IL NEIIIIIIGE ! :DD

Hein ? De quoi ?

Ah wé, vous vous en foutez. Ben n'empêche que c'est beau, d'abord.

Bon, le sondage est toujours ouvert et au vu des résultats, je sens que je vais me faire haïr...

Pour l'instant,

RENO est premier avec 38% des voix (soit 8)

AXEL est deuxième avec 28% des voix (6)

ROXAS est troisième avec 14% des voix (3)

DEMYX est quatrième avec 9% des voix (2)

Et enfin AERITH (big surprise d'ailleurs) est cinquième avec 4% des voix (1).

Nous avons également un vote "autre" qui comprend deux personnages : Axel et Roxas.

Sur ce, bonne lecture =)


Riku ne le regardait pas. Il s'obstinait dans la contemplation du formica de la table de la cuisine en se rongeant les ongles. Roxas ne détournait pas les yeux, les gardait rivés sur Riku, fermement décidé à aller au bout de ce qu'il avait commencé. Il avait débarqué chez eux sans prévenir, lucide, conscient, vivant comme il ne l'avait jamais été ces derniers mois, sa décision avec lui, irrémédiable. Il avait feint de ne pas remarquer le choc qu'il avait produit sur Sora et avait attaqué d'emblée.

« Faut que je parle à Riku. »

Ce dernier était sorti de la cuisine, fatigué et les traits tirés, mais avec sa force habituelle au fond de l'œil.

« Viens t'asseoir. »

Installé en face de Riku, il ne s'était pas laissé démonter par son regard perçant. Il s'était au contraire plongé dedans et avait parlé d'une voix claire, stable.

« Je dois savoir où est Axel. »

Riku avait détourné la tête, sous l'expression anxieuse de Sora.

« Je ne peux pas te le dire. Je ne veux pas le trahir encore une fois. »

Roxas avait serré les poings.

« Alors quoi ? Ça veut dire qu'il ne veut plus me voir ? Originale comme rupture, on me l'avait encore jamais faite, avait-il fait d'un air qu'il aurait voulu dégagé, en dépit des tremblements dans sa voix.

-Ne dis pas de conneries, avait durement répondu Riku. Il culpabilise à mort pour ce qui est arrivé ! Il a peur de ta réaction !

-Dis-moi où il est. »

Riku n'avait rien ajouté depuis et ça faisait plusieurs minutes qu'ils se trouvaient dans cette situation. Sora, qui n'avait jusque là rien dit, posa sa main sur l'épaule de son compagnon.

« Riku..., commença t-il prudemment.

-Il est à Corel. »

Il avait lâché ça rapidement, comme on retire sa main d'une eau trop chaude. Roxas se leva sans précipitation. Le couple leva les yeux vers lui.

« Qu'est-ce que tu fais ?

-Je vais le chercher.

-Seul ?

-Oui. »

Sora bondit de sa chaise.

« Pas question ! T'es encore trop affaibli !

-J'y vais seul, Sora.

-Mais - »

La main de Riku sur son avant-bras le fit taire.

« Riku ! On ne peut pas le laisser partir !

-Regarde-le, Sora. Tu crois que quoi que ce soit le fera changer d'avis ? »

Il se leva à son tour et fit face à Roxas.

« Si je peux te donner un conseil, c'est de ne pas t'attendre à quoi que ce soit. Ne te fais pas d'illusion. N'imagine pas le retrouver facilement, que ce soit physiquement ou psychologiquement parlant. »

Roxas hocha la tête et quitta l'appartement.

OoOoO

La vodka avait laissé un goût âpre dans sa bouche pâteuse. Axel s'était écroulé sur le matelas, abruti par l'alcool, l'esprit trop anesthésié pour pouvoir penser. Il se disait juste qu'à présent, il comprenait son père qui se soûlait jusqu'à s'effondrer, après la mort de Reno. C'était simple de picoler. Il suffisait d'acheter une bouteille pas chère de vodka frelatée, de la descendre et de s'endormir.

Axel se réveillait avec cette douleur désormais familière qui lui martelait le crâne. Il se demandait combien de temps ça allait lui prendre avant de tomber plus bas. Si Reno avait été là, ils auraient pu prendre des paris. Sauf que Reno n'était plus là et ne serait plus jamais là. Une part de lui était morte, ce soir-là, et c'est son double qui en avait payé le prix. Il se disait ironiquement que c'était sa partie la plus humaine qui était restée sur le goudron de la ruelle. Et puis l'alcool faisait son effet, et il oubliait.

