Un officier arriva alors en trombe dans la salle de cérémonie :
- Mon seigneur, des intrus viennent d'arriver par le portail et ont réussi à s'infiltrer dans l'ancienne cité !
- Pourquoi les gardes ne les ont-ils pas arrêtés ?
L'officier sembla particulièrement embarrassé par cette question et chercha ses mots pour atténuer les représailles qui ne manqueraient pas de tomber.
- Ils ont activé le portail et diffusé un gaz au travers… à la vue de l'état de santé des gardes peu avant leur décès, il s'agissait d'un gaz à base d'apnaya, je ne vois rien d'autre.
- De l'apnaya gazeux ?
- Oui, mon seigneur.

Le roi réussit à dégager son crâne de l'emprise de la grille pour lancer un regard interrogateur à Hermione qui, à présent, souriait de bonheur. Oh, évidemment, elle était terrorisée à l'idée de savoir que la guerre était déclarée, mais elle n'aurait jamais espéré avoir les renforts si tôt. Ils allaient probablement tous périr à l'issue de cette bataille où leurs deux plus grands ennemis leur feraient front, mais ce qui lui importait à présent, c'était de revoir Drago. Et Merlin, que c'était bon ! Elle le sentait, elle percevait le moindre de ses sentiments à l'intérieur d'elle. Ils s'engagèrent alors dans une sorte d'échange : il lui envoyait de la force et de la détermination, en retour elle chercha à lui envoyer de l'amour et du courage. A cet instant, plus rien ne lui semblait impossible.

- Seigneur ? Quels sont vos ordres ? Doit-on interrompre le liage ?
- Non ! Cette femme sera ma liée quoi qu'il en coûte. Nous n'avons pas besoin d'un public. Renvoyez les sorciers chez eux et que tous les hommes se mobilisent pour les retrouver ! Entrez dans les galeries s'il le faut, mais délogez-moi cette bande de rats. Tuez-les tous sans exception. Exécution !
- Mais, seigneur, la plupart d'entre nous risque de mourir si nous pénétrons dans les galeries.
- Je m'en moque, l'apnaya n'est pas foudroyant, vous aurez peut-être le temps d'en éliminer un ou deux. Ne laissez avec nous que les membres de l'escadron 7. Nous allons terminer ce liage et j'ai besoin du meilleur de nos hommes pour couvrir mes arrières. Je suis sans défense jusqu'à ce que ce soit terminé.
- Bien, mon seigneur.

L'officier visiblement en haut de l'échelle militaire fit quelques mouvements face à la foule qui s'organisa en groupes en l'espace de quelques secondes. Mais une voix sifflante s'éleva de la foule.

- Mon seigneur ! Nous sommes venus pour utiliser votre collectif, tel était notre accord. Vous ne pouvez pas nous renvoyer avant d'avoir tenu vos engagements.
- Silence ! s'emporta le frère du roi. Vous n'êtes absolument pas en mesure de négocier avec nous. Nous devons faire face à une crise, vos petites préoccupations ne nous concernent en rien.
- Si vous me le permettez, si justement. Nous voulions utiliser le collectif pour éradiquer justement la bande de cloportes infiltrée dans vous murs. Nous ne sommes pas en proie aux mêmes malaises que vous en présence de cette plante ou de ce gaz, peu importe. Laissez-nous vous aider en pénétrant dans votre ancienne cité.

Le roi mit quelques secondes à analyser la situation. Il n'était pas dans la meilleure de positions pour réfléchir calmement à une stratégie digne de ce nom, mais il y parvint tout de même avec brio.

- Faites donc, mais je ne peux informer mes hommes de votre présence dans ces tunnels de l'ancienne cité. Alors je vous conseille de prier pour qu'ils vous reconnaissent. Je ne réponds en rien des pertes que vous pourrez avoir dans votre camp.

Voldemort inclina très légèrement la tête et partit aussi vite que possible assouvir son vœu le plus cher : exterminer Potter une bonne fois pour toutes. Quel meilleur tombeau que celui-là pour un rat tel que lui ?
A peine le Lord noir avait-il tourné les talons, suivant un Morgole le conduisant jusqu'à une fenêtre, que l'officier de cérémonie se permettait une objection.
- Mon seigneur… êtes-vous sûr que ce soit une bonne idée ? Avec l'apnaya…
- Oui, ils n'auront plus de pouvoir, mais tout comme nos intrus néanmoins. Ils seront donc sur un pied d'égalité. Alors laissons-les s'entretuer et ramassons les débris plus tard. Nous avons un liage à terminer.
Il recula son crâne pour le plaquer à nouveau contre la grille. Hermione avait refermé les yeux. D'extérieur, elle paraissait sereine et impliquée dans ce liage alors qu'intérieurement, elle était complètement ailleurs. Elle communiquait toujours avec Drago à coups de sentiments, s'efforçant par moment à réfréner les sourires impulsés par des vagues d'amour de son amant.

- Quelle horreur ! se permit Ginny alors que Drago lui montrait immédiatement qu'elle devait la boucler pour rester en vie. A peine arrivés, il les conduisit jusqu'au dortoir. De là-bas, ils auraient un peu plus les mains libres pour organiser leur intervention. Depuis la trouvaille de Neville, ils avaient une chance de plus de réussir. « Ca en fait deux sur un million » pensa ironiquement Drago. Ils ne mirent que peu de temps à arriver à destination où Drago, galvanisé par l'amour qu'Hermione lui envoyait, donna le signal :

- C'est bon !

