Hello ^w^
Je suis très contente de pouvoir enfin vous présenter un chapitre que vous attendez depuis longtemps ; un chapitre sans le point de vue de Nessa, pour une fois, mais ce point de vue reviendra d'ici deux semaines, ne vous inquiétez pas :)
A présent, bonne lecture!
Leçon 26 : I don't always betray my comrades... but when I do, I don't.
Engagez-vous, qu'ils disaient... rengagez-vous qu'ils disaient...
Ouais mais pas avec de foutues araignées géantes collées à nos basques ! J'avais signé pour me faire cramer la tronche en une poignée de secondes, pas pour finir dévorée vivante par des O.G.N. made in Ungoliant… Pas besoin de vous faire un dessin : mon moral n'était pas au beau fixe.
Bilbo ne revenait pas, d'autres arachnes arrivaient vers nous en claquant des mandibules et j'étais à sec en mana (autant parler comme dans les jeux vidéo de ma quantité de magie, non ?). On ne suivait pas le livre, on ne suivait pas le film - du moins pas ce dont je me souvenais. Alors d'un, ça me foutait les jetons ; et de deux, j'en avais plein le dos. Et les pieds. Et la vue.
- Il y en a plus qui arrivent ! hurla Gloïn en sortant ses hachettes.
Achevez-moi tout de suite… Je frissonnais, les mains crispées sur le manche de mon coutelas, planquée derrière mes deux meilleurs amis. C'était à peine si je tenais sur mes pieds, des mèches de cheveux collés contre mon front, et la peau moite. Si j'avais encore le courage et la force de tenir debout, je le devais en majeure partie à la présence de la Compagnie. Ça ne m'empêcha pas de couiner d'horreur quand ils démembrèrent avec force cris de guerre une de nos assaillantes. Le pus qui lui servait de sang m'atterrit en plein visage, que je m'empressais d'essuyer en crachotant des insultes en khuzdul. Beuuuurk ! Je me baissais brusquement sur ordre de Fili qui embrocha entre ses huit yeux une araignée arrivée juste derrière moi. Je n'eus même pas le temps de le remercier qu'il se précipitait pour aider son cadet ; et j'allais me terrer dans un coin avec Ori en espérant un miracle de toute mes forces.
Oh, ledit miracle arriva. Juste pas sous la forme espérée. Avec des oreilles pointues, des cheveux blonds dignes d'une pub l'Oréal, et des flèches légèrement trop pointées sur nous à mon goût ; après une superbe pirouette qui aurait fait fureur autour d'une barre de pole-dance.
Le sourire qui étira les lèvres de Legolas me donna de - mauvais - frissons dans le dos.
- Je n'hésiterai pas à te tuer, nain : ce serait même un plaisir.
Je louchais sur la pointe de sa flèche, visant Thorïn. Reçu cinq sur cinq. Pas bouger. Un cliquetis sur ma gauche me fit changer immédiatement d'avis. Avant qu'un elfe n'ait le temps d'arriver à ma hauteur, je raffermis la prise sur mon coutelas pour l'envoyer dix mètres plus loin dans la tête d'une araignée. On pouvait considérer que j'avais loupé ma cible puisque je n'avais pas dû la blesser mortellement, vu les sourcils haussés du soldat qui me fit une clé de bras. Cela me tira un sifflement de douleur - et de colère. Irritation qui retomba aussitôt quand Kili, jusque là désarmé, s'empara de ma lame pour achever le monstre puis les deux autres qui se précipitaient sur lui. Je ne grognais donc pas (me contentant d'insulter mentalement et copieusement) quand on fouilla mes vêtements, leurs doublures et ma sacoche… du moins jusqu'à ce que l'archer de notre groupe louche sur une dague brandie devant ses yeux par un énième soldat sorti de nulle part. Si Thorïn avait été un chat, au vu de son expression indignée, il aurait feulé sans vergogne sur le soldat en question. Je cillais.
Minute.