OoOoO

Tifa et Rude attendaient Roxas sur le quai de la gare de Kalm, prévenus par Riku. Tifa le prit dans ses bras, s'excusant d'être partie précipitamment et Rude lui demanda comment il se sentait. Roxas les rassura, sincèrement heureux de les revoir. Ils montèrent dans une voiture stationnée le long de la rue. Le type au volant, un homme d'âge indéterminable bien qu'apparemment encore plutôt jeune, aux cheveux longs et noirs attachés en catogan lâche sur sa nuque et au teint cadavérique, lui lança un regard perçant avant de jeter un œil à Rude qui hocha la tête.

« Content de connaître le frère de Cloud », fit-il d'une voix grave un peu rauque.

Roxas haussa un sourcil interrogateur.

« Vincent Valentine. Il a aidé ton frère à avoir une nouvelle identité », déclara Tifa en guise de présentation.

Roxas fixa le reflet de l'homme dans le rétroviseur et inclina légèrement la tête. Leur chauffeur fit de même. Ils roulèrent à travers les rues de Kalm. L'ambiance y était complètement différente. La vie y paraissait plus tranquille, plus apaisée qu'à Lusio. A l'avant, Rude et Vincent ne parlaient pas. Tifa se pencha vers Roxas.

« Encore pardon d'être partis comme ça, avec Rude... Il a dit que c'était plus sûr. Il pouvait toujours y avoir des représailles si cette organisation apprenait qu'on vous avait secourus. On ne voulait exposer personne au danger...

-Ne vous en faites pas, je comprends. Vous avez des nouvelles de Yuffie ?, ajouta t-il après un bref silence.

-Elle m'a dit qu'elle repartait à Wutaï. »

La voiture s'engagea dans une rue bordée de maisons identiques collées les unes aux autres. Un blond baraqué aux traits marqués fumait au balcon d'une d'entre elles. Vincent coupa le moteur devant la porte. Ils sortirent de la voiture.

« Z'en avez mis du temps, fit le fumeur en grognant. Alors c'est lui le frère de Blondie ?

-En personne. Et vous êtes ? », rétorqua Roxas.

Son interlocuteur émit un rire bref.

« Pas la peine d'être froid, gamin. Je m'appelle Cid. Cid Highwind. »

Il écrasa son mégot sur la rambarde du balcon et rentra à l'intérieur de la maison. Roxas empoigna son sac et passa la porte d'entrée. Il flottait dans l'air une odeur de nourriture qui fit prendre conscience à Roxas qu'il mourait de faim. Tifa lui indiqua les escaliers.

« Je te montre ta chambre ? »

Ils montèrent au premier étage. Tifa ouvrit la porte sur une chambre aux murs beiges et au parquet sombre, occupée par un lit double et un bureau. Roxas posa son sac à terre.

« Le dîner sera bientôt prêt, mais t'as le temps de te reposer ou de prendre une douche, la salle de bain est juste en face, si tu veux.

-Merci beaucoup, Tifa. Pour tout ce que vous avez fait. »

La jeune femme sourit.

« T'en fais pas pour ça, Roxas, c'est normal et ça nous fait plaisir. Et tu peux me tutoyer, je me sens vieille sinon », ajouta-t-elle avec un clin d'œil malicieux.

Roxas esquissa un sourire à son tour. Tifa disparut dans le couloir. Il enleva son blouson et ses chaussures et s'étendit sur le lit. Il entendait des voix et des rires venir du rez-de-chaussée. Il pensa au calme avant la tempête. Car même s'il était décidé à retrouver Axel, il avait peur de l'état dans lequel il allait le retrouver. Il avait peur qu'il soit retombé dans la drogue. Il avait peur de le trouver agonisant, ivre mort au fond d'une autre ruelle sordide. Il s'imaginait le pire pour ne pas tomber de trop haut.

Roxas se releva, prit des vêtements de rechange dans son sac et s'enferma dans la salle de bain. Il se déshabilla, ôta le bandage qu'il enroulait autour de sa main mutilée – la peau y était trop sensible pour qu'il supporte le froid et le vent dessus – et entra dans la douche. Il descendit à la cuisine quelques minutes plus tard, en jean et pull, un nouveau bandage propre entourant son moignon. Le dénommé Cid était nonchalamment appuyé à côté de la cuisinière, touillant distraitement une casserole d'une main, commentant la partie d'échecs qui opposait Rude à Vincent.

« Hey ! Blondie numéro deux !, s'exclama t-il quand Roxas franchit le seuil de la pièce.

-T'es lourd, Cid, fit Tifa qui arrivait derrière le petit blond.

