Chapitre "bonus",

(qui sort de ce qui ressemble à la trame principale de la fic
(Où on apprend par la même occasion que la fic à une trame principale))

J'avais écris, il y a quelques années, un petit OS, sans prétention, qui se passe un peu dans le même UA que Shari Vari, mais pas la même histoire. Mais que, faute d'intérêt, j'ai rapidement abandonné.

Dernièrement, comme j'avais un peu de temps à tuer à la BU, j'ai rouvert quelques vieilles fics commencées mais jamais finies et j'ai donc retrouvé ça. Je voulais simplement le peaufiner pour voir si je pouvais en faire un OS et pourquoi pas le poster sur le site, mais je me suis rendue compte que, de une, c'était beaucoup trop proche de Shari et, de deux, pas si intéressant que ça.
Du coup, je me suis amusée à le réécrire dans le contexte Shari (parce que la première fois que je l'avais écrit, ce truc, Shari était encore à l'état d'embryon, je ne pense même pas que j'avais commencé à vraiment écrire dessus).

Donc voilà.
Ce chapitre ne suit donc pas la trame principale de l'histoire, disons que c'est une petite parenthèse qui se passe quelques années avant les événements de Shari. Et il y aura quelques incohérences par apport à cette fic aussi, vu que je ne l'ai pas entièrement remixer (ici, Gandalf, Radagast et Saroumane sont profs de fac, tous les hobbits suivent le même cursus et la différence d'âge entre Eomer et Merry est moins grande, par exemple)

C'est pas très règlementaire, je sais, mais je me dis que dans Shari Vari, tout est permis !

oOo

— Histoire et civilisation du deuxième âge de 14h à 16h30 le mercredi ? Mais ils se foutent de qui ? Personne n'a cours le mercredi après-midi !
— Avec Saroumane en plus, si on sèche, on est mort…

Un petit brouhaha s'élevait de la masse des étudiants de licence 1 attroupée devant le panneau d'affichage et le nouvel emploi du temps du deuxième semestre qui y était accroché. La petite bonne femme au faciès de grenouille que tout le monde appelait « la dame de l'accueil », faute de connaître son véritable nom, punaisa le dernier coin avant de se frayer un passage en bousculant les jeunes gens qui pleurnichaient et elle maugréa suffisamment clairement pour être entendu :

— C'est une matière obligatoire pour vous, les étudiants de FLHAA, mais il s'agit aussi d'une option pour d'autres cursus, c'est pour cela que l'administration l'a mise sur ce créneau, pour que tous puissent la suivre sans avoir à dupliquer ce cours. Et poussez-vous, nom d'un chien ! Ôtez-vous de mon chemin !

Adossé à un pilier de marbre de l'imposant bâtiment qu'était la faculté de sciences humaines d'Osgiliath, les bras croisés sur sa poitrine, dégouté mais silencieux, Merry observait sans un mot Pippin et Frodon qui se lamentaient à propos du cours de combat gondorien qu'ils ne pourraient plus suivre, maintenant que leur mercredi après-midi était occupée par cette « Saleté de matière de merde qui ne finira jamais de nous pourrir la vie ».

Il était 7h48, le lundi 10 janvier.
Le deuxième semestre commençait déjà sur les chapeaux de roue.

oOo

A 13h45, le mercredi 12 janvier, les cinquante-trois étudiants en première année de la FLHAA (filière de la littérature et l'histoire des âges anciens) prenaient leur place dans l'amphithéâtre en grommelant, se mêlant à plusieurs dizaines d'autres élèves originaires de cursus différents qui suivaient cette matière en option.

— Wow, bonjour l'ambiance, pourquoi y a autant de gamins ici ? Etes-vous certains que nous sommes dans la bonne salle ?
— Oui. C'est un tronc commun, il y a plusieurs filières de plusieurs années différentes, licences ou masters.
— Ha, je suppose donc que là, on n'est pas au cours de sciences sociales…
— Non. Boromir, c'est l'UE d'ouverture, là. L'option. Tu t'es encore trompé en recopiant ton emploi du temps ?
— Laisse tomber, Aragorn, il n'est même pas au courant qu'on vient de changer de semestre et qu'on a un nouvel emploi du temps…

Le grand blond resta un instant indécis, observant les étudiants qui s'installaient dans l'amphi, sans répondre à Eomer qui haussa les épaules avant de descendre les marches en soupirant. Aragorn s'arrêta à côté du gondorien en lui pressant l'épaule d'un air satisfait :

— Si tu te demandes ce qu'on fout là, rappelle toi que c'est la condition que nous avait posée Gandalf pour nous donner les points sur l'investissement personnel… Si on a des bonnes notes ici, ce seront des points bonus pour notre dossier de maintenance…
— Je ne me souviens pas m'être inscrit à une option…
— C'est normal, c'est moi qui vous y ai inscrit, Eomer et toi, je savais que vous alliez oublier de le faire…

A son tour, Aragorn passa à côté de Boromir et rejoignit Eomer qui s'était installé légèrement en hauteur, contre un mur, et qui écrivait rapidement un SMS, la mine aussi sombre que celle des autres élèves. Personne ici, à part Aragorn, ne semblait vraiment ravi de se trouver-là à cette heure-là.
Le gondorien observa une dernière fois l'amphithéâtre, se retenant de faire demi-tour sur le champs pour fuir avec panache cette nouvelle hérésie, lui qui aurait préféré passer son mercredi après-midi ailleurs et partout, mais pas ici. Toutefois, il se reprit et s'approcha de ses amis en maugréant qu'il n'avait même pas pris de quoi écrire, avant de se poser une question primordiale :

— Au fait, c'est quoi, comme option ?
— Aucune idée, j'ai pris celle-là pour le créneau. Je me suis dit que, comme ça, on serait certain de ne pas avoir un autre cours dessus.

Eomer et Boromir levèrent tous les deux leur regard vers Aragorn.

Un regard qui en disait long sur ce qu'ils pensaient des initiatives foireuses de ce fayot de dunedain et de ses idées pourries de choisir un créneau dégagé, plutôt qu'un où ils étaient certains d'avoir déjà un cours obligatoire dessus, qui leur aurait permis de demander une dérogation pour ne pas avoir à assister à l'option et en être ainsi dispensé, comme l'avait fait la totalité de leurs camarades de Master. Sur les quatre-vingt quinze élèves, seuls ces trois glandus se retrouvaient à suivre une matière d'ouverture. Galère.

Et si l'attention de Boromir fut attirée par Saroumane, qui pénétra dans la salle en saluant les étudiants -si un « Vos gueules, je vous prie.» était considérable comme une salutation- Eomer, lui, accrocha sans le vouloir un visage angélique sous une tignasse de bouclettes châtain.
Et, soudain, sa participation à ce cours de merde pris tout son sens lorsqu'il reconnu cet abominable petit cavalier que Théodred lui avait confié l'été dernier. Et cette vérole ne semblait pas plus sage dans un amphi que dans un manège…

Trois rangées plus bas, installé du côté du mur opposé avec ses amis, tous hobbits, -surnom donné aux personnes originaires de la Comté- comme le clamaient leurs joues glabres, leur taille plus petite que la moyenne et leurs cheveux bouclés, Merry venait de faire rire Rosie. Il lui avait raconté la manière dont Pippin s'était pris un beignet abricot dans la figure ce midi-même, la dernière fois qu'il avait vu Diamond de Long-Cleeve, l'étudiante en première année de sciences botaniques qu'il aimait autant qu'elle le haïssait, ou vice et versa, ça dépendait des jours.

L'arrivé du prof avait beau avoir amené un air plus sérieux à son visage lumineux, mais Eomer ne manqua pas les discrètes fossettes qui marquaient encore ses joues, son sourire n'ayant pas déserté complètement son visage, et il ne put s'empêcher de lever les yeux au ciel.
Trois minutes lui avaient suffi pour le conforter sur ce qu'il pensait de ce mec que, jusqu'à maintenant, il ne connaissait que via les séances d'équitation que chacun subissait depuis six mois : Un petit BG dans le genre malpoli, mais pas trop non plus, à la limite de l'insolence dans sa nonchalance, mais qui possédait tout de même une certaine classe dans la manière de se tenir, droit et élégant. Craquant, vraiment. Et il cachait bien son jeu, ce petit impertinent.
A le voir ainsi, personne ne pouvait deviner quel amant gourmand et impatient il était…

Retenant un soupir, Eomer préféra s'intéresser au cours, maudissant intérieurement Aragorn et ses initiatives si foireuses. Ce petit hobbit, il l'appréciait tant qu'ils partageaient ces étreintes enfiévrées avant ou après les séances d'équitation, qui, elles, étaient, en soi, un véritable supplice… Quoique… Il voulait bien avouer qu'il commençait à apprécier ces cours particuliers, surtout que Merry s'était largement assagi, faisait des beaux progrès, et pas seulement en équitation, et qu'il acceptait maintenant de fermer sa gueule quand il le lui demandait et de ne pas contester chacune de ses consignes.

Mais se retrouver à suivre la même option que son élève, qui était un peu plus que son élève, ne le mettait pas dans une position confortable et il se demanda s'il était possible de demander une dérogation, pour une raison ou pour une autre, afin de ne pas avoir à croiser Merry trop régulièrement.

Quoique… Peut-être que, au contraire, il gagnerait à le voir plus souvent, finalement…
Suivant le cours distraitement, l'attention d'Eomer revenait parfois sur le plus petit et il releva la manière dont ses mains caressait la bordure de ses feuilles, pianotaient sur sa tablette, ou bien l'adresse de ses doigts qui jouaient de temps à temps à faire tournoyer son stylo, qu'il amenait parfois à ses lèvres pour en mâchouiller l'extrémité.
S'il ne couchait pas déjà avec lui et ne le connaissait pas, il se dit qu'il aurait certainement tenté sa chance dans ce contexte-là aussi.

Les choses auraient, d'ailleurs, peut-être été plus faciles ainsi. Ou plus difficiles, parce qu'il lui aurait fallu un sacré bon prétexte pour l'aborder et personne n'ignoraient que les hobbits étaient réputés pour leur inaccessibilité pour les autres races et, surtout, ceux qui partageaient le même sexe. Il avait eu la chance, pendant l'été, de se retrouver en tête à tête avec lui minimum une heure par jour, ce qui s'était avéré particulièrement concluant.

