Bonjour, bonsoir tout le monde,

Ce chapitre clôt cette fic inaboutie, ce qui me désole déjà pour moi dans un premier temps et pour vous qui la suivez encore ou qui peut être la découvrez.

C'est le plus long que je n'ai jamais écrit puisqu'il fait 15 000 mots à lui tout seul. Je ne pouvais le couper parce qu'il marque un tournant dans l'histoire (normalement).

J'ai adoré écrire Nos amis les voisins, vivre aux côtés d'Albafica, Shion, Minos, Eaque et tous les autres. Cette histoire est particulière puisqu'elle m'a permis de m'évader lorsque je traversais une période difficile, je l'ai en affection.

Je ne sais pas pourquoi j'ai bloqué sur la suite comme ça, j'aurais aimé leur offrir une fin digne d'eux.

Je ne me suis pas lassée du Minos/Albafica mais inutile de s'acharner.

Je vous remercie pour vos lectures, vos reviews.

J'espère que vous apprécierez ce dernier chapitre plein de rebondissements et que vous supporterez les voisins en vacances (o.~).

RaR :

Sasha : tout d'abord merci de t'être manifesté et pour ta review ^^ Ton commentaire me va droit au cœur je t'assure. J'espère que tu as aimé vivre aux côtés de nos voisins, désolé cependant pour le moment il n'y aura pas de fin… Bises.

Bonne lecture,

Ha det bra !

Kyss fra PerigrinTouque.


Chapitre 37

Courchevel nous voilà !

Oyé oyé braves gens nous y sommes !

Le grand départ est pour ce soir. Minos préfère conduire de nuit, l'autoroute est désengorgée et les routiers moins nombreux.

Il étudie le trajet cette après-midi en compagnie de son nouvel ami Albafica son copilote. Eaque et Shion s'occupent de descendre les bagages et de les mettre dans le coffre du 4x4. La veille elle a subi une révision complète en vue du long trajet, on ne plaisante pas avec la sécurité routière, la pression des pneus, le niveau d'huile, enfin tout le toutim pour partir confiant. Il a même pensé à ranger un pneu de secours au cas où… Minos prévoit toujours tout, on peut se reposer sur lui. Ce que n'hésite pas à faire Eaque d'ailleurs. Parce qu'à part faire la chouille, on ne peut pas dire que monsieur mette du sien.

Minos explique à Albafica l'itinéraire qu'ils prendront et les stations de péage qu'ils rencontreront. L'infirmier écoute d'une demi-oreille parce que là il est plus intéressé par la vision de la bouche de son voisin qui bouge dans des mouvements sensuels. Cette vue le captive complètement, il s'accroche aux lèvres frémissantes.

— Tu m'écoutes ?

— Hein ?

— Deux… J'ai dit tu m'écoutes ? Oh Alba je te parle !

— Oui, oui je t'écoute, inutile de crier comme ça !

— Ne commence pas à me prendre la tête ! La route sera longue je le sens.

Albafica le regarde avec son expression de poisson mort, dans ces coups de temps là on ne parvient pas à déchiffrer ses pensées. Il est horripilant quand il fait cette tête là. Pire qu'une nunuche.

— Tu as mis des pneus neiges ? ressurgit du fin fond des limbes l'infirmier.

— Non pas besoin j'ai des chaînes.

— Ils prévoient de la neige sur les routes ? Tu as consulté le site de météo France ? Ils annoncent une vigilance particulière ? Une zone orange ? Rouge ? Quoi ?

— Non pas de neige sur la route normalement mais dans la station bien évidement. Non nous ne serons pas en vigilance je ne sais quelle couleur, tu m'épuises !

— On fait comment si on s'enlise dans la neige !? s'énerve tout seul le bleuté. Pour sa défense il stresse à l'idée de conduire en montagne.

— Tu pousseras la voiture.

— Tu plaisantes ?

— Oui, répond fièrement Minos un sourire narquois aux coins des lèvres.

— Tu m'énerves.

— Toi aussi.

— On n'est pas prêt d'y arriver.

— Je le pense également.

Leurs compagnons remontent essoufflés, ils n'ont pas fini de charger les bagages. Ils reprennent leur dur labeur.

— Ca va ? Pas trop dur de regarder les autres trimer ? demande Eaque l'air contrarié.

— Non je te remercie nous ça va, répond l'argenté sur un ton ironique.

— On part à quelle heure ?

— Vers minuit.

— Je ne veux pas conduire de nuit dans des paysages arctiques moi ! Je n'y verrais rien et je n'arrive pas à me repérer la nuit dans un endroit inconnu ! se scandalise Albafica.

En effet, Minos n'est pas bien monté entre un petit ami indolent et un copilote incapable.

— Alba je te conseille d'aller dormir un peu pour être vaillant cette nuit. Parce que je compte bien me reposer, si tu crois que je vais me taper six heures de route la nuit sans dormir tu rêves…

— Je le sens mal, je le sens mal !

Albafica rentre se reposer tout de même.

oOoOo

A minuit les quatre protagonistes sortent de leurs logements en enfermant leurs chats respectifs bien entendu. Aphrodite est le préposé des bestioles, il se chargera de nourrir et de changer les litières… Pour les deux parce que Rhadamanthe s'est gentiment défilé, Valentine en veut encore à Eaque, et Alraune et bien on ne peut compter sur lui. Rune aurait été d'accord mais c'est Minos qui a posé son véto.

Ils restent le plus discret possible pour ne réveiller personne.

En voiture Simone ! Minos prend le volant naturellement, Albafica s'installe à ses côtés, Shion et Eaque sur la banquette arrière. Ils sortent de Paris et s'engouffrent sur l'autoroute direction « Lyon ».

Comme prévu Eaque monopolise l'assistance en babillant joyeusement. Il reparle de la bagarre entre Alraune et Aphrodite, cet épisode attise les gorges chaudes. Albafica défend son cousin tandis que le brun prend le parti de son ami. Minos commence d'avoir mal à la tête et ce n'est que le début…

Au bout d'une heure trente Shion a mal au cœur, ne supportant pas les trajets en voiture. Pourtant Minos adopte une conduite souple, il n'y a aucun risque de régurgiter ses tripes mais ils s'arrêtent dans une station service pour pratiquer leurs ablutions. En revenant des waters Albafica achète quelques collations pour le chemin sait-on jamais, une petite faim pourrait le surprendre. Dans les rayons il hésite entre des crackers au fromage ou des sandwiches au jambon, quel dilemme ! Surtout que l'estomac de Shion est mené à rude épreuve… Discrètement Minos le rejoint et pose sa main sur sa hanche, ce geste fugace embrase instantanément les sens du jeune homme. Minos sait attiser ses émois sans le rechercher vraiment puisque ce dernier ne voulait que provoquer un rapprochement simple. Ils sont seuls, les autres sont encore occupés dans les toilettes. Pendant ce laps de temps, Albafica se rend compte qu'il cherche le contact avec son nouvel ami, il se contient de se blottir contre son torse, de se laisser aller à une étreinte timide. Il parvient à se dégager de cette emprise pour aller payer ses achats.

Sur le parking l'argenté propose d'inverser les rôles en sachant que son compagnon de voyage n'aime pas rouler sur la neige. Avant d'arriver en Haute-Savoie il laisse le volant à son voisin, lui se reposera. Pendant quelques minutes Albafica se fait diriger par le propriétaire de la voiture, il lui explique grosso modo comment fonctionne son petit bolide.

Bon cela ne se manifeste pas compliqué, il arrive à gérer les commandes ainsi que l'embrayage. Seulement l'accélération lui pose problème, la voiture réagit au quart de tour, il passe les vitesses un peu trop énergiquement. Minos tique et sursaute à chaque flambée du moteur. Ses cheveux vireront au blanc immaculé à la fin du trajet tellement l'inquiétude s'empare de lui.

Minos s'endort tandis qu'Albafica enchaîne les stations de péage et les kilomètres. Ils arrivent à proximité de Chalon-sur-Saône sans incident. Eaque chante, il veut pousser le son à fond, ce que réprimande le chef en titre. Et par chef en titre entendez Albafica. Le brun se contre fiche si son Mimi joli a besoin de dormir ou non, lui est tout excité à l'idée de partir au ski. La voiture se dirige vers la ville de Mâcon, cela fait quatre heures de trajet, la fatigue se ressent. Eaque ronfle comme un sapeur, ce qui dérange Shion, le pauvre ne trouve pas le sommeil. En dormant le jeune homme pousse des petits cris qui s'apparentent à des couinements. Le couple d'écolo éclate de rire et provoque le réveil de l'homme d'affaire. Il se réveille en sursaut tiré de son rêve, il lâche « non monsieur Hadès » puis émerge rapidement. Même en vacance son patron le hante, décidément Alone tourmente ses subordonnés comme Thanatos.

Avant d'arriver au péage de Villefranche ils s'arrêtent encore une fois. Personne ne réveille le sonneur, ils l'enferment dans la voiture, de toute façon qui pourrait bien l'enlever ? Personne.

Pause ablution deuxième tournée.

Ils se restaurent un coup autour d'un café serré. Shion ronchonne – pour une fois – il est pressé d'en terminer avec cette route.

Retour dans l'habitacle. Minos dévore des yeux son copilote entre deux passages de vitesse, il ne peut s'en empêcher. Son petit teint rosé le renverse. Et l'échauffe par la même occasion. Quand il enclenche le levier de vitesse, il effleure subrepticement la jambe du bleuté. Les frissons parcourent non seulement la main de Minos mais la cuisse d'Albafica, leur petit jeu reste discret personne ne le remarque.

La tension monte d'un cran bizarrement. Shion dort à son tour la fenêtre ouverte – il a besoin d'air. Les deux hommes sont seuls éveillés mais les discussions sont insipides au possible.

Cela fait pratiquement cinq heures qu'ils ont entamé le voyage, la voiture s'introduit sur la portion A 43 en direction de « Grenoble-Chambéry », tout le monde en a ras la casquette !

Eaque ressuscite parmi le monde des vivants en couinant – encore. Qui a ouvert la fenêtre vingt dieux ? Le voilà parcouru par des frissons de froid, il est gelé. Il se dispute avec Shion, passons. Minos souffle, il veut se dégourdir les jambes, ses muscles s'ankylosent tout.

— J'ai besoin d'un massage merde ! J'en ai marre de conduire, braille-t-il pour évacuer sa tension.

— Demande à Alba de te masser les jambes mon cœur, il est juste à côté de toi, propose en riant Eaque.

Sans se douter qu'il jette son compagnon dans la gueule du loup…

L'argenté, canine en avant s'engouffre dans cette brèche en enfonçant le clou devant l'air embarrassé d'Albafica.

— Oh mais c'est une bonne idée ça… Puisque tu m'assistes, tu ferais bien de prendre soin de mes membres…

Shion se formalise, il se penche sur le siège conducteur en criant.

— Certainement pas ! Les mains expertes de mon ange resterons un privilège que moi seul connaîtra !

— Mais on disait ça pour plaisanter Shion voyons, détends-toi ! conclut Eaque.

Oui, plaisanter. S'il savait ce qui se trame dans le cerveau en ébullition de son chaton, il rirait beaucoup moins.

Hourra ils dépassent enfin Lyon ! La fin du voyage devient imminente, encore un peu plus d'une heure et ils pourront quitter leur prison d'acier.

Notons les efforts admirables que notre maître en art martial a effectué. Il ne s'est pas trop plaint et n'a pas demandé à s'arrêter tous les kilomètres pour sortir prendre l'air. Albafica pourra le récompenser.

