Titre : D'où ils viennent les bébés

Personnages : Arthur et ChibiAmerica

Arthur allait partir sur la pointe des pieds en croyant avoir endormi enfin l'hyperactif petit America quand la petite voix fluette de celui-ci s'éleva.

« Daddy, ils viennent d'où les bébés ? »

Pourquoi maintenant, fut la pensée la plus concrète d'Arthur alors qu'il se grattait l'arrière du crâne avec gêne.

Il sentit son cœur s'affoler pour pas grand-chose, il suffisait de mentir avec aplomb pour préserver son innocence. C'était pareil que le père Noël, il suffisait d'avoir un peu d'imagination et d'esprit pratique. Et s'il avait eu la clairvoyance d'anticiper un peu plus la chose, il aurait préparé une histoire en béton. Seulement, on repoussait le moment, on repoussait le moment, jusqu'à ce qu'on y soit confronté.

« Pourquoi poses-tu cette question ?

- Le Prince et la Princesse, ils se sont mariés et ils ont eu beaucoup d'enfants, tu l'as dit dans l'histoire. Il faut que le papa et la maman soient mariés par le prêtre pour avoir un bébé dans leur maison ? »

Arthur était toujours étonné de voir surgir le puritanisme religieux des colons américains dans les propos de son protégé.

« Ça vaut mieux… », fut la seule réponse pouvant sortir de la bouche d'Arthur.

Mais il arrive que ce ne soit pas le cas.

« Oh… D'où ils viennent les bébés, alors ? »

Lui parler des cigognes européennes était très tentant tout comme des petites fées anglaises. Et il se sentirait ridicule de parler d'abeilles et de fleurs. Et puis, il y avait quelque chose de dérangeant… Plus qu'avec un enfant ordinaire. Les nations n'avaient pas vraiment de parents, et c'était assez déprimant, et constituait un mystère troublant. Ils se créaient tous des liens de parenté plus ou moins étroit selon leurs affinités ou leurs âges mais il n'y avait rien de vraiment naturel. Aucun d'entre eux n'avait assisté à la naissance à proprement parlé de l'un des leurs. Ils s'étaient rencontrés, c'est tout, à un moment ou à un autre de leur histoire.

Ils avaient été plus ou moins choyés par des anciennes nations ou par des humains.

« C'est très simple, les garçons naissent dans les choux et les filles dans les roses.

- Je suis né dans un chou ? C'était dans le potager de mes parents ?

- Certainement.

- Comment ils font les gens qui n'ont pas de jardins ?

- Heu… »

Allez, c'est le moment d'improviser sans mettre les pieds dans le plat.

« … Ils font un vœu, et des fées le réalisent.

- C'est comme la marraine la bonne fée dans les contes ?

- Oui, America. Les marraines les bonnes fées ont des grands jardins et des grands potagers, et elles livrent les enfants à leurs parents.

- Alors, pourquoi on plante des choux et des roses si quelqu'un peut le faire à notre place ?

- Il n'y a rien de plus beau que de voir ces plantes pousser et d'attendre le bon moment. Tu te souviens de cette plante que tu as mise dans la terre…

- C'était long…

- Peut-être mais c'était vraiment intéressant.

- Oui, c'est pareil pour les bébés…

- C'est très long, et ça ne marche pas tout le temps. »

Le lendemain, Alfred était sorti pour aller dans le jardin d'Arthur regarder les roses. Arthur était mitigé, il appréciait qu'Alfred soit calme au point de contempler des fleurs mais il sentait la question terrible venir au vu de l'air extasié du petit.

« Elle sera là quand ma petite sœur ? Et c'est qui sa maman ? »