Son petit groupe d'ami était plutôt dispersé dans le genre, sans être vraiment irrespectueux. Sans surprise, Merry, en particulier, se détournait très souvent du cours pour chuchoter avec son voisin, quand ce n'était pas son voisin qui l'interpellait, et le prof les reprit plus d'une fois pour bavardage.

Saroumane alla même jusqu'à jeter une craie excédée sur l'un d'entre eux, petit brun à la peau opaline et aux yeux trop bleus, qui lui envoya en retour un regard d'une innocence bafouée, comme s'il était surpris d'être la cible de tant de haine.

oOo

— Moi, j'en connais un qui a kiffé l'option !
— Boromir, ta gueule.
— Allez, mon grand… Ca faisait longtemps qu'on n'avait pas vu ce regard…

Eomer tiqua d'agacement et porta son verre à ses lèvres pour ne pas avoir à répondre à Aragorn et Boromir, qui le sondaient tous les deux avec un sourire en coin parfaitement exécrable. Ces cons-là, ils étaient fins observateurs, mais, (mal) heureusement, n'avaient aucun esprit de déduction, ce qui arrangeait le cavalier qui n'avait pas envie de leur parler de Merry.

Il était environ 18h et la nuit d'hiver était déjà tombée. Les trois étudiants en master étaient attablés autour d'une table ronde de noyer, dans un bar tenu à la mode de Dunarhow, dont l'atmosphère était réchauffée par plusieurs petits brasiers installés aux quatre coins de la grande salle.

— Pas la peine de nier, Eomer, il y en a un, de ce petit groupe d'écervelés, qui t'a tapé dans l'œil et pas qu'un peu...
— Peut-être bien…

Amusé de voir ces maitres du ragot toucher du doigt ce qu'ils considèreraient certainement comme la révélation du siècle, Eomer n'en dit pas plus et Boromir gloussa comme une écolière, tandis qu'Aragorn haussa pensivement un sourcil :

— Finalement, c'est plutôt cool, d'être bi… Deux fois plus de choix…

Encore, Eomer garda le silence. Il ne savait pas comment ces deux-là s'étaient mis en tête qu'il était bi, parce qu'il ne leur avait jamais parlé d'une quelconque orientation sexuelle et, jusqu'à maintenant, il n'était sorti, officiellement, qu'avec des filles. Mais les pensées de ses amis passaient par des voies impénétrables et imprévisibles dans leur genre. Leurs déductions n'engageaient, donc, qu'eux, même si, parfois, ils visaient juste sans le faire exprès et sans s'en rendre compte.

— C'est juste chiant quand c'est toi qui sors avec un bi… Deux fois plus de risques de te le faire tirer… J'en connais une qui va avoir du souci à se faire.
— Je te répète qu'il n'y a rien entre Fréa et moi, Boromir.

Lautre se contenta de lui sourire. Ce genre de sourire qui lui donnait envie d'attraper sa nuque pour lui claquer le visage contre la table de bois. Impatient, le cavalier soupira, avant de lancer une pique mesquine pour se soulager de l'agacement qu'il sentait monter en lui :

— Au fait, vous savez que Mina est venue me voir pour me demander, à propos de vous deux ? J'ai répondu oui, j'ai bien fait ?
— Sur quoi ?
— Presque rien, une formalité : c'était un sondage. C'est elle qui s'occupe du magasine de la fac, vous savez ? Apparemment vous avez votre chance pour être sacré le couple le plus glamour de l'année, elle est en train de faire la liste…

Eomer ne reçut aucune réponse : L'annonce bloqua Aragorn dans la position exacte dans laquelle il était resté en entendant le blond, sa main portant son verre levée à mis hauteur, n'osant regarder en direction de Boromir qui, de son côté, était occupé à décéder d'asphyxie après avoir bu la tasse dans sa chope de bière.

C'était petit et mesquin, mais ça faisait un bien fou.

Dans la mesure où Eomer était l'un des fondateurs de la rumeur la plus tenace de la fac de sciences sociales, celle qui concernait la relation entre ses deux meilleurs amis, il ne se sentait même pas désolé pour eux lorsque s'installait cet étrange malaise suite à l'évocation de leur couple qui n'en était pas un.
Les pauvres en étaient réduits, depuis que ça avait commencé, à s'appliquer si précautionneusement de ne jamais laisser entendre quoique ce soit entre eux, qu'ils ne parvenaient qu'à affirmer le contraire sans jamais le faire exprès. Si bien que tous leurs camarades étaient maintenant réellement persuadés qu'ils étaient en couple et, de tout le campus, Boromir et Aragorn étaient peut-être les seuls à en douter.

oOo

— Grouille, Pippin, on va être en retard !
— On est déjà en retard…
— Non, Saroumane arrive toujours cinq minutes après…

Tout en parlant, Merry donna un coup d'épaule dans la porte de l'amphi, la maintenant ensuite poliment pour laisser Pippin passer, et, soulagés de voir que, effectivement, le professeur n'était pas encore arrivé alors que 14h était passée, les deux cousins descendirent les marches de la salle en échangeant un sourire complice.

Mais, passant à côté d'un trio d'étudiants en master, Merry manqua de s'effondrer lorsqu'il croisa le regard de son prof d'équitation, qui poussa l'audace jusqu'à lui envoyer un clin d'œil. Il ressentit sur le coup un sentiment bizarre, entre le blizzard givré et l'éruption volcanique, mais il se détourna brusquement pour rejoindre sa place habituelle, à côté de Sam, qui lui demanda la raison de leur retard.

Pas attentif, Merry oublia de lui répondre et, intrigué, il se retourna légèrement en se demandant s'il était maudit.

Il savait qu'Eomer était à la fac lui aussi. Qu'avant d'être moniteur et cavalier, il était surtout étudiant en master à la même université que lui et il l'avait déjà croisé dans les couloirs au semestre dernier. Simplement croisé. Il n'avait jamais essayé de l'aborder dans ce contexte, faut de savoir quoi lui dire ou comment agir envers lui. Les séances d'équitations lui convenaient.

Et puis à aucun moment il n'avait imaginé avoir à partager le même cours, c'était trop… Trop. Si encore il n'y avait aucune ambiguïté entre eux et qu'ils s'étaient contentés d'une relation normale maître/élève, peut-être Merry n'y aurait vu aucun problème.
Mais ça n'était pas le cas. On ne pouvait même pas dire qu'ils avaient une relation, les choses étaient simplement… Comme ça, entre eux. Rien de clair ou de tangible.

Il tenta un rapide regard par dessus son épaule, mais son blond discutait maintenant avec un grand brun, dont le profil noble clamait son appartenance au peuple des dunedains. En se détournant, Merry accrocha le regard du deuxième blond du groupe, qui lui lança un sourire étrange, achevant de déstabiliser le plus jeune.
Faisant mine de s'intéresser soudainement à sa tablette, il ne vit pas Boromir tirer sur la manche d'Aragorn pour le montrer discrètement du doigt en chuchotant rapidement.

Toutefois, le cours commença immédiatement et Merry pensa rapidement à autre chose, et, se souvenant de la question de Sam, il se pencha à l'oreille pour chuchoter malicieusement :

— Pippin voulait filer un mot à Diamond avant qu'elle ne parte, vu qu'on est les seuls à avoir cours le mercredi aprèm…
— Ha oui, c'est vrai qu'ils entretiennent une relation épistolaire effrénée ces deux là… C'était quoi, lettre d'amour ou autre ?
— De ce que j'ai vu, il l'adressé à l'attention de « La harpie vilaine et malfaisante ». J'en conclu qu'il ne lui a pas glissé que des mots doux.
— Et elle a réagi com-
— Monsieur Samsagace Gamegie, auriez vous une remarque à faire partager à vos camarades de classe ?

Coupé par Saroumane, Sam bredouilla une excuse piteuse sous le sourire narquois de Merry. Sourire qui se fana lorsque la haine et l'attention de Saroumane se portèrent sur lui :

— Et je suppose donc qu'il en va de même pour votre charmant voisin… Monsieur Brandebouc, j'espère que votre discussion concernait le cours, que vous suivez assidument, bien entendu…

Ils connaissaient ce ton là. Saroumane les exécrait autant qu'il s'adorait. Si Merry avouait maintenant qu'il ne suivait pas le cours, ils étaient bons pour la potence. Il déglutit rapidement, et lança un bref et discret regard implorant à Rosie, Pippin et Frodon, assis sur le banc juste en dessous du sien.

Ses trois amis, toujours prêts à rendre service, écrivirent chacun en gros le sujet du jour sur leur feuille afin de lui montrer et, bien entendu, aucun ne concordait. Pour Frodon, il s'agissait de l'introduction de la geste de Beren et Luthien, Pippin avait simplement écrit : « Silmarillon. LOL. » et Rosie affirmait qu'il s'agissait du premier chapitre de la légende des enfants de Hùrin.
Dans le doute, Merry préféra croire celle dont les notes étaient les plus hautes et il inspira avant de répondre d'une voix assurée :

— Je trouve simplement que l'histoire de Turin et Niënor est plutôt glauque…
— Pas aussi glauque que la prochaine note que je vais vous mettre, vous pouvez me croire, Mériadoc…

Le plus jeune écarquilla les yeux, conscient que Saroumane, qui dispensait une grande majorité des cours qu'ils suivaient, des matières qui portaient chacune de gros coefficients, était parfaitement capable de saquer proprement sa prochaine copie.
Il jugea donc bon de faire en sorte de ne plus se faire remarquer, du moins pour cette séance, pas même pour intervenir dans la conversation que prirent Frodon et Pippin en chuchotant :

— A ce point, c'est de l'acharnement…
— Je suis sûr que Saroumane est raciste des Hobbits…

— Il est raciste de tout le monde, sauf de lui…
— Il a tout de même une dent contre nous en particulier.

