Disclaimer : Cf Chapitre 1

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Mystical est ma bêta... Merci à elle...

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Procès Et Révélations 1/2

Jeudi 14 novembre 1996

Acte 1 : Au point Du Jour

Harry

Voilà, nous y sommes…

Le procès de Pansy Parkinson débute aujourd'hui…

Le jour point à peine, mais tout le monde s'active déjà avec vivacité dans l'annexe de l'infirmerie. On se croirait dans une fourmilière…

Madame Pomfresh va de l'un à l'autre de ses protégés, distribuant Potions et recommandations diverses, sur un ton brusque qui contraste avec l'inquiétude exprimée par son regard… Et Richard lui assure inlassablement que Madame Prewitt et lui-même prendront soin de ses patients et ne les quitteront pas du regard un seul instant…

Madame Malfoy et Molly sont fébriles, papillonnant autour de Draco, Ginny et Théo, pour ajuster un col soi-disant mal mis, lisser une chevelure soi-disant mal lissée, effacer une trace inexistante sur une joue…

Elles sont inquiètes, elle aussi, de voir leurs petits livrés en pâture aux curieux qui viendront assister au procès et des articles qui paraîtront dans les journaux et magazines…

Draco, Théo et Ginny sont anxieux. Car ils sont loin d'être remis, aussi bien physiquement que psychologiquement, des tortures infligées par Parkinson et vont pourtant devoir faire face à leur bourreau…

C'est l'heure. Tout le Comité Principal est là, dans le couloir, pour les encourager et les escorter jusqu'au pied de l'escalier tournant du bureau du Directeur, d'où Hagrid les portera dans ses bras, pour le transport en Cheminette, directement là-bas, au Ministère…

Des Aurors les réceptionneront et les conduiront, en fauteuil roulant pour ménager leurs forces, au niveau 10 du Ministère, dans une petite pièce attenante à la Salle d'Audience de la Cour de Justice, réservée aux témoins, dans laquelle nos camarades attendront d'être appelés…

Ils seront sous bonne garde, nous a assuré Arthur. Et personne ne pourra les approcher…

Je voudrais pouvoir les accompagner. Je voudrais pouvoir être à leurs côtés, quand ils seront appelés par le Président de la séance et devront s'avancer dans l'hémicycle empli de curieux. Je voudrais pouvoir leur tenir la main, quand ils devront croiser le regard de Pansy Parkinson…

Mais je vais devoir rester ici, à attendre qu'ils reviennent…

Merlin ! Que cette journée va être pénible !

Surtout pour Draco, Ginny et Théo…

Nous y sommes… L'escalier est là, attendant Draco, Théo et Ginny.

C'est le moment de les quitter, de les laisser partir vers le Ministère…

Ron embrasse tendrement sa sœur et lui murmure un mot d'encouragement à l'oreille… Et une bêtise, bien sûr, pour la faire sourire.

Je l'embrasse moi aussi, avant que Hagrid ne la prenne dans ses bras, puis je me tourne vers mes frères et je les serre sur mon cœur…

Ils ne sont pas encore partis, mais ma gorge est déjà nouée d'angoisse…

Pourvu que tout se passe bien !

Pourvu que personne ne leur fasse du mal encore !

OoOoOoO

Algie

La Grande Bibliothèque d'Athènes est une véritable mine d'or d'informations, pour qui sait s'y retrouver… Le classement des Sorciers Grecs est vraiment particulier et il faut un très bon guide, un expert, pour découvrir la perle rare dans tout ce dédale d'étagères surchargées d'ouvrages plus précieux et plus anciens les uns que les autres…

J'en ai le tournis…

Quatre jours ou plutôt quatre nuits, que nous sommes ici, Rupert et moi-même, nous cachant comme des voleurs, pour plancher sur des Papyrus qu'il faut manipuler avec moult précautions si l'on ne veut pas qu'ils s'effritent, emportant dans leur poussière les précieux renseignements, patiemment consignés par les grands érudits égyptiens de cette lointaine époque où la vallée du Nil connaissait la richesse et était le plus grand berceau culturel du Monde Sorcier…

Depuis, cette vallée a perdu son prestige. Ses palais et ses grandes pyramides ont été pillées et les joyaux de sa Bibliothèque éparpillés aux quatre coins de l'Europe et de l'Amérique du Nord…

Je suis un amoureux des arts et de la culture depuis toujours et j'ai parcouru les Mondes Sorcier et Moldu, pour visiter les plus beaux musées, les Bibliothèques les plus prestigieuses, les plus magnifiques jardins botaniques et les lointaines contrées où vivaient jadis les Grandes Civilisations…

Aztèque, Maya, Etrusque, Inca, Perse, Mésopotamienne, Babylonienne, Grecque, Egyptienne, Tibétaine…

Chaque lieu, chaque culture a reçu l'offrande de mon temps, de mon intérêt, de ma passion, de mon insatiable curiosité …

J'ai laissé couler entre mes doigts des pièces de monnaie rares, j'ai caressé les tissus les plus soyeux, j'ai contemplé les joyaux les plus précieux, j'ai revêtu une armure d'or et de vermeille…

Mais jamais, je n'avais eu encore l'occasion de lire des documents aussi anciens, aussi riches d'enseignements… Et je suis fasciné… Emerveillé…

« C'est pas ici qu'on va trouver ce qu'on cherche, Al. Faut se faire une raison… Le jour se lève, faut partir avant que quelqu'un n'arrive et nous voit. Il est temps de se mettre en chemin pour notre prochaine destination…» me ramène à la réalité, la voix bourrue de Rupert…

Je soupire.

Il a raison. Aussi envoûté que je sois par ces lectures, elles ne mènent à rien de ce que nous cherchons.

Mon ami d'Istanbul m'avait prévenu qu'il ne fallait pas fonder trop d'espoir si nous venions ici, bien que cette Bibliothèque vaille le détour et que nous y fassions quelques recherches, ne serais-ce que pour vérifier ou écarter quelques pistes susceptibles de nous intéresser..

Je referme doucement le porte-document de cuir qui protège les précieux papyrus en son sein et le remet à notre guide, pour qu'il le range à sa place, le payant grassement pour ses services et le temps qu'il nous a accordé.

Je sais que ma générosité à son égard, me garantira sa discrétion et sa fidélité indéfectible. Il ne révèlera jamais que nous sommes venus ici, Rupert et moi.