Nous y sommes, ça se précise, le paysage se transforme en dénivelé et en sinuosité, plus en ravin. Ils traversent le tunnel de Dullin. Ca descend grave. C'est long. Noir et ennuyeux. Il faut faire attention il y a souvent des accidents alors Minos ralentit, ce que réprouve Eaque qui est pressé d'en terminer. Les deux hommes se chamaillent à présent, Albafica se retourne et lui somme de se taire, cela déconcentre le conducteur. Tous contre lui, Eaque boude bras croisés. Ils quittent la suite de tunnels pour débarquer au péage, décidément les routes de France sont parsemées de bornes payantes… Elles existent pour dépouiller les braves voyageurs de leur argent. Les péages remplacent les bandits de contre bande du Moyen-âge.

Ils quittent l'autoroute pour la reprendre plus tard, Minos pique une crise de nerfs, il beugle contre tous les chauffards qu'il croise. Il klaxonne, pile, il devient un vrai danger public. Personne ne dégoise un mot dans la voiture. Le pauvre ne sent plus ses jambes ni ses fesses, il a mal partout. La fin du trajet demeure tendue si l'on peut dire ainsi… Au bout de six heures enfin ils arrivent sur la nationale qui dessert Albertville. Là ils sont dans la montagne, Albafica en attrape le vertige rien qu'en admirant le paysage défiler devant ses yeux. Des vallons, des creux, des fossés, des ravins, des hauteurs, des pierres, des monts… Il n'en peut plus avant d'avoir foulé le sol montagneux.

Courage encore quarante minutes à survivre dans ce tank et ils retrouveront la liberté. Eaque implore la pause pipi mais Minos ne s'arrêtera pas. Furieux il lui ordonne de procéder à son besoin naturel dans une bouteille. Un ange passe… Le brun se tait comme par enchantement, il est remis à sa place. Ils passent par la ville de Moûtier et c'est une succession de virages qui s'enchaîne sans répit. Ils voient la pancarte « La Praz », ouf c'est presque terminé. Encore quelques bornes et enfin le doux et merveilleux nom de Courchevel s'imprime devant leurs yeux fatigués et bouffis.

Il était temps alléluia !

Minos a failli réduire ses amis-voisins-petit-ami en miette.

Shion a failli rendre son repas.

Eaque a failli se faire pipi dessus.

Albafica a failli calancher.

L'homme d'affaire gare sa voiture devant le chalet qu'ils louent pour la semaine. Eaque sort en trombe de la voiture et se dandine devant la porte, il lui faut impérativement évacuer son trop plein d'eau.

oOoOo

Le chalet est tout simplement magnifique, gigantesque. La base de l'édifice est constituée de grosses pierres grises, le reste de bois typique de la région. Les volets bleus donnent une touche pittoresque au bâtiment, devant la façade un sapin s'élève fièrement. Deux lampadaires sont implantés dans le sol pour illuminer l'allée principale.

Minos ne lésine pas sur le budget, ce chalet peut accueillir jusqu'à dix convives. Cinq chambres se dispatchent à l'étage ainsi que deux grandes salles de bain. En visitant les lieux Albafica et Shion en tombent des nues, impressionnés par tant de luxe. Ce chalet est tout simplement splendide constitué de lattes de bois dans toutes les pièces. Le salon est immense, un gigantesque canapé d'angle dans les tons gris taupe prend l'espace. Surmonté de coussins jaunes citron, noirs et gris. Un lustre constitué de branches enchevêtrées irradie le plafond, sur le fond à droite une cheminée en pierre de taille apporte une touche chaleureuse. Sur les murs sont accrochés divers tableaux représentant un ours polaire, et d'autres animaux du Grand Nord. N'oublions pas la tête de cerf suspendue sur un des pans de murs. Le salon s'ouvre sur une terrasse donnant sur les pistes enneigées du domaine, la vue est à coupée le souffle.

A l'étage se trouve les chambres, délimitées par des balustrades ajournées de cœurs. La grande salle à manger accolée au salon rend une atmosphère plus que chaleureuse, avec une grande table en bois qui ornemente la pièce. Un vaisselier en chêne se colle contre le mur donnant sur l'extérieur. Ne parlons pas de la salle de bain carrelée beige offrant une belle baignoire tout en long. Le détail est poussé jusqu'aux deux vasques en forme de coquillage du lavabo. La location de ce chalet doit coûter les deux bras plus les deux jambes… Minos est fou, complètement fou… Ou blinder au choix…

Justement notre héros savoure l'effet produit sur ses invités, il se redresse tout content de son choix. Albafica semble voguer sur un petit nuage. Un petit nuage gris.

Eaque crie « prem's » et court s'enfermer dans la salle de bain pour profiter des bienfaits de la baignoire. Les autres personnages montent pour choisir leur chambre.

Il est plus de six heures, les conducteurs dorment dans leurs chambres pendant qu'Eaque petit déjeune en compagnie de Shion. N'ayant pas la fatigue de la route ils peuvent se le permettre.

— Eaque, ne crois-tu pas que nous devrions aller en course ?

Tout en se beurrant une tartine le brun répond.

— Non, ne t'inquiète pas ! Il y a un room-service exprès ici. On appelle et un livreur vient nous apporter nos courses à domicile. On ne va pas s'embêter à perdre notre temps dans les supermarchés ! Par contre, il faudra réveiller ta marmotte de copain pour vous louer des skis… Ca c'est important. Cette après-midi direction les pistes mon biquet !

— Laisse-les dormir un peu, ils sont claqués. En plus Minos a pété une durite vers la fin…

Eaque rit de son rire enjoué.

— Oh mais c'est rien ! On voit que tu n'as pas l'habitude de vivre auprès de lui… C'est une de ses colères minosquiennes. Tu vois, ça lui passe aussi vite que ça lui vient… Ce chalet est vraiment grand… On aurait pu emmener Rhad avec nous, dommage que Minos n'ait pas voulu.

— Oui j'aurais pu emmener mon frère et son copain aussi. Et puis Doko, les jumeaux et Aphro… En tout cas c'est gentil à vous de nous avoir proposé de vous accompagner. J'ai l'impression de profiter, je ne me sens pas au top pour tout t'avouer.

— Tss ! Pas de ça avec moi Shion ! Je te dis que ça me fait plaisir, alors on en parle plus, d'accord ? On finit et je t'emmène visiter la ville tu vas voir c'est très joli.


Quelques heures plus tard nos deux dormeurs se réveillent à leur tour. Albafica descend dans la cuisine et y retrouve Minos le nez plongé dans son bol de café, ses cheveux tombant dans le récipient. Il s'assoit à côté sans prononcer un mot, se sert un peu de breuvage noir et tartine une biscotte.

— Ils sont où les autres ? finit par interroger le breton.

— Je ne sais pas.

— Ca ne t'inquiète pas ?

— Non.

— Mais… Shion ne connaît pas la ville.

— Il ne va pas se casser ton précieux Shion va ! Eaque est avec lui sans doute, ils visitent le coin. Tu ne peux pas respirer cinq minutes sans ton mec ? C'est invraisemblable.

— C'est quoi ce reproche ? Dis donc ! C'est normal non ? Nous sommes un couple uni. Tu devrais peut être revoir ta vision de l'amour Minos parce que tu ne te préoccupes pas assez de ton mec !

Minos s'esclaffe à cette remarque.

— Tu plaisantes j'espère ? Un couple uni, j'aurais tout entendu… Qui c'est qui m'a accompagné dans un hôtel il n'y pas si longtemps et qui s'est laissé embrasser, hein ? La reine d'Angleterre ? Arrête ton cinéma et tes grands airs avec moi.

— Chut mais qu'est-ce qui te prend !? Tais-toi ! C'est derrière nous ça. Ne remets pas ça sur le tapis ! Et oui monsieur, mon couple avec Shion fonctionne la preuve… Nous sommes ensemble depuis des années.

— Aller arrête tu me fais rire. Tu te crois parfait en toute occasion ? Albafica la vertu incarnée… Enfin, si tu aimes te bercer d'illusion, reste dans ton monde.

— Je ne relèverais pas, c'est la méchanceté qui parle comme d'habitude Minos.

L'argenté pose son bol sur la table et agrippe le bras de son voisin, durement.

— Tu insinues quoi exactement ? Tu n'en as pas marre de me faire passer pour le salaud de service ? Je ne suis pas que ça !

— Aie tu me fais mal ! Lâche-moi t'es dingue !

— Retire ce que tu viens de dire !

— Pourquoi ça te blesse maintenant ? C'est nouveau ! Si tu ne veux pas que les gens pensent que tu es un homme exécrable change de comportement. Ne rejette pas la faute sur moi. Et pour ta gouverne je n'ai jamais dit que tu étais un salaud, alors calme-toi.

Minos retire sa main et dessert ses couverts.

La tension est palpable entre les deux individus, ils ne savent comment réagir l'un en face de l'autre. La culpabilité les ronge mais ils ne peuvent revenir en arrière.

Albafica vient à son tour près de l'évier pour laver son bol, au même moment Minos se retourne. Ils se cognent, s'écartent. L'un part à droite, celui d'en face à gauche, ils se tamponnent encore une fois. Manifestement ils n'y arrivent pas : à être naturels. Ils sont gauches et nigauds. Le norvégien prend Albafica par les épaules pour le faire pivoter et s'en aller mais il ne se laisse pas diriger. Chacun entrave l'autre dans ses mouvements.

— Bon ça suffit laisse-moi passer ! s'impatiente le bleuté.

— Mais merde à la fin ! Pose-le ton foutu bol là !

Il prend le bol des mains d'Albafica et le met dans l'évier.

— Bon, moi je vais me laver.

— Moi aussi.

Ils montent ensemble les marches de l'escalier puis s'arrêtent au palier en haut.

— Tu ne vas pas me suivre tout de même ? demande Albafica.

— Non très cher, je te signale qu'il y a deux salles de bain dans ce chalet !

— Et bien alors vas-y !

Encore une fois ils se percutent en avançant en même temps.

Au moment du midi les promeneurs reviennent avec du pain frais.

— Youhou ! Nous sommes rentrés ! chantonne Eaque.

Albafica fait la tête dans le salon un livre en main et Minos tire la tronche dans la cuisine. Quelle ambiance !

— T'as acheté quoi ? sonde le deuxième grincheux pour son cœur.

— Du poulet rôti et un framboisier pour le dessert. Après nous irons louer l'équipement nécessaire pour Shion et Alba.

Après le repas les quatre comparses prennent le chemin de la ville. Il y a beaucoup de magasins haut de gamme ainsi que d'équipement sportif. Le brun les emmène dans une boutique standing. Ils choisissent ce qui leur plait sans s'occuper du prix, c'est Eaque qui paye alors allons-y.

Ils filent acheter un forfait pour la semaine, et partent aussitôt en reconnaissance sur la poudreuse. Ne précipitant rien, ils se décident à descendre une piste verte. Sur le télésiège Minos se met avec Eaque et Albafica avec Shion. N'attendant personne et trop impatient de dévaler les pentes neigeuses, le brun délaisse tout le monde et part tout de go. Les trois restants s'élancent également.

Minos brille, il vole par delà le terrain. Ses virages sont empreints de vitesse contrôlée et à la fois de légèreté. A le voir glisser sur la neige on pourrait penser que cela reste facile. Normal étant norvégien il n'a aucune difficulté à évoluer dans cet élément. Sa patrie étant à l'origine du ski même. Il le pratique depuis tout petit – encore un de ses talents cachés. Arrivé en bas de la pente il freine net dans un mouvement maîtrisé beau et précis. Tous ses gestes se coordonnent entre eux pour former une unité mesurée, Minos est un virtuose du ski de descente. Il attend ses amis qui sont encore en haut de la piste. Une fois à sa hauteur Shion le félicite, il ne soupçonnait pas que son irritant voisin puisse être capable d'allier force et élégance.