-Boarf. J'espérais qu'il soit un peu plus bavard que les deux autres là, répondit Cid en désignant les deux joueurs du menton. Des vrais autistes, j'te jure... »

Tifa soupira.

« Bon les garçons, vous la continuerez plus tard, votre partie, on met la table. »

Rude grogna, Vincent haussa les épaules, mais ils obéirent. Cid se décolla du plan de travail et ouvrit une fenêtre. Il s'appuya sur le rebord et s'alluma une cigarette.

« A moins que tu nous caches quelque chose, quand je dis 'les garçons', t'es compris dedans, Cid. »

OoOoO

Quand le barman le vit entrer dans le pub, il prit la bouteille de vodka sous le comptoir. Quand Axel s'assit sur le tabouret, un verre plein l'attendait déjà. Il leva des yeux vides vers l'albinos souriant qui préparait une bière pression. Il inclina la tête, souleva son verre et le descendit cul sec.

« Thanks, Jack.

-Ça va Axel ?

-Comme d'hab. »

Jack lui resservit une vodka. La porte s'ouvrit et un courant d'air froid entra dans le bar. Un des nouveaux venus héla l'albinos.

« Eh, Skellington ! Une tournée de rhum pour mes amis et moi !

-Deux s'condes, Sparrow, ça arrive. »

Le barman se retourna vers Axel.

« Abuse pas trop ce soir, ok ?

-T'inquiète. »

Un peu plus, un peu moins...

Quelques verres plus tard, Axel laissa un billet à sa place et quitta le pub en titubant. Il n'avait aucune idée de l'heure qu'il pouvait être, sa seule certitude, c'était qu'il était tard. Junon n'était pas une cité prospère et les quelques rares lampadaires fonctionnant encore éclairaient mal la chaussée. Il marchait presque sans savoir où il allait. Il mettait un pied devant l'autre, c'était déjà pas mal. Il voyait flou, les lignes dansaient devant ses yeux. Il s'appuya à un mur. Deux putes lui firent des sourires qui se voulaient aguicheurs. Il vomit. Il s'essuya la bouche du revers de sa manche et continua son semblant de route vers son bloc. Le trottoir tanguait. Son esprit embrumé décida qu'il était préférable de s'asseoir. Il se laissa glisser le long d'un réverbère. L'eau du caniveau était sale, de ce qu'il pouvait en distinguer. Il fouilla dans sa poche et en sortit un paquet de cigarettes écrasé. Il en alluma une d'une main mal assurée. Il inspira une longue bouffée de tabac et appuya sa tête contre le métal froid du lampadaire. Il ferma les yeux et expira. Il entendit des pas venir vers lui.

« J'avais dit quoi, Axel..., soupira la voix de l'albinos.

-Je gère, Jack, je gère.

-Je voudrais pas être dans les parages quand tu gères pas. Allez, bouge ton cul, je te ramène.

-C'pas la peine... »

Une main se posa sur son épaule. Axel ouvrit les yeux. Jack était accroupi en face de lui, l'air inquiet.

« Allez, Ax. Tu vas crever si tu restes là.

-J'm'en fous...

-Axel, relève-toi.

-Jack... Fous-moi la paix... »

Le regard de l'albinos se durcit.

« Pourquoi tu tiens tant à te détruire, Axel ?

-J'sers à rien... J'sers à personne... C'est eux que j'ai détruit..., répondit le roux d'une voix alcoolisée et profondément désespérée, évitant les yeux rouge sang de Jack par tous les moyens.

-Tu crois que c'est en te bousillant que t'arrangeras les choses ?

-J'peux rien arranger du tout... C'est trop tard, Jack... J'ferais mieux de crever.

-T'es qu'un lâche. T'es qu'un putain de lâche. Le suicide n'est pas une solution, tu m'entends ? C'est un acte de connard égoïste ! Ça affecte tout ton entourage ! Ta famille, tes amis, tous tes proches ! »

Axel laissa échapper un hoquet. Il porte sa clope à sa bouche, les doigts tremblants, ses yeux rivés sur un point invisible qui devenaient de plus en plus brillants.

« J'ai personne, fit-il dans un souffle brisé et des larmes roulèrent le long de ses joues creuses. Je l'ai... Je l'ai... Abandonné... J'ai abandonné Roxas... »

Un sanglot le secoua. Jack se rapprocha et le prit dans ses bras. Axel serra ses mains sur son pull et pleura sans bruit, la bouche ouverte dans un hurlement silencieux.

