Hail The Nutcracker Queen!

I

(Tooryanse, final)

Wo ist eine lange Nadel?
Wo ist eine kurze Nadel?
Auf Wiedersehen Bestrafungshügel
Das Fenster genau geschlossen?
Der Schlüssel genau befestigt?
"Noi" Zuerst gebe ich Zwei
"Noi" Diese Zwei sind statt deinen Tränen
Nein! Nein! Ich Fallen!
Nein! Nein! Nicht springen!
Mit den letzten zwei Versprechen
Nein! Nein! Ich Fallen!
Nein! Nein! Nicht springen!
Nein! Nein! Ich Fallen!
Nein! Nein! Nicht springen!
Neiiiin!

Where is a long needle?
Where is a short needle?
Goodbye, hill of punishment

Is the window precisely closed?
Is the key precisely attached?
First I give you these two

These two are your tears
No, no, I am falling!
No, no, no, do not jump!

With the last two promises
No, no, I am falling!
No, no, Do not jump!
No, no, I am falling!
No, no, Do not jump!
Nooooooo!

-Noi! The Clara Dolls (Hail The Nutcracker Queen!)

...la première fois, c'est insupportable, la deuxième fois, c'est pire, la troisième fois, on souhaite que ça aille jusqu'au bout pour ne pas subir cela une fois de plus.

-Pierre Duterte, psychothérapeute, (à propos des simulacres d'exécution)

-:-

...la première fois, c'est insupportable...

La main d'une adolescente demeurait engluée sur la poignée d'une porte, une main aussi moite que fébrile. Une main qu'un détective recouvrait gentiment de sa paume, sans exercer la moindre pression sur sa compagne, au sens propre comme au figuré.

S'efforçait-elle de maintenir cette porte close ou rassemblait-elle les forces suffisantes pour l'entrouvrir pour la toute dernière fois ? Difficile de le savoir... Elle n'était pas certaine de connaître la réponse à cette question des plus dérangeantes.

Après tout, ce n'était pas seulement la liberté qui lui ouvrirait les bras de l'autre côté de ce seuil, c'était aussi et avant tout la mort...Sa mort... Jusqu'à présent, elle s'était imaginé que sa prison était verrouillée de l'intérieur... Elle se l'était certainement imaginé au tout début quand elle avait invité un détective à en refermer la porte derrière elle, avant de réaliser au milieu de sa captivité qu'on lui avait confisqué la clé de cette cellule, la condamnant à y demeurer jusqu'à la fin de ses jours... Mais les juges comme le public qui attendait leur verdict à l'extérieur de la prison, ils ne pouvaient pas se contenter de la maigre consolation d'avoir enfermé Kira avec une innocente, les laissant se superposer l'une à l'autre au point qu'on pouvait légitimement les confondre, il ne pouvait y avoir qu'une seule personne dans la boite dont le détective hésitait à relever le couvercle une fois pour toute, de peur de tuer son unique occupante, alors même qu'il l'y avait enfermé en tout premier lieu...

Qu'il s'agisse d'une meurtrière qui s'était substituée à la justice ou d'une adolescente déclarée coupable à sa place, coupable de n'avoir pas su démontrer son innocence comme sa culpabilité, celle qui était dans cette boite était de toutes manière de trop... Une anomalie qu'il fallait se décider à corriger une fois pour toute, dans les deux sens du terme...Il était temps de l'ouvrir, cette boite de Pandore, quand bien même les dernières espérances de son occupante comme de sa famille continuaient de se dissimuler à l'intérieur. Peu importe si elles franchiraient le seuil en premier, laissant une adolescente désemparée derrière elles tandis qu'on la pousserait fermement à aller de l'avant... pour s'engager à faire le tout premier pas sur le couloir de la mort, sa propre mort...