De son côté, Merry chiffonnait rageusement l'une de ses feuilles pour expulser son exaspération. Saroumane, plongé dans son cours, ne s'occupait plus d'eux, pourtant, il n'osait pas encore vraiment moufter et il grinçait des dents en silence. Discrètement, ressentant sa colère, Rosie se tourna vers lui en lui envoyant un sourire rassurant :

— T'inquiètes Merry, de toute manière, toutes les copies sont anonymes que veux-tu qu'il te fasse ?
— Tu penses vraiment que c'est un truc du genre qui va le freiner si il veut vraiment me pourrir l'année ?
— Tu n'es pas le seul à être dans son collimateur, on est tous au même point.
— Oui… Sauf que toi, tu ne vas pas te faire massacrer par tes parents si jamais tu n'as pas de mention ou pire…
— Oula… Tu ne connais pas ma mère… Vu ce qu'elle a investi pour que je puisse faire mes études à Osgiliath, elle ne tolèrera pas que je n'ai mes examens que de justesse… L'honneur de la famille est en jeu, tu vois…
— Galère.

Rosie confirma en soupirant, puis elle se retourna vers le tableau pour suivre le cours que Merry n'écouta pas, il préféra terminer de réduire consciencieusement sa feuille en charpie et tâchant ne pas penser à son odieux moniteur qui devait très certainement rire de lui.

oOo

— Je comprends rien à ce cours… D'abord il parle de Turin, et après, il parle de Turambar…
— Normal, le mec avait plusieurs noms…
— C'est chiant… Elle est relou, cette matière ! C'est quoi le principe d'étudier une histoire vieille de je sais pas combien de milliers d'années !?
— Pense aux points, Boromir, pense aux points…

La voix douce d'Aragorn qui fumait sereinement ne calma pas Boromir qui shoota dans un gravier gelé avant de venir s'asseoir sur le banc en ruminant.

— Il pourrait au moins nous donner un lexique, un guide ou je ne sais quoi…
— J'ai l'impression que les premières années ont toutes les bases de ce cours et ont déjà lu le livre en entier, ils n'ont aucun mal à comprendre. En plus, les FLHAA étudient aussi le Sindarin, donc ils ne se font pas chier avec les dictionnaires de langue pour lire les noms que le prof ne se donne même pas la peine de nous traduire…
— Ouais… Je vois… Quand est-ce que tu admettras enfin qu'on s'est fait couillonner avec cette matière ?

Détaché de la dispute de ses deux amis, Eomer se roulait distraitement une cigarette en attendant que la pause se termine. Leur chance, dans tout ça, c'était que le prof était, comme beaucoup, un fumeur addictif et il n'était pas capable d'enchainer les deux heures trente.
En bon prof de fac, Saroumane avait besoin de sa pause clope-café tous les trois-quarts d'heure au moins, qu'il prenait à l'intérieur avec l'autre fou, Gandalf, et, à eux deux, ils martyrisaient tous ceux qui osaient leur rappeler que les locaux étaient non fumeur.

Vu le froid qui sévissait à l'extérieur, seuls les braves, où les plus addicts, trainaient hors des bâtiments, et, si aucun des trois n'était vraiment accros, il n'en restait pas moins qu'ils avaient besoin de prendre l'air pour penser à autre chose. Mais ils n'étaient pas les seuls et plusieurs groupes d'étudiants se les pelaient en s'accrochant désespérément à leur cigarette, tirant de longues bouffées en claquant des dents.

Le froid engourdissant ses doigts, Eomer abandonna l'idée de se faire une roulée correcte et, découragé, il s'adossa contre le banc en plongeant ses main dans les poches et écoutant d'une oreille distraite Aragorn et Boromir qui se chamaillaient au sujet de toutes les initiatives foireuses du Dunedain, dont la dernière en date : la brillante idée qu'il avait eu de courtiser –plus ou moins lourdement- la fille d'un haut noble de Fondcombe, qu'il avait croisé durant ses vacances en Lothlorien et qui avait bien manquer de lui trancher la tête avec ses ongles.

Il avisa du coin de l'œil Merry et Pippin, posés un peu plus loin, qui s'amusaient à faire des ronds de fumée dans l'air glacé et il ne put s'empêcher de regarder de quelle manière la gorge blanche de son amant se dévoilait, frémissant en se souvenant que, justement, une séance avec lui était prévue le soir-même, après les cours. Le plus jeune capta son regard et, après une brève hésitation à peine perceptible, lui envoya discrètement une moue aguichante suivie d'un baiser volage semblant, lui aussi, penser à la même chose.

— Pourquoi tu ne vas pas lui parler, plutôt que le mater comme un pervers ? Je crois que t'as une chance avec celui-là.
— Arrête de dire des conneries, je ne suis pas intéressé.

Retenant un sourire, Eomer parla sur le ton de la conversation comme s'il assenait une évidence, s'amusant de voir Boromir tenter de lui donner des conseils pour le caser avec un mec qu'il ne connaissait que trop bien, et ce dernier insista sans se douter de rien :

— C'est toi qui racontes des conneries… Non mais en plus, tu as raison, il est plutôt mignon celui-là. Si on aime bien le genre…
— Pardon ?

Perdu dans ses pensées, Aragorn revint à la réalité en entendant la dernière phrase de Boromir, et le gondorien ressentit soudainement le besoin de se justifier, sans même voir le regard soudain menaçant que le rohirim lui avait envoyé :

— « Si on aime bien le genre », j'ai dit.
— Non mais je ne juge pas, tu peux aimer ce que tu veux…
— J'ai dit que c'est pas mon genre, alors fais pas chier !
— Depuis quand tu as un genre, toi ?
— Putain, vous êtes relous !

Piqué par la dernière remarque narquoise d'Eomer et le rire moqueur de ses deux amis, Boromir se leva en fourrant les mains dans les poches. Toutefois, le rohirim se glaça lorsque que le gondorien, après avoir fait quelques mètres vers les bâtiments, changea d'avis et décida de s'approcher des hobbits qui fumaient de leur côté, pour les apostropher nonchalamment :

— Hey, les gars, vous n'auriez pas du feu, s'il vous plait ?

Pippin acquiesça et il commença à chercher dans sa veste, mais Merry avait encore son briquet en main et il le tendit à Boromir qui sortait son paquet de cigarette en remarquant sur le ton de la conversation :

— Saroumane ne vous a pas vraiment à la bonne…
— Tu trouves toi aussi ?

La question posée innocemment par Pippin déconcerta un peu Boromir qui répondit d'un haussement de sourcil tout en allumant sa clope.

— C'est flagrant, oui. Vous avez fait quoi pour ça ? D'habitude, il est plutôt cool avec ceux qui ne risquent pas de freiner son ambition...
— Ho, je sais pas… Peut-être cette histoire avec Sylvebarde ou bien le coup du Palentir… Deux ou trois petits trucs comme ça… Mais c'était pas méchant, n'est-ce pas Merry ?

Encore énervé contre la dernière remarque de Saroumane, Merry acquiesça distraitement. Puis, intrigué par l'intérêt que leur montrait Boromir, il lança un bref et discret regard à Eomer, assis plus loin et qui haussa simplement les épaules, tandis que le gondorien, aussi serviable que naïf, notait scrupuleusement la première information vraiment importante : le nom du jeune homme sur qui son pote avait craqué.
Conscient que, justement, ce dernier était certainement occupé à le fusiller du regard, il expulsa doucement la fumée de ses poumons avant de reprendre la parole à l'intention de Merry :

— Je vois… Et pourquoi tu as affirmé que l'histoire des deux tartempions est glauque ? Il s'agit encore d'une romance qui fini mal ? Pardon, mais je n'ai pas lu le livre encore et je pige que dalle. On est en science po, alors la littérature ancienne ou des sujets d'histoire aussi pointus, c'est nouveau pour nous.

Merry eut un sourire amusé et il écrasa son mégot avant de le jeter dans un cendrier, puis il se passa une main dans les cheveux pour répondre doucement :

— Parce que Turambar et Niniel sont frère et sœur…
— Ho. Donc ce n'est pas une histoire d'amour en fait…
— Si.
— Si ? Tu veux dire que…
— Il s'agit d'inceste, oui.

La mâchoire de Boromir se décrocha et il haussa un sourcil, sondant longuement le regard de Merry, il en oublia sa clope, qui s'éteignit, puis il se tourna vers Pippin qui acquiesça franchement, avant de revenir sur Merry, perplexe.

— De l'inceste assumé ou bien encore une histoire abracadabrante pour en arriver là ?
— Pour faire simple, le mec a quitté sa famille quand Nienor avait deux ans et il change plusieurs fois d'identité. Elle, elle, croise la route d'un dragon qui lui jette un sort qui la rend amnésique, et c'est son frère qui la retrouve lorsqu'elle erre dans les bois. Ils ne se reconnaissent pas, tombent amoureux, se marient, puis je ne dis pas la suite parce que je veux pas spoiler.
— Okay… Je commence à comprendre pourquoi on parle souvent des mœurs du deuxième âge… Entre les histoires d'amour impossibles interraciales illustrées avec Beren et Luthien et, maintenant, ça…

Il jeta la fin de sa cigarette dans le cendrier avant de faire mine de retourner près de ses amis, mais il se tourna une dernière fois vers les deux cousins avant :

— Au fait, il y a une soirée pour l'anniv de Gimli, un pote, dans deux semaines… J'ai entendu dire que les hobbits avaient un sacré sens de la fête… On invite tout le monde, si ça vous dit de venir vous amuser un peu avec vos amis.

Les hobbits échangèrent un regard complice et Merry, après avoir s'être un instant demandé si ça le branchait, aussi, de croiser Eomer en soirée, répondit d'un ton intéressé :

— Pourquoi pas… C'est où ?
— Je ne sais pas encore, parce que chez lui, ça va peut-être pas le faire, on est en train de voir… Ce sera certainement chez Aragorn… Mais tu n'as qu'à me donner ton numéro, je t'enverrai un SMS dès que ce sera confirmé…

Sans se méfier, le Brandebouc n'eut aucune réticence à échanger son numéro avec Boromir, puis les deux hobbits frigorifiés repartirent à l'intérieur tandis que le gondorien, victorieux, revenait auprès de ses deux amis, dont un qui fit mine de le fusiller du regard.

