Et voilà le chapitre 37 :3

Le chapitre 38 aura un peu de retard, mais si tout va bien, vous l'aurez ce week-end.

Pour certaines raisons *tousse* Noël *tousse*, les chapitres 39 et 40 ne sortiront pas avant le 7 janvier.

Sur ce, bonne lecture !


"Nii-san, tu as bientôt terminé ?" demanda Yukio en passant la tête dans l'encadrement de la porte.

"Laisse moi encore deux minutes !" siffla Rin derrière la pile de vêtements qu'il portait dans les bras. Il les suspendait un à un sur les cintres du placard. Il entendit Yukio soupirer.

"Tu sais, si tu étais plus organisé, tu ne te retrouverais pas dans des situations de ce genre." Yukio croisa les bras. "Ils seront là d'une minute à l'autre. Tu ferais mieux de finir rapidement si tu veux être en mesure de recevoir Ryûji-kun et les autres."

"Si j'ai dit que ça ira, c'est que ça ira !" Rin jeta une chemise sur Yukio, qui ne put pas la rattraper à temps à cause de ses bras croisés. "Et maintenant viens m'aider ou va déranger le vieux !"

Yukio retira la chemise de son visage, qu'on pouvait qualifier d'assez crispé à la manière dont son sourcil tressautait. "Tu as de la chance que je suis là."

"Ouais," souffla Rin tandis que Yukio commençait à ramasser le reste des vêtements entassés sur le lit inutilisé au fil des mois durant lesquels ils avaient résidé ici. À présent, ils devaient tout ranger. Le reste de leurs camarades de l'école d'exorcisme étaient en route et Yukio et Rin allaient partager leurs chambres avec leurs amis. Les autres élèves allaient être répartis dans les chambres vacantes. Même si les deux garçons étaient assez enthousiastes à ce sujet, il était clair que Rin avait beaucoup de travail à faire pour que sa chambre devienne habitable pour deux personnes.

Mais avec l'aide diligente de Yukio, le travail fut fait beaucoup plus rapidement et ils purent rejoindre leur père à la porte à temps pour l'arrivée du petit groupe d'élèves.

"C'est ici qu'on va habiter ? On dirait un dépotoir..." Izumo fourra son sac dans les bras de Shiemi avant de croiser les bras.

La jeune fille blonde accepta sans se plaindre. Paku fronça les sourcils avant de se pencher pour lui murmurer doucement.

"Moriyama-san, tu n'es pas obligée..." commença-t-elle, mais Shiemi l'interrompit d'un geste de la main en souriant.

"Ça ne me dérange pas !" dit-elle avec un air joyeux. "C'est naturel de s'aider entre amies !"

Ce genre d'échange n'était pas une nouveauté. Les filles suivaient cette routine depuis maintenant une semaine : Izumo donnait des ordres à Shiemi, cette dernière lui obéissait aussitôt, et Paku se sentait de plus en plus mal à l'aise face à cette situation. Les garçons, eux aussi, commençaient à se sentir assez frustrés de l'état des choses, mais ils n'étaient pas sûrs de savoir comment intervenir.

"Ce n'est pas une bonne idée de s'en mêler," avait dit Shima quand Rin avait exprimé son désaccord. "Les filles peuvent êtres vicieuses, mec. Laisse-les résoudre leurs propres problèmes. Ou attend que les profs s'en occupent. Je suis sûr qu'ils ne laisseront pas ça continuer éternellement."

Rin n'avait pas été pleinement satisfait de cette réponse, mais réprimait toujours les commentaires cinglants qui ne demandaient qu'à sortir de sa bouche. Même à présent, il pouvait les sentir remonter pendant qu'il regardait le sourire béat de Shiemi alors qu'Izumo la traitait comme un chien.

"Bien, bien. Entrez tous, et nous déciderons où tout le monde dormira. Ensuite, nous nous rejoindrons tous à la cafétéria pour le dîner et nous aurons une réunion pour vos horaires de la semaine prochaine." Shiro sourit et ouvrit la porte en grand, les faisant entrer. Alors qu'ils passaient la porte, Kuro apparut, sautant sur l'épaule de l'homme en ronronnant une salutation. Shiro le gratta sous le menton en fermant la porte.