OoOoO

Une assiette d'œufs brouillés au bacon attendait Roxas dans la cuisine. Il s'assit en face, encore endormi, et leva les yeux vers le propriétaire de la main qui déposait une tasse de café à côté de l'assiette. Vincent. Roxas bredouilla un vague merci. Vincent hocha la tête en réponse. Mine de rien, il aimait bien le petit blond. Il l'admirait presque de se battre autant pour ce en quoi il croyait. Il jeta un œil à la fenêtre qui donnait sur l'arrière-cour. Cid y fumait une de ses sempiternelles cigarettes, adossé contre un mur. Vincent détourna le regard et s'installa en face de Roxas, un livre à la main. Ce dernier appréciait également la compagnie silencieuse du brun. Il n'y avait aucun besoin de faire la conversation. Il ne se sentait pas jugé. Il se sentait juste bien. Il fit passer une bouchée d'œufs avec du café.

« Vincent ?

-Oui ?, fit l'intéressé en posant son livre.

-Je peux te poser une question ?

-Je t'écoute.

-Comment... Comment allait Cloud quand tu l'as vu ?

-Il était fatigué, un peu perdu, triste, mais il allait bien.

-D-d'accord... »

Roxas voulait lui demander autre chose, mais il avait peur de la réaction que pouvait avoir Vincent. Cependant, son hôte sentit son hésitation.

« Il y a autre chose, Roxas ?, demanda t-il doucement.

-Je... Est-ce que... tu pourrais me dire... son nouveau nom...? »

Un minuscule sourire étira imperceptiblement les lèvres de Vincent.

« Ven Square. Aux dernières nouvelles, il habite à Gongaga.

-Merci, Vincent. Merci pour tout. »

Le sourire s'élargit un peu plus. Roxas finit son petit-déjeuner et Vincent se replongea dans sa lecture.

« Encore un truc..., commença le blond sa dernière gorgée de café avalée. Pourquoi... Pourquoi tu fais tout ça ? Je veux dire, pourquoi tu nous aides...? »

Une ombre voila le regard de Vincent. Il s'empêcha de se tourner vers la fenêtre jeter un œil à Cid.

« Je... Je pense que c'est parce que je ne veux plus voir de gens souffrir à cause de ces organisations, que ce soit celle-là ou une autre... Et puis redonner de l'espoir, redonner un second souffle à ceux qui en ont besoin me permet d'alléger un peu ma culpabilité... Tu comprends ?

-Je crois... Tu sais, je crève de peur à l'idée de revoir Axel... Riku m'a dit qu'il s'en voulait énormément pour tout ce qui est arrivé et j'ai vraiment peur de l'état dans lequel je le retrouverai... Je me dis que, peut-être, l'Axel que je connaissais est mort et qu'il ne reste qu'une enveloppe vide... Je me suis rendu compte de l'état dans lequel j'étais ces derniers mois et je me dis que pour lui, ça doit être cent fois pire...

-Ça, tu ne pourras le savoir que si tu vas le chercher. Même si tu crèves de trouille, il faut que tu le fasses, si tu ne saisis pas ta chance à temps, tu t'en voudras toute ta vie, crois-moi. Ça fait deux jours que tu es arrivé et j'ai eu le temps de voir à quel point tu es déterminé. Tu as fait une partie du chemin. Tu ne dois pas faire demi-tour, même si tu es terrifié par ce que tu trouveras. »

Roxas baissa les yeux. Vincent avait raison, il n'avait plus le droit au doute. La porte vitrée s'ouvrit. Une odeur de tabac entra dans la pièce.

« Bordel, c'est qu'y pèle dehors..., jura la voix rocailleuse de Cid.

-Arrête de fumer si tu veux pas te les cailler, soupira Vincent.

-J'y penserai, Maman. »

Vincent leva les yeux au ciel. Roxas sourit et quitta sa chaise.

« Encore merci, Vincent. »

Tifa entra à son tour dans la cuisine. Il s'approcha d'elle.

« Je pourrai jamais assez tous vous remercier.

-Sois heureux, ça sera la plus grande reconnaissance que tu pourras nous témoigner. »

Roxas disparut au premier étage. Le regard de Cid alla des escaliers à Tifa, de Tifa à Vincent, puis revint aux escaliers avant de se fixer de nouveau sur le brun.

« Euh, Blondie numéro deux s'en va déjà ? Il était marrant ce gosse... Ça fait que deux jours qu'il est là, pourquoi il part ?

-Il part se battre pour celui qui l'aime, déclara la jeune femme.

-Hein ? »

Vincent se retint de s'aplatir la paume de la main sur la figure. Il sortit de la cuisine en lâchant un « abruti » au blond. Ce dernier protesta.

« Eh mais stop, là, il se passe quoi, j'ai raté un épisode ?

