés, le couinement impatient et craintif de Sabo qui attend mon verdict résonne fort à mes oreilles. Pourtant, je continue encore quelques secondes mon manège.

- Huuuuum…

- Cara, s'il te plaît, arrête de faire traîner le suspense ! Si c'est si mauvais, dis-le moi juste mais par pitié, dépêche toi.

Okay, le pauvre, il est à bout. J'entrouvre un œil, reniflant discrètement et déglutissant avec le plus de bruit possible.

- Et bien mon cher Sabo…

Je lève haut le manuscrit qu'il vient de me confier et que j'ai dévoré en à peine une demi-journée.

- Ce truc, est le truc le plus génial que tu ne m'es jamais fait lire.

Il cligne des yeux, surprit.

- Vraiment ?

- Vraiment.

Le coin de ses lèvres est prit d'un tic bizarre, comme s'il n'était pas sûr de savoir s'il devait sourire ou s'il y avait un « mais ». Juste pour le plaisir de le voir ainsi, je reste silencieuse encore quelques secondes. Il est adorable notre gueule d'ange entre timidité et euphorie. Mais avant qu'il ne collapse, je ris et me détends.

- Miséricorde Sabo, c'est superbe. Tout simplement magnifique.

Ses épaules affaissent et son sourire se concrétise. Le soulagement fait soudain place à l'enthousiasme et il me saute presque à la gorge.

- Qu'est-ce que tu as aimé ? Non, dis-moi plutôt ce que tu as préféré ! Les personnages sont tous intéressants ? Et l'intrigue n'est pas trop complexe ou trop simple ? Le rendu final n'est pas trop long ? La fin te semble bonne ? Et le début ? Je crois que l'acte III n'est pas si intéressant que ça, qu'est-ce qu'il faudrait changer à ton avis ? Et-

- Sabo, respire ! s'amuse Rayleigh qui passe derrière lui pour nous servir du thé glacé. Tu ne lui en laisses pas placer une, et toi, tu vas te mordre la langue.

Sabo s'interrompt en se mordant les lèvres pour se museler. Une demi-seconde. Puis il repart en une myriade de questions sans pour autant me laisser le temps de répondre à l'une d'elle. Rayleigh lève les yeux au ciel avec amusement, me faisant de petit signe pour me souhaiter bien du courage. Je lui tire la langue pour toutes réponses, mais il n'a même pas le temps de se moque de mon immaturité puisque Sabo m'attrape les deux joues dans un geste brusque pour m'obliger à le regarder.

Le geste me surprend avant de me faire l'effet d'une douche glacée. Mais j'ai appris à garder le contrôle, merci Bonney. Avant qu'il ne fonde, je gèle mon sourire. Avant de frissonner, je me fige. Et pour que mes yeux ne me trahissent pas, je bas plusieurs fois des cils comme une biche prise dans les feux d'un semi-remorque.

- Oui Sabo, mon cher, je suis toute à toi.

Eh, c'est que je deviens forte à ce jeu là ! Ma voix est restée naturelle.

… Pourtant Sabo déchante et se calme, retirant ses mains avec précaution.

- Désolé, dit-il en évitant mon regard. Je me suis emporté.

… Me serais-je trahie ? Pourtant mon jeu m'a semblé parfait. Il me jette un petit coup d'œil rapide.

- Respire. Cara, respire. Tu vas collapser.

Ah. Je prends une grande inspiration et en effet, ça va tout de suite mieux. J'en profite pour retrouver mes sens… et laisser échapper un rire. Faible mais amusé, ce qui fait froncer les sourcils de Sab'.

- Collapser… Je pensais justement la même chose à ton sujet.

Il me regarde avec prudence… puis avec son meilleur air blasé et un sourire en coin en prime.

- On peux reprendre ?

- Tu veux dire, que je t'écoute poser des questions sans que je ne puisse jamais y répondre ? Si tu veux, c'est un spectacle assez amusant à regarder.

Il mime un « gnagnagna » faussement boudeur dans une parfaite imitation de son aîné, et plus sérieusement, nous nous penchons sur son manuscrit.

Je n'ai pas mentit, c'est de loin le meilleur de ses romans. C'est même à peine comparable à tout ce qu'il avait fait avant. Ce n'est pas le même style, mais c'est surtout la maturité de l'ensemble qui me surprend.