Dans ce contexte, fallait-il s'étonner qu'elle hésite à abaisser cette poignée ? Cette poignée qui aurait pu être le levier de la guillotine sur laquelle on l'avait invité à s'allonger, le commutateur de la chaise électrique où on venait de la sangler, l'interrupteur qui déclencherait l'ouverture de la trappe de sa potence, la laissant osciller au bout de la corde qu'on venait de lui enrouler autour du cou, ou simplement la détente du revolver pointé droit sur son cœur...

Elle n'avait plus son mot à dire sur le sort qui l'attendait, le seul luxe qui lui restait était de faire reculer l'inévitable, même si ce n'était que de quelques minutes, ou plus vraisemblablement de quelques secondes... Une durée insignifiante pour le citoyen ordinaire qui s'égayait joyeusement à l'extérieur, plus précieuse que tout le reste pour une condamnée à mort, puisque chaque seconde qu'elle ferait perdre à ses bourreaux s'ajouterait mécaniquement à son espérance de vie... Quand le sablier était sur le point de se vider pour de bon, sans qu'on puisse le retourner par la suite, le plus infime grain de sable qu'on pouvait y ajouter avait sa valeur...

Surréaliste... Tellement surréaliste... Aussi surréaliste que de contempler son nom sur un certificat de décès ou d'observer le déroulement de ses propres funérailles...

Des funérailles qu'elle avait organisé la veille, en compagnie d'un père et d'une sœur, après avoir achevé de rédiger son testament comme la notice nécrologique qui serait transmise à une mère, en lieu et place de la triste vérité... Sur le coup, elle n'avait pas pu s'empêcher d'en rire, allant jusqu'à plaisanter à ce sujet avec sa famille, dans l'espoir morbide d'atténuer leur souffrance, ne serait-ce l'espace de quelques instants, une souffrance quasiment palpable dans l'atmosphère...

Bien évidemment, la plaisanterie avait coupé court, elle était bien la seule à lui trouver quoi que ce soit de drôle... et lorsque la chute résonnerait le lendemain, il n'y aurait définitivement plus personne pour en rire de cette plaisanterie morbide...

Finalement, il n'y avait pas besoin d'aller jusque là pour lui faire réaliser le sérieux de sa situation... Elle l'avait réalisé quelques heures plus tôt, quand un inspecteur de police avait timidement frappé à la chambre d'un détective pour lui rappeler qu'il...Non, qu'ils allaient être en retard...

Elle s'était réfugié derrière ses paupières en se blottissant contre son bourreau, priant pour qu'il l'imagine assoupie, et trouve la décence de lui laisser quelques minutes de sommeil supplémentaires... Cela n'avait pas fait illusion bien longtemps, mais un détective avait préféré dissimuler ce pieux mensonge sous une couette, tout en glissant un index devant ses propres lèvres pour inviter Matsuda à garder le silence, tandis qu'il se tenait sur la seuil d'une porte entrouverte...

Le policier n'était pas stupide au point de s'imaginer que la condamnée pouvait dormir du sommeil du juste le matin de son exécution, mais il ne demandait pas mieux que de jouer les idiots, ce jour là... Une performance des plus médiocres, mais à quoi bon faire des efforts ? Qu'il s'agisse d'Aizawa ou de Mogi, personne n'avait eu le cœur de troubler ce sommeil cousu d'un fil aussi blanc que l'uniforme qui servirait bientôt de linceul à une condamnée...

On lui avait offert le luxe de choisir sa tenue pour la dernière fois... Après tout, l'exécution se déroulerait à huis clos, l'anonymat de Kira lui survivrait, autorisant une sœur à vivre sans que l'ombre d'une meurtrière s'étire derrière chacun de ses pas, la condamnant à expier ses crimes en lieu et place d'une morte... Dans ces circonstances, nul besoin d'humilier une criminelle, bien au contraire, on pouvait lui accorder un semblant de vanité pour ses tout derniers instants...