Un signe de tête suffit pour que tous comprennent, ils placèrent un bandana sur leurs nez et leurs bouches. Dès lors, tout s'organisa comme s'ils avaient répété toute une année durant avec Neville en chef d'orchestre. Chacun prit un échantillon d'apnaya dans les sacs portés par Harry et Ron et s'appliqua à le métamorphoser. Certains y arrivèrent plus vite que d'autres. Ginny réussit très rapidement son tour de passe-passe alors que Monsieur Weasley et Pansy mirent quelques instants de plus. Au bout de cinq minutes, alors que les processus de transformation démarraient aux pieds de chacun des membres de l'Ordre, Ron désespérait toujours d'avoir un quelconque résultat. Alors que ses premières protestations se faisaient entendre, Pansy se tourna vers lui directement :

- Arrête de geindre ! Oublie tout ce qui a trait à ce lieu, Weasley, ça ne te regarde pas ce qu'il s'est passé dans cette pièce, et en particulier dans le lit que tu regardes avec cet air pitoyable de chien battu. Concentre-toi, comme à l'entraînement. Tu seras surpris de voir ce que tu peux accomplir quand tu ne t'apitoies pas sur ton sort.

Harry haussa les sourcils d'étonnement, et ce qui le surprit le plus, ce fut de voir qu'un coup de pied aux fesses donné par Miss Parkinson débloqua immédiatement la situation pour son ami. Il se laissa aussitôt accaparer par sa mission. Chacun devait se débrouiller pour produire le maximum de gaz. Mcgonagall et Tonks, quant à elles, se chargeaient d'orienter les émanations dans les couloirs de la cité. Drago leur avait expliqué que les Morgoles avaient le pouvoir d'attirer leurs proies à travers les fenêtres de passage entre l'ancienne cité et la nouvelle. Ils avaient alors dû revoir leur plan initial.
Lorsque Neville était arrivé avec sa trouvaille de l'état gazeux de l'apnaya, une tactique très simple s'était élaborée : chacun irait devant une fenêtre et diffuserait le gaz dans la nouvelle cité. Mais après l'intervention de Drago, il fut aisé de comprendre à quel point ce plan était caduc ! A la vue du gaz (d'une couleur verdâtre), les Morgoles ne manqueraient pas d'attirer les fautifs à eux et de les exterminer. Ils n'auraient alors pas le temps de distiller suffisamment d'apnaya pour absorber tous les pouvoirs et seraient irrémédiablement obligés de céder face à leur ennemi.

Après trente secondes de réflexion, délai maximum qu'il s'était accordé, trop pressé d'aller délivrer sa belle, Drago avait suggéré cette solution qui paraissait la plus raisonnable : ils iraient au dortoir pour diffuser le maximum d'apnaya dans les couloirs de l'ancienne cité. Totalement enveloppé par cette brume anti-magie, ils pourraient recommencer la même opération devant les fenêtres.
A ce moment là, la guerre serait lancée. Ils savaient parfaitement que certains Morgoles ne succomberaient pas au contact de cette plante. Si leur magie était anéantie et qu'une partie des monstres tombait sous cet empoisonnement, certains résisteraient naturellement. Drago se souvenait trop bien d'un des Morgoles qui avait pénétré dans l'ancienne cité, le menaçant lui et sa belle. D'autres pourraient présenter la même immunité naturelle à l'apnaya. La réussite de leur plan était alors basée sur une simple supposition : il fallait qu'un très faible pourcentage de ce peuple présente l'immunité. Ils pourraient alors lutter à armes égales… enfin autant que pouvaient l'être des adolescents terrifiés face à des guerriers bien entraînés et armés jusqu'aux dents.

Mais alors qu'ils étaient tous concentrés du mieux qu'ils le pouvaient, cherchant à repousser loin la peur accentuée par les hurlements infâmes de la sirène d'alarme, un « Avada Kadavra » lança un jet magique sur la Directrice de Poudlard qui fut simplement légèrement blessée à l'épaule. D'un réflexe, Tonks et elle se reculèrent pour ne plus être visibles depuis le couloir.
- Les Morgoles ? questionnèrent Harry et Drago d'une seule voix, sachant pertinemment qu'un Morgole ne lancerait pas un Avada Kadavra.
- Voldemort ! Ca va Minerva ? s'inquiéta Tonks.
- Très bien, ça n'est qu'une égratignure. L'apanaya joue parfaitement son rôle. Elle a pratiquement absorbé tout l'Avada. Encore quelques efforts et nous pourrons poursuivre notre but.

Un nouvel éclair vert leur indiqua l'urgence de la situation. Voldemort cherchait à les atteindre mais, surpris que ses coups ne portent pas, il restait à bonne distance. Remus prit la main de Tonks et ensemble ils se concentrèrent pour envoyer une énorme boule d'énergie le long du couloir. Les Mangemorts durent se plaquer contre les murs ou se lancer dans des croisements opposés pour ne pas être brûlés comme le furent les deux hommes en première ligne.

- Mais qu'est-ce qu'ils font là ? Ca n'est pas le moment ! s'emporta Harry, sachant que l'ultime combat, celui qu'il avait attendu toutes ces années durant, venait s'imposer à lui dans le pire des moments.
- Non, Harry, ça ne pouvait tomber mieux, intervint monsieur Weasley. Nous avons un énorme avantage, il ne peut pas se servir de la magie, nous si !
- Se servir de la magie est un bien grand mot… Nous sommes à peine capables de faire léviter des objets.
- Mais nous en sommes capables, Harry, eux non !

Comme pour le prouver, plus aucun sort n'arriva à traverser le gaz que la petite troupe continuait à produire envers et contre tout.

- Très bien, nous devons nous réorganiser ! intervint immédiatement Remus, laissant Tonks et McGonagall surveiller l'entrée. Et arrêtez de produire le gaz un instant, nous commençons à ne plus pouvoir respirer, il y en a suffisamment dans les couloirs ; notre cher ami nous aura aidés à jauger nos efforts.