Et, parce qu'il sait, comme tous les grands érudits de ce monde, ce qu'il advient des livres et ouvrages anciens, quand les despotes arrivent au pouvoir, il égarera les Mangemorts dont je lui ai parlé, dans des recherches fastidieuses et vaines, s'ils viennent ici…

Les Dictateurs, Hommes du Pouvoir Extrémiste et Exclusif, n'aiment pas les livres… Ils sont leurs ennemis… Alors ils les détruisent, ils les brûlent en place publique, pour soustraire à la curiosité des peuples, les connaissances et les savoirs qu'ils renferment … Pour garantir leur ignorance, maintenir leur esprit dans la pauvreté, leur ôter les instruments qui pourraient nourrir leur réflexion et leur rébellion contre l'autorité en place…

Je me lève et m'étire longuement, puis rassemble les quelques parchemins sur lesquels j'ai consigné des notes, dans un code personnel dont seul Albus et moi-même possédons la clé, prends congé de notre guide auquel je promets de revenir pour étudier avec lui toutes ces merveilles dont il est le gardien attentionné et je sors de la Bibliothèque par la petite porte, en compagnie de Rupert qui s'est assuré que personne ne pourra nous voir…

Le Soleil, voilé par des nuages épars, entame à peine sa course vers son zénith…

Rupert et moi remontons la rue vers le centre de la ville Sorcière. Nous allons prendre un petit déjeuner copieux dans une auberge, puis nous nous perdrons dans la foule et le dédale des venelles, déambulant nonchalamment parmi les chalands et nous sortirons du monde Sorcier, pour entrer dans le monde Moldu touristique. Nous prendrons alors un car local, pour nous enfoncer dans l'arrière pays et, quand nous serons absolument certains que nous ne sommes pas suivis, nous Transplanerons vers Serrès où nous prendrons de nouveau les transports Moldus, pour notre prochaine destination…

Brasov, le joyau des Carpates…

OoOoOoO

Draco

C'est Kingsley Shackelbolt qui me réceptionne au sortir de la cheminée.

Hagrid me pose doucement dans le fauteuil dont le chef des Aurors tient les poignées, prêt à me convoyer déjà vers notre destination. Ma cousine Tonks est là, elle aussi, et elle m'embrasse sans cérémonie pour me dire bonjour.

Et Edna, la sœur de Miranda, vient me donner une chaleureuse poignée de main…

Je suis touché, très touché de ce geste.

Je ne cesse d'être étonné, soulagé, ému et heureux de constater que plus personne, parmi mes amis et connaissances, ne m'assimile à mon père. La rupture entre lui et moi est bien consommée à leurs yeux…

Maugrey nous bouscule, de son ton bourru, affirmant que ce n'est pas le lieu le plus approprié pour s'adonner aux civilités et que nous ferions mieux de nous dépêcher de nous mettre à l'abri.

Il n'y a pourtant pas âme qui vive dans l'Atrium du Ministère. Il est trop tôt encore. Ses portes ne seront ouvertes que dans une demi-heure.

Nouvelles mesures prises en juin dernier, pour que le Ministère ne reçoive plus de visiteurs indésirables la nuit. Toutes les issues sont soigneusement fermées à la fin de la journée.

A part celle qui donne directement chez les Aurors où il y a de toute façon toujours quelqu'un en faction, seule la cheminée par laquelle nous sommes arrivés reste active pour les urgences et elle donne accès à un SAS que le gardien n'ouvre que sur une personne à la fois. Une personne désarmée de sa baguette qui lui sera remise après un interrogatoire serré des Tireurs de Baguette de la Brigade d'Elite… Un interrogatoire qui peut avoir lieu plusieurs heures plus tard, si les Tireurs de Baguette sont très occupés ailleurs. Et pendant ce temps, la personne reste dans une pièce sécurisée… Ce procédé est destiné à empêcher les Mangemorts de s'infiltrer par cette issue…

Nouvelle mesure, prise depuis samedi dernier…

Le Samedi Noir…

Ce n'est pas très accueillant, mais je doute que les potentielles victimes des Mangemorts s'en plaignent…

Encore faut-il, qu'elles aient le temps de s'engouffrer dans leur cheminée quand ils attaquent…

Comme nous sommes accompagnés des Aurors, nous n'avons pas besoin de nous délester de nos baguettes pour passer. Nous sommes poussés vers le côté opposé du hall, vers les ascenseurs. Kingsley en appelle un et nous montons tous dedans. Quelques secondes plus tard, une voix féminine annonce que nous sommes arrivés au niveau 9, où se situe le Département des Mystères… Nous sortons de l'ascenseur, puis les Aurors nous font Léviter dans un escalier sombre qui descend vers le niveau 10 où se trouve la Cour de Justice Magique.

Maugrey ouvre une porte et nous pénétrons dans une Salle d'Audience sinistre, aux murs de pierres sombres, faiblement éclairée et dont le centre est occupé par un siège de bois grossier d'allure inconfortable, au pied duquel gisent des chaînes…

Et dans mon esprit, j'entends le cliquetis des chaînes qui sortent du mur et glissent sur mon corps pour me retenir prisonnier, dans ce cachot où Pansy Parkinson nous a torturés, Théo et moi…

Je me sens pâlir et je frissonne, tandis que l'angoisse vient me couper le souffle…

Théo aussi est pâle, son front perle de sueur et ses mains sont crispées sur les bras de son fauteuil…

« Nous avons pensé qu'il valait mieux que vous voyez cette Salle d'Audience avant d'y être appelés à témoigner tout à l'heure. » déclare Kingsley, qui entreprend de nous expliquer comment les choses vont se passer…

Nous faisons le tour de la Salle d'Audience lentement. Je suis rassuré de savoir que c'est Amélia Bones qui présidera le Tribunal, que Percy en sera le greffier et qu'Ombrage sera absente…

Une petite table a été préparée, devant la place où siègera Madame Bones, sur laquelle il y a des parchemins, des plumes et de l'encre. En raison de mes difficultés à articuler, je serais autorisé à écrire mes réponses, m'apprend Kingsley.

Et cela me soulage…

Déjà que je devrais marcher jusqu'ici, en m'appuyant sur une canne, alors que j'ai encore de grosses difficultés à marcher ! Il n'aurait plus manqué qu'on exige de moi que je parle…

Nous nous arrêtons maintenant devant le siège, sur lequel sera assise Pansy Parkinson. Je laisse mes doigts courir sur le bois sombre, grossièrement raboté. Il y a des petites marques, certaines plus récentes que les autres, imprimés sur les accoudoirs, comme si les prisonniers avaient enfoncé leurs ongles dedans…

A quoi peut-on penser, quand on est assis sur ce siège ? A ce que l'on a fait ? Aux victimes que l'on a fait souffrir ? A Azkaban ? Aux Détraqueurs ? Aux pardons que l'on voudrait demander ? Aux regrets que l'on a ? Si oui, des regrets pour qui ? Pour les victimes ou pour soi, parce que l'on s'est fait prendre, parce qu'on va souffrir à son tour en prison ?

A quoi pouvait penser Lucius, quand il était sur ce siège en juin dernier ? Tel que je le connais, il devait mépriser chacun de ses juges, nourrir de la rancœur envers Harry et les membres de l'Ordre à l'origine de son arrestation, penser que son Maître allait le libérer bientôt…

Je l'imagine, affichant une mine fière, dédaigneuse et hautaine.

Oui, aucun regret, aucun remord n'a dû effleurer son esprit et ses pensées…

Kingsley pousse mon fauteuil et Maugrey ouvre une autre porte. Cette fois, nous arrivons dans un couloir assez large que nous franchissons sur quelques mètres avant que Maugrey ouvre encore une porte. Celle de la salle d'attente des témoins…

Elle est petite, sobrement mais confortablement meublée. Une fenêtre magique s'ouvre sur une vue de Londres. Londres aujourd'hui sous la grisaille et la pluie…

Maugrey et l'un des Aurors retournent dans la Salle d'Audience où sont resté la plupart de leurs collègues détachés à la sécurité du procès.