"Le premier étage est libre. Tout le monde peut y aller. Il y a une salle commune, la cafétéria, et beaucoup de pièces vides où la plupart de nos activités de cette semaine auront lieu." Shiro se tenait devant le groupe, indiquant les couloirs par des gestes de la main. "Les garçons dormiront au deuxième étage. Ce sera deux par chambres. Suguro-kun cohabitera avec Okumura-kun, Shima-kun avec Okumura-sensei, Yamada-kun avec Takara-kun, et Miwa-kun aura une chambre pour lui tout seul. C'est d'accord ?"

Tous les garçons acquiescèrent à l'unisson, sauf Ryûji, qui semblait insatisfait de la répartition des chambres.

"Excusez-moi, sensei. Est-ce que Konekomaru pourrait dormir avec nous ? Il y a suffisamment de place dans la chambre de Rin pour un de plus. Ça ne me dérange pas de dormir sur un futon."

"Bon..." Konekomaru leva les yeux vers Ryûji avec surprise. L'adolescent plus grand fronçait les sourcils. Même s'il se sentait touché par cette proposition, Konekomaru secoua la tête. "C'est bon. Tu n'es pas obligé d'en arriver là," protesta-t-il sagement.

Shiro sourit doucement et leva une main devant lui. "Désolé, Suguro-kun. J'ai bien peur que nous en restions à deux par chambre."

Rin se tourna vers son ami. "Si tu veux aller avec Konekomaru, ça me dérange pas," murmura-t-il, mais Shiro poursuivait déjà, ne laissa plus place à aucune protestation.

"Les filles seront au troisième étage. Kamiki-san et Paku-san seront ensemble et Moriyama-san aura une chambre pour elle toute seule." Shiro fouilla dans la poche de son manteau. "Il est strictement interdit aux garçons de se rendre au troisième étage. Même si les filles ne s'y trouvent pas. Pour s'en assurer, la cage d'escalier du troisième étage sera surveillée par un garde."

Shiro déroula le petit morceau de papier qu'il avait sorti de sa poche et mordit l'intérieur de son pouce. Il étala le sang de la petite coupure sur le cercle magique du papier. Après avoir murmuré quelques mots, le papier se mit à briller et quelque chose en sortit avant de grimper sur l'autre épaule de Shiro. La lumière disparut et laissa apparaître un autre Cat Sith. Toutefois, celle-ci avait la fourrure blanche avec des tâches orange et brunes. Ses yeux étaient dorés et brillants. Elle frotta sa tête contre la joue de Shiro.

'Coucou Shiro ! Tu vas bien ?'

Shiro sourit au Cat Sith et hocha la tête en la grattant légèrement derrière les oreilles. Kuro poussa un soupir depuis son autre épaule.

"Les enfants, voilà Tamiko. Elle gardera le troisième étage pour cette semaine."

Tamiko se redressa et poussa un miaulement. 'Ravie de vous rencontrer ! J'espère que nous nous entendrons bien.'

Kuro rougissait et souriait, remuant ses deux queues. Il posa ses pattes avant sur la tête de Shiro. 'Salut, Tamiko !'

Le Cat Sith de couleur calico leva les yeux et lui sourit joyeusement. 'Bonjour, Kuro. C'est agréable de te revoir.'

'Aaaah ~' Kuro se pencha et frotta sa tête contre la tempe de Shiro. 'Elle est tellement belle... !'

"Tu n'as pas d'autre endroit où te mettre ?" demanda Shiro en riant, et Kuro se rassit correctement. Avec un miaulement réticent, mais obéissant, Kuro sauta de l'épaule de Shiro et Yukio lui ouvrit la porte pour lui permettre de sortir.

"Très bien. Tous à l'étage. Tamiko guidera les filles dans leurs chambres, et je guiderai les garçons. Vous pourrez vous installer, et le dîner sera servi dans vingt minutes !"

"Oui, Sensei !"

Cette fois-ci, tous les élèves avaient acquiescé en chœur. Bien sûr, une fois que les filles eurent disparu au troisième étage, Shima ne put s'empêcher de lancer un coup désireux en direction de l'escalier.

"Ah, quel dommage," murmura-t-il. Son commentaire fut ignoré par tous, sauf Yukio qui lui jeta un regard significatif, et une claque sur l'épaule.