— Boromir, je te jure que si tu continues de te mêler comme ça de-
— Hey, calme toi, tu m'as dit que tu n'étais pas intéressé, faudrait savoir. Je suis juste allé faire connaissance : Saroumane les fait peut-être chier, mais j'ai l'impression que ce sont les majors de promo, si on veut nos points, on va avoir besoin d'eux…
— Ca m'étonnerait que ce type-là soit un major de promo…

Sans entendre le murmure narquois du cavalier, Boromir fit une pause théâtrale, avant de sortir son Smartphone et il reprit nonchalamment :

— Et puis si ça t'intéresse, Eomer, j'ai son nom, son numéro de téléphone et j'ai l'impression qu'il est partant pour passer chez Gimli pour son anniversaire, rien de mieux qu'un hobbit en soirée pour assurer l'ambiance… Et rien de plus vulnérable sexuellement parlant qu'un hobbit bourré…

Eomer lui envoya un regard vif, retenant un soudain éclat de rire qu'il cacha sous un air froid, manquant de faire remarquer à l'autre ahuri que cela faisait déjà un petit moment qu'il échangeait toutes sortes de SMS avec ce mec et qu'il n'avait pas besoin d'attendre qu'il soit bourré pour tenter quoique ce soit avec lui, mais, jouant le jeu, il répondit d'un ton neutre :

— Merci, mais le prof l'a suffisamment rappelé à l'ordre pour que retienne son nom et, si jamais je voulais récupérer son numéro à un moment ou à un autre, je préfère aller lui demander moi-même, donc ne t'attends pas à ce que je te donne de l'argent pour ça… Pour ce qui est de ta dernière remarque, à propos des hobbits bourrés, je préfère ne pas la relever…
— T'es pas drôle, j'essaie simplement de t'arranger un coup…
— C'est gentil, mais je n'ai pas besoin de ça.
— Dommage… En tout cas, si tu changes d'avis, tu pourras toujours aller lui donner ça, j'ai malencontreusement oublié de lui rendre…

Fier de lui, Boromir montra le briquet de Merry, face aux yeux désabusés d'Eomer, qui échangea un regard navré avec Aragorn avant de se tourner une nouvelle fois vers son ami, sans vraiment savoir quoi répondre. Ce fut le dunedain qui ne put s'empêcher de faire une remarque sur ses méthodes douteuses :

— Ca se fait, de prendre un briquet en otage pour arranger un coup à un pote dont on n'est pas vraiment certain de sa bisexualité ? Avec un mec à qui il n'a encore jamais adressé la parole, en plus…

oOo

— Je ne pensais pas que tu t'intéresserais à la littérature ancienne…
— Et moi, je n'avais encore jamais vu d'élèves chahuter pendant un cours de Saroumane… Et y survivre…

Merry ria légèrement en attrapant sa selle pour la poser sur le dos de Windforlas, et il répondit distraitement à son moniteur qui patientait, appuyé contre la paroi du boxe, les bras croisés :

— Certes… Mais lui n'a pas les mêmes méthodes que toi pour demander le silence…

Attrapant sa jument par la bride, il la conduisit hors du boxe en envoyant un baiser mutin au plus vieux qui le suivit vers le manège en demandant nonchalamment :

— Tu aimerais bien ?
— Et comment… Je craque littéralement pour les vieux enseignants barbus et autoritaires...
— Ne me mets pas dans le même panier que lui, s'il te plait.
— Sinon quoi ?

Attrapant la jambe du hobbit pour l'aider à se mettre à cheval, Eomer garda sa main sur sa cuisse qu'il pressa gentiment :

— Sinon, je trouverai un autre moyen pour calmer ton insolence…

En réponse, le jeune cavalier se pencha sur son professeur pour susurrer contre ses lèvres, tenant fermement ses rênes pour ne pas que sa jument ne bronche :

— C'est tentant… Mais il me semble que mon insolence n'est plus qu'une excuse à tes yeux… Si elle ne l'a jamais été…

Il ponctua sa phrase d'un bref baiser sur ses lèvres, que l'enseignant sentit à peine et, appréciant sans l'avouer la tournure que prenait ladite insolence du plus petit, Eomer planta ses mains dans ses poches pour se protéger du froid, puis il partit s'asseoir sur le par-botte du manège en retenant un sourire séduit, même s'il ne tarda pas à claquer des dents.
Au plein cœur de l'hiver, la nuit tombait tôt, de même que la température qui, pour ceux qui restaient longtemps immobile, pouvait se montrer très rude.
La carrière étant gelée, les cours ne se faisaient qu'en manège à cette saison, et c'était la raison pour laquelle Eomer et Merry se retrouvaient si tard. Car Théodred utilisait le bâtiment en priorité pour les cours collectifs. Mais aucun des deux ne s'en plaignait, car les écuries étaient, donc, complètement vides à cette heure-ci et le noir qui les entourait, à l'extérieur du manège, leur donnait l'impression de se retrouver dans un cocon intime et inébranlable.
Et puis Merry, réchauffé par la séance, ne manquait jamais, dans ces conditions, de partager ensuite sa chaleur avec son pauvre moniteur qui, immobile pendant une heure, était condamné à braver le froid en serrant les dents.

Par ce temps, la jument était d'humeur bien plus électrique et Merry la fit trotter longuement pour l'échauffer tranquillement, si bien qu'ils continuèrent de discuter en attendant qu'elle soit prête :

— Boromir m'a dit qu'ils vous a invité à l'anniversaire de Gimli.
— Boromir ?
— Le gondorien qui vous a abordé cette après-midi et qui a pris ton numéro… Il te trouve mignon, d'ailleurs…

Installant les obstacles, Eomer resta attentif à la réaction de Merry, qui se contenta d'hausser les épaules avant de prendre un petit galop, le taquinant pour la forme :

— Il n'est pas mal, lui non plus…

Le blond ne répondit pas, mais installa sèchement les barres, avant de demander sur un ton détaché :

— Tu comptes venir ?
— Tu y vas, toi ?

Stoppant sa jument pour retirer son lourd blouson, il regarda le plus vieux dans les yeux et, approchant pour lui prendre le vêtement, Eomer haussa les épaules.

— Je comptais passer, oui.
— Seul ? Ou bien…

Il n'en dit pas plus, se rendant compte, soudainement, que, en dehors des écuries, il ne connaissait pas vraiment le rohirim. Certes, depuis quatre mois, il partageait avec lui bien plus que ce qu'il n'avait jamais partagé avec aucun homme, mais cela ne dépassait pas un certain cadre et, si ce n'était le cavalier, il ne savait pas vraiment à qui il avait affaire.

Lui et Eomer ne discutaient pas franchement de leur vie respective quand, ils se laissaient aller à parler tous les deux d'autre chose que des chevaux, des ragots concernant les cavaliers de l'écurie ou bien des différentes petites-copines de Théodred qu'ils s'amusaient, sans que le cousin d'Eomer ne le devine, à séduire, chacun de leur côté…
Certes, à côté de ça, ils avaient de nombreux sujets de conversation, finalement, mais rien qui ne les concernait personnellement. Comme si ils avaient mis un point d'honneur à ne pas aborder ce genre de sujet : Sur leur situation actuelle, leurs doutes et espoirs, les tensions entre Merry et ses parents ou, au contraire, le deuil encore trop récent d'Eomer pour les siens… Leurs sentiments, leurs attentes ou leurs satisfactions… Merry ne savait même pas si Eomer avait d'autres amants à part lui, et ne savait pas s'il voulait le savoir ou non. Après tout, depuis quatre mois, ils se contentaient d'étreintes sans conséquences ou engagement lorsqu'ils se retrouvaient pour des séances d'équitation particulières. Rien d'autre.

— J'y vais seul.
— Ha. Bien.

Il n'avait pas réussi à cacher son soulagement, mais Eomer ne releva pas et un bref silence inconfortable s'étendit, avant que Merry n'éperonne sa jument en soufflant du bout des lèvres :

— Moi aussi.

D'une part, il avait du mal à se faire à cette liberté moderne que possédaient les gens du Sud vis à vis de ça. A propos du sexe et de l'amour.

Chez les hobbits, l'un et l'autre n'étaient pas dissociables. Il n'était pas envisageable de coucher avec une autre personne que celle qui ferait parti de notre vie, là où les rohirims et gondoriens ne se complexaient pas à partager les plaisirs avec quiconque les charmait un minimum, et ce, jusqu'à ce qu'ils se lassent ou trouvent la personne qui leur convenait pour se fidéliser et envisager l'amour.

D'un autre côté, cette relation qui n'en était pas une et ne reposait que sur l'attrait mutuel et le plaisir charnel, sans promesses, sans futur et sans engagement, lui convenait à merveille. Du moins, c'était ce qu'il ne manquait jamais de se répéter lorsque ses pensées se tournaient, de plus en plus souvent, vers son professeur qu'il aurait aimé détester autant qu'il l'adorait lorsqu'il posait ses mains sur lui.
Il avait éprouvé, et éprouvait toujours, de l'attirance pour Eomer, attirance réciproque, et il y avait cédé, y cédait encore régulièrement, en prenait beaucoup de plaisir, mais il aurait aimé que les choses s'arrêtent là. Qu'elles n'aillent pas aussi loin.

Parce que, qu'ils dérapent une ou deux fois, par accident ou non, ça aurait pu ne rien compromettre. Or, non seulement ils continuaient, mais, en plus, Merry ne rechignait plus à participer à ces séances d'équitation et, surtout, avait lui-même demandé à en augmenter la fréquence.
Et ça n'était pas seulement parce qu'il avait pris gout au saut d'obstacle.

Si, en plus de ça, ils commençaient à se voir en dehors des écuries, Merry avait peur de ne plus assumer ce qu'il avait déjà du mal à accepter : coucher régulièrement avec une personne qui était un homme et qui ne prenait pas ça au sérieux.

oOo

— Merry !

Surpris, Merry, qui avait commencé à descendre les marches de l'amphi pour aller s'installer à sa place habituelle, se tourna vers Boromir, déjà assis, qui l'avait apostrophé. Il ne remarqua pas le froncement de sourcils des deux autres, qui se demandaient ce que leur camarade était, encore, en train de foutre.
Toutefois, il eut un bref regard avec Eomer qui, de manière surprenante, ne sembla pas apprécier l'initiative du gondorien, mais, sans s'en occuper, il s'approcha du trio pour récupérer le briquet que Boromir lui tendit en rigolant légèrement :

— Merci, ça faisait une semaine que je le cherchais... Tu as lu le dernier document que je t'ai envoyé ?