Richard, qui a été autorisé à nous accompagner pour veiller sur notre santé, tandis que Madame Prewitt sera dans la Salle d'Audience, prête à intervenir si nécessaire, nous sert un thé et notre attente commence…

OoOoOoO

Terry

Le soleil se lève à peine quand je me faufile silencieusement dans l'arrière-cour du Chaudron Baveur, enroulé dans une épaisse cape à capuche pour me protéger du froid mordant et des regards indiscrets qui pourraient m'observer depuis les fenêtres…

Hier, aux obsèques de mes parents, la vieille Olga Magpie m'a demandé de passer chez elle ce matin… Tôt…

Et j'ai lu, dans son regard inquiet, fiévreux, que c'était important.

Je tapote les pierres du mur et l'arcade s'ouvre.

Il n'y a pas un chat, sur le Chemin de Traverse. Les boutiques sont encore fermées, protégées par les rideaux de fer qui aveuglent leurs vitrines et je jette machinalement un coup d'œil rapide vers l'appartement de Fred et Georges.

Rien ne semble bouger là-haut. Mais je sais qu'ils sont là et qu'ils surveillent la rue, prêts à intervenir si cela s'avère nécessaire.

« On ne sait jamais, cela pourrait être un piège » ont-ils dit…

J'en doute complètement. La vieille Olga n'avait pas l'air d'être sous Imperium. Mais ils ont insisté, arguant qu'il faut bien que quelqu'un ait mis toutes ces idioties dans la tête de mes parents et pourquoi pas elle ?

« On n'est jamais trop prudent » ont-ils ajouté… Et cela m'a vraiment troublé de les entendre, eux entre tous, affirmer une chose pareille…

J'avance d'un pas.

Et les souvenirs affluent.

Je me revois, il y a quelques mois, descendant cette même rue en direction de Gringotts pour y retirer les Gallions de Grand-Mère, avant de faire vivement demi-tour en voyant mon père sortir de chez la vieille Olga justement.

Les larmes montent dans mes yeux et le chagrin me coupe le souffle…

Je n'aurais peut-être pas dû m'enfuir… J'aurais dû rester à la maison, j'aurais dû résister à mes parents, j'aurais dû les pousser dans leurs retranchements, leur faire avouer leur peur, les encourager à chercher de l'aide ou à partir loin, très loin de l'Angleterre…

Pourquoi n'ai-je pas cherché à savoir pourquoi ils adhéraient subitement aux idées de Voldemort ? Pourquoi n'ai-je pas pensé qu'ils pouvaient subir des pressions ?

Est-ce parce qu'en réalité j'avais déjà dans le cœur le souhait de partir depuis longtemps, de quitter ce nid trop feutré et silencieux, étouffant, dans lequel nous vivions ?

Pourquoi ? Pourquoi mes parents vivaient-ils ainsi ? Petites souris grises, presque coupées du monde, discrètes et réservées, parlant peu et bas, exprimant rarement leurs émotions, leurs opinions, même avec Marian et moi… Ce n'est pas Serpentard…

Sauf l'été dernier, quand tout a basculé… Et que je suis parti, laissant tout derrière moi…

Laissant la peur qui transpirait plus que jamais, qui suintait des murs de la maison…

Laissant Marian, mon petit frère…

Mon petit frère qui culpabilise tout autant que moi. Qui a les mêmes regrets que moi…

Je passe devant le salon de thé de Monsieur Willis. Il y a du bruit à l'intérieur. Des bruits de porcelaine… Des tasses et des soucoupes s'entrechoquent tandis qu'on les dispose sur les tables qui accueilleront bientôt la clientèle matinale…

Et je suis enfin devant la porte de la vieille Olga…

J'active mon micro, pour être en liaison directe avec les jumeaux et je frappe discrètement deux coups, une pause brève puis deux autres coups selon le code convenu…

Et le loquet cède. La vieille Olga m'attendait, debout, dans le hall sombre de sa petite maison. Elle me fait entrer, hâtive et craintive…

Fébrile, inquiète, épuisée…

Elle a vieilli de vingt ans et ses yeux bleus autrefois si vifs paraissent délavés…

« Entre vite au chaud mon petit et vient boire une bonne tasse de thé » dit-elle, d'une voix tremblotante, m'aidant à son habitude à me défaire de ma cape pour la suspendre à un crochet près de la porte…

Comme si j'étais encore un petit garçon…

Elle a raison. Je suis un petit garçon aujourd'hui. Un petit garçon qui pleure la mort de ses parents. Un petit garçon qui se sent perdu et coupable.

Je la laisse me guider vers le salon et m'installer sur le sofa où elle prend place également. Le thé est prêt et elle nous en verse une tasse. Je prends la mienne et en bois une gorgée. Il est fort et bien chaud.

« Comment allez-vous, Madame Magpie ? » m'enquiers-je, dans un murmure, presque gêné de troubler le silence feutré de son intérieur propre et coquet.

« Oh ! Terry ! C'est terrible ! Terrible ! Je ne peux plus dormir ! Dès que je ferme les yeux, je revois tout ! Je me revois, arrivant devant la maison ! La vitre de la porte est cassée. J'appelle tes parents, mais ils ne répondent pas ! Mon cœur bat très vite, mais j'entre quand même… Et je vois le salon dévasté, la cuisine ravagée… J'appelle encore, mais toujours personne ne répond. Alors je monte l'escalier. Tout est silencieux ! Si silencieux ! Et la porte de la chambre de tes parents est entrebâillée. Je la pousse et là… Tes parents sont sur le lit, leurs doigts entrelacés et… Oh ! Terry ! Ce sang ! Tout ce sang ! J'ai cru mourir et je suis tombée à genou… Je ne pouvais plus respirer, mon cœur me faisait si mal !… C'était si terrible ! Si terrible !… Je ne sais pas comment je suis redescendue pour appeler les Aurors depuis la cheminée… » explique la vielle Olga, les larmes roulant sur ses joues…

Elles roulent aussi sur les miennes et le silence s'installe de nouveau entre nous…

Je sais ce que mes parents ont subi. Les tortures, la souffrance, la Marque des Ténèbres grossièrement gravée sur leur poitrine, quand leur cœur battait encore… La mort… Leur corps décapité…

Et cette mise en scène macabre. Le message en lettre de sang sur le mur…

Savaient-ils ? Lucius Malfoy leur a-t-il dit qu'il allait nous envoyer leur tête, à Marian et moi ?

La Comtoise égrène le temps. Et je finis de boire le reste de mon thé. Il est tiède maintenant…

« Pourquoi veniez-vous à la maison, Madame Magpie ? Vous ne veniez jamais. Sauf pour l'anniversaire de Maman… » dis-je, posant cette question qui me turlupine depuis hier.

Après l'enterrement. C'est après l'enterrement que j'ai commencé à me poser cette question.