- Je vais rester pour leur faire front ! s'imposa Harry sous le regard empli de fierté de Rémus.
- Brave garçon, se permit-il malgré lui. Mais il faut que certains d'entre nous restions avec toi pour t'aider. Tonks, Minerva, Ginny et moi alors jouer ce rôle. Arthur, Neville, Pansy, Patricia et Ron vous suivrez Drago. Nous diviser n'est certes pas la meilleure solution, mais c'est la seule que nous ayons. Nous allons faire une diversion pour que vous puissiez partir dans l'autre sens. Drago ?
- Oui ?
- As-tu une idée d'où on peut retenir Hermione ? Et si vous pouvez vous y rendre en évitant le couloir utilisé par les Mangemorts ?
- C'est bon, nous y arriverons. Allons y ! pressa le jeune homme plein de fougue. Non seulement il sentait le désespoir grandissant de son Hermione, mais une fine douleur semblait prendre possession de l'ensemble de ses os. Les sensations étaient encore diffuses, mais l'inquiétude grandissante qu'il percevait de sa belle lui donnait à croire que cela irait en s'amplifiant.
- Pas de folie, nous réglons son compte à l'autre face de lune et nous vous rejoignons. intervint alors Harry ayant repris le dessus sur ses propres démons. Vous préparez le terrain en diffusant l'apnaya dans la nouvelle cité tout en essayant de rester en vie. Nous vous rejoignons et tous ensemble nous passerons à l'attaque. Compris ?
- Je n'ai pas d'ordre à recevoir de toi, Potter ! s'emporta Drago d'un réflexe, provoquant un regard exaspéré de son interlocuteur.
- Bon sang, Malfoy ! Tu as déjà oublié ce que je t'ai dit tout à l'heure ?
- Non ! Vieux réflexe encore une fois. Ca marche, Potter, nous préparons le terrain, mais tâche de rester en vie ! se rattrapa-t-il en lui tendant une main que son ancien ennemi s'empressa de serrer.
- Un seul objectif, précisa Harry.
- Un seul objectif !

- Que c'est émouvant ! soupira Pansy. Bon, on y va ou on se met à graver nos prénoms dans des cœurs sur les murs ?

Les adultes n'avaient pas osé interrompre la scène qui leur redonnait à eux aussi un semblant d'espoir. Si ces deux là s'entendaient, peut-être y avait-il un espoir.

- Allez, c'est parti ! impulsa Drago.

Remus leur fit signe d'attendre une seconde. Cela laissa le temps à la nouvelle équipe de prendre plusieurs sacs d'apnaya et tous se préparèrent à suivre le Serpentard dans une course folle. Monsieur Weasley disait au revoir à sa fille, désespéré que deux de ses enfants soient en danger de mort, mais en y repensant toute la famille l'était, éparpillée aux quatre coins d'une planète en pleine guerre. Les jumeaux, Bill, Charlie et Percy risquaient également leur vie. Ron serra la main d'Harry en lui lançant une dernière recommandation :
- A tout de suite, je compte sur toi pour prendre soin de Ginny !
- Et toi pour ne pas foncer tête baissée quand tu verras Hermione en danger. Attends-nous !
- Je le retiendrai par la peau des fesses, s'il le faut, avait tranché Pansy sans même les regarder, bien trop concentrée sur le signal qui leur donnerait le départ.

- Attention ! avertit Rémus.

Et ce fut parti. La guerre d'Harry débutait, la tentative de sauvetage d'Hermione était lancée.

Quelques minutes plus tard et à bout de souffle, la petite équipe arriva devant la fenêtre donnant sur la salle de cérémonie. L'instinct de Drago les avait directement conduits là, et les sentiments provenant d'Hermione reçus de plus en plus clairement l'avaient conforté dans son orientation. En revanche, Arthur dut le retenir pour ne pas qu'il bondisse directement dans la salle en apercevant sa belle attachée à une grille au dessus de la fosse.

- Au travail ! avait-il immédiatement ordonné.

Pansy, Ron, Patricia et Neville s'étaient alors immédiatement exécutés. Ils avaient posé leurs sacs et recommençaient la même opération que dans le dortoir. Pendant ce temps, Monsieur Weasley et Drago concentraient leur énergie à diffuser le gaz directement dans la salle de cérémonie, désertée de tous, exceptés sept gardes et les membres du Conseil. Arthur aperçut Luna et fut soulagé de la voir tenir debout, mais il ne prévint pas Neville pour ne pas le troubler dans sa concentration qui paraissait sans faille.

Il ne fallut pas longtemps aux gardes pour constater la propagation de ce gaz vert. Ils se précipitèrent alors vers le pan de mur d'où émanait le poison, devinant aisément qu'il masquait une fenêtre vers l'ancienne cité. Markan regretta instantanément d'avoir négligé les recherches de ces fenêtres, pensant que cela était du temps gaspillé. Ils en connaissaient quelques-unes et cela leur suffisait amplement, vu qu'ils ne pouvaient les utiliser de toute manière.

Les gardes furent immédiatement pris d'une quinte de toux. Les premiers réflexes les poussèrent à attirer les inconnus à eux, mais la plante diffusée dans les couloirs jouait parfaitement son rôle, ils abandonnèrent après seulement quelques secondes d'essais, voyant que dans tous les cas, leurs efforts resteraient vains.

- Reculez ! ordonna le roi.
- Non ! le contra son frère, ils doivent arrêter ceci.
- Ils ne pourront rien faire contre de l'apnaya, nous avons besoin de la division 7 pour nous protéger ! Faites appel à une autre patrouille, qu'elle revienne le plus vite possible. Nous allons entrer dans la dernière phase du liage.

Les gardes reculèrent à contre cœur, mais ils ne pouvaient contester l'ordre donné par leur roi. Les occupants de l'ancienne cité purent voir la haine s'insinuer dans chacune des courbes de leur visage, forgeant leur rancune un peu plus profondément dans leur folie à chaque pas de recul qu'ils devaient faire face au gaz.
- C'est bien, continuez ! les encouragea Monsieur Weasley, en dépit de la chaleur infernale régnant autour d'eux. La transformation de la plante à l'état gazeux revenait à faire un sauna géant. Le petit groupe transpirait comme Rusard qui aurait couru un cent mètres.