Ce n'était pas un, mais une. Sous mes yeux aussi médusés qu'outrés, une jeune femme rousse poussa sans ménagement mon meilleur ami entre Ori et moi, en fin de file, avant de retourner près de son prince non sans un regard curieux vers Kili. Ce fut à mon tour de brider un feulement instinctif. C'était donc elle, Tauriel ?
...
Sans déconner, comment elle faisait pour se battre correctement avec une chevelure à mi-cuisse ? et, plus important, les elfes roux n'étaient-ils pas censés être crevés depuis au moins dix mille ans ? Selon le Silmarillion du moins, qui était aux dernières nouvelles une source très sûre. Très gracile, étrangement décalée avec ses vêtements aux allures de feuilles géantes très loin du design moyen-âgeux aux couleurs souvent pastels qu'affectionnaient les elfes : Tauriel n'avait rien d'une capitaine de la garde rentrant dans les normes. Sans compter son très jeune âge (rappel amical : à 600 ans, chez les elfes, on est encore un gamin) et donc son inexpérience. Alors pourquoi diable Thranduil l'avait-il promue à ce poste ?
Je continuais à la fusiller du regard alors qu'elle échangeait quelques paroles en sindarin avec notre sauveur-top model-potentiel geôlier.
- Si tu le souhaites un peu plus fort, peut-être qu'elle tombera raide morte, souffla soudain Kili d'un ton moqueur au creux de mon oreille.
Malgré notre situation peu brillante, je pouffais légèrement et baissais la tête face aux yeux réprobateurs de nos ennemis tout en échangeant un discret sourire avec l'archer. A cet instant précis, j'étais juste soulagée - une fois de plus - qu'il aille bien alors qu'il avait risqué - une fois de plus - sa vie. Néanmoins, son expression joyeuse disparut bien vite quand le chef des mannequins en armure s'empara d'Orcrist.
- Où vous êtes-vous procuré cette lame ? siffla Legolas.
- On me l'a donné, répliqua notre leader sur le même ton.
Un léger rictus fit craqueler le masque d'impassibilité de l'elfe. Je restais vaguement effrayée et assez surprise de son comportement. Il était en pleine crise d'adolescence ou quoi ? Que son père soit un tantinet raciste, okay, mais lui ? Dire que j'en avais été sacrément fan auparavant… il était loin le Legolas avec ses remarques pourries, son orc-skateboard et ses têtes pas possibles en second plan du Seigneur des Anneaux ! Le visage angélique restait le même que dans mes souvenirs ; pas les yeux bleu glacials ni l'attitude méprisante. Un second - mauvais - frisson remonta le long de ma colonne vertébrale.
- Vous n'êtes donc pas qu'un menteur, ajouta l'intéressé en agitant la pointe d'Orcrist devant notre leader, mais aussi un voleur.
Il hurla des ordres à ses soldats (sans doute quelque chose du genre "éloignez-les de moi, ils puent" vu sa tête dégoûtée) et sans protester, je me laissais entraîner par les ennemis héréditaires des nains sous le feuillage sombre du territoire inhospitalier. Seul Dwalïn lâcha une flopée d'insultes lorsque, en retrouvant le sentier, il se mit à jurer qu'il avait pris cette direction avant qu'Oïn ne le contredise. Le guérisseur répliqua aussitôt par un nom d'oiseau bien senti - du moins avant qu'on ne lui confisque son cor, seul moyen d'audition et donc de communication. Je soupirais, ne pouvant néanmoins pas faire une facepalm puisque chacun de mes mouvements pouvait être considéré comme suspect c'est-à-dire punissable (les elfes s'en donneraient à coeur joie, je n'en doutais pas) : allez savoir pourquoi, je tenais moyennement à subir les tortures exotiques de l'Oréal & Co. Tauriel avait beaucoup appris de ses trois ans de calvaire à subir les sautes d'humeur de ma meilleure amie...