Ryûji fronçait encore les sourcils à propos de leur répartition dans les chambres, mais ne protesta pas une nouvelle fois, apaisé par le hochement de tête silencieux de Konekomaru. Une fois qu'il entra dans la chambre de Rin, cependant, Ryûji se rendit compte que cet arrangement était pour le mieux. Bien que la queue de Rin soit encore cachée sous sa chemise, Ryûji avait aperçu la légère contraction de cette dernière sous le tissu. Le mouvement avait été faible, mais assez pour lui faire comprendre plus clairement le raisonnement de Shiro.

Et si Konekomaru était venu avec nous, Moriyama-san aurait aussi fini avec les autres filles,réalisa-t-il un peu tardivement.

Comme d'habitude, le père de Rin semblait avoir pensé à tout. Ryûji n'aurait pas dû douter de son jugement.

Rin faisait un signe de main à Konekomaru que Shiro conduisait dans sa chambre quand il se retourna vers Ryûji. "C'est Ukobach qui cuisine aujourd'hui. Désolé," dit-il avec un petit rire. "Mais c'est moi qui ferait le repas de demain !"

À cette annonce, toute l'attention de Ryûji se porta sur lui.

"... Je suppose que t'avais pas le temps aujourd'hui, hein ?"

Pour Ryûji, qui passait rarement une journée sans manger un plat de Rin, c'était une déception, mais il n'allait pas se plaindre.

"Je devais ranger ma chambre avant ton arrivée," avoua Rin avec un sourire penaud. "Déballe tes affaires pour le moment. Ensuite, on pourra manger et aller s'amuser, non ?" Son sourire s'élargit.

"J'aurais dû m'en douter." Bien qu'il avait jeté à Rin un regard désapprobateur, la seconde d'après, il secoua la tête avec regret. "Très bien, file-moi un coup de main alors."

Ils mirent ensemble les vêtements de Ryûji dans un placard vide. Quelques livres étaient empilés sur le bureau adjacent au lit et Ryûji aida Rin à ranger ses propres affaires une fois qu'il eut fait les siennes.

Rin grimaça devant les réprimandes de son ami, mais au fond, il était ravi que Ryûji dorme avec lui. Les examens et les cours prévus pour cette semaine semblaient de simples obstacles sur la route menant à son véritable objectif, qui était de passer du temps avec Ryûji. Cette semaine allait être géniale.

Il lui fallu une certaine énergie pour empêcher Ryûji de continuer à réorganiser toutes ses affaires, et ce fut quand Yukio finalement toqua à la porte, que Rin réussit à tirer l'adolescent plus âgé hors de la salle et rejoindre le groupe à l'étage inférieur. Ukobach avait redoublé d'efforts et ils mangèrent tous ensemble en discutant joyeusement. Rin essaya d'entraîner Shiemi dans la conversation tandis qu'Izumo ignorait tous ses efforts pour la faire réagir, même si cela semblait difficile étant donné sa détermination à attirer l'attention de sa nouvelle "amie". Izumo avait finalement répondu et demandé de la sauce soja, et une Shiemi plus qu'heureuse se leva aussitôt pour la récupérer à l'autre bout de la table avant même que les garçons ne puissent proposer de la faire passer. Rin saisit le chapelet autour de son poignet, essayant de garder son calme.

Après la disparition du contenu de la plupart des plats, et une fois que le dessert fut mangé, Shiro se leva.

"Très bien. Le programme de cette semaine est un peu dure, je l'admets. Mais nous serons tous dans le même bateau et, rassurez-vous, ça semble pire que ça ne l'est en réalité." Shiro sourit aux adolescent qui levaient les yeux dans sa direction. "En fait, vous avez de la chance. Nous n'avions pas la possibilité de disposer d'un camp d'entraînement durant cette session à cause du manque de place. Mais ce dortoir nous fournit tout ce dont nous avons besoin. Aujourd'hui, nous allons commencer avec un temps de permanence. C'est votre chance, si vous n'avez pas fait vos devoirs, de vous faire aider par Okumura-sensei et moi-même. Vous pouvez également vous aider les uns les autres. Si vous avez déjà fait vos devoirs, n'hésitez pas à réviser tout ce que vous voulez. Vous pouvez même demander de l'aide pour les matières normales.