Au même moment, la cérémonie de liage entrait dans sa dernière phase de réalisation. Les essences d'âmes des deux liés s'étaient mélangées et s'apprêtaient à réintégrer leurs corps.
- Cela va être un peu douloureux ma liée. Sois forte.

A peine Hermione eut-elle compris cet avertissement qu'elle ne put refréner un hurlement de douleur se propageant dans l'immense salle comme une onde de choc. Elle eut soudainement l'impression qu'un instrument de torture broyait l'intégralité des os de son corps, sentant progressivement ses articulations craquer sous une pression invisible, les unes après les autres. Mais cette douleur ne fut pas la seule à fracasser son pauvre corps comme une vulgaire poupée de chiffon. Ses organes se contractèrent dans un élan de réaction à un choc électrique et c'est à ce moment là que le pire arriva. Elle dut lutter de toutes ses forces pour ne pas perdre le contrôle et ne savait pas combien de temps elle allait pouvoir résister à un tel traitement sans lâcher les dernières barrières de dignité qu'il lui restait. La douleur avait largement dépassé le stade du supportable et la perte de conscience était proche. Elle sentait à peine le peu de contrôle qu'elle pouvait exercer sur certains de ses organes comme celui de la vessie. Les spasmes musculaires s'intensifiaient tellement qu'elle n'avait à présent même plus la force de hurler.

Drago entendit non seulement ce cri mais fut secoué par la même vague de douleur, le forçant à lui répondre en écho tout en portant un genou au sol. Il arriva alors à lancer un regard à Monsieur Weasley lui faisant comprendre que c'était le moment ou jamais. Hermione souffrait le martyre et la salle n'était gardée que par sept Morgoles à présent secoués par une toux incontrôlable et les membres du Conseil, tapis bien à l'abri de l'autre coté de la fosse. L'apnaya remplissait à présent la salle de cérémonie. Peu importait l'intervention des autres, il fallait agir, et vite !

- Nous devons attendre les autres ! affirma le chef de famille sans grande conviction. Le jeune Serpentard avait peut-être raison finalement. L'immense salle était pratiquement vide et le roi en posture délicate. S'ils arrivaient à commettre ce régicide, la société Morgole serait entièrement désorganisée… Mais ils n'étaient que cinq dont quatre adolescents. Et l'escadron de Morgoles en face n'avait pas l'air d'être apte à faire la différence entre des enfants et des adultes en guerre. Il n'y aurait aucune pitié.

Drago sentit l'hésitation grandissante dans l'esprit d'Arthur. Il tenta alors un pari : foncer tête baissée. Le lien créé avec Hermione lorsqu'ils avaient pris le santos semblait s'accentuer. Si au Square elle avait agi en parfaite petite Serpentard lors de sa « vengeance » envers Ron, lui agissait en Gryffondor face au danger. Sans plus réfléchir, il franchit la fenêtre et se retrouva à découvert en plein brouillard gazeux. Il entendit vaguement Hermione hurler faiblement son prénom en même temps que la petite troupe restée de l'autre coté du mur mais poursuivit sur sa lancée. Il vit les gardes essayer de lui lancer des sorts alors que la plupart d'entre eux avaient un genou à terre, la respiration coupée. Heureusement, leur plan fonctionnait. Le gaz absorba leur magie et il ne ressentit qu'un faible courant d'air. Il voulut alors poursuivre sur sa lancée, mais une nouvelle onde de douleur lui parcourut le corps, l'obligeant, lui aussi, à porter un genou au sol.

- Il est seul, arrêtez-le ! ordonna le frère du roi, mais les gardes hésitaient à pénétrer dans le brouillard. Ils reculaient progressivement en toussant de plus en plus fort. Au vu des réactions physiques de ces derniers, ils ne devaient pas être de ceux immunisés contre la plante. Leur mouvement de recul les poussait un peu plus vers la fosse à chaque seconde. Drago tenta alors de se concentrer, malgré les battements de son cœur raisonnant dans ses tympans, pour repousser l'ennemi encore plus loin. Il envoya une première vague de magie qui eut l'effet escompté, mais pas aussi efficacement que prévu. Seuls deux des gardes firent quelques pas en arrière, se rapprochant un peu plus de la fosse, mais sans menace d'y tomber. Mais au moins la septième division avait-elle abandonné l'idée d'avancer. Drago en profita pour renouveler ses attaques, s'avançant dangereusement vers eux au fur et à mesure. Il envoya alors une seconde vague de magie pour les repousser encore un peu plus et fut impressionné de voir à quel point son attaque venait de porter. L'un des gardes tomba en hurlant dans la fosse sans que cela n'inquiète les autres. Drago se redressa, fier de son coup mais comprit en sentant une main se poser sur son épaule, qu'il n'était plus seul dans cette action. Ses compagnons l'avaient suivi dans son coup de tête complètement absurde et lui firent signe qu'il fallait recommencer pendant que les Morgoles semblaient comme anesthésiés.

Toujours accrochée à sa grille et souffrant le martyre, Hermione intégrait progressivement les souvenir de son liés. Elle sut interpréter alors le repli de la division : ils s'apprêtaient à utiliser la force du collectif pour anéantir leurs opposants d'un seul coup malgré l'apnaya.