Tant pis pour elle, et surtout pour nous. Je grimaçais quand nous arrivâmes en vue des murailles de leur cité, une bonne demi-heure plus tard, avec une furieuse envie de m'écrouler par terre pour ne plus jamais me lever. Aaah, s'il n'y avait pas ce poignard menaçant mon dos… Foutus elfes paranos. Ce n'était pas comme si j'avais l'air dangereuse en plus. Sale, je voulais bien l'admettre. Ou peut-être avaient-ils simplement peur de la saleté en question ? ils ne voulaient pas "attraper" une barbe comme on attrape une maladie ? (cette théorie de Nessa m'avait semblé vaseuse jusqu'à présent, mais je ne pouvais que douter de leur santé mentale maintenant que je me trouvais face au fait accompli)
Toujours est-il que nous passâmes les murailles au travers d'une étroite porte aussi solidement gardée que tout le reste du territoire - avec deux gardes faisant la tronche. Legolas s'arrêta un instant à la porte tandis qu'un coup de vent secouait notre fin de file : mon coeur rata un battement quand je reconnus la présence magique, aussi éclatante qu'un phare au milieu de la nuit, de l'Anneau. Bilbo avait réussi à rentrer !
Je n'eus néanmoins pas le temps de m'attarder sur ce constat soulageant : la majesté des lieux m'arriva en pleine figure aussi sûrement que la luminosité orangée - sans doute d'origine magique. Je clignais douloureusement des yeux, surprise par ladite et soudaine lumière, avant de me faire pousser sans ménagement par un soldat. Il y avait beaucoup ponts de pierres, de colonnes marbrées et de doubles escaliers. Tout y était épuré et courbe, d'apparence très simple alors qu'en faisant un léger effort, on apercevait des myriades de gravures courant le long des murs. Rien à voir avec la sérénité d'Imladris ou la majesté trop écrasante de la Lothlorien. J'y retrouvais à peine la chaleur magique qui caractérisait pourtant les autres contrées elfiques et, chose nouvelle, remarquais une certaine tension dans l'air qui me laissa un goût métallique désagréable sur la langue.
- Avancez ! ordonna alors Tauriel, encore sortie de nulle part, joignant le geste à la parole en me poussant sans ménagement.
- Bas les pattes, sifflais-je avec hargne.
Elle me regarda un instant comme si une deuxième tête venait de me pousser tandis que je soutenais son regard. Elle commençait à me plaire, celle-là ! (il fallait dire que les descriptions peu flatteuses de ma meilleure amie n'avaient pas arrangé mon pré-avis sur la capitaine) Être une putain d'incohérence sur pattes quand on venait d'une autre dimension (bonne opinion de moi-même, bonjour), okay ; mais quand on était autochtone, c'était tout de suite beaucoup moins logique. Depuis quand on laissait les gamins (surtout les filles ?) se battre, dans un temps de guerre non-ouverte ? surtout quand il s'agissait de la seule fille guerrière du palais ? parce que jusqu'à preuve du contraire, si j'en jugeait par les elfes traversant les autres ponts de pierre en contrebas ou dans les hauteurs, elle était bien la seule à porter les armes.
F(ck)T(he)W(orld).
- Surveille tes paroles, naines, siffla ladite autochtone avec un brin de mépris qui ne me plut qu'à moitié.
- Aux dernières nouvelles, mon serment de loyauté va à Thorïn Oakenshield, pas à une quelconque elfe aux cheveux décolorés, merci bien.
J'entendis vaguement Dori étouffer un juron sur ma conduite en haut de file ; mais ce fut surtout le long cillement de paupières du nain auquel j'étais censé obéir qui était hors de prix. Le fait de me voir me rebiffer, peut-être ? ou la façon dont je clamais haut et fort mon serment ? Peu importait après tout, pas même la remarque sans doute mordante à souhait que s'apprêtait à me balancer Kili, parce qu'un rire nous parvint du haut de la formation. Il aurait pu être cristallin, comme tout rire elfique, s'il n'y avait pas eu cette intention visible de se moquer : ça l'avait transformé en un son bizarre entre le ricanement et le caquètement. Le caquètement en lui-même étant assez effrayant, le même genre qu'Hiruma dans Eyeshield 21 - pour ceux qui ne connaissent pas, un génie avec le diable au corps, littéralement.