"Nous resterons dans la salle d'étude pendant deux heures. Après cela, vous recevrez un aperçu de l'examen écrit pour devenir aspirant. Vous passerez plusieurs examens pratiques cette semaine pour nous assurer que vous êtes tous bien prêts. N'oubliez pas que la théorie est seulement un guide et que l'étudier juste en tant que tel ne vous garantit pas de passer en classe supérieure." Shiro mit ses mains sur sa taille et continua. "Chaque soirée se déroulera de la même manière. Le dîner, deux heures dans la salle d'étude suivies d'un examen ou d'une révision. Ensuite, vous serez libre d'aller au lit ou faire ce que vous voulez, mais le couvre-feu est à 11:30 pour tout le monde. Tout le monde a compris ?"

Rin se gratta l'arrière de la tête avec une petite grimace, mais répondit par l'affirmative comme ses camarades.

"Deux heures entières..." gémit Shima une fois que Shiro fut sorti de la salle. "C'est de la torture," se plaignit-il en s'affaissant sur la table.

"Tu ne croyais tout de même pas que ça allait être une partie de plaisir, si ? C'est censé être une préparation pour votre examen," dit Yukio en empilant les assiettes sur un plateau. "J'ai du travail à faire, mais je reviens bientôt. Ne soyez pas en retard pour la session d'étude."

"Oui maman," se moqua Rin.

Quelques temps plus tard, les filles se dirigèrent vers leurs chambres. Rin fronça les sourcils en voyant Shiemi se hâter de rattraper Izumo et Paku, mais fut distrait par Ryûji, qui se rassit sur sa chaise.

"Bon, on a une heure à tuer. Tu veux faire quoi ?" demanda l'adolescent.

Le regard de Rin s'attarda encore un moment sur les filles, mais il s'en détacha finalement et sourit à Ryûji. "Tu veux m'aider à cuisiner les bento de demain ?"

Shima étouffa un ricanement à cette suggestion. "T'es sûr que c'est une bonne idée ?" Il regarda Ryûji d'un air aussi narquois que son sourire. "La dernière fois que Bon a essayé de faire un truc, sa mère l'a exclus de la cuisine pendant un mois. D'ailleurs, je n'ai toujours aucune idée de ce qu'il essayait de faire," dit-il à Rin.

Ryûji lui lança un regard mauvais.

"C'était un accident," déclara-t-il. "Et je ne suis plus un gamin. Je peux très bien cuisiner."

"Ah bon ? Alors pourquoi t'as plus essayé de cuisiner après ce jour ?" rétorqua Shima d'un air suffisant.

Les yeux de Ryûji se plissèrent.

"C'est pas parce que je n'ai pas cuisiné depuis que ça veut dire je ne peux pas. Je peux cuisiner, et je vais te le prouver !"

Un petit ricanement suivit cette déclaration, mais Ryûji ne l'entendit pas, et se leva avant de se diriger vers la cuisine, les épaules droites et le menton haut.

"Allez, Rin !"

Le demi-démon aurait bien voulu en savoir plus sur ce fameux incident, mais il rejoint son ami. "Attends, Ryûji." Il saisit le bras de son ami qui s'apprêtait à entrer et passa la tête dans la cuisine. "Hé, Ukobach ! C'est mon ami. Il va m'aider à cuisiner, aujourd'hui. Est-ce que ça te va ?"

Le petit démon leva les yeux de l'évier où il commençait à laver la vaisselle et les casseroles et sourit avant de pousser un petit cri heureux. Rin lui répondit par un sourire.

"Merci !" Il se tourna vers Ryûji et lui tapota l'épaule. "On peut pas entrer comme ça ici," expliqua-t-il avant de saisir son tablier accroché au mur et de le passer par-dessus sa tête.

"Ah désolé," dit Ryûji en jetant un bref coup d'œil à Ukobach. Il avait dû parler plus fort qu'il ne l'avait pensé, car quelques secondes après, il entendit Shima l'interpeller depuis la cafétéria.

"T'as déjà cassé quelque chose ?" cria l'adolescent aux cheveux roses.

Ryûji se crispa un peu, mais il fut profondément satisfait d'entendre son ami d'enfance pleurnicher un instant plus tard. Konekomaru devait avoir réprimandé Shima à sa place.

"Alors, on fait quoi ?"

Ryûji jeta un regard aux boîtes à bento empilées sur le plan de travail avant de se tourner vers Rin, dans l'expectative.

"Hmm..." Rin termina d'attacher son tablier en se dirigeant vers le frigo. Il regarda à l'intérieur, réfléchissant un moment. "Est-ce que tu sais faire du riz ?" Ryûji fronça aussitôt les sourcils.