- Attention, ils vont se servir du collectif ! chercha-t-elle à avertir ses amis malgré la distance. Mais la douleur tenait sa voix en laisse et seul le roi à ses côtés put entendre son avertissement si désespéré.
- Taisez-vous ! Cette poignée d'humains ne peut rien contre mes gardes. Dès que le reste des troupes sentira l'appel fait au collectif, tous rappliqueront dans cette pièce aussi vite qu'un raz-de-marée. J'ignore encore comment ils font pour utiliser la magie malgré la présence d'apnaya, mais je présume que lorsque j'aurai fini d'intégrer vos souvenirs, soit d'ici quelques instants, je connaîtrai votre secret et ils seront faits comme des rats.
- A quoi cela vous sert tant de cruauté ? rétorqua-t-elle alors que les membres de l'Ordre, poursuivant leurs attaques sur les Morgoles, étaient sur le point d'en faire basculer un second dans la fosse. J'intègre moi aussi vos souvenirs, vous savez. Et votre vie est totalement dénuée de sens. Vous n'avez ni amour, ni partage. Aucune joie n'a jamais guidé vos pas. Je ne perçois que la haine, la destruction et la rancune. Vous passez votre existence à renforcer votre influence sur votre propre peuple. Les rois et reines de notre monde sont attentifs envers leur population, ils agissent pour eux et sont aimés et respectés. Dans ces conditions, leur influence sur leur peuple est immense. Vous n'êtes en aucun cas respecté, mais craint. La moindre erreur de votre part et on vous plantera un poignard dans le dos. Méfiez-vous d'ailleurs que ce ne soit pas moi.

Le roi resta stupéfait face à ce pamphlet tiré du fond du cœur. Ce qui le préoccupait le plus, c'était l'impact d'un tel discours sur lui. Habituellement, tirer sur la corde sensible n'avait aucun effet. Or, il décelait un nouveau sentiment à l'égard des intrus se battant courageusement… Un sentiment indéfinissable. Il voulait les exterminer, mais il sentait à présent que ce choix ne serait pas sans conséquence.

Au même moment, dans les couloirs de l'ancienne cité, la bataille faisait rage. Le petit groupe était maintenant éparpillé dans les couloirs dans une sorte de course-poursuite et les membres de l'Ordre avaient l'avantage sur la situation. Ils n'avaient pas réfléchi plus que de mesure. Le temps d'Hermione était compté et Voldemort et ses sbires semblaient complètement défaits face à la surprise de ne pouvoir utiliser leurs pouvoirs. Mais ils n'en démordaient pas pour autant. Il ne leur avait pas fallu longtemps pour constater que les amis de Potter ne pouvaient utiliser que des sorts limités et de faible puissance. Aucun d'eux n'était armé et à partir de là s'engagea une guerre plutôt atypique : une guerre psychologique.
L'Ordre avait réussi à anéantir deux Mangemorts avec une nouvelle boule d'énergie, mais cette joie ne fut que de courte durée. Dans une telle course à travers les couloirs, la personne la plus âgée du lot n'eut que peu de chance… Au détour d'un couloir, alors qu'elle poursuivait trois Mangemorts afin de les paralyser grâce à un sort, McGonagall ne fit pas attention à un renfoncement le long des parois. Elle n'eut même pas le temps d'appréhender l'énorme pierre que quelqu'un lui fracassa sur le crâne la tuant sur le coup. Les hommes sous les ordres de Voldemort n'allaient pas faire dans la dentelle. Ils avaient immédiatement compris leur infériorité et tous les moyens étaient bons pour reprendre le dessus. Seules Tonks et Ginny avaient découvert son cadavre. La jeune Auror lui ferma délicatement les yeux et fit un « non » de la tête en apercevant des larmes se former dans le regard de son amie. Ils étaient en guerre et devaient s'attendre à ce genre de découvertes macabres. Pour l'instant, s'écrouler condamnerait le petit groupe. L'heure était à la démonstration de force, les morts seraient pleurés plus tard. Ce qu'elles ignoraient, c'était qu'à une cinquantaine de mètres plus loin, Harry, séparé des autres par un habile tour des Mangemorts, livrait la bataille de sa vie.

- Allez ! Encore un effort ! les poussa Remus.

Il sentait que l'ensemble des jeunes s'épuisaient. Faire appel à la magie dans ces conditions était éprouvant et les guerriers en face d'eux, même affaiblis par l'apnaya, restaient solides face à leurs attaques. Il fallait persévérer, déjà deux d'entre eux avaient cédé et leurs cris venaient perturber encore un peu plus la concentration de la petite équipe à bout de souffle. Alors que le troisième prenait le même chemin que les deux autres, la roue tourna. Les Morgoles avaient réussi à faire appel au collectif tout entier et malgré l'apnaya, tous furent propulsés d'un seul coup à l'autre bout de l'immense salle. Pansy et Patricia décollèrent de trois bons mètres avant de se fracasser le dos contre la paroi et d'atterrir telles des poupées de chiffon, inconscientes face contre terre. Remus tenta de se relever le plus vite possible, mais il sentit ses jambes flageoler sous son poids et retomba aussitôt à quatre pattes. Neville et Ron semblaient reprendre conscience après avoir été sonnée alors que Drago gisait à côté de Pansy et Patricia.

La victoire des Morgoles ne fut que de courte durée, le petit groupe de guerriers s'écroula également, à bout de forces et infectés par le gaz qui avait à présent pénétré la totalité de leur organisme. Le roi et Hermione se retrouvaient seuls, accrochés à leur grille. De l'autre côté de la fosse, l'estrade s'était vidée, seuls restaient le frère du roi accompagné de Luna et le maître de cérémonie. Les autres membres du Conseil avaient fui devant la progression de la plante. C'est alors qu'un ultime cri d'Hermione retentit dans la pièce soudainement illuminée par un éclair aux teintes bleutées. Ce spectacle aurait pu être d'une beauté merveilleuse s'il n'était pas d'une aussi morbide cruauté. Le roi n'avait plus dit un mot après son échange avec sa belle mais ne semblait pas souffrir autant qu'elle. Hermione avait utilisé les dernières ressources de son corps pour tenir tête au roi lors de sa dernière tirade. Elle n'était à présent pas inconsciente, mais dans un état comateux et nauséeux lui donnant l'apparence d'une junkie lors de son dernier shoot avant de mourir.