- Saluuuut, les beaux gosses ! Qu'est-ce que vous nous ramenez, aujourd'hui ? dites-moi seulement que ça n'a pas quatre paires d'yeux !
- Nessa, soupira la capitaine de la garde en m'oubliant momentanément, visiblement agacée. Qu'est-ce que tu veux ?
- Je suis venue te faire un câlin, qu'est-ce que tu crois ? Sérieusement : j'inspecte, railla la voix.
Je me détournais des nains pour regarder arriver, avec des yeux ronds et le souffle coupé, ma meilleure amie. Vêtue de façon masculine (et pas à la mode feuillage, contrairement à d'autres), abordant les gardes de manière cavalière, avec une épée longue dans le dos et ses cheveux attachés en queue de cheval, elle faisait tout sauf elfique. Enfin, si on exceptait sa beauté surhumaine et ses oreilles pointues. Elle était devenue blonde, avec une superbe chevelure légèrement ondulée (ce qui n'était guère étonnant si elle avait gardé son habitude de les tresser en allant se coucher), et avait grandi d'une bonne dizaine de centimètres pour dépasser le mètre quatre-vingt semblant être la norme pour leur race. Je fus plutôt troublée de ne reconnaître aucun de ses traits physiques, exceptés ses farouches yeux bleu-gris.
Nessa toisa Tauriel avec un sourire suffisant aux lèvres, amusée de la rage contenue qu'on pouvait facilement lire dans les yeux de la capitaine, puis haussa les sourcils après s'être tournée vers nous.
- Tiens donc, des nains ! Un paquet de nains, même. (son sourire s'accentua quand elle se pencha sur Thorïn, qui dut se faire violence pour ne pas reculer - ou plus vraisemblablement, lui cracher une insulte à la figure) Belle pêche.
- Je ne sais pas ce que tu es venue chercher, mais fais vite, l'interrompit Legolas, revenu derrière nous.
Ma meilleure amie répliqua par un sourire mordant et un clin d'oeil qui ne manqua pas de me faire rouler des yeux. Son regard s'arrêta aussitôt sur moi. Elle pencha la tête sur le côté, curieuse, ses yeux bleu m'analysant rapidement. Je notais brièvement que, si d'un côté mon opale blanche semblait s'être illuminée avec le temps, le collier qui l'avertissait de la présence des Visiteurs était d'un noir opaque. Étrange...
- Elle est mignonne, celle-là, ronronna la yaoiste. Je peux la prendre ?
Je clignais - bêtement - des yeux.
- Euh, pardon ? fis-je, sourcils haussés.
- Ne dis pas n'importe quoi, coupa sèchement Tauriel en m'ignorant. Nous allons amener les nains devant le Roi, qui décidera seul de la décision à suivre. C'est la loi et tu le sais très bien.
- Maiiiis ! Regarde-la, tu ne la trouves pas craquante ? elle ne mérite pas un bain, cette pauvre petite, à force de voyager avec de gros balourds bourrins ne connaissant pas la définition du mot savon ? (quelques insultes bien senties s'échappèrent du groupe de nains)
J'oubliais momentanément la présence de la Compagnie pour abandonner mon propre masque : je lui servis ma plus belle expression de "What The Fuck" accompagnée d'un regard exaspéré qui en disait long sur sa manière de vouloir me sortir du pétrin. A ce train-là, elle risquait de se trouver (pour la énième fois) en taule avec nous ! Ses lèvres s'étirèrent un peu plus puis elle me fit un clin d'oeil. "Fais-moi confiance." Ouais, tu parles ! Je levais les yeux au ciel, ne sachant plus sur quel pied danser ; du moins, jusqu'à ce qu'une voix ne surgisse dans mon dos.