"Bien sûr ! Qui ne le sait pas ?"

En effet, Ryûji savait faire du riz. Théoriquement, du moins. La mise en pratique fut plus laborieuse qu'il ne l'aurait cru, même s'il refusa de l'admettre. Finalement, la seule raison pour laquelle il réussit à aider Rin à préparer le déjeuner du lendemain fut Ukobach, qui se précipitait pour réparer ses erreurs dès qu'il avait le dos tourné.

Rin appréciait l'aide d'Ukobach, et il trouvait assez amusant de voir Ryûji essayer de son mieux de cuisiner. Cependant, en rangeant les boîtes à bento dans le réfrigérateur, il vit qu'Ukobach semblait fatigué et exaspéré. Il croisait les bras, debout sur le plan de travail, fixant l'adolescent musclé qui s'imposait dans sa cuisine.

"C'est quoi son problème ?" Ryûji lança à Ukobach un regard méfiant.

Rin soupira et retira son tablier. "Il dit... que tu n'es plus autorisé à entrer dans la cuisine," traduisit-il à contrecœur tandis qu'Ukobach prenait un air de plus en plus irrité.

"Hein ? Et pourquoi ?!"

Ryûji, dont la fierté avait été froissée, faillit les mettre en retard. Ils furent les derniers à arriver dans la salle d'étude, et le sourire entendu que Shima leur adressa ne fit qu'empirer son humeur. Même les révisions ne parvinrent pas à améliorer son état, et même Rin n'eut pas beaucoup de succès en essayant de lui remonter le moral.

Mais leur travail occupa bientôt toute leur attention quand Shiro lassa Yukio se charger de la surveillance durant leur premier examen. Le jeune professeur assistant leur avait assuré, mais le papier qu'il leur avait donné était loin d'être facile.

Rin se passa la main dans les cheveux, retenant un gémissement de frustration. Un petit bruit à sa gauche le fit se retourner. Ses cheveux retombèrent sur ses yeux lorsqu'il retira la pince que Ryûji lui avait donnée quand il l'avait aidé à réviser son examen d'entrée. Il soupira et la remit promptement avant de retourner affronter le monstre qu'était ce contrôle.

C'était simplement un examen blanc, pas vrai ? Alors, il pouvait juste écrire ce qu'il voulait. Mais quand il vit l'air très concentré de Ryûji... Il se sentit mal à l'idée de laisser tomber. Rin fit donc de son mieux, essayant de se rappeler des réponses de chaque question et de donner le meilleur de lui-même. Au moment où Yukio commença à ramasser les feuilles, la tête de Rin reposait sur la table, terrassé par une horrible migraine.

"C'est enfin terminé... !" Shima poussa son test en avant, mettant une certaine distance entre la feuille et lui. "C'était beaucoup trop long, sensei !" gémit-il, jetant un regard à Yukio avec une grimace exubérante.

Konekomaru, qui était assis à côté de lui, acquiesça. Il ramassa la feuille de Shima et commença à faire une pile soignée de tous les documents à sa portée.

"Au moins, c'est fini pour aujourd'hui..." dit-il. Il jeta un coup d'œil à la posture défaite de Rin et le front ridé de Ryûji. "Nous pourrions faire une pause."

"Du moment que vous prêtez attention en classe, vous aviez de bonnes chances de réussir," dit Yukio en prenant la pile de Konekomaru avant de tapoter légèrement la tête de Shima avec cette dernière. Il alla récupérer les feuilles des filles, de Yamada et de Takara.

"Hé !" protesta Shima, passant une main sur sa tête.

"Ugh. Je ne veux plus voir aucun mot pendant au moins les cinq prochaines heures." Rin releva légèrement la tête et grimaça. "Je vais me balader un peu." Il commença à se lever.

Ryûji leva les yeux vers lui. Il avait l'air fatigué, lui aussi, mais son expression était plus avenante que le visage grincheux qu'il avait affiché précédemment. "Je vais boire un verre," fit-il à haute voix. Il s'appuya contre la table et se redressa. "Tu vas dehors ? Je t'accompagne," offrit-il.

"D'accord." Rin sortit en compagnie de Ryûji et croisa les bras derrière sa tête. "Si c'était un entraînement, le vrai examen sera un vraie cata..."