Oh, Sabo a toujours écrit avec un fond sérieux et des sujets sensibles, raison pour laquelle il est publié au Bartigo d'ailleurs. Mais là, c'est d'un tout autre niveau. J'ai plus l'impression qu'il a coucher son cœur sur papier avec de l'encre qu'autre chose. Et ça me donne un coup au mien.

Le Sabo que j'ai sous les yeux… c'est comme l'étape suivant du Sabo que je connais. Et c'est à la fois un soulagement et un énième rappel douloureux.

Bouge Cara. Avance. Toi aussi il faut que tu grandisses. Que tu quittes ton confort pour la réalité. Lève toi et marche, parce que même si certains son prêt à t'attendre, ce n'est pas le cas du Temps.

Mais… mais pas encore. Pas aujourd'hui. S'il vous plaît, laissez moi pouvoir sourire en toute naïveté encore un peu. Juste un peu.

- Cara ?

- Sabo… c'est vraiment un super bouquin.

Je lui souris, sincère. Il semble rasséréné et se laisse même tomber sur le canapé-lit dans un immense soupire. Il semble plus léger. Un sourire flotte sur ses lèvres et ses traits son détendu.

Amusée, je me réinstalle en tailleur à côté de lui, menton dans la main.

- Tu voudras bien m'en faire une correction ?

- Comme si j'allais refuser une tel opportunité. Mais honnêtement, ce sera à peine du pinaillage. Je n'ai rien à redire.

Il me lance un regard entre demande de confirmation et… peut-être ce qui ressemble de loin à du contentement. Je me contente d'acquiescer. Alors il croise les bras derrière la tête et respire une grande bouffée d'air.

Rayleigh repasse devant nous avec sa tasse de thé, lance un regard amusé à son fils d'adoption, me fait un clin d'œil, récupère un dossier et retourne s'enfermer dans son bureau.

A la seconde où la porte claque, Sabo se redresse et imite ma posture. Je lui lance un regard interrogateur. Il détourne brièvement le regard. Se gratte la joue. Se racle la gorge. Rougie un peu.

- Je suis très fier de ce roman. Je l'ai bien écrit.

Wow.

- Miséricorde ! Marquez ce jour d'une pierre blanche et sortez le champagne ! Silvers Sabo est en train de reconnaître qu'il est excellent !

Je lève haut les bras, surprise et heureuse d'entendre pour la première fois dans la bouche de Sabo un peu d'autosatisfaction, et surtout de fierté. Voilà qui est aussi inattendu qu'appréciable.

Il rougit de plus belle et me fait signe de baisser d'un ton, mais j'ai du mal à retenir un gloussement.

- Excellent, il ne faut pas exagérer-

- Oh la ferme Sabo. Tu es excellent. Tu écris mieux que la plupart des auteurs publiés et connus. Tu as un style, les capacités et les moyens. Tu es un génie dans ton domaine. Tu étais si bien partie pour le reconnaître.

Il grimace un sourire, mais je sens qu'il est plus forcé que sincère. Embarrassé, il passe une main dans sa nuque.

- Tu… tu le penses vraiment ?

Je lève les yeux au ciel.

- Sabo. Non seulement je le pense, mais tous ceux qui ont eu un jour un de tes livres entre les mains le pense. Rayleigh le pense. Shakky le pense. Koala le pense. Tu es le seul que Luffy et Ace réussissent à lire jusqu'au bout pour le simple plaisir. Le Bartigo ne t'as même pas demander d'autres écrits que ce que tu leur as présenté avant de t'engager. Et plus important, tu ne pourrais pas publier ça au grand public parce que jamais le gouvernement ne le laisserait passer. Tu-es-excellent.

Cette fois, il a le bon goût de ne pas chercher à me contredire et-

… et oh miracle ? Il semble accepter le compliment.

- Est-ce que je rêve ? Est-ce que le grand Sabo est en train d'accepter le fait que ça fait des années qu'il se sous-estime et qu'il est en réalité bien plus doué que ce qu'il pense ?

Sabo ne répond rien mais de profil… m'offre un petit sourire.

Mon cœur fait une embarquée de joie, mais je surjoue en posant ma main dessus, essuyant une fausse larme de l'autre.