Light ayant succombé à la tentation de les prendre au mot, Matsuda avait effectué quelques allers et retours entre le quartier général de l'équipe d'investigation et le domicile d'un commissaire de police. Une adolescente s'était montré plus futile et capricieuse que jamais, aucune pièce de sa propre garde-robe ne trouvant grâce à ses yeux. Elle avait pourtant pris la peine de les enfiler avant de pivoter devant son miroir, interrogeant un détective comme un policier sur la beauté du linceul qu'elle envisageait de porter, pour mieux balayer leurs suggestions d'un revers de la main.

Une comédie morbide qu'il était impossible de prendre au premier comme au second degré, aussi talentueuse et radieuse que puisse être l'actrice principale... Malgré les efforts de la fille de Soichiro Yagami, la condamnée à mort ne parvenait pas à s'éclipser derrière une adolescente superficielle qui semblait absorbée dans les préparatifs d'un innocent tête à tête avec un membre du sexe opposé...en oubliant que son soupirant se présenterait face à elle, un revolver à la main... et que ce ne serait plus une chambre vide qui serait positionnée devant le percuteur quand il en presserait la détente...

Aucun adulte ne trouva la force de corriger cette enfant gâtée, préférant lui accorder ses tout derniers caprices les uns après les autres, si bien qu'elle fût la première à se lasser de son petit jeu... Elle s'excusa auprès de Matsuda pour les circonvolutions qu'il avait du effectuer dans les rues de la capitale, en quête d'une robe qui n'avait jamais existé en premier lieu... Depuis le début, elle voulait s'en tenir à la sobriété. Pourquoi s'embarrasser de fioritures inutiles ?

De toutes manières, quelqu'un avait choisie sa tenue à sa place, le garçon qui l'avait convié à ce tête à tête en premier lieu, ce petit pervers qui s'excitait par avance en s'imaginant sa dulcinée enfiler l'uniforme d'une condamnée à mort...

Remarque suggestive qui avait pincé le cœur d'un détective malgré le clin d'œil aguicheur qui l'avait accompagné...

Et maintenant ? Qu'est ce qu'elle pouvait bien réclamer de plus maintenant ? Son tout dernier repas ? Elle n'avait plus le cœur à manger... Une dernière cigarette ? Ce serait la toute première dans ce cas précis...

Mais après tout, elle pouvait bien s'offrir le luxe d'essayer... Autant satisfaire sa curiosité et suçoter le clou de son cercueil, le cancer en serait pour ses frais quand il viendrait lui réclamer la facture pour chaque dose de nicotine ingérée... Constat désabusé qu'elle murmura à Aizawa en échange du paquet de cigarette qu'il ne pouvait plus lui refuser dans ces circonstances...

D'ailleurs, si elle avait toujours l'opportunité de choisir sa méthode d'exécution, est-ce qu'il serait possible de convaincre ses juges de la condamner à finir sa vie au pavillons des cancéreux ? Certes, la mise à mort serait sans doute plus longue, mais en contrepartie, son agonie serait d'autant plus douloureuse, chacun gagnait au change, non ?

Le rire qui avait accompagné la proposition était entrecoupé de quinte de toux. Décidément, le tabagisme s'obstinerait à conserver jusqu'au bout son mystère aux yeux d'une étudiante, pourquoi courtiser la grande faucheuse si ses baisers étaient aussi brûlants ? Un baiser qu'elle s'efforça néanmoins de prolonger jusqu'à la dernier seconde, quitte à laisser une flamme consumer un filtre, et une fumée plus acre que la moyenne lui carboniser les poumons, pliant le corps de la jeune femme en deux tandis qu'elle retenait le flot de bile qui menaçait de déborder entre deux toussotements...

Pour le moment, elle pouvait accuser cette maudite cigarette pour les larmes qui lui étaient montées aux yeux... Une excuse valide les dix premières secondes... Mais passé le cap des trois minutes, il était difficile de blâmer les sanglots d'une adolescente sur le mégot noirci qui se recroquevillait entre son majeur et son index...