Albafica se rétame la figure dans la neige, il n'a pas su freiner comme il le fallait. Le reste de l'après-midi les jeunes hommes profitent du cadre idyllique pour s'épuiser sur la piste. Eaque rejoint ses amis puis part en tête de file avec son chaton pour savoir qui d'entre eux ski le plus vite. Courbaturés et fatigués, vers les dix huit heures ils s'accordent un petit verre de vin chaud dans un des chalet-restaurants de la station.

Les bars et restaurants sont décorés tout de bois, celui où ils se restaurent possède une cheminée qui sert de point d'encrage à la salle. Les bois gris clairs s'allient avec les pilonnes en pierres de taille qui soutiennent la charpente. Des canapés moelleux se dispersent côté cheminée ou s'opposent le bar en face. Ce n'est que le début du séjour et les deux citadins sont déjà subjugués par tout ce faste. Habitué à tout cette décadence Minos ne montre aucun état d'âme comme Eaque pour qui tout ça semble « normal ». Pendant tout le temps qu'ils discutent les deux fautifs s'évitent du regard… Peine perdue parce qu'ils se rencontrent à chaque fois au même moment. Moment volé. Minos cligne de l'œil envers Albafica à la barbe de son cœur. Le bleuté baisse sa tête mais cache un sourire, il la relève pour visualiser son prétendant. Ce petit jeu de séduction continue mine de rien… Personne n'abandonne comme convenue. L'excitation de l'interdit prend le pas sur la raison et les remords. Dans ces instants de fièvre personne ne pense au mal qu'ils font.

Ils finissent par rentrer se changer et se doucher. Ce soir Eaque les entrainent dans un des meilleurs restaurants du site. Ils gouteront aux spécialités fromagères locales. Là encore Minos s'approche du danger, par-dessous la table il ne cesse de faire du pied au bleuté qui ne bronche pas. Au contraire cela l'émoustille au passage, il dévore l'argenté de ses prunelles saphirs. Là elles ressemblent à deux lacs des profondeurs marines. Lacs tâchant sa pureté propre. Devant Minos, Albafica s'abandonne, il a envie de se salir dans ses bras. De s'émanciper. C'est incontrôlable de sa part mais il ne parvient pas à s'en empêcher : il convoite son beau prétendant terriblement dominateur. Cet instinct il le retrouve en sa compagnie. Le norvégien dégage une aura autoritaire mais douce en même temps, on ne peut l'expliquer. En mangeant son plat le breton entame un double langage, il s'amuse à aguicher Minos en se mordant les lèvres, en croquant dans son pain d'une façon équivoque ou de se passer la langue sur sa lèvre supérieure. C'est comme s'ils étaient seuls sur terre, se désintéressant totalement de leurs amants respectifs. Ils ne se quittent pas du regard.

De retour au chalet ils partent se coucher, la journée a été longue tout le monde a besoin de repos, demain ils pourront profiter des joies de la montagne pleinement. Et des joies de l'adultère peut être aussi…

oOoOo

En ce mardi quatre mars, pas le temps de faire la grasse matinée. Eaque lève tout le monde pour grimper sur les pistes enneigées, il compte bien en profiter pleinement. Minos grommèle entre les coussins, rabat la couverture sur lui et se cache sous l'édredon. Mais en petit malin qu'il est, son amant retire tout d'un coup, dévoilant le corps à demi-nu de son chaton feulant. Les courants d'air enveloppent son corps, il grelotte. Donc par conséquent il se voit obliger de se lever.

Eaque investit la chambre de leurs amis en s'asseyant sur le lit et s'amuse à chatouiller les joues de Shion avec ses propres mèches de cheveux. Ce dernier grogne en se retournant sur le côté. Le népalais sautille sur le matelas et s'allonge sur les deux corps endormis.

— C'est l'heure ! Il est l'or monseignôr ! Hop debout la dedans nous avons un programme chargé !

Il donne une tape sur les fesses d'Albafica par-dessus les draps. Pourquoi ce sont toujours ses pommes d'amour qui prennent ?

Au petit déjeuner les gens émergent difficilement. Les magnifiques yeux du breton se parsèment de cernes violettes carrément, Shion est dans le même état de délabrement, Minos n'en parlons pas – heureusement que sa frange lui cache le visage sinon nous aurions peur. Seul Eaque resplendit comme à son habitude, tout fringuant et pimpant. Comment fait-il pour être toujours à son avantage ? Mystère…

— Bon ce matin direction les pistes. Moi j'ai envie de tenter la piste rouge, vous vous faites comme vous le sentez. Cette après-midi nous pourrions essayer le ski de fond ? Il y a des parcours somptueux il paraît. C'est un moniteur qui me l'a confirmé hier… A moins que nous fassions les boutiques avec Alba ? Qu'en dis-tu ? Remarque, non. On peut les faire le soir elles restent ouvertes… Autant s'éclater sur les pistes. Je viens d'avoir une idée! Ils proposent des promenades en chiens de traineaux, trop cool ! Si on essayait ? Vous en dites quoi les amis ? Ou alors pourquoi pas se poser sur une luge et hop ! On se laisse glisser… Shion est-ce que tu as déjà pratiqué le snowboard ? Un féru de sensation forte comme toi ne peut pas laisser passer ça !

Personne ne l'arrête, Eaque déverse son flot de paroles tel un tsunami sur les côtes continentales. Et vas-y que je te blablate à torts et à travers.

Ils se rendent finalement sur les pistes, Eaque emprunte une piste rouge comme convenu, Minos s'attaque à une noire. Les deux autres protagonistes restent sur les bleues mieux vaut rester prudent. Au déjeuner ils se rendent dans une auberge réputée, de toute manière Eaque connaît les bonnes adresses s'étant renseigné avant sur internet. Il est incollable sur les lieux « in » de Courchevel, en plus il détient une botte secrète : Rune. Ses sœurs sont des adeptes des lieux branchés et de la people attitude, leur modèle étant Paris Hilton c'est pour dire le niveau d'imbécilité dont elles font preuves… Donc Eaque a demandé aux demoiselles par l'intermédiaire de leur frère de lui détailler tous les endroits en vogue de la station. Et voilà le topo, Eaque est dans la ce-pla !

Notons que c'est toujours Minos et Eaque qui régalent, mais le brun a insisté donc nous n'émettrons pas de commentaire…

Ils mangent encore des spécialités locales à base de fromage de chèvre, Minos adore. Il raffole de tout ce qui contient des laitages, c'est sa folie à lui. Eaque boit pas mal de vin au cours du repas, c'est son talon d'Achille. Mais ça, nous en avons l'habitude de le voir pompette.

Pour se retrouver les quatre, Eaque décide de pratiquer une activité commune. Cette après-midi ils feront du ski de fond pour admirer le paysage savoyard. Ils emprunteront l'itinéraire du Bouc Blanc soit cinq kilomètres de trajet. Eaque chante Etoile des neiges, tout guilleret qu'il est. La neige s'étend à perte de vue comme une mer de diamant scintillante, avec de chaque côté des conifères bordant le terrain pour offrir à cette étendue des joyaux émeraudes. Le soleil se réverbère sur la cime des arbres, apportant une lumière aveuglante puisqu'elle se répercute sur la neige. Le cadre est sublime, même pour les non initiés de la montagne. De plus l'air vivifiant revigore nos héros, cela les réveillent de leur léthargie du matin. Shion passe en tête de cortège, sa nature de sportif l'incite naturellement à accélérer le pas. Son ange bleu rouspète, il veut une pause.

— Non mais on vient à peine de commencer j'y crois pas ! Du nerf du nerf ! encourage doudou.

— Mais Shion, attends-moi !

Albafica s'emmêle les pinceaux et tombe sur Minos qui se retrouve au sol de tout son long, allongé sur le ventre un fardeau sur le dos.

— Mais c'est pas possible fais attention ! crie-t-il.

En plus il mange de la neige au passage, ce qui est peu ragoutant.

— Ce n'est pas de ma faute, arrête d'hurler comme ça, t'es saoulant à la longue ! contre attaque Albafica.

Les autres ne les attendent pas, ils continuent leur traversée du désert blanc et s'engouffrent dans la forêt.

Toujours étendu sur Minos, le bleuté crie en lui perçant les tympans.

— Mais ils se barrent, regarde ! Magne-toi on va les perdre !

— Je te signale que pour les rattraper il faudrait déjà que je puisse me relever Alba ! Tu es sur moi et tu me fais mal ! Tu es lourd. Dégage de là.

En se tortillant Minos fait tomber son fardeau au sol.

— Tu es obligé de m'insulter en me disant que je suis gros ?

— Je n'ai pas dit ça, tu prends tout mal.

Ils s'époussètent pour enlever la neige qui parsème leur combinaison. Pendant qu'ils se disputent pour savoir qui est le plus lourd – sur le plan subjectif – leurs compagnons sont déjà loin.

— Mince ! On va faire comment pour les rattraper maintenant ? Tout ça c'est ta faute ! annonce de mauvaise foi notre infirmier préféré.

— T'es gonflé tout de même ! Qui est-ce qui s'est vautré sur moi ? Parce que monsieur possède deux pieds gauches ! J'hallucine ! Si tu étais moins godiche on y arriverait mieux. Pas de panique, je connais le chemin il suffit de suivre les balises. On va arriver au bout de ce parcours je te le dis. Mais essaie de regarder où tu marches… Ou apprends à marcher tout court.

— Tu me saoules à te moquer de moi sans arrêt !

Albafica prend de la neige qu'il forme en boule entre ses mains et l'envoie au visage de Minos qui se mange un projectile en pleine face. Il réplique en lui écrasant sur la tête de la neige pour mouiller sa belle chevelure lisse, qui risque de friser par la suite. C'est un combat de coquelet qui recommence. Chacun agrippe les habits de l'autre et tente de se faire tomber. D'un crochet du pied, l'argenté renverse au sol son rival pour l'ensevelir sous la neige, à son tour Albafica mange la poudreuse. La lutte se transforme en jeu sous les rires des jeunes hommes. Le bleuté possède un rire de petit enfant, aussi innocent et communicatif ce qui entraîne Minos à le suivre. Pour la première fois depuis qu'il le connaît, le norvégien rit franchement, naturellement. Son masque hautain semble bien derrière lui, son voisin a réussi à le briser pour de bon.

A bout de souffle, Albafica s'arrête pour contempler son assaillant qui s'arrête également. Sa chevelure ciel s'éparpille dans la neige pour former des fils d'ange, l'argenté porte sa main sur la joue blanche en la caressant du bout des doigts. Sa main effleure la courbe du menton puis se cale sur son cou. Il sent les pulsations de la carotide d'Albafica contre sa paume, son rythme s'accélère tout comme sa respiration. Il en a envie. Sacrément envie. Mais s'extrait avant de commettre l'irréparable. Albafica voit son soupirant se relever, de suite il s'accroche au pli de sa combinaison pour le retenir et l'amener jusqu'à ses lèvres. C'est lui et uniquement lui qui dirige ce rapprochement. Le breton pose ses lèvres sur celles de Minos en les écartant du bout de sa langue. Elle flatte ces ourlets charnus pour en déguster l'exquise saveur. Ils s'embrassent à perdre haleine, la fièvre s'empare d'eux assez rapidement. Minos plaque au sol son nouveau partenaire en ornementant son visage de milles baisers. Quant à Albafica, ses mains se resserrent contre le dos du jeune homme, ses jambes s'enroulent autour des autres. Le rapprochement est on ne peut plus clair… Ils s'embrassent pendant de longues minutes, plus rien de compte autour d'eux. Ni même le soleil qui commencent à se coucher, non ils s'emportent dans leur débordement en soupirant de plaisir.