Un régal. Ce fut ce qu'il ressentit lorsqu'il vit comment le regard de son moniteur se voila dangereusement, mais il fit mine de l'ignorer et cacha un sourire ravi malgré la petite voix qui lui criait qu'Eomer n'était pas censé se sentir concerné par cet échange et, surtout, que lui même n'était pas censé apprécier de le voir possessif envers lui. Mais c'était réellement jouissif.

— Oui, merci, c'était limpide. Au moins, maintenant, je sais de quoi parle ce cours…

Merry eut un sourire amusé et, avisant Saroumane qui entrait dans l'amphi, il les salua rapidement et repartit auprès de Frodon, qui, comme à son habitude, était scotché à son Smartphone, objet qu'il adulait et chérissait autant que sa propre vie et dont il avait l'alarmante habitude de nommer « précieux » d'un air paumé.

De son côté, assis entre Aragorn et Eomer, Boromir se mirait les ongles, parfaitement conscient des deux regards intenses posés sur lui.

— Boromir, tu t'expliques ou bien je dois d'abord te cogner ?
— Ouais, expliques-toi, je pensais que ce n'était pas ton genre…

Le gondorien eut un sourire horripilant et il haussa les épaules d'un air nonchalant.

— Arrêtez de vous faire des films, ce n'est pas pour ce que vous croyez… J'ai simplement parlé à Merry de nos lacunes sur cette matière et il m'a gentiment envoyé deux ou trois trucs pour replacer le contexte…

Les deux autres échangèrent un bref regard avant de se concentrer à nouveau sur Boromir :

— Il t'a envoyé deux ou trois trucs pour le cours et tu n'as pas pensé à nous le partager ?
— Tu l'as vu en dehors de l'option ?

Le sourire de Boromir s'évapora, car, après tout, les deux questions de ses meilleurs amis étaient plutôt menaçantes chacune dans leur genre et il ne voulait pas prendre le risque de se faire tabasser en plein cours.

— Hem… Pour ce qui est des documents, je pensais vous en parler au plus tôt… Et sinon, on s'est croisé quelques fois, oui…
— Vous vous êtes croisés quelques fois ?
On a surtout échangé des SMS en fait…

Eomer ne répondit pas, il se contenta de s'adosser contre son dossier en faisant mécaniquement craquer ses doigts et reporta son attention sur Saroumane, gardant un silence dangereux tandis que le gondorien cherchait à se justifier :

— D'habitude, tu en as rien à foutre de ce que je fais en dehors des cours et avec qui… Si tu n'étais réellement pas intéressé, tu ne-
— Boromir, ta gueule.
— Ok.

oOo

— Tu peux donner ça à Pippin ?
— En échange de quoi ?
— S'il te plait…
— Ca va, t'arraches pas la bouche, je n'en demandais pas tant…

Amusé, même s'il ne le montrait pas, Merry regarda la lettre, adressé à un certain « Cher Pippin » joliment calligraphié, les pattes du 'n' se rapprochant presque pour former un cœur, que lui tendit la fille aux cheveux châtains bouclés. Il nota son discret rougissement qui noya ses tâches de rousseurs et il ne put s'empêcher de lui lancer un sourire moqueur :

— Tu sais, Diamond, que si tu veux proposer à Pippin de boire un verre avec toi, rien ne vous empêche de faire comme tous les gens normaux…
— On est déjà allé boire un verre tous les deux… Ca s'est terminé au commissariat, tu ne te rappelles pas ?
— Ha oui… Votre fameux resto basket qui a mal tourné ?
— Je préfère ne pas en parler… Alors ? Tu veux bien lui donner de ma part ?
— Pourquoi tu ne lui donnes pas toi même ?
— Parce que je l'apprécie tant que je ne suis pas en face de lui. J'ai mis plus de deux heures pour écrire cette lettre, ça me ferait mal de la déchirer devant lui s'il se permet la moindre remarque…

Merry eut un ricanement narquois et il s'empara de la lettre sans un mot avant de faire demi-tour. Lorsque Diamond l'apostropha pour lui demander de lui donner au plus tôt et pas dans trois jours comme la dernière fois, il répondit d'un signe de la main. Toutefois, il ne tint pas longtemps et, la curiosité l'emportant sur le respect qu'il était censé éprouver au moins pour Pippin, il s'arrêta pour entrouvrir l'enveloppe subtilement parfumé.

Continuant de marcher dans le couloir de la fac, il commença à lire en diagonale le papier doux, touché par la passion retenue qui transpirait des mots de Diamonds. Il admit, au fond de lui, que malgré leur relation tordue qui durait depuis la maternelle, voire même le berceau, elle était certainement la femme de la vie de Pippin, la seule qui ne comptera jamais pour lui.

Plongé dans la lettre, il ne vit pas le danger arriver et ses pensées volèrent en éclat lorsque, au détour d'un couloir, il manqua de percuter Radagast, enseignant de certains cours non identifiés et, l'évitant de justesse, il se paya Saroumane, qui l'accompagnait.
Se confondant en excuses, conscient qu'il ne jouait peut-être pas quelque chose d'aussi gros que sa vie, mais presque, il recula et voulu cacher la lettre qu'il avait dans les mains, mais, agacé et ayant une jolie occasion de pourrir l'un des élèves de cet haïssable groupe d'étudiants de la Comté, Saroumane lui envoya un sourire cruel :

— La saison des amours fonctionne de la même manière chez les hobbits que chez les cervidés ? Une femelle en chaleur et plus personne au gouvernail ?

Merry écarquilla les yeux et ne put s'empêcher de rougir face à la tirade mais, soucieux de dissiper le malentendu, il fit l'erreur de choisir de se défendre plutôt que la fermer et passer son chemin :

— Vous vous trompez. Cette lettre ne m'est pas destinée, je ne fais que la transmettre.

De une, dire à cet éminent professeur qu'il se trompait était, en soi, l'une des causes première de mortalité étudiante, de deux, Merry se rendit compte qu'il venait tout simplement d'avouer ne pas être le destinataire, et donc, qu'il n'était pas censé lire ce papier. Même Radagast lui envoya un regard navré tandis que celui que Saroumane lui lança restait indéchiffrable, et donc, terrifiant.

— Monsieur Brandebouc… Avec vous, la goujaterie trouve ses lettres de noblesse… Quel ami malavisé a fait l'erreur de remettre ce genre de missive entre vos mains curieuses ? A défaut de vous apprendre la courtoisie, je pourrai démontrer ma serviabilité en vous desservant de votre tâche et en sauvegardant ainsi l'intimité des mots censés secrets de cette enveloppe…

Merry ne comprit pas immédiatement ce que venait de dire Saroumane, pourtant, l'ordre devint très clair lorsque l'enseignant tendit sa main pour que le plus jeune puisse y déposer la lettre et une seule réponse franchit ses lèvres :

— Euh… Non merci.

Conscient que Saroumane serait un moindre mal si jamais Diamond découvrait que Merry n'avait pas mené sa mission à bien, le jeune étudiant prit l'unique option qui lui restait et, bravement, il tourna les talons pour prendre la fuite.
Heureusement, il croisa Pippin un peu plus loin et lui plaqua la missive dans les mains avant de continuer sa route sans un mot. Sa journée était terminée et il jugea bon de sortir des bâtiments sans demander son reste.

oOo

— Au fait, tu t'es remis avec Jade ?
— Non, pourquoi ?
— Je vous ai vu vous embrasser hier, je me demandais…

Merry haussa un sourcil, puis il secoua négativement la tête en faisant la moue pour répondre à Sam :

— Elle est bizarre. Elle voulait absolument qu'on reste amis après notre rupture et elle certifie que c'est fini entre nous deux, mais elle continue d'agir comme si j'étais son mec : elle ne supporte pas quand je vais parler à d'autres filles et elle fait en sorte de repousser toutes celles qui semblent me porter un quelconque intérêt… Et en plus, elle passe son temps à me draguer…
— C'est pourtant elle qui a cassé…
— Casser est un bien grand mot, j'ai l'impression d'être encore en couple, mais je n'ai que les mauvais côtés…

Sam rigola légèrement du ton navré de Merry tout en portant son verre aux lèvres. Dehors, la neige tombait à gros flocons et, malgré l'heure, le petit bar qui se tenait à côté de l'université était presque bondé. Le groupe d'étudiants originaires de la Comté suivait le même cursus, mais tous n'avaient pas les mêmes options, si bien qu'en cette fin de vendredi après-midi, Merry et Sam étaient les deux seuls qui n'avaient pas cours et ils attendaient leurs amis autour d'un verre. Le semestre avait beau être commencé depuis peu, ils étaient déjà accablés de travail, mais le week-end venait de s'amorcer et les deux étudiants comptaient bien en profiter sans se mettre la pression.

— Peut-être qu'elle s'est enfin rendue compte qu'elle avait fait une connerie en te larguant, et elle aimerait se remettre avec toi.
— C'en est presque insultant… Qu'elle pense m'avoir ainsi à sa disposition… Je n'ai pas peut-être pas demandé à la récupérer, moi.
— Vraiment ?

Il haussant les épaules en soupirant, sans vraiment savoir où il en était dans cette histoire. L'année précédente, qu'il avait passée avec elle, avait été formidable, mais la rupture, et cette situation qui en suivait, avaient suffit à lui donner envie de passer rapidement à autre chose. Et puis… Il avait rencontré un certain cavalier international depuis la rupture de cette idylle lycéenne… Et on pouvait dire qu'Eomer changeait sacrément la donne.

— Au fait, tu vas à la soirée ce soir ? Il paraît que tout le campus est invité…

Merry s'étira en retenant un bâillement, et il répondit nonchalamment :

— J'ai promis à Boromir que je viendrai.
— Boromir ?
— Le gondorien qui participe à l'option. Pippin vient aussi, mais il ne sait pas encore que Diamond y sera.
— Ca va être drôle… Et tu connais le type dont c'est l'anniversaire ? On devrait peut-être lui acheter un truc, histoire de ne pas venir les mains vides…

Le plus vieux secoua négativement la tête en grimaçant, puis il sortit son téléphone pour texter rapidement un message à Boromir et lui demander quels étaient les gouts de leur hôte. Le gondorien répondit dans les secondes qui suivirent et Merry fit la moue :

— Apparemment, il y a une cagnotte, ça va être plus simple.
— Tant mieux…

Il reposa son téléphone pour s'emparer de sa choppe en annonçant distraitement :

— Je crois que Bilbo le connaît. Il vient aussi.