-Mais non, mais non, soupira Tifa en lui tapotant l'épaule. T'es juste le roi des aveugles, Cid... »

OoOoO

Il avait toujours aussi mal à la tête. Le matelas était toujours aussi inconfortable. Mais il se sentait déjà moins seul. Il entendait Jack s'activer discrètement dans le studio. Il se détourna du mur et s'assit sur le bord du matelas. Jack lui tendit une tasse de café, qu'il prit avec reconnaissance. L'albinos s'installa en tailleur à côté de lui. Axel n'osait pas le regarder.

« Faut que t'arrêtes, Axel. »

Il tourna la tête vers Jack. Celui-ci regardait droit devant lui. Il baissa la tête vers le sol.

« Faut que tu arrêtes de fuir, comme ça. Que t'arrêtes de te détruire. Faut que t'arrives à te pardonner. »

Il leva ses yeux écarlates sur lui. Axel se sentit mal à l'aise. Jack le regardait comme si... comme s'il était réellement inquiet pour lui, comme s'il tenait à lui, comme un grand frère.

« Me pardonner..., répéta t-il, en fixant son regard sur le plafond et en déglutissant pour refouler les larmes qui commençaient à lui brûler les yeux. Je peux pas... Il a failli mourir, il a perdu un doigt à cause de moi, je lui ai menti en espérant le protéger... Je peux pas me pardonner, parce que je sais qu'il me pardonnera jamais...

-C'est ce que tu sais, ou ce que tu crois savoir ? Tu refuses d'affronter les choses, Axel. Ne décide pas pour lui, ne te persuade de rien tant qu'on ne t'a rien affirmé clairement. »

Axel risqua un coup d'œil vers Jack.

« C'est trop tard... Non ?

-Il n'est jamais trop tard, Axel.

-Je leur ai demandé de lui faire croire que j'étais mort... Tu crois que même après ça, il voudra encore de moi ?

-Tu sais ce qu'on dit, mec. 'Qui ne tente rien n'a rien.' »

Axel se plongea dans la contemplation de son fond de café.

« Jack ?

-Ouaip.

-Pourquoi tu m'aides ?

-Aussi bizarre que ça puisse te paraître, t'es quelqu'un que j'aime bien.

-T'as mauvais goût. »

Jack poussa Axel. Un minuscule sourire apparut sur les lèvres du roux.

OoOoO

Corel était telle qu'il se l'était imaginée. Le ciel obstrué par les fumées grises et brunes des usines, des bâtiments décrépis, noirâtres : une impression générale de saleté et de déprime, renforcée par la nuit qui tombait. L'aspect de la ville découragea Roxas d'avance. Comment allait-il arriver à faire remonter la pente à Axel dans un endroit pareil...? L'horloge de la gare au cadran fendu lui indiquait sept heures passées. Il se mit en quête d'un motel à peu près salubre où dormir. Les rues lui firent penser à Lowbast telle qu'Axel la lui avait décrite, les rares fois où il en avait parlé. Le genre de cité industrielle sur le déclin, oubliée par le reste du pays, à la population dépressive et probablement alcoolique, où l'espoir et l'ambition d'obtenir une vie meilleure sont des luxes que personne ne se paye. Un néon clignotait.

-O-EL CH-MB-ES LIBR-S

Roxas poussa la porte. Un mobile en fer rouillé tinta. Des bruits dans l'arrière-boutique. Il se rapprocha du comptoir. Une femme d'un âge incertain, tassée sur elle-même, les seins tombants et les paupières lourdes se traîna jusqu'à lui.

« B'soir. Combien d'nuits ? »

Elle puait l'alcool.

« Deux, s'il vous plaît. »

Elle se tourna vers un placard mural, l'ouvrit et en sortit un jeu de clés. Elle les posa sur le bois du comptoir.

« On paye à l'avance, ici. Ça t'fait dix-huit balles, gamin. »

Il sortit l'argent. Elle le fourra dans la poche centrale de sa blouse de ménagère et retourna cuver son whisky frelaté dans l'arrière-boutique. Roxas prit les clés et monta à l'étage. La porte de sa chambre s'ouvrit en grinçant. L'intérieur sentait le renfermé. La moquette était usée jusqu'à la corde et des taches d'humidité s'étendaient au plafond. Il s'était attendu à pire. Il posa son sac au pied du lit, dont les draps étaient jaunâtres, mais à première vue propres, et alla à la salle de bain. Pas de cafards dans la baignoire à l'émail anciennement blanc ou dans la vasque fissurée du lavabo. Il se passa rapidement un coup d'eau sur le visage et se glissa tout habillé entre les couvertures râpées.