Ryuzaki avait commencé à tendre le bras pour enlacer celle qui était assise à ses côtés sur le lit qu'ils avaient partagé la nuit dernière, proposition qu'elle rejeta d'un geste aussi sec qu'irrité, préférant réclamer une cigarette supplémentaire à un père de famille qui avait la chance de ne pas lui avoir donné le jour...

Elle n'avait pas retenu la leçon après sa première cigarette, ni même à la toute dernière du paquet qu'elle avait confisqué à un inspecteur, cet inspecteur qu'elle condamnait à la sobriété en plus de le condamner à vivre à sa place. Comment cet imbécile pouvait-il raccourcir son espérance de vie pour un plaisir éphémère ? Est-ce qu'il réalisait que, pour quelques minutes enfumées, il retrancheraient une heure à son épouse comme à sa fille, quand elles se tiendraient au chevet de son lit de mort ? Même s'il jugeait que sa vie ne valait pas la peine d'être prolongée au delà du nécessaire, il pouvait avoir la décence de comprendre qu'elle était loin d'être dépourvue de valeur pour celle qui la partageait avec lui et celle qui l'avait reçu de sa part.

Oui, vraiment, Aizawa était le plus cruel des imbécile, le genre d'irresponsable qui balayait la sollicitude de ses proches du revers de la main, en allant prétendre qu'il serait le seul à payer le prix de sa propre stupidité, alors qu'il savait pertinemment que ce ne serait pas lui qui paierait le plus à la fin, loin de là, très loin de là, et elle parlait en toute connaissance de cause ! Sentence qu'elle jugeaient des plus équitables, et qu'elle exprima avec une sévérité glaciale, même si elle oscillait par moment avec une tendresse aussi douce qu'amère, le désespoir qu'elle dissimulait à peine, son interlocuteur pouvait le sentir sur le bout de sa langue.

Ce n'était pas un policier que Light Yagami s'efforçait de noyer sous ses reproches, mais uniquement Kira, cette meurtrière qui s'était lâchement dissimulée de l'autre côté de son propre miroir, ce miroir qui demeurait dans le dos d'un inspecteur...

Que faire à présent qu'il n'y avait plus aucune cigarette au fond de ce paquet froissé qu'elle retourna avec une expression digne de la plus invétérée des fumeuses alors que c'était son tout premier flirt avec ce vice là ? Balayant la pièce du regard, elle contempla la réponse sur les lèvres qu'un détective mordillait, de peur de se rétracter à la dernière minute, ses lèvres qu'elle étouffa sous les siennes tout en plaquant un britannique sur son matelas..

Ce baiser n'avait rien de fougueux, contrairement aux apparences, ce n'était pas la langue de son amante qui s'enroulait autour de la sienne, uniquement son désespoir... Il avait fait mine de protester lorsqu'elle avait commencer un relever un sweat shirt pour dénuder son propriétaire, elle ne lui avait pas laissé son mot à dire...

Ryuzaki avait contemplé celle qui le surplombait avec un mélange d'horreur et de fascination, difficile de savoir s'il faisait face à Kira ou Light Yagami à l'instant présent, mais cette lueur de démence qui illuminait le regard qui lui transperçait l'âme de part en part, elle lui avait agrippé le cœur avec une violence qui éclipsait de loin la terreur nocturne qui était venu le hanter en se dissimulant sous les traits de sa suspecte...