"Vous aurez un quiz demain avant l'école, vous devrez vous lever à six heures !" dit Yukio depuis la salle d'étude, s'assurant que sa voix atteigne les deux adolescents dans le couloir.

Rin laissa échapper un grognement.

"T'auras pas la chance de faire la grasse mat' demain, pas vrai ?" Ryûji avait l'air légèrement amusé. Il n'était pas du tout dérangé par ce fait, étant donné qu'il se réveillait beaucoup plus tôt habituellement.

"De toute façon, c'est pas comme si j'avais la moindre chance de dormir, avec toi," grommela Rin avec un petit soupir.

"Désolé, princesse." Ryûji jeta un coup d'œil à Rin, un sourire narquois sur les lèvres. "Si vous voulez dormir, il faudra vous coucher plus tôt," le taquina-t-il.

"Qui est-ce que t'appelles princesse ?!" s'écria Rin en plissant les yeux. "On n'est pas tous des coqs qui se réveillent à l'aube, tu sais !"

"Ouais, ouais." Ryûji ne laissa paraître aucune émotion sur son visage. Puis, en s'approchant lentement, il eut un autre sourire narquois et passa un bras autour de Rin avant de lui ébouriffer les cheveux. "T'inquiète, le coq s'assurera que tu sois bien à l'heure."

"Gah !" Rin protesta copieusement et baissa la tête. "Fais pas comme si m'empêcher de dormir était une bonne chose !" se plaignit-il en pinçant durement la joue de Ryûji.

"Aïe ! Hé !"

Ils continuèrent de se chamailler tout en se rendant vers le distributeur le plus proche. Après avoir chacun pris une boisson, Ryûji décida d'accompagner Rin dehors pour prendre un peu d'air frais. Mais alors qu'ils marchaient dans le couloir, ils croisèrent Shiemi. La jeune fille fixait le sol, son visage caché par ses cheveux, mais la tension dans ses épaules était clairement visible. Ils s'arrêtèrent quand Shiemi passa devant eux, et les yeux de Rin ne la quittèrent pas une seconde.

"Ryûji. Je dois lui parler. On se retrouve plus tard, d'accord ?" Il n'attendit pas la réponse de son ami et courut immédiatement vers la blonde. "Shiemi !"

Le corps de Shiemi se tendit et elle s'arrêta net en entendant la voix de Rin. Elle ne voulait pas se retourner. Elle ne voulait pas que quelqu'un voit l'expression malheureuse sur son visage. Il lui fallut quelques secondes pour se calmer.

"Rin.

Au moment où Shiemi se retourna, Rin l'avait déjà rattrapée. La jeune fille remarqua Ryûji debout quelques mètres plus loin, regardant dans leur direction, mais quand leurs yeux se croisèrent, l'adolescent détourna le regard et continua de s'éloigner. Les yeux de Shiemi revinrent se poser sur Rin. Elle fit de son mieux pour essayer de sourire.

"Tu as besoin de quelque chose ?"

"Ecoute..." Rin soupira et secoua la tête. "Shiemi, tu dois laisser tomber ces filles. Elles ne font que se servir de toi."

"H-Hein ?"

Les yeux de Shiemi s'écarquillèrent. Elle ne s'était pas attendue à ce que Rin lui dise ce genre de choses.

"Qu'est-ce que tu racontes... ?" demanda-t-elle doucement.

"Je veux dire qu'elles ne sont pas tes amies." Rin mis ses mains sur ses hanches. "No-sourcils te traite comme une moins que rien. Arrête de la laisser faire !"

Les épaules de Shiemi se tendirent. "Tu te trompes..." Bien que sa voix était faible, elle gagna lentement en force, et elle se força à croiser les yeux de Rin. "Ce n'est pas vrai... Je lui rend service, c'est tout !" dit-elle en secouant la tête, comme si ce geste pouvait l'aider à rejeter les paroles de Rin.

"Elle se fiche de toi !" insista Rin. Pourquoi ne voulait-elle pas comprendre ? Peut-être qu'il aurait été plus sage d'envoyer Ryûji lui en parler. Il s'en serait probablement mieux sorti que lui... Rin bannit aussitôt cette pensée. Shiemi était là, en face de lui. Il serait le seul à l'aider. "Tu ne lui rend pas service," poursuivit-il d'un ton plus neutre. "Tu crois vraiment à ce que tu racontes ? Tu agis comme sa bonniche !"

