Bonjour tout le monde.

Le chapitre d'aujourd'hui comportent trois intrigues différentes, le point de vue de Tezuka, celui de Fuji, puis la reprise de l'intrigue d'Atobe à la troisième personne du singulier. J'ai attendu plusieurs chapitres avant de la reprendre car c'était tout simplement inutile de poursuivre sur cette dernière avant d'arriver à l'évènement présent dans ce chapitre. J'espère que l'évolution de ce personnage va vous plaire en tout cas, car c'est un peu le but de cette histoire ; faire évoluer tous les personnages de chapitres en chapitres.

Je vais à présent répondre au commentaire ;

Youki Minaco :

Hello sweetie, thank you for the review !

Je suis vraiment contente de savoir que le chapitre précédent te semble vraisemblable et pertinent. J'ai toujours peur de mal décrire les chapitres sur l'hôpital, alors ça me soulage beaucoup d'apprendre que tu as ressenti autant d'émotions, merci beaucoup.
Effectivement, le père de Yukimura n'a pas un comportement digne d'un père, je suis d'accord avec toi. Mais savoir que tu portes autant de virulence à son égard me prouve que tu prends cette histoire à coeur alors merci beaucoup, encore une fois !

Je suis toujours très heureuse de te voir dans la section commentaires, tu es l'un de mes pilliers.

Thank you so much Youki ! See you soon, and take care of you !

Je vous laisse à présent avec la lecture de ce chapitre un peu particulier, j'espère qu'il va vous plaire. On se retrouve en bas !


L'air de Kyushu est différent de celui de Tokyo. Ici, il fait plus chaud, plus humide, mais la pollution est moindre ; je respire mieux. Peut-être est-ce l'une des raisons pour lesquelles ce centre a été construit à cet endroit.

Ici, tout est dirigé à la minute près. Le personnel dresse chaque semaine un programme à suivre pour tous les résidents, et il laisse que très peu de place au temps libre. Toutefois, je ne m'en plains pas. D'après le médecin auquel je suis attitré, je suis l'un des patients les moins blessés. Il était d'ailleurs très étonné en diagnostiquant l'état de mon bras, car si j'en crois ses propos, la pression que je lui ai infligé aurait pu fracturer mes os. Autant dire que je suis un miraculé.

Pourtant, ça ne m'empêche pas d'avoir un emploi du temps de ministre. En effet, bien que chaque semaine soit différente de la précédente, mon programme de réeducation demeure complet. Généralement, une journée type se déroule ainsi ; aux aurores, petit-déjeuner en salle commune, puis étirements matinaux. On enchaîne par une séance d'ostéopathie, une série de musculation adaptée, avant de retourner en salle commune déjeûner. L'après-midi est très souvent consacré au tennis, et la journée se termine par des entretiens avec un personnel de santé, c'est-à-dire soit un médecin, soit un psychologue, soit un thérapeute spécialisé. Après le dîner, nous retournons en chambre vers vingt et une heure. Au final, je termine la journée par l'apprentissage de mes cours, afin de garder un niveau scolaire correct, puis me couche aux alentours de minuit.

C'est donc très difficile de se créer du temps libre. Notre esprit est envahi par nos programmes respectifs, si bien que très peu parviennent à se lier d'amitié au sein de cet établissement. Moi-même, j'avoue ne pas connaître le nom des personnes mangeant à mes côtés dans la salle commune, ni ceux voisinant ma chambre. Je ne pensais pas devenir aussi obnubilé par mon programme de réeducation, mais ça semble au-dessus de mes forces. Néanmoins l'avantage, c'est qu'en se sentant aussi impliqué, je progresse rapidement. Toujours d'après mon médecin, ce dont j'ai besoin c'est d'un traitement médicamenteux allié à une prise de musculature ciblée. Ainsi, bien qu'au départ les exercices de musculations me semblaient insurmontables, je parviens dorénavant à de meilleurs résultats, pour le plus grand plaisir de mon osthéopathe, dont l'efficacité repose sur mes progrès musculaires.