Shion et Eaque arrivent au terminus de leur parcours sans voir suivre leurs compagnons. Sûr qu'ils se sont perdus. Ils avertissent les employés du domaine au cas où… Cependant ils décident de rentrer au chalet, ils aviseront après. A leur grande surprise quand ils passent la porte d'entrée ils tombent sur Mimi joli et Bibi chéri en train de cuisiner une tartiflette. Les petits rusés ont rebroussé chemin et font croire qu'ils ont emprunté un raccourci pour arriver avant eux… Est-que les deux intéressés tombent dans le panneau ? Oui apparemment, ce subterfuge fonctionne. Personne n'émet de doute sur leurs paroles.

Albafica apporte la touche finale au plat et l'enfourne dans le four. Eaque crie.

— C'est l'heure !

— L'heure de quoi ? s'étonne Shion.

— L'heure de l'apéro !

Evidement, dès qu'il s'agit de chopiner le brun reste le premier. Les apéritifs sont servis dans le salon devant la grande cheminée qui crépite. Albafica se calle contre son doudou en repliant ses jambes et en les couvrant d'un plaid, sa tête posée sur l'épaule de Shion. Eaque vient se lover dans les bras rassurants de Minos qui l'enveloppent. Les amis discutent tranquillement jusqu'à l'heure du dîner. Albafica sent monter la jalousie en voyant le manège du brun. Il embrasse son amant au creux de son cou là où lui-même l'a embrassé quelques heures plus tôt. Son ton se durcit sans le vouloir à l'encontre d'Eaque, c'est-à-dire qu'il le casse dès qu'il prononce un mot. Discrètement Shion le tape au niveau de sa cuisse pour qu'il se taise, cela ne marche pas des masses puisque notre infirmier redouble ses attaques. Minos ne comprend pas, pourquoi son voisin défie son cœur comme ça ? Le principal concerné voit les piques venir, pour riposter il riposte. Son attitude défensive en est la preuve, c'est un combat verbal qui s'installe dans le salon, ce qui alourdit l'ambiance.

Le four sonne, sauvé ! Albafica va en cuisine pour sortir le plat tandis que Shion le suit.

— Pourquoi tu provoques Eaque depuis tout à l'heure ? Il ne t'a rien fait que je sache ? murmure le maître zen le plus discrètement possible.

Albafica ne l'écoute pas, surtout ne lui répond pas. Il sort les assiettes des placards et les couverts.

— Tiens, si ça ne te fatigue pas trop, apporte les verres s'il te plait. Je n'ai pas quatre bras.

Puis d'un pas vif s'en va.

Les jeunes gens prennent place autour de la table trop grande pour eux. Albafica emprunte son air condescendant à souhait et minaude au possible. On jurerait qu'il a pris des cours auprès de Rune… Du coup il ne décroche plus un mot au cours du repas malgré les compliments sur sa cuisine.

Minos aussi n'est pas bien, sans s'en rendre compte il se demande ce qui traverse l'esprit de son voisin-ami-prétendant. Il n'aime pas le voir dans cet état là. S'inquiéterait-il pour Albafica ? Possible. Malheureusement l'argenté porte des œillères, des œillères qui lui bouchent la vue, parce que sinon il aurait compris que les roucoulades de son cœur l'énerve au plus haut point et qu'il le jalouse. Albafica pose ses jalons sur la personne de Minos sans s'en apercevoir : si jalousie il y a… Possessivité il se traduit… Amourette il se pourrait…

Mais personne ne discerne son comportement, y compris les principaux intéressés. L'ambiance se détend un peu dans la soirée. Ce soir ils restent au chalet. Tout le monde part se coucher mais durant la nuit Albafica ne parvient pas à dormir. Le sommeil le fuit, il roule dans tous les sens pour trouver une position confortable. A un moment donné il sent une tape. Shion qui dort sur le ventre, la tête dans l'oreiller, balance son bras machinalement sur sa figure. Résigné il se lève pour se rendre dans la cuisine. Il chauffe un mug rempli de lait chaud auquel il rajoute une cuillère de miel et mange une part de crumble au pomme. Un bruit de porte annonce qu'un des individus ne dort pas non plus. Forcément. Minos se lève, rejoint le premier homme dans la cuisine.

Ils s'observent. Minos contourne Albafica pour se servir une tisane aux plantes favorisant l'endormissement. En gros : il boit une tisane de vieux. L'argenté traîne des pieds et s'assoit à côté du bleuté. Chacun regarde sa tasse, par-dessus son mug Albafica regarde son opposant à la dérobée, ce qui n'échappe pas au dit opposant. Le premier homme avale sa dernière gorgée de lait pour se lever. Au moment de passer vers Minos, celui-ci le capture une main posée sur son bras et l'autre s'enroulant autour de sa taille. Il enfouit son visage contre le torse d'Albafica qui reste debout contre lui. Minos hume son parfum si envoûtant comme le premier jour où il s'est enivré avec sa fragrance. Albafica lève la tête, il ne sait plus quoi faire, cet homme le chamboule totalement. Il perd les pédales en sa présence… Avant tout était plus simple… Maintenant… Maintenant sa vie dérape immanquablement. Ses doigts s'enfoncent dans la chevelure lactescente pour y imprimer des volutes, ils caressent le crâne, dévalent sur les longueurs des mèches filigranes. Minos possède une chevelure douce, encore plus douce que la soie. Lui aussi s'entête avec son parfum puisqu'il baisse sa tête pour s'en imprégner. Albafica serre ses bras autour du buste de l'argenté, ils s'étreignent chastement. Les cœurs tambourinant à cause de la possibilité de se faire surprendre à tout moment… Si un de leur concubin venait à se lever, ils seraient en mauvaise posture. Le breton ne cesse de cajoler cette chevelure immaculée, sa bouche s'échoue sur le front sans le vouloir. Les doigts de Minos se crispent derrière son dos, cette caresse est un peu rude mais affolement délicieuse.

Cet homme a le don de l'apprivoiser dans la dureté et c'est ça qui est bon. Dieu que c'est divin. Shion ne le malmène jamais comme cela. Cette austérité combinée à la prestance, la délicatesse, forme un cocktail détonnant. Albafica s'en abreuve à la source, il relève le visage de l'argenté vers lui et se penche lentement pour le posséder dans un baiser aérien. Juste deux lèvres qui se pressent, rien de plus. Cette intimité nouvelle se voit rompue par un bruit provenant d'en haut. Les deux hommes s'écartent aussi sec ayant peur d'être surpris.

Pour une fois Minos ne triomphe pas. Il ne lui dit pas « je te l'avais dit ». Parce que oui, un grand oui, milles fois oui Albafica s'avoue et prouve que lui aussi en a envie… Le désir qu'il porte pour son voisin s'exprime enfin, ce rapprochement en est la preuve irréfutable. Personne ne le nie désormais, les destins se lient un peu plus.

Il est temps de retourner au lit.

oOoOo

Mercredi. Troisième jour de vacance. La tension sexuelle est à son comble, les plombs pourraient sautés tellement le courant électrique qui passe entre nos deux héros devient survolté. Minos doit prendre une douche froide ce matin pour calmer ses ardeurs. Albafica court dans tout le chalet pour dissiper les effets de l'excitation, il tente de se trouver une occupation.

Plus tard dans la matinée ils décident d'aller faire les boutiques de luxe après avoir un peu skié histoire de tâter la poudreuse. Eaque enchaîne les magasins de prestige : Chanel, Dior, Lancôme, Armani et j'en passe… D'ailleurs Minos s'est dégotté un petit pull en cachemire blanc qui lui va à ravir.

Ils mangent, rien de plus normal. L'après-midi Eaque convainc le reste du groupe de se promener en chien de traineau. Ils partent chez un musher qui élève lui-même ses chiens, il tient un élevage non loin de là qui se nomme La Meute du domaine de Ban. L'homme les accueille, leur explique le fonctionnement d'un attelage et leur propose de les initier par un baptême pour ensuite les laisser conduire une mini meute. Albafica est aux anges, lui qui adore les animaux part voir les chiens. De splendides Husky s'impatientent par delà l'enclos, ils sentent l'appel du grand air. Ils savent qu'ils vont sortir en ballade et courir dans les paysages enneigés de la région. On ne les tient plus, certains se sautent dessus en se mordillant, d'autres se tiennent en appui contre le grillage mais par contre tous couinent ou jappent. Eaque le rejoint attendri par le spectacle des chiens leur faisant du gringue. Ils n'ont pas l'air sauvage, au contraire ils réclament des caresses et des attentions. Normal, ils sont dressés pour ça.

Minos se tient en retrait en se bouchant le nez avec son écharpe. L'odeur des bêtes l'incommode, déjà qu'il porte en horreur tout animal quel qu'il soit… Etre aussi près le répugne. Ils puent c'est infernal, sales clébards ! L'homme d'affaire restera irrécupérable concernant son aversion pour les bêtes poilues et velues.

L'éleveur les fait sortir et là… Là… Les chiens partent dans tous les sens. Un gros gabarit court droit sur Minos, saute sur lui pour mettre ses pattes-avant sur son torse. Il vacille sous la pression mais ne tombe pas. Par contre, mazal tov c'est une abomination ! Ses pattes toutes terreuses salissent son manteau griffé, ses poils en dessous de son poitrail sont mouillés par la neige et sa gueule, sa gueule ! Mais il pue du bec c'est horrible ! Pour couronner le tout, le chien cherche à lécher le visage de l'argenté qui lui le pousse comme il peut. Il voit cette grande langue baveuse s'approcher dangereusement, le chien ne renonce pas… Il la veut sa léchouille, il l'aura.

Slurp ! Le canidé lave le visage sans imperfection de notre ronchon préféré en toute beauté. Il s'en donne à cœur joie, la peau de Minos brille de bave c'est indescriptible. Contre toute attente il ne beugle pas. Non, il se crispe sous cette souillure de tout son être dans un rictus de dégoût. Il n'ose ni ne peut bouger. Le chien s'en va rassasié de caresse et laisse un homme rigide, anéanti, pétrifié dans la neige. Les autres se moquent.

Minos préfère nettement Attila à ce chien répugnant mais il ne l'avouera jamais. Au moins les chats ne sentent pas mauvais et ne lèchent pas leurs maîtres.

Le musher emmène d'abord le couple de bobo en promenade suivi des vedettes. Puis les instruit sur la manière de conduire un attelage. Les quatre compères préparent eux-mêmes les chiens sous l'œil bienveillant du propriétaire du domaine. Bien, tout est en place ils peuvent y aller. Minos se met avec son cœur et Albafica avec son doudou.

C'est parti mon kiki !

