Chapitre 35 : Le loup contre le serpent

La main de Lucrèce cherche la mienne. Nos doigts s'enlacent. Derrière nous, la Grosse Dame commence à s'impatienter. Je l'entends vaguement se plaindre des courants d'air, de l'impolitesse des jeunes de nos jours et du manque évident de savoir-vivre qui règne dans ce château.

Wilkes et Avery sont encore dans les escaliers, la baguette à la main. Mais Timothée, lui, nous a rejoint sur le palier. Son visage est rouge de rage. De la haine danse dans ses yeux. Il n'a pas l'intention de me faire peur puis de décamper. Non, tout ce qu'a dit Lucrèce est vrai et, ce soir, c'est pour me tuer qu'il est venu. Est-ce que je vais finir comme Roman ? Est-ce que moi aussi je vais mettre plusieurs jours à succomber à des blessures que tout le monde pensera accidentelles ? Comment va-t-il se débarrasser de moi ? Je suis habitué aux coups, j'ai la peau plutôt dure et j'ai des instincts de prédateur qui me permettent de bouger rapidement, de sentir le danger.

D'ailleurs, en cet instant même, tous les signaux d'alarme se sont déclenchés à l'intérieur de ma tête.

« Eloigne-toi de lui, Lucrèce, grogne Timothée.

_ Sûrement pas ! lui répond-elle sur le même ton. D'abord Roman puis Thomas et maintenant lui !

_ L'honneur de notre famille a-t-elle si peu d'importance à tes yeux que tu vas… t'avilire avec un loup-garou ?

_ Il y a d'autres moyens de rétablir l'honneur de notre famille, Tim et tu le sais.

_ Expelliarmus ! »

Timothée a dû me voir prendre ma baguette dans ma poche. Elle saute de mes mains tandis que je suis repoussé en arrière. Mes épaules heurtent le mur sous les cris de la Grosse Dame qui déserte son tableau, laissant le passage grand ouvert.

Ma baguette roule jusqu'à Timothée. Il lui donne un coup de pied et je l'entends rouler dans les escaliers.

Lucrèce sort sa propre baguette et la pointe sur la poitrine de son frère. Mais sa main tremble. Le Serpentard se met à rire, bientôt imité par ses deux compères.

« Tu n'auras pas le cran de t'opposer à moi, sœurette. »

Lucrèce tient maintenant sa baguette à deux mains mais celle-ci tremble toujours autant.

« Je te déteste ! crie-t-elle. Je veux que tu meures ! »

Je vois l'extrémité de la baguette de Timothée s'enflammer. Je plonge sur Lucrèce, l'écarte de la trajectoire du sort. La flamme passe juste derrière moi et heurte le mur. Nous tombons au sol. Je profite de la confusion pour arracher la baguette des mains de Lucrèce.

« Protego ! »

Le second sort de Timothée heurte mon bouclier magique qui se dissipe immédiatement dans une aura bleue. Le Serpentard baisse le bras.

« Tu as de bons réflexes, préfet. »

Il recule d'un pas et parle à ses compagnons par-dessus son épaule tout en prenant bien garde de ne pas nous quitter des yeux.

« Les gars, occupez-vous de ma sœur. »

Wilkes et Avery grimpent sur le palier et se dirigent droit vers nous. Je me relève, pointe la baguette de Lucrèce sur eux.

« N'approchez pas.

_ Sinon quoi, raille Junior Avery, tu vas nous mordre ? Nous tuer peut-être ? Toi ? »

Bon, ok, je n'aurais certainement pas le cran de les tuer. Mais de toute façon, ce n'est pas dans mes intentions.

Avery fait un pas en avant.

« Expluso ! »

Le sort le frappe en pleine poitrine. Ses pieds quittent le sol tandis qu'il est propulsé dans les escaliers. Pendant un moment, je ne vois plus que les semelles de ses souliers puis il dévale les marches sur le dos. Il tente, du mieux qu'il peut, de se protéger la tête avec les bras.

Je n'ai pas le temps de jouir de ma victoire. Le poing de Wilkes s'écrase sur ma tempe, juste là où j'ai été frappé, quelques nuit plus tôt, par le Saule Cogneur. La douleur éclate dans mon crâne. Des papillons de lumière viennent voltiger devant mes yeux. J'entends un cri. Lucrèce ! Ce salaud m'a éloigné pour mieux s'emparer d'elle.

« Remus ! Ne le laisse pas faire ! »

Wilkes maintient le bras de Lucrèce dans son dos. De sa main libre, il l'agrippe par le col de son chemisier et l'éloigne de moi. Mais je ne peux pas m'occuper d'elle. Timothée pointe sa baguette dans ma direction et déjà un nouveau sort fond sur moi.

Je fais un bond en arrière.

« Qu'est-ce qui se passe ici ?