- Ah… heureusement que j'ai un pacemaker ! J'ai cru que j'allais y rester ! Je sens que je peux mourir en paix, mais j'aimerais encore un peu profiter de tes bouquins alors…

Il me met un coup de poing dans l'épaule et je ris.

- Dis-le encore.

Il me lance un regard interrogateur mais je me contente de m'approcher de lui.

- Que tu écris bien, dis-le.

Il rougit… tourne vivement la tête pour vérifier que Rayleigh n'est pas sortit de son bureau puis se racle la gorge. Et il murmure :

- Je suis très très fier de moi.

Je l'attrape par le col pour le secouer, trop heureuse pour rester immobile.

- Et moi de toi ! Oh Sab', c'est presque trop beau !

Il gigote nerveusement et me laisse exprimer toute ma joie sans cacher la sienne.

Finalement, je me replonge dans quelques passages pour le simple plaisir de lire… mais il y a quelque chose qui m'interpelle.

- Dis Sab'… c'est très rare que tu écrives de la romance, mais là je suis surprise qu'il y est une histoire d'amour aussi poussé. Ce n'est pas trop ton genre. Et puis le personnage féminin…

J'ai comme un sentiment de déjà peu surprenant. Il rougit de plus belle. Il garde le silence un moment… puis se saisit de plusieurs coussins pour s'en faire un dossier et s'y adosser. Il retrouve son air paisible habituel, réflexif et calme.

- Ces derniers temps… j'ai beaucoup pensé à Koala.

Hum. Je serais tentée de répondre une vanne comme « Tu veux dire que tu as réussit à dépasser les cent pour cent de ton temps consacré à elle ? » ou n'importe quoi d'autre. Mais je me contente d'imiter sa posture, attentive. Il est si rare qu'il amorce une conversation sérieuse sur ma coloc, je devine qu'il a besoin de parler.

Son regard est un peu vague, mais ses pensées doivent être tournée vers elle.

- J'ai pensé à l'année prochaine. Si on réussit tous deux le concours d'entrée, il va falloir qu'on parle sérieusement du logement. Seulement, elle comme moi à moins d'une avarie, il n'y a aucune raison que l'on échoue alors… Alors j'aimerais qu'on en parle avant d'être mis au pied du mur.

Hum… Sabo qui prend les devants pour Koala plutôt que de laisser les choses se faire d'elle-même. Voilà qui est exceptionnel.

- Tu sais… je l'aime vraiment.

Oui je sais. Je sais Sabo.

- J'aurais aimer croire que ce qui n'était qu'une attirance d'enfant en reste là mais… mais ce n'est pas juste ça. Ça ne l'est plus depuis longtemps.

Il soupire.

- Honnêtement, je ne sais pas ce que c'est « l'amour » dont je parle dans ce livre. Je ne sais pas… comment le décrire, si c'est ce qui fait ça. Je ne sais pas ce que c'est. Si ce n'est qu'une question d'hormone, si il y a plus, si les choses changent avec le temps… Je ne sais pas Cara, et ça, ça m'angoisse.

Il plisse les yeux.

- Et si je me plante complètement ? Et si tout ce que je crois ressentir, tout n'est que le fruit de mon imagination que mon esprit produit en le liant à de vieux souvenirs ? Si tout ça n'est qu'un délire d'adolescent ? Et si tout n'était qu'une fixation ?

Sa voix laisse transparaître une angoisse sourde, trop longtemps retenue.

- Est-ce que ça s'apprend l'amour ? Est-ce qu'une définition dans un dictionnaire est réaliste ? Mais c'est quoi bon sang ?

Il passe les deux mains dans ses mèches blondes.

- J'ai peur que… que tout ce qu'il me semble ressentir pour Koala ne soit qu'un mirage. Ça fait si longtemps que je ne sais plus. Je ne veux pas la perdre mais… mais je ne sais même pas ce que je ne veux pas perdre. Koala, ou ce qu'elle représente ? J'ai… j'ai lu des dizaines… non des centaines de livres l'ayant pour sujet mais… même s'ils décrivent tous plus ou moins la même chose, je n'y comprends toujours rien. Ou bien c'est le fait d'avoir lu ces livres qui m'ont influencé ? Je ne sais pas.