- C'est fini, redescendez-les ! indiqua le frère du roi à l'officier régissant la cérémonie qui s'exécuta sur le champ.

Mais le cri de douleur de sa belle avait réveillé le Serpentard, cherchant à présent à se tenir debout. Remus vint l'aider mais à peine eut-il le temps de lui tendre la main qu'une flopée de gardes arriva au pas de course dans la grande salle par deux entrées opposées. Ils se stoppèrent à la vision du gaz verdâtre qu'ils commençaient à connaître. Ron et Neville bougèrent légèrement, mais le calcul était tout vu. Ils étaient à présent face à une centaine de gardes, tous plus sonnés les uns que les autres et sans aucune force pour se défendre. La partie semblait terminée. Ils ne pouvaient à présent plus compter sur l'effet de la plante, ces troupes là semblaient revenir de l'ancienne cité. Ils étaient donc immunisés à ses effets. Remus ferma les yeux, les paupières alourdies par la déception de les voir si nombreux.

A peine décroché de sa grille, le roi dut soutenir sa nouvelle reine dont les membres semblaient trop douloureux pour jouer leur rôle. Drago lança un regard dans la direction de la poupée inanimée qu'il aimait tant. Son désespoir grandissait à chaque seconde, jusqu'à devenir oppressant et presque incontrôlable, mais au moins la douleur avait disparu. S'il ne souffrait plus cela signifiait qu'elle non plus. Mais ses pensées n'arrivaient cependant pas à s'organiser. Il était dans le même état qu'elle, désorienté et incapable de contrôler ses jambes ou ses bras. C'était à peine s'il sentait les efforts de Remus pour le maintenir debout, mais en vain.

- Amenez-les devant la fosse ! ordonna alors le souverain à ses sujets.

Les guerriers marquèrent une vague hésitation, mais ils n'avaient pas franchement le choix. Il leur fallait pénétrer dans le nuage d'apnaya. Les membres de l'Ordre du Phénix, complètement défaits, résistèrent par acquit de conscience, mais la lutte fut bien vaine. Remus et Neville repoussèrent par la magie quelques-uns d'entre eux avant d'être débordés et obligés de se battre au corps à corps, mais à cent contre un, c'était peine perdue. Alors qu'Hermione reprenait lentement conscience, toujours dans les bras de son monstre, les gardes traînèrent le petit groupe jusqu'au bord de la fosse. Agenouillés en rang d'oignon, ils attendaient que leur sort tombe, résignés quant à l'issue de cette partie perdue d'avance. Derrière eux, ils entendaient les Morgoles tousser et même s'écrouler pour certains. Dans un premier temps, Drago se dit qu'ils auraient au moins cette victoire à leur actif : avoir affaibli de manière notable les rangs des Morgoles grâce à l'apnaya, mais en y repensant, peut-être ne les avaient qu'aidés à établir une sélection naturelle des plus forts d'entre eux. Ce nouveau doute vint charger ses épaules déjà bien voûtées.

Le roi s'avança en direction de la fosse. Il ne fit même pas cas des Morgoles tombés à terre. Il constatait simplement que les deux-tiers d'entre eux restaient debout. C'était bien plus qu'il ne l'avait espéré et cette vision le fit sourire.

- Prenez le blond et jetez-le aux vers, ordonna-t-il.

- Nooooooooon ! réagit enfin Hermione. Non, je vous en supplie, je ferai tout ce que vous voudrez, mais épargnez leur vie. Ils voulaient simplement me ramener près d'eux. Je vous en supplie…
Son esprit encore tout endolori avait bien du mal à trouver une quelconque argumentation.

Cette intervention eut l'effet d'une onde de choc. Les Morgoles n'en revenaient pas qu'une reine puisse ouvrir la bouche et demander une faveur au roi. Là n'était absolument pas son rôle. Les factions déjà en dissension avec le roi se réveillèrent, comme répondant à un appel alors que le roi lui-même ne montrait aucune volonté de sévir la fautive. Il apparut alors clairement que cette dynastie conduisait leur peuple droit à sa perte. L'un d'entre eux cria alors du fond de la sale :

- Dans la fosse ! Cette humaine n'est pas notre reine ! Alors que d'autres murmures s'élevaient de part et d'autre.

Le brouhaha naissant fut cependant interrompu par une nouvelle entrée. D'autres Morgoles arrivaient avec le reste de l'Ordre à leur solde. Arthur Weasley et Ginny étaient portés comme des sacs alors qu'Harry, en sang et le visage tuméfié, était soutenu par Tonks. Elle seule semblait tenir encore debout parmi les membres de l'Ordre. Le reste des captifs appartenaient aux Mangemorts et Drago reconnut son père, en piteux état.

Le roi interrogea alors du regard les nouveaux responsables de section. L'un d'entre eux vint s'agenouiller face au roi, toujours de l'autre côté de la fosse par rapport à lui.

- Seigneur, nous avons suivi vos ordres et avons pénétré dans l'ancienne cité. Bon nombre d'entre nous ont succombé à l'apnaya mais…
- A l'essentiel, Morgase.
- Mais nous avons pu capturer l'ensemble des protagonistes encore en vie.
- Personne ne s'est échappé, vous êtes certains ?
- Personne mon seigneur.