_ Mais il est train de s'en prendre à notre préfet préféré ! »

James ! Sirius ! Ils ont sûrement été alertés par le bruit de la bataille. Je jette un rapide coup d'œil dans leur direction. Tous les deux, la baguette à la main, traversent le trou du portrait. Peter se tient derrière lui. Il tient… Picotti ? Son cactus ? Mais qu'est-ce qu'ils étaient en train de fabriquer avant d'arriver ici ?

Je pousse un hurlement de douleur. L'intervention de mes amis m'a déconcentré et Timothée en a profité pour m'envoyer un autre sort que j'ai reçu sur l'épaule gauche. J'entends nettement l'os de mon bras se briser en deux. Je lutte pour ne pas tomber à genoux. James pointe sa baguette sur Wilkes et tente de trouver la meilleure ouverture pour lui envoyer un maléfice sans toucher Lucrèce. Sirius, lui, est aux prises avec Timothée.

Je serre les dents. La douleur commence déjà à se résorber. Le craquement que j'ai entendu n'était peut-être pas dû à une fracture finalement. En tout cas, je l'espère.

Du haut des marches, apparaît tout à coup le visage d'Avery. Il est sur le point de lancer un sort à Sirius. Cette fois, Peter est plus rapide. Dans un formidable geste du bras, il lance Picotti. Le cactus, dans son pot de terre cuite, s'envole au-dessus de nous tous. Il décrit une courbe, tournoie sur lui-même avant d'arriver vers Avery qui le reçoit… en pleine face. Il pousse un glapissement tandis que les épines se plantent profondément dans sa chair. On le croirait aux prises avec une espèce de Gremlins épineux. Des deux mains, il tente d'arracher de son visage le pauvre Picotti mais ses épines se plantent également dans ses paumes, ses poignets et ses doigts.

Je n'ai malheureusement pas le temps de féliciter Peter pour sa fantastique intervention. Sirius s'effondre tout à coup. Du sang s'échappe de sa lèvre inférieure fendue. Il a l'air sonné.

Timothée me met en joue.

« Avada… »

Lucrèce envoie un coup à la mâchoire de Wilkes, ce qui laisse une ouverture pour James qui lui envoie immédiatement un sort de jambencoton.

« … kedavra ! »

La lumière verte fond sur moi. Je suis comme paralysé. Mon esprit hurle à mon corps de faire un geste, un mouvement mais… la fatigue de la dernière pleine lune ? Je n'en sais rien, j'ai l'impression qu'une partie de moi refuse de bouger.

L'éclair traverse le pallier à une vitesse époustouflante. Je ferme les yeux. Je vais mourir, maintenant. Merlin sait que j'ai souvent pleuré pour en arriver là mais ce soir, je crois que j'ai quand même envie d'essayer de vivre un peu plus longtemps.

Quelque chose me heurte par la droite. Le choc est assez violent et me fait ouvrir les yeux juste à temps pour voir l'éclair mortel frapper Lucrèce en plein front.

« Non ! »

Je l'attrape par les épaules et nous tombons tous les deux. Le silence s'abat sur la scène.

« Lucrèce ! Réponds ! »

Je tente de me redresser mais elle est allongée sur moi. J'arrive à peine à m'asseoir. Mes mains tremblent. Je repousse ses longs cheveux qui cachent son visage.

« Non ! »

Elle a les yeux grands ouverts. Elle ne respire pas, elle ne bouge pas.

« Non ! Non ! »

Je cherche son souffle, les battements de son cœur mais je ne sens rien. Elle n'est plus là, elle est… elle est…

La main de James s'abat sur mon épaule. Timothée, lui, recule de quelques pas. Il lâche sa baguette qui roule à ses pieds.

« Remus, chuchote James, c'est fini, laisse-la, laisse-la partir. »

Je repousse James, serre le corps sans vie de Lucrèce contre ma poitrine. J'enfouis mon visage dans ses cheveux. Les larmes coulent sur mes joues, une terrible vague de désespoir m'envahit. Ma poitrine est tellement serrée que mon cœur n'arrive plus à battre. Mes oreilles bourdonnent. Non ! Elle ne peut pas être morte. Ce n'est pas possible.

« Pas elle, gémit Timothée, je ne voulais pas… Pas elle… Potter, tu le sais, hein que je ne voulais pas…

_ Tais-toi ! »

James s'accroupit auprès de moi. Il tente de m'écarter de Lucrèce. Je lutte avec lui mais je n'ai plus de forces. J'entends à peine les pas des professeurs qui font irruption sur le pallier. J'entends à peine McGonagall crier ici et là des ordres auxquels des gens que je ne vois même pas s'empressent d'obéir. J'entends à peine Dumbledore me murmurer que c'est fini pour Lucrèce mais que moi, je peux encore me relever.