Il respire à fond un instant, puis reprend.

- Plus j'y pense, plus je me dis que tout ça n'a aucun sens. Est-ce que ça se limite à une attirance physique ? Intellectuel ? Une personnalité ? Ce qu'on a en commun ou ce qui nous différencie ? L'odeur ? Est-ce que tout est différent pour chacun ou est-ce que tout le monde à la même histoire qui se répète inlassablement ? Juste… accepter l'autre pour ce qu'il est ? Ah ! Combien de fois je l'ai lu lui ! Mais j'accepte tout le monde pour celui qu'il est ! Qu'est-ce que ça veut dire, hein ?

Il secoue la tête la laisse tomber sur ses genoux repliés. Je sens qu'il est loin d'avoir tout dis, mais tout tourne en rond dans sa tête dans un cercle vicieux dont il n'arrive pas à s'extraire. « Angoissé », n'est plus le terme, il vient de passer un ou deux crans au dessus.

Je ne suis pas sûre de savoir quoi lui répondre… je ne peux même pas plagier le discours à l'eau de rose d'un roman, on a lu les mêmes. Mais je ne peux pas non plus le laisser ainsi…

- Sabo tu sais… je ne suis jamais tombée amoureuse. Personne n'a jamais déclenché quoi que ce soit en moi qui rappelle un symptôme de l'amour. Je ne peux même pas concevoir ce qui t'unis à Koala parce que… je suis juste comme toi. Je ne sais pas. Je n'en ai aucune idée. Je ne serais pas plus que toi mettre des mots dessus. Mais tu sais Sabo…

Il lève un peu les yeux pour rencontrer les miens.

- Koala est différente pour toi. C'est un fait. C'est criant. Tu-

Mais il me coupe sans même s'en rendre compte, nerveux.

- Mais c'est tellement égoïste de ma part ! Même- Même si mes sentiments sont réels, même si je l'aime autant que ce que je crois, c'est… ce n'est que moi. J'ai la sensation de ne penser qu'à moi, c'est atroce. Imagine que j'ose enfin lui parler ? Et si elle ne sait pas quoi me répondre ? Si elle est gênée ? Je ne veux pas la mettre mal à l'aise simplement parce que ça compte pour moi !

Il soupire et tire sur ses mèches blondes.

- Sab', pourquoi tant de défaitisme ? Et si elle ressentait la même chose pour toi ?

Il me jette un regard entre espoir et tristesse. Douloureux mélange.

- Je préfère ne pas m'accrocher à un espoir trop grand pour ne pas tomber de trop haut. Et puis même si c'est le cas… rien ne dit que… je ne sais pas, qu'elle m'aimerai comme je l'aime. Qu'elle pourrait me supporter. Si ça se trouve, nous sommes incompatibles.

Je hausse très haut un sourcil mais me reprends avant qu'il ne le remarque. Ce ne serait pas gentil de ma part.

- Sabo, tu te rends compte que tu viens bien de dire que tu l'aimais ?

Mais ma remarque que j'espérais constructive ne fait qu'aggraver son état.

- Mais parce que je ne sais pas comment je peux qualifier ça ! C'est… désespérant.

Oui, ça je confirme. Mais malheureusement, plus pour lui que pour nous.

- Essaie de voir les choses sous un autre angle… pour qui d'autre est-ce que tu penses ainsi ?

- Mais est-ce que tu m'écoutes ? s'énerve-t-il. Je viens de te dire que justement, je ne sais pas si c'est moi au juste une obsession !

- Oui-oui, je répond vite en levant les mains en signe de paix. D'accord, ma faute, mauvaise approche.

Il tourne en rond. Je ne sais pas quoi dire pour l'en sortir. Je me creuse la tête… je n'avais jamais vu le « problème » de Sabo sous cet angle. Maintenant je me sens un peu mal de l'avoir autant taquiné sur le sujet. Bon, mais c'est justement le moment de me reprendre et d'agir en ami.

Je me déplace pour me mettre à genoux devant lui et le saisir par les épaules pour l'obliger à me regarder.

- Bon mon vieux. On va essayer un peu de psychologie inversé.

Il me lance un regard inquiet. Mais il n'est pas aussi inquiet que moi là tout de suite.