Remus chercha alors Harry du regard et l'aperçut au travers de la foule de Morgoles qui les encerclait. Il était métamorphosé, une énorme cicatrice lui parcourait le visage du bas de la joue gauche jusqu'au front, l'œil visiblement crevé, mais il souriait. Il était captif des Morgoles, anéanti et à la limite de se vider de son sang, mais il souriait autant que son visage tuméfié le lui permettait. Il avait accompli la mission de sa vie. Voldemort appartenait au passé. Cette vision du Survivant regonfla le cœur de l'ensemble de l'Ordre du Phénix. Si eux mouraient, leur sacrifice ne serait pas vain ! Ils avaient réussi. Voldemort anéanti, peut-être que le monde sorcier avait une chance de se rétablir. La guerre à la surface allait changer de visage. Harry était devenu un héros. Eux tous étaient devenus des héros. Ils avaient donné leur maximum, s'étaient battus comme de véritables lions. Les Morgoles allaient continuer à régner en maîtres dans les souterrains, peut-être reviendraient-ils chercher d'autres filles à la surface dans cinquante ans. Mais en attendant, les mondes sorcier et moldu avaient une chance. Une bonne chance de se relever de toutes ces horreurs.

- Tuez-les tous ! ordonna alors le roi sans aucune pitié, dans l'espoir de détourner l'attention de ses erreurs et de l'intervention d'Hermione, mais le germe de la discorde était planté, d'autant que sa voix elle-même avait perdu de son aplomb. Le partage de son âme avec sa nouvelle liée avait eu des conséquences qu'il n'avait pas appréhendées : les sentiments ! Une sensation nouvelle prenait possession de sa volonté sans faille jusqu'alors : le remords.
Le peuple des souterrains, déjà bien ébranlé par les pertes subies ainsi que par l'autorité mourante de leur roi, n'avait plus de point de repère. Les manifestations de mécontentement se firent alors entendre ci et là :

- La femme ! Jetez la femme dans la fosse ! Elle n'est pas notre reine !
Tous se focalisèrent alors sur l'illégitimité d'Hermione, dans l'espoir complètement illusoire que sa mort réglerait l'ensemble des problèmes que rencontrait leur clan.

Les monstres reprirent donc d'une même voix : la fosse ! La fosse ! La fosse !

Remus saisit cette opportunité pour attirer l'attention de ses compagnons.

- Pas sans nous battre ! put-il à peine prononcer du bout des lèvres, conscient qu'un long discours serait intercepté. Attendez mon signal !

Tous comprirent le message. Ils avaient eu le temps de se reprendre un peu de leurs émotions et acceptèrent leur destinée. Ils allaient mourir certes, mais pas sans entraîner le maximum de ces monstres avec eux, comme ils l'avaient fait jusqu'à présent.

- Cette femme est votre reine, défendit le roi. Il lui faudra du temps pour s'adapter. Souvenez-vous qu'elle vient d'un autre monde. Elle ne connaît pas nos lois, mais je vais les lui inculquer. Nous avons besoin d'elle et de son sang neuf pour donner naissance à une nouvelle lignée…

- La fosse ! La fosse ! La fosse !

Aucun discours ne semblait pouvoir apaiser la rage du peuple. La lignée du roi avait déjà commis trop d'impairs. Les Morgoles étaient déjà très affaiblis et reprochaient à leur roi de ne rien faire pour les aider à se relever. Après cette journée sanglante, ils voyaient à quel point leur communauté était faible. Des siècles à se cacher sous Terre pour reprendre des forces et redevenir la race dominante de la planète, mais à présent tout était perdu. Ils voyaient qu'il leur faudrait à nouveau passer des siècles dans les sous-sols pour espérer avoir de nouveau leur chance. Le roi avait désormais perdu toute légitimité. Son frère prit alors les devants, il empoigna Hermione, l'arrachant aux griffes de son lié qui, surpris, ne réagit pas à temps et poussa la nouvelle reine dans la fosse.

- Maintenant ! hurla Remus. Tous se levèrent brutalement et envoyèrent une bourrasque pour repousser la première ligne de Morgoles. Drago était à genoux. Ron comprit immédiatement qu'il avait établi un lien avec Hermione et que si cette dernière était tombée au fond de la fosse, elle était probablement protégée par le champ de force qu'ils avaient créé à maintes reprises aux entraînements. Harry et Ginny avaient concentré leurs efforts pour faire tomber les derniers membres des Mangemorts afin qu'ils soient dévorés vivants par les vers. Lucius se retint au rebord d'une main mais il glissa petit à petit. Dans un dernier élan, il appela son fils à l'aide mais ce dernier ne releva même pas la tête.

- Dragooooooo, je t'en prie mon fils, mon sang ! implora-t-il une dernière fois.
- Je ne suis plus ton fils, murmura-t-il entre ses dents, avant de recueillir le cri de rage de l'homme qu'il avait admiré toutes ces années, avant que celui-ci ne se termine en un hurlement de douleur.

- Protégez Drago ! ordonna alors Ron à Patricia et Pansy, les plus proches du jeune homme. A eux trois il entourèrent le Serpentard, un genou au sol et cherchant à contrôler sa respiration du mieux qu'il pouvait.

La situation semblait désespérée. Les adultes et les adolescents se battaient côte à côte pour repousser l'ennemi. Ils avaient réussi à récupérer des armes blanches sur les cadavres des Morgoles tombés sous les effets de l'apnaya mais ne savaient pas très bien s'en servir. Hermione, bien que protégée par le champ de force s'enfonçait peu à peu dans la marée de vers carnivores et Drago ne tiendrait pas encore très longtemps à ce rythme-là. C'était la dernière charge. Le dernier élan de dignité qu'il leur restait. Drago prit alors la décision de se jeter dans la fosse dès qu'il sentirait le champ de protection autour d'Hermione se désactiver. De toute manière, leurs liens allaient le tuer même s'il restait hors d'atteinte des vers. Il ressentirait tout, chaque bouchée de ces charognards sur sa peau, alors autant mourir dans les bras de celle qu'il aimait plus que sa propre vie.