Son sommeil fut peuplé de cris, de silhouettes décharnées, de vagues de cheveux rouges, d'iris verts injectés de sang, de seringues, de flingues, de flammes... Et puis une sirène, une sirène assourdissante. Roxas se réveilla en sursaut. Il regarda par la fenêtre. Le jour se levait à peine. Dehors, c'était le branle-bas de combat. Des dizaines de camionnettes se dirigeaient vers les collines, des femmes pleuraient devant leurs portes, leurs enfants serrés contre elles. Roxas sortit de sa chambre. La propriétaire était postée à l'entrée de l'hôtel, en robe de chambre. Elle tourna mollement la tête vers le blond.

« Ah ça t'a réveillé, gamin.

-Que se passe t-il ?

-Y a une mine qu's'est effondrée. Encore. Ça fait des années qu'les mineurs disent aux patrons qu'c'est trop dangereux, qu'faut tout refaire. Mais tu parles, les patrons ils s'en foutent. Ça leur cout'rait trop cher de r'faire la sécurité. Alors c'est nos gars qui s'font enterrer vivants. Ils veulent plus creuser après, tu penses... Ceux qui peuvent partent. Les autres restent en s'd'mandant s'ils reverront leur femme l'soir. C'pas une vie, ça. C'pas une vie. Y a pu personne qui veut v'nir ici. La ville elle meurt en même temps qu'les gars. T'vois, tous ces camions, ils vont à la mine pour essayer d'creuser et d'dégager c'qui peuvent. On en sauve pas souvent, des gars. On les sort, ça oui. Après c'est à l'hosto qui crèvent. Y a pas assez d'monde pour s'en occuper. J'sais pas c'que tu viens faire ici, gamin, mais si t'veux un conseil, barre-toi aussi vite qu'tu pourras. C'te ville, quand t'y es, elle te bouffe comme d'la gangrène. »

La femme referma la porte et traîna des pieds jusqu'à son appartement. Roxas se retrouva seul dans le hall. La dernière phrase de la femme résonnait dans sa tête. C'te ville, quand t'y es, elle te bouffe comme d'la gangrène. Ça faisait plus de trois mois qu'Axel y était. Roxas sentit une boule se former dans sa gorge. Il remonta dans sa chambre la tête basse, les poings serrés. Il prit une douche et s'habilla en quatrième vitesse avant de partir pour l'hôpital, où Riku lui avait dit d'aller voir le docteur Crescent. Il se dit qu'elle allait être débordée par l'effondrement de la mine et qu'il pourrait toujours lui donner un coup de main, à défaut d'avoir pu aller creuser.

Extérieurement, l'hôpital ressemblait à une prison : façade de béton, coulures de rouille aux fenêtres qui ressemblaient plus à des meurtrières, d'eau sale aux bords du toit, ouvertures grillagées aux premiers étages... Roxas prit une grande inspiration et poussa la porte d'entrée. Aussitôt, un brouhaha l'assaillit. Un brouhaha de pleurs, de cris, d'appels, d'appareils médicaux, de portes qu'on ouvre et qu'on ferme, de claquements... Il y avait des femmes qui harcelaient chaque personne qui passait pour savoir où était leur mari, leur frère, leur père, leur fils, des gamins qui chialaient, accroupis dans un coin, des hommes qui gueulaient après des infirmières dépassées parce qu'un de leur proche n'était pas encore arrivé, pris en charge, ausculté... Un brancard fait à la va-vite arriva et Roxas se décala pour le laisser passer. En fait d'un brancard, c'était un drap soutenu par deux planches de bois portées par deux mineurs noirs de charbon. Le tissu était complètement imprégné de sang et l'homme étendu dedans était plus pâle que la blouse des infirmières. Lorsqu'ils le posèrent, une flaque écarlate se répandit rapidement sur le sol. Cette flaque rappela à Roxas celle qui auréolait le corps d'Axel dans la ruelle.

« Reste pas planté là, gamin ! Va chercher un toubib, bordel ! »

Roxas ne réfléchit même pas et partit en quête d'un médecin pas trop débordé. Il tourna dans un couloir et faillit rentrer de plein fouet dans une femme d'une trentaine d'année aux cheveux bruns attachés sans soin et aux traits tirés. Sur la poche de sa poitrine, un badge indiquait son nom. Lucrecia Crescent.

« Docteur Crescent, je vous cherchais !, s'écria Roxas en s'étonnant lui-même de son aisance. Y a un mineur qui vient juste d'arriver ! »

L'étonnement dans les yeux de Lucrecia s'effaça et une détermination professionnelle le remplaça.