- Qu'est-ce que tu aimes chez elle ?

Silence.

- J'en ai aucune foutue idée.

Hum. Certains auraient dit que c'était mauvais signe… mais je n'en suis pas sûre.

- Qu'est-ce que tu aimes le plus alors ?

Il semble réfléchir une seconde, mais son regard reste flou.

- Je ne sais pas… Elle est… spéciale.

On n'avance. On avance ? On va dire que oui.

- Attention, question piège. Qu'est-ce que tu aimes le moins chez elle ?

- Son obsession à me faire faire mon boulot.

Je dois retenir un sourire en me mordant très fort la langue.

- Alors pourquoi tu ne le fais tout simplement pas ?

Il ne répond pas, pinçant les lèvres. Je dois me faire violence pour ne pas éclater de rire. Je rêve ou Nojiko et moi avions raison ? Il continue à faire n'importe quoi juste pour énerver Koala.

- Okay, changement de question.

Sinon je ne vais pas pouvoir garder mon sérieux. Sabo, oh Sabo, tu as un grain.

- Si tout ça n'est vraiment qu'un mirage… pourquoi si longtemps ?

- Je ne sais pas, je m'accrochais à quelque chose ?

- A quoi ?

- Je ne sais pas, ça fait une éternité…

- Pourquoi ?

- Mais j'en sais rien !

- Pourquoi ?

- Je ne sais pas je te dis !

- Pourquoi ?

- Parce que c'est Koala !

Il se fige, choqué par sa propre voix. Cette fois, on a du concret.

- Et bien voilà. Tu l'as dis.

Il ouvre la bouche pour me contredire, mais je ne le laisse pas faire.

- Chutchutchut. C'est dit, je t'interdis de revenir dessus. Prend ça comme un acompte.

Il fronce les sourcils.

- Et le paiement total ?

- Quand tu lui auras parlé bien sûr.

Et il repart à paniquer.

- Mais c'est-

- Sabo. Si tu ne le fais pas pour elle, fait le pour toi. Tu ne peux pas rester ainsi toute ta vie. Sinon en effet, ça finirait par tourner à l'obsession. Tu te fais du mal pour rien. Mains maintenant, tu as un délais, une excuse et une opportunité. Alors, va la voir.

Il ne dit rien. Il ferme les yeux.

- Je n'ai plus le choix de toutes façons, n'est-ce pas ?

- Ben, nous sommes le… heu… quinze juillet. Le concours d'entrée est le six février. Les résultats le dix-huit. La rentrée le trois mars. Je dirais que ta date butoir se situerait dans ces eaux-là.

Il hoche la tête. Visiblement, il avait déjà fait le calcul. Bien.

- Tu crois que j'ai mes chances ? Et si-

- Oh la ferme. Va la voir et tu improvisera après. Ça ne sert à rien de chercher à anticiper, à part t'angoisser. Ne pense ni au pire ou au meilleur des cas et vit l'instant présent tu veux ?

Il ne répond pas. Puis après un instant de silence, il m'offre un sourire en coin.

- Et donc, la romance dans ce roman, tu l'as trouve bien ?

Mais quelle andouille ! Je lève les yeux au ciel, lâchant ses épaules pour me réinstaller, distante et faussement dédaigneuse.

- Mouais, pas mal.

- Et en vrai ?

- Très très bien.

- Alors ça ira.

Je feuillette encore quelques pages, respectant son souhait de vouloir changer de sujet.

- Tu comptes le présenter au Bartigo ?

- Ouais. Ivan m'a dit que si je lui présentais un roman complet, il verrait pour le faire publier en dur. Il réussit toujours à en faire imprimer quelques exemplaires même si la censure passe par là.

Je hoche la tête. Je n'ai aucun doute qu'il peut le faire, Imperio Ivankov est un faiseur de miracle.

- Et sous quel nom ? ASL ? Silvers ?

Il secoue la tête.

- ASL était juste une blague d'enfant et Silvers est trop précieux. Et dangereux. Je vais trouver un nom de plume.

J'acquiesce derechef.

A cet instant, le téléphone de l'appartement sonne. Sabo se précipite pour répondre, ne voulant déranger Rayleigh. Pendant qu'il parle à ce que je devine être Ace vu le ton, j'en profite pour souffler un peu.