Ce n'était plus la jeune femme qui s'était offerte à lui, quelques heures plus tôt, se décidant à savourer cette vie auquel elle venait tout juste de prendre goût, même si c'était au tout dernier moment, c'était une droguée qui réclamait sa dose non plus pour le plaisir qu'elle en retirerait mais pour se soustraire aux tourments du plus douloureux comme du plus définitif des sevrages... Et l'expression gourmande qui étirait ses lèvres en un pli moqueur, c'était une parodie grotesque de celle qu'il avait eu l'occasion de contempler, tout à l'heure, elle était plus appropriée à une infortunée que la famine aurait poussé jusqu'aux affres du cannibalisme, bien décidée à prolonger sa vie moribonde en dévorant goulûment celle qui palpitait encore dans la chair de ses semblables, peu importe que son dernier repas soit en mesure de se débattre entre ses bras ou non...

La nuit dernière, elle avait éclaté de rire en contemplant les contraceptifs disposés sur une table de nuit. De quoi est-ce qu'il pouvait bien se protéger ? La seule maladie sexuellement transmissible que l'un pouvait transmettre à l'autre dans ces circonstances, c'était bien la vie. Une maladie incurable qui s'achevait nécessairement par la mort du contaminé, certes, mais elle n'aurait jamais le temps de la lui offrir, pourquoi s'embarrasser de précautions ?

Remarque dont l'espièglerie était des plus sincère sur le coup, la cruelle réalité avait été reléguée au lendemain, à présent, une adolescente commençait à la prendre au premier degré tandis qu'elle la lui susurrait à l'oreille pour la seconde fois.

Après tout, s'il faisait un petit effort, la condamnée pourrait peut-être obtenir un sursis de neuf mois. Il n'aurait pas la cruauté de condamner une innocente avec une criminelle, non? Non?

Visiblement non. Et même si le détective n'avait pas le cœur de lui refuser la toute dernière faveur qu'elle lui réclamait, il avait encore moins le cœur à lui offrir dans ces circonstances là, si bien que deux inspecteurs de police durent batailler avec une condamnée pour la séparer de son bourreau, leur étreinte ayant commencé à devenir plus proche de l'empoignade violente, voir de la lutte à mort, que des préliminaires de l'acte d'amour.

Elle avait tapé du pied comme du poing, faisant voler en éclat les barrières de l'instant présent pour enfoncer des éclats du passé dans le cœur de ceux qui s'efforçaient de la maîtriser... Qu'il s'agisse de la crise de panique qui avait gagné une suspecte lorsqu'elle s'était imaginé par avance dans le rôle de la condamnée engagée sur le couloir de la mort, alors que deux policiers étaient simplement venu l'escorter jusqu'à sa nouvelle cellule, ou de la crise de démence qui avaient convaincus ses geôliers de la libérer de la même cellule, deux scènes se superposaient à la troisième, la prolongeant au delà du nécessaire.

Les deux inspecteurs n'avaient pas été de trop dans cette chambre, Matsuda n'aurait pas réussi à conserver les poignets de sa prisonnière entre ses mains si son collègue ne lui avait pas agrippé les chevilles dans le même temps. Solution temporaire, ils se voyaient difficilement la guider jusqu'à l'échafaud dans ses conditions.

Deux regards convergèrent vers la camisole de force que Watari avait soigneusement plié sur le dossier d'un fauteuil roulant. Il serait sans doute délicat de lui enfiler, et même à la fin de l'opération, il serait certainement tout aussi délicat de la sangler à ce fauteuil avant de le mettre en mouvement, mais avaient-ils d'autres alternatives à leur disposition ?

Certes, la condamnée avait cessé de se débattre, les sanglots s'étaient substitué aux hurlements hystériques, mais le flots des supplications étaient loin, très loin de se tarir... Des murmures qui rampaient péniblement jusqu'aux oreilles des trois spectateurs de la tragédie, résonnant avec une violence infiniment supérieure à celle des cris qui les avaient transpercé la minute précédente...