« Je leur ramenais quelque chose. Un paquet que ton père et ta mère m'ont confié trois jours auparavant. Je l'avais mis à l'abri, dans mon coffre à Gringotts. Je suis allée à la banque dès l'ouverture samedi matin pour aller leur rendre, comme convenu, juste avant leur départ, vers les 10H00. » me répond la vieille Olga, en reniflant un peu.

Un paquet… Que contenait-il ? Pourquoi mes parents le lui avaient-ils confié ?

La vieille Olga se mouche, puis range son mouchoir dans la poche de sa robe, avant de tirer un paquet assez volumineux de dessous un coussin qui se trouve entre nous deux et de me le tendre.

Il est lourd dans ma main.

« Ton père voulait vous remettre ce paquet à Marian et toi, avant de partir pour l'Australie. Je n'ai parlé de cela à personne. Personne. Pas même aux Aurors. Je leur ai seulement dit que j'étais venue pour leur faire mes adieux. Je ne sais pas ce que contenait ce paquet, mais je sais que c'était important pour ton père et pour ta mère aussi. » me précise-t-elle en reniflant encore.

Cette histoire m'intrigue de plus en plus, mais je résiste à l'envie de déchirer le papier brun épais et de regarder immédiatement ce qu'il cache.

Je le ferais avec Marian…

« Tu sais, Terry, ta mère comptait beaucoup pour moi. Elle était comme la fille que je n'ai jamais eue. Je l'ai souvent gardée, quand ta Grand-Mère a dû aller travailler après la mort de ton Grand-Père. C'était une petite fille secrète, mais très intelligente et courageuse. Et ton père était quelqu'un de bien, brillant et courageux lui aussi. Mais j'ai noté que quelque chose les tracassait tous les deux depuis quelques années. Quelque chose de grave, assurément. Et ils étaient inquiets. C'était quelque temps après la mort de ta Grand-Mère… Oui, quelque chose les tracassait. Mais ils ne m'en ont jamais parlé. Et je n'ai pas posé de question. S'ils ne me disaient rien, c'est qu'il ne fallait pas que je sache.

Cependant, quand tu es parti de la maison l'été dernier, ton père m'a raconté une histoire qui m'a étonnée. Une histoire bizarre de chute qui t'aurait mis le cerveau à l'envers. Il voulait que j'en parle à tout le monde, que je demande aux gens de venir me dire s'ils te voyaient errant quelque part. Il est allé raconter la même chose au vieux Tom… Je ne sais pas où il voulait en venir avec cette histoire, mais ça lui tenait à cœur et comme je lui faisais confiance, j'ai fait ce qu'il m'a demandé…

Et puis j'ai vu ton nom dans la Gazette à Halloween. J'ai aussitôt appelé tes parents par Cheminette. Ils pleuraient tous les deux. Mais ils ont dit qu'ils étaient fiers de toi. Que tu étais un héros et que c'était très bien. Que tu étais là où il fallait. Et vendredi soir, quand il est passé, après être allé régler ses affaires à la banque, votre père était vraiment heureux à la pensée de vous voir, Marian et toi. De Marian aussi, ils étaient fiers ! Il leur avait envoyé une lettre, pour leur dire qu'il avait choisi le camp des Rebelles. Je ne sais pas exactement ce que cela signifie, mais j'ai cru comprendre qu'il parlait de se battre contre les idées de Tu-Sais-Qui à Poudlard et ton père en était vraiment satisfait. Ta mère aussi en était heureuse, il me l'a dit. Et ils regrettaient tous les deux de devoir vous laisser et de partir loin d'ici… » explique encore la vieille Olga, le regard dans le vague…

Et les larmes roulent encore sur mes joues…

Je suis dans l'incompréhension totale… Pourquoi mes parents étaient-ils inquiets ? Pourquoi mon père voulait-il répandre cette rumeur au sujet de mon état de santé ? Pourquoi nous avoir bassiné Marian et moi, avec ces histoires de Sang Pur et le reste, pour être ensuite heureux que nous nous battions dans le camp adverse ?

J'ai l'impression soudainement de ne pas avoir réellement connu mes parents… De ne rien savoir vraiment d'eux…

Je les ai toujours connus couards et apeurés de tout, quand Olga me les décrit comme des gens courageux.

Je les ai toujours connus avec un esprit étriqué et sans grande culture, quand Olga me les décrit comme des gens intelligents, brillants…

S'il était si brillant, pourquoi mon père n'était-il qu'un obscur petit employé de bureau du Ministère ?

« Tu peux compter sur ma discrétion, mon petit. Je ne parlerai de cela à personne. Je sais que j'ai la réputation d'une commère, mais j'ai toujours su garder les vrais secrets… Et puis, je vais partir moi aussi. Mes dispositions sont prises. Je pars chez ma sœur ce midi. Elle habite dans un petit village tranquille, en Cornouailles. Son cottage est situé en bord de mer. Je suis triste de quitter ma maison, mais je crains trop une attaque du Chemin de Traverse. Il y a des mouvements bizarres par ici… Et la rumeur dit que Tu-Sais-Qui recrute beaucoup dans l'Allée des Embrumes… Je suis trop vieille maintenant, pour faire face à tout cela…» précise encore Olga, avec un soupir fataliste.

Elle a raison. Voldemort recrute dans les bas-fonds… Nous le savons puisque des caméras et micros ont été installé là-bas et que nous pu voir Carrow et Bertram Yaxley venir faire leur marché en direct… Sans se cacher, sans aucune discrétion…

Et ils remontent lentement vers le Chemin de Traverse…

Je jette un œil sur la Comtoise. Il faut que je parte. Je veux voir Marian, pour ouvrir ce paquet, avant d'aller rejoindre le groupe avec lequel j'effectue la recherche des Cavernes du Diable…

Continuer à me battre et contrer Voldemort ! Venger la mort de mes parents en déjouant ses plans, c'est tout ce qui compte à présent pour mon frère et pour moi.

Je remercie mon hôtesse et elle me raccompagne à la porte où je récupère ma cape. Et, tandis que je m'enroule dedans, elle me fait ses dernières recommandations…

« Prends soin de toi, mon petit. Et de ton frère. Et n'oubliez jamais que vos parents étaient fiers de vous… Ne vous laissez pas atteindre par ce message, Terry, celui qui était sur le mur. La seule chose que vous devez croire à ce propos, c'est que vos parents vous aimaient tous les deux, Marian et toi. Là dessus, les Mangemorts ne se sont pas trompés. Mais sur le reste… Jamais vos parents ne vous auraient reproché de vous battre contre la mauvaise engeance ! Non ! Jamais ! Et c'est bien pour vous faire penser le contraire que ce message a été écrit…Il ne faut pas le croire. C'est le contraire, oui, le contraire qui est vrai… » dit-elle, d'un ton ferme et convaincu, avant de m'embrasser sur les deux joues.