— Je crois que Bilbo connaît tout le monde, par ici… Ca fait maintenant quelques années qu'il a quitté la Comté pour vivre à Osgiliath et il a un don pour attirer la sympathie des gens…

Il avait parlé sur le ton de l'évidence et Merry fit la moue, acquiesçant pour marquer son accord. Puis il s'étira une dernière fois, avant de poser de la monnaie sur la table et attraper son manteau et son écharpe.

— A ce soir, alors, j'ai un petit dossier à faire ce week-end, je ne pense pas que je serai en état de m'en occuper demain ou après-demain…
— Tu m'étonnes… Bonne chance et à ce soir.

oOo

— Merry ! Elle est là !
— Qui ça ?
— La succube…
— Ha, Diamonds est déjà arrivée ?

Tristement, Pippin opina et fit mine de s'emparer des affaires qu'il venait de poser, avant que Merry ne l'en empêche en le disputant et le repoussant vers l'appartement d'Aragorn qui accueillait la soirée :

— Pas de ça, Pippin, soit un homme et affronte le danger en face ! Cette fille ne te fera pas de mal !
— Tu ne la connais pas !

Pleurnichant, Pippin secoua dramatiquement la tête et Merry soupira en lui retirant son écharpe.

— Mais toi je te connais et je sais que tu as déjà résisté à bien pire. Alors fait pas chier et profite de la soirée.
— Tu fais le fier, mais il me semble qu'elle est venue accompagnée…
— Comment-ça ?
— Jade est là, elle aussi.
— Ha.

Merry venait à peine de retirer son manteau et il hésita soudainement à le remettre sur lui et sortir d'ici en vitesse, mais Boromir remarqua leur arrivé à ce moment et, de bonne humeur, les fit entrer en leur plaçant un verre d'alcool non identifié dans les mains.

L'appartement, quoiqu'immense, était déjà presque plein et, même s'il était encore tôt, la soirée avait bel et bien commencé. Pippin fut bientôt accaparé par Diamonds qui avait surgit de nulle part pour l'attraper au col et le trainer avec elle à l'écart malgré son piaillement désespéré. De son côté, Merry retrouva Bilbo, dont il appréciait la compagnie, et, effectivement, ce dernier semblait déjà connaître beaucoup de monde, si bien que, de loin, il présenta la majorité des convives à Merry :

— Ce mec qui fait les cocktails douteux, Haldir, c'est un policier mais il est cool malgré ça. Le blond là-bas, c'est Légolas, il est en école de droit, avec la blonde-
— Eowyn…
— Tu la connais ?
— Je monte aux écuries de son oncle. Je l'ai déjà croisée là-bas.

Haussant les épaules, Merry avait répondu sans mentionner le frère de cette dernière, qu'il avait aperçu un peu plus tôt sans oser l'aborder, et Bilbo continua sans remarquer son trouble :

— Le brun qui est au téléphone, c'est Bard. Il est jeune, mais il a déjà un futur prometteur au sein du SIG et le grand chauve, c'est Dwalin, un cousin de Gimli. Il est ingénieur en pétro-chimie et…

Bilbo tut brusquement sa phrase dans un soupir profond, si bien que Merry, qui, noyé sous la masse d'informations, avait discrètement décrocher pour s'intéresser au contenu du verre qu'il avait dans les mains, reporta son attention sur le gars que Bilbo avait en visu. Grand brun, beau, gorgé de prestance et passant difficilement inaperçu.

— Qui est-ce ?
— Thorin Durïn… Un riche héritier… Une gravure… Et un bon ami…

Au ton déçu de la dernière remarque, Merry compris que Bilbo aurait bien aimé ne pas l'avoir comme simple ami, et il lui répondit sur le ton de la conversation :

— Celui-là n'a pas l'air accessible au commun des mortels…
— A qui le dis-tu…
— Tu as… Essayé quelque chose avec lui ?

Bilbo fit la moue en secouant négativement la tête :

— Rien de notable… Et toi ?

Embrayant rapidement, Bilbo se déroba d'une pirouette et Merry haussa les épaules en portant le verre à ses lèvres, joueur :

— Moi non plus, c'est pas mon genre de toute manière.
— Je ne parlais pas de Thorin… C'est clairement fini, avec Jade ?

Merry détourna le regard et, sans le vouloir, accrocha celui d'Eomer qui discutait avec sa sœur un peu plus loin. Le cavalier lui envoya un bref clin d'œil, amenant un léger sourire sur les lèvres du plus jeune, ce qui interpella Bilbo, au moment où Merry répondit distraitement :

— Je suis passé à autre chose.

Suivant son regard, Bilbo se fourvoyant en haussant un sourcil :

— La nièce de Théoden ? C'est compréhensible, mais je ne sais pas si elle…
— Non, pas sa nièce…

Merry avait répondu dans un souffle mais il n'ignorait pas que Bilbo était, malgré son éducation, un gay assumé, il se sentait plus à l'aise d'en parler avec lui qu'avec qui que ce soit d'autre et, sans lui laisser le temps de s'interroger, il continua distraitement :

— Le frère d'Eowyn, le cavalier… Il est plutôt…

Sans trouver ses mots, il soupira et, camouflant sa brutale surprise par une quinte de toux peu discrète, Bilbo fit mine de passer outre ce coming-out parfaitement inattendu et qui sortait de nulle part de la part de son jeune cousin. Il eut besoin d'un petit moment et d'un cocktail qu'il bu cul sec pour faire passer l'information, mais il oblitéra sa surprise pour demander gentiment avec un sourire crispé :

— Sait-il au moins que tu existes ?

Le regard fuyant, Merry haussa les épaules en répondant doucement :

— Il… Hem. C'est lui qui me donne des cours d'équitation et… on a… Hem.

Il n'eut pas besoin d'en dire plus pour que Bilbo comprenne de quoi il en retournait et il demanda sans détour :

— Vous avez couché ensemble ?

Merry n'en avais jamais parlé avec personne et, nerveux, il tressaillit, même s'il affirma, les yeux dans le vague :

— Pas qu'une fois…

Bilbo lui envoya un soudain regard intrigué et, quoique mal à l'aise, Merry continua d'une petite voix :

— En fait… On le fait de plus en plus régulièrement…
— Ho.

Il y eut un bref silence et, avec précaution, le plus vieux demanda avec douceur :

— Et tu… n'en est pas satisfait ?
— J'aimerai plus, en fait.

Merry l'avait affirmé sans réfléchir, soudain conscient que, effectivement, si la situation avec son instructeur ne lui convenait pas, c'était justement parce qu'il en était frustré et non pas parce que ça allait trop loin.

— Tu en as parlé avec lui ?
— Pas vraiment… Il n'a pas l'air intéressé pour plus.
— Qu'est-ce qui te faire dire ça ?

Merry haussa les épaules en noyant son regard dans son verre :

— Il ne m'a rien proposé.
— Ha…

Bilbo grimaça, comprenant sans mal dans quel genre de relation Merry s'était fourré, mais, avenant, il lui envoya un sourire en lui parlant gentiment :

— Pourquoi ça devrait venir de lui ? Toi aussi tu pourrais lui proposer quelque chose…

Merry eut un sourire narquois en exposant simplement :

— Parce que ça n'est pas si facile… Et puis il est plutôt… Indépendant. Dans le genre. Ce n'est pas le genre de mec qui s'embarrasse avec la romance ou bien les activités de couple… Surtout que…

Il baissa les yeux et bafouilla légèrement, avant de regarder le plus vieux dans les yeux pour parler plus clairement :

— Je pense que, de toute manière, je n'ai pas grand chose non plus à lui proposer… Et tu es le mieux placé pour savoir de quoi je parle…

Bilbo haussa un sourcil en acquiesçant d'un air navré, lui qui avait eu à choisir entre ses amours « inconvenants » ou bien sa famille. Deux choix incompatibles dans la Comté. Mais il hausa les épaules et, confiant, il lui montra la salle d'un signe de tête :

— Tu dois certainement avoir tes arguments, Merry… Invite-le à danser… ou bien propose lui un verre pour commencer…
— Je ne vais tout de même pas aller le draguer !
— Pourquoi pas ?
— Mais parce que… C'est mon moniteur et il est odieux avec moi !
— Odieux ?

Au ton alarmé de Bilbo, Merry se rendit compte de sa mauvaise foi déplacée et il soupira en secouant la tête :

— Je veux dire que… On n'est pas vraiment… Il n'y a pas grand chose qui nous rapproche.
— Tout de même, si vous couchez ensembles, c'est qu'il y a un minimum. Je n'ai jamais été aussi loin avec aucun des mecs qui me plaisent !
— Je ne sais pas si tu voudrais vraiment de ça, même avec ton beau brun…

Bilbo haussa un sourcil pas vraiment convaincu et Merry continua pensivement :

— C'est chouette, mais je n'ai aucune certitude… Ca peut très bien s'arrêter du jour au lendemain sans raison, il suffit qu'il trouve une personne plus intéressante que moi, ou qu'il se lasse, simplement…
— Pourquoi ce ne serait pas toi qui te lasseras en premier ? Peut-être qu'il craint la même chose…
— Ca m'étonnerait…
— Mais ça, tu ne pourras pas en être certain tant que vous n'en aurez pas parlé, Merry.

Merry poussa un soupir désespéré et se contenta, en réponse, de vider cul-sec son verre au contenu non identifié, mais qui lui fit immédiatement tourner la tête. Il avisa Frodon un peu plus loin et décida qu'il était temps de rejoindre ses cousins pour rendre justice aux rumeurs concernant le sens de la fête des hobbits qui, mieux que personne, savaient mettre l'ambiance en soirée.

oOo

— Tu sais ce que l'on dit sur les hobbits bourrés ?
— Je le sais, oui. Mais je ne suis pas bourrée, merci bien.
— On peut y remédier si tu veux, ma belle.
— Je ne suis pas intéressée.