Le désavantage d'un tel programme intensif, c'est que ma famille me manque. Je ne l'avouerai jamais à voix haute, certainement par fierté ou orgueil, mais c'est bel et bien le cas. J'espère que ma mère se porte bien, et que mon père ne la laisse pas trop seule à la maison.

Mon équipe, mes fonctions de capitaine, me manquent également. J'aimerais avoir le temps de prendre de leurs nouvelles, mais malheureusement, je peine même à en avoir pour contacter mes parents. Je suppose néanmoins qu'ils doivent s'entraîner de pied ferme ; c'est en tout cas ce qu'Oishi m'a promis avant mon départ.

Aussi, évidemment, Fuji me manque.

C'est une sensation étrange, de ne plus l'avoir à mes côtés. Je me suis habitué à sa présence, à sa constante compagnie. Sans que je n'y prête réellement attention, il est devenu mon ombre, lié à moi à toute heure de la journée, toujours en quête d'un geste, d'une parole à m'offrir. Cette routine était tellement naturelle que je ne me rendais pas compte de son importance à mes yeux. Toutefois, maintenant qu'elle est loin de moi, tout semble gagner en ampleur à l'intérieur de moi.

Je me sens un peu stupide de l'admettre, mais un certain nombre de choses insignifiantes me manquent, à propos de Fuji.

Sa voix par exemple. Je m'en rends compte désormais, elle m'appaise. L'entendre près de moi est source de détente. J'aimerais l'écouter de nouveau, même quelques secondes. Peut-être paviendrait-elle à me remémorer l'intensité exact du regard de Fuji, un autre détail qui me manque beaucoup.

Mais la chose qui me manque le plus, c'est certainement ses petits gestes d'affections pour lesquels je ne portais aucune importance, et qui maintenant me paraissent vitaux. Parmi eux par exemple, je peux citer sa façon légère de pincer la peau de mon bras, lorsqu'il me voit dans les couloirs de l'école, ou encore sa façon de replacer le col de ma chemise, les mèches de mes cheveux. Ces petites habitudes que nous avions, et qui dorénavant manquent à mon quotidien.

J'aimerais pouvoir trouver un créneaux pour l'appeler. Mais j'ai peur de devoir patienter encore un long moment jusqu'à ce que l'occasion se présente. Alors, retenant un soupir, je finis de m'habiller, avant de m'élancer hors de ma chambre en direction de la réception.

Aujourd'hui nous sommes lundi, jour de l'affichage des plannings pour la semaine. Le Soleil est encore timide dans le ciel, seules quelques nuées orangées illuminant l'horizon. Dans la grande salle, déjà un certain nombre de résidents se pressent en direction du panneau d'affichage, et je fais de même, me faufilant entre deux personnes afin de trouver mon nom sur l'une des feuilles placardées. Après quelques secondes de recherches, mes yeux tombent enfin sur mon prénom, et avec attention, j'étudie l'étendue du programme de la semaine, avant de me concentrer sur celui de la journée.

Encore une fois, je n'aurai pas une minute de répis. Rien qu'aujourd'hui, mon dernier exercice se termine à vingt heure. Intégrant l'information, j'extirpe mon téléphone de ma poche afin de prendre en photo l'intégralité de la feuille pour la semaine, puis le range rapidement ; ici, le personnel est assez réticents à propos des mobiles.

M'élançant dans la salle commune dans le but de prendre mon petit-déjeuner, je note silencieusement la présence du reste des résidents, avant de m'asseoir. Comme d'habitude, la pièce se remplie progressivement, et plus vite que prévu, nous sommes servis. Sans perdre davantage de temps, je me presse de manger, dans l'espoir naïf de gagner quelques minutes d'avance sur mon programme de la journée.