Les chiens détalent à la vitesse de la lumière, le cortège du breton prend la tête, il a absolument tenu à le conduire. Le vent vivifiant cingle son visage, ses cheveux volent derrière son dos. Il prend les virages un peu trop abruptement mais la sensation de vitesse le grise. Les deux hommes sont en harmonie avec la nature. Les chiens connaissent les obstacles par cœur, ils bifurquent, contournent les branches jonchant le sol, empruntent des chemins boisés. Les animaux se défoulent, on sent qu'ils sont heureux, dans leur élément. Ils halètent, jappent de contentement mais ne ralentissent pas. Loin derrière eux Eaque emmène sa meute avec un chaton au bord de la rupture nerveuse. Minos s'accroche comme il le peut au traineau, les chiens vont vite même s'ils ne dépassent pas ceux de leurs amis. Les attelages sortent de la forêt pour déboucher sur une gigantesque combe, là les chiens s'en donnent à cœur joie. Toute la liberté de courir leur ait offerte. Albafica donne l'ordre à son troupeau d'accélérer tandis qu'Eaque entreprend de le doubler. Son traineau tangue dangereusement sur le côté, il chancelle sur la droite. Hop ! Ils se ratatinent sur la neige tandis que les chiens continuent leur course sur quelques mètres. Le brun rit de sa chute mais pas son chaton. De toute façon il l'avait bien signifié qu'il n'aimait pas les chiens et que cette balade était une mauvaise idée. Ceci le confirme ni plus ni moins.

A la fin de l'après-midi les quatre joyeux drilles rentrent les chiens et les libèrent de leurs sangles. Albafica et Eaque peuvent même participer aux soins. C'est-à-dire qu'ils leur donnent à manger avec l'éleveur qui leur montre une portée de chiots venant de naître. Nos deux amoureux des animaux gâtifient devant ces petites boules de poils, ils en profitent pour leur donner le biberon et les cajoler en prenant maintes et maintes photos. Minos trouve ça débile et Shion s'impatiente un tant soit peu.

Ils rentrent tout de même se rafraichir et enlever l'odeur de chien qu'ils portent sur eux – surtout l'argenté qui évite de respirer trop fort à cause des émanations nauséabondes qui résident sur ses vêtements. Il en est certain : demain il chopera de magnifiques boutons à cause de la bave de ce Husky ! Merci qui ? Merci Eaque pour cette superbe idée !


Les deux fashionista se pomponnent dans la grande salle de bain en reléguant l'autre à leurs moitiés. Une intimité se créer malgré tout sans aller jusqu'à prendre leur douche ensemble, ils papotent entre eux. Shion attend son tour parce que messire Minos prend son temps également. Il ne sait quelle tenue choisir pour impressionner qui nous savons par son élégance innée… Après moultes préparatifs nos héros sont prêts et partent pour un bar branché ambiancé comme on dit.

Les sœurs de Rune ont conseillé à notre ami Eaque de se rendre dans le bar appelé Les Catacombes où Jean-Roch célèbre DJ a fait ses armes (1). C'est très hype comme d'habitude, rien n'est choisi au hasard avec notre mannequin vedette. La décoration dans les tons de rose, violet, bleu apporte une ambiance feutrée et capitonnée au lieu. Les banquettes en velours invitent à la paresse, les tables design en aluminium confèrent une touche de modernisme, l'on croirait des petites lunes argentées accrochées dans le ciel du firmament baroque du sol en velours pourpre. C'est absolument fabuleux comme endroit. Des rideaux de lumière bleu tombent contre les murs, faits de multiples diodes. La piste de danse traduit une atmosphère plus décadente comme une piste aux étoiles des cirques. Des tentures rouges sont accrochées au dessus du plafond, les pilonnes sont décorés de jaune et de violet. Nos héros n'ont rien vu de semblable avant, pas même à Paris.

Ils s'installent immédiatement à une table au fond pour être tranquille, Eaque a donné un billet au serveur pour être bien placé. Ils commandent une bouteille de champagne carrément. Albafica sent les yeux fiévreux de Minos posés sur sa personne, l'alcool aidant il part danser en compagnie d'Eaque.

Ils sont rejoints par leurs compagnons quelques minutes plus tard et c'est une compétition de séduction et de jalousie qui se joue dans l'arène. Albafica glisse contre le corps de Shion pour attiser les flammes de l'argenté. Qui lui enserre la taille d'Eaque et pose sa bouche en virevoltant sur le cou de son amant, en défiant son prétendant du regard. Les sens s'embrasent, les égos pareillement. Albafica se retourne face à Shion et se tortille contre lui dans des déhanchés saccadés. Déhanchés qui enflamment Minos, il enchaîne en prenant la tête d'Eaque qui descend feintant une caresse aguicheuse… Les danses se révèlent explosives, c'est un combat titanesque de dieux du dance floor qui se déroule. L'homme revêche empoigne les cheveux de son amant et plaque sa bouche contre la sienne en emprisonnant sa nuque pour qu'il ne puisse bouger. Tout en embrassant Eaque, il plonge ses prunelles rugueuses dans celles aquatiques d'Albafica. Lui se laisse dévorer par Shion qui se penche pour le gratifier de baisers ardents à la base de son cou. Personne ne capitule, au contraire les deux intrigants redoublent leurs efforts pour faire enrager l'autre.

Epuisés, ils regagnent le confort des banquettes moelleuses. Pour narguer l'argenté, Albafica l'ignore en ne prêtant aucunement attention à sa petite personne. Le jeu continue sur un autre terrain. A jouer avec le feu on se brûle… Ca pourtant tout le monde le sait.

Quand Minos revient des toilettes il ne trouve plus son partenaire de jeu à leur table. Le filou s'est éclipsé on ne sait où. Eaque trop occupé à boire et à discuter avec Shion n'a rien remarqué. Doudou non plus. Alors notre héros le cherche dans toute la salle. Il le trouve enfin en train de danser comme précédemment, seulement un lourdaud le drague sans finesse. Trop absorbé par la fièvre de la danse, Albafica n'y prête pas attention. A un moment donné l'homme pose sa main sur ses hanches et tente un rapprochement, de suite Minos arrive et le pousse méchamment. Le bleuté revient à sa conscience pour voir son nouvel ami se disputer bruyamment avec un type sans intérêt. Minos pousse le dérangeur en même temps qu'il le provoque, les vapeurs d'alcool ne lui réussissent pas. Contrairement à son cœur il a « le vin mauvais » comme dit le dicton, qui sait ce qu'il serait capable de faire sous l'emprise du champagne ?

Son sang s'est retourné dans ses veines quand il a vu cet homme entamer un prélude amoureux. Albafica devient sa propriété tacitement sans qu'il réfléchisse à la question. Il se retourne et empoigne le bleuté par le bras, l'amène à l'autre bout de la salle, le plaque contre le mur tenant à la sortie et l'embrasse à pleine bouche. Là dans cet endroit où la situation ne s'y prête absolument pas, en présence de leurs conjoints respectifs, il transgresse toutes les règles. Emporté par son désir il prend possession d'Albafica tout entier, qu'il le veuille ou non. Sa bouche s'approprie celle opposée, sa peau, tout. Il veut tout, il le prend juste dans un baiser passionné. Son aura dominatrice écrase la volonté de son partenaire, même s'il voulait résister, le second ne pourrait pas. L'argenté l'accule contre le mur et entrave ses mouvements en lui tenant les poignets dans une étreinte crispée. La douleur s'associe au plaisir, encore une fois Minos le dompte dans la souffrance autant physique que morale.

Ils ont chaud. Extrêmement chaud. Pour être clair : ils se fichent royalement de leurs conjoints, d'êtres surpris. Rien ne compte à par eux. Uniquement eux. Enfin Albafica se laisse aller sous l'emprise de Minos, à son tour il lui rend baiser pour baiser. Il emprisonne sa nuque comme il l'a fait avec celle d'Eaque, le plaque contre son torse. Les battements des deux cœurs sonnent à l'unisson, chacun calle sa respiration sur celle de l'autre. Minos relève le visage de son prétendant pour contempler le vice qui s'empare de ses traits si fins.

Albafica est à lui. Là à cet instant T il est à lui, Shion n'existe plus, Eaque parait loin. Il l'entraîne sur la piste dans un coin à l'abri des regards et entame une danse lascive pour sentir tout ce que le bleuté peut lui apporter. Ce dernier ondule contre ce corps de mâle, Minos est nettement moins musclé que Shion mais carrément plus charismatique. C'est indéniable on ne peut pas lui enlever cet aspect de sa personnalité, et c'est en partie ça qui attire le breton. Minos arrive à lui faire fermer sa petite bouche insolente. Parce que cet homme n'est pas passif. Au contraire, il ne vit que dans le conflit. C'est excitant. Minos est excitant. Le bleuté s'engage sur les dénivelés du cou, des épaules en écartant le col de sa chemise. Il déguste cette peau lactée encore et encore, cette fragrance de leader.

La musique les transporte ailleurs, passe aux platines Tsunami de DVBBS, encore un son électro qui attise le feu de l'interdit. Albafica plante ses iris viciés dans ceux miroitants de Minos, l'un est tout au vice quand l'autre est en pleine contemplation. Le temps n'existe plus, ils reprennent leurs poses sensuelles. Le bleuté s'autorise de passer ses bras autour de la taille de son nouveau partenaire, sentir ce corps se presser contre le sien le transporte ailleurs. Il rêve. Peut être que tout ceci n'est qu'un songe dont il se réveillera au petit matin… Le second plonge dans la chevelure azure pour embrasser le front, les tempes, tout ce qui se trouve sur le chemin de ses lèvres. C'est indécent, ils sont border-line.

Ils veulent plus, ils ont besoin de plus. L'argenté passe deux doigts dans le pli du pantalon du jeune homme pour sentir sa peau douce rouler sous ses pulpes. Son ventre est doux, trop doux, trop lisse. S'il pouvait descendre il n'hésiterait pas. Il sent le souffle d'Albafica battre sa propre peau pour s'évanouir contre elle. N'en pouvant plus, il l'entraîne dans les toilettes, tant pis pour la bienséance ils s'enferment dans une cabine.

Tout dérape.

Albafica se colle contre son nouveau partenaire en passant ses mains partout à la fois. Elles coulissent sur le torse, déboutonnent la chemise, explorent la peau pâle tout en férocité. La compulsion les dévore. Minos dégrafe frénétiquement la braguette de son soupirant, ses mains passent derrière pour tâter les fesses rondes. Il n'ose pas aller plus loin bizarrement. Albafica a tellement chaud qu'il se liquéfie sur place, ses mèches ciel se collent contre sa nuque et ses joues. Le norvégien semble dans le même état peu reluisant. Les bouches ne se quittent plus et les mains s'approprient les courbes de chaque. Il fond sur la gorge découverte du bleuté qui bascule sa tête en arrière en gémissant le prénom interdit.

C'est la première fois qu'il s'exprime ainsi. Il dévoile son désir aux yeux de cet homme irritant par le passé.

Tout en baissant le boxer d'Albafica, Minos gémit.

— J'ai terriblement envie de toi… Laisse-toi faire, je ne peux plus attendre…

Sa voix se perd sur la carnation divine.

— Non, pas comme ça… Pas ici… Minos… Je t'en prie arrête, répond le bleuté en massant le crâne béni et en plongeant ses doigts dans la chevelure immaculée.

On ne peut pas dire qu'il l'incite à arrêter sa dépravation… La tension vient d'exploser ni plus ni moins. Tout part à volo : leurs vies tranquilles, leurs idéaux, leurs certitudes, leurs amours inébranlables pour leurs conjoints.

Dans un élan que lui seul comprend, l'infirmier s'écarte pour poser ses mains à plat contre le mur opposé, croupe face à Minos. Il se cambre frémissant d'impatience. D'une voix éraillée par le désir il susurre.

— Vas-y, dépêche-toi pendant que j'en ai le courage… Prends-moi maintenant, tout de suite. N'attends pas.