C'est alors que l'inespéré se produisit. Des flashs verts accompagnés de cris aigus parcoururent la salle. Les premiers Morgoles commencèrent à tomber. Drago suffoquait de plus en plus et sentait que le champ de force allait céder d'une seconde à l'autre. Il n'eut cependant pas à mettre son plan macabre à exécution, la boule entourant Hermione apparut alors lentement à la surface et remonta doucement jusqu'à bord du précipice où elle fut posée avec délicatesse alors que le champ de force disparaissait. Incrédule, Drago la prit dans ses bras pour la protéger des derniers éclairs parcourant les souterrains.

Les Vertineux étaient là.

Les Morgoles se détournèrent des membres de l'Ordre pour se concentrer sur ce nouvel ennemi. Ils connurent alors pour la première fois de leur existence ce qu'ils infligeaient aux autres peuples depuis des siècles : une défaite sans aucun espoir de survie. Il ne fallut pas plus d'une heure aux alliés du petit groupe pour venir à bout de ce peuple menaçant la Terre depuis des temps immémoriaux.

Tous regardèrent la scène effroyable se déroulant devant eux, conscients qu'ils étaient les témoins d'un des évènements historiques les plus marquants de l'histoire de l'humanité. Les annales du peuple Morgole venaient de trouver un point final. Les Vertineux, ce peuple si pacifique et refusant d'entrer dans les querelles des peuples extérieurs au leur, venaient de prendre un parti virulent et sans appel. Ils les exterminaient tous sans exception, gardant le roi et les autres membres de sa lignée pour la fin. Les Vertineux avaient pris soin de condamner toutes les issues et le roi, tout comme son frère, ne put s'enfuir. De l'autre côté de la fosse et dépourvus de leurs pouvoir, ils ne purent que dignement faire face aux deux éclairs qui vinrent leur transpercer la poitrine.
Alors que son lié tombait, Hermione crut lire un mot se dessiner sur ses lèvres mais n'en fut pas certaine : « désolé ». En partageant leurs âmes et leurs souvenirs, le roi avait hérité des sentiments et de la droiture d'Hermione. La mort lui était apparue alors comme salvatrice. Aucun être doté de sentiments ne pourrait supporter les infamies qu'il avait commises durant son existence. La jeune Gryffondor comprit alors que sa vie à elle ne serait qu'une lutte pour oublier toute la souillure imprégnée au plus profond de son être à présent. Elle devrait vivre avec l'ensemble des horreurs commises par ce monstre dans sa mémoire. Mais pour l'instant, seuls les bras crampés autour d'elle importaient. Elle était de nouveau unie à Drago, liée à lui par un amour sincère à jamais.

Luna fut transportée au dessus de la fosse et fut aussitôt accueillie par Neville qui l'embrassa passionnément sous le regard attendri de tous. Drago et Hermione étaient un peu trop sonnés pour se laisser aller. Ils étaient simplement dans les bras l'un de l'autre et n'arrivaient pas à croire qu'une une fraction de seconde leur pire cauchemar venait de trouver une issue si salvatrice. Les couples se reformaient, Tonks et Remus s'étreignirent alors que Ginny serrait Harry dans ses bras, mais son visage semblait beaucoup trop douloureux pour ne supporter ne serait-ce qu'un baiser.

- Ah ça va ! s'emporta Pansy alors qu'elle-même en avait les larmes aux yeux, plus de soulagement que des années de cauchemar soient terminées en quelques instants que par un véritable attendrissement. C'en est presque écœurant !

C'est alors que Ron lui soupira un « la ferme, Parkinson ! » avant de l'embrasser à la vue de tous. Hermione éclata de rire. Un rire de soulagement et dont on sentait les nerfs à vif. Arthur prit Patricia dans ses bras et la réconforta d'un amour paternel qui fit chaud au cœur de la jeune fille face à cette scène si imprévue.

Enfin, Drago se releva, tirant Hermione par la main derrière lui - il n'était en aucun cas question de la lâcher -, mais les jambes de cette dernière flageolèrent et il dut la soutenir alors que lui-même se sentait dans le même état.

- Spanglorn, mon ami ! prononça-t-il en tendant la main vers le Vertineux sans éprouver un quelconque dégoût au contact gluant de sa main.

- Jeune Drago ! lui répondit-il dans un sourire sifflant.

- Spanglorn, je croyais que vous refusiez d'intervenir dans nos histoires. Pourquoi ce revirement ?

- Nous avons analysé la situation. La dernière fois que je vous ai laissé, la jeune et courageuse femme qui se tient devant nous… poursuivit-il avec un sourire attendrissant alors que la jeune femme en question rougissait (elle n'avait pas encore retrouvé complètement l'usage de la parole et était encore sous le choc), venait de sacrifier son bonheur pour le bien de sa race. Puis est survenue votre argumentation à vous, jeune homme. Vous aviez raison. Nos lois sont archaïques. Les prophéties étaient accomplies, nous n'avions en rien besoin d'attendre d'en voir le résultat. J'avais l'impression de condamner le monde à sa perte. En rentrant dans ma famille, j'ai compris que je souhaitais ce bonheur pour l'ensemble des êtres vivants de cette Terre. Il ne tenait qu'à notre peuple de rendre ce rêve possible. J'ai mis quelques temps à convaincre notre Conseil que les évènements que nous attendions venaient de se produire. Si les choses ont dégénéré à ce point, c'est en raison de nos nombreuses erreurs. C'est un jour sombre pour les Vertineux. Nous venons d'enfreindre l'un des fondements de notre société. Nous avons exterminé un peuple entier.
- Mais vous en avez sauvé des milliers, murmura Hermione.
- Mais nous en avons sauvé des milliers ! répéta-t-il pour se convaincre d'avoir bien agi, mais malgré tout, son cœur était en berne.

- Maintenant préparez vous à rentrer chez vous…

Drago serra Hermione dans ses bras et tous disparurent de cette horreur en un éclair.

Ils étaient sauvés.