Toutefois, alors que je m'apprêtais à finir mon jus de fruits, je sens une vribation à l'intérieur de ma poche. Me figeant dans mon geste, je pense aussitôt à mon téléphone précédemment rangé, et mes sourcils se froncent.

Jusqu'à présent, personne n'a essayé de me joindre. C'est certainement important, je devrais y jeter un oeil...

Abandonnant ma boisson, je me lève et range mon plateau avant de me presser en direction des toilettes. Là-bas, personne n'ira me le confisquer...

En claquant la porte derrière moi, j'extirpe de nouveau le petit appareil d'un geste rapide, ne souhaitant pas arriver en retard à ma première activitée de la journée. Aussi, immédiatement, mes yeux se figent sur le nom du destinataire, et dans un mouvement instinctif, j'ouvre le message, le déroulant sous mes iris impatients.

" Bonjour Tezuka.

Je sais que tu es occupé, mais je n'arrive plus à rester silencieux. J'espère que tu te portes bien. Ici, tout se passe comme prévu, nous nous entraînons rigoureusement, et Inui aide souvent Oishi avec les pratiques, au club. Nous allons faire de notre mieux contre Rikkaidai, alors rétablis toi sereinement.

Tu me manques beaucoup.

À bientôt."

En terminant ma lecture, je ne peux empêcher une vague de culpabilité de m'envahir. Le message que je lui ai envoyé la semaine passée n'était certainement pas suffisant, et depuis, je n'ai trouvé aucun créneau horaire pour lui répondre.
Aujourd'hui également, je n'ai pas le temps. D'ailleurs, je suis devrais déjà être dans les couloirs en direction de ma première activité de la matinée.

Alors dans une pâle tentative d'arranger un tant soit peu les choses, je pianote frénétiquement sur mon téléphone une réponse, avant de le ranger précipitamment dans ma poche, m'élançant par la suite dans une marche pressée en direction du gymnase.

Allons-y prudemment.

OoO

- Non, Répétais-je d'un ton agacé, Ce n'est pas moi qui ai volé ton maquillage.

Yumiko me lance un regard méfiant, ses prunelles se plissant légèrement.

- Te fou pas de moi, Crache-t-elle tout en fouillant hâtivement dans sa trousse de toilette, C'est ce que les gens comme toi font normalement, se maquiller.

Cette fois-ci, j'en ai assez. Saisissant mon sac de cours à la volée, je fonce hors de la salle de bain tout en cognant fermement son épaule, ce qui provoque chez elle un léger couinement de douleur.

- Eh ! Grince t-elle, Syusuke reviens ici tout de sui-

Je suis déjà bien loin pour entendre la fin de sa phrase. Affreusement irrité, je me dépêche d'enfiler ma veste et de remplir mon sac de tennis à l'entrée de la maison. Je suis fatigué de ses sous-entendus homophobes, de ses discriminations en tout genre. Je me fiche qu'elle m'imagine en train de me tartiner la figure d'artifice, mais le fait qu'elle stigmatise ce comportement (qui plus est, ne me correspond aucunement), m'énerve énormément. Elle est perdue dans l'imagination de ses délires, et elle a l'arrogance de me le faire subir au quotidien.

C'est elle qui devrait être punie pour sa bêtise, pas moi.

Alors que je m'apprête à enfiler mes chaussures, je me rends soudain compte que j'ai oublié mon téléphone dans la cuisine. Retenant un grognement frustré, je rebrousse chemin rapidement, récupérant l'objet avant de l'enfoncer dans ma poche.

- Syusuke ! S'écrie la voix de Yumiko qui descend les escaliers à ma recherche.

Cette fois-ci, je ne retiens pas mon grognement irrité, contournant la table de la cuisine afin de passer par le salon pour éviter la confrontation.
Toutefois tandis que je me presse, j'aperçois furtivement une trousse rouge, sous la table basse. Me figeant aussitôt sur place, je m'avance vers le meuble, avant de m'accroupir.