Minos en a le souffle coupé. Son prétendant vient de le tuer psychologiquement. Il peine à respirer, il manque d'air, son rythme se saccade. Sa main se porte contre sa poitrine, que se passe-t-il sacrebleu ? L'angoisse monte d'un coup. Pourquoi ne parvient-il plus à trouver son souffle ? Minos ferme les yeux, sa tête le tourne. Quand il reprend conscience, l'aberrance de la situation lui saute à la figure.

Mais qu'est-ce qu'il s'apprête à faire ? Il va tromper Eaque, le seul amour de sa vie ? Il corrompt Albafica, il ne va pas le prendre comme un vulgaire prostitué dans des toilettes glauques d'un bar, entre deux vomissures et secrétions douteuses ? Pas lui. Minos n'est pas comme ça. De plus, son soupirant ne mérite pas d'être traité de la sorte, comme une catin ou un coup d'un soir. Il s'approche et remonte le pantalon du bleuté. Surpris ce dernier esquisse un demi-tour mais il est barré dans son élan par Minos qui l'agrippe aux épaules.

— Non Alba, pas là, pas comme ça. Nous valons mieux que ça, attendons le bon moment.

— Je… Tu renonces ? Après tout le baratin que tu m'as sorti ? Comme quoi je me voilais la face, tu me fais quoi ? J'étais… prêt à… J'allais tromper Shion avec toi… J'allais tromper Shion avec toi !

Sa voix s'emporte dans les aigus. Il se couvre la bouche avec ses mains comme pour effacer les paroles qu'il vient de prononcer. Cela reste inconcevable.

— Tu ne comprends pas, bien sûr que j'ai envie de toi ! J'en crève d'envie merde ! Tu veux que je te le prouve comment ? Je ne peux pas faire mieux. J'ai envie de te faire l'amour depuis ce fameux jour où on s'est disputé dans la cage d'escalier. Si je ne m'étais pas enfui je t'aurais arraché tes vêtements pour te prendre de force. Ne sois pas bête, tu me rends dingue.

A l'énoncé de cette révélation Albafica tremble comme une feuille. Il tremble de concupiscence.

— Alors quoi ? Tu attends quoi exactement ? Que l'on soit revenu sur Paris pour m'emmener dans un hôtel minable encore ?

— Arrête de dire que je t'emmène dans un hôtel minable, c'était un quatre étoiles ! Non, je n'attendrais pas.

Il rompt la dernière barrière de lucidité en se soudant au corps du breton. Le ventre d'Albafica vrille sur lui-même, se tord en formant des nœuds. Dès que Minos le touche ses sens s'effondrent, le sol se dérobe sous ses pieds et il tombe dans un gouffre sans fin.

— Moi non plus je n'attendrais pas… Je le veux maintenant.

— Arrête de répéter ça sinon je te viole contre le mur ! C'est déjà assez difficile comme ça, n'en rajoute pas. Ce que l'on va faire c'est que dans le peu de jours qu'il nous reste je dirais que je suis malade, que j'ai de la fièvre… Après tout toi tu trouveras une raison médicale, tu es infirmier, autant que ça serve à quelque chose. Tu te proposeras de rester avec moi pendant que Shion et Eaque partirons comme d'habitude… Puis…

— Puis… ?

— Puis tu auras ce que tu veux… Je te ferais l'amour jusqu'à ce que tu t'évanouisses dans mes bras… Tu hurleras pour moi Alba. Rien que pour moi.

Minos caresse la joue de son voisin doucement, tandis que fébrilement il se contente de soupirer un « ah » d'extase… Comme une midinette connaissant ses premiers émois. Du coup l'impatience le gagne. En effet, il se soumet inconsciemment à cet intriguant jeune homme. En plus il en redemande.

Passons sur le reste de la soirée qui demeure d'un ennui total. Eaque se met minable pour ne pas changer, ça en devient lassant. Shion le soutient entre deux hoquets. Tout le monde rentre dormir, enfin pour ceux qui en sont capables…

oOoOo

Jeudi six mars, les choses demeurent inchangées en apparence. En apparence seulement parce qu'à l'intérieur c'est l'hécatombe !

Mais il faut bien que la journée se passe comme les autres, alors les deux amants adultérins s'efforcent de jouer le jeu, de faire semblant que tout va bien.

Oh oui, tout va bien dans le meilleur des mondes. La vie est belle, nous vivons dans le monde des bisounours entourés de petits poneys qui broutent du sucre candy et qui pètent des paillettes… Excusez du peu… Enfin Eaque et Shion ne voient rien visiblement aveugles en tout état de cause.

Aujourd'hui ils repartent skier, les deux fauteurs de trouble prennent soin de s'éviter le plus possible pour ne pas éveiller les soupçons. Albafica et Shion s'essaient au snowboard, expérience qui ne s'avère pas fructueuse. Le maître d'art martial relève son ange toutes les deux minutes parce que celui-ci tombe au sol sans arrêt. Il finit par le tirer par les bras pour aller plus vite en l'entrainant dans sa course. Eaque bronze en terrasse et Minos s'éclate sur une piste noire.

La journée se passe normalement. Le soir ils vont assister à un show de pyrotechnie organisé par la mairie, enfin les mairies avoisinantes puisque cet évènement se transforme en compétition entre les villes. Un buffet dessert les participants et les vacanciers, du moment que l'on peut manger à l'œil tout est cool…

Et puis les fêtes de débauchent les lassent, un peu de changement leur fera le plus grand bien. Le spectacle leur plait, chacun reste avec sa douche moitié pendant le déroulement de la soirée. A un moment donné Albafica s'épanche en pleurs sur l'épaule de son amour, le pauvre pense naïvement que le feu d'artifice le chamboule… S'il savait… S'il connaissait la vraie raison de ses larmes il dévasterait la tête de son rival. Le breton ne réussit pas à canaliser les remords qui le rongent depuis le début. Il ne se reconnaît plus, l'homme qu'il croyait être n'existe plus depuis qu'il a croisé la route de l'autre. Sa vertu s'émousse, deviendra-t-il un dépravé sexuel ? Oh sûrement oui, à l'allure où vont les choses. Le pire c'est qu'il s'échauffe à la pensée de son futur plan… En supputant son projet il s'émoustille tout seul. Donc ses larmes reviennent de plus belle.

Minos l'observe au loin, cette vision le renverse, il n'aime pas voir son « il ne sait pas quel terme employer » comme ça. En tout les cas il ne supporte pas de voir Albafica pleurer sans en comprendre la raison. Eaque se love dans ses bras, machinalement il l'embrasse sur les tempes. Ce baiser devient fade. Claque mentale ! Fade ? La situation devient dramatique s'il spécule comme ça. Où va-t-il dériver encore ? Mince, son cœur représente tout ce qu'il rêve d'avoir depuis toujours. Eaque obtient toutes les faveurs des plus belles femmes et hommes depuis toujours. Beaucoup rêverait d'avoir cette chance y compris Rune. Même à l'évocation de cette pensée Minos ne s'énerve pas, comme si sa relation, son concubin se voyait proscrit de son univers.

Ce nouvel homme remplit toutes ses pensées à lui tout seul, évinçant le terrible Eaque à la « gueule d'ange ».

Cette journée interminable finit de les fatiguer, dépités ils rentrent au chalet.


Vendredi, avant dernier jour. Le jour J où tout se précipite, dans l'urgence de l'avant départ il faut se dépêcher de concrétiser cette envie. En se levant Minos joue les malades imaginaires, il simule de la fièvre, un état patraque. Albafica comprend illico l'allusion : le plan se met en marche. Il doit rentrer dedans.

Tout le monde s'inquiète, qu'arrive-t-il à Minos ? A-t-il pris froid hier soir ?

L'homme d'affaire part se recoucher dans son lit en mentant sur sa tête qui le tourne. Eaque ne sait pas quelle attitude adopter. Il ne peut pas laisser son chaton dans cet état là.

— Bon ben les copains allez vous amuser je reste avec Minos, le pauvre ne va pas bien du tout. Et pour qu'il reste au lit c'est qu'il doit vraiment être en bad trip.

— Eaque, écoute… Je vais m'en occuper moi, ne t'inquiètes pas, je suis infirmier c'est mon métier, je veillerais sur lui. Pars avec Shion aujourd'hui.

— Mais ! Tu es sûr ? Enfin non c'est mon compagnon c'est à moi de le soigner. Je ne peux pas te demander ça voyons ! Profite Alba, ce sont vos vacances à vous aussi et puis… Tu bosses dans le médical, tu ne vas pas replonger pendant tes congés !

— Je te dis que ça ne me fais rien… Justement, en tant qu'infirmier je ne peux pas laisser quelqu'un de malade devant moi sans réagi. J'ai l'habitude je saurai gérer. Allez-y je vous assure…

En se tournant vers Shion il lui demande.

— Ca va aller mon dou' ?

— Oui mon ange, bien sûr. Je te reconnais bien là, généreux jusqu'au bout… Bon, ben nous partons alors, on va aller faire du snow aujourd'hui, Eaque veut essayer. Je ne sais pas à quelle heure nous rentrerons, ça me gêne de te laisser seul ici.

Albafica prend les mains de son compagnon dans les siennes.

— Je t'assure que ça ira, ne vous pressez pas pour Minos et moi, je m'occupe du malade.

— On peut vous laisser la journée alors ? Nous reviendrons ce soir vers dix heures… Si quelque chose ne va pas, n'hésite pas : appelle-moi ! intervient Eaque.

Une fois seul, Albafica s'appuie contre la porte d'entrée. Un sentiment de culpabilité l'assaille, il a envie de pleurer encore. Son désir ajouté à ses remords le contredisent dans sa conviction, il ne sait plus quoi faire.

Trois ou quatre minutes plus tard, Minos descend de l'escalier pour se diriger au salon. Les deux hommes se font face debout sans prononcer un mot. Le premier s'installe dans le deuxième canapé près de la cheminée faisant face à la porte d'entrée. Choix stratégique… Albafica reste collé contre le bois ne se décidant pas à franchir la dernière limite, celle qui le conduira à sa perte. Il regarde Minos sans vraiment le voir, son air absent traduit ses craintes.

Minos lui plie une de ses jambes sur l'autre en posant son bras gauche contre l'accoudoir du divan. Imperturbable il attend. Les minutes s'écoulent, si personne ne se décide la journée peut passer comme ça. Le norvégien tapote l'assise du meuble pour inciter son prétendant à venir le rejoindre, ce qu'il finit par concéder. Le pas lent, atrocement lent, il s'avance jusque devant Minos qui lui tend sa main droite en guise d'invitation. Le bleuté la prend machinalement puis est entraîné contre le buste de l'argenté qui l'amène à lui. Les battements de son cœur pulsent fort dans sa poitrine quand son soupirant couvre sa gorge de sa bouche. Tout se bouscule dans sa tête. L'image de Shion prend toute la place. Il se remémore leur vie à deux : leur rencontre, sa première impression en le voyant, leur premier rendez-vous, leurs fous-rires, leurs crises passagères, leur première fois, leurs premières vacances… Tout, il revit tout, sa vie défile devant lui comme au moment de la mort. Etrange… Ses yeux le piquent, pendant que Minos s'évertue à le couvrir d'embrassades Albafica pleure en silence. Il le repousse et se dégage de l'étreinte de son amant naissant et part s'isoler dans la salle de bain.