Impatiente, l'étudiante qui chancelait légèrement voulut repousser un convive tout aussi enivré qu'elle, mais il lui attrapa le poignet avec un sourire large :

— Hey, attend, on a à peine fait connaissance, peut-être que-
— Elle vient de te dire qu'elle n'est pas intéressée.

Sèchement, Merry, qui venait de sortir sur le balcon, interpella le mec qui embêtait son ex et celle-ci profita de son intervention pour faire quelques pas en arrière. L'autre ne chercha pas à argumenter, et, bougonnant d'un ton mauvais, il s'éloigna pour pénétrer dans l'appartement. Merry le regarda partir en sortant son paquet de cigarette, et il se refroidit lorsque Jade s'approcha de lui avec un sourire tordu par l'alcool.

— Merci, je n'arrivais pas à m'en débarrasser…

Il garda le silence, se contentant de chercher son briquet, pas vraiment intéressé pour entamer la conversation, mais elle continua timidement, après s'être racler la gorge, tâchant de rester maitresse d'elle-même malgré l'ivresse qui lui faisait tourner la tête :

— Je… Je pensais rentrer, de toute manière.

Il se contenta de lui envoyer un regard perçant, comprenant, avant qu'elle n'approfondisse ce qu'elle avait en tête d'une petite voix :

— Si tu veux venir boire un verre chez moi…
— Non merci.

Le refus claire la prit un peu au dépourvu et elle soupira, avant d'insister :

— Ce que je t'ai dit hier, c'était sincère, tu sais. Je suis vraiment désolée pour tout et… Rompre avec toi a été la pire chose.
— Je ne remets pas ta sincérité en doute, Jade.

Il avait répondu d'un ton agacé et elle tressaillit, baissant piteusement les yeux. Il se reprit, conscient que faire ce genre d'aveu demandait tout de même un minimum de courage, parce que que ça n'était pas si facile, même si l'alcool qui faisait briller ses yeux l'aidait certainement à garder son aplomb, et il lui lança un long regard.

Elle était jolie, dans sa robe bleue qui, même si elle la couvrait quasiment intégralement, révélant très peu de sa peau, restait bien coupée et mettait sa petite silhouette ronde en valeur. Comme Diamond, elle avait le visage parsemée de tâches de rousseurs, des cheveux bruns et bouclées qui étaient soyeux au touché. Face à lui, elle bégayait presque et se triturait les doigts.
A vrai dire, elle était plutôt maladroite, pour tout ce qui concernait Merry et le couple qu'ils ne formaient plus. Mais le jeune hobbit parvenait à l'excuser, car il était conscient, que l'étudiante originaire de la Comté, où les traditions étaient si figées, devait prendre sur elle et faire preuve d'une certaine assurance pour tenter de l'aborder à nouveau.

Jade était une fille bien, Merry ne pouvait pas le nier malgré l'amertume qu'il ressentait envers elle à cause de la tournure qu'avait prise leur relation, et il se sentait désolée de la voir ainsi : nerveuse, pleine d'espoir et de doutes, mais incapable de le regarder dans les yeux.
Il se surprit à penser, soudainement, à répondre à son invitation. Après tout, elle lui proposait quelque chose qu'un certain moniteur abominable ne semblait même pas envisager. Merry avait la certitude que cette fille-là, même si elle pouvait toujours y mettre un terme, prendrait leur relation au sérieux, lui serait fidèle, facile à combler, et, même, satisfaisante pour ses parents.
Les choses seraient tellement plus simples avec elle…

Toutefois, il ne put se résoudre à la suivre et, portant sa cigarette à ses lèvres, il se détourna simplement en continuant de chercher son briquet :

— Je suis désolé, Jade.
— Je comprends.

Meurtrie, elle garda les yeux rivés au sol et passa à côté de lui pour partir, mais il l'interpella une dernière fois :

— Tu rentres seule ?

Elle haussa les épaules, évitant toujours son regard en se grattant nerveusement le bras :

— Je… J'étais venue avec Diamond, mais je ne sais pas où elle est. Je n'habite pas loin de toute manière…
— Il est tard…
— Et alors ?
— Je peux te raccompagner si tu veux… Une fille ivre qui se balade toute seule en pleine nuit, c'est pas safe…

Cette fois-ci, elle le regarda franchement dans les yeux, avec un petit sourire franc et sincère, alors qu'elle hocha la tête avec indulgence :

— T'es tellement chou… Après tout ce que je t'ai fait subir, tu restes d'une galanterie exemplaire…

Mutine, les yeux voilés par l'alcool, elle chancela jusqu'à lui, voulant lui caresser tendrement la joue, mais elle hoqueta à la place, trébucha avec ses talons et s'écroula dans les bras de son ex qui la rattrapa en marmonnant :

— Ce n'est pas de la galanterie… Simplement de la responsabilité.
— Tu te fais du souci pour moi.

Ravie, elle le laissa la remettre sur pied en tanguant dangereusement.

— Pour ta sécurité, oui. Que tu sois mon horrible ex n'y change rien.

Elle ne l'entendit pas et marcha devant lui en oscillant en demandant d'un ton naturel :

— Si je vomis sur toi, aurais-je toujours une chance de te récupérer ?
— Okay… C'est pire que ce que je pensais. Va t'habiller, je t'appelle un taxi.

Lourdement, elle se tourna vers lui pour l'enlacer, louchant presque :

— Pas la peine.
— Jade. Je ne laisserai pas une fille traverser la ville toute seule dans cet état.

Elle rigola et posa sa tête sur l'épaule de Merry en caressant son torse, les yeux dans le vague :

— Je ne serai pas seule si tu rentres avec moi.
— T'es chiantes là.

Elle rigola encore mais, soudain, Merry aperçu un peu plus loin son cousin qui roucoulait les yeux dans les yeux avec Diamond et, voyant sa chance, il prit la main de Jade pour la trainer jusqu'au duo bienheureux qu'il interrompit sans gêne :

— Diamond, je te la laisse, fais-en ce que tu veux.

Peu désireux que le couple qui n'en était pas un lui rejette son ex sur les bras, il s'éloigna rapidement pour rejoindre le balcon en sortant une nouvelle cigarette, la précédente ayant été écrasé lorsque Jade lui était tombée dessus.

— C'est ta petite amie ?

Il sursauta à peine quand Boromir, accoudé au balcon, l'apostropha d'un ton curieux et, d'une voix neutre, il répondit simplement en fouillant dans ses poches pour tenter de retrouver, enfin, son briquet disparu :

— Mon ex.
— Ha. Pardon, vous aviez l'air plutôt… Proche.

S'approchant pour proposer son feu, Boromir tentait de ne pas se montrer trop pressant mais, comme Merry ne répondit pas, il demanda encore :

— Ca fait longtemps que vous avez rompu ?
— Presqu'un an.
— Et… Tu n'as personne d'autre depuis ?

Inspirant une première bouffée de fumée, Merry lui envoya un regard intrigué, se demandant si, oui ou non, Eomer avait parlé de lui à ses amis.
Boromir ne semblait pas au courant de leur relation, toutefois, son intérêt n'était pas feint. Le hobbit fronça les sourcils, se demandant, soudain, si la possessivité de son moniteur n'était pas fondée et que le gondorien n'avait pas de vue sur lui. Prudemment, il répondit à la négative, mais préféra demander franchement, d'une voix mutine, décomplexé par l'alcool :

— Intéressé ?

L'autre rigola avant de répondre rapidement :

— S'il s'avère que j'ai la moindre chance, je la tenterai.

Il lui envoya un clin d'œil, mais Merry entendit le jeu dans sa voix et continua de flirter légèrement sur le même ton :

— C'est seulement moi ? Ou bien te proposes-tu ainsi à d'autres ?
— J'aimerai dire que c'est le cas pour toutes les personnes que je croise, mais j'ai peur que ce ne soit pas très vendeur…
— En effet. Non seulement je ne me sens pas spécial à tes yeux, mais, en plus, tu passes pour un mec désespéré…

Amusé mais se demandant à quel point l'autre était sérieux, Merry refusa le verre que lui proposa le plus vieux en laissant son regard glisser sur les convives qu'ils apercevait à l'intérieur. Il était maintenant tard, ou tôt, plutôt. Beaucoup étaient déjà KO et ceux qui étaient encore un minimum maitres de leurs moyens étaient très occupés à acclamer le policier, Haldir, et l'autre gars du SIG, Bard, engagés dans un strip-tease qui se voulait sensuel, perchés sur la table du salon.
Il remarqua, plus loin, Eomer qui supervisait un concours de boisson entre le mec dont l'anniversaire était souhaité ce soir et un beau blond platiné et, pris d'une inspiration soudaine, il demanda d'un ton détaché, l'air de rien :

— Et ce mec, le rohirim qui participe aussi à l'option…

Il vit comment le sourire de son interlocuteur s'illumina et il devina que, finalement, Eomer avait peut-être laissé filtrer quelque chose à son sujet. L'idée le réchauffa et il fut soulagé de savoir que la nuit sombre cachait ses rougeurs. Soudain nerveux et se fustigeant d'avoir aborder le sujet, il jeta son mégot tandis que Boromir répondit nonchalamment :

— Eomer ? Veux-tu que je te présente à lui ?
— Je ne sais pas si… Je veux dire… Lui n'a pas l'air aussi désespéré que toi… Sans vouloir te vexer.

Boromir secoua la tête et posa sa main sur l'épaule du plus petit pour lui envoyer un sourire charmeur :

— Effectivement, il est plus exigeant, mais je pense que tu as tes chances.
— Il t'a parlé de moi ?

Cette fois-ci, la chaleur se diffusa dans ton son corps, ravi de la nouvelle, mais il se rendit compte de la proximité du plus vieux lorsque le sujet de leur conversation arriva, à ce moment, sur le balcon, deux verres à la main. Boromir ne s'attarda pas, il se contenta de leur lancer, à chacun, un clin d'œil genre « Je te l'avais bien dit » et s'éclipsa en évitant de trop s'approcher du rohirim.
Après tout, il était conscient que son ami n'appréciait pas lorsque l'on s'occupait ainsi de ses affaires.