Et je sors dans la fraîcheur du matin, coupant mon micro puis me hâtant de remonter le Chemin de Traverse. Les vitrines commencent à ouvrir leurs paupières de métal et les premiers clients commencent à déambuler dans la rue…

Je m'engouffre rapidement dans le Chaudron Baveur, pour en ressortir aussitôt du côté Moldu et Transplaner vers Poudlard…

OoOoOoO

Acte 2 : Souvenirs…

Severus

J'ôte ma cape de voyage et la pose négligemment sur le bras du fauteuil de mon bureau. Je reviens d'avoir fait un saut dans les montagnes boisées où les Elfes construisent le Village Refuge.

Ils ont déjà bien avancé, réalisant un travail absolument remarquable, sous la houlette de Dobby, qui se révèle être un merveilleux architecte…

Les premières maisonnettes commencent à s'élever, nichées au pied d'une vieille montagne parcourue de petits torrents qui dégringolent joyeusement son flanc et protégées des regards, par les hautes voûtes des branches entrelacées, des arbres séculaires. On y accède par un petit pont de pierres, jeté au-dessus d'une rivière que viennent nourrir les torrents, se prolongeant d'un sentier étroit et tortueux qui réserve d'agréables surprises à chacun de ses tournants : une statue d'albâtre, un buisson en fleur, un banc où lire et se reposer..

Ce sera un havre de douceur, au climat perpétuellement printanier…

Comme au temps où mon père m'y emmenait pour effectuer de longues ballades ou pêcher dans les eaux vives…

Mais c'est l'heure de mon premier cours et je dois laisser là mes souvenirs nostalgiques…

J'entre dans ma classe. Les élèves sont là et cessent de bavarder instantanément.

Septième année… La moitié d'entre eux sont en deuil et je suis heureux qu'il n'y ait parmi eux aucun pro-Voldemort… Au moins puis-je me montrer moins sévère et moins froid…

Je décide de réaliser une Potion de soins. Assez compliquée à réaliser, mais comme ils ne sont pas nombreux, je vais pouvoir veiller sur chaque chaudron d'un œil attentif et rectifier les petites erreurs qui pourraient la gâcher et empêcher d'en faire profiter l'infirmerie…

Et Théodore Nott, qui aura besoin de prendre assez régulièrement cette Potion destinée à réguler le système hépatique…

Fichues séquelles…

Et mes pensées voguent quelques instants vers le Ministère, où le procès de Pansy Parkinson doit débuter dans quelques minutes maintenant…

Pourvu que tout se passe bien pour Draco, Théodore et Ginevra !

L'eau des chaudrons frémit et les premiers ingrédients sont jetés dedans.

Et les minutes passent. Silencieuses et studieuses, chacun penché sur ses ingrédients, les mesurant, les pesants, les coupant, les pilant ou les broyant avant de les jeter ou de les verser délicatement dans son chaudron.

Les Potions frémissent ou bouillonnent doucement tour à tour, les spatules les remuent comme il se doit, dans le sens des aiguilles d'une montre ou l'inverse… Tout se passe bien. La texture, la couleur des Potions sont exactement comme elles doivent être…

Et je me détends…

Quand soudainement, on frappe à la porte.

« Entrez ! » ordonne-je, espérant que mon cours n'est pas une nouvelle fois interrompu par un événement regrettable…

C'est Terry Higgs qui entre.

« Excusez-moi de déranger votre cours, Monsieur, mais je dois absolument voir Marian immédiatement » dit-il, en plantant son regard déterminé dans le mien.

Ses yeux bouffis de larmes me font craindre le pire… Quelle mauvaise nouvelle a-t-il encore à annoncer à son frère ? Et qui justifie de ne pas attendre la fin de la classe ?

« Allez dans mon bureau et si vous avez besoin de mon aide, n'hésitez pas… » réponds-je, le plus amical que je puisse être devant les élèves.

J'apprécie ces deux garçons et je serais chagriné qu'il leur arrive encore malheur alors qu'ils ont enterré leurs parents hier seulement…

Je signifie à Marian de laisser le feu allumé sous son chaudron, que je vais prendre le relais pour ne pas gâcher la préparation en cours et les deux jeunes gens se dirigent vers mon bureau.

Les autres élèves, bien qu'ouvertement curieux, se re-concentrent très vite sur leur travail.

OoOoOoO

Terry

Marian et moi nous assoyons sur des chaises, face au bureau du professeur Snape.

« Qu'est-ce qui se passe, Terry ? » me demande Marian, la voix étreinte par l'émotion.

« Je suis passé chez la vieille Olga, comme elle me l'a demandé hier. » réponds-je, avant de tout lui raconter de mon entrevue avec la vieille amie de mes parents…

« C'est incroyable… Je ne comprends pas. Tu es sûr qu'elle parlait bien de Papa et Maman ? C'est incroyable. » murmure Marian, tandis que je dégage le fameux paquet des pans larges de ma cape.

« Oui, j'en suis sûr. Même si, comme toi, j'ai du mal à le croire. »dis-je, tout en cassant le sceau qui garantit la confidentialité du paquet.

Et j'écarte le papier.

Il révèle une lettre qui nous est adressée et un épais volume.

Un volume aux pages blanches…

« Qu'est-ce que cela signifie ? Tu crois qu'il faut un mot de passe, pour pouvoir lire ce livre ? Ou annuler un sortilège ? » s'enquiert Marian, en fronçant les sourcils.

« Nous le saurons peut-être en lisant la lettre… » réponds-je, en décachetant l'enveloppe que je tiens dans ma main tremblante…

Mes Chers Enfants

Ce livre vous appartient désormais.

Un mot de passe révèle son contenu. Nous espérons vous le transmettre

de vive voix samedi, votre mère et moi-même. Mais quoiqu'il advienne,

vous détenez toutes les clés nécessaires pour en faire bon usage.

Faites appel à vos souvenirs et ne nous oubliez jamais.

Nous vous aimons de tout notre cœur.

Baisers

Papa et Maman…

« Merde ! Qu'est-ce que cela signifie ? Est-ce que tu connais ce mot de passe ? Ils ne m'ont rien dit à ce propos…» demande Marian, qui retient ses larmes.

« Cela signifie qu'ils se savaient en danger et craignaient pour leur vie.» murmure-je, en relisant la lettre.

Oui, ils savaient qu'il pouvait leur arriver quelque chose. C'est pour cela, qu'ils ont confié le paquet à la vieille Olga, et c'est ce que suggèrent ces mots : nous espérons, mais quoiqu'il advienne…

« Il faut en parler au professeur Snape. » déclare Marian en se passant une main nerveuse dans les cheveux.

« Il faut avant tout réfléchir et trouver le mot de passe, Marian. Sans lui, ce livre ne sert à rien. Or, Papa et Maman tenaient à nous le transmettre et que nous en fassions bon usage. Et ils le cachaient… Pourquoi toutes ces précautions ? Que recèle-t-il de si important ? Nous devons le découvrir. » déclare-je moi-même, d'un ton ferme et sans appel.

Je ne veux pas me défaire de ce livre comme ça. Je ne veux pas qu'il soit soumis à des Sorts destinés à le forcer à révéler ce qu'il contient, au risque de l'abîmer et d'en perdre le contenu.

