Disclaimer : La Quête d'Ewilan ne m'appartient pas.

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Le cœur de Camille se serra un peu le jour du départ. Elle s'était rapidement attachée à quelques Frontaliers, dont Ker, malgré le traitement sans merci dont elle avait bénéficié de manière privilégiée. Ce matin encore, tout son corps criait sa souffrance. Plus d'une fois elle serra les dents pour ne pas laisser une plainte s'échapper lorsqu'elle réalisait un mouvement qui sollicitait un peu trop ses muscles courbaturés.

– Ne t'inquiète pas, déclara Edwin sur la route. Au camp, il y a plein de Frontaliers qui seront ravis de t'aider à t'améliorer.

– Ce n'est pas la peine de te moquer de moi, répondit Camille avec une grimace.

Décidément, le cheval n'était pas le meilleur moyen de transport quand on n'était pas au mieux de sa forme. Heureusement pour la petite fille, ils atteindraient le camp en début de soirée. Mais cela signifiait aussi que la ligne de front était descendue bien au sud.

Camille fut heureuse de retrouver le camp. Les soldats qu'ils rencontrèrent saluèrent respectueusement le retour de leur commandant. Camille suivit Edwin qui fut rapidement informé de la situation et des derniers évènements.

La routine s'installa de nouveau pour Camille qui retrouva la tente médicale. Comme promis, de nombreux Frontaliers se succédèrent pour lui apprendre l'art du combat, que ce soit à mains nues, au poignard ou au sabre pour l'instant. Chacun formait la petite fille quand il le pouvait et qu'elle-même n'était pas à l'infirmerie. Bien souvent, il s'agissait de Frontaliers en cours de rétablissement.

Edwin l'entraînait personnellement tôt le matin avant que le camp ne soit réveillé. Le dîner marquait la fin de la journée pour la petite fille. Camille ne traînait pas longtemps après, à moins qu'il y ait une réunion stratégique. Elle se glissait avec bonheur sur sa paillasse.

Bien sûr, il arrivait qu'elle soit réveillée au milieu de la nuit. Quand il y avait une attaque nocturne. Quand un aide de camp venait chercher Edwin à cause d'un problème qui était survenu, requérant son attention immédiate. Quand elle faisait un cauchemar. Quand Edwin n'arrivait pas à dormir à cause des conséquences des décisions qu'il avait prises.

X X X

L'hiver de cette année-là fut terrible. Il faisait froid et il neigea beaucoup. La poudre blanche se transforma rapidement en boue dans le camp, les soldats pataugeant et maugréant. On ne pouvait pas dire que le moral des troupes était au plus haut. Ils avaient tellement reculé ces dernières semaines qu'ils avaient dépassé la Citadelle. Et le temps ne faisait rien pour ajouter à leur bonne humeur.

Une épidémie se répandit rapidement, surtout parmi les blessés, les achevant dans une longue agonie. La seule bonne nouvelle était que cette maladie semblait aussi toucher les Raïs en nombre. L'entraînement de Camille était plus au moins au point mort, tant elle avait à faire auprès des malades.

– Ralentis, lui ordonna un jour Edwin.

Camille leva de grands yeux étonnés vers lui.

– Si tu continues à ce rythme, tu vas épuiser tes réserves et tomber malade à ton tour, expliqua le guerrier. Et les souffrants non pas besoin de ça. Et je n'ai pas besoin de cela.

La dernière phrase avait été prononcée si doucement que Camille crût un moment l'avoir rêvée. Elle remarqua alors le visage inquiet du guerrier. Elle vint l'embrasser chaleureusement et lui promit de faire attention.

– Toi aussi, ajouta-t-elle. Si tu tombes malades, les hommes seront complètement perdus. Alors fais attention à toi.

Edwin sourit. Cela faisait bien longtemps que personne ne s'était préoccupé de sa santé.

– C'est promis.

Camille se demanda s'il la prenait vraiment au sérieux.

– Si tu tombes malade, ne compte pas sur moi pour te soigner, insista-t-elle donc.

L'un comme l'autre savait qu'elle serait la première à courir à son chevet. Fort heureusement, les deux compagnons parvinrent à tenir leur promesse. Aucun des deux ne succomba à la maladie cet hiver-ci.

Camille nota d'ailleurs que très peu de Frontaliers tombèrent malades. Ils étaient habitués au froid depuis toujours. L'hiver était plus rude cette année, mais ils en avaient connus d'autres et de pires seraient à venir.