- La loi, Tauriel, ne repose pas uniquement sur le Roi, mais bien sur la lignée royale, contra Legolas. Tu devrais le savoir en tant que capitaine de notre garde. Et si cette naine peut occuper Nessa pendant un moment, je crois que nous sommes tous d'accord pour la laisser faire, n'est-ce pas ?
L'ensemble de la garde hocha la tête, visiblement atrocement traumatisée (leur loyauté envers leur capitaine ne devait aller que jusqu'à un certain point…), alors que je me tournais d'un bloc vers le prince de la Forêt Noire. Impassible, il me fixa un instant avant de reporter son attention sur ma meilleure amie. Celle-ci s'empressa de me prendre par les épaules pour m'entraîner à sa suite sur un autre pont de pierre. Je ne pensais même pas à me débattre, trop choquée pour que mon cerveau suive ce qui se passait, accrochant désespérément mon regard à ceux des héritiers de Durïn : Thorïn ne savait pas quoi penser, Fili peinait à comprendre ce qui se passait, et Kili semblait juste à côté de la plaque. Je me sentis à peine rassénérée que les nains se mettent à traiter nos geôliers de tous les noms d'oiseau possibles. Pour la première fois depuis le début de notre aventure, j'étais séparée de force du reste du groupe et cela resta comme une pierre dans le fond de mon estomac.
Je repris brusquement ma respiration une fois la garde - et Tauriel - hors de vue.
- Qu'est-ce que tu penses être en train de faire ?! sifflais-je tandis que Nessa me prenait le bras.
- Tu devrais être plus reconnaissante : je suis quand même la fille qui vient de te sauver la peau.
- Tu te moques de moi ?
- Sérieusement ? Val', j'ai beau me foutre de la gueule du monde entier, je n'oserais pas mettre ta liberté en jeu pour des salades. Surtout sans vinaigrette. Tu te rends compte : ils ne savent pas faire de vinaigrette ! gémit ma meilleure amie.
Okay : elle se moquait de moi. Je m'arrêtais d'un bloc, légèrement agacée par son comportement, mais elle me força à avancer.
- Crois-moi, on sera beaucoup plus à l'aise pour discuter dans mes appartements, souffla Nessa dans un murmure. Oh ! ça fait chic de parler comme ça, tu ne trouves pas ? reprit-elle un ton plus haut.
- T'as pas une petite idée de pourquoi Legolas nous a laissé partir ?
Je croisais ses yeux bleu surpris.
- Alors là, pouffa-t-elle, aucune idée ! Et miss Mary-Sue non plus, vu sa tête dépitée. C'était franchement excellent ! je regrette de ne pas avoir eu un appareil photo sous la main. Bon, on accélère ou tu comptes encore ne pas dormir dans un bon lit ?
- Mais, et les autres?
- Tu veux les faire sortir de taule, non ? ce sera mieux si tu es à l'extérieur de la cellule plutôt qu'à l'intérieur, railla-t-elle gentiment à demi-voix.
Je m'humectais les lèvres, nerveuse, puis me laissais finalement guider à travers le dédale de couloirs sans plus protester. Le doux babillage de Nessa sur la décoration extravagante de Thranduil (qu'elle appelait par son prénom ? WTF ?), l'écho démesuré du palais, et ses plans qui échouaient parfois à cause de ça, fut assez distrayant le temps que nous arrivions à sa chambre. Elle aborda même les nouveaux motifs des nuisettes de Tauriel. Heureusement que je savais pourquoi elle me parlait de ça sinon j'aurais pu croire à des choses vraiment bizarres… Quoique, faire des mouchoirs avec les nuisettes de son ennemie de toujours (ou presque), ce n'était pas suffisamment bizarre ? Sitôt la porte fermée, elle ne me laissa pas le temps de regarder la déco qu'elle m'étouffait dans une étreinte de maman ours. Aouch !
- Et maintenant : CÂLIN ! décida-t-elle en me prenant d'autorité dans ses bras.
- Arghmzipqosjdfpqohe.
- Chui trop contente de te revoir !
- Nessaapiorqporqpzour.
- T'es pas blessée ?