Affronter Minos rime à regarder sa propre bassesse en face, il n'est pas prêt. Quand le sera-t-il ? Jamais ? Dans une heure ? Dans un mois ? Pourtant son désir ne cesse de croître au fil des semaines, des mois maintenant. Il ne peut plus se voiler la face surtout que l'envie reste là elle. La honte s'empare de son être, derrière la porte Minos tambourine en s'inquiétant. Le bleuté se passe de l'eau sur le visage en renseignant qu'il va arriver. Une minute, il a besoin d'une minute pour se concentrer, reprendre le cours de ses pensées, maîtriser de nouveau son corps et son esprit. Après, ça ira mieux. Après…

Minos part préparer un déjeuner vite fait. Il n'aime pas cuisiner et cette chose est loin d'être dans ses préoccupations. En confectionnant une salade composée, ses pensées s'évadent sur Eaque. Ce n'est pas parce que Minos possède un caractère dur, tranchant limite acariâtre qu'il est dénué de sentiment. Non. Ce n'est pas un beau salaud. Au fond de lui il cache ce qu'il ressent sous ses couches et ses couches d'âpreté. Il est fier, oui. Hautain, parfaitement. Dédaigneux, vraisemblablement. Mais merde, après tout sa nature est telle qu'elle, personne ne l'obligera à changer ! Il aime Eaque, ça son compagnon le sait. Cela prouve qu'il est capable d'éprouver des sentiments et puis son amitié avec Rhad en donne une seconde preuve. Alraune, Valentine représente ses faiblesses… Bon, ne parlons pas de Rune.

Il enfourne son gratin savoyard dans le four pour une heure trente de cuisson. Et Albafica n'est toujours pas sorti de son repère… Pour une journée crapuleuse cela semble raté. A midi à peu près il descend enfin, il s'installe dans la cuisine pour manger en face de Minos sans un bruit. L'atmosphère n'est plus électrique mais cataclysmique !

A bout de nerf le golden boy jette ses couverts sur la table ce qui a pour effet un sursaut de la part de son homologue.

— Tu vas t'enfermer dans ton mutisme toute la journée ? Si c'était pour en arriver là, on aurait mieux fait d'aller skier avec les autres !

Albafica baisse la tête en ne répliquant rien. Décidément cela ne lui ressemble guère.

— Parle-moi bordel ! Tu fais chier Alba ! Il te faut quoi de plus ?

L'autre ne bouge pas d'un iota, ce qui a pour effet d'agacer profondément Minos, ses nerfs sont soumis à rude épreuve. Il se lève pour faire le tour de la table, au moment où il pose une main sur l'épaule du jeune homme, celui-ci se lève et colle une tarte monumentale sur la joue de Minos. Tout va très vite.

— Ne me touche pas ! crie le breton.

Dans l'incompréhension la plus totale, Minos empoigne son opposant par les bras et le secoue violement en hurlant également.

— Mais qu'est-ce qui ne tourne pas rond chez toi ? Tu vas m'expliquer à la fin ! Tu crois que tu es le seul à avoir des remords ? A te poser des questions ? Tu crois que c'est facile pour moi !? Merde Alba ! Nous en avons envie, nous avons failli franchir le pas plus d'une fois ! C'est le moment, c'est aujourd'hui, ne gâche pas tout !

— Lâche-moi ! Lâche-moi ! Lâche-moi ! Je ne veux pas non !

Albafica semble parti dans une crise d'hystérie en refoulant ses sentiments. Il n'admet pas l'aspect de sa personnalité qui le pousse à transgresser les interdits, pourtant ceci est véridique : il a envie de faire l'amour avec Minos point barre. Pour calmer son état de folie, l'argenté lui assène une gigantesque claque à son tour qui étourdi le breton. Cette méthode fonctionne puisqu'instantanément il se calme et porte sa main sur sa joue endolorie. Les larmes veulent percer ses iris, il renifle pour ne pas les laisser sortir. En colère, l'argenté met son repas à la poubelle et part prendre l'air sur la terrasse. Albafica range et nettoie les plats.

Son trouble le conduit sur une mauvaise pente, il ne contrôle plus ses actes. Le temps qu'il lave les assiettes il analyse la situation. Pour conclure qu'effectivement, même s'il s'empêche de céder à la tentation, son envie perdurera malheureusement. Ses nerfs seront grignotés par la frustration et sa relation avec Shion en pâtira d'une manière ou d'une autre. En rangeant le dernier couvert dans le tiroir, sa décision est prise. Il ne flanchera pas, il résistera à la tentation en cédant de tout son être. Il monte dans sa chambre, sous l'œil circonspect de l'argenté qui ne comprend plus rien. Deux secondes plus tard il entend en haut.

— Attends-moi j'arrive et prépare-toi !

Minos relève la tête abasourdi.

— Quoi ? Me préparer à quoi ?

— A me faire l'amour comme jamais de ta vie, parce que je compte bien m'évanouir dans tes bras comme tu me l'as promis.

Une porte claque. Minos se décompose d'anticipation.

oOoOo

Shion et Eaque sont partis comme convenu faire du ski en laissant leurs compagnons respectifs au chalet. Minos prétextant une mauvaise grippe accompagnée de fièvre est resté, sous la surveillance d'Albafica en bon infirmier dévoué. Que c'est pratique… Enfin seuls. Ils sont enfin seuls, que va-t-il se passer ? Ils le savent tous deux. Minos est installé dans le fauteuil tout près de la cheminée, un bouquin dans les mains, attendant patiemment que son nouvel amant n'arrive pour cueillir avec lui le fruit du péché.

Il ne peut s'empêcher de se faire des films dans sa tête, ils tournent en boucle sur des scènes plus que osées et cela l'excite. Terriblement, profondément. La fièvre commence à s'emparer de sa raison tandis qu'il surveille l'entrée du salon. Mais que fait-il ? Le désir naissant accélère la respiration de l'argenté, il s'emballe tout seul. Son entre-jambe lui fait mal, son érection est douloureuse. Sans rien faire, il ne peut déjà plus contenir ce qu'il ressent.

Le voilà, drapé dans un kimono en soie bleu nuit, sublime auréolé d'un halo sensuel, dévoilant ses jambes nues. Albafica dégage quelque chose de sexuel sans en avoir conscience, alors Minos s'enfonce dans son fauteuil en se léchant la lèvre supérieure. Il apprécie le spectacle dont il est l'invité d'honneur, et voit son promis s'avancer lentement une main posée sur l'encolure du vêtement. C'est une torture, sublime sévisse infligé par un être aussi doux. Au fur et à mesure que l'effronté avance, Minos tente de garder une contenance pour ne pas se jeter sauvagement sur lui. Ce dernier s'arrête juste devant le fauteuil, debout, fier, les yeux brunis par le désir. Somptueux, il damnerait un saint, d'ailleurs Minos se condamne et se perd pour lui en cet instant. Pour une simple étreinte de sa part, pour avoir le privilège de le posséder, lui, son corps et son satané orgueil. Il souhaite le faire crier sous lui. L'œil avide, Minos contemple l'objet de ses fantasmes depuis plus de trois mois, il n'en peut plus il est à bout. D'un mouvement vif, il l'attire tout contre lui d'un bras s'enroulant autour de ses hanches et le fait tomber sur lui. Albafica se rattrape et se cramponne à ses épaules, leurs visages ne sont qu'à quelques centimètres l'un de l'autre.

Les respirations comblent le vide. Minos a remonté sa main qu'il plaque contre la nuque d'Albafica et le tire vers lui. Ils se dévisagent pendant des secondes entières, n'osant pas s'emparer des lèvres de l'autre, cette attente a pour cause d'augmenter la température corporelle. De sa deuxième main, sournoisement, Minos remonte le kimono pour caresser la fesse dévoilée, sa peau est dotée d'une incroyable douceur, tellement plus que celle d'Eaque… Cela devrait être interdit de posséder une peau pareille. Sous le toucher le bleuté ne peut réprimer un gémissement, les notes commencent à s'échapper de sa gorge, musique voluptueuse au son cristallin. Minos répond à son tour à cet appel impudique. Albafica se décide à dénouer la ceinture pour libérer sa peau lactée, les pupilles de son partenaire se dilatent d'envie devant la vue dont il est témoin. La nudité de ce précieux jeune homme lui est enfin livrée. Livrée en pâture pour un boucher prêt à se vautrer dans la chair et les sécrétions. Minos réprime un spasme d'excitation, il ne faudrait pas s'emporter aussi rapidement. Il le cale contre son torse pour l'amener à lui, s'empare d'un de ses tétons dressés qu'il s'amuse à mordiller sans aucune délicatesse. Ses dents serrent ce bout de peau endolori, s'enfoncent dans cette chair tendre. Toujours avec ses incisives, il tire dessus comme s'il voulait l'emporter avec lui.

L'autre relève la tête en arrière pour gémir faiblement. L'argenté quitte cette fleur de chair pour poursuivre son traitement sur le torse blanc. Sa bouche demandeuse disperse des baisers ainsi que des sillons humides grâce à sa langue. Tout le corps d'Albafica est marqué par son emprunte.

Albafica aide son nouvel amant à se déshabiller, le pull vole par-dessus sa tête et s'échoue quelque part dans la pièce. A son tour il fond sur cette peau qui se révèle à lui pendant que son partenaire passe ses mains dans son dos. Ils apprennent brutalement à se caresser plus intimement, ils touchent la peau de l'autre totalement et non partiellement comme avant. Minos décale son prétendant et défait les boutons de son pantalon, il soulève son bassin pendant qu'Albafica l'aide à se soustraire de ce vêtement. Le caleçon prend le même chemin. Ils sont enfin nus, en se callant contre l'argenté, le breton ressent une multitude de frissons le parcourir. Des frissons de froid et de chaleur mêlés, son épiderme devient sensible, terriblement sensible comme si ses terminaisons nerveuses prenaient feu. Minos ressent les mêmes sensations, il se crispe en sentant le membre gorgé de désir de son partenaire se presser contre son bas ventre. Cette chaleur insoutenable l'affole.


La déraison les gagne, ils se vautrent l'un sur l'autre en s'embrassant frénétiquement. Les bouches se cherchent, résistent, capitulent, se trouvent. Pendant qu'il embrasse son amant, Albafica saisit les cheveux de Minos à la base de son crâne et tire dessus de toutes ses forces. Lui ondule lascivement sur la virilité dressée de l'argenté. Ses gestes ne sont pas doux, loin s'en faut. Il attaque cette colonne de chair de toute son agressivité. Minos s'abandonne à l'extase, ferme les yeux pour apprécier l'initiative de son nouveau partenaire. Les gémissements passent la barrière de ses lèvres en appelant son élu dans des râles au bord de l'agonie. Et Albafica se frotte inlassablement, toujours plus fort. D'un coup il glisse ses lèvres pour happer un téton. Il le titille avec ses dents sans le malmener pour autant, il détient l'art et la manière d'exciter son partenaire au maximum. Sa quête se poursuit sur les abdominaux marqués, sa langue en explore chaque contour avec délice. Minos bascule sa tête contre le dossier du canapé en s'agrippant aux coussins ou à l'accoudoir, il n'a plus aucune prise sur ce qui l'entoure.

Puis Albafica chute sur la hampe pulsante qui l'appelle silencieusement. Cette masculinité il en a rêvé maintes et maintes fois, inutile de se cacher la vérité. Il passe ses doigts sur ses lèvres, les humidifient en plantant ses orbes salis dans les ardoises sombres. Il dégage quelque chose d'atrocement pur et vicieux en même temps. Avant de sentir quoi que ce soit, l'argenté se crispe d'anticipation. La main de l'objet de sa convoitise se pose enfin sur lui. Il tressaille, sursaute. C'est bon, indescriptible. Doux et brutal à la fois. Albafica entame des mouvements de va-et-vient lents, de plus en plus rapides puis à nouveau lents. Il joue sur plusieurs gammes pour rendre fou son partenaire. Cela fonctionne à voir comme Minos se tortille de plaisir. D'ailleurs n'y tenant plus, il demande implicitement une caresse plus poussée en prenant la tête du bleuté dans sa main et l'abaisse sur sa stèle de chair. Le breton ferme les yeux en même temps qu'il débute sa carasse linguale, doucement il se poste devant l'attribut pour en découvrir le goût. Ce nouveau goût qui n'est pas le même que celui de Shion. Cette saveur de dominateur, de mâle pur et dur.