- Ah tu es là ! Reprend Soudain la voix colérique de Yumiko, pénétrant dans le salon.

Sans un mot, encore énervé par ses accusations, j'extirpe d'un geste vif son nécessaire à maquillage, avant de lui lancer avec désinvolture. Désorientée, elle réceptionne la trousse et je la contourne une nouvelle fois, enfilant mes chaussures, puis sortant de la maison dans un dernier regard assassin.

En passant le portail, je constate amèrement sur ma montre que je suis en retard, et presse le pas. Je suppose qu'aujourd'hui je devrais prendre le bus…

Ce matin à mon réveil, j'ai envoyé un message à Tezuka. Je regrette déjà de l'avoir fait, lui qui doit sûrement être très occupé, mais je ne tenais plus. J'ai besoin d'avoir de ses nouvelles, au moins pour qu'il m'assure que tout va bien. C'est trop compliqué de passer d'une compagnie régulière à une absence totale. J'ai l'impression de devenir stupide, car à chaque instant, je ne peux m'empêcher de penser à lui.

Secouant légèrement la tête pour reprendre une contenance, je m'apprête à arriver à destination de l'arrêt de bus, quand soudain une fourgonnette blanche freine à côté de moi.

- Fuji ! Tu vas être en retard, monte ! S'écrie Kawamura, assis sur la remorque.

Clignant des yeux légèrement, je lance un regard à son père, conducteur, qui me fait signe de me dépêcher. Alors obéissant j'accepte le bras de Taka-San qui m'aide à monter avec lui à l'arrière, puis regarde encore un peu stupéfait la voiture reprendre la route.

- C'est pas de toi d'être en retard. Reprend Kawamura en déplaçant quelques sac de riz pour créer de l'espace autour de nous.
- Oh, ce n'est rien… Eludais-je, J'ai juste eu du mal à me réveiller ce matin.

Il me fixe sérieusement du regard, certainement afin d'analyser ma phrase. Il y a quelque chose d'étrange à propos de lui depuis plusieurs semaines. Déjà, j'ai l'impression de le voir plus souvent autour de moi. Au début je pensais que c'était juste une pure coïncidence, mais dorénavant, j'ai tendance à croire qu'il provoque un peu la chance. Aussi, Eiji m'a dit hier qu'il l'avait surpris en train de m'observer d'un drôle de regard, pendant la pratique de l'après-midi. Enfin, maintenant que je fais plus attention à son comportement à mon égard, il m'arrive d'avoir cette impression étrange, un peu gênante, de passer complètement à côté de sous-entendus qu'il me fait, et que je ne comprends pas.

- Tu sais si tu ne veux pas en parler, c'est pas grave mais… Commence t-il avec timidité, Mais, si jamais ça ne va pas chez toi tu peux passer à la maison. Mon père a besoin de personnel pour servir les clients de toute façon, ça pourrait aussi te permettre de gagner un peu d'argent.

… Définitivement, il y a quelque chose d'étrange à propos de Taka-San.

Toutefois, j'essaie de me concentrer sur sa phrase. Après tout, elle pourrait découler d'une simple inquiétude à mon égard. Comme Eiji pourrait également s'inquiéter à mon sujet… Il ne faut pas que je vois le mal partout, Taka-San a toujours été un gentil garçon, après tout.

- Euh… C'est très gentil de t'inquiéter, mais tout va bien. Assurais-je, en tentant un sourire.

Je vois dans ses yeux qu'il ne me croit pas. Il soupire, se gratte l'arrière de la tête… Puis déplace un énième sac, afin de se placer plus près de moi.

- T-Tu sais… Répète-t-il, J'ai compris que tu avais du mal à supporter l'absence de Tezuka et… Et qu'il ne t'envoyais pas beaucoup de message… A-alors…

Mes yeux se plissent, méfiant. J'essaie de garder une contenance, mais la tournure de la conversation me déplaît énormément. Lentement, je m'éloigne de lui en me laissant glisser discrètement à l'opposé de sa jambe, afin d'établir un espace de sécurité entre lui et moi.