- Uzpaoizjqspouqzekhpsj.
- Hein ?
- Babouopqurpqoualksui.
Elle me lâcha, tenant mes épaules à bout de bras, puis un soupir émerveillé alors que je reprenais difficilement ma respiration (à grandes goulées d'air peu distinguées).
- T'as pas de barbe !
- Non, je confirme.
- T'es toute mignonne !
- Après des semaines à courir dans la nature ?
- T'as pas changé d'un poil !
- Je sais, merci. Je ne suis pas sûre que la moustache m'irait de toute façon - et je n'ai aucune envie de le découvrir.
J'en profitais alors pour la regarder de haut en bas, curieuse, ne sachant pas sur quel pied danser. C'était une chose d'avoir des échanges épistolaires où je constatais sa descente de plus en plus profonde vers le yaoi et un non-respect total des règles, bien loin de l'élève modèle que j'avais connue ; c'en était une autre de la voir IRL. Enfin, pour autant que notre mission en Terre du Milieu soit considéré comme du "In Real Life"... Elle avait changé. Et moi aussi.
Cela n'avait guère été son genre de faire chanter les autres avant ; de même que je n'aurais jamais mis le nez en dehors de chez moi pour me lancer dans une aventure suicidaire. Mais ça, c'était avant - et non, nous ne devions pas ça à une quelconque paire de lunettes. En tout cas, je crois qu'on était trop choquées sur le moment, l'une et l'autre, pour réussir à faire autre chose que nous observer chacune notre tour avec un sourire en gâteau d'anniversaire éclairant nos visages.
On était ensembles, à nouveau.
Bon, elle était juste blonde, plus grande et plus belle ; alors que j'avais rétréci, pris de la densité et donc du poids, et avait à peine changé de tête. M'enfin. J'avais l'air de beaucoup me plaindre comme ça mais, si je ne pensais qu'à ce que j'avais perdu, c'était pour mieux me concentrer sur ce que j'avais gagné - et ne voulais perdre en aucun cas. Comme l'affection de la lignée de Durïn.
Et une meilleure amie libérée de nos anciennes contraintes sociales, plus fofolle que jamais. On était ensembles, à nouveau. Que tremblent les Mary-Sue, Smaug, Sauron et tous les anti-yaoi ! ça allait faire mal.
Néamoins, malgré tous ses efforts pour me mettre à l'aise et mon exaltation palpable de retrouver ma compagne de galère, j'étais affamée et ce simple fait me ramena vers le reste de la Compagnie.
- Nessa, et les nains ? lui demandais-je, un brin de culpabilité laissant un goût amer sur ma langue.
- Plus tard, ma belle, plus tard. Quand tu seras reposée, repue et qu'on aura échangé tous les ragots, on pensera à un plan d'attaque.
- Mais-
On s'arrêta un instant pour qu'elle me caressa la joue gentiment, un sourire tendre aux lèvres.
- Ils n'aiment sans doute pas te voir dans cet état, tu sais.
Tiens, aurait-elle acquis un peu de sensibilité à l'égard des hommes en trois ans ?
- Et puis, on réfléchit mieux le ventre plein.
Finalement, laissons tomber la sensibilité. C'était quelque chose de... comment disait-elle ? Ah oui : superflu. Comme le tact.
- Alors ? Fili a-t-il laissé tomber les moustaches tressées ? Kili s'est-il marié avec son arc et Gloïn avec son cor ? Et Dwalïn a-t-il compris que son amour pour les cookies était destiné à l'échec ? Dis-moi tout !
Je pouffais, amusée de redécouvrir le caractère rafraîchissant ainsi que les paroles modernes de ma meilleure amie. Bon sang, que c'était bon de pouvoir reparler comme au vingt-et-unième siècle ! Comme cela m'avait manqué de parler des heures et des heures durant à une des rares personnes que je pouvais supporter pendant des semaines, vingt-quatre heures sur vingt-quatre sans que cela ne devienne énervant ! Quel soulagement c'était de parler de tout ce que je ressentais sans trahir l'Omertà faite aux Valar !