Sabo était vraiment… englué dans ses propres pensées. Je ne suis pas sûre de pouvoir aider, mais j'espère sincèrement qu'il s'en dépêtrera très vite.

- Cara, Ace et Luffy sorte à l'instant de chez Shanks. Il nous propose qu'on aille ensemble chez Kidd. Tu en ais ?

Je me lève et m'étire.

- Ouais. Ça nous fera du bien de prendre l'air.

Il confirme, toque rapidement chez son père adoptif pour l'informer et nous sortons sous le soleil écrasant de juillet et le crissement assourdissant des cigales.

- Je retire ce que j'ai dit. Il n'y a plus d'air. Il fait trop chaud. Même l'air à fondu. Ou s'est barré.

- C'est clair, dit-il en faisant jouer le col de son t-shirts. C'est horrible.

En moins de dix minutes, nous sommes transpirant et nous rêvons d'une glace.

- Ace et ses idées à la noix ! râle Sabo et je pouffe.

- Qu'est-ce qu'elles ont mes idées, espèce de faux frère ?

Ace (qui a eut la présence d'esprit de prendre son chapeau pour se protéger du soleil) s'avance depuis une rue perpendiculaire, Luffy (qui lui ne lâche jamais son chapeau) sautillant à côté de lui sans craindre la chaleur visiblement. Les deux aînés partent dans une simili dispute sous le rire de leur cadet. Je me contente de soupire. Comment peut-on autant s'agiter dans une chaleur pareil.

Puis du coin de l'œil, j'aperçois un mouvement. Je fronce les sourcils… et manque de jurer en voyant qu'il s'agit de Bonney !

Elle me fait un petit signe de la main et même à cette distance, je devine son sourire moqueur.

Mais plutôt que de m'en agacer… j'en suis soulagée. Elle est là. Elle n'a pas quitté Ace et Luffy. Ils étaient en sécurité. Ils le sont encore. Parfait.

- Excusez-nous jeunes gens…

Immédiatement, les deux garçons s'interrompent et se redresse comme si de rien était. J'échange un regard entendu avec Luffy. Ces deux là, sans déc'…

On se tourne vers deux hommes qui s'approchent de nous d'un pas tranquille. Le grand brun barbu, aux cheveux mi-long attaché en queue de cheval par un tissus jaune pour échapper à la chaleur, nous salue d'une courbette sans retirer les mains de ses poches.

- Nous sommes perdus, vous pourriez peut-être nous aider ?

Il a un sourire espiègle et semble amuser par le numéro des deux frères.

Mais le second attire déjà plus mon attention. Contrairement à son acolyte, il n'est pas du tout avenant. Il se contente d'un bref hochement de menton en guise de salutation, sa posture dit clairement qu'il ne veut pas être là, et semble désintéressé de tout. Enfin, il ne fait que sembler. Il écoute, c'est certain, même s'il ne semble pas décidé à lâcher un mot.

- Bon sûr, répond Sabo. Si on peut aider.

- Super, s'enthousiasme le premier. Nous ne sommes pas de ce quartier et nous tournons en rond depuis trop longtemps sous cette chaleur. Je rêve d'une glace.

- Moi aussi, souffle Ace à voix base à Luffy qui pouffe.

Je détourne mon regard du blond avant de devenir impolie, mais je le garde quand même dans mon champ de vision. Je ne sais pas, je sens un drôle de truc. Mais soudain, je croise le regard de Sabo. Un clignement d'yeux et nous nous détournons. Ouais, on a sentie à la même chose.

- Qu'est-ce que vous cherchez ?

- Un garage dans le coin. On nous a donné l'adresse mais nous ne trouvons pas. Tenez.

Ace attrape le bout de papier et le lit rapidement. Son visage s'éclaire en le lui rendant.

- C'est chez Kidd ! Ça tombe bien, nous y allions également.

- Ah vraiment ? Super !

Oui, super.

Ace leur propose de les guider et nous reprenons notre chemin. J'aurais bien aimé fermer la marche… mais le blond m'invite galamment à passer devant lui. Hum. Bon, d'accord. De toutes façons, Bonney est dans le coin.