- Alors… Reprend t-il, J'ai demandé à mon père si tu pouvais venir travailler avec nous… Comme ça, tu pourras prendre un billet d'avion… Et aller le voir un week-end…

Je cligne des yeux, déconcerté. Je ne m'attendais pas à une telle conclusion. Taka-San évite mon regard, se grattant nerveusement la nuque tout en machouillant l'intérieur de sa joue. Je me demande ce qui l'a poussé à prendre une telle décision, et surtout ce qui a poussé son père à l'accepter. Pourtant, lorsque je prends la parole, ce n'est pas ce que je demande ;

- Oh, Taka-San… C'est très gentil mais je ne pense pas que Tezuka puisse se créer du temps libre pour m'accueillir alors… Pas pour cette fois, d'accord ?

Il hoche la tête frénétiquement, comme pour insinuer d'oublier sa proposition. Je lui lance un sourire désolé, avant que soudain, ma phrase m'évoque une révélation.

Je n'ai pas vérifié si Tezuka avait répondu à mon message !

Extirpant mon téléphone de ma poche, c'est néanmoins sans grande conviction que je vérifie le contenu de ma boîte de messagerie. Après tout, il m'a lui-même avoué n'avoir que très peu de temps libre, je ne pense donc pas qu'il soit apte à me répondre de sitôt…

Je cligne des yeux lorsque je constate la présence d'un message.
Avec hâte, j'ouvre ce dernier, mon coeur commençant à battre la chamade ; c'est inattendu, et j'espère sincèrement une meilleure discussion que lors de son précédent texte.
Alors, déglutissant discrètement, je lis intérieurement ;

" C'est bien, continuez le bon travail. À la fin du mois, nous aurons un jour de quartier libre ; je t'appellerai. "

Pendant un instant, mon regard demeure figé sur le contenu du message, incapable de le saisir dans son intégralité.

Un quartier libre… ? À la fin du mois… ? Mais alors-

Aussitôt, mon visage se relève, mes cheveux fouettant mon visage alors que je fixe mes yeux dans les prunelles de Kawamura, troublé par ma brusquerie.

- Taka-San ! M'exclamais-je avec hâte, Finalement pour le travail, c'est d'accord.

Sa bouche s'ouvre soudain de stupeur, alors que la voiture elle, arrive bientôt devant l'entrée de notre école.

- Euh… Vraiment, c'est O.K finalement…? Questionne t-il après avoir repris une contenance.
- Oui, Affirmais-je avec plus d'assurance, Tu as raison c'était une bonne idée en réalité.

Ses traits semblent tout à coup s'adoucir, une joie lumineuse éclairant ses prunelles de chiots. Il me prend la main, la serrant légèrement tout en me souriant davantage.

- On ne peut pas te faire de contrat vu que tu es jeune, mais mon père sera très content d'avoir un peu de main d'oeuvre. Merci pour lui.
- Merci à vous. Répondis-je poliment.

Grâce à eux, je pourrais rendre visite à Tezuka à la fin du mois. Peut-être que le comportement de Kawamura est étrange ces derniers temps, mais ça devrait aller ; je vais me contenter de faire mon travail, d'obéir aux ordres de son père, et tout ira bien, j'en suis persuadé.

Et puis peut-être que de cette façon, je découvrirai ce que me cache Taka-San, car je dois l'avouer, être ainsi dans le flou me met vraiment très mal à l'aise.

OoO

- Qu'est-ce que tu fais là, dégage.

Atobe ne peut contenir son irritation. Depuis le début de la matinée, il s'entraîne, inlassablement, en essayant de faire le vide dans ses pensées. Hyotei vient d'être disqualifié, et sera donc dans l'incapacité de participer aux Nationales. En tant que capitaine, c'est l'échec le plus cuisant qu'il pouvait expérimenter, et son orgueil ne le supporte pas.

