Bêta : Moïra-Chan ~

Rating : T (Karkat, ton langage !)

Résumé : Faut dire qu'ils sont énervants, là-devant, à avancer à deux à l'heure ! C'est quoi cette caissière neurasthénique, elle a avalé un tube entier de lexomil juste avant de prendre son service, ou quoi ?! Et puis sérieusement, pourquoi ils n'avancent pas, devant ?

Note de l'auteur : Ce dimanche fut long et trop court pour moi. Et demain je dois aller chez le dentiste. Muh. Pas envie. Du tout. Help. Aidez-moi. T_T Enfin en attendant, j'espère que vous aimerez ce thème ! Il a été en tout cas assez drôle à écrire pour moi. Bonne lecture :)

Auto-évaluation : ***


35 – Marche

L'avantage, quand ton métier c'est d'être critique littéraire, c'est que tu peux aller à peu près n'importe quand à la FNAC pour chercher les livres que tu as commandés. Y compris quand il n'y a quasiment personne, le jeudi après-midi. Aussi es-tu en train de te demander pourquoi tu es actuellement coincé dans une queue qui semble interminable. Toi qui adores attendre. C'est bien connu.

Tu pousses un soupir qui fait vibrer ta cage thoracique, tout en remontant la pile des cinq romans qui t'ont été remis au point de retrait des commandes. Depuis le temps que tu patientes pour lire la suite de la trilogie des Lys, et découvrir les autres romans de cet auteur… Tu en piétines encore plus d'impatience.
Tu en piétines tellement que tu finis par avoir mal aux pieds. Faut dire qu'ils sont énervants, là-devant, à avancer à deux à l'heure ! C'est quoi cette caissière neurasthénique, elle a avalé un tube entier de lexomil juste avant de prendre son service, ou quoi ?! Et puis sérieusement, pourquoi ils n'avancent pas, devant ? Pourquoi y en a un, on dirait qu'il décidé de faire crever son porte-monnaie d'une attaque cardiaque aujourd'hui ?! Et pourquoi le mec juste devant toi laisse systématiquement quatorze kilomètres d'espace entre lui et la pauvre nana qui le précède ?!

C'est à te rendre cinglé.
Un grognement commence à se frayer doucement un chemin dans ta gorge quand, enfin, le type qui a décidé d'acheter tout le magasin ou presque atteint la caisse. Tu te sens gronder malgré toi lorsque la femme avance – mais pas l'autre. Il finit néanmoins par le faire – peut-être parce qu'il a senti ton souffle énervé presque dans son cou. Tu avances d'un pas prudent, décidant qu'en fait le coller complètement n'est peut-être pas une bonne idée – il pourrait mal le prendre.
Prenant ton mal en patience – de toute façon, t'as pas franchement le choix – tu observes avec attention tout ce qui peut bien se trouver sous tes yeux. En l'occurrence, la nuque de l'autre mec devant toi, en fait.

Qui n'est pas si mal, à vrai dire.
Enfin, pas que tu sois à ce point spécialiste des nuques des gens, non. Simplement, celle-là est plutôt jolie, tu dois l'avouer. Très élancée – bon, le mec te dépasse déjà de quelques bons centimètres, ça aide – et gracile, avec des cheveux noirs très courts qui partent un peu dans tous les sens, contrastant avec une peau très blanche. Ce mec ne doit pas souvent sortir de chez lui. En fait, tu vois pas grand-chose de plus. À part qu'il est plutôt grand et tout mince – et qu'il a l'air de vraiment sortir peu souvent, au vu des vêtements carrément ringards qu'il porte. Ou alors, c'est un accro aux jeux vidéo. Ou les deux. Allez donc savoir.

De quoi, tu peux pas parler avec ton jeans et ton gros pull à col roulé ? Oh, merde hein, il fait moche dehors et tu détestes avoir froid !
Pfff.
Tu as le temps de t'ennuyer ferme – mais genre, béton armé ferme – avant que ce ne soit à la femme d'arriver à la caisse. Et que l'autre n'avance pas. Encore. Cette fois-ci, tu grognes un peu plus ostensiblement – tu sais qu'il a dû t'entendre. Bon, en même temps, t'es pas spécialement discret. Mais c'est de sa faute, aussi, pourquoi il traine la patte comme ça ?!

Tu en es encore à ruminer tout ça lorsque la caissière s'éclipse quelques minutes parce que un code-barres ne fonctionne pas, emportant ta patience avec elle. Sauf que quand elle revient… elle revient seule. Toute trace de calme s'est plus ou moins évaporée de chacune de tes cellules, et tu sens que tu n'es pas loin de commettre un meurtre si tu ne parviens pas à la caisse rapidement.
C'est peut-être pour ça que lorsqu'enfin, la femme s'en va et que la queue reste immobilisée, tu… exploses. Il n'y a pas d'autre mot. Tu exploses de rage, d'impatience et de frustration, et vide ces dernières sur l'homme devant toi de toute la force de tes poumons.
Ce qui signifie très fort.