Après tout, mes parents étaient des Serpentard et la vieille Olga affirme qu'ils étaient brillants tous les deux… Et je sens, sous mes doigts, que la Magie qui le protège est puissante, déterminée…

Oui, ce livre est bien protégé…

Et je veux que ce soit nous qui trouvions comment l'ouvrir. Pour rendre hommage à nos parents…

Marian soupire et se rassoit à mes côtés. Il prend la lettre de mes mains et la relit à son tour, fronçant les sourcils sur sa concentration. Puis il prend le livre et l'examine sous toutes les coutures. Et soudain, il sursaute.

« J'ai déjà vu ce livre. » murmure-t-il, fermant les yeux, comme pour mieux se souvenir.

Je me tais, le laissant fouiller sa mémoire, scrutant sur son visage les signes révélant qu'il a retrouvé les précieuses images qui nous permettrons peut-être d'accéder aux mystères recelés par le livre qu'il tient entre ses mains.

Il caresse la couverture de cuir lisse et nu de toute inscription, du bout de ses doigts, puis il l'ouvre au hasard et pose sa main à plat sur une page.

« Oui, c'est cela… C'est bien ce livre, j'en suis certain. C'était le 31 août, le jour de mon anniversaire. Quand je me suis levé, Maman me l'a souhaité et elle m'a dit que Papa voulait me parler. Il était dans leur chambre, assis à son bureau. Ce livre était sur le bureau devant lui. Il en caressait la couverture. Il m'a dit d'approcher. Je l'ai fait, à contre cœur. Je redoutais ce moment depuis le début de la semaine. Je m'attendais à ce qu'il m'annonce que puisque j'étais désormais majeur, je pouvais rejoindre les rangs de Voldemort. Mais ce n'est pas ce qu'il m'a dit. Il m'a souhaité un bon anniversaire, puis il a ouvert le livre, posé sa main à plat dessus et il m'a dit… Il m'a dit… » explique-t-il d'une voix douce et émue, hésitant puis s'interrompant soudainement, toujours les yeux fermés, mais fronçant les sourcils, un peu contrarié semble-t-il.

« Que t'a-t-il, Marian ? » m'enquiers-je en murmurant d'un ton patient et encourageant, après quelques secondes…

« Il a parlé de Grand-Père et d'une clé. Attends… Je cherche les mots exacts… Oui, c'est bien cela. Il m'a dit : « Marian, ton Grand-Père disait toujours : la clé du bonheur réside dans le fait d'être bien avec soi-même (1). Souviens-toi toujours de cela mon garçon. »… Il avait un air si sérieux, un regard si profond, que j'en ai frissonné… » répond Marian, tandis que sous ses doigts, des mots apparaissent lentement…

L'écriture de mon père…

OoOoOoO

Théo

Presque une demi-heure que nous sommes ici, à attendre que le procès commence et que nous soyons appelés.

Trois tasses de thé, déjà, que je bois…

Pour me tenir occupé. Pour ne pas céder à la tentation de regarder ma Ginny, qui est si proche de moi. Pour ne pas penser aux questions que l'on va me poser…

Pour ne pas penser à La Folle et ce qu'elle nous a fait…

Ce sera son tour, d'être entravée par des chaînes…

Cela ne me réjouit pourtant pas…

Malgré tout le mal qu'elle m'a fait, je n'arrive pas à me réjouir du sort qui l'attend…

Qu'elle soit enfermée à vie à Azkaban ou à Ste Mangouste, pour moi c'est pareil… Cela ne changera rien à ce qu'elle m'a fait… A ce qu'elle a fait à Draco, à ma Ginny…

Rien ne pourra effacer cela de notre mémoire, pas même le temps…

Ma vie à moi, elle est fichue… Je devrais toujours faire attention à ce que je mange et bois, je devrais prendre régulièrement des Potions, les efforts physiques me seront désormais limités et je ne pourrais surtout jamais plus regarder ma Ginny en face…

Ma seule consolation, c'est de penser que La Folle ne pourra jamais plus faire mal à quelqu'un d'autre… Temps qu'elle est enfermée…

C'est déjà ça… Il faut que je me raccroche à cela…

Et que je témoigne le front haut devant tous ces inconnus avides de scandales et d'histoires sordides…

Ils sont méprisables, ces curieux, qui viennent se repaître du malheur des autres, pour se donner l'illusion que leur vie est plus belle, plus gaie…

Et merde ! Je les emmerde ces cons !

Oui, je les emmerde !

Et les journalistes aussi !

Le Procès De La Honte !

C'était le titre de la Gazette de ce matin… Avec une photo de La Folle dessous… Elle souriait et paraissait presque sympathique pour une fois…

Je le sais, parce que je l'ai vu, quand nous sommes passés à côté du gardien dans l'Atrium tout à l'heure. Je suis sûr que c'est son frère qui a fait publier cet article et qu'une fois de plus, Draco, Ginny et moi sommes fustigés et mis plus bas que terre… Parce que maintenant, dans sa version, je ne suis plus une victime comme sa sœur, mais un complice de Draco et Ginny…

Et selon lui, nous faisons des choses honteuses ensemble, tous les trois et nous serions des adeptes de Voldemort, particulièrement retors et dangereux…

C'est ignoble…

« Je l'ai ! » s'exclame un Auror, en entrant dans la salle d'attente.

Il brandit la Gazette qu'il donne ensuite à son Chef. Ce dernier déplie le journal, jette à peine un œil sur la Une et s'empresse d'aller lire l'article en page intérieure…

« Brave Rita ! » s'exclame-t-il à la fin de sa lecture.

Et il rit…

Moi, je ne trouve pas ça marrant…

« Alors, qu'est-ce qu'elle raconte ! » demande la cousine de Draco, en faisant virer ses cheveux au rouge vif.

Pourquoi donc l'a-t-elle demandé ? Moi, je n'ai vraiment pas envie de savoir…

« Qu'il ne faut pas se fier à la photographie de Pansy Parkinson, parce qu'elle est bien moins sympathique et innocente qu'elle en a l'air. Qu'il est scandaleux de dépenser l'argent public pour un procès qui aurait dû avoir lieu à huis-clos et d'imposer aux victimes de venir témoigner face à leur bourreau quand leur témoignage écrit aurait dû suffire. Et elle recommande aux gens de rester chez eux, de ne pas entrer dans le jeu du frère de Parkinson, de ne pas lui donner l'occasion et le plaisir de salir davantage des victimes innocentes, dans cette farce tout autant burlesque que pitoyable. Qu'il n'y a guère que les partisans de Voldemort pour approuver ce genre de scandale et croire en sa version des faits, qui doit viser à ternir l'image de Ginny, la fille du Sous-Secrétaire d'Etat, dont la famille n'est constituée que de héros de la Bataille d'Halloween, de Draco, le jeune homme non moins héroïque qui a défié Voldemort en personne en allant arracher sa mère de ses geôles et de leur fidèle ami Théodore, un brillant élève de Poudlard et jeune espoir du Monde Sorcier… On peut être certain maintenant, que ses fans vont lui obéir et ne viendront pas… Il ne devrait finalement pas y avoir autant foule à ce procès qu'on le craignait… » répond le Chef des Aurors souriant.