"En quoi c'est différent de ce que tu fais ?" cria finalement Shiemi. Son explosion fit écho dans le long couloir, et Rin se trouva à cours de mots. Elle continua, essayant de ne pas se focaliser sur son mal-être, ses doutes, sa frustration. La vérité qui transparaissait dans les mots de Rin s'opposaient à ce qu'elle voulait désespérément croire.

"Quand Suguro-kun a été blessé, et même maintenant... Ne fais tu pas toujours des choses pour lui ? L'aider quand tu le peux ? Tu essaye de le rendre heureux, non ?!"

Shiemi sentait ses ongles s'enfoncer dans ses paumes.

"Kamiki-san est... Je sais que nous ne sommes pas encore proches mais j'essaye juste de..."

J'essaye juste d'avoir ce que vous avez, toi et Yukio, pensa-t-elle, se sentant envieuse et coupable pour cela.

"Ce n'est pas du tout pareil !" Rin la saisit par les épaules. "Ryûji a besoin de mon aide ! Et d'ailleurs, il m'aide aussi. Ryûji est toujours là pour moi. Il me soutient et me fait sentir mieux. Il m'aide à faire mes devoirs et à réviser. Il veille sur moi ! Qu'est-ce qu'elle a fait pour toi ?!" Ses doigts se resserrèrent. "Ce n'est pas de l'amitié !"

"Alors qu'est-ce que je peux bien faire d'autre ?!" Les yeux de Shiemi commençaient à se remplir de larmes. Elle fit un pas en arrière, repoussant la poitrine de Rin en se forçant à ravaler ses larmes. "Tu es fort et tu as toujours eu des amis, tu ne peux pas comprendre ce que je ressens !"

C'est après ces mots que Shiemi craqua. Incapable de continuer à faire face à Rin, elle se retourna et s'enfuit dans le couloir.

Rin écarquilla les yeux. Non... tu as tort... je sais ce que c'est de se sentir seul... Il serra les poings et courut après elle, mais au moment où il attrapa son poignet, un cri aigu résonna dans le couloir. Rin se retourna. Son instinct criait danger, et il saisit la sangle autour de son épaule.

"Shiemi, va chercher de l'aide !" cria Rin, leur dispute précédente oubliée, avant de s'élancer en direction de l'endroit d'où provenait le cri. Il regarda autour de lui et alors qu'il était sur le point de commencer à défoncer désespérément des portes au hasard, il sentit une présence sinistre dans le vestiaire des filles.

Quand il ouvrit la porte, il ne s'attendait pas à la scène qui l'accueillit, et il sentit un poids dans son estomac.

Une grande, monstrueuse goule se tenait au-dessus de Paku, étendue sur le sol, apparemment inconsciente. Quelques mètres plus loin, Izumo, en sous-vêtements, était au sol et ses renards semblaient s'être retournés contre elle.

"D-Déchire le papier !" Rin s'était immédiatement rappelé ce que Nehaus leur avait enseigné. Izumo mit un moment à réagir et s'exécuta. Une fois le papier déchiré, les renards disparurent avant d'avoir pu attaquer à nouveau. Par contre, la goule en face d'eux était encore un problème.

"Rin !"

"S-Shiemi ?"

Le jeune fille blonde se précipita dans la pièce. Elle n'avait pas tenu compte de la demande de Rin, et l'avait suivi jusqu'ici. Elle fut choquée en voyant Paku sans connaissance, mais se reprit vite, et fit un pas en avant avec détermination.

"Retiens le démon pendant que je guéris Paku-san !" lui dit-elle.

Ce n'était pas le moment de protester. Mais que pouvait faire Rin. Avec tous ces témoins, il ne pouvait pas utiliser son sabre...

"Merde !" Rin s'élança et utilisa le fourreau de son épée, frappant la goule de toutes ses forces. "Allez, gros tas de morve ! Par ici !" Il courut dans la direction opposée des filles, prêt à se battre avec son arme improvisée.

'P... ri... n... ce...'

Le souffle de Rin se bloqua dans sa gorge. Cette chose venait de parler ? Elle l'avait appelé-

Il avait baissé sa garde suffisamment longtemps pour que la goule en profite et saute sur lui. Elle saisit sa tête et le projeta dans la salle de bains. Il n'eut pas le temps de reprendre son souffle que la créature était déjà sur lui, ses doigts en décomposition s'enroulant étroitement autour de sa gorge.