Eomer attendit simplement qu'il disparaisse, avant de venir près de Merry qui accepta le verre en lui envoyant un sourire large. Un sourire rayonnant et franc qui déstabilisa un peu le cavalier, peu habitué à voir son élève sourire ainsi. Lui sourire ainsi. Touché et charmé, il trinqua avec lui, souriant à son tour lorsque Merry annonça simplement :

— Je crois qu'il essaie de t'arranger un coup avec moi…
— Oui… Boromir est un peu… Envahissant, sur les bords.

Entendant le reproche dans la voix du plus grand qui tachait de ne pas se montrer accablant, Merry s'approcha jusqu'à toucher son bras en assurant gentiment :

— Il essaie de t'aider. Il n'est pas méchant.
— Manquerait plus qu'il morde…

Grommelant, Eomer porta son verre à ses lèvres et, voyant qu'il acceptait le contact, Merry en profita pour caresser l'épaule, poussant l'audace jusqu'à descendre ses doigts le long de l'avant-bras pour glisser sa main dans celle du cavalier. Ce dernier haussa un sourcil, mais, nouant ses doigts aux siens, le hobbit fit mine de rien et continua d'un ton léger, malgré sa nervosité :

— Ce n'est pas comme si tu avais besoin de lui, de toute manière…
— Pour quoi faire ?

Devinant de quoi il en retournait, mais curieux d'entendre son amant le dire, Eomer le regarda franchement dans les yeux, sans lâcher sa main, et Merry détourna le regard, mal à l'aise et bafouillant presque.

— Je veux dire… Tu sais… Si jamais…

Il ne trouva pas ses mots mais, Eomer ne le brusqua pas et il soupira en avouant d'une petite voix et récupérant vivement sa main :

— Je crois que j'ai trop bu, en fait.
— Ou pas assez.

Il rigola en réponse et s'empara de son verre qu'il porta à ses lèvres, espérant trouver son courage dans la boisson et Eomer en profita pour continuer, effleurant du regard la main du plus petit qui laissait un vide dans la sienne :

— Cela fait un moment que je ne te considère plus comme mon élève, tu sais ?
— Tu fais pourtant genre que je n'existe pas à tes yeux devant tes potes. Et c'est la première fois que tu m'adresses la parole alors que ça fait quelques heures que la soirée a commencé…

L'alcool aidant à libérer sa contrariété, Merry maugréa en jouant avec son verre et le plus grand lui lança un nouveau regard, surpris par son air maussade. Il y eu un petit silence, qu'Eomer rompit prudemment.

— Je pensais que tu ne voulais pas que ça se sache. Vis à vis de ta famille et tes amis…

Posant son verre, Merry garda le silence, les yeux baissés, admettant sans mal qu'il n'était pas en état de parler de ça maintenant, son esprit trop embrouillé par l'alcool pour savoir exactement ce qu'il voulait, ou pas. Même pas certain qu'il se souviendrait de cette conversation au réveil. Toutefois, il ne put s'empêcher de demander pudiquement, sans lever le regard :

— Et toi, Eomer, que veux-tu ?

Le plus grand soupira, sans vraiment savoir quoi répondre, et un nouveau silence s'étendit, toutefois, lorsque Merry s'empara à nouveau de son verre pour le finir, le cavalier le lui prit des mains pour le reposer, après une brève réflexion :

— Je crois que… J'aimerai que les cours d'équitation ne soient plus la seule chose qui nous rapproche, toi et moi.
— Il n'y a pas que les cours, il y a aussi nos-
— Je parle de tout ce qu'il se passe avant, pendant ou après. J'aimerai te voir sans excuse, sans raison, pas seulement aux écuries. Passer du temps avec toi sans prétexter autre chose que le désir de t'avoir dans mes bras.

Pris de court, Merry lui envoya un regard troublé, mais vibrant, avant de demander d'une petite voix :

— T'es bourré ?

Amusé, Eomer secoua la tête en lui caressant gentiment le menton.

— Peut-être, même si je ne pense pas avoir ingurgité autant de verres que toi…
— Les hobbits tiennent très bien l'alcool.
— C'est ce que tous les hobbits disent. Mais ils sont connus pour le contraire…

Ils se sourirent, puis, à nouveau sérieux, Merry posa sa main sur celle d'Eomer, toujours sur sa joue, et il le regarda dans les yeux en répondant timidement :

— Ce n'est pas que je veux garder le secret… Simplement… Je crois que je ne peux pas expliquer ce que je fais avec toi. Pas à ma famille ou à mes proches… Je suis désol-
— Je ne dit pas que je désire absolument nous afficher à la vue de tous…

Merry se tut, sans savoir quoi répondre à ça et Eomer continua en prenant à nouveau sa main dans la sienne :

— Mais peut-être que je peux, simplement, t'inviter à venir boire un verre chez moi.
— Maintenant ?

Troublé, le hobbit semblait déboussolé et le blond se pencha sur lui en glissant une main sur sa nuque :

— Pourquoi pas ? La soirée s'essouffle et personne ne remarquera notre départ. A moins que tu ne préfères raccompagner la hobbit que tu avais dans les bras tout à l'heure…

La dernière remarque était sèche et elle amusa Merry qui posa doucement la tête sur l'épaule forte du cavalier en souriant mollement :

— C'est mon ex.
— Future ex ex ?

Enfouissant son visage dans le creux de la nuque d'Eomer, ravi de se trouver à l'écart et caché dans l'ombre du balcon non éclairé, il l'enlaça doucement en affirmant dans un souffle :

— Non… Il n'y a que toi en ce moment.
— En ce moment ?

Il ne pouvait pas vraiment expliquer ce petit plaisir coupable qui l'étreignait en entendant la pointe de possessivité mêlée d'inquiétude de son amant. Peut-être parce que, justement, ça lui donnait l'impression d'être spécial aux yeux du cavalier et, mutin, il continua d'un ton d'évidence, se voulant rassurant :

— Tu sais que les hobbits sont extrêmement fidèles et n'auront jamais deux amants à la fois. Tu n'as pas à t'inquiéter là-dessus…
— Je sais aussi que les hobbits ne sont pas homosexuels… Tu n'es pas très conventionnel…
— De ce côté-là, je le suis.

Il avait fermé les yeux, toujours enlacé au cavalier. C'était la première fois qu'ils faisaient ça. Qu'ils parlaient de « eux », qu'ils s'étreignaient ainsi, sans raison, et il appréciait grandement la chose. Il entendait les rires et la musique à l'intérieur, mais ne ressentait pas l'envie de rejoindre la fête. Il préférait rester là, avec Eomer, et tranquillement, il fit glisser un doigt sur le torse qu'il savait ferme en remarquant gentiment :

— Et j'ai l'impression que ça te porte à cœur…
— Effectivement.
— Moi aussi… Je crois…

Chuchotant presque, Merry avait parlé dans un souffle timide, le visage caché dans le creux de la gorge du cavalier et, à son tour, Eomer fit glisser sa main dans le dos du plus jeune en déclarant distraitement :

— Ne t'en fais pas pour ça. Je préfère n'avoir qu'une personne à la fois… Et puis les rohirims ne sont pas aussi volages que les gondoriens, de toute manière.
— Vraiment ?

Ravi Merry se sépara de lui pour lever le visage et, baissant le sien, Eomer continua d'une voix basse, plus grave :

— Ils sont plus… Exclusifs…

Souriant, il posa doucement ses lèvres sur celles du plus jeune pour un baiser d'abord léger, mais qui s'approfondit lorsque Merry ouvrit franchement la bouche en se cramponnant à ses épaules, pressant son corps contre le sien. Il se séparèrent sur un soupire comblé et le hobbit commenta d'un ton satisfait :

— J'aime ça… L'esclu… L'excluvisité… Nan. L'exclusion. Merde.
— L'exclusivité. Je crois que t'es plus ivre que moi, Merry.

Amusé, Eomer ne lui refusa pas le nouveau baiser qu'il réclama pour gommer sa frustration et, se séparant brusquement, le plus jeune demanda avec un sourire suave, changeant de sujet :

— N'était-il pas question d'aller boire un verre chez toi ?
— Tu n'as pas encore assez bu ?

En réponse à la question narquoise , Merry posa à nouveau sa joue sur son épaule, le regard troublé mais pétillant, alors qu'il laissait sa main descendre le long du ventre du plus grand.

— On peut aussi faire autre chose…
— Je ne sais pas si tu es en état de faire autre chose…
— Tu me sous-estimes.
— Tu penses ?
— Amènes-moi chez toi et on verra bien…

Avec une audace libérée par l'alcool, Merry se sépara du plus grand et, après une dernière pression sur sa main, il s'éloigna pour pénétrer à l'intérieur sans ajouter un mot.
Séduit, Eomer resta un instant sur le balcon, à regarder de loin son élève slalomer entre les convives jusqu'à rejoindre son cousin pour lui souffler qu'il ne rentrerait pas à leur colocation cette nuit, avant de fouiller le salon à la recherche de son manteau.

Eomer n'avait encore jamais ramené Merry chez lui, ni même invité à boire un verre où que ce soit. Ne l'avait jamais côtoyé ailleurs qu'aux écuries, d'ailleurs, mais il appréciait grandement ce qu'il découvrait.

Il se doutait bien que l'alcool aidait Merry à lui parler de manière aussi aguichante, à se montrer si confortable en sa présence, mais sortir ainsi de leur relation étrange de maitre-élève-amants insufflait une fraicheur bienvenue à leur couple qui devenait soudain plus tangible.
Ils perdaient de ce rapport de force et ce désir brut des premières fois pour entrer dans un jeu de séduction, une valse épanouissante dans laquelle ils étaient à égalité. Une tournure qui convenait parfaitement au cavalier qui, à peine Merry eut passé la porte de l'appartement, retrouva l'hôte de la soirée pour lui souhaiter un bon rétablissement, récupéra ses affaires et rejoignit sans tarder son amant à l'extérieur.

oOo


Voilà.
Rien de folichon, je l'accorde. Mais c'était écrit, alors autant le partager ;)
La suite arrivera tantôt.

Et je me dis aussi que si les quelques lecteurs toujours égarés ici apprécient ce genre de petit « bonus » hors de la trame principale, et que vous n'êtes pas contre un chapitre consacré à tel ou tel événement, personnage, pairing, etc., n'hésitez pas à me le faire savoir !