« Allons-y. »

Ils s'élancèrent vers le hall. Les deux mineurs rescapés les virent revenir avec soulagement. Lucrecia examina brièvement le blessé. Elle releva vivement la tête vers Roxas.

« C'est quoi ton nom ?

-Roxas. »

Elle le dévisagea un quart de seconde avant de reprendre le contrôle de ses émotions.

« Très bien, Roxas, tu vas m'aider. Mets tes mains sous son cou et tiens-lui la tête, pendant que je l'examine plus en détail. »

Il s'agenouilla derrière le brancard et s'exécuta. L'homme toussa. Du sang sortit de sa bouche. Les mineurs grimacèrent. Lucrecia continua son examen. Elle avait le visage grave et des cernes prononcés. Roxas la sentait à bout de forces. Elle leva les yeux sur les rescapés.

« C'est bon, les gars, vous pouvez retourner à la mine voir si vous pouvez aider. On pourra pas faire grand chose de plus pour lui pour l'instant. »

Ils hochèrent la tête et, après un dernier regard à leur collègue, ils quittèrent l'hôpital. Lucrecia fouilla dans la poche de sa blouse et en sortit une seringue qui fit froid dans le dos à Roxas. Elle en injecta le contenu au blessé et se remit debout.

« Tu peux lui lâcher la tête. »

Elle fit un signe à un infirmier, puis se dirigea vers son bureau.

« Suis-moi. »

La porte refermée, Lucrecia abattit son poing sur la table.

« Putain ! »

Roxas n'osa rien dire. Elle se laissa tomber sur sa chaise, le visage dans les mains.

« Tu te rends compte que ces mineurs se tuent pour des entreprises qui se foutent royalement d'eux...? Que ces entreprises à la con se contrefout de savoir qu'ils crèvent parce que les normes de sécurité ne sont pas respectées ? Que personne en a rien à carrer de tous ces gens, qu'ils sont considérés comme des rats et que je peux rien faire pour eux parce qu'on a pas le putain de matos nécessaire !

-Vous... Y avait quoi dans l'aiguille ?

-De la morphine. Pour qu'il puisse partir sans trop avoir mal. C'est tout ce que je pouvais faire pour lui, dans ces conditions. »

Sa voix était profondément désespérée. Il sentait les remords qui la rongeaient, sa rage d'être aussi impuissante.

« Je suis désolé de vous demander ça dans un moment pareil, mais -

-Il n'est plus à Corel.

-Que...

-Il est parti y a une ou deux semaines. Faut que t'ailles voir son patron pour avoir plus de détails. »

Lucrecia lui tendit un papier.

« C'est l'adresse de son usine. Vas-y, et repart dès que tu peux. Reste pas ici, ou tu finiras par te faire avoir comme moi. »

Roxas prit le papier, puis il se recula vers la porte, hésitant. Lucrecia planta son regard dans le sien.

« Te préoccupe pas de nous. On s'en sortira. »

Sorti de l'hôpital, Roxas eut l'impression de respirer à nouveau. L'oppression qu'il avait ressentie à l'intérieur disparut. Le jour s'était levé entre temps. Roxas marcha jusqu'à la zone des usines. L'odeur de produits chimiques et de charbon brûlé lui attaqua le nez. Il repéra le bâtiment qu'il recherchait et poussa la porte de l'entrée des visiteurs. Une porte battante révéla un bonhomme rougeaud essoufflé.

« Qu'est-ce que j'peux faire pour toi ?

-Je voudrais savoir où se trouve Axel Lauden. On m'a dit qu'on pourrait me renseigner ici.

-Ouaip. M'a d'mandé d'le bouger d'ville y a deux s'maines. R'marque j'le comprends. J'peux savoir qui t'es pour vouloir savoir ça ?

-Son... ancien colocataire.

-L'est à Junon. Attends, j'te marque l'adresse que'que part. »

Il jeta un coup d'œil à son bureau, souleva un classeur, extirpa un bloc-notes et un stylobille, griffonna rapidement sur une feuille et la donna à Roxas.

« Merci beaucoup.

-Pas d'quoi ! Passe-lui l'bonjour d'ma part. »

Et il disparut comme il était venu. Roxas repartit en sens inverse et traça jusqu'à l'hôtel. Il refit son sac à la va-vite, ferma la porte et déposa la clé sur le comptoir.

« J'croyais qu'tu restais deux nuits, fit platement la femme.