Ils ne pouvaient pas... Ils ne devaient pas... Ils n'avaient pas le droit... Elle avait le droit...de vivre...Le droit à un procès...un avocat... au moins au bénéfice du doute si la clémence du tribunal était hors de portée... Si le doute n'était plus permis, qu'ils l'emprisonnent à vie... Dans son ancienne cellule si nécessaire... Ils pouvaient même la condamner à la cécité s'ils soupçonnaient le premier Kira d'avoir bénéficié des leçons de son disciple... Qu'est ce que ça pouvait bien leur coûter de la laisser vivre ? Elle pouvait payer les frais de sa propre incarcération si nécessaire... Si les maigres économies que ses parents avaient mises de côté pour ses études ne suffisaient pas à couvrir la note... Elle...elle pouvait sans doute souscrire un emprunt auprès d'un détective fortunée, non ? Non?

Ah, on pouvait la soupçonner d'être incapable de le rembourser, c'est vrai, mais elle pouvait bien mettre en hypothèque le peu qu'il lui restait, à commencer par son corps, après tout, il semblait lui avoir accordé un semblant de valeur quelques heures plus tôt, non ? Et si la saveur de sa nouvelle friandise favorite était déjà passée de mode, il pouvait... elle pouvait... Il y avait certainement un minimum de curieux qui ne rechigneraient pas à y goûter au moins une fois, elle ne demandait pas mieux que de donner de sa personne pour les satisfaire... Peu importait les tarifs qu'ils imposaient à ses clients, elle ferait de son mieux pour leur rembourser l'investissement au centuple et même au delà...

Ryuzaki s'était levé de son lit entre-temps pour s'agenouiller aux côtés de infortunée qui faisait flèche de tout bois pour réclamer sa clémence... et s'il avait résisté à la tentation de fermer les yeux, il n'avait pas pu s'empêcher de plaquer sa main sur les lèvres tremblantes d'une adolescente tandis que sa dignité fondait comme neige au soleil face à cette mort qu'on ne pouvait pas plus contempler en face que l'astre du jour.

Peine perdue, les gémissements plaintifs étaient bien plus éloquents que les mots qu'il s'efforçait d'étouffer sous sa paume, d'autant plus qu'elle avait retrouvé la force de se débattre. Les dernières minutes de la vie d'une condamnée commençait à évoquer de manière dérangeante un viol collectif, et celle qui s'agitaient entre leurs mains auraient sans doute préféré qu'il en soit ainsi, si ceux qui venaient lui arracher ses faveurs lui laissait celle de respirer quand ils auraient fini leur affaire...

Un haut le cœur avait commencé à gagner le britannique, aussi bien que les policiers qui l'assistaient dans sa triste besogne. Est-ce qu'il n'étaient pas temps de mettre fin à cette comédie morbide ? Visiblement les deux inspecteurs préféraient prendre le risque de libérer une coupable que d'exécuter une innocente, quand bien même l'exécution serait fictive...aux moins aux yeux de ses bourreaux jusqu'au coup de théâtre final...

Questions silencieuses à laquelle il ne pouvait se dérober... Ils se contenta de secouer la tête en réponse. Réponse qui ne passa pas inaperçue à celle qui étaient aux première loges du conciliabule implicite, à ses yeux écarquillés par l'horreur, ce n'était certainement pas d'un simulacre d'exécution qu'ils s'étaient entretenu, mais d'une exécution bien réelle, plus réelle que tout le reste du monde, la sienne...

Policier comme détective fermèrent instinctivement les paupières en regrettant de ne pas pouvoir se boucher les oreilles pour s'abriter du hurlement dont les décibels s'immiscèrent par dessous la main du britannique.

Pour le meilleur comme pour le pire, après ce pic de souffrance, une poupée de chiffon s'était substituée à l'adolescente... si bien qu'après avoir bénéficié de quelques minutes d'accalmie, c'était simplement l'œil du typhon après tout, chacun des trois belligérants se décida à relâcher la moribonde à tour de rôle.