Alors depuis la nouvelle, il refuse d'entraîner son équipe, se réfugiant chez lui afin de se muscler sans relâche. Il n'espère pas changer le passé en agissant de la sorte, seulement trouver des réponses à ses questions ; notamment les raisons pour lesquelles son équipe a expérimenté une telle défaite.
Néanmoins aujourd'hui, un intru tente de le perturber dans sa routine. Inépuisable, il le suit de salle en salle, sans un mot, se contentant de l'observer du coin de l'oeil. Atobe est profondément irrité par ce comportement, qui perturbe sa séance d'entraînement, et également ses pensées.

Descendant de sa machine de musculation, il lance un regard assassin à Oshitari, inébranlable. En l'observant de plus près, le regret de la compagnie de Kabaji l'emporte quelques secondes, lui qui ne l'a jamais dérangé durant ses phases de réflexions personnelles, avant de reprendre rapidement une contenance.

Rabattant sa capuche par-dessus sa tête, il reprend d'une voix ferme ;

- Si tu n'as rien à dire rentre chez toi et arrête de me suivre.

De nouveau, Oshitari demeure muet, ce qui a pour effet de redoubler l'énervement d'Atobe, filant au pas de course hors du manoir.

Il n'est pas surpris d'apercevoir le joueur rattraper son rythme alors qu'il s'engage en dehors du domaine familiale, mais cette fois-ci, il tente de l'ignorer. Ainsi inspirant discrètement, Atobe essaie de replonger dans ses pensées, dans le but de faire une évaluation de toutes ses actions commises depuis le début de l'année scolaire.

Il se souvient de ce fait de ses tentatives pitoyables, destinées à séduire Yukimura. C'est sûrement le premier facteur, le début de son échec. Perdu dans son jeu de reconnaissance, obnubilé par l'appât du gain (ici, l'affection de Yukimura), il s'est peut-être éloigné de ses responsabilités. En tout cas, c'est ce qu'il se dit à ce moment-là, en empruntant une nouvelle route. Manifestement, Tezuka avait eu raison de lui signaler que ce comportement ne lui correspondait pas ; Atobe a toujours été une personne orgueilleuse et audacieuse, et ce qu'il avait tenté de faire passer pour une continuité de son caractère, s'était révélé être tout le contraire. En effet, en cherchant les conquêtes, en voulant les attirer dans ses bras, il avait en réalité écrasé sa fierté, chose qui ne lui ressemble absolument pas.

Il jette un oeil sur sa droite… Oshitari le suit toujours. Reniflant discrètement, Atobe tente alors de se replonger dans son analyse.

L'araignée, comme il aimait l'appeler… Lui avait également souligné maintes et maintes fois que son comportement ne lui ressemblait pas. Cependant, lui, il l'avait ignoré. Atobe ne comprend pas vraiment la raison pour laquelle il possède autant de fureur à l'égard de son joueur, et grâce à Kabaji il doit l'avouer, leur relation s'est nettement améliorée, toutefois…

… Toutefois, il n'arrive plus à situer ses sentiments à l'égard de ce garçon.

Avant, c'était clair ; il le haïssait, il le méprisait, et entendre sa voix l'agaçait au plus haut point. Néanmoins désormais, il n'éprouve plus un tel niveau d'animosité à propos d'Oshitari. Ils ont appris à s'apprivoiser, avec plus ou moins de violence, jusqu'à parvenir à une entente cordiale. Ce cheminement, parsemé de disputes, et colères, a très certainement occupé une grande partie du domaine de pensées d'Atobe durant les compétitions, et est de ce fait, la seconde raison de leur échec en tant qu'équipe.

La troisième, et pas des moindres, s'est manifesté après sa victoire contre Tezuka.