Les cheveux de Tonks passent à une couleur plus douce et elle se tourne vers l'Auror qui a apporté le journal…

« Alors ? » lui demande-t-elle…

« Ben, le Chef a raison. Ça ne se bouscule pas au portillon… A part les familles, les membres de l'Ordre qui sont là pour assurer la sécurité des gosses et les Aurors, il n'y a guère que les quelques curieux habituels… Et puis, en ces temps troublés, personne ne voudrait laisser à penser qu'il approuve Parkinson en venant et laisser croire par-là même, qu'il est partisan du Ténébreux, comme l'insinue Skeeter… Surtout que c'est la même chose à peu près, qui est dite dans le Chicaneur et aussi dans Sorcière Hebdo… Pour une fois, tous les journalistes semblent d'accord… » répond son collègue, les yeux pétillants de joie

« Ouais… Nally a fait du bon travail. C'était une bonne idée cet article. Les relations d'Albus ont bien servi aussi, pour le relayer dans toute la presse … » lâche la cousine de Draco, avec un sourire satisfait…

Tandis que moi, je n'en reviens pas…

Nous n'aurons pas à affronter le regard d'une foule de curieux…

Le Directeur de Poudlard a joué de ses relations pour faire publier un article dans les journaux pour dissuader les curieux de venir !

« Qu'est-ce qu'on fait, Chef, tu crois qu'on reste tous quand même ? On pourrait en profiter pour aller se montrer ailleurs, histoire de dissuader les rassemblements douteux dans des lieux publics non moins douteux ? » demande maintenant l'Auror du journal.

Le Chef des Aurors semble réfléchir intensément, durant quelques secondes, avant de répondre.

« Non. On ne sait pas quelle peut-être la réaction de Parkinson à cet article, ni quand le verdict sera prononcé. On reste pour protéger les gosses, comme prévu et… » dit-il finalement, avant d'être interrompu par ma Ginny

« Je vous signale que les « gosses » vous entendent ! Et qu'ils n'apprécient pas d'être appelés ainsi… Draco et Théo seront bientôt Majeurs et moi, je n'ai plus cinq ans non plus ! Alors j'aimerai que vous arrêtiez de me traiter comme une gamine ! » explose-t-elle, l'air infiniment contrariée…

Je l'adore ! Elle vient de dire exactement ce que je pense ! Moi aussi, j'en ai un peu assez de les entendre tous, nous appeler : gosses ou gamin et nous traiter comme tels… Et à voir la tête de Draco, il est tout à fait d'accord aussi…

« Ok, bichette ! Tu as tout à fait raison ! Quand je t'ai connue, tu étais un bébé, mais c'est vrai que tu es une vraie jeune fille maintenant ! » déclare le Chef des Aurors avec un sourire dans les yeux, avant de se tourner à nouveau vers son subordonné : « Je disais donc, que nous restons pour protéger ces grands adolescents qui sont presque des adultes et les conduire ensuite en ville pour l'achat des lunettes. Comme prévu ! »

Et je ne peux empêcher mon regard d'errer quelques brefs instants du côté de ma Ginny…

Elle fulmine… Mais elle ne peut pas répliquer quoique ce soit. Le Chef des Aurors a bien joué son coup…

Et elle est tellement belle, que j'en ai le souffle coupé…

Et mon cœur se serre encore une fois…

Je l'aime Ma Ginny et jamais je ne pourrais aimer une autre fille comme ça…

Et le froid s'insinue en moi, lentement, insidieusement, toute joie, tout espoir me quitte et des images affreuses assaillent mon cerveau…

C'est horrible… Mon père est là, il est saoul et il me bat… Il rit en avouant qu'il a tué Maman… Et soudain je suis dans les cachots et La Folle me touche le sexe… Et je crache du sang et mes poumons sont en feu… Et Draco est là, lui aussi… Le visage si abîmé que je ne le reconnaîtrais pas si je ne savais pas que c'est lui… Et ma Ginny s'effondre sous l'effet d'un Maléfice…

Et je crie, et je me débats… Non ! Pas ça ! Pas ça ! Pas ça ! Pas Ma Ginny non ! Ne la tue pas sale garce !

La tête me tourne, tout devient sombre autour de moi, de plus en plus sombre…

Et puis cela reflue, le froid, les images dans ma tête, la nuit qui m'envahissait… Lentement…

« éo ! Théo ! Prends ça et mange, ça va te faire du bien. C'est du chocolat… Allez, mange… » me presse la cousine de Draco, en me fourrant un morceau de chocolat dans la bouche…

« Qu'est-ce que… » commence-je, avant de m'interrompre en avisant que Draco est complètement effondré, yeux fermés et que Richard s'affère autour de lui pour lui faire reprendre connaissance.

Ginny est extrêmement pâle elle aussi, sa main tremble quand elle la porte à sa bouche pour croquer dans une tablette de chocolat.

« Les Détraqueurs. Ils viennent d'amener Pansy Parkinson depuis Ste Mangouste avec un des collègues. » déclare Tonks, en me donnant encore du chocolat

« Mais pourquoi se sont-ils arrêtés derrière notre porte ces imbéciles ! » s'exclame Ginny, d'une voix blanche

« Ils ne se sont pas arrêtés, ils n'ont fait que passer. Et c'est normal que votre réaction ait été aussi forte, après ce que vous venez de vivre… Mais ils n'auraient pas dû passer par ici. » répond le Chef des Aurors, visiblement contrarié.

Et il fait signe à celui qui a apporté le journal, de sortir et d'aller voir ce qui se passe.

Quant à moi, je me dis que je comprends que les prisonniers d'Azkaban deviennent fous s'ils ont sans cesse à revivre des moments aussi douloureux…

Mais ce n'est certainement pas les souvenirs de ce qu'ils font à leurs victimes qui doivent les torturer, puisqu'ils y prennent plaisir…

Alors, quels souvenirs torturent La Folle alors que les Détraqueurs sont auprès d'elle ?

Quels sont les souvenirs qui torturaient mon père, quand il était là-bas, à Azkaban, avant que son Maître ne l'en fasse évader ?

OoOoOoO

Molly

Voilà, nous y sommes… L'accusée vient d'entrer et les chaînes du siège de bois sur lequel les Aurors la font asseoir s'enroulent autour d'elle, comme celles du mur se sont enroulées autour de Draco et Théodore, pour les entraver, là-bas, dans les cachots perdus de Poudlard…

Je me saisis de la main d'Arthur et devant nous, Bill prend Fleur par les épaules…

A part Ron, qui a été tenu de rester à Poudlard, tous mes fils sont là. Même Charly est revenu du Nord de l'Ecosse ou je ne sais où…

A mes côtés, Narcissa se raidit.

Je sais ce qu'elle pense… Tout comme moi, c'est une mère qui a mal pour son enfant et s'inquiète pour lui…

Ma petite Ginny…

Je me souviens de la joie que j'ai ressentie, quand elle est née…

Une petite fille ! Après six fils, une petite fille !