Elle avait compris. Elle s'était résigné. Sa vie ou plutôt sa mort avait trop de valeur pour qu'elle puisse espérer la racheter... se racheter...au sens propre comme au figuré... mais il pouvait tout de même lui en laisser...un peu plus... Un tout petit peu plus...Un peu plus de temps pour se faire à l'idée... Et il fallait respecter les traditions de sa terre natale... Au pays du soleil levant, les condamnées à mort avaient le droit de trouver la paix de l'âme avant de faire face à leur châtiment, raison qui justifiaient les années s'écoulant entre leur jugement et son exécution, leur exécution... On la prenait de court...Pourquoi aurait-elle du constituer l'exception qui confirmaient la règle ? Pourquoi lui volait-on les années qu'on accordaient aux autres ? A défaut de quelques années, ou même d'une seule année, il pouvait au moins lui laisser une semaine...un jour...une heure... Rien qu'une heure...ou deux...Au moins le temps de faire ses adieux à un père comme à une sœur... Oui, elle avait déjà eu l'occasion de le faire, la veille, mais... Mais il fallait comprendre, la comprendre, elle ne se rendait pas compte à ce moment là... Elle ne pouvait pas se rendre compte... Se rendre compte de la valeur de ces quelques minutes qu'elle avait si stupidement gâché alors qu'elle avait tellement, oh, tellement de choses à leur dires à ses proches... On pouvait... Ils pouvaient... Il pouvait lui accorder...ça...juste ça... Rien que ça... Elle ne demanderait rien de plus par la suite... Elle ne pourrait rien leur demander de plus de toute manière alors...alors...

Message dont les mots auraient été effacés par ses larmes si elle les avait couché sur le papier, des larmes qui maculèrent le sweat shirt d'un détective alors qu'il enlaçait délicatement celle qui avait eue la force de se redresser, certainement pas celle de se lever pour de bon, encore moins celle d'effectuer le premier pas vers son échafaud...

Les deux policiers furent congédiés hors de la pièce, le britannique leur faisant comprendre du regard qu'ils les rejoindrait sous peu.

De fait, la porte de la chambre s'écarta quelques minutes plus tard... des minutes qui s'étaient étirés jusqu'à former des années dans la conscience de Matsuda comme celle d'Aizawa, qui regrettait de ne pas avoir eu un second paquet de cigarette sous la main pour le vider entre-temps...

Pour le meilleur comme pour le pire, Ryuzaki avait rempli sa promesse implicite, il n'était pas ressorti seul. Qu'il s'agisse de deux paires de menottes reliées par la même chaîne,d 'une camisole de force ou même d'un fauteuil roulant, les précautions envisagées pour forcer la condamné à demeurer à sa place lors de son tout dernier parcours, elles s'étaient avérés inutiles au final...

Si un intrus s'était glissé dans ce couloir pour jeter un coup d'œil à la dérobée, il n'aurait eu aucun mal à s'imaginer que le britannique était simplement en train de soutenir une convalescente au cours de sa promenade entre les murs d'un hôpital. Le murmure qu'il avait glissé à l'oreille d'une adolescente après avoir écarté une mèche de cheveux auburn ? Certainement un mot doux si on jugeait à la manière dont il avait entremêlé son bras comme ses doigts à ceux de sa dulcinée en lui chuchotant.

Avec le recul, et si la jeune femme avait enfilé une robe aussi blanche que cet uniforme deux pièces, on aurait même pu croire qu'il invitait l'élue de son cœur à laisser ses doutes derrière elle faire le tout premier pas en direction de l'autel.

Un pas qu'ils effectuèrent simultanément, l'une aux côtés de l'autre, par dessus le seuil de cette porte.

De quelle manière avait-il réussi à convaincre cette jeune femme d'entremêler ses pas aux siens jusqu'à ce que la mort viennent les séparer ? Dieu seul le savait, les murs de cette chambre s'avérant dépourvue de micro comme de caméras...

Dieu seul le savait...et bien évidemment, celui qui s'était finalement décidé à le tuer...la tuer...