Nous discutâmes donc longtemps, jusqu'à ce que j'en tombe de fatigue sur le lit rembourré de l'elfe blonde, les yeux embrouillés par le bazar que constituait sa chambre - un vrai fouillis où on ne savait pas où poser les pieds. Je contemplais sans un mot, légèrement blasée, l'épée qu'elle posa avec délicatesse près de la cheminée : cadeau de Glorfindel, d'après ce qu'elle m'avait dit. Et le long arc blanc, aux courbes douces, juste à côté devait être de la part d'Haldir. Elle continua à babiller puis s'éclipsa pour aller chercher à manger, d'après ce que je compris entre deux phases de "je suis tellement crevée que je n'entends même plus ce que tu dis". Je commençais vaguement à sentir mes paupières devenir lourdes, affalée de tout mon long sur le lit, quand une présence magique se fit sentir à proximité. Je rouvrais les yeux en grand pour me redresser d'un seul bloc.
- Val' ?
Je la connaissais, cette sensation froide, assez désagréable parce qu'elle m'enveloppait. Mais le pire dans tout ça était sans doute que je ne pouvais pas la localiser avec précision - elle aurait pu être dans la même pièce ou trois couloirs plus loin que je n'aurais pas senti la différence. Mes yeux fouillèrent quelques instants la pièce du regard puis, je cillais.
Bilbo apparut juste en face de moi. Il commença à parler à toute vitesse tandis que je me levais, tanguant sur mes jambes.
- Je peux tout expli-
A peine une demi-heure avec Nessa et je ne me contenais plus. Sans plus me soucier des règles de bienséances que Bilbo semblait avoir ingurgité de force en passant à l'âge adulte, je fonçais sur lui pour le serrer dans mes bras de toutes mes forces. Pour une fois, ma gêne se trouvait laaaargement surpassée par ma joie de le revoir vivant - sentiment que je n'occultais d'habitude que pour mes meilleurs amis nains. Je le tenais ainsi pendant au moins quinze bonnes secondes, avant de réaliser ma bourde pas très Hobbite et de le lâcher. Il avait l'air plutôt inquiet pour moi vu l'expression qu'il afficha en croisant mon regard ; mais pas trop choqué, Varda merci. Il devenait blindé, notre cambrioleur.
- Vous allez bien ?
- Normalement, c'est à moi de poser cette question, grinçais-je en inspectant ses bras poisseux d'hémoglobine.
Je pointais le lit (seul objet confortable non-submergé par des feuilles) du doigt.
- Assieds-toi, je vais regarder tes blessures. (je m'ébrouais, me rendant compte après coup du tutoiement que je venais de ré-employer) oh, ça ne te dérange pas si je te tutoie ?
Il poussa un soupir, accompagné d'un vague mouvement de la main et d'une expression blasée des plus réussies, avant de se laisser tomber sur le lit. Okay : trop fatigué pour me contredire. J'eus un sourire attendri, lui expliquait calmement qu'il y avait une salle de bain (d'après les dires de Nessa) derrière la porte en face du lit. Il acquiesça vaguement et je m'assis à l'autre bout du lit.
Ce fut ce moment-là que ma meilleure amie choisit pour entrer, un énorme plateau de vivres à la main, alors que je soignais l'avant-bras meurtri de Bilbo sur son lit. Une expression tout à fait diabolique se peignit sur son visage.
- Oooooh, est-ce que j'aurais loupé quelque chose ? ronronna la jeune elfe.
Je rappelle à tout le monde que je suis inscrite (sous le même pseudo) sur Facebook, Twitter et Tumblr. Si vous voulez me contacter, n'hésitez surtout pas (je ne mords pas).
J'espère que cette leçon vous aura plu et que les retrouvailles des filles ont été à la hauteur de leurs attentes ;) on les verra interagir à nouveau dans le prochain chapitre, ne vous inquiétez pas.
Review? :3
A la prochaiiiine ! :D