Si mignonne, avec sa houppette de cheveux roux, ses belles joues roses et son petit nez en trompette. Une petite fille à laquelle j'allais pouvoir transmettre mon savoir de femme…

Ses frères étaient fous de joie, eux aussi. Ils se sont aussitôt montrés attentionnés et jaloux de sa sécurité…

Et Arthur ! Merlin Arthur nageait dans le bonheur ! Il a fêté cette naissance pendant trois jours avec ses amis ! Et il ne cessait d'admirer notre petite merveille, lui aussi…

Elle a grandi depuis. C'est une jeune fille, splendide et fougueuse…

J'ai confiance, elle va retrouver sa santé et s'épanouir à nouveau, devenir une femme, bientôt…

Elle forme un joli couple, avec Théodore.

J'aime beaucoup ce garçon. Mais je m'inquiète pour lui… Il se replie sur lui-même, a perdu la joie de vivre qui commençait à l'habiter depuis qu'il s'est rebellé…

Et les rares fois où il regarde Ginny, maintenant, il y a tellement de tristesse dans son regard !

Surtout depuis qu'il a été interrogé par les Aurors…

Oui, surtout depuis ce moment…

Il faudra que j'en parle avec Arthur. Il saura quoi faire… Il a toujours su parler à nos fils, trouver les mots pour atténuer leurs peines et chagrins de petits garçons… De jeunes hommes, maintenant… Bill aussi est doué pour cela. Il fera un merveilleux père…

Oui, je vais leur en parler à tous les deux…

Car s'il est bien normal que Théodore, comme Ginny et Draco, soit perturbé par les terribles choses que cette petite garce leur a fait subir dans les Cachots, il n'est pas normal qu'il tienne Ginny à l'écart, quand on connaît les sentiments qu'il nourrit à son égard et les attentions qu'il avait pour elle avant cela…

Ron me l'a bien dit. Théodore était gentil, prévenant et galant avec Ginny avant tous ces évènements horribles… Et il riait, il était gai…

Le pauvre garçon n'est plus que l'ombre de lui-même maintenant…

Nous devons l'aider à surmonter tout cela. A retrouver sa combativité et sa joie de vivre… A faire de ce qu'il a vécu, une force et non une faiblesse…

Il ne faut pas qu'il laisse cette petite garce lui gâcher la vie !

Oh ! Si je pouvais !

Si je pouvais, je lui ferais subir mille morts toutes plus douloureuses les unes que les autres !

Et elle est là, regardant autour d'elle d'un air dégagé, décontractée, même. C'est simple, on croirait qu'elle est ici pour assister à un spectacle et non pour son procès !

Et son frère, qui se pavane avec la sœur de Ramaya à son bras ! Toutes ces horreurs dont il accuse Ginny, Draco et Théodore dans ses déclarations aux journalistes et à qui veut l'entendre !

Et regardez-moi ce coup d'œil qu'il nous jette ! Non mais ! Il se croit où celui-là ! Et il nous prend pour qui ! Qu'il continue comme cela et je lui arrache les yeux !

En tout cas, il ne fera pas de mal à mon bébé ! Ça je le jure !

Qu'il essaye et il verra de quel bois je me chauffe !

Percy arrive. Il installe ses parchemins, son encre et sa plume sur son pupitre, avant de relever la tête et de nous faire un signe discret.

Il se redresse, bombe le torse en prenant une grande inspiration…

Voilà… Il vient d'annoncer la Cour et les représentants du Magenmagot et du Ministère entrent…

Le procès va commencer…

OoOoOoO

Draco

Il faudra que je présente mes excuses à Harry, maintenant que je viens, à mon tour, de m'évanouir au passage des Détraqueurs…

Je comprends désormais ce qu'il a vécu et ressenti, quand ils se sont arrêtés devant lui dans le Poudlard Express il y a quelques années.

Ce n'est pas que ma première expérience avec les Détraqueurs ait été une partie de plaisir. Non, je me souviens que cela n'avait rien eu de joyeux, bien au contraire. Mais ils n'étaient pas passés aussi près de moi qu'ils l'ont fait aujourd'hui et leur effet était donc moindre…

A l'époque, je me suis dit que Harry était une petite nature, pour avoir perdu connaissance, quand moi j'avais plutôt pas mal géré leur effet…

Je ne dirais plus cela aujourd'hui…

Oh ! Non ! Bien au contraire !

C'était vraiment horrible…

Et je comprends Harry, maintenant. Oui, je le comprends…

Putain ! Il va vraiment falloir que je mette le paquet pour trouver un super souvenir qui me permettra de produire un Patronus assez puissant pour repousser ces saletés de Créatures la prochaine fois que j'en rencontre !

Heureusement qu'ils ne vont pas rester dans la Salle d'Audience pendant le procès. Jamais je n'aurais pu y entrer et témoigner sinon…

Je croque encore une fois dans une tablette de chocolat…

Ça doit bien faire un quart d'heure maintenant qu'ils sont passés… L'acte d'accusation doit avoir été lu, non ? Je me demande ce qu'ils attendent pour nous faire appeler…

Qui, de Théo ou de moi-même sera le premier ? Ginny, elle, devrait logiquement passer la dernière…

Mais bon… S'ils procèdent comme avec un interrogatoire des Aurors, ce n'est pas dit qu'ils aillent dans l'ordre chronologique…

Je croise le regard de Théo.

Il est dans le même état que moi. Tendu, nerveux, anxieux, malheureux…

On a de quoi l'être…

Et pas seulement à cause de ce que nous avons subi…

C'est aussi parce que nous avons tous les deux dans notre cœur un amour que nous n'arrivons pas ou ne pouvons pas exprimer…

Théo le pourrait. Je me demande ce qu'il attend pour le faire…

Mais moi, avec Annabelle…

Elle a repris connaissance Annabelle…

Elle avait plusieurs fractures et blessures assez sérieuses, mais rien qui mette sa vie en danger dans l'immédiat, quand elle a été mise dans la caisse pour être envoyée à Megan…

Lucius devait penser qu'elle mourrait de froid durant le voyage…

Elle n'a pas été violée non plus… Sans doute parce qu'elle est tombée en état de choc avant et que cela n'aurait rien eu d'amusant pour ses bourreaux de violer une poupée de chiffon complètement a-réactive…

Ou alors ils n'avaient plus le temps de le faire…

Ça n'empêche que ma pauvre Annabelle a subi un véritable calvaire… Et qu'elle a vu ses parents se faire tuer et décapiter sous ses yeux…

Elle fait des cauchemars atroces dès qu'elle s'endort… et le jour, elle reste repliée sur elle-même, sans parler à quiconque… Pas même à Megan…

Et je ne peux rien faire pour l'aider…

Alors j'étouffe d'amour pour elle…

« La cour vient d'arriver. Le procès commence. » annonce un Auror en passant la tête par la porte qu'il vient d'entrebâiller…

Et ça me file un frisson horrible dans le dos.

Cette fois ça y est… Je vais bientôt devoir croiser le regard de Parkinson…

OoOoOoO

(1) Inspiré de Bernard Le Bovier De Fontenelle (1657 –1757) – Citation exacte : « Le plus grand secret pour le bonheur, c'est d'être bien avec soi »

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