« MAIS BORDEL DE MERDE, TU VAS BOUGER, CRETIN ?! TU VOIS PAS QUE C'EST À TON TOUR, NON ? PUTAIN Y A DES GENS QUI ATTENDENT ICI, ALORS BOUGE UN PEU TON CUL ET MARCHE ! T'ES AVEUGLE OU QUOI ?! »

La fin de ta tirade est accueillie par un silence de mort – tu y es habitué, ça fait souvent ça. Surtout devant des gens que tu ne connais pas. Parce que bon, depuis le temps, Terezi se fait un plaisir d'exploser de rire à chaque fois que toi, tu exploses de rage. M'enfin, cette femme est folle de toute façon, alors bon, son avis ne compte pas.
Oui enfin, ça fait quand même… un long silence, là. Qu'est-ce qu'il se—

L'autre devant toi se retourne lentement. Et la masse noire indistincte de cheveux sur son crâne fait place un visage à la peau aussi blanche que ton cul – avec, au milieu, deux orbes d'un bleu infini. Qui ne se fixent pas sur toi.
Ton cœur rate un battement.
Oh putain de m—

Tu fuis le regard océan, seulement pour poser tes yeux sur la canne blanche qu'il tient dans sa main gauche, et que tu n'avais pas vue avant parce que… parce que tu n'es qu'un sombre con qui n'est même pas foutu d'observer vraiment les autres un minimum. Personne ne dit rien, mais tu hésites vraiment à chercher un moyen de t'enfoncer sous terre et d'y rester au moins cinq siècles. Quoique, même là, tu n'es pas certain que cette honte intersidérale ne sera pas encore d'actualité au moment où tu ressortiras. Tu imagines déjà la scène « Regardez, c'est Karkat, l'homme qui a insulté un pauvre aveugle ne lui ayant rien fait simplement parce qu'il n'était pas foutu d'attendre trois secondes avant de péter une putain de durite ! »
L'autre se gratte la gorge, mais tu ne le laisses pas en placer une.

« Putain de saloperie de connerie de bordel de merde. Désolé. J'ai une gueule trois fois trop grande pour mon propre bien et un caractère de merde. Tu peux oublier ce que j'ai dit. »

Il y a un autre silence, que tu ne sais pas comment interpréter.
Voyant qu'il ne bouge pas, tu pousses quand même un soupir.

« Mais c'est ton tour. Alors bouge ton cul, bordel. »

Après ça, tu n'oses plus lâcher tes chaussures des yeux. Tu passes à la caisse en un temps record (bonjour – carte de fidélité ? – alors ça fera quarante-huit euros et trente-deux centimes, monsieur – merci, bonne journée), et n'es pas loin de te mettre à courir pour quitter au plus vite le centre commercial quand une voix te stoppe net.

« Hé ! Le type au pull gris ! »

Tu n'es pas sûr que c'est bien de toi qu'il parle, mais fais quand même l'effort de te retourner, curieux. Et ton cœur rate un battement quand tu comprends qui t'a appelé. Bon, en fait tu ne connais pas le mec en question – un grand type avec un blouson noir et une clope au coin des lèvres – mais tu n'as aucun doute sur l'identité de celui qui se tient à côté de lui.
L'aveugle.

Le mec en blouson te fait signe d'approcher, et tu obéis, le cœur au bord des lèvres.
Tu as à peine le temps de te planter face à eux que le mec à la clope se tourne vers l'autre et lui lance d'un ton visiblement fier de lui :

« Voilà,il est devant toi ! J'vous laisse.
- D'accord. Merci !
- À ton service, mec ! »

Tu ne comprends pas trop ce qui est en train de se passer, et regardes l'autre type s'éloigner. Qu'est-ce que c'est que ce bordel ? Et pourquoi est-ce que…

« Je suis John.
- Euh… ouais, et alors ? Qu'est-ce qui se passe, je vais me faire foutre en prison pour avoir gueulé sur un aveugle ? »

L'autre rit – et tu fronces un peu plus les sourcils. Tu comprends de moins en moins – et ta compréhension descend encore d'un cran lorsqu'il ajoute :

« Non, mais un café, ça te tente ? T'as l'air ultra drôle ! »

Il te faut quelques secondes pour récupérer toutes les facultés de ton pauvre cerveau, décidément bien malmené par la situation.

« … Quoi ? »

J&K


Notre pauvre Karkat.
Sur ce, je vais aller écrire le thème 36 (Précieux) pour essayer d'oublier ce fichu dentiste. Bonne semaine à tous !