Dorénavant, Atobe l'a compris ; cette victoire a été vécu comme sa plus grande défaite. Jamais un match ne l'a autant fait réfléchir, ne l'a autant troublé. Et c'est assurément ce qui a abattu son mental d'un dernier coup de massue, le discréditant complètement aux yeux de son équipe, et les amenant une nouvelle fois à la défaite, l'ultime défaite, celle qui a disqualifié Hyotei pour la compétitions des nationales.

Tout à coup, Atobe s'arrête en plein dans sa course, la réalisation lui coupant le souffle. Il a toujours pensé être intouchable, être inébranlable et capable de supporter toutes sortes d'épreuves… Finalement, il s'en rend compte désormais, il n'est qu'un simple adolescent. Stupide, qui s'est laissé aller à ses problèmes personnels et qui a de ce fait abandonner toutes ses responsabilités.

Il n'est pas un Roi. Il n'est qu'un bouffon.

- Ah, il me semble que tu as enfin trouvé les réponses à tes questions. Intervient soudain Oshitari pour la première fois de la journée.

Atobe retourne aussitôt à la réalité, relevant la tête en direction de son joueur, qui le fixait d'un regard neutre. Abaissant lentement sa capuche, il prend un instant pour l'observer, réellement, sans omettre aucun détail, et instinctivement sa voix s'élève, calme ;

- J'ai tout fait foiré, hein ?

Oshitari lâche un faible rire sans humour, remontant rapidement ses lunettes avant de croiser les bras.

- Ouais, c'était pas la meilleure année de notre capitaine.

Devant la franchise de son joueur, il relève la tête en direction du ciel, une étrange envie d'éclater de rire chatouillant soudainement sa gorge. Lui, le grand Atobe Keigo, toujours impeccable et adulé de tous, a complètement foiré l'entraînement de son équipe… La phrase se répète dans sa tête, inlassablement, et plus elle se forme, plus il trouve matière à en rire, comme s'il entendait la meilleure blague de l'année, le propos le plus invraisemblable qu'il soit.

Alors rapidement, le rire s'élève. Autour de lui les passants l'observent d'un drôle de regard, mais il ne peut empêcher son rire, fort, accusateur. Oshitari demeure silencieux durant sa crise, le fixant d'un regard indéchiffrable.
La petite scène dure plusieurs minutes, les cheveux d'or d'Atobe voletant sur son crâne au rythme de son fou rire, tandis qu'il frotte sa main sur ses yeux dans un geste las. Son joueur lui, comprend parfaitement sa réaction ; c'est sa manière d'évacuer ses tourments. Certaines personnes vident leur sac, d'autres pleurent… Atobe lui, rit. Pas toujours d'une manière attendrissante, bien trop souvent d'un ton hautain et fier, mais c'est sa manière de faire.

C'est pourquoi, lorsque le capitaine de Hyotei apaise enfin son dernier écho de voix, Oshitari se contente simplement de l'observer, attendant ses ordres. Ainsi, les prunelles azurées tombent dans son regard, et la voix riche s'élève dans une sentence ;

- Dégage maintenant, j'ai besoin d'être seul.

Et cette fois-ci, Oshitari obéit.


Fin de ce chapitre 35, j'espère qu'il vous plaît.

Effectivement, une nouvelle intrigue commence à naître autour de Fuji. Avec l'absence de Tezuka, je voulais pouvoir intégrer certains autres personnages de Seigaku dans cette histoire, comme Eiji par exemple qui a été assez important dans le dernier chapitre Perfect Pair. J'espère en tout cas que cette nouvelle intrigue attise votre curiosité, j'ai toujours un peu peur de vous essouffler, et de couper votre envie de me lire...

Le prochain chapitre est l'avant dernier avant la finale des régionales !

Je vous laisse, merci de continuer cette histoire et de me suivre dans cette aventure. N'hésitez pas à commenter pour me soumettre n'importe quel propos, et à partager cette histoire si elle vous plaît. On se retrouve la semaine prochaine, d'ici là prenez soin de vous !

Je vous embrasse.