-J'ai trouvé ce que je voulais plus rapidement que prévu. Gardez l'argent de la deuxième nuit, c'est pas grave. »

Il était presque en train de courir sur le chemin de la gare. L'homme au guichet le regarda d'un drôle d'air quand il demanda un billet pour Junon avec un air réjoui sur le visage.

« T'es d'jà allé là-bas ?

-Jamais.

-Ben sois pas trop vite content d'y aller. Là-bas, c'est pire qu'ici, les putes et les tavernes en plus. »

Roxas prit son billet et alla attendre sur le quai. Le train de la liaison régulière des cités ouvrières arrivait dans moins d'une demi-heure. Il serait à Junon en début d'après-midi. Il regarda l'adresse sur le bout de bloc-notes. De la peur mêlée à de l'excitation lui serra le cœur.

OoOoO

L'annonce d'arrivée en gare de Junon lui fit l'effet d'un électrochoc. Il sauta sur ses pieds, s'empara de son sac et alla se poster devant la porte de sortie. Le train s'arrêta. Il enfonça le bouton d'ouverture et sauta sur le quai. Il gardait dans son poing serré le papier avec la nouvelle adresse d'Axel. Il sentait qu'il touchait au but. Il s'ordonnait à lui-même de se calmer, de ne pas se faire d'espoirs inutiles, mais il avait tellement hâte de pouvoir n'était-ce que revoir Axel qu'il n'arrivait pas à rester tranquille. Il n'accorda aucune importance à l'aspect misérable de la ville, sombre même en plein jour, et se dirigea vers un guichet pour se faire aider à trouver la route jusqu'à l'immeuble d'Axel. L'employé jeta un œil au papier froissé et lui donna de brèves indications. Roxas le remercia et quitta la gare. Un vent froid s'insinua entre ses vêtements. L'air sentait la tourbe brûlée. Il marcha à travers les blocs de dortoirs ouvriers, tous semblables les uns aux autres, il dépassa des bars à moitié vides, il longea des maisons qui tombaient en ruine. Il tourna au coin d'un cimetière de voitures, dont un des bus abandonnés devait servir d'abris à une bande de squatteurs et il aperçut enfin le dernier bloc de logements de la zone. Il accéléra le pas. Il gravit les escaliers extérieurs et longea la façade, vérifiant le numéro de chaque porte. Et il arriva devant celle d'Axel. Il frappa. Aucun bruit ne venait de l'intérieur. Il toqua une deuxième fois. C'est la porte d'à côté qui s'ouvrit. Un homme sortit la tête et une odeur de sueur, de tabac et d'alcool le prit à la gorge.

« S'tu cherches Axel, il est à l'usine. Il termine dans deux heures.

-Merci. »

La porte se referma. Roxas se laissa glisser à terre. Il attendrait. Son excitation était retombée et avait laissé place au doute, à la peur, à l'appréhension. Il voulait lui dire beaucoup trop de choses. Qu'il l'aimait, d'abord, qu'il refusait de le perdre, qu'il lui pardonnait, qu'il ne le laisserait pas crever dans ce trou à rat, qu'il lui manquait... Il attendit. Il essaya d'imaginer la scène. Plus il laissait le film se dérouler tout seul, plus il se rendait compte qu'il en voulait à Axel. Il lui en voulait d'avoir choisi pour lui, d'avoir voulu qu'il le croie mort, de ne pas avoir eu le courage de lui faire face. Il lui en voulait d'avoir fui aussi lâchement. Ce ressentiment effaça peu à peu son hésitation et son manque de confiance. Il ne restait plus qu'à Axel d'arriver.

OoOoO

Il monta lourdement les escaliers de fer, le dos cassé et les épaules courbaturées. Une douleur sourde irradiait dans toute sa jambe blessée. Il s'appuya à la rambarde. Il releva la tête une fraction de seconde, juste assez pour apercevoir une silhouette bien connue assise contre le béton lépreux du corridor, la tête posée sur les genoux repliés contre le torse, une tête à la chevelure dorée trop familière. Son sang se figea dans ses veines et il fit demi-tour avec l'idée de courir le plus loin possible. Son cœur allait exploser et toutes les résolutions que Jack lui avaient fait prendre s'envolèrent. Des centaines de questions se succédaient dans son esprit, comme prises dans un tourbillon.

« Je t'interdis de t'enfuir, Axel. »


PALAPALAM PALAAAAAAAAM !

Quelle sera la réaction finale de Roxas ?

Que va faire Axel ?

Où vont-ils aller s'ils se réconcilient ?

Y aura t-il une suite ?

De quoi cette suite parlera t-elle ?

Qui en seront les protagonistes...?

LA SUITE AU PROCHAIN (et dernier) CHAPITRE

*rideau*