Ce n'est pas vraiment que je sens un danger… je n'en serais pas capable. Mais plus quelque chose dans l'air.

Devant, Ace et le brun semble bien s'entendre. Ils rient à une boutade et marche au même pas. Je ne sais pas.

- Vous êtes du quartier ?

- Yep. Et Kidd est un ami.

- Pourquoi venir dans un quartier que vous ne connaissez pas pour un mécano ? Les interromps Sabo qui ne perd jamais le nord. Vous devez bien en avoir dans le votre… ?

Le brun lui offre un sourire.

- Oh bien sûr ! Mais une de nos amie le connaît personnellement et lui a confier sa bécane. Elle est occupée, on s'est proposé pour la récupérer.

Il est vrai que Eustass Kidd est une référence dans la cité pour ceux du milieu. Okay. Nous avançons dans notre quartier paisible. Mais il fait trop chaud.

- Ça vous dérange si on fait un détour ? Y'a un marchand de glace juste à côté et ça nous ferait le plus grand bien, pour Kidd et Killer aussi.

- Non bien sûr, au contraire !

Luffy a un cri de joie et ouvre la marche jusqu'à un glacier que nous connaissons bien. Celui-ci salue d'ailleurs l'aîné avec un immense sourire.

- Oh, Ace ! Comment ça va mon garçon ? Merci encore pour l'autre fois, tu m'as sauvé la mise !

- C'est rien, un plais-

Il s'interrompt. Déglutie. Se tourne lentement vers Sabo et moi. Et fait un pas en arrière en sentant une colère sourde monter en nous.

- Ace ? Mon cher Ace, de quoi parle-t-il ?

Demande Sabo d'une voix de velours. En faisant craquer une à une toutes les articulation de ses doigts.

- C'est vrai ça Ace, je renchérie en me raclant la gorge. De quoi parle-t-il ?

Il se fait tout petit, et se rendant bien compte qu'il n'y échappera pas, avoue d'une toute petite voix.

- Heu… l'autre jour, en passant dans le coin… Il est tombé en pane sur la monté et…

- Et j'ai faillit dévaler toute la pente en sens inverse sur mon scooter ! J'aurais pu finir à l'hôpital s'il n'était pas intervenue ! poursuit le vendeur sans se rendre compte qu'il vient de livrer Ace sur un plateau.

Sabo fait un pas dans sa direction.

- Quel « autre jour » ?

- Heu… il y a une semaine ? Oui ça doit faire une semaine.

Ace. Espèce de CRÉTIN. Mais quel imbécile !

Sabo prend une grande inspiration… et secoue la tête.

- Bien, nous ne sommes pas seuls. Mais rassure toi, tu auras mon point de vue sur la question dès que nous seront rentrés. Cara, tu manges avec nous ce soir, n'est-ce pas ?

- Avec plaisir Sabo.

Je respire pour faire redescendre l'excès de colère qui menacer de me faire exploser. Ce soir, ça va gueuler sévère. Peut-être qu'on arrivera enfin à lui mettre du plombs dans la tête à cet idiot.

- Un problème ? demande le brun.

- Aucun, assure Sabo de sa voix claire et de son sourire d'ange. Je vous en pris, commandez.

Mais seul lui le fait. Le blond se contente de secouer la tête pour décliner l'invitation de son acolyte. Nous commandons à notre tour et reprenons notre chemin. Dans l'idée s'échapper à notre courroux, Ace sympathise encore plus, et finit même par nous oublier. C'est qu'ils s'entendent bien en fait.

Mais le blond n'a toujours pas décroché un mot. Il se contente de regarder. Peut-être est-il simplement muet. Même une fois au garage, il se contente d'observer les alentours.

- Kidd ! Glace et clients !

Le garagiste sort de son entre et s'immobilise en voyant les deux nouveaux venus. S'il ne semble pas méfiant, il reste quand même moins avenant que d'habitude.

- Messieurs. Salut les jeunes. Vous avez dit glace ? Rentrez, donnez en à Killer, il est en train de comater dans le bureau.

Le tout en nous regardant à peine. Il fixe le duo d'un regard indéchiffrable.

Si les deux D. se contentent de rentrer sans se poser de question, Sabo et moi traînons des pieds pour écouter.