Rin essaya de crier, mais rien ne vint.. Il essaya de se défaire de l'emprise de la goule, mais elle était trop forte.

'Par... donnez... moi...' La voix de la goule était cassée et décousue. Elle remplit l'esprit de Rin comme une fumée étouffante. 'Je ne fais... qu'obéir... aux ordres... de mon maître...'

Satan ?! Rin étouffait et pouvait sentir sa peau brûler. De petites langues de flammes bleues commencèrent à lécher sa peau avant de disparaître, pour être remplacées par d'autres. Comme si elles le suppliaient.

Le suppliaient d'utiliser leur pouvoir.

J'ai plus le choix... Rin commença à tâtonner le sol, essayant de trouver son sabre. Il était plus proche qu'il ne le pensait. Comme s'il voulait être utilisé. Il le devait. Il ne pouvait pas se battre sans lui. Ses doigts se courbèrent autour de la poignée et son pouce commença à pousser l'épée hors du fourreau.

"NII-SAN !"

Des coups de feu remplirent la salle et la goule lâcha Rin avec un cri de douleur. Elle s'enfuit aussitôt, grimpant au mur et se jetant à travers la fenêtre en hurlant. Rin toussa et se tourna sur le côté, serrant son sabre contre sa poitrine et s'assurant qu'il était bien fermé.

"Yukio..." Il leva les yeux vers son frère qui abaissait son arme. "Tu es en retard !"

"Rin !"

Ryûji, Shima et Konekomaru arrivèrent en courant derrière Yukio. Le trio analysa rapidement la scène, leurs yeux passant de Rin à Shiemi, agenouillée devant le corps inconscient de Paku. Le regard de Ryûji resta fixé sur Rin. Maintenant que le monstre avait disparu, Yukio avança pour examiner Paku. Shiemi leva les yeux vers lui et commença à lui expliquer rapidement ce qui s'était passé, mais Ryûji n'écouta rien de toute cela. Il se trouvait déjà devant Rin avant même de l'avoir réalisé.

"Tu vas bien ?" chuchota-t-il en l'aidant à se relever. "Qu'est-ce qui s'est passé ?"

"Ça va... " fit Rin d'une voix rauque. Les ecchymoses sur son cou disparaissaient déjà, mais il était plus occupé à enrouler à nouveau le Kurikara dans le tissu rouge. "Ce... démon est entré et a attaqué-" Il s'interrompit et se leva rapidement, se précipitant vers les trois filles qu'il avait laissé derrière.

Paku et Shiemi semblaient aller bien, et Yukio avait félicité cette dernière pour son excellent réflexe. Les blessures de Paku étaient recouvertes par de grandes feuilles vertes et elle murmura un merci à la fille en kimono. Shiemi semblait aux anges, et sourit en rougissant. Mais Izumo... ? Rin regarda autour et vit son pied dans le coin derrière les casiers. Elle était blessée elle aussi ? Rin se précipita vers elle, et ce qu'il vit le choqua.

Izumo sanglotait, les poings serrés et la mâchoire contractée. "Ne... Ne me regarde pas... Je suis pathétique... Je n'ai même pas pu sauver ma seule amie..." Elle s'étranglait avec ses larmes, les épaules tremblantes. Ces mots étaient si contraires à sa personnalité. Il lui était difficile de d'associer cette image avec la frustration qu'il avait ressenti devant son attitude durant toute la semaine. Rin fronça les sourcils et fit aussitôt la seule chose qui lui vint à l'esprit. Il retira sa chemise et la laissa tomber sur Izumo.

"Enfile ça et dépêche toi d'aller rejoindre les autres," dit-il.

Les yeux d'Izumo s'élargirent, mais elle n'osa pas le regarder. Elle se leva rapidement et enfila la chemise. À ce moment, Ryûji arriva derrière Rin. L'adolescent le plus grand se pressa contre le dos de Rin et agrippa son épaule, l'éloignant de Izumo et le collant quasiment contre lui.

"Rin," siffla-t-il avec urgence dans son oreille, jetant un regard en arrière pour s'assurer que personne d'autre ne les regardait. "Ta queue !"

C'est alors que Rin pris conscience de l'appendice velu maintenant coincé entre son dos et la poitrine de Ryûji.

"... Oups."