Sa langue joue sur l'extrémité pulsante, rien ne sert de précipiter les choses, autant prendre son temps et décupler les plaisirs offerts. Elle découvre la couronne ourlée pour descendre sur toute la longueur. Ses coups de langue se font plus précis, plus affamés aussi. Cette langue mutine remonte pour coulisser encore et encore, ne prenant jamais l'initiative d'approfondir la caresse. Minos se sent basculer de l'autre côté. Du côté de l'inconscience, son âme se dissocie de son corps pour le laisser aux mains de son partenaire expert en la matière… Au bout d'un moment, la bouche du bleuté se referme sur le sexe durci, il l'avale jusqu'à la garde en emprisonnant la base de l'étau de ses doigts. Ce qui a pour effet d'accentuer les sensations et de contrôler le plaisir de Minos. C'est Albafica qui commande les opérations. Son amant ne se libérera pas tant que monsieur ne l'aura pas décidé. Sa bouche accueille ce membre dans un fourreau chaud, et l'aspire pour augmenter l'impact produit. Les râles font place aux gémissements de plus en plus sonores. Les cris s'entremêlent ensemble pour exprimer la félicité qui s'empare de chaque homme.

Le norvégien se sent partir, il ne pourra plus se contenir bien longtemps. Cette bouche s'évertue à le torturer avec ravissement, encore et encore. Il n'arrêtera donc jamais ? Avant qu'il ne puisse assouvir son plaisir, Albafica presse la verge pour couper sa progression, le laissant frustré et douloureux. Ca fait mal. Et alors ? La douleur décuple le plaisir non ?

Le petit tortionnaire se met en position d'amazone et retrouve son mâle. Ils s'embrassent de nouveau intensément, cette fois-ci c'est Minos qui prend le dessus en écartant délicatement les fesses rondes de son amant. Son amant, cette fois-ci il peut l'affirmer, Albafica lui appartient. Tout du moins dans pas longtemps il ne fera qu'un avec cet homme fier. Ce dernier couine de satisfaction en prononçant des paroles coquines qui sonnent comme des promesses aux oreilles de l'argenté. Un doigt s'aventure dans l'intimité méconnue d'Albafica, ce qui le laisse pantelant. Il s'agrippe aux épaules voisines en y plantant ses ongles pour se raccrocher à quelque chose de concret. La bouche vient prendre possession de cette même épaule en y incrustant la marque de ses dents. Minos n'y va pas tendrement. Au contraire, son approche est rude mais c'est bien ce qu'il voulait non ? Etre apprivoisé dans la douleur. Avoir mal pour être bien… Alors il se tait et consent à se donner un peu plus à cet homme qui le renverse, qui le dompte.

Le bleuté tend son bassin pour accentuer le plaisir ressenti, maintenant un deuxième doigt rejoint le premier. Ils bougent ensemble dans son corps.

Pendant qu'il s'égosille à implorer le prénom défendu, l'argenté enlève ses doigts pour cambrer ses hanches, le moment arrive. Le moment du non-retour. De toute façon ils sont déjà bien perdus, alors autant aller jusqu'au bout… Qui pourra les stopper ? Certainement pas la raison qui les a fuis depuis bien longtemps.

Les mains du norvégien s'accrochent aux hanches de son amant pour l'amener plus près de lui. Albafica se cambre, passe sa main derrière lui pour guider le sexe de Minos. Lentement il s'empale sur lui. Il bascule sa tête en arrière, dans un mouvement aérien ses cheveux cyans se replacent derrière son dos. Le tableau dont Minos est le témoin le renverse, ce jeune homme qui ondule sur lui est tout simplement sublime nappé dans sa vertu bafouée. Il l'admire mais en même temps l'avilit, cette dualité lui plait. Enormément. Que de paroxysme chez Albafica. Il souffle, halète, crie son plaisir, prend son plaisir toujours plus intensément. Maintenant ils ne forment plus qu'un tout, un être, un corps pour le temps que cela durera.

Minos cogne de plus en plus fort pour extirper des cris à son amant, il veut le voir sombrer dans la luxure grâce à lui. Depuis le temps qu'il le désire, cet instant ne sera pas gâcher par quoi que ce soit.

Ses mains se referment sur ses hanches, elles remontent à la naissance de sa chute de rein pour soutenir le corps de son amant. Albafica reprend ses esprits et se love contre la poitrine de l'argenté. Ils reprennent leurs baisers langoureux tout en continuant leur danse indécente. L'infirmier ne ressent plus aucune douleur, seulement un plaisir grandissant. Il naît et croît dans le berceau de ses reins pour se répandre dans son être entièrement. Il se donne totalement à Minos, volontairement, sans frein. Cette hampe le transperce littéralement mais lui, cherche plus de sensation dans des mouvements amples pour se souder toujours plus à son amant. Il veut le sentir en lui, lui et rien que lui.

Les corps deviennent moites, transpirants mais qu'importe la quête du plaisir reprend ses droits. Ils changent de position, Minos allonge son soupirant sur le canapé et s'étend sur lui. Il prend l'ascendant sur leurs ébats. Férocement, il le prend encore et encore jusqu'à ce que le bleuté abdique en l'implorant. Ses va-et-vient se font plus avides, plus crus, la tendresse n'existe plus. Seul réside la bestialité, l'animalité retrouvée. Albafica est magnifique transporté dans sa jouissance, il ressemble à une petite princesse… Ou bien à une putain. Princesse ou putain, Minos hésite entre ces deux termes, alors il sera sa petite princesse-putain, madone intouchable qu'il s'est évertué à souiller odieusement de toute sa personne. La jouissance arrive, Albafica s'abandonne dans un dernier geignement qui l'emporte dans un soubresaut tandis que son partenaire continue ses assauts. Il ne se lasse pas de contempler ce visage de maître détendu par l'orgasme. A son tour il s'épanche dans le corps chaud du bleuté en râlant son prénom tel une doléance pieuse. A bout de force il s'effondre sur le corps inerte de son amant, son bien-aimé.

Ils l'ont fait. Ils ont sauté le pas, un retour en arrière reste impossible. Leurs vies changeront du tout au tout, qu'ils le veuillent ou non.

oOoOo

Ils ont fait l'amour le restant de l'après-midi en enchaînant les endroits insolites. Sur la table de la salle à manger, dans la chambre de Minos, dans la salle de bain, partout ils se sont donnés l'un à l'autre dans le chalet. Chaque pièce s'est vue baptisée de leur nouvelle relation.

A leur retour Eaque et Shion retrouvent leurs compagnons respectifs dans le salon, Minos allongé sur le canapé un plaid le couvrant et Albafica regardant une quelconque émission en buvant un cappuccino bien chaud.

Eaque se précipite au chevet de son chaton.

— Ca va mieux ? Ta fièvre a baissé ?

— Oui il a eu un fébricule mais là c'est redescendu, apprend l'infirmier.

— Merci Alba d'être resté avec Minos, je me suis inquiété toute la journée. Pas vrai Shion ?

Ce dernier acquiesce d'un mouvement de tête.

— Oui il m'a tanné toute la journée pour que l'on rentre plus tôt. Mais je l'ai rassuré en lui confirmant que son cher amour était entre de bonnes mains…

S'il savait le pauvre…

— Vous avez bien fait de profiter des pistes… Tu sais mon cœur, Alba est un bon infirmier il a été patient avec moi, surenchère Minos.

Effectivement il a fait preuve d'une patience inouïe, surtout en ce qui concerne l'apprentissage de l'anatomie…

Pour décharger Albafica, son doudou se désigne chef cuisinier en titre pour le reposer. Il engage Eaque comme commis, il ne sait pas dans quoi il s'engage. Minos et Albafica se regardent en toute connivence, partageant un lourd secret dorénavant. Secret qui ne semble pas les attrister plus que ça vu les œillades que Minos envoie à son amant adultérin.

La soirée se passe sans encombre, au moment de se coucher dans leur chambre conjugale, le bleuté examine son compagnon sous toutes les coutures. Quelque chose a changé mais en lui, Shion reste égal à lui-même. Dans un élan de passion – ou de remords allez savoir – il se jette sur son mout-mout adoré pour le couvrir de baisers. Sa fièvre n'est peut être pas retombée. Il a envie de Shion tout simplement, alors il s'engage sur un chemin qu'il connaît bien. Ou se convainc-t-il que son amour subsiste aussi fort qu'au premier jour ?

Dans la chambre d'à côté Eaque entame des préliminaires, fatigué de ses étreintes à répétition, le golden boy se force à satisfaire son cœur d'amour. Il essaie de rattraper le désir perdu, il ne faudrait pas que son compagnon ne se doute de quelque chose. Pendant que le brun lui dévore l'oreille en répétant « prends-moi, prends-moi » il ferme sa vision à son nouvel amant qui doit batifoler dans les bras du maître de Ju-jitsu. Bon an mal an il arrive à se surpasser pour contenter le jeune gourmand.


Le dernier jour donc samedi, les jeunes gens profitent une dernière fois des pistes. Ils repartent en début de soirée. Heureusement, les préparatifs du départ empêchent de trop cogiter mais la cohabitation à quatre se révèle des plus difficiles… Surtout lorsque l'on porte en soi le poids de la culpabilité. C'est sûr que d'affronter son reflet dans le miroir devient plus dur tout à coup.

Etonnement Albafica se radoucit avec tout le monde, y compris son compagnon, il met tout en œuvre pour le satisfaire et est aux petits soins avec lui. Là ses caprices, il les range dans un petit mouchoir. Minos passe toutes les lubies qu'Eaque suggère, il lui concède tout. Madame honte s'inviterait-elle pour la fin du séjour ? Fort probable.

Après avoir déjeuné au chalet ils partent se promener une dernière fois dans la ville et aux alentours. Le cadre demeure magnifique, mais aujourd'hui le soleil pâle se voile par des nuages gris annonçant un changement de temps. La neige devient presque ivoire sous la lumière blême du jour. Les aiguilles des sapins ne brillent plus comme en début de semaine, les joyaux verts n'existent plus, à la place les épines se parsèment d'un vert profond, sombre. L'aspect du paysage est mélancolique tout comme les cœurs de nos deux héros en proie aux regrets.

Ils rangent les bagages dans le coffre du 4x4 vers dix sept heures pour une longue, longue route emmurée dans un silence pesant. Ce trajet ne s'annonce pas aussi insouciant que l'allée. Curieusement le retour passe plus vite, Albafica prend le relais en se concentrant sur la route tandis que Minos dort. Puis inversement, il se repose quand Minos conduit. Eaque et Shion parlent de tout et de rien derrière eux, leurs voix se traduisent dans un murmure lointain. Nos deux fautifs restes seuls dans leurs mondes dévastés. En une journée ils ont tout perdus, quoi qu'ils en disent, et eux ne se décrochent pas un mot.

Comment se passera le retour sur Paris ? Entretiendront-ils leur liaison adultérine ? Tiendront-ils sous le poids de la contrition ?


Note :

(1) je l'ai inventé, je n'ai aucune idée de ce qu'à fait JR par le passé, tout comme le bar est une pure invention.