- Vous ici, je ne m'y attendais pas. Ça m'étonnerait que vous ayez besoin de moi, vous avez les meilleurs à disposition. Alors, en quoi puis-je vous… aider ?

- Les meilleurs, allons, pas de fausse modestie, rit le brun. Mais nous sommes là juste pour payer et récupérer la commande d'une amie commune. Une moto qu'elle t'a confié. Jute ça.

- Oh ? Et bien oui, j'en ai finit avec sa bécane. Je ne sais pas ce qu'elle s'amuse à faire avec mais elle était dans un sale état.

Nous échangeons un regard. Ce n'était donc pas un mensonge.

- Oh tu connais Bay, toujours à foncer tête baisée, même dans les murs. Et assez de classe pour en sortir sans une égratignure.

Kidd a un bref rire. Un rire ?! C'est la première fois qu'on l'entend rire.

- Enfin. Je vous apporte ça. Pour le paiement, je verrais avec elle directement… Elle a une bonne excuse pour ne pas s'être présentée elle-même ?

- Une gueule de bois et une colère sourde envers son petit ami qui n'est pas resté avec elle ce matin et qui a préféré allez bosser. A la place du gars, je lui apporterai ses fleurs préféré et une boite de chocolats glacés pour me faire pardonner.

Il rit derechef. Okay c'est juste… impossible.

- Ouais, bonne idée. Allez, je vous apporte ça.

Et il rentre dans le garage. Échangeant un regard, Sabo et moi avançons rapidement pour rejoindre les autres le plus discrètement possible. Ça, c'était sacrément inattendu.

- Un soucie les gars ? nous demande Ace qui revient justement vers nous avec le reste de la bande, sa glace entre les crocs.

- Rien.

Il lève haut un sourcil, mais hausse les épaules.

- Les jeunes !

Nous nous tournons vers le duo qui s'approchent.

- Merci beaucoup de nous avoir aidé, nous salue le grand brun dans un grand sourire. Au plaisir !

Ace lui répond avec entrain. Sabo et moi nous contentons d'un signe de tête. Le blond fait de même, toujours aussi silencieux. Et se détournant, ils disparaissent.

- Ils étaient sympas. Bon, ma bécane…

Et Ace s'enfuit à l'arrière du garage. Poursuivit par Sabo qui, « n'en a pas finit avec lui ».

Reste Luffy et moi. On échange un regard. Et nous rions de concert.

Ces deux là, franchement…

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- C'est gentil les gars, mais je vais rentrer.

- T'es sûr ? Il est encore tôt, reste dîner avec nous !

- Nan, c'est gentil mais Koala va rentrer tard sans avoir manger. Je vais lui préparer quelque chose. Merci pour tout !

Les saluant tous, je mets mes chaussures et sort par l'arrière de l'appartement. J'ai à peine le temps de mettre le nez dehors, qu'il reçoit une goutte dessus. Fonçant les sourcils, je lève un regard contrarié au ciel. Couvert. Et pluvieux. Le temps change trop vite sur cette île. La chaleur est toujours étouffante mais un orage se prépare. Super. J'adore.

Faut que je me dépêche de rentrer.

Je descends quelques marches de l'escalier de métal lorsque mon téléphone sonne. Je l'attrape. Ce ne sont pas les garçons puisqu'ils sont juste au dessus. Bonney. Ah.

Je réponds.

- Salut, tu-

- Cara, je crois qu'on a un problème.

Mon cœur fait une embarquée furieuse à sa voix glaciale et grave. Alerte, je me redresse et regarde de tous les côtés. Je ne la vois pas, elle est peut-être en bas. Je descends les escaliers alors qu'elle continue.

- J'ai repéré un gars. Ça fait deux fois que je le vois près de vous, et notamment cette après-midi !

Oh miséricorde. Je pose enfin les deux pieds sur la pelouse, le sang battant trop fort à mes tympans et la tête un peu floué.

- Reste enfermée avec tes amis, il est passé par derrière la maison, je vais le suivre et-

- Derrière la maison ?

- Oui, je-

- Je suis derrière la maison.

- CARA TIRE TOI DE LA !

Mais déjà, une main s'abat sur mon épaule.

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Merci d'avoir lu !

A bientôt ! Amour et clafoutis ~